Je me souviens… (3/4)

En novembre dernier, Giraudy, grand nom de l’affichage publicitaire des années 60 à 84, rebaptisé et racheté par des « investisseurs », était de retour sous son nom originel. On se souvient de Myriam, la jeune fille qui posait seins nus en 1981, avec la légende « Demain, j’enlève le bas ». Wouaaah ! Tous ceux de ma génération en avaient la langue pendante… Déception : elle avait bien enlevé le bas, mais de dos… Giraudy est revenu ces derniers temps avec une affiche analogue, mais de seins nus, il n’en est plus question. En tous cas, cette anecdote appartient bien à la liste des Je me souviens, dont votre serviteur avait déjà consacré deux billets.

J’aurais pu évoquer d’autres slogans, officiels ou bien commerciaux : « Au volant, la vue c’est la vie », « Mettez un tigre dans votre moteur* » ou le fameux « Maman, maman, je n’ai rien aux dents ».

*On remarquera que huit entrées de la liste concernent l’automobile, un des domaines qui ont le plus évolué en deux générations.

Il reste donc à me souvenir :

Des pompistes.

De l’Hovercraft.

Des bègues, des bossus et des nains.

Des survêtements vert foncé ou grenat.

Du Yabon.

Des familles nombreuses.

De la tirette de starter.

Des filets à provisions.

Des gens qui étaient vieux à soixante ans.

Du « tac-a-tac ».

Du Parti communiste [le vrai !].

Des chaisières dans les parcs et jardins.

Des monuments noirs car non ravalés.

Du stationnement en épi.

Des crèmeries (« beurre, oeufs, fromage ») qui puaient.

Des cantines on en était servi.

Des bouteilles d’eau minérale en verre.

Des landaus.

Des troupeaux de vaches sur les départementales.

Des phares additionnels Cibié ou Marchal.

Des fameux vert et orange des années 70.

Des teckels avec leur petit manteau écossais.

Des flippers.

Des pare-chocs chromés.

Des cabines téléphoniques à la Poste.

Des ambulances DS break.

Des fiches-cuisine de Françoise Bernard, dans Elle.

De Ménie Grégoire.

Des cassates et des tranches napolitaines, comme dessert au restaurant.

Des boutiques de « photo-ciné-son ».

Des « manèges » à tampons dans les bureaux.

Des strapontins au milieu, dans les cars.

Des grands-magasins Inno.

De l’Aspro.

De la petite « queue » antistatique à l’arrière des voitures.

Du courant à 110 volts.

Des mouchoirs en tissu.

Des circuits 24® [marque finalement déposée en… 2020].

Des bâtards dans les boulangeries.

De l’intitulé « location de voitures sans chauffeur ».

De la distribution des prix.

Des opticiens qui vendaient appareils photo et télescopes.

De la mire de la télé.

Des motocrottes.

Des plaques d’immatriculation noires.

Des poubelles en métal.

Je me souviens du général de Gaulle.

Je me souviens de Gilbert Bécaud.

Gilbert Bécaud (musique), Pierre Delanoé (paroles), Tu le regretteras, 1965.

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Mon Saint-Quentin (1)

Ville Art déco

Bonne année à tous ! Que risque-t-on pour 2023 ? Plus grand-chose car, si vous aviez suivi l’actualité spatiale, vous savez que la NASA a réussi à détourner l’astéroïde Dimorphos.

Paru dans Marianne du 13 octobre 2022.

Dans notre parution du 15 janvier 2021 (il y a deux ans), j’avais évoqué ce qui pourrait arriver, et notamment « un Biden va-t-en guerre menant une intervention contre la Chine ou l’Iran ». Entre nous, on y est : il suffit de remplacer Biden par OTAN, et de considérer le conflit russo-ukrainien comme une guerre par procuration, en attendant d’aller plus loin. Car il ne s’agit guère de Russie vs. Ukraine, ni « d’autocraties » vs. « démocraties », mais de la détermination du bloc Etats-Unis/Grande-Bretagne à affirmer son droit d’être la seule puissance mondiale, avec le caniche UE derrière. Or la majorité absolue des nations, menée par la Chine et les BRICS, sont déterminées à sortir pour toujours de cet ordre unipolaire impérial pour en finir avec la pauvreté et le sous-développement. Ces pays sont en train de construire un ordre économique nouveau. L’implosion imminente du système financier transatlantique fait que l’OTAN* globalisée veut empêcher d’autres nations, dont la Chine et la Russie, d’établir cette nouvelle architecture financière. Le dernier râle de l’Occident qui meurt à cause de sa stupidité libérale, c’est celui, hélas, de la bête blessée qui peut encore charger… Nous en sommes arrivés à une période rude dans laquelle il va falloir être polémique et choisir son camp, camarade !

*Angela Merkel a fini par avouer (Die Zeit du 7 décembre) que les accords de Minsk n’avaient pas été pensés pour être mis en oeuvre, mais pour « gagner du temps » afin que l’Ukraine puisse renforcer ses capacités militaires contre la Russie. Propos confirmés par François Hollande…

Alors, quel est votre camp pour 2023 ? Ne regardez pas vos chaussures…

Un jour de 1990, en pleine période des fêtes de fin d’année, des amis à moi durent aller à l’enterrement de la violoncelliste Eliane Magnan (je n’y étais pas allé, n’étant pas assez proche). Ils prirent note de l’horaire indiqué sur le faire-part, et filèrent… à Saint-Quentin-en-Yvelines. C’est sur le chemin depuis Paris qu’ils réalisèrent qu’ils s’étaient trompés de Saint-Quentin ! Honte à eux ! Car, aussi bien pour les Parisiens que pour la nouvelle génération, il n’y a de St-Quentin que celui en Yvelines, cette « ville nouvelle », qui n’est même pas une ville. L’autre, c’est « Connais pas ! ». Parfois certains, plus avisés disent : « Ah ouais, St-Quentin dans le Nord ». Raté, c’est dans l’Aisne. Mais j’accepte la réponse : on peut considérer cette ville comme la porte du Nord, ou celle des Flandres.

Je vous invite à consulter une carte de France, si toutefois, vous êtes capable de situer le département de l’Aisne. Vous aurez une excuse, c’est le département le plus artificiel : une moitié pays de France (Soissons, Laon), un quart champenois (Château-Thierry) et un quart picard (St-Quentin).

Pourquoi diable est-ce que je vous parle de Saint-Quentin ? Parce que j’ai une relation amoureuse avec cette ville, ma ville-doudou.

Je vais, je pense, y consacrer plusieurs billets, comme dirait l’ami Ruhaud..

J’y venais régulièrement, chez ma grand-mère, quand j’étais petit. Puis adolescent, nous y avons brièvement habité. On m’aurait dit, ainsi qu’à ma maman, que St-Quentin est une ville « art déco », nous aurions dit, incrédules : « Mais non, voyons ! Pas du tout ! ». J’adorais cette ville, mais à part la basilique médiévale et l’Hôtel de ville Renaissance (illustration en bannière de titre), c’était pour nous des immeubles moches en brique.

