S.I.G.L.E.S. (3)

Sigles

Spécial bases de données bibliographiques

Votre serviteur, ayant travaillé dans les bibliothèques et les archives, connaît bien cet ouvrage : Le Métier de Bibliothécaire, Le Cercle de la Librairie, 2019. Ouvrage collectif, et certains auteurs ont fumé la moquette. Je cite Silvère Mercier (p. 188) : « La fortuité fait ainsi référence au bain d’information facilitateur d’une sérenpidité active et productrice de sens, d’individuation. Car la sérenpidité est un hasard d’autant plus potentiellement heureux qu’il y est aidé, c’est-à-dire, pour prendre une image, qu’il se déploie dans une piscine plutôt qu’un océan informationnel. Sous peine de se transformer en hasard malheureux, en zemblanité, naviguer sur le Web suppose un art de vivre le Net ». On en a interné pour moins que çà… Un autre auteur cite Linda Willander, bibliothécaire à Malmö (Suède) :« [la bibliothèque] offre la possibilité […] de consulter des personnes en chair et en os […] : parents homosexuels, femmes musulmanes voilées, punks, militants de défense des animaux, skinheads, transsexuels, auxiliaires de la circulation routière, et beaucoup d’autres… ». Qu’en penser ? « Vivre ensemble » ? Diversité ? Inclusivité ? Auberge espagnole ? Cour des miracles ? Freak show ? Les bibliothèques sont-elles des zoos humains où les voyeurs viennent voir la nouvelle attraction et où Marie-Chantal vient s’encanailler ? Je vais soumettre tout çà aux wokistes de la Nupes… ils seront ravis de la présence de skinheads !

Passons au troisième opus de nos sigles intéressants. Sigles remarquables, dit-on dans un contexte encyclopédique ou de miscellanées. Dans les métiers bib/archives, j’en ai donc vu passer certains.

Ces sigles ont en réalité commencé à apparaître au milieu des années 70 avec la montée en puissance des instruments de recherche bibliographiques informatisés qui ont remplacé les fameuses fiches dans les meubles à tiroirs, et qui ont unifié le mode de catalogage.

Fichiers à tiroirs
Je me souviens des fichiers à tiroirs…

Tout cela va intéresser deux lectrices (?) de ce blog : Mylène Arrieux et Nathalie Conseil.

Tout commence donc avec MARC* (MAchine Readable Cataloguing), premier du genre (1977) et son avatar actuel UNIMARC. On savait bien que marcjoly, votre serviteur, était unique !

*MARC, c’est aussi : Modélisation et Analyse pour la Recherche Côtière…

Pour rester dans les prénoms, il y a PASCAL (Programme Appliqué à la Sélection et à la Compilation Automatique de la Littérature)** et son copain FRANCIS (Fichier de Recherche bibliographique Automatisée sur les Nouveautés, la Communication, et l’Information en Sciences humaines et sociales). Quant à CONSTANCE, c’est : CONservation et STockage des Archives Nouvelles Constituées par l’Electronique.

**Il y eut également un langage informatique nommé Pascal, allusion au grand Blaise et sa machine à calculer.

La mythologie grecque est aussi à l’honneur avec ELECTRE (bibliothèque ELECTronique de REcherche bibliographiques). En France, c’est cette dernière, avec OPALE (qui n’est pas un sigle, hélas !) qui a précédé UNIMARC en ce qui concerne les bibliothèques publiques. PRIAM, lui, est le Préarchivage Informatisé des Archives des Ministères.

Pour ce qu’on appelle l’indexation matière (classement par thème, pour faire court), il y avait -à une lettre près- la base RAMEAU (Répertoire d’Autorité Matières Encyclopédique Unifié), qui a toujours cours. COUPERIN existe aussi : créé au départ pour négocier les conditions de vente des périodiques électroniques pour un groupe de bibliothèques universitaires, ce n’est hélas pas non plus un sigle.

Un système d’indexation automatique, développé par le CNRS, s’appelait SYNTOL – sans H – (SYNtagmatic Organization Language). Pendant ce temps, les Britanniques développaient PRECIS (PREserved Context Indexing System). Les Américains, eux, créaient TEST (Thesaurus of Engineering and Science Test).

« Un entrepôt de métadonnées de référence ayant vocation d’optimiser le signalement des ressources électroniques afin d’en faciliter l’accès » (vous n’avez rien compris, moi non plus !) s’appelle BACON (BAse de COnnaissance Nationale). Allusion à Francis Bacon : pas l’artiste contemporain, mais le philosophe (dit humaniste) de la Renaissance, dont certains écrits ont été le point de départ du système de classification de William Torrey Harris pour les bibliothèques des États-Unis dans la seconde moitié des années 1800.

Bacon

Autre base de métadonnées : ADAMANT, qui signifie : Accès et Diffusion des Archives et de Métadonnées des Archives Nationales dans le Temps. Il est regrettable que adamant veuille dire « diamant » en anglais pour désigner un outil développé par et pour les Archives Nationales… de France !

Quoi d’autre au menu ? LIBER est la LIgue des Bibliothèques Européennes de Recherche. Quant à VITAM, il s’agit de Valeurs Immatérielles Transmises aux Archives pour Mémoire : c’est une plate-forme d’archivage électronique. Toujours dans les archives, PIAF est le Portail International des Archives Francophones.

Ad vitam aeternam
Ad vitam…

Scolaires, les crieurs chantent nos crayonnages
Solaires, les rieurs hantent nos rayonnages !

Slogan affiché devant la BU de la fac de Paris-VIII Saint-Denis.

Mais l’apogée, l’acmé, la cerise sur le gâteau est que la revue de l’Abes (Agence Bibliographique de l’Enseignement Supérieur) s’appelle Ar(abes)ques. Génial ! Quant au blog technique de l’Abes, c’est Punktokomo. C’est peut-être un détail pour vous, mais pour moi çà veut dire quelque chose : c’est « point-virgule » en espéranto. Les bibliothèques… l’espéranto… un Bacon proto-philologue… il y a là un pattern intéressant, comme on disait naguère dans un mouvement que j’ai bien connu. Des membres de l’Oulipo (Eco, Perec…) ont gravité autour des bibliothèques et du CNRS. Umberto Eco était de surcroît espérantiste ! Or il existe bien un OuBiPo (Ouvroir de Bibliothèque Potentielle), mais, à la différence de l’OuLiPo, il n’a aucun rapport avec les Ou-X-Po génériques issus de la Pataphysique. Cet OuBiPo frauduleux est tout simplement un blog de « réflexions sur l’évolution des données bibliographiques à l’Abes ». Mais cette appellation n’est pas gratuite et je soupçonne quelques authentiques oulipistes d’être à l’origine de l’Abes… Piste à suivre, et j’essaierai de vous en rendre compte.

Pascal Obispo
« Ah non, moi c’est Obispo ! » Mais j’ai fini par apprendre que Pascal Obispo était l’anagramme de Pablo Picasso…

Koi ? Keskidi ? C’est du chinois pour vous ? Sur l’OuLiPo (Ouvroir de littérature potentielle), voir www.oulipo.net (site malheureusement peu intuitif) et https://fr.wikipedia.org/wiki/Oulipo. Cà me donne l’idée de consacrer un Dekoikonparle à la pataphysique…

Bon. Je vais me ReLIRE (REgistre des Liens Indisponibles en REédition numérique).

