Les « chansons Africa »

J’ai trop entendu d’imbéciles autour de moi (ne parlons pas des médias) s’exclamer : « Ah mais c’est bien, Assad est tombé » sans réfléchir au fait que les Américains ont, une fois de plus (Afghanistan, Irak) contribué à installer une théocratie sanguinaire, en Syrie, cette fois. Les idiots utiles de la bien-pensance ont donc soutenu la venue d’un système régi par la charia, dirigé par le groupe islamiste « modéré » Hayat Tahrir al-Sham (HTS), dernier avatar d’Al-Qaida, avec lequel, comme l’a relaté Le Figaro.fr, l’assassin de Samuel Paty était en contact…

*La propagande médiatique occidentale qualifie le chef du HTS Abou Mohammad al-Jolani de « djihadiste libéral démocrate », et ses amis de « rebelles »…

A côté de cela, le psychodrame autour de « Bayrou de secours » qui, tout comme Ségolène Royal ou Bernard Cazeneuve* est tellement indispensable qu’il est candidat à tout, est bien dérisoire…

*Les médias ont qualifié celui-ci « de gauche » !

♦

Début décembre, je passai boulevard Beaumarchais à Paris et pus voir les stigmates de la manifestation du 23 novembre contre les violences faites aux femmes. Malheureusement, ce fut apparemment un festival de wokisme et d’intersectionnalités en tous genres. Exemples de slogans tagués : MISANDRIE ! (savent-elles que pour « fabriquer » des enfants, quelle que soit la technique, on a besoin de gamètes mâles* ?), TOUS VIOLEURS** ! (ben voyons…), et la cerise sur le gâteau QUEERS 4 PALESTINE. En effet on peut compter sur les barbus du Hamas pour respecter les femmes et les minorités sexuelles ! On parie qu’aucune des manifestantes ne soutient le combat des femmes iraniennes. Et je n’ai rien vu faisant allusion à Gisèle Pelicot : elle est sans doute trop « cis » à leur goût…

*J’oubliais que pour sauver la planète, il ne faut plus faire d’enfants…

**Tous ? Evidemment non. Malgré tout, on remarquera que Dominique Ali Baba Pelicot n’a recruté ses cinquante violeurs que dans un rayon de quelques kilomètres seulement. On n’ose imaginer ce qu’il en aurait été à plus grande échelle…

♦

LA LISTE PEREC DU JOUR :

"Il pensait aux autres, à tous ceux qui étaient déjà partis, à tous ceux que la vie ou la mort avaient avalés : Madame Hourcade, dans sa petite maison près de Montargis, Morellet à Verrières-le-Buisson, Madame Fresnel avec son fils en Nouvelle-Calédonie, et Winckler, et Marguerite, et les Danglars et les Claveau, et Hélène Brodin avec son petit sourire apeuré, et Monsieur Jérôme, et la vieille dame au petit chien dont il avait oublié le nom, le nom de la vieille dame, car le petit chien, qui d'ailleurs était une chienne, il s'en souvenait très bien, s'appelait Dodéca."
♦

Nous retrouvons notre « rubrique de Noël », que j’aurais pu appeler Tour de chant, sauf que France Musique a eu la même idée. Mais quelle stupeur ! marjoly, qui prône la culture classique, verse maintenant dans la variété !

C’est qu’il y a des lieux toujours vénérés en chansons. Paris, qui sera toujours Paris ! L’Italie napolitaine O sole mio. La Provence Pagnol/Vincent Scotto/Alibert. L’Océanie Manureva de Brel à Antoine, en passant par Alain Chamfort. La Californie, San Francisco, la route 66, bon ou mauvais trip… Et l’Afrique, ou plutôt Africa, pour faire plus mythique, comme on dit Gaïa pour désigner la Terre.

Deux expositions ont lieu actuellement à Paris sur un thème identique : la possession du corps par l’âme d’une autre personne. Au Musée d’art et d’histoire du judaïsme, une expo* sur le dibbouk, thème tardif alimenté par la Kabbale et révélé par la pièce yiddish de Shalom An-ski, (1917)**. Autre exposition : celle au Quai Branly sur les zombis***. Ah, le vaudou, les sorciers, l’envoûtement… Nous y voilà ! Nous allons passer en revue des « chansons Africa ».

*jusqu’au 26 janvier 2025.

**Shalom An-Ski, Le Dibbouk, L’Arche, 2014.

***Le créolophone que je suis aurait écrit : des zonbi.

Je pensais qu’il y en avait pléthore : il y en a finalement assez peu. Je voulais d’emblée éviter la soupe des Alpha Blondy, Tikken Jah Fakoly et autres Ali Farka Touré, lesquels, sur un air vaguement reggae, débitent en boucle depuis trente ans « Africa, Africa » parce qu’ils n’ont rien d’autre à dire et en font leur fonds de commerce… Et on évitera également le gnan-gnan Saga Africa du si-populaire-et-consensuel Yannick Noah. Finalement, il ne reste pas grand chose. Je ne voulais pas vous décevoir, mais il était trop tard pour changer de thème. L’année prochaine, il y aura quelque chose de plus intellectuel…

Alors, à la guerre comme à la guerre :

On n’attendait pas Jean Ferrat sur ce terrain-là, malheureusement le résultat est décevant. Michelle Senlis, la parolière habituelle de Ferrat, est meilleure quand il y a un cadre politique précis (l’Union soviétique, la guerre d’Espagne, Cuba), mais là, c’est raté. Le texte de Michèle Senlis évoque peu l’Afrique, et la musique de Ferrat non plus. Et j’ai triché : c’est « Afrique » et non pas « Africa » qui apparaît dans le titre. J’aurais pu aussi aborder des chanteurs tiers-mondistes, mais Nougaro n’a rien chanté sur l’Afrique et Lavilliers m’agace.

Jean Ferrat, A moi l’Afrique (paroles : Michèle Senlis, musique : Jean Ferrat), 1972.

Quand j’étais jeune et vivais en Martinique, j’écoutais (un peu) de reggae. Jamais Bob Marley, trop connu, mais Peter Tosh, Jimmy Cliff ou Gregory Isaacs. Dans l’album Mama Africa de Cliff, qui contient la chanson éponyme, il y avait aussi une reprise de Johnny B. Goode de Chuck Berry ! Tosh est mort assassiné à 43 ans, de par ses fréquentations de trafiquants de drogue repris de justice. Quelle référence ! Il est vrai que le reggae est de la musique de chanvre…

Peter Tosh (paroles et musique), Mama Africa, 1983.

Nina Hagen est un peu la Brigitte Fontaine allemande, c’est dire si elle est siphonnée… C’est une déconneuse assumée, et une excellente performeuse vocale qui aurait pu faire une carrière lyrique (aujourd’hui, elle chante du Kurt Weill), tant son registre est étendu. Bon, African Reggae (de l’album Unbehagen) n’est pas ce qu’elle a fait de meilleur et c’est en plus une célébration du haschisch – encore. Les germanophones remarqueront tout de même que dans le dernier couplet, elle dénonce l’excision. En tous cas, utiliser le jodl dans du reggae est assez cocasse.

Nina Hagen, African Reggae (paroles et musique : Bernhard Potschka, Nina Hagen, Reinhold Heil), 1980.

Je vous avais prévenu : en v’là, de la variétoche ! Je dirais même de l’easy listening ! Je connaissais la chanson : difficile à l’époque de passer à côté ! Mais je ne savais pas qu’elle était du groupe Toto dont je n’ai entendu parler qu’à l’occasion des recherches pour cet article. La bonne vieille recette : une basse entêtante, donc envoûtante, et c’est bien connu, tout ce qui est envoûtant évoque l’Afrique… Pour cela, le groupe utilisera le nouveau synthétiseur Yamaha CS-80, ainsi qu’un élément de gamelan* ramené d’Indonésie par David Paich, et qui n’a donc rien d’africain ! Là, au moins, dans ce « titre »**, l’Afrique, « çà le fait ». Cà s’améliore…

*Le gamelan est un ensemble de percussions métalliques traditionnel indonésien.

**Il n’y a plus de chansons mais des titres. Il n’y a plus de films d’animation mais des licences…

Toto, Africa, (musique : David Paich, Jeff Porcaro, paroles : David Paich), 1982.

« Rose is a rose is a rose is a rose »

-Gertrude Stein

WOUAAAAH ! Rose Laurens ! Quand le clip de cette chanson passait (je me souviens des clips…), j’avais le nez sur l’écran… On remarquera 1. que Rose Laurens a une très bonne diction et 2. qu’elle a une gestuelle suggestive. Peu de gens savent qu’elle était aussi comédienne et avait joué Fantine dans la comédie musicale Les Misérables. J’ai choisi ce clip (interprété en anglais) de la télévision allemande, car c’est le plus sensuel de sa chanson Africa. En français, çà donne : « Je suis amoureuse d’une terre sauvage – un sorcier vaudou m’a peint le visage – son grigri me suit au son des tam-tams – parfum de magie sur ma peau blanche de femme ». Envoûtant, n’est-ce pas ? « Ung souffleu barbareu », comme dirait Nougaro… En tous cas, on y arrive, on y arrive…

Version allemande de : Rose Laurens, Africa (musique : Jean-Pierre Goussaud, paroles : Jean-Michel Bériat), 1982.

