La poésie en chansons

La Stratégie de sécurité nationale publiée par la Maison blanche le 4 décembre vise dans le mille. Ce document interdit expressément toute extension de l’Otan et offre du coup l’ardente occasion pour les Etats-Unis de quitter ce « machin » qui aurait dû être dissous en 1991 ! Aha !

J’ai fait un tour à la manif parisienne « pour Gaza » le 29 novembre dernier. Folklore habituel : keffiehs, culte du martyr et antisémitisme. J’ai dit à certains manifestants qu’il fallait exiger la libération de Marwan Barghouti. Ce membre du Fatah a été enlevé en 2002 par des agents israéliens, et croupit depuis en prison dans ce pays. Ce type, rallié à la non-violence, est le seul homme politique capable de diriger la Palestine, le seul qui puisse oeuvrer à l’édification d’un Proche-orient en paix ! Hélas, hélas, hélas, la plupart des gens présents à cette manif n’en avaient jamais entendu parler. Révolutionnaires à deux balles !

LA LISTE PEREC DU JOUR :

"A l'intérieur de cette boîte, il y avait un mouchoir de soie verte, vraisemblablement taillé dans un mouchoir de parachute ; un agenda couvert de notations sybillines du genre "Debout", "gravures en losanges", "X-27", "Gault-du-Perche", etc. dont le difficile déchiffrement n'apporta aucun élément concluant ; un fragment de la carte au 1/160 000e du Jutland, initialement dressée par J. H. Mansa ; et une enveloppe vierge contenant une feuille de papier pliée en quatre : en haut et à gauche de la feuille de papier était gravé un en-tête :
Anton
Tailor & Shirt-Maker

16 bis, avenue de Messine
Paris 8e
EURope 21-45
surmontant une tête de lion qu'en terme d'héraldique, on aurait qualifié de passant ou léopardé."
 

Notre « tour de chant » de Noël » ! Après les calamiteuses Chansons Africa de l’année dernière, je vais me rattraper avec la poésie française mise en chansons. Pléonasme s’il en est, car tout poème*, même sans musique, est une chanson…

*Poème ou bien poésie ? Le Robert concède qu’une poésie est un « poème (généralement assez court) ».

Passons en revue certains interprètes (Ferré, Brassens, Reggiani, Ferrat…) qui ont chanté des poèmes, dont certains en ont fait leur fonds de commerce. Rutebeuf, Villon, Baudelaire, Verlaine, Rimbaud, Aragon, Eluard, c’est mieux que Vianney, Maé, Bénabar ou Raphaël, qui n’hésitent pas à se présenter comme poètes. Je ne parle pas des rappeurs, que certains n’hésitent pas (même pas peur !) à présenter comme les nouveaux chanteurs à texte…

[Nota : à deux exceptions près, je n’ai trouvé que des vidéos en audio seul. On ne verra donc pas les interprètes en action, et c’est bien dommage.]

Nous allons commencer avec Rutebeuf (1245-1285) dont on ne sait quasiment rien de sa vie et qui a oeuvré dans le registre polémique et satirique. Parmi ses vers les plus célèbres, on trouve certainement ceux issus des Poèmes de l’infortune : « Que sont mes amis devenus, que j’avais de si près tenus, et tant aimés… ». S’il n y en a qu’un pour interpréter la poésie française, çà ne peut être que Léo Ferré, et c’est lui qui va s’y coller pour Rutebeuf (même si ce dernier a été aussi merveilleusement chanté par l’excellente Joan Baez) :

Léo Ferré, Pauvre Rutebeuf, adaptation moderne des poèmes de ce dernier (musique : L. Ferré), 1955.

Brassens, lui, avait chanté la Ballade des Pendus de François Villon (1431-post. 1463). Cette version étant trop connue, j’ai choisi celle chantée par Serge Reggiani, jeune vieux (lui aussi) ne faisant pas dans la gaieté, et interprète quasi oublié maintenant. Pour moi, la poésie « moderne » commence avec Villon, cet écorché vif des bas-fonds à la Rimbaud, avec un zeste de Pasolini. Selon certains, Villon aurait participé à ce qu’on appelle le renseignement politique. Voyou et espion ?

Serge Reggiani, La Ballade des Pendus (texte : F. Villon, musique : L. Bessières), 1968.

Décidément, la poésie pré-classique inspire beaucoup les chanteurs ! Voici, moi qui pourtant n’aime pas La Pléïade, Joachim* du Bellay (1522-1560) avec Heureux qui comme Ulysse, interprété toujours pas par Brassens mais par Ridan (prononcer « Ridane »), chanteur pas vraiment connu de ceux qui écoutent Ferré ou Ferrat. A ceux-là, je dis : n’ayez pas peur, ce n’est pas un rappeur ! Avec ce petit clip d’animation, Ridan nous chante du Bellay d’une manière inattendue, peut-être trop légère pour certains :

* »Joaquime » ou « Joachin » ? De même Guilhem : « Guilème » ou « Guilin » ? Ghislaine : « Jislaine » ou « Guilaine » ? Je n’ai jamais su…

Ridan, Ulysse (texte : J. du Bellay, musique : Ridan), 2007.

Georges Brassens, La Légende de la Nonne (texte : V. Hugo, musique G. Brassens), 1956.

Aujourd’hui, « Rimbaud chanterait », clamait Michel Delpech… « Les bras en croix », même ! Voici Sensation (Par les soirs bleus d’été, j’irai dans les sentiers/Picoté par les blés, fouler l’herbe menue…), interprété par Robert Charlebois, que peu de gens connaissent dans ce répertoire. Charlebois n’a pas fait que ses chansons libertaro-rock-identitaires des années 70 !

Robert Charlebois, Sensation, (texte : A. Rimbaud, musique : R. Charlebois), 1969.

Louis Aragon, quand il ne s’égarait pas dans des odes à Staline, écrivait d’excellents poèmes facilement adaptables au chant. Pour changer des pseudo- camarades Jean Ferrat/Isabelle Aubret qui en on fait leur fonds de commerce, voici Francesca Solleville, vraie communiste à l’écart du show-biz. Elle chante J’entends, j’entends d’Aragon mis en musique par Ferrat :

Francesca Solleville, J’entends, j’entends (texte : L. Aragon, musique : J. Ferrat), année ? .

Ah ! Encore Léo Ferré ! Mais je dois avouer que dans ce qui suit, il me déçoit : il s’agit de la fameuse Chanson d’automne de Paul Verlaine (Les sanglots longs…), dont on espérait mieux de la part du grand Léo, qui en fait une mauvaise parodie… On comparera, en gardant le meilleur pour la fin, avec l’interprétation nostalgique et très swing, par Charles Trenet (qui s’est accordé quelques licences par rapport au texte original, certes…) accompagné d’un excellent orchestre :

Léo Ferré, Chanson d’automne, (texte : P. Verlaine, musique : L. Ferré), 1986.

Charles Trenet, Chanson d’automne, (texte : P. Verlaine, musique : Ch. Trenet), 1941.

Berg-en-Brousse

Orwell : 1 .Le Prix de la Paix de Westphalie* a été attribué pour 2026 à… l’Otan (!), ainsi qu’à socioMovens, une « ONG » chargée de préparer le terrain pour des révolutions de couleur. En novlangue orwellienne, un coup d’Etat extérieur devient une « révolution de couleur », la guerre devient une « opération de maintien de la paix », et, comme le prouve ce prix, la guerre devient la « paix ». 2. Le 15 octobre s’est tenu à la ZAD (pardon) la fac de Saint-Denis un « grand rassemblement anti-impérialiste ». Près de 200 étudiants ont applaudi une intervenante se disant « fière »de revendiquer l’attaque du 7 octobre, qu’elle a présentée comme un « accélérateur de l’histoire ». Orwell encore : le massacre devient « résistance », le terrorisme « lutte de libération », et les terroristes des « rebelles »…

*Le traité de Westphalie (1648) mit fin à la Guerre de Trente ans. On en fit une doctrine qui, pour faire court, oblige le vainqueur à aider à la reconstruction du/des pays vaincu(s) afin que les conditions politico-économiques pérennisent la paix.

Plan de paix (ou ce qu’il en est au moment de la parution de ce blog) : un plan de paix très à l’avantage de Trump et du business, mais un plan de paix tout de même, que Macron, téléguidé par la géopolitique britannique, va tout faire pour le saboter…

Astrophysicien⋅ne⋅s, on ne dit pas « une naine blanche » mais « une femme de petite taille non racisée » !