Il suffisait de lever le nez.

La ville, « détruite à 90% »* lors de la première Guerre mondiale, a été reconstruite au début des années 1920, tout comme Reims, Soissons ou une partie d’Arras, d’où ce style.

*Chiffre quelque peu exagéré…

Ainsi, la Poste. L’extérieur est moche, mais le grand hall intérieur présentait des fresques, qu’hélas, je n’ai pu revoir : elles sont désormais masquées par un faux-plafond, et ce hall est maintenant cloisonné. Subsiste tout de même l’entrée avec ses mosaïques :

Et à l’extérieur, on reconnaît bien le style « montre Cartier » :

Et la gare ? Voici le buffet (je n’ai pas connu). En jetant un oeil à travers une fenêtre condamnée, on pourrait voir ceci, à l’abandon et resté dans son jus (cf. les carrelages émaillés des cuisines et salles d’eau de l’époque) :

Mais le fleuron, c’était les grands magasins Séret, institution locale qui ferma en 1984. Il y eut d’abord un bâtiment à structure métallique avec sa rotonde, puis en face, quelque chose faisant plus années 30. Entre Art nouveau et Art déco, on passe de la courbe/nouille à la ligne droite/cordeau, et du métal au minéral (je ne suis pas mécontent de mon -faux- montage photo) :

Une autre rotonde (minérale) répond au coin opposé à Séret :

Séret n’est pas en reste en matière de grands magasins. Tous les St-Quentinois connaissent le Monoprix (au rez-de-chaussée), dont voici les étages supérieurs du bâtiment :

Mais savent-ils qu’un trésor se cache à l’intérieur de ces étages ?

Ils ont été surpris (et moi donc) de savoir que des vestiges des Nouvelles Galeries, grands Magasins de nouveautés (aujourd’hui Monoprix, donc) dormaient dans leur jus depuis l’après-guerre (!) sans être utilisés. Ils ont été présentés aux habitants lors des Journées du Patrimoine en 2021.

L’arrière du bâtiment est typique mais assez laid et surtout dégradé, pourtant on pouvait de mon temps entrer par l’arrière du Monoprix, sous cette coupole (à droite) :

L’impression de décousu que je percevais autrefois des immeubles de la Grand-Place a fini par faire place à la beauté de l’éclectisme, surtout quand l’ensemble est surmonté de la flèche de la Basilique en arrière-plan !

Il y a des façades intéressantes sur cette Grand-Place. A gauche, un cinéma devenu une brasserie qui n’a pas rouvert après la pandémie (on remarquera les deux lanterneaux, configuration similaire à celle du Monoprix). A droite, c’était l’ancien Crédit du Nord (avec hall art nouveau) :

A propos de cinéma, il y en avait un autre non loin :

Qui l’eût cru ? Ce casino, à l’entrée du faubourg ouvrier où l’on fabriquait les Mobylettes Motobécane… Après avoir été abandonné des décennies, puis devenu un magasin style « tout à 10 F », c’est maintenant une « maison de quartier » :

Un immeuble quelque peu balnéaire rue Victor Basch, et le marché au poisson sue la place éponyme. Où sommes-nous ? A Granville ?

Enfin, l’édifice art déco le plus original de St-Quentin, où aussi bien Eliane Magnan que ma propre maman se sont illustrées : le conservatoire municipal, fonction que ce bâtiment exerce encore. Un conservatoire qui évoque des tuyaux d’orgue ! Je ne sais pas si c’est volontaire ou fortuit :

A suivre…

Et tous dans la rue le 19 janvier !

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Les chansons-tango

Numéro double spécial Noël

Science-Po vient de congédier sa professeure de « danse de salon », écrit Le Parisien du 8 décembre. Eh oui, comme toutes les grandes écoles, celle-ci propose des activités culturelles et/ou sportives, sinon les étudiants péteraient les plombs. Mais pourquoi ce licenciement ? « Des plaintes d’étudiants dénonçant des propos sexistes, dégradants, discriminatoires, racistes ». C’est-à-dire ? L’école a demandé à la prof de « changer sa sémantique et de switcher [?] les termes « homme-femme » pour « leader-follower », sachant que dans les danses de salon, il y a toujours un partenaire qui mène la danse et l’autre qui suit … Une élève de 21 ans affirme que les étudiants étaient « très mal à l’aise » à cause des termes « homme » et « femme ». Pov’ choux ! Heureusement, Valérie (la prof) ne se laisse pas faire et déclare : « Je ne me plierai pas à la dictature. Le politiquement correct, il faut oublier ! »

Ce qui fait peur, c’est quand ces étudiants arriveront aux postes de responsabilité. Les nouveaux S.A. !

Eh bien, de la danse de salon, je vais vous en faire bouffer !

Franz Schubert, Trio opus 100 (andante con moto), interprété par le trio Wanderer.

Ce rythme, çà ne vous dit rien ? Pam-pam-pam-pam-padam-pam-pam-pam-pam-padam… C’est un rythme de tango… bien involontaire, car si Schubert fréquentait bien les bordels de Vienne, il n’a pas pu connaître, des décennies après, ceux (homosexuels, d’ailleurs) de Buenos Aires, dans lesquels est née cette danse. A propos, on est prié de ne pas prononcer « buénozère »…

Dans ce numéro, je ne vais pas traiter directement des « vraies » chansons de tango (Carlos Gardel et autres…). mais le rythme de tango a été largement utilisé dans la chanson française, parfois de façon ironique, voire parodique.

De toutes celles que je présente aujourd’hui, cette chanson qui suit semble la moins éloignée de la parodie. Quoi que… On remarquera les paroles de Jean-Roger Caussimon, un de ces auteurs oubliés avec Philippe Clay ou Jean-Claude Massoulier, tous un peu anars, « de gauche » pour le premier, « de droite » pour les deux autres…

Léo Ferré (musique), Jean-Roger Caussimon (paroles), Le Temps du tango, 1958.

Les millenials ne doivent rien comprendre à cette autre chanson : il s’agit de la première déclinaison latine* : celle des noms en -a. On prend alors comme exemple « rosa – la rose », mot évidemment très employé dans la conversation courante ! Tout cela est prétexte, pour Jacques Brel, d’envoyer balader l’éducation basée sur le par coeur et le bourrage de crâne. Il faut dire que Brel a un compte à rendre avec son milieu (Les Bourgeois, dans le même album), l’éducation dans les pensions catholiques, le service militaire… Nota : ce clip est un véritable Scopitone (« je me souviens des Scopitone« ) :

*Je ne résiste pas à cette contrepèterie : « Ne mettez pas « votre poire » au génitif ! »

Jacques Brel (paroles et musique), Rosa, 1962.

A l’âge de seize ans, Salvatore Adamo avait déjà rempli des dizaines et des dizaines de carnets de chansons ! Prometteur… Anecdote : quand j’étais petit, et que j’entendais « Adamo » chanter à la radio, je ne savais pas s’il s’agissait d’un monsieur ou d’une dame… C’est vrai que sa voix est particulière ! Vous permettez Monsieur est sans doute la première chanson-tango que j’ai entendue :

Salvatore Adamo (paroles et musique), Elie De Boeck (arrangements), Vous permettez Monsieur, 1964.