Manu Dibango est à mon avis le meilleur musicien africain avec Pierre Akendengué. Tous deux ont une solide formation classique : pratique du chant sacré puis conservatoire. Il existe deux titres (instrumentaux) de Dibango avec le mot Africa : ils sont bons mais pas évocateurs (rien ne vaut le fameux Soul Makossa). Quant à Pierre Akendengué, c’est un Gabonais né en 1943. En 1982, il sort Awana W’Afrika (« enfant d’Afrique » en myéné). Où l’on voit que c’est dans les meilleures calebasses qu’on fait les meilleures soupes !

Pierre Akendengué (paroles et musique), Awana W’Afrika, (1982).

J’espère ne pas avoir trop gâché votre Noël avec cette rubrique bâclée. D’où la nécessité de s’y prendre vraiment à l’avance pour pouvoir corriger le tir…

♦

♦

Votre commentaire

Dekoikonparle ? (7)

La tête de client

Clients et usagers

Le « gentil » Michel Barnier, ce grand méchant mou : mon oeil, oui ! Quelqu’un qui a occupé à deux reprises le poste de commissaire européen ne peut qu’être suspect. Cet homme lisse et sans humour préfère les salons du pouvoir à la volonté du peuple, car c’est lui qui a participé à la trahison du vote du 29 mai 2005 : il a préparé le « oui » et lorsque le « non » est passé, il a mis en place, avec d’autres, le Traité de Lisbonne, bafouant la volonté du peuple français. C’est donc un homme dangereux qui représente l’allégeance au système de l’Otan, au moment où la paix est menacée. Bref, Barnier est une image miroir de Macron…

♦

Qu’est-ce que Macron va encore pouvoir inventer comme manifestations et événements liés au sport, pour nous faire « tenir » jusqu’en 2027 ? Ils n’ont pas de pain ? Qu’ils bouffent des jeux ! Cette injonction olympique commence à me courir sur le système… « Ces JO ont dit quelque chose de notre culture et de notre audace » a déclaré le président. On croyait que l’audace, c’était de réindustrialiser la France, et de faire des services publics un modèle pour le monde. Quant aux JO, c’est plutôt la culture Disney…

♦

LA LISTE PEREC DU JOUR :

"La quatrième [malle] contenait [...] une tente à six places avec tous ses accessoires et fournitures depuis la classique «vache à eau» jusqu'au commode [...] gonfleur à pied, en passant par la toile de sol, le double-toit, les piquets inoxydables, les tendeurs de rechange, les duvets, les matelas pneumatiques, les lampes-tempête, les réchauds à pastille, les bouteilles thermos, les couverts emboîtables, un fer à repasser de voyage, un réveille-matin, un cendrier «anosmique» breveté [...] et une table entièrement pliante".
♦

Dans le Dekoikonparle consacré au nucléaire (https://champouin.blog/2022/10/15/dekoikonparle-5/), j’avais écrit : « […] les comptables au pouvoir, ainsi que les obsédés de la dette ont réussi à saboter les projets Superphénix en 1998, Phénix en 2010 et Astrid en 2019 : il n’y a pas de quoi être fier… ». Or dans Marianne, Yves Bréchet, l’ancien haut-commissaire à l’énergie atomique qui a fini par en claquer la porte en 2018, confiait il y a quelques mois : « L’arrêt soudain du projet Astrid, qui devait ouvrir une nouvelle ère dans le nucléaire civil, m’a fait sortir de mes gonds. la France avait une avance considérable, […] mais des sous-chefs comptables ont tout rayé d’un trait de plume ». En plus des sous-chefs comptables, il y a Mélenchon qui dans son discours au soir du 7 juillet dernier a réclamé le « moratoire sur les grands travaux inutiles ». Les grands travaux : encore un truc de vieux mâles blancs hétéronormés…

J’avais également parlé des jeunes youtubeurs passionnés par la chose ferroviaire* dans Prenons le train du futur !(https://wordpress.com/post/champouin.blog/3657). Dans cette rubrique, j’avais évoqué la coopérative Railcoop (qui voulait relancer les « petites lignes »** transversales), à la recherche de financements. Railcoop a mis la clé sous la porte au printemps.

*Rafraîchissant, car est paru dans Que choisir de mai 2024 un article dégueulasse totalement hostile à la nouvelle liaison ferroviaire Lyon-Turin, avec les mêmes scies : projet dispendieux, non rentable, portant atteinte à l’environnement, et autre conneries dignes des écolos, toujours opposés au train. Que vient faire cet article dans Que Choisir ? Il est pathétique qu’on serve encore la soupe : « gentils consommateurs contre vilains pollueurs », digne d’un Ralph Nader des années 70.

**On notera l’utilisation péjorative par les plumitifs médiatiques de l’adjectif petit, cf. les « petits candidats » des élections présidentielles…

Voici un autre « you tout-beurre » ou « U2 beur », moins jeune mais tout aussi passionné : Clé2berne, qui anime la chaîne YouTube éponyme que je recommande (http://www.youtube.com/c/Clé2Berne). C’est visiblement un agent, ou ancien agent de la SNCF. Je recommande fortement cette chaîne qui est passionnante.

Clé de Berne
Une clé de Berne est une clé spéciale utilisée en interne par le personnel de la SNCF, et improprement appelée « carré ». En effet, rien n’est standard entre les « carrés » SNCF, RATP, sapeurs-pompiers, Marine nationale, etc.

Néanmoins, quelque chose cloche chez ce monsieur. Il reprend la même litanie éculée, avec virulence, contre l’aérotrain de Jean Bertin (« utopique », « irréalisable », « trop cher », etc.). S’il a raison d’être contre l’Hyperloop (un train/tube sous vide) d’Elon Musk ou autres, il attaque malheureusement aussi le concept de train à sustentation magnétique. Pour lui, c’est utopique. Ses arguments sont financiers (comptable ! – décidément…), infrastructurels (il faudrait construire de nouvelles voies – eh oui, mon bonhomme !), ou alors purement nominalistes (il n’y a pas de roues ni de rails, donc ce n’est pas un train) ! Soutiendrait-il le lobby de la sidérurgie, comme les opposants de Bertin à l’époque ?

Ce qui me choque autant est qu’il ne parle pas de voyageurs, mais de clients. Je lui ai posé la question. Il m’a répondu : « Selon les trains empruntés tu seras soit un client soit un usager. Les TGV ne sont pas des transports publics aussi dedans tu es un client. Le TER est un transport public et dedans tu es un usager. Et peu importe qu’ils roulent sur la même voie. Mais pour moi, l’un et l’autre ont les mêmes droits et méritent la même attention, c’est pourquoi j’utilise les deux et que je n’y vois aucune différence*« . Honte à lui ! On pourrait penser que ce type veut soit garder sa place, soit se faire sponsoriser par la SNCF (ou plutôt par Sncf, sigle sans article pour bien montrer qu’il s’agit d’une marque)… Je crois plutôt que c’est le modèle même de l’apolitique, qui n’en pense rien, bien au contraire… En tous cas on apprend au passage que seuls les transports de proximité (TER, RER, transports urbains) ont le statut de délégataires de service public…

*Souligné par moi.

SNCF
Le financement de la SNCF avant, et maintenant…
SNCF

Rebelote, malheureusement : dans son éditorial de TAXI Mag de mars 2024 (magazine destiné aux chauffeurs de taxi), Christian Thomas écrit : « Il serait souhaitable que les médias : TV, radios et un peu la presse écrite n’utilisent plus les mots : usagers consommateurs, utilisateurs abonnés, etc., lorsqu’ils parlent des citoyens mais de CLIENTS ! » – ou alors c’est ironique et il veut rejoindre mon propos mais la formulation est bancale…

Nous allons en profiter pour passer en revue toute la terminologie qui n’est pas encore remplacée par « client » mais çà ne saurait malheureusement tarder, même dans le domaine du régalien, ce qui ne déplairait pas aux libertariens Milei ou Musk. Quand on aura privatisé l’administration des impôts, comment s’appellera ce nouvel « opérateur » ? Taxeo (sans accent sur le e), France-impôt ou my-contrib.eu ?*

*Il faudra que j’écrive un papier sur les dernières tendances des appellations des marques. Après Frichti (qui a fait faillite), aura t-on Boostify ?

Si, « dans le privé » un client est un client, « dans le public » c’est plutôt un usager.

Dans le cas précis des transports, on parlera de voyageurs pour les transports terrestres – c’est là où notre ferroviphile a tout faux -, et de passagers pour les transports maritimes et aériens. Les compagnies aériennes, même les plus agressives commercialement, utilisent encore ce terme alors que les marques Tgv, Ouigo, Thalys, etc., qui parlent d’embarquement et nous souhaitent la bienvenue à bord, sont déjà passées de l’autre côté du miroir…

FNAUT
Fédération nationale des usagers des transports (FNAUT). Des clients, des usagers, des voyageurs ou bien des fnautes ?

Quant à ceux qui sont aujourd’hui des clients des services de base (eau, gaz, électricité, téléphone), ils en étaient autrefois des abonnés.

Les publics des spectacles sont tout simplement des spectateurs. La radio est destinée aux auditeurs et la télévision aux téléspectateurs. Dans ce cas, ce n’est pas une clientèle, mais une audience. Les bibliothèques, les archives publiques et les centres de documentation ont des lecteurs (le lectorat). Les lieux de patrimoine et de culture (hors spectacle) au sens très large, y compris les parcs d’attraction, sont fréquentés par des visiteurs. On parle souvent de visitorat.