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J’les confonds toujours (5)

Dupont et Dupond

L’autre jour aux alentours de la fac de Paris VIII-Saint-Denis, j’ai vu cette affiche : « DES SISTERS, PAS DES CISTERFS ». Diable ! Si vous n’êtes pas au courant du jargon wokiste, je vous explique. TERF (Trans-Exclusionary Radical Feminist) est une dénomination que le Lexique Trans rédigé par le planning familial [!] définit comme « une fraction de féministes et d’individu.e.s luttant contre les droits des personnes trans au nom de la sécurité des femmes cis dans les espaces non mixtes ». Vous n’avez rien compris ? Sachez que la guerre est ouverte entre les féministes cisgenre et les trans d’apparence féminine qui préfèrent que l’on dise « personne avec un vagin » plutôt que « femme ». Je me doute qu’être trans n’est pas forcément confortable, mais on en est là, et les règlements de comptes se font par affichages interposés dans une ZAD, pardon, une fac qui est celle de tous les pires possibles, entre Hezbollah, Extinction Rebellion et Indigènes de la République.

Je ne vais pas dire : trans et féministes cisgenre, j’les confonds toujours. On a lancé des fatwa pour moins que çà !

  • BUCAREST et BUDAPEST – deux capitales européennes.

Le pont-aux-ânes de la confusion de villes, surtout pour les pays de l’est, du genre « tout çà c’est pareil »… BUCAREST (Bucuresti, en roumain) est la capitale de la Roumanie, et compte 1 883 400 habitants. Le nom provient de l’allégeance à un certain Bucur, vraisemblablement un important propriétaire de troupeaux. La ville se trouve au confluent de la Colentina et de la Dômbovita, affluents d’un affluent du Danube. Ses bâtiments baroques, néo-classiques et Art nouveau ont été mis à mal par l’architecture stalinienne du régime de Ceaucescu. BUDAPEST (1 752 300 hab), c’est autre chose : Aquincum, site celte sur le Danube, devint Buda (patronyme du nom d’un frère d’Attila) à l’ère de la dynastie Arpàd (895), capitale hongroise. Sa réunion avec Pest (cavité rocheuse, en slave), sur l’autre rive du Danube, en 1873, a donné ses nom et configuration actuels. Très belle ville (cf. Prague ou Vienne), contrairement à BUCAREST. Elle est dominée par son imposant château. Son métro date de 1896, le plus ancien après celui de Londres !

  • Bernard BUFFET (1928-1999) et Jean DUBUFFET (1901-1985) – deux peintres français.

Jean DUBUFFET, artiste autodidacte, est le premier théoricien ce ce qu’on appellera l’art brut : celui des « fous », de gens « simples » ou de marginaux. Son œuvre est composée de peintures, d’assemblages souvent qualifiés à tort de « collages ». Il a beaucoup inspiré Antoni Tàpies. Installé à Vence en 1955, il y restera jusqu’à se mort. Sa propre collection a été léguée au château de Beaulieu, à Lausanne [A noter qu’il existe également une dynastie de peintres et sculpteurs : les Dubufe (avec un seul f), depuis Claude-Marie Dubufe (1790-1864), jusqu’à Juliette Dubufe-Wehrlé (1879-1918)]. Quant à Bernard BUFFET, c’est un peintre expressionniste (personnages, figures, animaux, nus, paysages, intérieurs, natures mortes, fleurs). Aquarelliste, c’est également un peintre de décors et un illustrateur. Il fut le compagnon de Pierre Bergé jusqu’en 1958, puis épousa la comédienne Annabel Schwob. Il se suicidera en 1999. Un musée lui est consacré au Japon.

Buffet froid

  • Daphné BURKI (née en 1980) et Delphine BURKLI (née en 1974) – deux femmes en D.ph.ne BURK.I, mais pas en burkini !)

Delphine BURKLI est une femme politique (RPR et ses avatars, puis Horizons) formée par Pierre Lellouche, élue locale à Paris puis à le région Ile-de-France. Daphné BURKI est la fille d’Hubert Marin de Montmarin et de Catherine Maeght. Des gens comme vous et moi… Ancienne élève des Beaux-Arts, elle est animatrice et chroniqueuse à la télévision. On s’en branle complètement…

  • CABOURG et COMBOURG – deux villes en lien avec des écrivains.

CABOURG (36564 hab.) est un port du Calvados entre Caen et Deauville, au bord de la Dives. Le nom provient d’une racine cad : le combat. Henri Durand-Morimbau, homme d’affaires et avocat parisien, décide dans les années 1850 de créer une station balnéaire dans ce village de pêcheurs. Mais sa montée en puissance date des années 1920. Ce fut aussi la ville de villégiature de Marcel Proust, qui aimait résider dans « son » Grand-Hôtel. Quant à COMBOURG (6082 hab., label « Petite cité de caractère »), c’est en Ille-et-Vilaine. On ne connaît pas l’origine du nom. Au haut Moyen-âge, la seigneurie de Combourg fut créée par l’archevêque de Dol d’où l’existence du château. L’armateur malouin René-Auguste de Châteaubriand acquit le comté de COMBOURG et s’y installa en 1777. Son fils, le fameux François-René, l’écrivain, y passa douze ans de sa jeunesse. « L’ensemble du château, fièrement assis sur le rocher, — avec son étang et ses bois, l’église et les maisons de la petite ville qui l’entourent, la vallée qui s’ouvre devant lui et le vaste horizon de landes qui la termine, présente un caractère de grandeur mélancolique qui n’est point sans charmes ». J’ai eu personnellement l’impression que ce château massif en pierre brune écrase le village et le plonge dans l’ombre…

  • John CAGE (1912-1992) et Nick CAGE (né en 1964) – deux touche-à-tout artistiques.

John CAGE est un « compositeur », « poète » et « plasticien » américain. Il étudie la composition auprès d’Arnold Schönberg, mais veut la déconstruire en remplaçant la notion de cadence par celle de temps. Il commence à remettre en question la position occidentale de l’artiste, s’initie à la spiritualité hindoue, introduit le hasard dans la composition et expérimente la fusion des arts (danse, musique, architecture, peinture, etc.). Il rencontre le danseur et chorégraphe Merce Cunningham, qui deviendra son compagnon. Que dire de ses oeuvres ? Ce sont plutôt des performances, et dans le genre, il y en a de meilleures… Esprit potache ou véritable « daube » ? Je penche pour la réponse B, Jean-Pierre. Quant à Nicolas (Nick) CAGE, de son vrai nom Coppola (Francis Ford est son grand-cousin), il provient d’une famille d’italo-américains acteurs, chanteurs, danseurs, etc. Acteur, réalisateur et producteur, lui-même, il a joué dans des centaines de films.

A suivre…

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En l’an 2000… (2/2)

Futur

Dans le première rubrique En l’an 2000… (https://champouin.blog/2022/07/01/en-lan-2000-1/), j’avais évoqué les machines à apprendre. J’aurais pu parler des théories de Burrhus F. Skinner (1904-1990). Ce dernier, chantre du béhaviorisme, voyait l’apprentissage à l’aune des expériences cognitives… sur les rats. Son obsession était de « contrôler le comportement humain ». Pour cela, « il n’est pas excessif de comparer la machine à un précepteur privé » en « utilisant ce feed-back immédiat non seulement pour modeler efficacement son comportement [à l’élève], mais pour le maintenir en vigueur, d’une manière que le profane traduirait en disant que l’on tient l’intérêt de l’élève en éveil ».