Boby Lapointe est capable de s’adapter à tout, y compris à la chanson-tango sur laquelle il a l’agent – la-gen-til-lesse de nous gratifier de ses jeux de mots :

Boby Lapointe (paroles), Etienne Lorin (musique), Alain Goraguer (arrangements), Monsieur l’agent, 1969.

Je ne connais pas beaucoup François Béranger, ce chanteur libertaire. Mais je me souviens de cette chanson et de son refrain : « Anastasie, l’ennui m’anesthésie «  :

François Béranger (paroles et musique), Le tango de l’ennui, 1973.

En voilà une bien kitschissime : Amour, castagnettes et tango. Je n’ai pas trouvé de renseignements sur cette chanson, que je pensais faire partie d’une opérette, mais çà ne semble pas être le cas. Elle a été chantée par de nombreux artistes mais semble être créée par Gloria Lasso en 1956. La version qui suit est extraite de la fameuse émission de Gilbert et Maritie Carpentier dans les années 70, véritable programme de variétés dans laquelle on réunissait des duos improbables (ici Annie Cordy avec Enrico Macias en latin lover), ou bien des artistes exerçant un autre registre ou une autre spécialité.

Je ne l’ai pas fait exprès, mais on compte déjà trois Belges dans les artistes précités. En voici un quatrième, qui nous chante L’tango walon. « C’est ene tchanson ki les paroles ont stî scrîtes ap A. Hancre eyet l’muzike compôzêye ap R. Hancre. C’esteut ene mwaisse tchanson do repertwere da Bob Dechamps. Come di djusse, ele si tchante sol rite do tango ». A quand un tango ch’ti chanté par Raoul de Godewaersvelde ? La prochaine fois, je vous la ferai en créole ou en espéranto !

Bob Dechamps, L’tango walon (paroles A. Hancre, musique R. Hancre), année ?

Voici un autre tango d’origine géographique improbable et frelatée : Le Tango corse. J’adore Fernandel vieillissant avec son air pince-sans-rire de Charles Pasqua (un Corse…) :

Fernandel, Le Tango corse (paroles : Georges Pirault, musique : Raymond Vastano), 1961.

Bonnes fêtes à tous, et bon tango. Ca vous changera de la Chenille et de la Danse des canards !

Prochain numéro le 15 janvier

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Dekoikonparle ? (5)

Le nucléaire

(Pas mal, mon centrage de texte sur l’illustration ci-dessus…)

Edifiant : dans Le Parisien du 14 octobre, un reportage sur ce que le nom de Samuel Paty représente pour les collégiens et lycéens franciliens. Je passe sur « Samuel Paty, il est au PSG, c’est çà ? »… Pas forcément d’hostilité manifeste, mais pour la plupart quelque chose du genre : « Ah oui, c’est le prof qui s’est fait tuer parce qu’il allait trop loin* »… Et déjà, à l’annonce de la commémoration de sa mort, des menaces de la part de parents…

*Souligné par nous.

A l’heure où « l’urgence climatique » nous recommande en même temps d’éviter et de préférer l’énergie nucléaire, et où d’autre part un conflit atomique est malheureusement envisageable, la chose – « le nucléaire » – est d’actualité.

L’opinion a été marquée par Three Mile Island (1979), Tchernobyl (1986) et Fukushima (2011). La cause de Tchernobyl, c’est l’incompétence du personnel de la centrale et des dirigeants soviétiques, non la technologie per se. Celle de Fukushima, c’est un tsunami (même remarque). Quand à Three Mile Island, le coeur a fondu mais la cuve étanche a rempli son rôle. Il n’y a donc pas eu d’accident nucléaire à cet endroit*. Le Dictionnaire des idées reçues de Flaubert, écrit aujourd’hui, mentionnerait « Nucléaire : toujours être contre ». Marie Curie au poteau ! Mais comment être contre un principe physique ? Pourquoi pas contre la gravitation ou contre le Gulf Stream ? Mais au fait, quand on dit « le nucléaire », dekoikonparle ?

*Il est en effet important de savoir de quoi l’on parle. A la suite des dysfonctionnements de Three Mile Island, les faiseurs d’opinion environnementalistes et médiatiques comme Jane Fonda furent déchaînés et il y eut ce film : Le Syndrome chinois. Ce « syndrome » serait le fait que la fusion extrême d’un réacteur américain ferait celui-ci s’enfoncer au point de ressortir à l’autre bout de la planète, à savoir en Chine (qui n’est même pas l’antipode des USA…) ! A supposer que cela soit vrai (les scientifiques en ont beaucoup ri), la gravité ferait qu’il resterait bloqué au centre… Beaucoup de gens sont devenus anti-nucléaires malheureusement à cause de ce film.

Toutes les technologies employées aujourd’hui pour exploiter l’énergie nucléaire relèvent de la fission : il s’agit de scinder des noyaux d’atomes lourds. Cette fission dégage de la chaleur. A partir de là, le schéma est le même que pour une centrale thermique : la chaleur produit de la vapeur qui alimente un alternateur. Sauf que la quantité de combustible (quelques grammes d’isotope) est infime : c’est l’avantage.

Eh bien même pour la fission, le nucléaire ne veut rien dire !

S’agit-il de réacteurs à barres de graphite, à eau pressurisée, à eau bouillante, à haute température, à lit de boulets, refroidis au gaz, à sels fondus (au thorium au lieu d’uranium), à eau supercritique, à caloporteur plomb ? Il y en a d’autres. Je ne vais pas rentrer ici dans les détails ! Mais quand j’entends Macron défendre le nucléaire*, c’est un idiot. Il est juste là pour défendre les nucléocrates de l’EPR (on dit en français REP : réacteur à eau pressurisée), une technologie déjà dépassée ! Surtout quand on privilégie des « cathédrales » comme Flamanville, dont les « merdes arrivent en escadrille ». Il faudrait au contraire multiplier des unités plus petites, comme les centrales flottantes.

*et en même temps les moulins à vent 2.0… En tous cas tout cela révèle l’absence de culture scientifique des dirigeants occidentaux, la plupart banquiers ou avocats d’affaires…

Les « sels de fonte » entrant dans la composition de la Vache-qui-rit n’ont rien à voir avec les réacteurs à sels fondus !

« Bon, d’accord, mais les déchets ?

Cà tombe bien, il y a aussi des technologies pour résoudre le problème… sauf que les comptables au pouvoir, ainsi que les obsédés de la dette* ont réussi à saboter les projets Superphénix en 1998, Phénix en 2010 et Astrid en 2019 : il n’y a pas de quoi être fier… Superphénix était un surrégénérateur, à savoir un réacteur à neutrons rapides à caloporteur sodium pouvant fonctionner au plutonium 239, mais aussi au MOX (plutonium sur support d’uranium appauvri) issu du retraitement du combustible usé. Astrid était un projet analogue, mais plus avancé, notamment dans la transmutation des déchets. Ces trois projets, c’était çà aussi le nucléaire !