Ecrans : 1. D’après MyMood, la plateforme consacrée à la santé mentale des jeunes, 50% de ceux-ci présentaient des symptômes dépressifs en 2024. La covid a exacerbé l’isolement numérique (réseaux « sociaux » et jeux vidéo). 50% c’est affolant… 2. Comme le constate Yann Diener dans Charlie Hebdo : « Un enfant a du mal à apprendre à lire ? On le met au fond de la classe sur une tablette. Un enfant est trop dépendant aux écrans ? On lui trouve une thérapie comportementale… sur tablette »

Boualem Sansal libéré ! [https://champouin.blog/2024/12/01/ecr-linf-4/]

"Il s'appelait Monsieur Gouttman et il fabriquait des articles de piété qu'il vendait lui-même dans les églises et les procures : des croix, des médailles et des chapelets de toutes dimensions, des candélabres pour oratoires, des autels portatifs, des bouquets de clinquant, des sacrés-coeurs en carton bleu, des saint Joseph à barbe rouge, des calvaires de porcelaine." 

Dans les années 1990, mes activités à Lyon m’amenaient à venir régulièrement à Bourg-en-Bresse avec mon ami Eric Sauzé, lequel appelait plaisamment cette ville Berg-en-Brousse. Il ne s’agissait pas de se moquer de cette préfecture ni de ses habitants, simplement le calembour était ce qu’on appelle bien trouvé*.

*Hommage aux plus créatifs de mes connaissances en matière de « cale-en-bourg » : Eric Sauzé, Karel Vereycken, et, spécial dédicace musée de Cluny, Cédric Pailler !

On peut décliner cet exercice (la contrepèterie) pour pas mal de villes françaises ! Tout du moins, en ce qui nous concerne, il faut qu’un seul de ces éléments soit un mot qui existe (c’est tout le sel de l’à-peu-près), pour que le résultat soit pornographique (grâce au dard ou la moule, par exemple) ou bien évoque la lose assurée (grâce au ridé ou au pelé). Je reconnais toutefois que certains résultats sont quelque peu capillotractés. J’ai évidemment choisi des communes dont, selon moi, bon nombre de gens a plus ou moins entendu parler, sinon çà tombe à côté. La liste qui suit est établie par ordre des départements, ce qui fait que Berg-en-Brousse (Ain) arrive en premier ! J’ai inclus les ex-DOM, aujourd’hui communautés d’outremer – où l’on voit que la commune guadeloupéenne de Capesterre-Belle-Eau est une source de calembours. Certains départements ne m’ont pas inspiré : Bas- et Haut-Rhin avec leur toponymie germanique, peu propices à l’exercice contrapétique.

Allons-y pour ce grand voyage :

Valsegarde-sur-Ballerine


Berg-en-Brousse, Villombes-lès-Dards, Ambugieu-en-Bérêt, Valsegarde-sur-Ballerine (évidemment), Foire-en-Tardenay, Saint-Siourçain-sur-Poule, Théer-sur-Moule et sa voisine Pandemoule-la-Nalieue, Saint-Vaurent-du-Lard, Villefrère-sur-Manche, Saint-Cap-Jean-Ferrat, Tarassiège-sur-Arcon, Hermes-les-Taxes, Nogeine-sur-Sang, Sar-sur-Benne, Romilleine-sur-Scie, Sévechac-le-Râteau, Anse-en-Provexe, Saint-Promis-de-Rêvance (l’espoir fait vivre…), Mos-sur-Fer, Les Rennes-Mis-Pas-Beaux (pauvres bêtes…), Trouvère-sur-Mille, Coursères-sur-Meule, Isignère-sur-Mie, Saint-Aaron-Montmand (un converti), Grive-la-Baillarde, Aumur-en-Sexois, Quernat-la-Salada, Saint-Rambon-d’Albert, Vence-lès-Balourds et sa voisine Saint-Chaul-Trois-Patauds, Rohan-sur-Misère, Onches-en-Couches, Saint-LOL-de-Péon, Châteaufou-du-Neuf, Gnères-de-Baluchon, Lespoc-Médard, Quédelnau-de-Mastoc, Labalains-lès-Mous, Palaflos-les-Veaux, Sainte-Taure-de-Roumaine, Azeau-le-Ridé, Cinq-Mâles-la-Pire, Sainte-Çoire-sur-Lie, Saint-Corlien-en-Verjus, Chenneterre-sur-Mou, Chennemerre-sur-Tout (variante), Le-Vuy-en-Pelé, Sulloire-sur-Lie, Châteaunoir-sur-l’Oeuf, La-Berté-Feinte-aux-Seins non loin de La-Mamelle-Saint-Chespin, Saint-Pircq-Salopie, La-Marelle-Capival, Montray-Bel-Oeil, Lèche-sur-le-Soir (le matin, c’est pas mal aussi…), Chatnoir-sur-LOL, Le-Bléry-Poussé, Le Messie-Placé, Sainte-Mise-et-Glaire, Bourbain-les-Bonnes, Colégly-lès-Deux-On-Baise et Dolégly-lès-Queues-On-Baise (qu’en pense Yvonne ?), Gâteau-Chontier, Soute-à-Poumon, Buc-le-Dard, Belle-Mère-en-Isle, Berk-lès-Siens, Mémères-lès-Zietz, Salaud-Châtains, Chaton-Chineau, Meule-en-Barons, Nain-le-Soble,

Nain-le-Soble

Avelpe-sur-Haine, L’Esdé-sur-Cocon, Crély-en-Pavois, Bagnorne-de-LOL, Morterche-au-Pagne, Morparche-aux-Teignes (variante), La Fessée-Marté, Saint-Poil-sur-Ternose, Le-Toutplaît-Paris-Cage et Le-Taquet-Pourri-Plage (deux excellentes définitions de l’endroit !), Ys-sur-Lalère, Mermeuil-sur-Tronc, Nain-Sectaire, Olorie-Sainte-Marron, Omorie-Sainte-Larron (variante), Saint-Lalan-Souris, Couillon-en-Ranisset, Sainte-Mimine-aux-Rats, La-Vapeur-Sainte-Sauchelle, Mourg-Saint-Boris, Le-Bourrelet-du-Jacques, La-Sotte-Mervolex, Zal-d’Hiver (forcément…), Blanc-Nix-Montchameau, Bonnains-lès-Thons, Les-Cons-Monmoie-Tajine, Baume-

Chaton-Landau.

Guillois, Gnon-Saint-Aimant, La Jerté-sous-Foire, Chaton-Landau (mignon…), Soûl-Simplet, La-Guerté-Fauché, Damy-Pont-aux-Couilles et Dapy-Mouille-au-Con (séquence Rabelais), Mamie-les-Agneaux, Ronflant-Sainte-Honoquine, Biquers-Volage, Berce-lès-Mains, Saint-Maxibain-la-Sainte-Môme, Vomaine-la-Raison, Bises-de-Venom (le baiser du diable ?), Saint-Gie-Cri-de-Voile (çà tombe bien, c’est l’endroit pour en faire), Chassepou-du-Noiteuil, L’Amidon-Raie-Pucelle,

Hurepot-en-Maroilles.

Plombains-les-Bières, Sosotte-lès-Moselure, Lévanges-sur-Pologne, Saint-Pausaye-en-Suiveur, Sorbonne-Equeil, Vichy-Ratillon, Bête-sur-Yvure, Hurepoil-en-Maraud, Hurepot-en-Maroilles (miam !), Le-Plassis-Pété, Epinard-sous-Sénay, Seuilly-sur-Naine, Bombes-Colloy, Carne-la-Moquette, Fiersite-sur-Peine, Roby-sous-Noix, Sissi-en-Bru, Le Vlettis-Précise, Pontville-le-Joint, Végnin-en-Maxi, Guyoche-Larron, Vage-dit-Joli-Willy, Froissy-en-Rance, Capesteau-Bel-Air*, Capestet-Blaireau, Clépesterre-Bateau, Clépestèbe-Râteau (une commune décidément très prolifique !), Nointe-Poire, Rilière-Pivote, Saint-Marrant-du-Loroni, Saint-Naurent-du Ramolli.

*Cà tombe bien : le bel-air (créole : bélè) est un genre musical antillais.

Le meilleur côtoie le pire, mais on s’est bien amusés !

Anti-index (4)

Toutes mes excuses aux lecteurs qui bénéficient de mon « alerte » par mail pour les prévenir d’une nouvelle parution. J’ai totalement zappée celle du 1er novembre qui annonçait l’article précédent : https://champouin.blog/2025/11/01/quelle-epoque-epique/ .