Aujourd’hui, le site de l’Enseignement informatique et public (EPI) présente des logiciels éducatifs répondant à ce cahier des charges ! Inquiétant…

[Source : Groupe éducation de Solidarité & Progrès, Face à la dislocation de notre société, Emanciper l’esprit humain, brochure, septembre 2016]

Voici la suite de ce qu’on pensait se réaliser « en l’an 2000 » :

  • « On s’habillera unisex » .

C’est à la fois vrai et faux. De nos jours, hommes comme femmes s’habillent en jean/ T-shirt, uniforme globalisé que tout le monde porte parce que les autres en portent.* On s’habille aussi en uni-âge, les femmes voulant ressembler à leur fille, et les hommes à leur fils (barbe de trois jours, T-shirt à message, machins aux pieds en plastique siglés Nike, et trottinette comme pour enfant de quatre ans…). Notons qu’il s’agit d’un unisexe… genré, car la mode (surtout le streetwear) impose le look Barbie pour les unes et bad boy pour les autres ! En tous cas, il ne s’agit pas de l’unisexe des séries SF des années 70 avec les combinaisons Courrèges. Il ne s’agit pas non plus de vêtements interchangeables, les deux sexes n’ayant pas les mêmes morphologies…

*L’auteur de ces lignes, qui déteste le mainstream et la dictature de la majorité, n’en porte pas.

  • « On fera ses courses en restant chez soi ».

On y est, malheureusement ! Le Corbusier avait imaginé qu’on commanderait par téléphone et qu’un système de tapis roulant nous délivrerait les courses. C’était compter sans l’internet, et sans l’intervention des nouveaux esclaves amazoniens ou ubériens, comportement aggravé par la crise sanitaire. Du temps de la préhistoire des courses à domicile, une fois que mamie avait fait son choix grâce au catalogue Maximo ou Thiriet, le camion passait livrer le surlendemain. Aujourd’hui, un opérateur comme getir livre « en moins de 10 mn ». Envie d’un paquet de chips à trois heures du matin, comme un gros bébé ? Un migrant sans papiers risque sa vie dans la circulation pour satisfaire votre caprice…

  • « La pilule en vente dans les Monoprix » (Antoine).

« La pilule en vente
dans les Monoprix. »

Antoine

Sacré Antoine ! Heureusement, les pilules contraceptives ne sont pas des bonbons, sont délivrées sur prescription médicale et en vente dans les pharmacies (qui en l’an 2000 seront des drugstores, c’est bien connu !). Malgré cela, il y a eu de gros dégâts avec la pilule de première voire de deuxième génération, notamment des cancers. Par définition, la pilule contraceptive est un perturbateur endocrinien et n’est pas anodine. Ces derniers, qui peuvent être aussi des additifs alimentaires ou cosmétiques, se retrouvent via les urines dans l’environnement et l’eau du robinet, et joueraient un rôle dans la baisse de la fertilité masculine…

Antoine et les Problèmes, Les élucubrations, 1966. – « Les Problèmes » ! Une appellation punk avant l’heure !

  • « On aura éradiqué les épidémies ».

Oui, tu l’as dit, bouffi ! Avec le HIV, Ebola, le SRAS, la COVID et la variole du singe, sans compter la bonne vieille grippe qui est toujours là ! En vérité, des milliers de types d’agents pathogènes « dorment » dans la biosphère. Ensuite, nos comportements (mondialisation, déforestation, élevage intensif…) nous mettent en contact avec le vivant et déclenchent des zoonoses. Dans les années cinquante, on avait la solution : antibiotiques et vaccins à gogo. Mais on l’a vu : l’excès et l’abus d’antibiotiques atténuent leur effet, et le vaccin* préventif ou curatif n’est pas adapté à toutes sortes d’agents pathogènes, lesquels trouvent souvent la parade en mutant. Heureusement, il y a maintenant les » vaccins 2.0″ à ARN messager. C’est une technique, il y en aura d’autres.

*Faut-il rappeler que le principe de la vaccination n’est pas néfaste, bien au contraire !

  • « On aura des montres-téléphones sur lequel apparaît le visage du correspondant ».

Comme dans la série Cosmos 1999 ! En réalité, ce n’est pas la montre qui fait téléphone, mais l’inverse. Le smartphone (quel vilain mot !) est un terminal informatique à tout faire, muni d’un clavier. Ce dernier, même virtuel, est une contrainte qui empêche de miniaturiser plus l’engin : ce qui fait que les montres connectées existent mais en mode passif (consultation de SMS et de notifications). Quant à la tronche de l’autre sur l’écran, çà existe : c’est Skype. Mais le but des smartphones, c’est le nomadisme, autre contrainte pour les appels en visio.

  • « On pourra remplacer toutes les parties du corps ».

C’est en cours. On a aujourd’hui les prothèses osseuses, articulaires, dentaires, optiques, auditives. Egalement les greffes de sang, peau, cornée, mains, visage, foie, rein, foie, poumon, coeur, utérus… Mais pour le reste, cela demandera énormément de recherches pré-cliniques et cliniques, d’autant que les problèmes dus aux rejets n’arrivent toujours pas à être à 100% résolus. Cela se fera donc graduellement sur un siècle ou plus. Seule exception : le cerveau. Le cerveau endommagé dopé par des circuits électroniques, ou bien carrément remplacé par un autre encéphale téléchargé grâce à une clé USB… Désolé, Elon, mais non seulement il faudrait des siècles pour y parvenir techniquement, mais de plus, modéliser numériquement des sentiments et des ressentis est impossible.

  • « On prendra la pilule du bonheur« .

Décidément, les pilules… Des expériences ont été réalisées notamment dans les années cinquante avec le LSD et autres substances…, plus ou moins annoncées par l’agent de renseignement Aldous Huxley dans Le meilleur des Mondes (le soma), et développées par l’Institut Tavistock de Londres et le projet MK Ultra autour de Timothy Leary. Des avatars de ces substances s’appellent LSD, amphés, crack… On l’aura compris, la pilule ou seringue du « bonheur » n’est que celle du plaisir très immédiat… et un moyen de contrôle des populations ! D’autre part, il y a des millions de gens sur terre qui se nourrissent d’antidépresseurs (les Français en tête !). Sont-ils heureux pour autant ?

  • « On fera ses courses au drugstore ».

En réalité, aucun français n’est fichu de savoir exactement ce qu’est un drugstore. Concept étasunien et canadien (avec quelques différences entre ces deux pays), ou japonais (les konbini),le drugstore est avant tout une supérette ouverte jusqu’à minuit, ce qui n’a rien d’extraordinaire. On y vend de surcroît des cigarettes (le bureau de tabac est une exception française), des journaux, de la papeterie courante et de la parapharmacie (ce qui est délivré ou non sur ordonnance diffère des deux côtés de l’Atlantique). C’est ce dernier point – « acheter des médicaments chez l’épicier » – qui a créé chez les Européens le fantasme du drugstore. Et puis, « çà fait américain ». A tel point qu’en 1958, Marcel Bleustein-Blanchet (Publicis) avait lancé à Paris les « Drugstores » Champs-Elysées puis Matignon et St-Germain. Cosmétiques, journaux, gadgets et restaurant, bien loin des réalités américaines. Il n’en reste plus qu’un seul, en haut des Champs-Elysées, devenu un lieu de luxe pour touristes fortunés. La France de l’an 2000 est donc loin de faire ses courses au drugstore.

  • « On fabriquera des bébés en laboratoire ».

A vrai dire, depuis des années, on est en train d’explorer des modes de conception atypiques (insémination artificielle, fécondation in vitro, grossesse pour autrui) mais les bébés sortent encore de « l’origine du monde ». Pour les faire « en laboratoire », il faudrait créer un utérus artificiel extra-corporel, ce qui pourrait être possible dans plusieurs décennies. Mais pas d’eugénisme ! Il faut réserver ces pratiques pour une impossibilité de procréer naturellement.