*Néo-Dictionnaire de idées reçues : « Grands projets : toujours pharaoniques« .

Superphénix (Creys-Malville, France).

Eh, anti-nuc, tu crois t’en tirer comme çà ? Je n’ai parlé que de la fission ! Mais il y a aussi la fusion. C’est la technologie dans laquelle deux noyaux atomiques de deutérium s’assemblent pour former un noyau plus lourd. Cà aussi, c’est le nucléaire. Et c’est très écolo : cette réaction est à l’œuvre de manière naturelle dans le Soleil. Au lieu d’essayer de capter péniblement l’énergie solaire via des panneaux, il n’y a qu’à reproduire le processus, qui résout de surcroît le problème des déchets !

Il est de bon ton de dire ou d’écrire : « OK, la fusion, mais dans quarante ans, peut-être… ». On disait et écrivait déjà cela en 1970, volonté urgente de ne rien faire… Aujourd’hui il y a le projet ITER (International Thermonuclear Experimental Reactor) à Cadarache, un réacteur de type tokamak (concept soviétique au départ), auquel participent 35 pays. Cà aussi c’est le nucléaire, Macron ! Que va-t-on inventer pour le saboter ? La participation des Russes, la « sobriété » ? Macron et consorts ne voient pas l’évolution technologique entre les plusieurs générations du nucléaire, et ne comprennent pas la légitimité des prototypes expérimentaux, forcément couteux.

ITER (Cadarache, France).

[Pour aller plus loin, je vous recommande : Yves Paumier, Les énergies du futur, in Fusion, hors-série n°05, 2005. Les archives de feu l’excellent magazine scientifique Fusion (le bien-nommé), dont votre serviteur avait eu l’occasion de traduire quelques articles, sont aujourd’hui disponibles sur le site La recherche du Bonheur, de Jean-Gabriel Mahéo : http://www.larecherchedubonheur.com/article-27284380.html .]

« Mais attendez maintenant, vous allez voir la suiiii-te », chantait Boby Lapointe. Car je n’ai parlé que du nucléaire civil. Il y a aussi le nucléaire militaire. La Bombe, quoi !

Car il y a la bombe A, la bombe H et la bombe à neutrons. Alors, quand on dit « la bombe », dekoikonparle ?

Décidément, on ne va pas s’en sortir…

Guy Béart, le Grand Chambardement.

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L’oeil de Paris (2)

Rue de l’Abbé Carton

Comme on le sait, la Nupes ([nyp], [nyps], [nypes] ?) est confrontée à bien des épreuves internes (c’est la faute à Rousseau ?). Mais en voici une, plus discrète et plus pertinente : elle vient des deux snipers Fabien Roussel (PCF) et François Ruffin (Insoumis). Ces deux-là osent réclamer du travail pour le peuple au lieu de prestations sociales, des salaires décents au lieu de chèques (-énergie, -alimentaire, -rentrée…), et des logements au lieu de logements… sociaux. Et de dire non à l’assistanat. Réaction de Sandrine Rousseau : « Le travail, c’est une valeur de droite… » Ruffin a plus d’un tour dans son sac et veut mettre fin à l’assistanat… des riches (crédit impôt-recherche, subventions européennes, niches fiscales…) En réalité, Roussel et Ruffin tournent le dos au vrai visage de la Nupes : un mouvement qui déteste le peuple péri-urbain non diplômé. Un mouvement à fond dans le narratif subventions, papiers pour tous et « police nulle part » – déconnecté des réalités. Ils puent le peuple, Roussel, ce coco qui pue l’ouvrier, hétéro et carnivore de surcroît, et ce Ruffin, trop proche des bouseux de la Somme…

La « communauté internationale » (en novlangue : l’OTAN et l’UE) s’est indignée au nom de la démocratie, qu’il puisse y avoir un référendum en Ukraine. Selon le narratif officiel (Poutine ment toujours, Zelensky ne ment jamais), un référendum organisé par les Russes est forcément frauduleux. En matière de référendum, l’UE en connaît un rayon : celui, en France de 2005 concernant une constitution européenne avait été rejeté à 65% par les Français. Il suffisait alors de le faire approuver par le Parlement en Congrès et le tour était joué !

L’OTAN et l’UE devraient pondre une « décision déterminant les modalités permettant la dissolution du peuple ». Ce serait plus clair !

Pour nous changer les idées, voici notre Oeil de Paris. L’ordre alphabétique nous fait maintenant entrer dans l’univers des abbés.

Précision : pour les tatillons, je préfère suivre l’ordre alphabétique de l’index du plan de Paris paru chez Pouchet (par exemple), où on regroupe tous les Abbés, les Docteurs, les Commandants, et d’autre part tous les Abel, les Albert, les Alphonse, etc., plutôt que classer directement par patronyme. C’est plus rigolo.

D’ailleurs, les abbés, c’est toujours rigolo. Surtout quand celui-ci s’appelle Carton (commençant rue des Suisses, 7 et finissant rue des Plantes – la rue, pas l’abbé).

Qui était l’abbé Carton ?

Non, çà c’est Pauline Carton…

Ah ! Voilà.

La première partie de la rue est moderne mais égayée par la végétation.

Et même en perspective.

Quelques petits motifs architecturaux.

Un petit air lyonnais (sauf le toit)…

Une maison flamande ?

Un motif rapporté sur une façade.

Un endroit où, entre autres, on peut acheter, revendre, déposer des livres.

Un autre endroit sympa.

Vous avez déjà vu un monte-charge donner directement sur la rue ?

C’est une métaphore, évidemment !

Deux « installations contemporaines » involontaires. En tous cas, ce n’est pas inintéressant .

A propos d’artistes, dans cette rue travaillait un des plus célèbres couples de peintres de l’art contemporain. Szenes pensait que « les peintres vivent peut-être vieux parce qu’ils font un métier non violent et contemplatif… Il faut vivre longtemps pour avoir le temps de faire beaucoup de bêtises et quelques chefs-d’œuvre ».

A suivre…

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J’les confonds toujours (4)

Pour paraphraser Pierre Desproges à propos de Tino Rossi : le jour de la mort de la Reine d’Angleterre, j’ai repris deux fois des moules… En effet, j’ai toujours trouvé totalement ridicule tout ce culte qui tourne autour de la monarchie royale (les Royals ou la Firme comme disent les Anglais). Gorbatchev, lui, était un personnage assez ambigu, mais j’aurais préféré que « la communauté internationale » (à ces mots, tremblez et pensez bien) aille à ses obsèques plutôt qu’à celles de la Queen. Alors aujourd’hui que faire (comme dirait Lénine) face à un Charles III écolo-fanatique et une Liz Truss libéralo-fanatique qui a déclaré, lors d’un débat du parti Conservateur à Birmingham, ne pas hésiter à lancer une frappe nucléaire sur la Russie ? [A lire : notre article The Greta Watcher #3du 25 avril 2021 https://wordpress.com/post/champouin.blog/1373].