Je ne comprenais pas les attaques sur « les liens de Sophia Chikirou avec la Chine », attaques que l’on a lu dans les médias. J’ignorais que le 4 juillet, la Commission des Affaires étrangères de l’Assemblée nationale avait publié un rapport officiel sur les relations entre l’Europe et la Chine, rédigé par Sophia Chikirou, députée LFI contestable et détestable par ailleurs, et qui a embarrassé certains spécialistes des renseignements et journalistes inféodés à l’Empire anglo-américain déclinant. Le même jour, Pierre Januel, du Monde, n’avait pas hésité à dégainer, très irrité que la députée dénonce la politique de l’UE comme « trop souvent alignée sur la politique américaine vis-à-vis de Pékin ». Et Januel d’appeler à son secours Paul Charon, « sinologue » et politiste, qui met en garde contre « la politique expansionniste de la Chine » et contre des propos qui « justifient tout simplement la dictature du parti ». Ce que ne dit pas Januel est que Charon est le directeur du département du renseignement de l’IRSEM (Institut de recherche stratégique de l’Ecole militaire) où il collabore avec le Collège de défense de l’Otan et de nombreux think-tanks anglo-américains ! Or à la lecture du rapport, on découvre non seulement une analyse politique judicieuse, mais aussi des mesures exigeantes pour résoudre au mieux les problèmes réels d’échanges qui peuvent se poser avec la Chine.

Je viens de lire : Jean-Pierre Rageau, Gérard Challiand, Géopolitique des Empires – 6000 ans d’histoire humaine, Flammarion (Champs-essais), 2024. Livre d’histoire, mais où est la géopolitique ? Toutefois, sur un point, les auteurs se sont mouillés (enfin !). Je cite : « En marge d’une politique conduite à grand bruit et de décevants résultats au « Grand Moyen-Orient », les Etats-Unis, de façon feutrée, menaient sans fanfare des « révolutions de couleur » qui cherchent à ramener l’ex-Union soviétique aux frontières de la Russie : révolution « des roses » en Géorgie (2003), « orange » en Ukraine (2004), « des tulipes » en Kirghizistan (2005), etc. Pilotées par des organisations qui ne sont non-gouvernementales que de sigle, dotées de moyens financiers, appuyées par des fondations américaines, tant démocrates que républicaines, elles visent à disputer à la Russie son « proche étranger ». Et vlan dans la gueule !

LA LISTE PEREC DU JOUR :

"[...] à Jane Sutton, qu'elle n'aime pas parce qu'elle est anglaise, elle a seulement fait voir quatre cartes postales également sans relation apparente avec sa biographie : un combat de coqs à  Bornéo ; des Samoyèdes emmitouflés parcourant dans un traîneau tiré par des rennes un désert de neige au nord de l'Asie ; une jeune femme marocaine, vêtue de soie rayée, caparaçonnée de chaînes, d'anneaux et de paillettes, la poitrine pleine à moitié dénudée, les narines larges, les yeux pleins d'une vie bestiale riant de ses dents blanches ; et un paysan grec avec une espèce de grand béret, une chemise rouge et un gilet gris, poussant sa charrue."

Voici un nouvel opus de notre rubrique Anti-index. Je rappelle qu’il s’agit de lister les mots ou expressions étranges, décalées, loufoques contenues dans un texte – de préférence un texte sérieux.

Nous allons nous référer aujourd’hui à un ouvrage déjà évoqué* : Driss Ghali, Une contre-histoire de la colonisation française, éd. Jean-Cyrille Godefroy, 2023. C’est parti, mon kiki :

*https://champouin.blog/2024/03/15/ecr-linf-3/ .

  • A pleines dents dans la chair en décomposition (p. 20).
  • Personne n’est l’autochtone absolu (p. 32).
  • Sous-catégorie de bétail dont la caractéristique était l’usage de la parole (p.40).
  • Commerçants au ventre mou et aux ongles limés (p.44).
  • Surmoi lâche telle une camisole de force trop lâche (p.44).
  • Plonger la société dans un bain de formol (p. 46).
  • Réalité diminuée (p. 47).
  • Le fanatisme est la grammaire du changement politique (p. 48).
  • Gribouillis de crises mineures (p. 48).
  • Cochonnets moribonds (p. 52).
  • Islam du sourire (p. 57).

  • Lusitaniens machiavéliques (p. 59)
  • Coups de grisou qui ouvrent le chemin vers le développement (p. 65).
  • « J’ai perdu deux soeurs et vous m’offrez vingt domestiques » (p. 71).
  • Des « hommes augmentés » comme Stanley ou Livingstone (p. 74).
  • La « pâte » humaine est exceptionnelle (p. 74).
  • Plante radieuse qui a été transplantée dans un pot exigu (p. 83).
  • Militaire d’élite qui « pense » (p. 87).
  • « Service après-vente » de la colonisation (p. 90).
  • Colonie low-cost (p. 103).
  • Confier ses missions régaliennes à un gang de Tchétchènes (p. 104).
  • « Loup qui vous mange depuis de générations » (p. 112).
  • Colons clochardisés (p. 115).
  • L’Algérie a la gueule cassée (p. 118).
  • Chleuhs du Maroc (p. 129).

  • Casser le thermomètre pour ne pas lire la température (p. 144).
  • Le « coup était déjà parti » (p. 156).
  • Taxer les Pygmées (p. 157).
  • Doigts coupés des coolies tonkinois (p. 162).
  • Boire un venin et son antidote en même temps (p. 169).
  • Aux colonies, il n’y a pas de place pour l’amour (p. 177).
  • Bêtise coloniale (p. 178).
  • Nids de fourmi dans les parties intimes des jeunes filles (p. 187).
  • Bâton de dynamite placé dans son anus (p. 190).

  • Marécage infect où les vocations sont développées (p. 196).
  • Colonie en bigoudis (p. 199).
  • Putréfaction de l’appareil administratif (p. 199).
  • Boys chapardeurs (p. 207).
  • Un extraterrestre qui a raison sur tout (p. 231).
  • Erreur congénitale du FLN (p. 238).
  • Soutanes multicolores signées Christian Dior* (p. 264).
  • Président « accéléré » (p. 270).
  • « Développement paresseux » (p. 290).
  • Coulouglis (p. 303).
  • « Capitaine moustique » (p. 308).

*Christ en Dior ?

On est songeurs… Réalité diminuée, hommes augmentés et président « accéléré » (un extraterrestre qui a raison sur tout*), chair en décomposition mais arrosée de venin et son antidote, militaires d’élite (tchétchènes ?) qui « pensent »… Bref, aux colonies, il n’y a pas de place pour l’amour : le « coup était déjà parti »…

*Macron ?

Plus sérieusement, l’atmosphère générale de cette liste m’évoque le roman génial de Pierre Lemaître, Le Grand monde (Le livre de Poche, 2023). Ce roman génial montre bien la décomposition et la putréfaction du marécage infect qu’était l’Indochine coloniale… Le Grand monde est aussi, sous forme de roman, une contre-histoire de la colonisation française !

Quelle époque épique !

Propos révélateurs prononcés il y a trois semaines par Angela Merkel sur le site hongrois Paritzan : elle a déclaré que Macron et elle-même avaient souhaité engager des entretiens directs avec Poutine en 2021 au sujet de l’Ukraine, mais que l’UE en avait été empêchée par les trois pays baltes et la Pologne. Si des pourparlers diplomatiques avaient été menés à l’époque, a-t-elle admis, on aurait pu empêcher l’invasion de l’Ukraine par la Russie…

« On ne peut pas défendre le Hamas, la République islamique d’Iran, et prétendre soutenir les femmes afghanes. Je suis l’anti-Rima Hassan » (Marzieh Hamidi, afghane, championne de taekwondo, et militante pour le droit des femmes).

Cambriolage du Louvre : l’ancien gardien de musée que je suis est de tout coeur avec celles et ceux qui étaient en première ligne. Encore une fois, le drame aurait pu être évité ou restreint s’il y avait eu plus de moyens budgétaires, humains et matériels mis à la disposition du musée, bien que, il faut le reconnaître, il est difficile de sécuriser un bâtiment de 243 000 m2 à moins que les PC sûreté et sécurité deviennent eux-mêmes des usines à gaz….

Et puis pensons aux conditions de travail d’agents travaillant dans un lieu qui fut le Louvre, puis le Grand Louvre, puis un encore plus grand Louvre, puis un toujours plus grand Louvre*, sachant que chaque agrandissement du musée appelle toujours celui de son visitorat, constitué aujourd’hui de hordes de beaufs mondialisés. C’est tout juste si, au château de Versailles, ces derniers ne mangent pas des glaces dans la galerie du même nom…

*Et toujours pas de réservation obligatoire pour réguler les flux, comme au Rijksmuseum, à l’Ermitage ou à l’Alhambra de Grenade…

Paru dans L’Humanité Magazine du 23 octobre.