Ceux qui sont sur les bancs de l’école primaire sont des écoliers, sur ceux du collège sont des collégiens, ceux des lycées sont des lycéens, voire étudiants. Pour l’enseignement supérieur ce sont des étudiants, parfois élèves pour les « grandes écoles » et l’enseignement supérieur privé. On ne dit plus « stage » pour désigner des formations, mais ceux qui les suivent sont encore des stagiaires.

Etudiant
Etudiant gnangnan…

Quant on recourt aux soins d’un établissement médical public ou privé, on est un patient – terme approprié au vu des déserts médicaux et du sous-effectif hospitalier ! On a même forgé le néologisme patientèle sur le modèle de clientèle.

L’administration des impôts s’adresse aux contribuables, terme malheureusement utilisé avec gourmandise par une droite constituée de commerçants moisis et artisans radins qui, c’est bien connu, « croulent sous les charges ». Et les bénéficiaires (terme officiel cependant) des prestations sociales (CAF, Assedic) sont plutôt des assujettis dans le langage courant. Penchons-nous sur l’Assurance Maladie, appellation inappropriée et qui trahit l’esprit du Conseil national de la Résistance, car il s’agit bien d’une sécurité abondée par des cotisations et non pas d’une assurance abondée par des primes. Du coup, ses bénéficiaires s’appellent assurés, et même assurés sociaux, terme absurde car (si, je le répète, on considère que c’est une assurance…) c’est l’assurance qui est sociale et non les assurés ! Quant aux assurances – les vraies, cette fois – quand elles ont le statut de mutuelles*, on parlera alors de sociétaires. Les caisses (prévoyance, retraite…) ont des cotisants.

*Il suffit de lire la prose des statuts desdites mutuelles pour constater qu’elles n’ont plus de mutuelles que le nom, des coups de boutoir législatifs successifs ayant mis à mal ce statut ces dernières années…

Poujade
Fraternité Française, le torchon de « l’épicier » Pierre Poujade (1920-2003), obsédé par la tyrannie de l’Etat et des impôts envers les gentils « contribuables », et qui sera nommé membre du Conseil économique et social (1984 à 1999) par l’ancien « résistant de Vichy » François Mitterrand…

Les personnes ayant à faire à la justice, d’un côté ou de l’autre, sont des justiciables, tout simplement. A ce sujet, le fait, pour les avocats de parler de leurs clients me choque énormément. J’en profite aussi pour dire que je trouve totalement ridicule de donner du « Maître » à un avocat ou un notaire…

Bref, l’administration mais aussi les préfets et les maires doivent répondre à leurs administrés. Ces derniers sont-ils la version laïque de leurs paroissiens, voire en langage relâché, de leurs ouailles* ? Ou bien, hélas, des consommateurs ?

*Du latin ovicula, « petite brebis ».

Nota : l’illustration de bannière de titre est l’affiche d’un film de Jacques Poitrenaud (1965). Je l’ai vu une fois à la télévision et peux vous affirmer que c’est un véritable navet, malgré les prestations de Michel Serrault, Jean Poiret et Francis Blanche…

♦

Votre commentaire

L’oeil de Paris (8)

LA LISTE DU JOUR (extraite de David Foenkinos, La délicatesse, 2012, Gallimard) :

Discographie de John Lennon s'il n'était pas mort en 1980


Still Yoko (1982)
*
Yesterday and Tomorrow (1987)
*
Berlin (1990)
*
Titanic Soundtrack (1997)
*
Revival - The Beatles (1999)

Et cela me donne l’idée de faire le même exercice pour d’autres chanteurs ou groupes. A suivre, donc !

♦
Passage des Abbesses

Nous avons la dernière fois passé en revue les rue et place des Abbesses. Mais sait-on qu’il y a un passage éponyme commençant rue des Abbesses et finissant rue des Trois-Frères ?

◊

Passage des Abbesses

Voilà l’entrée du passage. Je ne l’ai pas fait exprès, mais çà en jette avec cette vieille voiture devant…

◊

Passage des Abbesses

A l’intérieur, une chicane. Il faut faire un « gauche-droite ». Faire la liste des rues ou villages comportant une chicane…

◊

On monte l’escalier, demi-tour, chicane et on sort. Vous suivez ?

◊

Passage des Abbesses

Sans paroles.

◊

Passage des Abbesses

Mouais, bof…

◊

Ce passage a une particularité : c’est un lieu de graphisme de rue en tous genres. Ici, si on reconnaît bien Amélie Poulain, de Gaulle est totalement raté.

◊

Florilège !

♦

Et maintenant la rue d’Abbeville (commençant pl. Franz-Liszt et finissant rue de Maubeuge), première de notre série à porter un nom de ville (Maubeuge, Dunkerque, Denain…) desservie par la compagnie des chemins de fer du Nord : la gare est proche.

◊

rue d'Abbeville

Superbe immeuble construit par Georges Massa en 1897 avec son décor sculpté au ciseau : frontons, masques, guirlandes, putti et gueules de lions à gogo.

◊

Et son voisin, d’Alexandre et Edouard Autant (1901), de style Art nouveau.

◊

A gauche : « pourquoi Cariatides ? », à droite : « Ah ben oui, je comprends, maintenant » !

◊

rue d'Abbeville

Ne pas confondre avec Guy ou Gilbert…

◊

La rue aboutit place Frantz-Liszt, dont la rambarde à colonnettes de l’horrible église Saint-Vincent-de-Paul donne pourtant un petit air de Rome…

♦

Votre commentaire

L’oeil de Paris (7)

Retour sur ce que vous savez :

… Faire nation, faire société, faire président, faire sens, FAIRE BARRAGE.

♦

On ne regrettera ni les orientations du milliardaire Bolloré, ni le pseudo-bouffon Hanouna, ni la télé de merde qu’était C8, mais il est quand même inquiétant qu’en France on puisse interdire un média (en novlangue juridique, on ne « reconduit pas sa fréquence »). Va-t-on interdire une autre chaîne, une radio, ou un média papier ? Ce fait, ajouté à l’éviction de Guillaume Meurice de France-Inter pour une blague « douteuse », a des relents de censure…

♦

Benoît Duteurtre est mort. Cet écrivain et chroniqueur n’était pas anti-progrès, ni nostalgique du « c’était mieux avant ». Simplement, il était en colère contre la marchandisation de la société, celle qui fait, par exemple, que nos centre-villes, gares et aires de repos d’autoroute soient devenus un alignement obscène de marques*, et regrettait que l’on prenne le Tgv comme on prend vulgairement le métro après être de surcroît passé par l’épreuve électronique tyrannique des mots de passe, comme tous les services d’aujourd’hui… Il regrettait que, de nos jours, tout soit bruit, laideur et zapping permanent. D’autre part, il animait depuis 25 ans Etonnez-moi, Benoît sur France-Musique, émission consacrée à l’opérette, qu’il a contribué à faire relancer, et à la chanson française – la vraie, avec mélodie, couplets et refrain et non pas la soupe actuelle des maisons de disques ou d’émissions comme The Voice ou Star Academy…

[Dernière minute : j’ai écrit ce « chapô » le 18 juillet. Or, dans Marianne du 25, que j’ai acheté samedi 27, Jérôme Leroy écrit un hommage à B. Duteurtre. Je cite : « Benoît Duteurtre ne pensait pas que c’était mieux avant mais il était certain que c’était pire maintenant ». Sommes-nous, Leroy et moi, doués de télépathie ? En tous cas, il y a consensus, comme on dit aujourd’hui…]

♦

LA LISTE DU JOUR :

Extrait de Front Populaire (le magazine, et non pas…) n°15, avril 2023 :

"Cette reconfiguration du capitalisme a donné lieu à une batterie de notions et de qualificatifs pour appréhender et décrire l'immense processus de régression anthropologique à l'oeuvre dans l'économie des plates-formes numériques : «capitalisme attentionnel» (Pierre Citton), «sémio-capitalisme» (Franco Berardi), «hypercapitalisme» (Jean-Paul Galibert), «capitalisme cognitif» (Bernard Stiegler), «capitalisme mental» (Georg Franck), «capitalisme nétarchique» (Michel Bauwens), «capitalisme pulsionnel» (Bernard Stiegler), «technocapitalisme» (Renaud Vignes), etc."

Vais-je consacrer un Dekoikonparle ? sur le sujet ?

♦

Après les abbés, les abbesses ! Tout d’abord avec la place des Abbesses, donnant sur la rue éponyme. Le nom provient des abbesses présentes dans l’abbaye de Montmartre fondée par Louis le Gros en 1134.

Place des Abbesses

Il suffit de sortir du métro – la station la plus profonde de Paris. Par contre, l’édicule (quel vilain mot) d’Hector Guimard, n’est qu’une réplique. Le seul qui soit d’origine se situe à la station Porte Dauphine, et ce n’est même pas son emplacement initial !

◊

Pour être vert, c’est vert !

♦

Et maintenant la rue des Abbesses (commençant rue des Martyrs et finissant rue Lepic), malheureusement devenue rue bobo tête-à-claques.

Rue des Abbesses

Visiblement le syndrome Amélie Poulain n’a pas atteint que les étrangers, mais les attirent, tout de même… On s’attend à voir surgir de cette brasserie une meneuse de revue avec truc en plumes façon Paradis Latin ou Casino de Paris.