L’Origine du Monde ?

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Parlez dans l’Hygiaphone !

Hygiaphone

Spécial 1er mai !

Pourrissement ?

J’ai retrouvé cette petite pépite de 1985. Il s’agit de l’un des poèmes les plus connus de Joby Bernabé, poète martiniquais né en 1945 :

Joby Bernabé, La logique du pourrissement, 1985.

Mort de Harry Belafonte : un partisan de première heure du Mouvement des droits civiques de Martin Luther King, et un militant pour la paix. Kennedy le nomma comme consultant dans les Peace Corps, dont les volontaires travaillaient de concert avec des gouvernements, des écoles, et des entrepreneurs sur des sujets comme l’éducation, la santé, l’agriculture dans les pays en développement. Un autre artiste fut plus engagé encore : Paul Robeson (1898-1976), authentique militant communiste, et tête de turc du maccarthysme.

On peut penser ce qu’on veut de la fonction publique (FP) : inertie, corporatisme syndical, agents planqués, manque de motivation derrière le guichet, déconnexion du monde économique, népotisme… Ce sont souvent des réalités qui ne doivent plus être. Mais ces constats sont utilisés par les élites euro-libérales pour dégraisser le « mammouth » public et le mettre au pas du secteur privé, sans se soucier de la raison pour laquelle une FP existe. Je n’ai qu’une insulte à leur adresse : « comptables ! » Et au guichet, vous êtes priés de parler dans l’Hygiaphone !

Les élites ont donc mis la FP à l’aune du privé via des critères de management, un mot même pas français. Oh, pardon nous sommes une start-up nation ! Voici donc un florilège de novlangue orwellienne due à cette nouvelle orientation, cette nouvelle politique, euh… gouvernance, qui déterminera l’efficacité… euh, l’efficience de la FP .

[Sur le management, lire : Johann Chapoutot, Libres d’obéir – Le management, du nazisme à aujourd’hui, nrf essais, Gallimard, 2020 : tout sur les inventeurs du management moderne, Herbert Backe ou Reinhard Höhn, des « rationalisateurs de la performance » du IIIème Reich, reconvertis après-guerre en gourous du management… – Dans un autre registre : Jean-Bill Duval, Karim Duval, Petit précis de culture bullshit, Le Robert, 2023.]

Il n’y a plus donc d’administrations, de services, d’établissements ni de prestataires*. Il n’y a plus que des opérateurs, voire des acteurs ! Hollywood devant la machine à café ! Ces opérateurs, dont on détermine le périmètre, sont sous la tutelle d’autres opérateurs… ou plutôt ils ont ces derniers comme niveau de portage.

*On a introduit des prestataires, puisqu’on a désormais dénié aux fonctionnaires le droit de planter un simple clou…

Niveau de portage
Le niveau de portage du sac de la vieille dame…

Les fonctionnaires sont groupés par corps de métiers, c’est-à-dire par corps (tout court). Bon, il y a mieux que « corps », lesquels devraient d’ailleurs être redéfinis et actualisés, mais on emploie aujourd’hui le néologisme filière métiers, anglicisme tête-à-claque qui consiste à juxtaposer deux substantifs sans préposition entre les deux. Le personnel est remplacé par les personnels, autre anglicisme, et la direction du personnel remplacée par la direction RH, laquelle s’appelle ainsi car l’humain n’est plus pris en cause. Les postes déterminent les effectifs… mais çà, c’était avant. Depuis la LOLF, nouvelle comptabilité publique depuis 2001*, on compte les agents en EPTP (équivalents temps plein travaillés). L’inhumain, encore…

*Cette nouvelle comptabilité alloue désormais les « enveloppes » en fonction d’objectifs, ce qui est une bonne chose. Mais ceux-ci ne sont pas qualitatifs : ce sont des objectifs de performance

Comment tout cela marche ? Grâce aux moyens humains (?), financiers et juridiques alloués aux opérateurs de la FP. Pardon : grâce à la boîte à outils. Exemple : la boîte à outils RH. Et ce qu’on appelait autrefois « services généraux », s’appelle maintenant fonctions « transversales », par opposition aux fonctions « sectorielles ». Toutefois, on emploie là encore cet anglicisme de fonctions support ! A propos de moyens juridiques, on ne parle plus d’application d’un texte du général au particulier, mais de déclinaison ou de transcription.

Alors on ne dirige plus, mais on pilote. On ne décide plus mais on rend des arbitrages. Et ensuite on finalise, et on attend que ce soit décidé, pardon, acté. Si les choses changent, on ne parlera plus d’hypothèses (d’évolution, de décision) mais de scénarios (Hollywood, encore !) qu’il faudra valider.

Pilotage
On ne dirige plus mais on pilote.

Donc les fonctionnaires fonctionnent, et leur travail est cadré par des notes et des mémos, maintenant des modes opératoires et des consignes opérationnelles, qu’il faudra incrémenter (moi, je les excrémente !)… Celles-ci décriront les modalités des missions qui impacteront le service. Lesquelles missions, de plus en plus, ont été façonnées par des consultants issus de « cabinets de conseil » (Mc Kinsey, Deloitte, KPMG, etc) et dont le but est « d’enjamber » les fonctionnaires.

Voilà l’idéologie des nouveaux n+1, n+2, n+3, etc. Oui : les brasseurs de vent qui « bullshitent » beaucoup, ceux-là même qui ont voté Macron, et qui aujourd’hui, tandis que leurs subordonnés de catégorie C viennent au travail en RER et métro, se la pètent en arrivant le matin avec leur vélo électrique, et se gargarisent de mots tels que « développement durable » et « diversité », tandis que 1. leurs batteries de vélo exploitent les Congolais dans les mines de cobalt et que 2. leur « diversité » exclut les banlieusards et les agents de plus de 60 ans.

Sans faire du Bourdieu à deux balles, je pense qu’il y a des coups de pied au niveau du cul qui se perdent.

Curieusement, les agents ne sont pas encore des collaborateurs, comme dans le privé. En tout cas, les fossoyeurs de la fonction publique, ainsi que la nouvelle génération de chefs de service technocrates carriéristes, collaborent bien, eux !

Il fut une époque où on en a fusillé pour moins que çà.

Une réponse à « Parlez dans l’Hygiaphone ! »

  1. Avatar de rions mes frères.
    rions mes frères.

    Dans le même ordre de « bullshitting  » il y a le film « les 2 Alfred » avec les excellents frères Podalydès, où il est question d’un poste de « consulting process » à pourvoir dans une start up. Va comprendre !

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L’oeil de Paris (3)

Rue de l’Abbé-de-l’Epée

Place de l’Abbé-Georges-Hénocque

Dernière minute (15 avril) : Macron devait promulguer la loi retraites « dans les jours qui suivent », puis « dans les 48 heures ». Il l’a fait le jour même… Cela s’appelle une déclaration de guerre contre le peuple.