LA LISTE PEREC DU JOUR :

"Sur [la table] de gauche, une lampe dont la forme affecte la forme d'un artichaut, et une assiette octogonale en étain sur laquelle sont posés deux morceaux de sucre, un verre et une carafe d'eau en cristal avec un bouchon en forme de pomme de pin ; sur celle de droite, une pendulette rectangulaire dont le boîtier en acajou veiné est incrusté d'ébène et de métal doré, un gobelet en argent à monogramme, et une photographie dans un cadre ovale représentant trois des grands-parents de Bartlebooth. Sur la tablette inférieure,  est posé un agenda de grand format, relié en cuir noir."

*Le problème se pose également pour l’Art moderne : moderne, mais jusqu’à quand ? A tel point que, vers 1960, il a été supplanté par l’Art contemporain, qui l’est lui-même de moins en moins… Klein ou Warhol, c’était il y a soixante ans : plus très contemporain !

Il y a plusieurs façons de répertorier les chrononymes. Il y a les « ères », ces périodes longues. J’en ai cité trois. Ajoutons la Préhistoire (Paléo- et Néolithique) ou l’Ancien Régime. On notera beaucoup de ces divisions concernent surtout le monde européen. Par abus de langage, on évoque « l’Inde antique » ou « le Japon médiéval ». Enfin, ajoutons, vous en serez témoins, qu’il est difficile d’établir une typologie cohérente, d’autant qu’une entrée peut appartenir à plusieurs catégories.

On compte aussi des périodes moins longues, marquées par des dynasties ou des longs règnes : l’Ere des Pharaons noirs (Egypte, 15ème dynastie), Le Siècle de Périclès, la Papauté d’Avignon, l’Ere élizabéthaine, le grand Siècle (= le règne de Louis XIV), la Restauration, l’Ere victorienne (les Anglais disent The Victorianism), l’Ere Meiji, la dictature des Colonels (Grèce ou Turquie). Sans faire référence à des règnes mais à des siècles, on peut citer le Quattrocento (Attention, piège ! Il s’agit, en Italie, des années 1400, donc de notre 15ème siècle) !

La Restauration.
Doit-on continuer à compter les années avec un système basé sur la naissance du Christ ? Ce procédé arbitraire peut paraître totalement illégitime pour certains peuples... La revue L'Histoire  utilise av. (ou ap.) n. è., comprendre "notre ère", ce qui ne résout pas le problème : "notre ère" signifie celle que nous avons déterminée... d'après la naissance de J. C. ! On n'en sort pas... Il vaudrait mieux utiliser è. c. pour "ère commune", afin de dire "c'est l'ère communément utilisée, mais qui ne représente rien pour nous". Pour les temps les plus lointains (géologie, histoire du vivant, paléontologie), les auteurs utilisent B.P. (before present), car on n'est plus à 10 000 ans, voire 100 000 près !

Beaucoup de chrononymes désignent une période marquée par un évènement ou une action : il s’agit alors d’un praxonyme. C’est la catégorie la plus nombreuse.

Certains praxonymes ont rapport à la guerre, hélas. Ce sont même les plus prolifiques. Outre les Guerres du Péloponnèse, puniques, de Cent Ans, de Sept Ans, etc.- et les deux Guerres mondiales, on peut citer les grandes Invasions, la Guerre des Deux-Roses, la Reconquista, la Guerre des Boers, la Grande Guerre, la drôle de Guerre*, les Guerres d’Espagne, du Vietnam (très longue…), des Six Jours (très courte…), ad nauseam, malheureusement.

*Celle-ci se dit der Sitzkrieg (la guerre assise) en allemand et Dziwna Wojna (la guerre étonnante) en polonais. En américain, on dit The Phoney War (la fausse guerre), comprise Funny War par le journaliste Roland Dorgelès, d’où « la drôle de Guerre » !

Notons également les révoltes et révolutions en tous genres : la Grande Jacquerie, la Fronde, la Glorieuse Révolution (anglaise de 1688), la Révolution (française) et en miroir la Chouannerie, la Jeune Allemagne* (1815-1848) – manifestation locale du Printemps des Peuples, le Risorgimento**, la Commune, le Printemps de Prague, l’Intifada, les Printemps arabes.

*Appelée en allemand le Vormärz (« l’avant-mars »), c’est-à-dire toute la période préparant la révolution allemande avortée de mars 1848. En miroir, la réaction à ce mouvement s’appelle le Biedermeier, du nom d’un personnage de roman, bonhomme sans histoires et conservateur. Ces appellations sont tout autant politiques que culturelles. Le terme français Jeune Allemagne, fait référence à la Jeune Europe (Jeunes Turcs, etc.), dynamique d’émancipation des peuples du joug des empires.

**Littéralement « la résurgence ».

La Fronde.

D’autres appellations désignent des périodes marquées par des orientations volontaristes politiques, économiques (les Siècles d’or espagnol ou hollandais), religieuses ou intellectuelles (le Siècle des Lumières*). Ainsi la Réforme (et en miroir, la Contre-Réforme), The Gilded Age (l’Age d’or, 1865-1901, Etats-Unis)**, le Sexenio Democratico (Espagne, 1868-1874), le Front Populaire, les Trente Glorieuses*** (et en miroir, les Cinquante Piteuses qui ont succédé), la Perestroika.

*On dit The Enlightment (« l’illumination ») en anglais et die Aufklärung( « l’éclairage ») en allemand.

** Cet « âge d’or », malgré le développement extraordinaire des Etats-Unis en cette période, est à relativiser.

***Praxonyme inventé par l’économiste Jean Fourastié (Les Trente Glorieuses ou la Révolution invisible de 1946 à 1975, Fayard, 1979) sur le modèle des Trois Glorieuses (trois jours de révolution de juillet 1830). Pour la période d’après 1975, celle de « la crise », on parle des Trente (qui sont maintenant cinquante) Piteuses...

Certains chrononymes désignent des âges d’or plus de passion que de raison : ainsi la Belle Epoque, les Années folles*, la Movida (décennie d’euphorie et de libération culturelle en Espagne après la mort de Franco).

*Appelées die Goldene Zwanziger et The Golden Twenties (« les années vingt dorées ») par les Allemands et par les Britanniques, et The Roaring Twenties (« les années vingt rugissantes ») par les Américains .

D’autres désignent des périodes noires : la Peste noire, la Terreur, les Hungry Forties (famine irlandaise due à la contamination intentionnelle britannique de la pomme de terre par le mildiou dans la décennie 1840), la Grande Dépression (américaine, après le krach de 1929), l‘Occupation (et en miroir, la Résistance), les Années de Plomb (Italie, années 1960-70).

La Résistance.

Ces listes ne sont pas exhaustives et, certaines entrées peuvent appartenir à plusieurs catégories.

Enfin, certains évènements sont désignés par leur date : la Saint-Barthélémy, la Nuit du 4 août, Thermidor (renversement des robespierristes le 9 thermidor an II), le 18 brumaire, la Nuit des Longs Couteaux, le 18 Juin 1940, Mai 68, Bloody Sunday (tuerie par l’armée britannique de 28 militants pro-irlandais à Derry le 30 janvier 1972), le 11 septembre (2001), jusqu’au récent 7 octobre (2023)…

Bref, quelle(s) époque(s) épique(s) !

[Nota : Quelle époque épique fut une chronique « du drôle et de l’insolite » animée par Yolaine de La Bigne sur France Info de 1987 à 2001. J’ai cru bon d’emprunter ce titre à propos de chromonymes.]

Ma bibliothèque amoureuse (10/infini)

*https://champouin.wordpress.com/wp-admin/post.php?post=6115&action=edit

Retour sur Je me souviens (4/4) – Paris 1965*, avec ces deux informations :

*https://champouin.wordpress.com/wp-admin/post.php?post=8573&action=edit

Dans l’édition Folio Gallimard (1975) de L’Insurgé de Jules Vallès, Marie-Claire Blancquart, l’autrice de l’appareil critique, écrit en note : « La salle des Folies se trouvait 8, rue de Belleville. Après avoir servi de lieu de réunions publiques, elle recueillit Dranem, Piaf, Fréhel, Georgette Plana, qui y chantèrent. Tout le quartier meurt sous la pioche des démolisseurs [en 1975, donc], et nous avons déjà peine à imaginer ce fief populaire que connut Vallès, avec la salle Favié et la Vielleuse toute proche ». Toutefois, Les Folies, qui était en réalité une arrière-salle de café, subsiste toujours. Autre café, La Vielleuse, fut reconstruit dans un immeuble moderne, mais a gardé une partie de son décor ancien.