◊

Dans ce paradis parisien où les touristes croient pouvoir tomber sur Jean-Paul Sartre ou Juliette Gréco, même le slip est français ! Bon, le slip de J.-P. Sartre, çà ne fait pas vraiment rêver…

◊

La rue des Abbesses était autrefois dédiée aux commerces de bouche. Les devantures étaient donc surmontées de ces ouvrages en fer forgé. Le rouge était la couleur des bouchers, et il est heureux que l’enseigne sur l’image de gauche n’est pas été pour une fois transformée en boutique de fringues.

◊

Rue des Abbesses

Contre les néo-nazirs, il faut faire barrage !

◊

Rue des Abbesses

Y’a comme un problème avec ce bâtiment en train de s’affaisser, tout comme certains immeubles des quais de Nantes ou de Bayonne !

◊

Cà en jette ! L’immeuble de gauche date de 1852. Et celui de droite est « à cheval » entre Art nouveau et Art déco.

◊

Rue des Abbesses

Y a-t-il un poète maudit ou un peintre bohème derrière ces fenêtres ?

◊

Mais non, voyons ! Ils ont été expulsés par les bobos investisseurs !

◊

Rue des Abbesses

Une curiosité : l’église Saint-Jean-l’Evangéliste, une architecture révolutionnaire de métal et de ciment armé (1904).

◊

La voilà ! Très belles mosaïques…

◊

Anatole de Beaudot

L’architecte s’appelait Anatole de Baudot.

◊

Rue des Abbesses

Et la rue vient mourir sur cette boutique rose bo(n)bo(n) : Antoine & Lili…

♦

Mais on n’en a pas fini avec les Abbesses…

A suivre…

♦

Votre commentaire

L’oeil de Paris (6)

Il est clair qu’à présent, un climat de peur commence (20 minutes du 5 juillet : « Peurs sur la France », Marianne du 4 juillet : « De quoi faut-il avoir peur ? »). Macron nous avait bien préparé : peur des Gilets jaunes, peur du virus de la covid, peur du « fardeau de la dette », peur des Russes, peur d’être un suppôt* de Poutine si on vote mal. Le but étant que le peuple aie peur d’une oligarchie qui lui dicte de quoi il doit avoir peur… Et çà marche : « Les minorités profitent de notre peur », écrit Elisabeth Badinter dans Messieurs, encore un effort, (Flammarion/Plon, 2024). L’écrivain Kamel Daoud le reconnaît : pour lui, l’Occidental « coupable » de tout (migrants noyés, putschs en Afrique, morts à Gaza) – il ironise, évidemment – culpabilise et baisse la tête. Daoud met le doigt sur un moteur du wokisme : la peur. Cette peur a incité le peuple à faire barrage.

*Un suppôt et au lit ? Un Bigflo & Oli ?

La France a peur...
« La France a peur… »

Selon moi, cette élection n’est pas légitime : aucun programme, aucun projet (si : le Smic à 1600 € et la suppression de la réforme des retraites. C’est un peu court). Or « faire barrage » n’est pas un projet !

Faire barrage…

Dans la rubrique Annus horribilis du 1er mai [https://champouin.blog/2024/05/01/annus-horribilis/], je mettais en scène un Macron devenu fou. La réalité rejoint-elle la fiction ? Pas tellement : je pense que son but était de passer pour un démocrate, en décrétant l’alternance tout en sauvegardant bien entendu les intérêts de l’élite financière grâce à l’ultra-libéralisme du RN. Les électeurs l’ont plus ou moins consciemment compris. Caramba ! Encore raté pour Macron…

Je suis peut-être complotiste ou bien je me prends pour Macron, mais comment toute cette gauche hétéroclite a-t-elle pu constituer une entente et un programme commun en 48 h ? Etait-elle au courant 1. d’une dissolution et 2. du délai court de trois semaines avant le scrutin ?

♦

Pas d’interruption du Champouin pendant les vacances, mais vous avez droit à trois numéros de L’oeil de Paris, et La liste du jour va s’éloigner momentanément de Georges Perec.

♦

LA LISTE DU JOUR :

Celle-ci est extraite d’Alchimie du Verbe, d’Arthur Rimbaud (1873). D’abord inclus dans Une saison en Enfer, cet essai littéraire est disponible depuis 1953 dans ses Oeuvres complètes (Mercure de France).

"J'aimais les peintures idiotes, décors, toiles de saltimbanques, enseignes, enluminures populaires ; la littérature démodée, latin d'église, livres érotiques sans orthographe, romans de nos aïeules, contes de fées, petits livres de l'enfance, opéras vieux, refrains niais, rythmes naïfs [...] Je m'habituai à l'hallucination simple : je voyais très franchement une mosquée à la place d'une usine, une école de tambours faite par des anges, des calèches sur les routes du ciel, un salon au fond d'un lac"
♦

Il se trouve que, malheureusement, les rues portant le noms d’abbés ne sont pas toujours les plus intéressantes…

Commençons avec la place de l’Abbé Jean-Lebeuf, située entre la rue Guilleminot et la rue du Château :

Place de l'Abbé Jean-Lebeuf

◊

Place de l'Abbé Jean-Lebeuf

Cette place est une « ouverture » sur l’ensemble de la place de la Catalogne conçue par Ricardo Bofill.

♦

Encore plus confidentielle, la rue de l’Abbé Migne commençant rue des Francs-Bourgeois, finissant square Victor-Langlois :

Migne Abbé Jacques-Paul

L’Abbé Jacques-Paul Migne (1800-1875) fut un prêtre catholique français, imprimeur, journaliste et éditeur de livres religieux.

◊

Migne Abbé Jacques-Paul

Vestige d’un bâti ancien, cette rue vient « mourir » dans un îlot abattu, aujourd’hui le square Langlois. Du coup, elle est plus que courte !

♦

Maintenant la rue de l’Abbé Patureau, commençant rue Paul-Féval, finissant rue Caulaincourt :

Rue de l'abbé Patureau

Marie Charles François Patureau (1853-1930), ancien curé de St-Pierre-de-Montmartre.

◊

Première rue de notre série, qui comporte des escaliers – et ombragés de surcroît.

◊

Rue de l'abbé Patureau

« Il suffit de traverser la rue »…

◊

Rue de l'abbé Patureau

Suite et fin, avec cet immeuble rouge en perspective, dont on aurait voulu qu’il soit centré.

♦

Qui était Roger Derry (Rue de l’Abbé Roger-Derry, commençant rue de la Cavalerie et finissant avenue de Suffren) ?  

Rue de l'abbé Roger-Derry

◊

Rue de l'abbé Derry

Une rue chic dans un quartier chic.

◊

Rue de l'abbé Derry

Vous n’avez pas rêvé : en perspective, un immeuble des années 40 qui fut autrefois un garage Aston Martin. Çà en jette !

♦ 

L’avenue de l’Abbé Roussel (commençant rue la Fontaine, finissant avenue Théophile-Gautier) et la rue de l’Abbé Rousselot (commençant boulevard Berthier, finissant avenue Brunetière) ne nous ont pas inspirés… Notons tout-de-même que le premier (1825-1897) fut le fondateur des Orphelins d’Auteuil et le second (1846-1924), considéré comme le fondateur de la phonétique expérimentale, a inventé un système de transcription  phonétique.

♦

Notre dernier abbé : Jean-Baptiste Soulange-Bodin. Sa rue commence rue Guilleminot et finit rue de l’Ouest.

Rue de l'abbé Soulange-Bodin

◊

Cette courte rue est piétonne, (il paraît qu’on doit dire « piétonnière »), bon prétexte pour la terrasse du restaurant.

◊

Et les piétons sont-ils des papetons ?

◊

Avertissement !

♦

On fera mieux la prochaine fois… Mais il n’y aura pas de rue de l’Abbé Chamel, de l’Abbé Kahn (un converti…) ou de l’Abbé Tumaine !

A suivre !

♦

Votre commentaire

Mon Saint-Quentin (3)

Saint-Quentin

La quintessence de la province…

En guise de « chapeau », quelques remarques sur la mise en page de ce blog : j’essaie de trouver une solution pour que chacun puisse trouver où déposer un commentaire, mais c’est un work in progress, comme on dit. Je viens d’installer un bouton « commentaire » dont l’utilisation ma paraît étrange… A suivre. D’autre part depuis quelques temps, les photos ont une fâcheuse tendance à se décaler sur la gauche, voire à chevaucher (hue !) le texte. L’assistance de mon hébergeur WordPress est un chat (miaou, ou plutôt miaaw) communautaire, comme pour « l’assistance » Windows, mais j’aurais voulu parler en live à quelqu’un (à l’ancienne, quoi)… A suivre également.

♦

Salauds de chinois qui veulent exporter 12% de leurs véhicules électriques ! Concurrence déloyale ! On remarquera tout-de-même que l’Allemagne, le Japon et les Etats-Unis exportent respectivement 80, 50 et 25% de leurs automobiles, et que leur premier marché est la Chine…

♦

LA LISTE PEREC DU JOUR :

"Un programme du cinéma le Caméra, 70 rue de l'Assomption, Paris 16e, pour le mois de février 1960 :

du 3 au 9 :
La Vie criminelle d'Archibald de la Cruz, de Luis Buñuel,

du 10 au 16 : Festival Jacques Demy :
Le Bel Indifférent, d'après Jean Cocteau, et Lola, avec Anouk Aimée,

du 17 au 23 :
Tiens bon la barre, Jerry, de Gordon Douglas, avec Jerry Lewis,

du 24 au 1er mars : Présence du cinéma hongrois : un film différent par jour, avec, le 26, en première mondiale et en présence de l'auteur :
Nem szükséges, hogy kilépj a házból, de Gábor Pelos,"
♦

Mon grand-père paternel s’appelait Charles Roger et était pharmacien à Saint-Quentin. Cà tombe bien : çà me permet de vous narrer deux anecdotes historiques.