Macron nous la refait avec le conseil national de la Refondation, un machin pseudo gaullo-résistant, lancé sans rire « au nom de la démocratie »… à huis-clos ! Rassurez-vous, certaines propositions seront soumises à référendum… lequel est vite devenu une consultation citoyenne (faut pas déconner !). Cette consultation n’aura lieu qu’en ligne, des fois que les victimes rurales et/ou âgées de la fracture sociale aient l’idée saugrenue d’y participer ! « Ici Londres. Les classes moyennes supérieures urbaines diplômées parlent aux classes moyennes supérieures urbaines diplômées ! »

« Maisons Merlin,
cages à lapins »

Coluche

Adieu les maisons Phénix ! Le groupe Geoxia, propriétaire de la marque, est en liquidation judiciaire. C’est tout un pan du vécu de la classe moyenne qui s’en va ! Ceci dit, le modèle « américain » du lotissement pavillonnaire ne fait plus recette : rognage des terres agricoles, gouffre énergétique, obligation de posséder une voiture, charges élevées car infrastructures non mutualisées… « Maisons Merlin, cages à lapins », disait Coluche. Maisons Phénix et maisons Merlin, j’les confonds toujours !

Précision : Dans J’les confonds toujours #2 (https://champouin.blog/2021/06/01/jles-confonds-toujours-2/), à l’entrée Balagne/Cerdagne/Limagne, je n’avais pas mentionné l’enclave espagnole de Llivia. Son origine est intéressante : lors du traité de 1660 par lequel l’Espagne laisse une partie de son territoire à la France, cette dernière stipule que l’Espagne cèdera « les villages » de la vallée de Cerdagne. Mais plus tard, l’Espagne prendra prétexte que Llivia n’est pas un village mais une ville : Llivia est restituée.

Suite, donc, de notre rubrique :

  • Eric BESSON (né en 1958) et Luc BESSON (né en 1959) – deux hommes d’affaires (à leur façon).

Eric BESSON est un entrepreneur, également homme politique – un des ces libéraux pro-industrie (comme Montebourg) à qui il reste une fibre gaullienne, mais qui restent totalement pro-européens, ce qui prouve qu’ils n’ont rien compris à l’économie ni à l’histoire. Luc BESSON, cinéaste (Subway, Le Grand Bleu, Nikita…) et producteur, est un de ces beaufs à la Dupont-Moretti qui ne touche plus terre et qui ose tout (c’est à çà qu’on les reconnait). On peut citer aussi deux écrivains, cette fois : Patrick BESSON (né en 1956), qualifié trop sommairement d’anar de droite, et Philippe BESSON (né en 1967), qui est également critique.

  • Hubert BEUVE-MERY (1902-1989) et Charles-Augustin SAINTE-BEUVE (1804-1869) – deux plumitifs.

SAINTE-BEUVE fut un écrivain qui commença sa carrière en se liant d’amitié avec Victor Hugo. Mais ils divergeront politiquement et Hugo l’appellera « Sainte-Bévue ». Ses romans et poèmes, mauvais, seront vite oubliés. Il se lancera également dans la critique. Sa méthode se fonde sur le fait que l’œuvre d’un écrivain serait avant tout le reflet de sa vie et pourrait s’expliquer par elle. Elle se fonde sur la recherche de l’intention poétique de l’auteur (intentionnisme) et sur ses qualités personnelles (biographisme). Proust contestera cette méthode avec Contre Sainte-Beuve. Quant à BEUVE-MERY, c’est un journaliste pas très à gauche, membre des Camelots du Roy (!), qui en 1941-42, participera aux activités de l’Ecole des Cadres d’Uriage, fondée par le régime de Vichy. Il deviendra « vichysso-résistant » [!] et se recyclera en créant et dirigeant l’anti-gaulliste Le Monde, quotidien de tous les régimes… Il sera l’icône intouchable, respectable et inattaquable de la presse « indépendante et objective » qui dictera pendant des décennies ce qu’il est convenu de penser. [à lire : Michel Onfray, Vies parallèles – De Gaulle-Mitterrand, Robert Laffont, 2020. Je n’ai plus retrouvé les références des pages concernées, le livre ne possédant pas d’index…].

  • BLAGNAC et MERIGNAC – deux aéroports méridionaux.

Vu de Paris, on les confond toujours… BLAGNAC est la commune sur laquelle se situe l’aéroport de Toulouse (code TLS). Toulouse-BLAGNAC est le 6ème aéroport français et le 4ème de province. Son aérogare est à 6 km de la Place du Capitole. Né de la multiplication des liaisons postales, dont il fut la plaque tournante, cet aéroport accueillit l’industrie aéronautique : Sud-Aviation, Bréguet puis Airbus dont il est la piste d’essai. C’est aussi un contre-exemple de la privatisation. Il est vendu en 2015 à un escroc hong-kongais. En 2019, l’Etat veut annuler la vente, ce que refuse le Conseil d’Etat. Bordeaux-MERIGNAC (code BOD) est le 6ème aéroport de province et le plus ancien de France (1911) avec celui de Pau. Jusqu’en 1961, MERIGNAC (12 km du centre-ville) va accueillir des installations militaires aériennes dont une base de l’OTAN. De 1968 à 1976, l’aéroport s’appellera Bordeaux – Pierre-Messmer.

  • Louis BLANC (1811-1882) et Auguste BLANQUI (1805-1881) – deux insurgés socialistes.

BLANQUI, très tôt marqué par l’hostilité à la Restauration, et par conséquent par le bonapartisme, devient athée. Authentique carbonaro depuis 1824, il sera mêlé à toutes les conspirations républicaines de son époque. Dès lors, se succèdent pour lui complots, coups de force manqués et incarcérations : passant la majorité de sa vie en prison, il fut surnommé l’Enfermé. Il participe à la révolution de 1848, mais préfère un gouvernement révolutionnaire au gouvernement républicain mis en place. Lors de la Commune, Flotte, son vieil ami, souhaite que soit libéré BLANQUI en échange de quoi les communards libéreront les otages (des religieux et un sénateur). Thiers refuse de souscrire à cette proposition. Quant à Louis BLANC, il sera très tôt témoin des condition de vie du prolétariat. Il devient journaliste socialiste et fonde La Revue du Progrès. Dans L’Organisation du travail (1839), il s’attaque à la concurrence anarchique. Il fera partie du gouvernement provisoire de 1848, puis s’exile pendant vingt ans en Grande-Bretagne. Il revient en 1870. C’est un fervent partisan du (vrai) suffrage universel.

  • James BROWN (1933-2006) et John BROWN (1800-1859) – deux militants américains en faveur des Noirs.