Je suis tombé, aux Archives nationales, sur un extrait des minutes des actes de naissances du 19ème arrondissement de Paris : celui de Georges Perec, né le 7 mars 1936 au 6 rue de l’Atlas (toutefois ses parents étaient domiciliés 1, rue Vilin). La rue de l’Atlas actuelle commence, pour les numéros pairs, au 12. Le 6 (un taudis, vraisemblablement) a été détruit pendant l’opération immobilière (les « démolisseurs » de M.-C. Blancquart) du début des années 70, et se trouvait à l’emplacement des actuelles grilles d’entrée de l’allée Pernette-du-Guillet, un des accès de l’ensemble Atlas/Lauzin/Rébeval, où je réside. Belle transition pour ce qui suit :

LA LISTE PEREC DU JOUR :

"Elle avait comme clients des collectionneurs particuliers, des marchands de curiosités, des porcelainiers désireux de rééditer des services prestigieux Retour d'Egypte ou Malmaison, des bijoutiers qui lui demandaient de représenter sur le fond d'un pendentif destiné à recevoir une unique mèche de cheveux, le portrait de l'être chéri (réalisé à partir d'une photographie le plus souvent douteuse) ou des libraires d'art pour qui elle retouchait des vignettes romantiques ou des enluminures de livres d'heures".

J’ai lu naguère* l’ouvrage suivant : Bernard Pivot, Cécile Pivot, Lire !, Flammarion, 2018. Le regretté Bernard et sa fille Cécile, enseignante et grande lectrice également, y confrontent leurs usages, leurs pratiques, pour ne pas dire leurs us, voire leurs moeurs en matière de lecture.

*Pour les ignares : naguère signifie « il y a peu ».

Votre serviteur marcjoly, dans le cadre de cette rubrique, expose les siennes. Je vais peu ou prou reprendre les thèmes déclinés dans l’ouvrage précité :

Mes souvenirs de lecture d’enfance ne concernent pas des lectures faites « d’un bloc », mais du vagabondage : une sorte d’école buissonnière de la lecture. « Le plus facile à lire était le dictionnaire. Avec les mots je jouais à la marelle et à saute-mouton » écrivait Bernard Pivot. C’est exactement çà : avec les dictionnaires et les encyclopédies, mais aussi les livres « rigolos », ou ceux plus sérieux dont on relève la substantifique moelle de l’ironie (Daninos, Maugham). Pas de BD (c’était interdit). J’avais quand même des « petit livres » comme la série des Petit-Tigre qui m’ont beaucoup marqué. A l’origine de ces goûts de lecture : ma maman qui, partout où nous avons résidé, a « éclusé » toutes les bibliothèques..

A ce propos, enfant puis adolescent, je pensais que « quand je serai grand », je ferai la même chose. Or aujourd’hui, à soixante-quatre ans, je n’ai toujours pas de carte de lecteur d’une « bibli ». On m’a donné des livres. J’en ai trouvé chez les bouquinistes*. Ma compagne en a acheté également. Mes quatre étagères sont pleines. J’ai un carton et une desserte d’ouvrages non encore lus. Je suis obligé d’en revendre chez Gibert, ou d’en donner à Recyc’livres.

*Que je ne fréquente plus : radins et pas aimables.

Lire donne envie d’écrire. Je dirais surtout : lire donne envie de lire plus encore. Mais enfant puis adolescent, grand lecteur, je n’écrivais pas. Les rédactions scolaires étaient pour moi une torture, car ce que j’aurais voulu écrire était en parfait décalage avec ce qui était attendu et convenu. Et pourtant, j’aurais voulu être ni Chateaubriand ni Hugo, mais Alphonse Allais ou rien. Cà ne m’aurait pas déplu. Puis j’ai eu une démangeaison d’écrire, il y a environ… dix ans de cela (j’avais 55 ans !) – d’où, entre autres, l’idée de ce blog. Ejaculation littéraire tardive ? Catharsis ? SOS à l’Univers (comme dirait Charlebois) ? Tout vient à point qui sait attendre… Mais je n’aurais pas écrit si je n’avais pas lu !

Ai-je sacrifié quelque chose pour lire ? Non, même si c’est ce que pensent des collègues de travail – les pauvres ! Ils croient que je sacrifie les séries, les jeux vidéo, le shopping, le streaming, la salle de sport et autres imbécilités que je ne pratique pas…*

*Je leur ai sorti l’autre jour cette phrase : çà a jeté un froid…

Je ne lis pratiquement pas de romans, ce qui peut étonner les lecteurs de ce blog, dont beaucoup d’articles sont littéraires ou paralittéraires. Je ne lis jamais de poésie, ce qui peut surprendre mes lecteurs d’articles type « atelier d’écriture ». Je n’ai pas non plus, comme je l’ai dit, la culture des BD – ni celle des polars. Je lis surtout des essais historiques, politiques, scientifiques, « sociétaux ». Je lis également chaque semaine Marianne, L’Humanité Magazine, Charlie Hebdo, et chaque mois Çà m’intéresse et Epsil∞n.

Le livre nous tombe des mains.
Qu’il tombe.

Daniel Pennac

J’ai pour principe de ne pas abandonner un livre en cours de lecture. Mais parfois, comme on dit, quand çà veut pas, çà veut pas ! Sujet chiant, verbiage, pensée officielle, masturbation intellectuelle, pathos… A l’inverse, relis-je des livres ? Rarement, en tout cas bien des années après, mais sûrement pas des pavés. Pas question de relire Eugène Sue ou Dickens !

« Il n’y a pas un jour que je n’ouvre un dictionnaire » (B. Pivot). Ce n’est tout de même pas mon cas, et çà l’est de moins en moins… J’ai de plus en plus une paresse qui s’appelle Wikipedia, organe malheureusement du consensus et non de la vérité ! En tout cas, mon dico est le Dictionnaire historique de la langue française d’Alain Rey (éd. Le Robert).

Si Bernard Pivot classe ses ouvrages par ordre alphabétique, et sa fille Cécile par édition et collection, les miens, pour la plupart des essais, le sont par ordre chronologique. J’avais déjà exposé mon mode de classement dans mon précédent blog Mr Liste* :

*http://mrliste.hautetfort.com/archive/2019/09/09/ma-bibliotheque-amoureuse-6174796.html#more .

La lecture sur écran, fût-ce une liseuse, me rebute. Je revendique le livre-objet ! Il y a évidemment les « beaux livres » (grand format, illustrations), mais aussi le livre relié – j’en ai peu et il prennent de la place, tout comme les brochés, plus volumineux que les poche. Je ne possède que treize livres reliés, ce qui est vraiment dérisoire, dont une seule reliure artisanale (trouvée chez feu mon beau-père). Tout livre peut être remarquable par son format : je n’ai que onze formats à l’italienne. Et je n’ai gardé que deux boîtes/étuis : celle contenant les trois volumes du dictionnaire d’Alain Rey précité et celle contenant un ouvrage sur la Commune et un CD. Là encore je jette les boîtes (heureusement en carton industriel) pour raison de place. J’aime bien les poche, les gros mous (Bouquins et Omnibus), les séries (tous les tomes de De Gaulle dans la même collection), ceux dont le rapport poids/volume semble intéressant, ceux possédant un signet

Je déteste qu’on manipule un livre avec les mains sales, et que celui-ci contienne des miettes ou des cheveux. Je déteste qu’on annote les pages d’un livre, fût-ce au crayon, ni qu’on corne les pages (ou involontairement la couverture) : le livre doit rester vierge tel que sorti du libraire. Je possède toutes sortes de marques-pages, non seulement pour leur esthétique, mais surtout pour leurs divers formats, adaptables à ceux des livres.

Quelques uns de mes marque-pages (proportions non respectées).

Je lis dans les transports (pas pour quatre stations, c’est trop court), mais assis : debout on peut faire tomber le livre, il faut le tenir d’une main car l’autre tient la barre… no way ! Je lis également au lit pour m’endormir. J’arrive à trouver le moment où il est temps d’arrêter et d’éteindre la lumière : après c’est trop tard et on s’endort la lumière allumée ! Pas de lecture en mangeant. Outre les taches de gras, on lit ou on mange, pas les deux !

Je n’emporte pas de livres en vacances, mais mes magazines, sachant que malheureusement : 1. on va s’écrouler de fatigue d’avoir vadrouillé toute la journée et 2. tout hébergement possède malheureusement une télé.

Offré-je des livres (qu’est-ce qu’il parle bien, marcjoly) ? Oui, et je n’offre pas d’autres cadeaux que des livres. M’en offre-t-on ? Parfois, au grand désespoir des offrants qui doivent se dire que j’ai déjà tout lu. En prèté-je ? Plus jamais : on ne me les rend pas – ou bien abîmés…

Les gens qui lisent sont moins cons que les autres,
c’est une affaire entendue.