Avant les bombardements de 1916, la pharmacie de la rue Raspail n’était pas au 58 (celle de mes grands-parents, installés quinze ans plus tard), mais presque en face, au 61, angle rues Raspail/Le Sérurier. L’officine fut brièvement occupée par un certain Alexandre Cazé (vraisemblablement en tant que préparateur), qui déménagea en tant que pharmacien Place du Palais de Justice en 1897. Il y créera le fameux Sirop des Vosges Cazé, puis s’installera à Paris en 1911. Ledit sirop n’a donc rien de vosgien !

La pharmacie Huyon où travaillait Alexandre Cazé.

Et peu de Saint-Quentinois savent qu’ils ont un Charles Rogier – avec un i – (1800-1885) comme enfant du pays. Bien que né à Saint-Quentin, il sera l’un des protagonistes de l’indépendance de la Belgique ! La station de métro Rogier, à Bruxelles, lui doit son nom.

Vous allez enfin connaître l’origine de ma fixation sur Saint-Quentin.

J’étais un petit banlieusard parisien. Régulièrement, les « samedi-dimanche » comme disait ma maman (on ne disait pas « week-end« ), nous allions chez ma grand-mère à Saint-Quentin.

Client Roi
Client Roi … Cà fait province à mort !

Pour moi, c’était un autre monde – magique et enchanteur : une tranquillité à toute épreuve (c’est vrai que St-Quentin un dimanche, c’est mort…, et en semaine dès le carillon de midi, les gens couraient sur le trottoir pour ne pas arriver en retard pour le déjeuner) au point d’entendre les krou… krou… des pigeons depuis la fenêtre de la cuisine ; des commerces typiquement provinciaux (Armand-Thiéry & Sigrand*, Phildar, les Nouvelles Galeries) ; le réseau des commerçants au label Client Roi ; des charcuteries (avant qu’on se la pète en les appelant traiteur) dont la vitrine montrait « qu’on n’avait pas tout çà à Paris » comme les ficelles picardes et les flamiches aux poireaux ; des boulangeries qui vendaient des patates en pâte d’amande et des glands – avec de l’alcool dedans ! ; un Monoprix à l’ambiance familiale (quand on rencontrait quelqu’un, c’était forcément au Monoprix) ; et les cinémas dont le rideau faisait de la publicité pour les commerçants.

*Malgré une « légende urbaine », Armand-Thiéry n’est pas une entreprise fondée à Saint-Quentin, mais en Belgique. Même la Société Académique de St-Q. maintient l’ambigüité.

Surtout, c’était une ville structurée – une vraie ville, quoi. Difficile d’avoir des points de repère en banlieue parisienne (encore que Boulogne-Billancourt, puis Chaville, où nous étions, ce n’est pas le 9-3 !). Mais en « petite province », pas besoin de préciser son adresse. « J’habite derrière la cathédrale », « J’habite sur le boulevard, en face de la Caisse d’Epargne »,  » J’habite faubourg Saint-Machin », « J’habite rue de Paris » : il y a des repères. Ainsi Saint-Quentin avait son faubourg industriel d’outre-gare, son boulevard avec un ancien champ-de-Mars appelé pompeusement « Champs-Elysées », sa ZUP*, sa collégiale/basilique au point le plus haut de l’oppidum, sa Grand-Place avec son hôtel de Ville datant de 1509 qui émettait tous les quarts d’heure un air de carillon (l’âme de St-Q.). Il s’agissait, selon le moment, du P’tit Quinquin, de Joyeux Carillon ou de mon air préféré que je n’arrive pas à identifier, faute de micro pour pouvoir fredonner un air sur les moteurs de recherche… Bref, on n’avait pas tout çà à Paris – et encore moins aujourd’hui…

*La mini ZUP ? Ha, ha !

L’air du Joyeux carillon, des Cloches de Corneville, opéra-comique de Robert Planquette (1877). Je ne sais pas où a été captée la vidéo, ce n’est évidemment pas à Saint-Quentin – peut-être à Corneville en Normandie où se déroule l’intrigue. Il n’y a malheureusement pas à ma connaissance d’enregistrements du carillon de Saint-Quentin.

Cette ville était donc mon petit paradis, mon refuge, et un peu « mon Amérique à moi » comme dirait Brel.

Revenu à Saint-Quentin quarante ans plus tard, catastrophe ! Certes, la Grand-Place et trois rues adjacentes sont désormais piétonnes*, ce qui a permis à des pseudo-restaurants de s’installer et d’y étaler leurs terrasses. Mais je me souviens d’une ville commerçante : la rue Emile-Zola, la rue d’Isle et le bas de la rue Raspail étaient un alignement de magasins. Las ! Ce n’est maintenant plus qu’une alternance de commerces communautaires (kébabs, pizza hallal, bars à chicha, téléphonie…) et de pas-de-porte fermés. Et les enseignes locales emblématiques de la ville – Seret (grand-magasin), Top van Dooren (tissus d’ameublement), Pasdeloup (arts de la table), Marchandise (chaussures), Henri (salon de thé), Mijo (glacier), Au Riche (restaurant), Vampoulle (librairie catholique), Desprey-Pollet (encadreur et fournitures pour beaux-arts) – avaient soit disparu, soit été remplacées par des enseignes à la con. Seule subsiste Trogneux (chocolatier), succursale de qui vous savez.

*Les rues piétonnes sont typiques des sociétés post-industrielles : faire en sorte que précaires et allocataires consomment et ne se révoltent pas !

Saint-Quentin
« Le Palais du jouet » : un des anciens commerces de Saint-Quentin, rue d’Isle. Très belle façade en bois, malheureusement défigurée par les enseignes. Mais JouéClub s’étant fait racheter par La Grande Récré, ce magasin existe-t-il encore ?

Saint-Quentin était doté de trois cinémas : le Carillon, le Splendid et celui de la Grand-Place dont j’ai oublié le nom. Aujourd’hui tout est regroupé dans un multiplexe sans âme, dans lequel les beaufs viennent s’obésifier de pop-corn et de glaces Mars.

La ville était, jusqu’aux années soixante, une étape routière vers le nord et une étape ferroviaire de la ligne Paris-Bruxelles. Il y avait un « Grand-Hôtel », certes mal situé. De nos jours, l’autoroute trace directement entre Amiens et St-Q., et un TER crasseux, que l’on prend comme le métro, fait la navette entre Paris et ce qui est devenu une ville-dortoir de troisième couronne. Cette ville semi-industrielle, dont l’usine Motobécane produisait les bonnes vieilles Mobylette, a fondu comme un glaçon : de 67 243 habitants en 1975, elle descend à 52 958 en 2021, soit le niveau de 1906…

Hélas, hélas, hélas, Saint-Quentin m’a trahi. En réalité, toutes les villes petites et moyennes nous ont trahi (St-Q., Moulins, Figeac, Blois, Châteauroux, Uzès, Saint-Dié, Villefranche-sur-Saône, Sens, Bourg-en-Bresse, Saint-Brieuc, Auch et une centaine d’autres…). C’est la « mutation de la société », comme disent avec gourmandise économistes et sociologues en se gardant bien d’émettre un point de vue moral… Les causes, en réalité, sont multiples : libéralisme, désindustrialisation, mondialisation, grande distribution et ses centres commerciaux, vieillissement de la population, et le modèle commune < canton < département < Etat remplacé par le modèle intercommunalité < métropole < région < Europe. En un mot la désintégration contrôlée de l’économie (« mutation de la société » en novlangue orwélienne).

Bingo ! Juste après la rédaction de ce paragraphe, en lisant Armand Grabois, Grand Atlas – Géographie de la France, Histoire & connaissances Hors-série, sept. 2023, je tombe sur la description (p. 110) de ces deux modèles. Grabois précise même : « L’une [le premier modèle] est chargée de la besogne ingrate et de rendement nul (armée, justice, police, affaires sociales), l’autre [le second] de tout ce qui engendre de la plus-value (l’économie moderne, métropolitaine) ».

A lire également : Jérôme Fourquet, Jean-Laurent Cassely, La France sous nos yeux – Economie, paysages, nouveaux modes de vie, 2021,Seuil.
Lire également les ouvrages de Christophe Guilluy et ceux de deux démographes : Hervé Le Bras et Emmanuel Todd.

Saint-Quentin
J’ai toujours connu ce garage juste à côté de la basilique – et c’était franchement moche…

Saint-Quentin fait aujourd’hui l’objet d’un plan Action Coeur-de-ville : entre autres, rachat de fonds de commerce par la municipalité et aménagement du parvis de la basilique, que j’ai toujours connu, hélas, comme un endroit pas aménagé et un peu glauque. Le comble !

Alors vivrai-je assez vieux pour retrouver non pas « mon petit Liré », mais « mon » Saint-Quentin ?

♦

Votre commentaire

L’oeil de Paris (5)

Rue de l'

Rue de l’Abbé Groult

Drôle de monde où ceux qui parlent de proposition de paix entre la Russie et l’Ukraine sont qualifiés de « belliqueux ». Proposer la paix, c’est être un agent de Poutine – ou être un « Munichois ». Rappelez-vous : « La paix, c’est la guerre » (George Orwell, 1984).