Dans le numéro 21 (mars 2023) de la revue scientifique epsiloon, une offensive (tout un dossier !) pour valoriser les jeux vidéo. Dès l’apparition de ces derniers, leurs détracteurs furent considérés comme d’horribles réactionnaires, tout comme ceux qui critiquaient la faillite de « l’école républicaine ». Puis l’opinion changea, sur la base des dégâts causés par les écrans, de l’agressivité, du manque de concentration, etc. Et là, abracadabra et patatras : de « nouvelles études » sortent d’un chapeau pour promouvoir l’absence de risques, voire les bienfaits de cette pratique « culturelle ». Cà ne vous rappelle rien ? A propos d’autres choses tout aussi addictives ? Bingo : le tabac et le sucre ! Le tabac, dont le lien avec les cancers n’était « pas prouvé »… Le sucre, faux problème car le vrai, c’était « le gras »… Il y a fort à parier qu’encore une fois, les lobbies sont à l’oeuvre, dégainant des études dont les auteurs ont été achetés !

Aujourd’hui la rue de l’Abbé-de-l’Epée (commençant rue Gay-Lussac, 48 et finissant rue Henri-Barbusse, 1), à ne pas confondre avec la rue de l’Epée-de-Bois, non loin de là. Cet abbé (1712-1789) fut l’inventeur de la langue des signes et fondateur de l’institut des jeunes sourds.

rue de l'Abbé-de-l'Epée

Ce mur, parcourant la quasi-totalité de la rue, abrite l’Institut des Jeunes sourds dont l’entrée est rue Saint-Jacques.

Aux sourds-muets

Ode aux sourds-muets !

Colonel Fabien

Contrairement à ce qu’on croit, le PC du Colonel Fabien n’était pas sous l’actuelle place du même nom !

rue de l'Abbé-de-l'Epée

Un air d’Italie…

Librairie Armand Colin

Une vieille maison d’édition qui n’est pas dans le 6ème arrondissement (mais pas loin !).

rue de l'Abbé-de-l'Epée

Cà fait hôtel de bord de mer !

Maintenant la place de l’Abbé-Georges-Hénocque, commençant rue des Peupliers, 30 et finissant rue de la Colonie, 81. Hénocque (1870-1953) fut aumônier et résistant.

Nota : je ne documenterai que les « vraies » places. Beaucoup de « places » ne sont en réalité que des carrefours, et aucune adresse n’y correspond.

Il ne manque plus que les bow-windows, et nous sommes à Londres.

Ah, les chemins de fer, c’était une institution ! Ce bâtiment abrite encore la Mutuelle Générale des Cheminots.

Place de l'Abbé-Georges-Hénocque

Bien que square veut dire carré, il y a un square (rond) au milieu de cette place circulaire.

A suivre…

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Je me souviens… (3)

Madeleine de Proust

En novembre dernier, Giraudy, grand nom de l’affichage publicitaire des années 60 à 84, rebaptisé et racheté par des « investisseurs », était de retour sous son nom originel. On se souvient de Myriam, la jeune fille qui posait seins nus en 1981, avec la légende « Demain, j’enlève le bas ». Wouaaah ! Tous ceux de ma génération en avaient la langue pendante… Déception : elle avait bien enlevé le bas, mais de dos… Giraudy est revenu ces derniers temps avec une affiche analogue, mais de seins nus, il n’en est plus question. En tous cas, cette anecdote appartient bien à la liste des Je me souviens, dont votre serviteur avait déjà consacré deux billets.

J’aurais pu évoquer d’autres slogans, officiels ou bien commerciaux : « Au volant, la vue c’est la vie », « Mettez un tigre dans votre moteur* » ou le fameux « Maman, maman, je n’ai rien aux dents ».

*On remarquera que huit entrées de la liste concernent l’automobile, un des domaines qui ont le plus évolué en deux générations.

Il reste donc à me souvenir :

Des pompistes.

De l’Hovercraft.

Hovercraft

Des bègues, des bossus et des nains.

Des survêtements vert foncé ou grenat.

Du Yabon.

Des familles nombreuses.

De la tirette de starter.

Des filets à provisions.

Des gens qui étaient vieux à soixante ans.

Du « tac-a-tac ».

Tac-a-tac

Du Parti communiste [le vrai !].

Des chaisières dans les parcs et jardins.

Des monuments noirs car non ravalés.

Du stationnement en épi.

Des crèmeries (« beurre, oeufs, fromage ») qui puaient.

Des cantines on en était servi.

Des bouteilles d’eau minérale en verre.

Des landaus.

Des troupeaux de vaches sur les départementales.

Des phares additionnels Cibié ou Marchal.

Des fameux vert et orange des années 70.

Des teckels avec leur petit manteau écossais.

Des flippers.

Des pare-chocs chromés.

Des cabines téléphoniques à la Poste.

Des ambulances DS break.

Des fiches-cuisine de Françoise Bernard, dans Elle.

De Ménie Grégoire.

Des cassates et des tranches napolitaines, comme dessert au restaurant.

Des boutiques de « photo-ciné-son ».

Des « manèges » à tampons dans les bureaux.

Manège à tampons

Des strapontins au milieu, dans les cars.

Des grands-magasins Inno.

De l’Aspro.

De la petite « queue » antistatique à l’arrière des voitures.

Du courant à 110 volts.

Des mouchoirs en tissu.

Des circuits 24® [marque finalement déposée en… 2020].

Des bâtards dans les boulangeries.

De l’intitulé « location de voitures sans chauffeur ».

De la distribution des prix.

Des opticiens qui vendaient appareils photo et télescopes.

De la mire de la télé.

Mire télévision

Des motocrottes.

Des plaques d’immatriculation noires.

Des poubelles en métal.

Je me souviens du général de Gaulle.

Je me souviens de Gilbert Bécaud.

Gilbert Bécaud (musique), Pierre Delanoé (paroles), Tu le regretteras, 1965.

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Mon Saint-Quentin (1)

Saint-Quentin

Ville Art déco

Bonne année à tous ! Que risque-t-on pour 2023 ? Plus grand-chose car, si vous aviez suivi l’actualité spatiale, vous savez que la NASA a réussi à détourner l’astéroïde Dimorphos.

Paru dans Marianne du 13 octobre 2022.

Dans notre parution du 15 janvier 2021 (il y a deux ans), j’avais évoqué ce qui pourrait arriver, et notamment « un Biden va-t-en guerre menant une intervention contre la Chine ou l’Iran ». Entre nous, on y est : il suffit de remplacer Biden par OTAN, et de considérer le conflit russo-ukrainien comme une guerre par procuration, en attendant d’aller plus loin. Car il ne s’agit guère de Russie vs. Ukraine, ni « d’autocraties » vs. « démocraties », mais de la détermination du bloc Etats-Unis/Grande-Bretagne à affirmer son droit d’être la seule puissance mondiale, avec le caniche UE derrière. Or la majorité absolue des nations, menée par la Chine et les BRICS, sont déterminées à sortir pour toujours de cet ordre unipolaire impérial pour en finir avec la pauvreté et le sous-développement. Ces pays sont en train de construire un ordre économique nouveau. L’implosion imminente du système financier transatlantique fait que l’OTAN* globalisée veut empêcher d’autres nations, dont la Chine et la Russie, d’établir cette nouvelle architecture financière. Le dernier râle de l’Occident qui meurt à cause de sa stupidité libérale, c’est celui, hélas, de la bête blessée qui peut encore charger… Nous en sommes arrivés à une période rude dans laquelle il va falloir être polémique et choisir son camp, camarade !