Bernard Pivot

Le pignon d’Ernest

Ah, les larmes médiatiques sur le sort du « pauvre Sarkozy » ! Les victimes de l’attentat du vol UTA 772 apprécieront… On retiendra que le mentor de Sarkozy fut un certain Charles Pasqua, un homme intègre ! Et, même si cela n’a rien à voir avec son procès, le fait d’avoir réintégré la France dans l’Otan (par exemple) mérite la prison pour trahison.

Reconnaître la Palestine, c’est bien. Mais le faire sans garanties préalables ne sert à rien, et revient à légitimer le Hamas. Quant aux enfantillages de maires écolo-LFistes (et malheureusement aussi communistes comme Saint-Denis, où il s’agit de clientélisme communautariste flagrant) consistant à hisser le drapeau palestinien, cela viole le principe de neutralité. Cela vaut également pour le drapeau ukrainien ! Si j’avais été maire, j’aurais été plus subtil : j’aurais affiché les drapeaux palestinien et israélien. Respect du principe de neutralité !

Extrait de l’adresse de Sophie Binet aux syndicats Cgt sur le processus des mobilisations en cours : « Ce n’est pas « Nicolas qui paie… pour Mohammed », mais Nicolas, Mohammed et Fatimata qui paient pour Bernard Arnault et Vincent Bolloré ». Arnault qui, dernièrement, a encore montré son vrai visage de réactionnaire.

LA LISTE PEREC DU JOUR :

" C'est la chambre d'un homme déjà mort, et il semble déjà que les meubles [...] l'attendent avec une indifférence polie, bien rangés, bien propres [...] : le dessus-de-lit parfaitement tiré, la petite table Empire aux pieds griffus, la coupe en bois d'olivier contenant encore quelques pièces étrangères, des pfennigs, des groschens, des pennies, et une pochette d'allumettes offerte par Fribourg and Treyer, Tobacconists & Cigar Merchants, 34, Haymarket, London SW1, le très beau verre de cristal taillé, le peignoir en tissu éponge couleur café brûlé, accroché à une patère en bois tourné et, à la droite du lit, le valet de nuit en cuivre et acajou [...]"

Dans la série des « textes de jeunesse » de marcjoly, en voici un qui attaquait le formalisme universitaire. Chacun des deux protagonistes (Pensedroit et Crasselogique) pèche par ses défauts : il croient tout savoir, se prennent au sérieux et aspirent aux honneurs. De plus, Pensedroit est un routinier à la Kant.

Le texte a lui aussi ses défauts. Je l’ai laissé tel quel :

L’INSCRIPTION LATINE

Comme chaque matin à la même heure, Ernest Pensedroit se leva. Après avoir pris son petit-déjeuner puis fait sa toilette, il décida, comme chaque matin à la même heure, de faire un tour dans son jardinet. C’était une matinée de mai qui s’annonçait belle. Les oiseaux chantaient. Raide, sec, la cinquantaine finissante, le Professeur Pensedroit était érudit, et sa haute opinion de toutes les choses de ce bas-monde lui valait une respectabilité sans égal. Sa réputation s’étendait jusqu’aux cercles et pinacles les plus influents.

Foulant l’herbe du jardinet encore imprégnée de rosée, son pied trébucha. Ernest Pensedroit se pencha et vit un morceau de dalle. « Curieux ! », pensa-t-il. ne pouvant la soulever, il décida de soulever la dalle et partit chercher quelques outils. La dalle lui apparut. Son coeur de serra, sa gorge se noua. La dalle portait une inscription qui disait :

ACTILIV

Q. IVLE

CAEDREM

Son sang ne fit qu’un tour. La modeste pierre qui se trouvait à ses pieds était peut-être, que dis-je, sans doute contemporaine du Grand César, elle avait peut-être croisé le regard de Cicéron. Sénèque l’aurait soulevée et Tite-Live l’aurait effleurée… Pensedroit n’en revenait pas. Cette exhumation fortuite ne pouvait que couronner ce qui tait déjà le sommet de sa carrière. Grâce à la rencontre inopinée avec le caillou, il égalerait Braudel, deviendrait Prix Nobel, finirait Immortel… Dès son arrivée dans les cieux éthérées, les Aristote, Descartes et autres Newton s’exclameraient : « mais c’est le grand Pensedroit » !

Revenu à lui, le grand Pensedroit décida d’aller modestement et terrestrement porter la dalle chez son ami, le Professeur Crasselogique. « Hmm… Très intéressant, murmura Crasselogique, mais que peut signifier cette inscription ? -Voyons voir…, répondit Pensedroit. Actiliu : ablatif d’actilius, Jule : vocatif de Julius. Caedrem nous pose problème. -Il s’agit peut-être d’une forme altérée substantivée de cadere : tomber -Oui, et pour le Q., il s’agit d’une abréviation, nous pouvons attendre. -En tous cas, tout cela est pour l’instant bien mystérieux… »

Une fois rentré chez lui, Ernest Pensedroit était bien déterminé à passer la nuit à chercher la signification de l’inscription contenue sur la dalle susmentionnée. Il ouvrit tous les dictionnaires qu’il avait en sa possession et ne trouva rien, sinon une infinité d’hypothèses donc aucune ne le satisfit.

Quelle ne fut pas sa satisfaction quand le lendemain, il émergea, l’oeil hagard, dans les couloirs de la Faculté. Parmi le brouhaha des conversations des collègues, il n’entendit qu’un mot : « l’inscription ». Crasselogique était passé par là.

Pendant des jours entiers, les recherches furent intenses. On se perdit en conjectures. Actiliu était-il le diminutif non attesté d’actum ? De quel Jule s’agissait-il ? Caedrem désignait-il un espèce d’arbre de Palestine ? Que désignait ce Q. ? Quintilius ? Pensedroit fut reçu à l’Académie. Il fut invité à présenter des conférences dans le monde entier : de la Patagonie au Kamtchatka, et du Yucatàn à la Saône-et-Loire. Il connut, lui, homme renommé mais renfermé, la gloire pétaradante et tonitruante des médias. Il fut l’hôte habituel d’Apostrophes et de Bouillon de Culture. Il en devint même le pivot.

Il décida de se consacrer à son livre. Cet énorme livre contenait diverses explications relatives au contenu de l’inscription, et par conséquent, à sa datation. L’une d’entre elles était l’exhortation faite à César par des conspirateurs repentis de ne pas quitter le pouvoir. Une autre était un mot laissé par la femme d’un habitant du quartier du Quirinal à son mari. Ce mot l’enjoignait à ne pas oublier son caleçon car les nuits étaient fraîches. Ernest Pensedroit consacra bien une dizaine d’années à la rédaction du grimoire. Entre temps, tous ses amis, collègues et relations avaient, la lassitude s’étant installée depuis longtemps abandonnée les recherches.

Ernest se sentit éloigné, puis isolé et enfin totalement abandonné. Bref, il était trahi. Un sentiment d’impuissance et d’échec s’affirma pendant que le livre refusait de se conclure.

Un jour, désespéré, on le vit arriver au bord du canal de l’Ourcq, avec à son cou une pierre qui, elle, ne portait pas d’inscription.

Et dire que, selon certaines mauvaises langues, l’inscription, lue à l’envers, signifiait : « Merde à celui qui lit çà » !

Ah, les salauds ! Ah, les vaches !

Les couvertures auxquelles vous avez échappé (8)

Je me sens moins seul : même l’emblématique Laurent Lopez, président dans les années 199o de l’association militante Mieux se déplacer à bicyclette (l’un des deux mouvements pionniers avec Vélorution), est atterré. Il ne se reconnaît plus dans les cyclistes d’aujourd’hui. « A l’époque, a-t-il déclaré dans Le Parisien, on pensait que celui qui choisirait de se déplacer à vélo serait un usager vigilant, regardant, civique… Mais on était de doux rêveurs ! ». Sentiment partagé par de nombreux cyclistes « historiques » qui ne roulent pas assez vite dans les couloirs au goût de leurs alter ego bobos, tyrans sur deux roues. Avec 34 millions de déplacements à vélo par jour, les mobilités ne sont guère restées « douces »...

N’est pas non plus resté doux ce coup d’Etat permanent qui consiste à remplacer Philippe par Castex, Castex par Borne, Borne par Attal, Attal par Barnier, Barnier par Bayrou, Bayrou par Lecornu. Tout cela est un mélange d’ego de Macron, de position hors-sol de ce dernier, de mépris d’une « populace » de 67 millions d’habitants et le pire : la pression des milieux financiers sur leur imbécile utile qu’est le Président français, un type persuadé de faire l’Histoire, entre guerre nucléaire otanienne et Jeux olympiques...