Comment un pays qui a été « viré » par le Mali et le Burkina-Faso pourrait-il faire face à une guerre de haute intensité contre la Russie ?

Dernier subterfuge pour nous faire accepter l’austérité, après Pinochet, les « conditionalités du FMI » et plus récemment la « transition écologique » : « l’économie de guerre » (dixit Bruno Le Maire)…

Emmanuel Macr… heu… le général Boum-Boum (Marc Barrard), extrait de La Grande-duchesse de Gerolstein de Jacques Offenbach (1867).

♦

Je vous recommande l’exposition Sacrilèges ! L’Etat, les religions et le sacré, aux Archives Nationales (jusqu’au 1er juillet 2024). Malheureusement, on ne pourra voir aucune caricature récente. Pas de vagues, encore une fois…

♦

Pour ceux qui se sont posés des questions à propos de la parution du 1er avril (Rapt à la RATP), c’est la lettre E qui a fait l’objet de ce rapt – clin d’oeil à Georges Perec (La disparition). Avant de préparer cette petite blague, j’étais loin de penser qu’il y avait autant de stations de métro sans lettre E...

♦

LA LISTE PEREC DU JOUR :

"On trouve dans chaque fascicule quelques articles de fond : «Qu'est-ce que le bonheur de l'humanité ?», «Les 67 vérités de la Bible», «Beethoven était-il vraiment sourd ?», «Mystère et Magie des chats», «Sachez apprécier les figuiers de Barbarie», quelques informations générales : «Agissez avant qu'il ne soit trop tard !», «La vie est-elle apparue par hasard ?», «Moins de mariages en Suisse» et quelques maximes du genre de Satura justa et aequa sint pondere."

Georges Perec décrit ici Debout !, l’organe des témoins de la Nouvelle Bible, mais ce contenu est plutôt celui de Sélection du Reader’s Digest, ou plutôt indigeste, ce qu’était vraiment cet organe de propagande de la bien-pensance américaine WASP et anticommuniste. A la réflexion, Debout ! et Sélection sont finalement un peu la même chose… Mon grand-père était abonné à Sélection !

♦ 

La rue de « Labégrou » commence rue des Entrepreneurs et finit rue de la Convention.

Aucun lien de parenté avec feue l’écrivaine Benoîte Groult. Enfin, je n’en sais rien… Dans cette rue, une « sucette » nous éclaire sur l’abbé en question :

rue de l'Abbé Groult

◊

rue de l'Abbé Groult

Puisqu’on est dans les personnalités du quartier évoquons cette comédienne antillaise assez méconnue, qui avait monté sa propre troupe à Paris, et qui vécut ici de 1973 à sa mort en 2010.

◊

rue de l'Abbé Groult

Par contre, ces deux-là me paraissent imaginaires…

◊

Et ces deux-là encore plus improbables ! J’ai vu aussi des affiches Guignol et Milou, et Guignol et Lucky Luke… Laurent Mourguet, créateur de Guignol, doit se retourner dans sa tombe et maudire ces Parisiens qui n’ont rien compris au personnage.

◊

Guignol et… Oh non, çà ne va pas recommencer !

◊

Il y a pas mal de verdure dans cette rue.

◊

Et même des murs végétaux.

◊

rue de l'Abbé Groult

Une trace du bâti ancien.

◊

Bel immeuble Art déco !

◊

rue de l'Abbé Groult

C’est pas que c’est laid, mais c’est pas beau…

◊

Ooups ! Il y en a paraît-il 350 comme çà à Paris !

◊

Voilà qui est par contre beaucoup plus sérieux. Trop sérieux, même…

◊

A suivre…

◊

Votre commentaire

J’les confonds toujours (6)

Ah, non, çà c’est Duran Duran !

Ah, voilà !

Vous me dîtes « Navalny », ce type connu pour ses opinions xénophobes et réactionnaires, soutien de la politique chauviniste grand-russe, qui avait qualifié les Géorgiens de « rongeurs » et les Tchétchènes de « cafards » ? Je vous réponds « Assange », enfermé depuis douze ans. Ah, excusez-moi : c’est vrai que vous appartenez au camp du Bien… C’est fou ce que les Occidentaux se trompent toujours : quand on leur demandait de citer le nom d’un dissident du système soviétique, ils répondaient systématiquement « Soljénitsyne », ce vieux raskolnik réactionnaire, alors que les opposants au système soviétique répondaient « Sakharov »… dont le prix éponyme a malheureusement été attribué à Alexeï Navalny. Mais même le récit occidental sur la mort de ce dernier tombe à l’eau : « Je vais peut-être vous décevoir, mais nous savons qu’il est mort à cause d’un caillot sanguin », a déclaré Kyrilo Budanov, le chef du renseignement militaire ukrainien.

Macron veut envoyer des troupes contre une puissance nucléaire… Les élections européennes arrivent. Pour forcer les gens à « bien » voter, il faut jouer sur la peur : « si vous ne voulez pas voir les Russes défiler sur les Champs-Elysées, ne votez pas pour les populistes ou pour les extrêmes*, mais pour nous ». Désolé Macron, mais le théâtre d’opérations mondial, çà n’est pas le salon de l’Agriculture. Nous avons, en France, un Président qui ne comprend pas ce que représente une guerre nucléaire ! Autant élire un enfant de cinq ans …

*En novlangue bienpensante, est populiste ou extrême tout ce qui ne relève pas de l’ordolibéralisme européiste.

♦

Autant je suis un partisan de l’IVG*, autant je suis contre le fait de tout inscrire dans la Constitution. Cette dernière ne doit pas être le doublon du Code civil, mais doit uniquement inscrire des principes.

*Quelle idée de désigner ce moment psychiquement et douloureusement important dans la vie d’une femme par un sigle froid technico-administratif…

♦

LA LISTE PEREC DU JOUR :

"[...] à côté du cadran indiquant des stations aux noms exotiques et mystérieux - Hilversum, Sottens, Allouis, Vatican, Kerguelen, Monte Ceneri, Bergen, Tromsö, Bari, Tanger, Falun, Horby, Beromünster, Pouzzoles, Mascate, Amara, - un cercle s'allumait et quatre faisceaux orthogonaux émis par un point brillant se rétrécissaient au fur et à mesure que l'on captait de plus en plus exactement la longueur d'ondes souhaitée [...]"

Je me souviens des derniers temps des postes de TSF en bakélite… Le cadran mentionnait en effet ces villes sur le territoire desquelles étaient érigés des émetteurs. Je soupçonne Georges Perec d’avoir inventé celui des Kerguelen, non captable en Europe. Allouis, dans le Cher, a émis pour Radio-Paris en 1938, puis jusqu’en 2016 pour Paris-Inter devenue France Inter. Ce n’est donc pas une mauvaise transcription de Sarrelouis (Allemagne), où se situait l’émetteur d’Europe n°1 de 1955 à 2019. La joyeuse époque des grandes ondes, du noir et blanc, des 78 tours, des anciens francs et des téléphones à cadran !

♦

Dans le J’les confonds toujours précédent (https://champouin.blog/2023/06/01/jles-confonds-toujours-5/), j’avais évoqué Buffet et Dubuffet. Effectivement, dans Le Journal des Arts du 23 juin 2023, entrevue de Michel-Edouard Leclerc à propos de sa fondation, le Fonds Hélène et Edouard Leclerc, à Landerneau : « Nous recevons jusqu’à 7 000 scolaires par saison. Le livre d’or est très instructif. Les gens confondent Buffet et Dubuffet*, mais témoignent d’un véritable appétit de connaissances. »

*marcjoly, votre serviteur, faisait cette confusion jusqu’il y a très peu…

Suite de cette liste qui n’est pas prête d’être terminée :

  • le CAP FERRAT et le CAP FERRET – deux presqu’îles pour riches du sud de la France.

Le CAP FERRAT (< lat. ferratus = herbeux), on le sait, c’est le paradis des milliardaires sur la Côte d’Azur, juste à l’ouest de Villefranche-sur-Mer. Cela n’aura qu’un temps : la loi Littoral protège maintenant les site de tout excès d’urbanisation. Le tout est dans le mot « excès », à géométrie variable quand on a le bras long… Un phare à l’extrémité du cap sert à la régularisation du trafic maritime et à la veille visuelle des incendies de forêt. Le CAP FERRET (nom évoquant des dépôts ferrugineux dus à l’érosion d’une couche de grès) est le cordon littoral au sud du bassin d’Arcachon, qui fait face à la dune de Pyla*. De nombreuses personnalités, moins bling-bling qu’au cap Ferrat, y demeurent. Cette pointe est en train de s’éroder de trois à quatre mètres par an. Sur la presqu’île du cap Ferret se trouvent des forages exploitant une nappe de pétrole située à 3 200 m de profondeur, exploités de 1962 à 1994**. Là aussi, on y trouve un phare, et un sémaphore sert à la surveillance des incendies de forêt.

*Il y aura une entrée Pilat/Pyla dans cette rubrique.

** Je viens d’apprendre qu’on veut relancer les forages au même endroit !

Saint-Cap-Jean-Ferrat !

  • COLLONGES-LA-ROUGE et PEROUGES – deux « plus beaux villages de France » pour touristes.