On croit souvent que John BROWN était noir (à cause de son nom ?), le confondant avec l’ancien esclave Frederick Douglass. John BROWN, un blanc témoin très tôt de sévices contre un esclave, rencontre Douglass et s’installe dans une communauté noire en pensant être l’envoyé de Dieu sur Terre. En 1855, son action devient violente et très problématique : lui et ses hommes tuent cinq colons blancs à coup de sabre, puis s’empare d’un arsenal fédéral pour lancer une insurrection mais aucun esclave le rejoint. Il sera jugé pour meurtre et condamné à mort. James BROWN, lui, est un musicien, chanteur, auteur-compositeur, danseur et producteur afro-américain. Il est l’initiateur du funk et de la soul. Il introduit aussi beaucoup de ruptures de rythmes et régulièrement apparaissent des parties parlées s’adressant souvent directement au public. Son style influencera les artistes de la fameuse Motown, dont Michael Jackson ou Prince. Ses textes revendiquent la fin des discriminations raciales.

On remarquera que, tout comme Michael Jackson, c’était un excellent danseur.

A suivre…

ET TOUS DANS LA RUE LE 29 SEPTEMBRE !

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Soyez modernes : prenez le train !

Sur Salman Rushdie : on n’a pas tellement entendu de personnalités médiatiques à ce sujet… Fallait-il qu’il fût mort ? Et je parie que si Mmes Hidalgo ou Rousseau en ont parlé, elles n’ont pas employé le mot « islamiste »… J’invite en tous cas tout le monde à lire le billet qu’Etienne Ruhaud a publié, à propos de l’attentat contre Rushdie, sur son site https://pagepaysage.wordpress.com/ .

Sur la « sobriété » ordonnée par Elisabeth Thatcher Borne : les modèles Schacht/Hitler et Pinochet ne marchant plus, on instaure l’austérité au nom du dérèglement climatique, et au nom de la guerre en Ukraine… On aura toutefois remarqué que l’inflation massive des matières premières a commencé bien avant le conflit, il y a plus de deux ans, dû au fait que « les marchés » relèvent du casino ! A propos d’austérité environnementale, à lire le très bon article du hors série n° 3 du magazine scientifique epsiloon, consacré à l’infini, qui compare de manière objective et honnête cornucopiens (ceux pour qui le progrès repousse sans cesse les limites) et néomalthusiens (la croissance se heurte au mur des ressources). Pour une fois les cornucopiens ne sont pas qualifiés de scientistes !

Bonne rentrée à tous. Avez-vous bien voyagé ? Si oui, avez-vous pris le train ? Voire le métro !

marcjoly, votre serviteur (oui, il n’y a pas de majuscule à marcjoly), s’est souvent présenté comme un passionné des transports urbains et/ou ferrés*, mais ne vous en a pas fait profiter, à part la rubrique Métro loufoque dans laquelle on parle assez peu de métro ! Il faut que je « liquide » cette dernière (courage, encore sept lignes…). et que je passe au choses « sérieuses », notamment avec mon comparatif des réseaux de métro, et avec mon projet de rebaptême intelligent et légitime des noms de stations, non pas loufoque mais dans un souci de cohérence…

*A propos, connaissiez-vous la Boutique du train : ce magasin, qui se situait dans la gare St-Lazare, côté rue d’Amsterdam, avait fermé il y a quelques années pour réaménagement de la gare. Et j’en étais fort marri. En réalité, elle avait juste déménagé plus haut, 29 rue de Clichy. Livres, vidéo et gadgets « autour » du ferroviaire.

En tous cas, les choses sont en train (!) de changer, car un vent nouveau, frais et stimulant arrive grâce à la jeune génération. Quelques millenials consacrent des chaînes Youtube aux transports ferrés : Le Ferrovipathe et Urban Traveller presque exclusivement, Merci Citron et Princesse Armire parmi d’autres sujets. Je vous recommande de taper ces noms en mots-clé et de les mettre en favoris. Ces jeunes ont les défauts de leurs qualités et les qualités de leurs défauts : un peu wokistes, faiblards en culture générale et historique, mais passionnés par des sujets (trains, métros, réseaux) qui semblent a priori ne pas coller à l’air du temps. Ainsi le ferroviaire intéresserait d’autres individus que des cégétistes alcooliques abonnés à La Vie du Rail ! Pourtant ces jeunes gens ne sont pas étudiants en ingéniérie ou en économie des transports, et ne travaillent pas à la RATP ou la SNCF.

Un exemple très didactique du Ferrovipathe à propos du métro parisien.

Ainsi, j’ai été ainsi surpris de voir que le projet saboté de l’aérotrain de Bertin, qu’il fut bon ton de décrier (« utopique », « pharaonique », « gabegie », « non rentable », « fantaisiste », « ne marchera jamais », etc.) soit défendu plus de 50 ans après par cette génération – et aussi quelques trentenaires et quadras qui ont monté une ou deux start-up dans cet objectif. Princesse Armire déclare avoir été le plus attaqué, à la suite de ses vidéos, non sur son ambivalence sexuelle ostensible, mais sur sa défense de l’aérotrain ! Il y a encore quelques scrogneugneu, ceux que j’appellerai les comptables, qui n’ont pas digéré cette insolence ferroviaire. J’en profite pour dire que la grande vitesse n’aurait pas du passer par une technologie classique « upgradée » (le TGV), mais par une infrastructure inédite, sans frottement, à savoir aujourd’hui la sustentation magnétique, beaucoup plus « rentable » que le TGV nécessitant une maintenance de la voie, de la chaîne câbles/caténaires/pantographes et des bogies de roulement.

Cette gare inutile fut en réalité, en échange de l’abandon du projet d’aérotrain, un cadeau au lobby sidérurgique (Schneider, au Creusot) qui fabriquait le bon vieux rail et non la voie en béton de Bertin.

Toutes ces vidéos, grâce à des « tours de France ferroviaires » par exemple, font ressortir l’incurie de nos dirigeants en matière de réseaux. Exercices qui montrent qu’il n’est pas facile de voyager partout en train : nous minimisons le nombre de voies abandonnées, fermées pour manque d’entretien ou pour « absence de rentabilité ». Pourtant, pour ces « petites » lignes, les solutions existent : navettes à motorisation hybride composées d’une ou deux voitures, cadencement synchronisé aux correspondances, arrêt à la demande comme dans le bus, accessibilité intégrale aux personnes à mobilité réduite, stationnement P+R à proximité des arrêts… Nos youtubeurs cités supra revendiquent que nos décideurs doivent à nouveau miser sur les trafics local et intercités au détriment de la grande vitesse. Je ne suis pas d’accord : il faut miser sur les trois à la fois, plus le fret de surcroît ! Le problème est plutôt que le bon vieux maillage partant de Paris a été réitéré pour la grande vitesse : même si le principe du hub n’est pas mauvais en soi, Lyon-Nantes doit-il passer par Paris pour laisser Vierzon et Bourges de côté ? Enfin les écolos, toujours prompts à dégainer leur vélo ou trottinette de centre-métropole, se sont désintéressés des transports extra-urbains (trop « gilets jaunes » à leur goût) voire y ont été hostiles au nom de l’environnement.