LA LISTE PEREC DU JOUR :

"Les colis étaient enveloppés dans une poche de nylon représentant un drapeau américain ; ils contenaient une brosse à dents, un tube de pâte dentifrice, trois tablettes de cachets effervescents recommandés en cas de névralgies, gastralgies et acidités, un savon, trois doses de shampooing, une bouteille de boisson gazeuse, un stylo à bille, quatre paquets de gomme à mâcher, un étui de lames de rasoir, un porte-carte en matière synthétique destiné à recevoir une photographie [...], une petite médaille dont la découpe avait la forme de l'Etat de l'Union où le soldat était né [...] et une paire de chaussettes."

Les mots, la parole… Quand j’étais petit, attiré par les langues, je dévorais les méthodes Assimil. Ce qui fait qu’aujourd’hui, au lieu d’avoir chez moi ces livres sur l’anglais, l’espagnol, l’allemand comme tout le monde, je possède des méthodes sur le picard, le créole, l’espéranto, le chinois, le basque… Et savez-vous qu’il existe une méthode d’argot, dénommée La méthode à Mimile (Alphonse Boudard, Luc Etienne, Ed. La Jeune Parque, 1970, diverses rééditions en Livre de Poche – épuisé aujourd’hui) ? L’ancien truand devenu écrivain et le pataphysicien reprenaient les codes de la méthode Assimil (avec l’aimable autorisation de cette dernière) pour l’apprentissage de l’argot. Boudard appartient à cette génération d’écrivains d’après-guerre (Antoine Blondin, René Fallet, Albert Simonin, Michel Audiard, Frédéric Dard…) qui nous ont fait découvrir les richesses d’une langue « verte ».

Revenons à Assimil et ses détournements. Je vous propose ceci :

J’étais aussi attiré par les dictionnaires, et en particulier ceux qui étaient encyclopédiques, avec des planches. Ah, la planche sur les escaliers : les différents types d’escalier, les différentes parties d’un escalier… Je me plongeais aussi dans les dicos de noms propres. Et celui-là ?

 

Gros mots larvaires ou gros mollards verts ? Vous êtes songeurs… Non, vous n’êtes ni chez Bigard, ni chez Hanouna…

En tout cas cela donne envie, même si c’est totalement improductif, de dire des gros mots à Castal, Baynier, Bartex et autres Premiers ministres interchangeables !

Stop « Brutish » geopolitics !

Bonne rentrée à tous, si l’on peut dire…

Viol (par derrière) sans vaseline : c’est le programme de « l’année blanche » ou plutôt noire que Bayrou veut nous imposer. Les médias ont beaucoup insisté sur la suppression de deux jours fériés en 2026*, mais cela n’est pas le plus grave en soi, même s’il y aura fort à parier qu’il y aura un « effet cliquet » : ce sera définitif. Le reste est ahurissant : gel des pensions de retraite, des prestations sociales, des budgets de services publics, des rémunérations des fonctionnaires, baisse des droits des demandeurs d’emploi ; déremboursements des médicaments et des consultations. Et mesures qui pourraient prises par ordonnance dès l’automne. Retour, donc, au 19ème siècle pour un patronat qui n’a digéré ni les luttes syndicales d’entre 1880 et 1920, ni le Front populaire, ni les mesures issues du Conseil national de la Résistance, ni celles des accords de Grenelle. Retour aussi aux années 30 avec une économie de guerre à la Hjalmar Schacht ! Ach ! Retour à Pinochet. Retour à Thatcher. Retour aux « conditionnalités » du FMI… L’Occident, qui s’est effondré par l’obsession de la dette, croit utiliser l’obsession de la dette comme remède… et va s’effondrer encore. Pendant ce temps, les Chinois, adultes, se taisent et agissent …

*Personnellement, je suis pour la suppression des jours fériés religieux obligatoires, mais pour le patronat, il ne devrait plus y avoir aucun jour férié pour ces « feignants de Français ».

Entrons dans le vif du sujet : tous dans la rue le 10 septembre pour un blocage total ! Les Gilets Jaunes sont un caillou dans la chaussure d’Emmanuel Macron. On remarquera que 1. Bayrou veut faire son vote de confiance deux jours avant pour saboter le mouvement, et que 2. ces couards de syndicats ont peur d’être considérés comme d’extrême-droite s’ils se lancent dans le mouvement… Mais surtout, faisons le lien entre la situation internationale (Ukraine, Gaza, bulle des cryptomonnaies) et ce qui se passe en France, sinon çà ne sert à rien.

Nous retrouvons LA LISTE PEREC DU JOUR :

"La vitrine contient une collection de modèles réduits de machines de guerre antiques, à monter soi-même : des béliers, des vineas, dont Alexandre se servit pour mettre ses travailleurs à couvert au siège de Tyr, des catapultes syriennes qui jetaient à cent pieds des pierres monstrueuses, des balistes, des pyroboles, de scorpions qui lançaient tout à la fois des milliers de javelots, des miroirs ardents - tel celui d'Archimède qui embrasait, en un clin d'oeil, des flottes entières - et des tours armées de faux supportées par de fougueux éléphants."

La vineæ (appelée vinea par G. Perec) est utilisée pour se mettre à l’abri par les soldats qui devaient se rendre dans les tours mobiles. Il s’agit d’une sorte de baraque roulante en bois entièrement recouverte de peaux mouillées pour la protéger des projectiles enflammés lancés du haut des murailles de la cité.

Dans un brûlot paru le 27 mai dernier dans UK Column, la journaliste Vanessa Beeley montre que la manipulation britannique de tout le Proche-Orient remonte à l’accord Sykes-Picot de 1916, accord secret qui partagea l’Empire ottoman en sphères d’influence britannique et française. Ce dépeçage inique conduira, des décennies plus tard, à un « Axe de la Résistance » : FPLP, Iran des mollahs, Hamas, Hezbollah, Jihad islamique palestinien, Houthis, Syrie de 2025 … tous créés ou encouragés par les Britanniques.

Plus récemment, c’est une alliance entre Tony Blair, George W. Bush et le MI6 (renseignement britannique) qui avait lancé l’opération ayant conduit en décembre au renversement de Saddam Hussein. Beeley explique qu’après avoir détruit la nation irakienne, ces mêmes réseaux ont oeuvré pour faire de même en Syrie et faire tomber Bachar El-Assad par une avancée rapide des forces terroristes, après avoir choisi et formé un dirigeant de Daech et d’Al-Qaïda, Al-Jolani pour en faire le chef de l’Etat sous le nom d’Ahmad Al-Chareh. Il s’avère qu’un rôle-clé dans cette opération a été joué par Tony Blair et son ancien chef de cabinet Jonathan Powell, impliqué dans le montage frauduleux sur les armes de destruction massive ayant servi à justifier la guerre en Irak*.

*Aucun lien de parenté avec l’ex-secrétaire d’Etat américain Colin Powell, qui avait exhibé au Congrès une prétendue fiole d’anthrax comme « preuve » de l’existence de ces armes. Décidément…

Jonathan Powell et Ahmad Al-Chareh.

La prétendue « guerre contre le terrorisme » née après le 11 septembre 2001, a culminé avec la prise de contrôle de la Syrie par… le terrorisme ! Al-Qaïda y mène aujourd’hui des pogroms de nettoyage ethnique contre toutes les minorités…

Quelques jours avant la chute de Bachar, le premier Ministre britannique Keir Starmer avait nommé Jonathan Powell à la sécurité nationale, d’où il continue à propager la doctrine Blair.

La récente nomination de Tony Blair en tant que « conseiller spécial sur le Moyen-Orient » auprès de l’envoyé spécial Steve Witkoff, qui s’efforce de trouver des règlements en Palestine et en Ukraine, est plus inquiétante.

L’Ukraine, donc : comme le dit Jeffrey Sachs*, la haine de l’Angleterre vis-à-vis de la Russie remonte aux années 1840 avec la guerre de Crimée, mettant fin à l’alliance anglo-russe datant de l’opposition à Napoléon. Les Britanniques se sont mis à détester un rival potentiel qui aurait pu traverser l’Afghanistan pour aller envahir les Indes…

*L’économiste américain Jeffrey Sachs fut l’artisan de la « thérapie de choc » pour la Pologne et la Russie post-soviétique. Avec le remps, il semble avoir finalement gagné en sagesse…

Le rôle prépondérant des Britanniques dans le maintien du monde unipolaire est désormais reconnu par un nombre grandissant d’acteurs mondiaux. En Russie également, les accusations se multiplient. Le 9 juin dernier, Serguéi Lavrov a déclaré sans ambages que les services britanniques « étaient impliqués à 100% » dans les attaques terroristes contre la Russie. Quatre jours auparavant, sur Sky News, Andréi Kéline, ambassadeur de Russie au Royaume-uni s’exprimait sur l’attaque par drones contre les aérodromes stratégiques russes :  » Ce type d’attaque implique, bien sûr, la fourniture de technologies de pointe, de données dites géospatiales, qui ne peuvent être transmises que par ceux qui les possèdent. et c’est Londres et Washington ».