COLLONGES-LA-ROUGE (en occitan Colonjas < lat. colonicas = terre cultivée par un colon), est un village de Corrèze, à 19 km de Brive, dans le Causse corrézien. Il est situé sur une faille de grès rouge aves lequel les maisons se sont construites. Les moines de l’abbaye de Charroux, dans le Poitou, y fondèrent un prieuré en 782. Puis le bourg devint une escale sur la route de Compostelle, et tira son activité des vignobles. L’épidémie de phylloxéra et l’exode rural vidèrent Collonges de ses habitants et le village se transforma en carrière de pierre. Afin d’enrayer son déclin, des mesures de classement furent entreprises dès 1905, qui en feront un site touristique et pittoresque quelque peu artificiel avec ses artisans et boutiques de souvenirs. Il est aujourd’hui malheureusement atteint par la gentrification. PEROUGES, d’étymologie inconnue, est une cité médiévale fortifiée juchée sur un mamelon à 300 m d’altitude. Elle est située à 35 km au nord-est de Lyon. Cet oppidum fut fortifié vers 1100 et subira diverses fluctuations politiques et de vassalité. Au 13ème siècle, il devient un bourg commercial. Après 1800, il subit son déclin et son vignoble est lui aussi atteint par le phylloxéra. En 1911, est fondé le Comité de défense et de conservation du vieux Pérouges. Après 1950 s’installent des artisans d’art… Même schéma, réplicable pour tant de villages « pittoresques » français… On pourrait aussi citer Carrouges, dans l’Orne, gros bourg plus que village, moins pittoresque mais un brin touristique.

  • Le CARTEL des Forges et le CARTEL des Gauches – deux classes politiques en lutte.

Appelé également et officiellement Comité des Forges, le CARTEL DES FORGES est une alliance créée en France (sur le modèle allemand) en 1864 par l’industrie sidérurgique et menée par Eugène 1er Schneider et Charles de Wendel. Il est réorganisé en 1887 en réponse à la structuration du mouvement ouvrier français. Il s’agit d’une part d’un cartel, c’est-à-dire qu’il décide du contingentement de la production et de la répartition des marchés, et d’autre part d’un organe réactionnaire de défense patronale, représentant le « mur d’argent ». Il sera dissous en 1940 mais renaîtra sous la forme soft de l’UIMM. Le CARTEL DES GAUCHES était une coalition électorale constituée non pas en 1936 comme on le croit, mais en 1924, entre les radicaux indépendants, le Parti radical et radical-socialiste, le Parti républicain-socialiste, et la SFIO. Cette coalition remporta les élections législatives cette année-là. Elle fut reconduite pour les élections de 1932 mais entraina une majorité parlementaire fragile. Les socialistes de la SFIO seront au gouvernement en 1936 de par leur participation dans la coalition du Front populaire (qui inclut cette fois les communistes) en 1936, et qui n’est officiellement et formellement pas celle du cartel des Gauches. Il est clair que, dans le contexte de la lutte des classes, « forges » et « gauches » s’affrontaient…

Cartel des droites
Du coup, il y a aussi un cartel des droites…

  • CHALON-sur-Saône et CHÂLONS-en-Champagne – deux villes françaises.

CHALON (sans S ni accent circonflexe)-sur-Saône est une ville de Saône-et-Loire, plus peuplée (45 000 hab.) que sa préfecture Mâcon. Le nom Chalon vient de Cavillonum, d’une racine cav- (hauteur) ou cab- (cheval). On ne connaît pas de traces archéologiques de la ville de Chalon pour la période antique, bien qu’étant un noeud de routes romaines. A l’époque franque, elle sera la capitale du royaume des Burgondes. Assiégée par Louis XI en 1478, elle reviendra à la couronne de France. A partir du 1er Empire, la ville va se développer industriellement (fonderie, verre, textile). C’est la ville natale de Nicéphore Niépce et de Gérard Collomb, récemment disparu. CHÂLONS (avec S et circonflexe) -en-Champagne (anciennement sur-Marne) est la préfecture de la Marne (45 000 hab. également). Son nom vient d’un peuple gaulois : les Catalaunes (d’où les fameux Champs Catalauniques). C’est dès le 12ème siècle une ville commerciale située sur une route « des foires » (commerce drapier). D’autre part la Marne ravitaillait Paris en bois et grains, vins et moutons. Au 19ème siècle, ce fut la montée en puissance du « champagne » (le vin). Dans les années 1970, une partie de la vieille ville fut détruite, ce qui fut dénoncé par le dessinateur Cabu, enfant du pays. En 1995, la commune, trouvant la Marne peu vendeuse, fit stupidement changer le nom en Châlons-en-Champagne.

Châlons-en-Champagne

– Dis, t’a vu Monte-Carlo ?
– Non, j’ai vu monter personne.
– Dis, t’as vu Monte-Cristo ?
– Non, j’ai vu monter personne.

Annie Cordy

  • Le CHATEAU d’If et le CHATEAU de Monte-Cristo – deux bâtisses en lien avec Alexandre Dumas.

Quiconque a lu Le Comte de Monte-Cristo d’Alexandre Dumas connaît le CHATEAU D’IF. Ce bâtiment existe vraiment : il a été construit en 1529 sur ordre de François Ier sur l’îlot d’If de l’archipel du Frioul situé, comme son nom ne l’indique pas, au centre de la rade de Marseille. C’est une forteresse devenue prison en 1540. Au 18ème siècle, on y enferme les Protestants. En 1848, les émeutiers et après 1851, les bagnards en transit. C’est aujourd’hui un site touristique. Dans le roman de Dumas, Edmond Dantès y est enfermé, où il se lie d’amitié avec l’abbé Faria. Quant au CHATEAU DE MONTE-CRISTO, c’est la demeure que Dumas s’est fait construire entre 1844 et 1847 par l’architecte Hippolyte Durand à Port-Marly (Yvelines). « – Monsieur Durand, vous allez ici même tracer un parc anglais au milieu duquel je veux un château renaissance, en face d’un pavillon gothique entouré d’eau… Il y a des sources, vous m’en ferez des cascades. – Mais Monsieur Dumas, le sol est un fond de glaise, vos bâtiments vont glisser. – Monsieur Durand, vous creuserez jusqu’au tuf… Vous ferez deux étages de caves et d’arcades. – Cela vous coûtera quelques centaines de mille francs. – Je l’espère bien ! » Dumas choisit de baptiser sa demeure le « château de Monte-Cristo » en référence à son deuxième roman historique. Le plus cocasse est que Dumas a fait édifier, au milieu d’une île artificielle dans le parc, un petit castel néo-gothique de deux étages de briques rouges et pierre blanche qu’il baptise « château d’If » ! De nos jours, l’ensemble se visite.

Château d'If
Le Château d’If… à Port-Marly.

♦

Votre commentaire

Eloge de la chanson idiote

Chanson idiote

La réalité dépasse l’affliction : la photo officielle de l’investiture du nouveau président gabonais, Brice Clotaire Oligui Nguéma, le 4 septembre à Libreville. Faut-il en rire ou en pleurer de ce militaire tout droit sorti d’une opérette d’Offenbach ? 

Olingui Nguéma
Le ridicule vient-il du fait que le Gabon, contrairement aux pays du Sahel, appartient au « camp du bien » de la « communauté internationale » ?
♦

Je n’ai pas eu le temps d’évoquer Henry « qui s’ingère », dont le décès le 29 novembre ne m’affecte pas… j’en reparlerai probablement.

♦

LA LISTE PEREC DU JOUR :

"[...] Philémon écrit à Baucis :

J'y vy trois cents et neuf pelicans; six mille et seize oizeaux seleucieds, marchans en ordonnance et dévorans les sauterelles parmy les bleds; des cynamolges, des argathyles, des caprimulges, des thynnincules, des crotenotaires, voire, dis-je, des onocrotales avec leur grand gosier; des stymphalides, harpyes, panthères, dorcades, cemades, cynocephales, satyres, cartassonnes, tarandes, ures, monopes, pephages, cepes, neares, steres, cercopiteques, bisons, musimones, bytures, ophyres, stryges, gryphes."

Et non pas des Séleucides, des crottes de nez, des invalides, des Harpic, des satires, des Carcassonne, des Monop’, des bitures, des ophiures et des griffes !

♦

Enfin l’article musical de fin d’année ! Après les chansons listes (2021) et les chansons-tango (2022), voici les chansons idiotes.

Il ne s’agit pas de mauvaises chansons, ce qui n’aurait pas d’intérêt, mais de chansons volontairement et délicieusement idiotes ! Le registre du benêt ou de l’oie blanche existait déjà dans les opéras. L’opérette, avec ses livrets délicieusement (encore) invraisemblables, en a usé et abusé, mais le genre eut son heure de gloire entre approximativement 1885 et 1935 avec les comiques troupiers. Ces chanteurs, habillés en uniforme militaire de la guerre de 1870* (pantalon garance, épaulettes et tout le tralala), avaient l’art de débiter des conneries, comme on ne disait pas encore, avec le plus grand sérieux : c’était l’archétype du brave jeune homme mal dégrossi mais démerdard. Dranem et Georgius en ont été les chefs de file. Le dernier représentant du genre fut Fernandel**. Les trois précités ont tous d’ailleurs fait de l’opérette. Puis après-guerre le chanson idiote se fit rarissime. Je précise que Bo le lavabo ou Dur, dur d’être bébé et autres chansons récentes de beaufs n’entrent pas dans cette catégorie : en effet il ne s’en dégage aucun sel…

*On montrait ainsi qu’en 14, on avait une guerre de retard, ce qui s’est également passé en 40…

**La mode était, pour les artistes de l’entre-guerres, de prendre un nom de scène unique, à la fois nom et prénom (Damia, Polaire, Arletty, Raimu, Dalio…)

Dranem, donc, chanteur emblématique de son époque, faisait exprès de chanter un peu faux, parlait plus qu’il ne chantait d’ailleurs, et Maurice Chevalier s’en est beaucoup inspiré :

Dranem : Les p’tits pois (E. Spencer, F. Mortreuil), 1931.