La ligne (exploitée par Kéolis !) qu’on appelle encore Le Blanc-Argent, du nom de ses deux anciens terminus, ne parcourt plus que Salbris – Luçay-le -Mâle : elle est trop détériorée à ses extrémités.

Revenons à nos nouveaux passeurs. Ils voyagent et ont été éblouis par la Suisse (et le Japon, pays quelque peu similaire), patrie non seulement des trains, mais aussi des « solutions de transport » tous azimuts dans un pays montagneux au possible : tram, tram-train, train « classique », train à crémaillère – toutes motorisations et tous écartements de voie – et aussi funiculaires ou téléphériques… L’on dira que les trains suisses sont chers, ce qui est vrai (tout est cher en Suisse), et qu’en plus de la CFF, il y a pléthore de compagnies privées (ou des sociétés d’économie mixte). Eh bien, on en a pour son argent : trains à l’heure, cadencement à heures fixes (15 mn de correspondance maximum), desserte intégrale des zones rurales, tarifs transparents (suivez mon regard…) et titres de transport standard utilisables sur tous les trains, funiculaires, navettes lacustres, etc. Surtout, l’on remarquera que la Suisse n’appartient pas à l’Union européenne, qu’il est donc permis de creuser le déficit pour bâtir des infrastructures, et que les banques prêtent. En France, RailCoop, un opérateur privé qui veut relancer les lignes secondaires, n’intéresse pas les bailleurs de fonds…

Alors prenons le train du Futur !

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Voies publiques

Cet été :

Les « rediff » de Mr Liste

Le Parisien avait publié en 2019 son neuvième hors-série Histoires de Paris, consacré cette fois au Paris des Trente Glorieuses. A ce sujet, je vous recommande ma rubrique (sur Le Champouin) Je me souviens. D’autre part, la longue série L’oeil de Paris (idem) amorcée il y a peu m’incite à republier ce billet :

Entre le 23 novembre 1936 et le 26 octobre 1938, Raymond Queneau posa quotidiennement aux lecteurs de l’Intransigeant trois questions consacrées à Paris. Exemple : « Où peut-on voir un immeuble « modern’ style » dont l’architecture « rappelle la gloire du sapin neigeux » ? » – réponse : « 40 cours Albert-Ier, sur les plans de R. Lalique », ou encore : « Combien y avait-il d’édifices religieux à Paris en 1789 ? » – réponse : « 160 églises et chapelles, 11 abbayes et 123 couvents ».

Folio (Gallimard) a édité en 2011 l’ensemble de ces questions et de leurs réponses sous le titre Connaissez-vous Paris ?, malheureusement dépourvu d’index, défaut bien français de nos éditeurs, ce qui fait qu’une fois le livre lu, on ne peut plus le consulter…

Quoi qu’il en soit, c’est l’occasion de découvrir des noms de rues, avenues ou impasses totalement inconnues jusque là.

Raymond Queneau

Dès le 3 janvier 1937, Queneau apporte la précision suivante à ses lecteurs (cela ne concerne pas que Paris, comme on pourra le deviner) :

« Voici sous quelles dénominations différentes peut être désignée une voie publique ou privée : rue, passage, avenue, impasse, square, place, villa, cité, boulevard, cour, quai, pont, port, allée, galerie, sentier, porte, chemin, sente, faubourg, ruelle, rond-point, hameau, jardin, péristyle, parc, carrefour, cours, gare, marché, chaussée, bourse, halle, route, bois, palais, arcade, carré, entrepôt, escalier, esplanade, palacio, passerelle, pavillon, portique, voie« .

Palacio…

Certaines sont courantes, d’autres moins, et d’autres encore nous paraissent improbables. « Chaussée » est utilisé dans le Nord et en Belgique (au départ, une voie romaine). Il manque « cours » au masculin et avec un s, et « mail », répandus dans le Midi.

« Bourse » ou « passerelle », c’est original ! « Péristyle » ou « palacio » dans une adresse, çà a de la classe ! « Ruelle » ou « entrepôt » , beaucoup moins …

BONUS :

Et c’est plus fort que moi. J’ai envie de le faire en mode (comme disent les jeunes) jeu de mots pouvant servir de base à un atelier d’écriture à ma sauce :

Rue Tabagat, passage Pham, avenue Acade-et-Mique, impasse Parretou, place Hébault, cité Gueyridon, cour Bouillon, quai Keth, pont Levy, port Nograff, allée Leyvert, galerie Golleau, chemin Deferre, faubourg Herrat-Tatame, hameau Depasse, jardin Donnot, péristyle Ampoulay, carrefour Hapidzat, Cours Sanssac, gare O’Goryll, chaussée Haumoine, carré Duccut, entrepôt Delapin…

Villa Mentable…

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En l’an 2000… (1/2)

Lu dans Philosophie Magazine/Hors série n°53, Vivre et penser comme un arbre – Philosophie du monde végétal, une interview de Suzanne Simard, professeure canadienne d’écologie forestière. Elle dit : « Lorsque j’étais étudiante, le modèle en vigueur consistait à dire que l’écosystème est comme un gâteau : les ressources y sont limitées. […] C’est une hypothèse erronée. Les espèces, en travaillant ensemble, augmentent la taille du gâteau !  » Et vlan dans la gueule des ayatollahs du malthusianisme !

C’est bien connu : en l’an 2000, on se nourrira de pilules et les voitures voleront. Eh bien çà y est : on y est – et même 22 ans après. De pilules et de voitures volantes, toujours point. Et tu n’es pas chef d’escadrille, car les cons, pourtant fort nombreux, ne volent toujours pas non plus.

C’est qu’il y a un imaginaire de l’an 2000 ! C’est le summum du futur, dans lequel nous sommes habillés de combinaisons à la Courrèges, assis dans des fauteuils-coque tandis que devant nous, une porte s’ouvre latéralement, laissant le passage à un robot qui nous sert le café ! C’est chié, non ?

Evidemment, çà ne s’est pas passé comme çà (oooh !).

Passons en revue toutes ces prévisions/prédictions/fantasmes/croyances :

  • « Les voitures voleront ».

Techniquement, c’est possible, et quelques constructeurs y ont réfléchi. Mais à quoi servirait une voiture volante ? A la campagne, la route suffit largement. D’autre part, pour aller d’une grande ville à une autre, l’autoroute suffit. En réalité, l’idée de voiture volante serait utile en ville afin d’éviter les embouteillages. Sauf que l’environnement urbain est le plus hostile au vol d’aéronefs : immeubles, antennes, arbres, lignes électriques… même si l’engin est autonome afin d’éviter les erreurs humaines. Ce n’est pas par hasard si la réglementation des zones urbaines est très restrictive, ne serait-ce que pour un survol de drone… Et une chute de voiture volante en plein centre ville, ce n’est pas rien !

  • « On se nourrira de pilules ».