*Angela Merkel a fini par avouer (Die Zeit du 7 décembre) que les accords de Minsk n’avaient pas été pensés pour être mis en oeuvre, mais pour « gagner du temps » afin que l’Ukraine puisse renforcer ses capacités militaires contre la Russie. Propos confirmés par François Hollande…

Alors, quel est votre camp pour 2023 ? Ne regardez pas vos chaussures…

Un jour de 1990, en pleine période des fêtes de fin d’année, des amis à moi durent aller à l’enterrement de la violoncelliste Eliane Magnan (je n’y étais pas allé, n’étant pas assez proche). Ils prirent note de l’horaire indiqué sur le faire-part, et filèrent… à Saint-Quentin-en-Yvelines. C’est sur le chemin depuis Paris qu’ils réalisèrent qu’ils s’étaient trompés de Saint-Quentin ! Honte à eux ! Car, aussi bien pour les Parisiens que pour la nouvelle génération, il n’y a de St-Quentin que celui en Yvelines, cette « ville nouvelle », qui n’est même pas une ville. L’autre, c’est « Connais pas ! ». Parfois certains, plus avisés disent : « Ah ouais, St-Quentin dans le Nord ». Raté, c’est dans l’Aisne. Mais j’accepte la réponse : on peut considérer cette ville comme la porte du Nord, ou celle des Flandres.

Je vous invite à consulter une carte de France, si toutefois, vous êtes capable de situer le département de l’Aisne. Vous aurez une excuse, c’est le département le plus artificiel : une moitié pays de France (Soissons, Laon), un quart champenois (Château-Thierry) et un quart picard (St-Quentin).

Pourquoi diable est-ce que je vous parle de Saint-Quentin ? Parce que j’ai une relation amoureuse avec cette ville, ma ville-doudou.

Je vais, je pense, y consacrer plusieurs billets, comme dirait l’ami Ruhaud..

J’y venais régulièrement, chez ma grand-mère, quand j’étais petit. Puis adolescent, nous y avons brièvement habité. On m’aurait dit, ainsi qu’à ma maman, que St-Quentin est une ville « art déco », nous aurions dit, incrédules : « Mais non, voyons ! Pas du tout ! ». J’adorais cette ville, mais à part la basilique médiévale et l’Hôtel de ville Renaissance (illustration en bannière de titre), c’était pour nous des immeubles moches en brique.

Il suffisait de lever le nez.

La ville, « détruite à 90% »* lors de la première Guerre mondiale, a été reconstruite au début des années 1920, tout comme Reims, Soissons ou une partie d’Arras, d’où ce style.

*Chiffre quelque peu exagéré…

Ainsi, la Poste. L’extérieur est moche, mais le grand hall intérieur présentait des fresques, qu’hélas, je n’ai pu revoir : elles sont désormais masquées par un faux-plafond, et ce hall est maintenant cloisonné. Subsiste tout de même l’entrée avec ses mosaïques :

Sainnt-Quentin

Et à l’extérieur, on reconnaît bien le style « montre Cartier » :

Et la gare ? Voici le buffet (je n’ai pas connu). En jetant un oeil à travers une fenêtre condamnée, on pourrait voir ceci, à l’abandon et resté dans son jus (cf. les carrelages émaillés des cuisines et salles d’eau de l’époque) :

Saint-Quentin

Mais le fleuron, c’était les grands magasins Séret, institution locale qui ferma en 1984. Il y eut d’abord un bâtiment à structure métallique avec sa rotonde, puis en face, quelque chose faisant plus années 30. Entre Art nouveau et Art déco, on passe de la courbe/nouille à la ligne droite/cordeau, et du métal au minéral (je ne suis pas mécontent de mon -faux- montage photo) :

Une autre rotonde (minérale) répond au coin opposé à Séret :

Saint-Quentin

Séret n’est pas en reste en matière de grands magasins. Tous les St-Quentinois connaissent le Monoprix (au rez-de-chaussée), dont voici les étages supérieurs du bâtiment :

Saint-Quentin

Mais savent-ils qu’un trésor se cache à l’intérieur de ces étages ?

Saint-Quentin

Ils ont été surpris (et moi donc) de savoir que des vestiges des Nouvelles Galeries, grands Magasins de nouveautés (aujourd’hui Monoprix, donc) dormaient dans leur jus depuis l’après-guerre (!) sans être utilisés. Ils ont été présentés aux habitants lors des Journées du Patrimoine en 2021.

L’arrière du bâtiment est typique mais assez laid et surtout dégradé, pourtant on pouvait de mon temps entrer par l’arrière du Monoprix, sous cette coupole (à droite) :

L’impression de décousu que je percevais autrefois des immeubles de la Grand-Place a fini par faire place à la beauté de l’éclectisme, surtout quand l’ensemble est surmonté de la flèche de la Basilique en arrière-plan !

Saint-Quentin

Il y a des façades intéressantes sur cette Grand-Place. A gauche, un cinéma devenu une brasserie qui n’a pas rouvert après la pandémie (on remarquera les deux lanterneaux, configuration similaire à celle du Monoprix). A droite, c’était l’ancien Crédit du Nord (avec hall art nouveau) :

A propos de cinéma, il y en avait un autre non loin :

Qui l’eût cru ? Ce casino, à l’entrée du faubourg ouvrier où l’on fabriquait les Mobylettes Motobécane… Après avoir été abandonné des décennies, puis devenu un magasin style « tout à 10 F », c’est maintenant une « maison de quartier » :

Saint-Quentin

Un immeuble quelque peu balnéaire rue Victor Basch, et le marché au poisson sue la place éponyme. Où sommes-nous ? A Granville ?

Enfin, l’édifice art déco le plus original de St-Quentin, où aussi bien Eliane Magnan que ma propre maman se sont illustrées : le conservatoire municipal, fonction que ce bâtiment exerce encore. Un conservatoire qui évoque des tuyaux d’orgue ! Je ne sais pas si c’est volontaire ou fortuit :

Saint-Quentin

A suivre…

Et tous dans la rue le 19 janvier !

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Les chansons-tango

Numéro double spécial Noël

Science-Po vient de congédier sa professeure de « danse de salon », écrit Le Parisien du 8 décembre. Eh oui, comme toutes les grandes écoles, celle-ci propose des activités culturelles et/ou sportives, sinon les étudiants péteraient les plombs. Mais pourquoi ce licenciement ? « Des plaintes d’étudiants dénonçant des propos sexistes, dégradants, discriminatoires, racistes ». C’est-à-dire ? L’école a demandé à la prof de « changer sa sémantique et de switcher [?] les termes « homme-femme » pour « leader-follower », sachant que dans les danses de salon, il y a toujours un partenaire qui mène la danse et l’autre qui suit … Une élève de 21 ans affirme que les étudiants étaient « très mal à l’aise » à cause des termes « homme » et « femme ». Pov’ choux ! Heureusement, Valérie (la prof) ne se laisse pas faire et déclare : « Je ne me plierai pas à la dictature. Le politiquement correct, il faut oublier ! »

Ce qui fait peur, c’est quand ces étudiants arriveront aux postes de responsabilité. Les nouveaux S.A. !

Eh bien, de la danse de salon, je vais vous en faire bouffer !

Franz Schubert, Trio opus 100 (andante con moto), interprété par le trio Wanderer.

Ce rythme, çà ne vous dit rien ? Pam-pam-pam-pam-padam-pam-pam-pam-pam-padam… C’est un rythme de tango… bien involontaire, car si Schubert fréquentait bien les bordels de Vienne, il n’a pas pu connaître, des décennies après, ceux (homosexuels, d’ailleurs) de Buenos Aires, dans lesquels est née cette danse. A propos, on est prié de ne pas prononcer « buénozère »…

Dans ce numéro, je ne vais pas traiter directement des « vraies » chansons de tango (Carlos Gardel et autres…). mais le rythme de tango a été largement utilisé dans la chanson française, parfois de façon ironique, voire parodique.