Andréi Kéline.

Dans cette histoire, écoutons plutôt les Russes : le 10 mars dernier, le SVR (service des renseignements extérieurs) déclarait : « Londres est extrêmement irrité par le fait que D. Trump « mène un dialogue avec la Russie comme avec une superpuissance et se montre méprisant envers ses alliés les plus proches » ». Cette déclaration du SVR a été rédigée dans le contexte des efforts frénétiques déployés par Starmer pour soutenir Zelensky. Selon l’agence TASS, « les autorités britanniques considèrent comme une « priorité urgente » de saper les efforts de maintien de la paix de la nouvelle administration sur le volet ukrainien ». Le SVR ajoute que Starmer fait tout pour « renforcer la résistance du régime de Kiev face à la pression croissante de Washington ».

Et le même SVR de conclure : « Aujourd’hui comme à la veille des deux guerres mondiales du siècle dernier, Londres agit comme le principal instigateur du conflit mondial. Il est temps de démasquer les Britanniques et d’envoyer un signal clair à la perfide Albion et à ses élites : vous ne réussirez pas ».

Quand on vous parlait d’Etat profond*…

*Cf. notre article Peur de Trump ? (https://champouin.wordpress.com/wp-admin/post.php?post=10207&action=edit).

Sources :

L’oeil de Paris (11)

Rue Abel-Hovelacque

La question n’a pas été soulevée par un politicien bardello-retailliste, mais par Maurice Berger, pédopsychiatre (Marianne du 20 février 2025) : « Arrêter toute immigration, même celle qui concerne le regroupement familial, qui agrandit les clans et les mineurs non accompagnés, et se concentrer sur une immigration de travail choisie provenant de pays où il n’y a pas de fonctionnement groupal clanique ou ethnique ». Il a raison : ce n’est pas la gueule de l’Autre qui pose problème, mais son degré d’intégration.

Provocations de la part de l’Otan, Occident au bout du rouleau qui joue son va-tout en se créant un ennemi, mise en place d’éléments nazis en Ukraine par le biais de la « révolution de couleur » de 2014, et rôle flagrant joué par les Britanniques (on m’a cité le torpillage d’un accord par Boris Johnson en 2014) dans le sabotage des efforts de paix : voilà ce que j’entends maintenant (même pendant les vacances, période apolitique s’il en est) de la bouche des uns et des autres. En effet, plus je discute avec des connaissances et même avec des inconnus, plus je m’aperçois qu’ils ne partagent plus le narratif officiel à propos de la guerre en Ukraine, ce qui était loin d’être le cas il y a quelques mois. Les gens ne gobent plus les salades des « sachants » AFP/BFM/ Le Monde/France Info.

LA LISTE DU JOUR (extraite de David Foenkinos, La délicatesse, 2012, Gallimard) :

Résultats de ligue 1 le soir
où Charles comprit
qu'il ne plairait jamais à Nathalie

Auxerre - Marseille : 2-2
*
Lens - Lille : 1-1
*
Toulouse - Sochaux : 1-0
*
Paris SG - Nantes : 1-1
*
Grenoble - Le Mans : 3-3
*
Saint-Etienne - Lyon : 0-0
*
Monaco - Nice : 0-0
*
Rennes - Bordeaux : 0-1
*
Nancy - Caen : 1-1
*
Lorient - Le Havre : 2-2

Rue commençant avenue des Gobelins et finissant rue Auguste-Blanqui. Elle dessine un quart-de-cercle autour de la Place d’Italie.

Hovelacque a travaillé sur les langues, et, autre temps autres moeurs, sur les races. Il est le père de l’anatomiste André Hovelacque. Son cousin germain Maurice Hovelacque (1858-1898) est un géologue spécialiste de paléontologie.

Au dessous de ce grand vide, les rames de métro sortent de terre (non visible de la rue) pour rejoindre l’atelier dit « d’Italie », dont on voit le toit sur la droite, pour la ligne 6. Belle vue sur le Panthéon, malheureusement gâchée par une enseigne.

Autre vue au-dessus de l’atelier RATP : le fameux immeuble (moche) de la rue Croulebarbe (la « tour Albert », du nom de son architecte). Construit en 1958, c’est le premier IGH (immeuble de grande hauteur : au moins 52 m entre l’accès pompier le plus bas et le sommet) construit à Paris. Au premier plan en bas : l’atelier d’Italie.

Autre immeuble moderne, mais avec de la verdure, c’est gai.

Ce crépi rose donne un air lyonnais !

Jolis balcons…

Une devanture de cinéma plutôt originale (çà sent le Pathé…).

Ecole supérieure Estienne – Art et Industries graphiques.

La grille de l’école Estienne – on finit en beauté.

L’oeil de Paris (10)

Rue Abel-Ferry

Rue Abel-Gance

Pendant les vacances, la presse publie ses « séries d’été ». Ainsi, Marianne (L’été de Marianne), L’Humanité Magazine (Les séries d’été) ou Charlie Hebdo (Série d’été). Pour vendre, toujours les mêmes recettes : les faits divers, ou le sexe. Marianne du 24 juillet : Les pratiques sexuelles vues par les religions (2/6) – Sexe et menstruations : quelles sont les règles ? Charlie Hebdo du 23 juillet : Deux mille ans de sexe vus par la science (2) – Menstrues : le sang maudit…

Lu sur le site Paris la Douce (https://www.parisladouce.com/) : « « Le Sphinx et la Rose » lance des ponts entre les univers de Leonor Fini (1907-1996), peintre et graveuse d’origine italienne née en Argentine, et Florian Mermin (né en 1991). La rose élément clé de l’exposition se fait à la fois motif et matériau, symbole et parfum. Le dialogue originel se noue entre le tableau de Leonor Fini « La Beauté – Le Sphinx à la rose » (1974) et une sculpture inédite de Florian Mermin posée en regard, « Le Sphinx et la Rose » (2025). Oeuvre de céramique colonisée par des papillons étranges, celle-ci emprunte la forme d’un flacon de parfum parcouru d’épines de la rose, posé sur des pattes de sphinx ». Le Sphinx et la Rose ? Et moi qui croyait que çà avait un rapport avec Mitterrand…

La pétition contre la loi Duplomb, bien nommée pour une loi anti-environnementale : agriculteurs voulant nourrir la planète et croulant sous les normes, versus écolos urbains malthusiens obsédés par le bio ? C’est l’affrontement voulu par le pouvoir pour mieux diviser. Oui, il faut un objectif de croissance dans un but de progrès sanitaire. Mais oui aussi, le glyphosate est une saloperie et l’agriculture intensive est néfaste. Le problème n’est pas là. Il faut plutôt se demander qui a initié cette loi, et qui représente officiellement l’agriculture. Bingo : la FNSEA ! C’est-à-dire les puissances d’argent contre le « peuple oublié », comme disait Roosevelt. Après le référendum volé de 2005, le passage en force de la loi El-Khomri et de la réforme des retraites, le projet d’année blanche, et (pour certains, certes) le vote volé du 1er tour des dernières législatives, voilà un bon motif de scénario à la Gilets jaunes. Le peuple rural et péri-urbain vs les sachants des villes, ce que Christophe Guilluy appelle Périphéria contre Métropolia.

LA LISTE DU JOUR (extraite de Paul Lafargue, La religion du Capital, Flammarion, 2018) :

"Le Capital est le Dieu réel, présent partout, il se manifeste sous toutes les formes - il est or éclatant et poudrette puante, troupeau de moutons et cargaison de café, stock de Bibles saintes et ballots de gravures pornographiques, machines gigantesques et grosses de capotes anglaises".

La religion du Capital : on en parlait, justement.

Suite des Abel, mais là, il s’agit du prénom.

Commençant boulevard Murat et finissant rue de la Petite-Arche. Abel Ferry député des Vosges ? Çà me dit quelque chose… Bingo : c’est le neveu de Jules Ferry. Les Ferry sont une grande famille de Saint-Dié.

Beaucoup de verdure sur cette artère desservant des HLM près de la Porte de Saint-Cloud.

Un petit coin au frais et à l’ombre.

Oui, le type du film Napoléon (1927). Une rue commençant quai de la Gare et finissant avenue de France.

Oublions d’emblée l’horrible perspective sur ce quartier en travaux…

Le début de la rue, ainsi que que la perspective opposée sont plus engageants ! Il faut dire que la rue traverse un jardin.

Un bâtiment étrange, mais dont la couleur ressort bien dans la verdure.

Jardin James-Joyce ou bien de la Mémoire ? Faudrait savoir…

Encore de la verdure.

Il y a même des bestioles !

Lecture, calme et otium.