On peut toujours synthétiser les protéines, lipides, vitamines et oligo-éléments, mais il faut l’admettre : les pilules, çà ne nourrit pas son homme, ou alors il en faudrait un monceau dans l’assiette ! Et pas sûr que leur fabrication à cette échelle coûte moins cher que l’agriculture… De toute façon le mouvement anti-malbouffe est passé par là, on tend depuis un certain temps à vouloir retrouver le « goût de l’authentique » et de plus les compléments alimentaires (car les « pilules », c’est en fait çà) attisent aujourd’hui le scepticisme.

  • « On apprendra à l’aide de machines« .

Je ne parle pas de méthodes audiovisuelles ou de choses de ce genre, qui existaient déjà avant l’électronique, mais de machines que l’on branche pendant son sommeil sur le crâne à l’aide d’électrodes. Cela n’existe pas car cela ne se peut pas ! Tout au mieux peut on dire que le sommeil (le vrai) est bénéfique pour l’apprentissage…

  • « Les voitures rouleront toutes seules ».

Avec nous dedans, sinon çà ne sert à rien ! Mais c’est dangereux, dira-t-on ! Que nenni ! C’est même plus sûr ! Il n’y a jamais eu d’accident avec les métros automatiques, par exemple. En réalité, il y a deux cas de figure pour lesquels on a besoin de voitures autonomes : l’autoroute car il n’y a rien à faire et on se laisse porter, et la ville pour au contraire éviter de jeter un oeil partout en même temps. Malgré les accidents médiatisés des essais de GoogleCar ou de Tesla, tout sera au point dans dix ans. Les dispositifs existants comme l’alerte de franchissement de voie ou le régulateur de vitesse sont déjà des étapes vers l’autonomie complète.

  • « Il y aura des robots ».

Mais il y en a partout autour de nous et nous ne les voyons pas ! Seulement, il ne sont pas anthropoïdes… Le robot ne nous sert pas le café, çà n’est pas d’une grande utilité… Par contre il nous le prépare : çà s’appelle la cafetière électrique – électronique, en fait, tout comme le robot qui fait la vaisselle s’appelle un… lave-vaisselle. Mais R2D2 réduit à l’état de microprocesseur de 0,5 X 0,5 cm, çà fait moins rêver. On parle aujourd’hui d’intelligence artificielle (IA) pour tout et n’importe quoi, mais la vraie IA, c’est celle de la cybernétique, celle du « robot » qui apprend à apprendre (par exemple Google qui adapte les publicités à nos goûts). Par contre ce qu’on appelle IA dans le langage courant n’est que de l’électronique.

  • « Les écrans seront en relief »

Sur de simples écrans, tous les procédés ont été des échecs (ah, les lunettes vertes et rouges, inefficaces pour une vision à 10/10 d’un oeil et 5/10 de l’autre !). Cela ne peut marcher que pour une vue en immersion : le casque de réalité virtuelle. Mais se pose alors la question de la fausse information que perçoit le cerveau, ce qui cause des malaises. Les spécialistes ne prévoient pas un grand avenir pour les casques VR, qui vont provoquer des cas d’épilepsie, sans compter les effets à long terme. Et maintenant, la télé en odorama, c’est pour quand ?

  • « On ira sur Mars ».

C’était ce qu’il était prévu de faire après le projet Apollo : un homme sur Mars en 1981 ! Malheureusement, l’exploration spatiale, à cause des « comptables » de l’Administration américaine n’a même pas permis à Apollo de continuer. Ceci dit, on n’avait pas non plus prévu la robotisation qui permet maintenant de connaître Mars sans y mettre les pieds, grâce au sondes automatiques et autres rovers. Et on a sous-estimé la difficulté psychologique des voyages longs, celle matérielle de la génération de l’eau/de l’oxygène/des vivres. On a également sous-estimé l’impact des radiations et de l’hypogravité. J’aurais voulu suivre l’évènement en direct une fois dans ma vie, mais je pense que cela n’arrivera pas avant le siècle prochain… Dommage.

A suivre…

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L’oeil de Paris (1)

Rue de l’Abbaye

Extrait de professions de foi des candidats pour l’élection législative du 12 juin dans la 16ème circonscription de Paris : « je m’engage à éradiquer le fléau du crack dans le 19ème« , « j’ai grandi à la porte des Lilas », « nous pouvons agir pour améliorer notre quotidien de la Porte de la Villette aux Buttes Chaumont » avec un encadré « Nos priorités pour le 19ème« … Or le mandat législatif n’est pas un mandat local, mais national, car le député représente la Nation dans son intégralité ! Confusion entretenue par la notion de circonscription qui n’existe que pour des raisons techniques : imaginez des professions de foi voire des bulletins avec une liste de 577 candidats au niveau national ! Par conséquent, les accusations de parachutage ne sont pas justifiées pour les législatives.

Ainsi, en ces temps troublés, un seul candidat dans cette « circo » à Paris, celui du Parti ouvrier indépendant démocratique, dénonçait quelque chose relevant du domaine national, à savoir les Affaires étrangères : « l’intervention croissante de l’OTAN dans la guerre à l’est de l’Europe ».

Nouvelle rubrique ! Paris en photos ! Il ne s’agira pas de photographier Paris d’un point de vue uniquement architectural, ni de retracer l’histoire des rues. Evidemment, on ne lève pas assez le nez et beaucoup de choses dans Paris nous échappent : des petites « pépites ». Par exemple, j’ai été stupéfait par le nombre de balcons fleuris en plein Paris !

L’ordre alphabétique nous impose de débuter par la rue de l’Abbaye, commençant (comme l’écrivent les index des plans de ville) rue de l’Echaudé, 18 et finissant rue Bonaparte, 37.

Cette rue est assez courte, mais l’Abbaye en question était celle de St-Germain-des-Prés, dont l’emprise était autrefois immense.

Nota : afin d’être plus libre, je n’ai pas cru utile ni opportun de replacer les photos dans l’ordre croissant des numéros de rue, ni dans l’ordre pair/impair.

La perspective de la Rue de l’Abbaye donne une fausse impression de cul-de-sac.

En réalité, elle se rétrécit et se poursuit juste de la longueur de cet immeuble, dont l’enseigne du pas-de-porte nous rappelle que les merlans ont beaucoup d’imagination (Diminu’tif, etc).

Et voici une autre enseigne, et sage conseil !

C’est là, la télé ?

Par contre, il y a un centre culturel du Crous, eh oui ! Et sur le trottoir d’en face, d’autres choses encore pour étudiants.

Jouxtant le bâtiment de l’aumônerie, ce superbe bâtiment est un site de l’Institut Catholique de Paris.

Ce qu’ils peuvent être véner, ces gens du 12ème, quand ils se garent dans le 6ème !

La perspective inverse n’est pas géniale, avec derrière la Place St-Germain-des-Prés, cet horrible immeuble de la Faculté de Médecine.

Petite fantaisie, que certains appelleront une crotte. Moi, j’adore l’unique fenêtre excentrée.

Ces échelles de ramoneur m’ont toujours intrigué.

Finissons en beauté avec l’église Saint-Germain-des-Prés et son Palais abbatial.

A suivre…

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