De toutes celles que je présente aujourd’hui, cette chanson qui suit semble la moins éloignée de la parodie. Quoi que… On remarquera les paroles de Jean-Roger Caussimon, un de ces auteurs oubliés avec Philippe Clay ou Jean-Claude Massoulier, tous un peu anars, « de gauche » pour le premier, « de droite » pour les deux autres…

Léo Ferré (musique), Jean-Roger Caussimon (paroles), Le Temps du tango, 1958.

Les millenials ne doivent rien comprendre à cette autre chanson : il s’agit de la première déclinaison latine* : celle des noms en -a. On prend alors comme exemple « rosa – la rose », mot évidemment très employé dans la conversation courante ! Tout cela est prétexte, pour Jacques Brel, d’envoyer balader l’éducation basée sur le par coeur et le bourrage de crâne. Il faut dire que Brel a un compte à rendre avec son milieu (Les Bourgeois, dans le même album), l’éducation dans les pensions catholiques, le service militaire… Nota : ce clip est un véritable Scopitone (« je me souviens des Scopitone« ) :

*Je ne résiste pas à cette contrepèterie : « Ne mettez pas « votre poire » au génitif ! »

Jacques Brel (paroles et musique), Rosa, 1962.

A l’âge de seize ans, Salvatore Adamo avait déjà rempli des dizaines et des dizaines de carnets de chansons ! Prometteur… Anecdote : quand j’étais petit, et que j’entendais « Adamo » chanter à la radio, je ne savais pas s’il s’agissait d’un monsieur ou d’une dame… C’est vrai que sa voix est particulière ! Vous permettez Monsieur est sans doute la première chanson-tango que j’ai entendue :

Salvatore Adamo (paroles et musique), Elie De Boeck (arrangements), Vous permettez Monsieur, 1964.

Boby Lapointe est capable de s’adapter à tout, y compris à la chanson-tango sur laquelle il a l’agent – la-gen-til-lesse de nous gratifier de ses jeux de mots :

Boby Lapointe (paroles), Etienne Lorin (musique), Alain Goraguer (arrangements), Monsieur l’agent, 1969.

Je ne connais pas beaucoup François Béranger, ce chanteur libertaire. Mais je me souviens de cette chanson et de son refrain : « Anastasie, l’ennui m’anesthésie «  :

François Béranger (paroles et musique), Le tango de l’ennui, 1973.

En voilà une bien kitschissime :Amour, castagnettes et tango. Je n’ai pas trouvé de renseignements sur cette chanson, que je pensais faire partie d’une opérette, mais çà ne semble pas être le cas. Elle a été chantée par de nombreux artistes mais semble être créée par Gloria Lasso en 1956. La version qui suit est extraite de la fameuse émission de Gilbert et Maritie Carpentier dans les années 70, véritable programme de variétés dans laquelle on réunissait des duos improbables (ici Annie Cordy avec Enrico Macias en latin lover), ou bien des artistes exerçant un autre registre ou une autre spécialité.

Je ne l’ai pas fait exprès, mais on compte déjà trois Belges dans les artistes précités. En voici un quatrième, qui nous chante L’tango walon. « C’est ene tchanson ki les paroles ont stî scrîtes ap A. Hancre eyet l’muzike compôzêye ap R. Hancre. C’esteut ene mwaisse tchanson do repertwere da Bob Dechamps. Come di djusse, ele si tchante sol rite do tango ». A quand un tango ch’ti chanté par Raoul de Godewaersvelde ? La prochaine fois, je vous la ferai en créole ou en espéranto !

Bob Dechamps, L’tango walon (paroles A. Hancre, musique R. Hancre), année ?

Voici un autre tango d’origine géographique improbable et frelatée : Le Tango corse. J’adore Fernandel vieillissant avec son air pince-sans-rire de Charles Pasqua (un Corse…) :

Fernandel, Le Tango corse (paroles : Georges Pirault, musique : Raymond Vastano), 1961.

Bonnes fêtes à tous, et bon tango. Ca vous changera de la Chenille et de la Danse des canards !

Prochain numéro le 15 janvier

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Dekoikonparle ? (5)

Nucléaire

Le nucléaire

(Pas mal, mon centrage de texte sur l’illustration ci-dessus…)

Edifiant : dans Le Parisien du 14 octobre, un reportage sur ce que le nom de Samuel Paty représente pour les collégiens et lycéens franciliens. Je passe sur « Samuel Paty, il est au PSG, c’est çà ? »… Pas forcément d’hostilité manifeste, mais pour la plupart quelque chose du genre : « Ah oui, c’est le prof qui s’est fait tuer parce qu’il allait trop loin* »… Et déjà, à l’annonce de la commémoration de sa mort, des menaces de la part de parents…

*Souligné par nous.

A l’heure où « l’urgence climatique » nous recommande en même temps d’éviter et de préférer l’énergie nucléaire, et où d’autre part un conflit atomique est malheureusement envisageable, la chose – « le nucléaire » – est d’actualité.

L’opinion a été marquée par Three Mile Island (1979), Tchernobyl (1986) et Fukushima (2011). La cause de Tchernobyl, c’est l’incompétence du personnel de la centrale et des dirigeants soviétiques, non la technologie per se. Celle de Fukushima, c’est un tsunami (même remarque). Quand à Three Mile Island, le coeur a fondu mais la cuve étanche a rempli son rôle. Il n’y a donc pas eu d’accident nucléaire à cet endroit*. Le Dictionnaire des idées reçues de Flaubert, écrit aujourd’hui, mentionnerait « Nucléaire : toujours être contre ». Marie Curie au poteau ! Mais comment être contre un principe physique ? Pourquoi pas contre la gravitation ou contre le Gulf Stream ? Mais au fait, quand on dit « le nucléaire », dekoikonparle ?

*Il est en effet important de savoir de quoi l’on parle. A la suite des dysfonctionnements de Three Mile Island, les faiseurs d’opinion environnementalistes et médiatiques comme Jane Fonda furent déchaînés et il y eut ce film : Le Syndrome chinois. Ce « syndrome » serait le fait que la fusion extrême d’un réacteur américain ferait celui-ci s’enfoncer au point de ressortir à l’autre bout de la planète, à savoir en Chine (qui n’est même pas l’antipode des USA…) ! A supposer que cela soit vrai (les scientifiques en ont beaucoup ri), la gravité ferait qu’il resterait bloqué au centre… Beaucoup de gens sont devenus anti-nucléaires malheureusement à cause de ce film.

Toutes les technologies employées aujourd’hui pour exploiter l’énergie nucléaire relèvent de la fission : il s’agit de scinder des noyaux d’atomes lourds. Cette fission dégage de la chaleur. A partir de là, le schéma est le même que pour une centrale thermique : la chaleur produit de la vapeur qui alimente un alternateur. Sauf que la quantité de combustible (quelques grammes d’isotope) est infime : c’est l’avantage.

Eh bien même pour la fission, le nucléaire ne veut rien dire !

S’agit-il de réacteurs à barres de graphite, à eau pressurisée, à eau bouillante, à haute température, à lit de boulets, refroidis au gaz, à sels fondus (au thorium au lieu d’uranium), à eau supercritique, à caloporteur plomb ? Il y en a d’autres. Je ne vais pas rentrer ici dans les détails ! Mais quand j’entends Macron défendre le nucléaire*, c’est un idiot. Il est juste là pour défendre les nucléocrates de l’EPR (on dit en français REP : réacteur à eau pressurisée), une technologie déjà dépassée ! Surtout quand on privilégie des « cathédrales » comme Flamanville, dont les « merdes arrivent en escadrille ». Il faudrait au contraire multiplier des unités plus petites, comme les centrales flottantes.