Gaston Ouvrard (dit Ouvrard tout court), déjà cité dans Les chansons-listes (https://champouin.blog/2021/12/15/les-chansons-listes/). Avec Dranem et Georgius, il fut l’un des trois comiques-troupiers emblématiques de l’entre-deux guerres :

Ouvrard (paroles et musique) : Mes tics, année ?

« Est-c’que j’te d’mande
si ta grand-mère fait du vélo ? »

Après-guerre, le filon comique-troupier était épuisé, l’opérette était mourante, mais beaucoup de chanteurs étaient issus de ce répertoire, comme Bourvil. J’aurais pu citer aussi la chanson Est-ce que j’te d’mande (si ta grand-mère fait du vélo – l’expression vient de là), tirée de l’opérette Trois jeunes filles nues de Raoul et Moretti avec paroles d’Y. Mirande et A. Willemetz, créée par Dranem et reprise par Bourvil. Voici la chanson la plus délicieusement débile de Bourvil, dans le navet de Jean Boyer : Le trou normand (1952).

Une déclaration d’amour ce n’est pas facile, on est tous passés par là ! C’est Boby Lapointe qui s’y colle, le pauvre ! J’adore le rire niais dont on ignore si c’est le sien où celui de l’aimée :

Encore déclarer sa flamme – ou l’entretenir… Mais ce sujet est un prétexte : dans la chanson qui suit, Brel, avec un accent inimitable, dénonce en réalité l’hypocrisie d’une société bruxelloise corsetée. Et l’on voit que Brel est un excellent comédien* :

*Je suis impressionné par la dentition de cheval du chanteur sur cette vidéo. Notons qu’il s’agissait d’un dentier, Brel ayant perdu ses dents dès sa jeunesse, en courant les cabarets. Ces derniers (dont Les Trois Baudets dirigé par Jacques Canetti) étaient de véritables négriers, et les artistes faisaient trois cabarets chaque soir pour avoir un sandwich…

Jacques Brel (paroles et musique), Les bonbons, 1963.

On le sait peu, mais entre 1966 et 1969, Coluche a éclusé tous les cabarets du Quartier latin pour chanter des chansons « sérieuses » (Trenet, Vian, Ferré, Brassens). Cela, ajouté au fait d’avoir appris la guitare tout seul, lui servira plus tard pour chanter des parodies. Dans celle-ci, il attaque la mode des chanteurs québécois du début des années 70 :

Coluche (paroles et musique Coluche et Xavier Thibaut), J’y ai dit…viens (chanson canadienne), 1974.

En 1976 arrive un ovni : Yvan Autain dit Yvan Dautin, comédien-chanteur plus ou moins libertaire (et accessoirement père de Clémentine Autain). Je l’ai croisé (lui, pas elle) récemment dans un restaurant, aux côtés des membres de la troupe originelle de la comédie musicale Notre-Dame de Paris, dans laquelle il joua.

Yvan Dautun (paroles et musique), La méduse, 1976.

Pour une chanson minimaliste, en voilà une ! Mais le contenu débité par nos politiques/experts/journalistes/sociologues/plumitifs est tellement indigent… Autant alors en faire une chanson, par Philippe Katerine, qui ose tout !

Comment ? Vous ne connaissez pas Didier Super ? Ce chanteur, inimitable avec son accent ch’ti, fait du second degré son fonds de commerce. J’aurais pu vous passer la chanson contre les complotistes, dans laquelle il dit : « et en plus les extra-terrestres, ils sont tous Juifs » ! Mais en voici une autre, dans laquelle il attaque aussi bien les touristes beaufs (style Grande-Motte) que les restaurateurs attrape-gogos. Une « performance » que n’auraient pas dénié des mystificateurs déconneurs comme Raphaël Misrahi ou Jean-Yves Lafesse :

On remarquera tout de même que, plus on avance dans le temps, moins ces chansons dégagent de substantificque moëlle. Autrement dit, les meilleures sont les plus anciennes… On ne sait plus ce qu’est le rire et d’autre part, on ne sait plus faire de chansons. Rires et chansons…

♦

Votre commentaire

L’oeil de Paris (4)

Rue de l’Abbé-Gillet

Rue de l’Abbé-Grégoire

Dans Marianne du 26 octobre, une entrevue (comme dirait Ardisson) avec Albert Dupontel. Bof… Toutefois, il s’avère que le bonhomme n’est pas inintéressant : « […] je n’aime pas le football […] ce sport est une sorte d’euthanasie populaire », « Je n’ai plus la télévision depuis vingt-cinq ans. C’est une source d’anxiété en moins dans ma vie », « Je suis tombé récemment sur un discours lumineux de Charles de Gaulle consacré à la question du capital. […] ce discours-là ne s’inscrivait dans aucune case. Le genre de discours qui nous manque cruellement aujourd’hui ».

Le besoin urgent d’illibéralisme que réclame notre société fait que beaucoup (re)découvrent de Gaulle. Surtout de la part d’anciens « gauchistes » : l’ex-mauroyiste Franz-Olivier Giesbert, l’ex-guerillero (de salon ?) Régis Debray, l’ex-mitterrandien Max Gallo et l’ex-libertaire Michel Onfray dont le dernier hors-série de sa revue Front Populaire s’intitule Quoi de neuf ? de Gaulle ! Ce quarteron mènerait-il, selon la novlangue orwellienne, une « croisade mettant en péril l’équilibre du rêve européen et des valeurs universelles de la démocratie en creusant ainsi le gouffre de la dette, participant là-même à la montée des extrêmes » ?

♦

LA LISTE PEREC DU JOUR :

"[...]il lui donna des explications techniques avant de lui faire visiter le Manoir à l'envers [...], le Palais lumineux [...], le Globe céleste, le Palais du Costume, le Palais de l'Optique [...], les Dioramas du Club Alpin, le Panorama transatlantique, Venise à Paris et une dizaine d'autres pavillons."
♦

Le numéro précédent de cette rubrique était consacré à la Place de l’Abbé-Georges-Hénocque. Je viens d’apprendre que c’est là que le militant d’extrême-gauche Pierre Goldman* (frère de Jean-Jacques) avait été assassiné en 1981. Pas de plaque commémorative : çà ferait mauvais genre !

*On notera qu’il fut une époque où l’extrême-gauche trotkyste, prolétarienne ou libertaire, n’était pas antisémite comme aujourd’hui. Elle comptait ainsi parmi ses rangs Alain Krivine, Daniel Bensaïd, Daniel Cohn-Bendit ou Pierre Goldman…

Aujourd’hui une rue consacrée à un autre abbé. Qui était l’abbé Gillet ?

Rue de l'Abbé Gillet

Scrogneugneu ! Au fait cette rue se situe commençant avenue Alphonse XIII et finissant rue Jean Bologne (13ème arrondissement).

◊

Rue de l'Abbé Gillet

Le début de la rue, en équerre, n’a aucun intérêt, mais la suite donne un air de village…

◊

Rue de l'Abbé Gillet

…avec son clocher !

Quant à l’abbé Grégoire, on ne le présente plus. On notera que la rue de ce prêtre « de gauche » est proche de ce bastion « catho » qu’est la rue de Sèvres (rue de l’Abbé Grégoire : commençant rue de Sèvres, 75 et finissant rue de Vaugirard, 92).

rue de l'Abbé Grégoire

On peut arriver à lire « sous-station Vaneau ». Je pensais que c’était une de ces anciennes stations d’alimentation électrique pour le métro, mais Jean Tricoire, Un siècle de métro en 14 lignes – de Bienvenüe à Météor, La vie du Rail, 1999, ne la mentionne pas. Il s’agit donc d’un ancien transformateur électrique sans rapport avec la RATP.

◊

Ecole Ferrandi

Ce que c’était naguère (écoles techniques), et ce que c’est aujourd’hui, à savoir l’école Ferrandi, la « grande école » de cuisine.

◊

rue de l'Abbé Grégoire

Un coin peint en blanc, c’est moins terne…

◊

rue de l'Abbé Grégoire

Pas mal !

◊

rue de l'Abbé Grégoire

Très belle verrière façon Art déco. On notera que l’hôtel s’appelle de manière faussement authentique « Saint-Grégoire », allusion à l’abbé Grégoire…

◊

Dommage qu’il n’y ait plus d’enseignes anciennes à Paris, ni ailleurs… Par contre, certaines enseignes modernes sont du genre « réponse à tout ».

◊

Que faut-il en penser ?

◊

Nourritures terrestres (de deux établissements différents). A droite, çà ressemble à du welsh rarebit (revisité avec du curcuma ?)…

◊

rue de l'Abbé Grégoire

On remarquera que l’hôpital Laënnec n’est pas loin.

◊

rue de l'Abbé Grégoire

En donnant vers la rue de Sèvres, curieusement la rue de l’Abbé-Grégoire se rétrécit et permet d’entrevoir les toits en tuiles des anciens bâtiments de l’hôpital Laënnec.

A suivre…

Votre commentaire