*et en même temps les moulins à vent 2.0… En tous cas tout cela révèle l’absence de culture scientifique des dirigeants occidentaux, la plupart banquiers ou avocats d’affaires…

Les « sels de fonte » entrant dans la composition de la Vache-qui-rit n’ont rien à voir avec les réacteurs à sels fondus !

« Bon, d’accord, mais les déchets ?

Cà tombe bien, il y a aussi des technologies pour résoudre le problème… sauf que les comptables au pouvoir, ainsi que les obsédés de la dette* ont réussi à saboter les projets Superphénix en 1998, Phénix en 2010 et Astrid en 2019 : il n’y a pas de quoi être fier… Superphénix était un surrégénérateur, à savoir un réacteur à neutrons rapides à caloporteur sodium pouvant fonctionner au plutonium 239, mais aussi au MOX (plutonium sur support d’uranium appauvri) issu du retraitement du combustible usé. Astrid était un projet analogue, mais plus avancé, notamment dans la transmutation des déchets. Ces trois projets, c’était çà aussi le nucléaire !

*Néo-Dictionnaire de idées reçues : « Grands projets : toujours pharaoniques« .

Superphénix
Superphénix (Creys-Malville, France).

Eh, anti-nuc, tu crois t’en tirer comme çà ? Je n’ai parlé que de la fission ! Mais il y a aussi la fusion. C’est la technologie dans laquelle deux noyaux atomiques de deutérium s’assemblent pour former un noyau plus lourd. Cà aussi, c’est le nucléaire. Et c’est très écolo : cette réaction est à l’œuvre de manière naturelle dans le Soleil. Au lieu d’essayer de capter péniblement l’énergie solaire via des panneaux, il n’y a qu’à reproduire le processus, qui résout de surcroît le problème des déchets !

Il est de bon ton de dire ou d’écrire : « OK, la fusion, mais dans quarante ans, peut-être… ». On disait et écrivait déjà cela en 1970, volonté urgente de ne rien faire… Aujourd’hui il y a le projet ITER (International Thermonuclear Experimental Reactor) à Cadarache, un réacteur de type tokamak (concept soviétique au départ), auquel participent 35 pays. Cà aussi c’est le nucléaire, Macron ! Que va-t-on inventer pour le saboter ? La participation des Russes, la « sobriété » ? Macron et consorts ne voient pas l’évolution technologique entre les plusieurs générations du nucléaire, et ne comprennent pas la légitimité des prototypes expérimentaux, forcément couteux.

ITER
ITER (Cadarache, France).

[Pour aller plus loin, je vous recommande : Yves Paumier, Les énergies du futur, in Fusion, hors-série n°05, 2005. Les archives de feu l’excellent magazine scientifique Fusion (le bien-nommé), dont votre serviteur avait eu l’occasion de traduire quelques articles, sont aujourd’hui disponibles sur le site La recherche du Bonheur, de Jean-Gabriel Mahéo : http://www.larecherchedubonheur.com/article-27284380.html .]

« Mais attendez maintenant, vous allez voir la suiiii-te », chantait Boby Lapointe. Car je n’ai parlé que du nucléaire civil. Il y a aussi le nucléaire militaire. La Bombe, quoi !

Car il y a la bombe A, la bombe H et la bombe à neutrons. Alors, quand on dit « la bombe », dekoikonparle ?

Décidément, on ne va pas s’en sortir…

Guy Béart, le Grand Chambardement.

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L’oeil de Paris (2)

Rue de l'Abbé Carton

Rue de l’Abbé Carton

Comme on le sait, la Nupes ([nyp], [nyps], [nypes] ?) est confrontée à bien des épreuves internes (c’est la faute à Rousseau ?). Mais en voici une, plus discrète et plus pertinente : elle vient des deux snipers Fabien Roussel (PCF) et François Ruffin (Insoumis). Ces deux-là osent réclamer du travail pour le peuple au lieu de prestations sociales, des salaires décents au lieu de chèques (-énergie, -alimentaire, -rentrée…), et des logements au lieu de logements… sociaux. Et de dire non à l’assistanat. Réaction de Sandrine Rousseau : « Le travail, c’est une valeur de droite… » Ruffin a plus d’un tour dans son sac et veut mettre fin à l’assistanat… des riches (crédit impôt-recherche, subventions européennes, niches fiscales…) En réalité, Roussel et Ruffin tournent le dos au vrai visage de la Nupes : un mouvement qui déteste le peuple péri-urbain non diplômé. Un mouvement à fond dans le narratif subventions, papiers pour tous et « police nulle part » – déconnecté des réalités. Ils puent le peuple, Roussel, ce coco qui pue l’ouvrier, hétéro et carnivore de surcroît, et ce Ruffin, trop proche des bouseux de la Somme…

La « communauté internationale » (en novlangue : l’OTAN et l’UE) s’est indignée au nom de la démocratie, qu’il puisse y avoir un référendum en Ukraine. Selon le narratif officiel (Poutine ment toujours, Zelensky ne ment jamais), un référendum organisé par les Russes est forcément frauduleux. En matière de référendum, l’UE en connaît un rayon : celui, en France de 2005 concernant une constitution européenne avait été rejeté à 65% par les Français. Il suffisait alors de le faire approuver par le Parlement en Congrès et le tour était joué !

L’OTAN et l’UE devraient pondre une « décision déterminant les modalités permettant la dissolution du peuple ». Ce serait plus clair !

Pour nous changer les idées, voici notre Oeil de Paris. L’ordre alphabétique nous fait maintenant entrer dans l’univers des abbés.

Précision : pour les tatillons, je préfère suivre l’ordre alphabétique de l’index du plan de Paris paru chez Pouchet (par exemple), où on regroupe tous les Abbés, les Docteurs, les Commandants, et d’autre part tous les Abel, les Albert, les Alphonse, etc., plutôt que classer directement par patronyme. C’est plus rigolo.

D’ailleurs, les abbés, c’est toujours rigolo. Surtout quand celui-ci s’appelle Carton (commençant rue des Suisses, 7 et finissant rue des Plantes – la rue, pas l’abbé).

Qui était l’abbé Carton ?

Pauline Carton

Non, çà c’est Pauline Carton…

Rue de l'Abbé Carton

Ah ! Voilà.

La première partie de la rue est moderne mais égayée par la végétation.

Rue de l'Abbé Carton

Et même en perspective.

Quelques petits motifs architecturaux.

Rue de l'Abbé Carton

Un petit air lyonnais (sauf le toit)…

Rue de l'Abbé Carton

Une maison flamande ?

Rue de l'Abbé Carton

Un motif rapporté sur une façade.

Un endroit où, entre autres, on peut acheter, revendre, déposer des livres.

Rue de l'Abbé Carton

Un autre endroit sympa.

Vous avez déjà vu un monte-charge donner directement sur la rue ?

C’est une métaphore, évidemment !

Deux « installations contemporaines » involontaires. En tous cas, ce n’est pas inintéressant .

Rue de l'Abbé Carton

A propos d’artistes, dans cette rue travaillait un des plus célèbres couples de peintres de l’art contemporain. Szenes pensait que « les peintres vivent peut-être vieux parce qu’ils font un métier non violent et contemplatif… Il faut vivre longtemps pour avoir le temps de faire beaucoup de bêtises et quelques chefs-d’œuvre ».

A suivre…

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