Ma bibliothèque amoureuse (5/infini)

Nous reprenons dès maintenant notre parution bimensuelle (deux fois par mois).

Retrouvez les autres Bibliothèques amoureuses sur ce site et sur http://mrliste.hautetfort.com

Vais-je vous souhaiter bonne année ? Sera-ce l’annus horribilis bis ? Verra-t-on quatre confinements supplémentaires ? Trois mutations du virus ? Une pénurie de vaccins organisée par les labos pour faire monter les prix ? Trois décapitations qualifiées simplement d' »agressions » par Royal ou Hidalgo ? Quatre tabassages policiers sortant opportunément d’un chapeau pour créer un climat face à l’actualité ? Une giletjaunisation des commerçants (quoique faire de la politique à gauche ne leur ferait pas de mal…) ? Une guerre civile entre américains moyens qui ont socialement morflé ces dernières années et américains bobos urbains* ? Un Biden va-t-en guerre menant une intervention contre la Chine ou l’Iran ? L’invasion de la Grèce par les troupes d’Erdogan ? Un krach financier dû à l’éclatement de la bulle des droits de diffusion des matchs de football ? Et les chiens de garde euro-libéraux Lagarde et Moscovici nous asséner que, c’est bien gentil tout çà, mais maintenant, il faut rembourser…

* Concernant l’assaut sur le Capitole, l’on a eu droit à un « incendie du Reichstag » mené par des provocateurs du FBI, et les GAFAM instaurent la censure de l’opposition. Cela pue la mise en place prochaine d’une dictature, par un régime qui ne veut pas de révolte d’un peuple américain qui a été socialement humilié ces dernières années par les politiques post-industrielles de « désintégration contrôlée » !

J’espère que ces fêtes ont été l’occasion de vous faire offrir de beaux livres, ou de beaux disques, non comme une fuite, mais pour appréhender le monde. Cette année est le 250ème anniversaire de la naissance de Beethoven. Je vous propose de vous laver l’âme avec le quatuor Ebène, le seul qui tente de prendre la relève de l’excellent et fameux quatuor Amadeus…

Un extrait du quatuor à cordes n°7 en fa majeur, (op. 59) de Beethoven, par le Quatuor Ebène.

Et bien évidemment, je vous suggère également de vous faire un bon Champouin grâce aux livres, et de partager ma bibliothèque amoureuse…

  • François Rabelais, Oeuvres complètes, L’Intégrale, Seuil, 1973 (Bilingue fr. moderne, fr. moyen)

Drôle d’oeuvre que celle de Rabelais, qu’on ne sait pas comment appréhender, ni « par quel bout prendre » ! Conte pour enfants, farce leste pour adultes, histoires d’aventures extraordinaires, blague potache anti-institutionnelle, conte humaniste, leçon chrétienne, séquences hédonistes style La grande Bouffe… C’est un peu tout cela ! Ma première rencontre vers Gargantua, Pantagruel, Picrochole, Panurge et les autres fut au cours élémentaire, dans le cadre de ce qui s’appelait la radio-télévision scolaire (penser à écrire un papier sur ce sujet…). Déjà, je trouvai cela étrange… Et quelle langue ! Il faut absolument lire Rabelais en français moyen (car ce n’est plus de l’ancien français). Malheureusement, plus tard, Malherbe et Vaugelas castreront la langue française en en faisant un idiome de cour…

  • William Shakespeare, Oeuvres complètes, Bouquins, Robert Laffont. (Bilingue – huit volumes).

Encore un ovni littéraire ! Qu’il faut lire en anglais, bien sûr ! Si l’on excepte les mystères et la commedia dell’arte, c’est tout de même, avec Marlowe, le début du théâtre occidental. Pas mal pour un début ! Le théâtre de Shakespeare est très politique, et nous invite à nous poser des questions sur nos comportements et nos habitudes de pensée : faut-il que « tout le monde meure à la fin » pour nous le faire comprendre ? Mais d’un autre côté, il est si onirique et léger : Le songe d’une nuit d’été semble être un immense Hellzapoppin ! On se dépêcha les siècles suivants d’oublier Rabelais et Shakespeare. Rabelais fut jugé « semeur d’ordures », et Voltaire le détestait. Il fut réhabilité par Hugo. Idem pour Shakespeare, qui fut qualifié de « gothique », et réhabilité au 19ème siècle seulement. On ne comprit pas qu’on puisse être sérieux mais ne pas se prendre au sérieux ! On se dépêcha de dire que Shakespeare n’a pas existé, qu’un autre a écrit son oeuvre… Et surtout, à Londres, aucune rue, ni station de métro, ni statue n’évoque le grand William, si ce n’est un théâtre du Globe reconstitué grâce à l’initiative privée …d’un Américain. Le Globe, qui ne bénéficie d’aucune subvention, risque de fermer définitivement ses portes pour cause de confinement(s), si ce n’est pas déjà fait…

Le théatre du Globe.
  • Friedrich Schiller, Histoire de la révolte des Pays-Bas in Oeuvres de Schiller, traduites par Adolphe Régnier, Hachette, 1859-1860. (Disponible sur Gallica).

Friedrich Schiller (1759-1805) est le fameux poète, écrivain et philosophe allemand. Schiller dont le théâtre est historique (La Pucelle d’Orléans, Guillaume Tell…), c’est-à-dire politique, comme celui de Shakespeare, a écrit aussi un essai sur l’Histoire de la Guerre de Trente ans. Le titre complet de l’ouvrage qui nous intéresse est : Histoire de la révolte qui détacha les Pays-Bas de la domination espagnole. Il s’agit de la révolte des Gueux, événement qui eut lieu aux Pays-Bas (Hollande, Belgique et Nord – Pas-de-Calais actuels) sous domination espagnole à partir de 1566, et dont le chef de file fut Guillaume d’Orange. Le soulèvement, réclamant la liberté religieuse, déboucha sur la guerre de Quatre-vingts ans, opposant les révoltés néerlandais à L’Empire espagnol. Il ne s’agissait pas vraiment d’une guerre religieuse, mais d’une lutte révolutionnaire anti-impérialiste contre l’oppression de Philippe II. L’exécution capitale du comte d’Egmont marqua le début d’un soulèvement général. Ce que raconte Schiller, c’est une succession de rendez-vous ratés avec l’Histoire, pour des raisons confessionnelles, corporatistes, factieuses, de querelles d’ego, et d’erreurs de jugement. Ce n’est pas seulement un Schiller historien, mais un lanceur d’alerte par rapport à notre Présent : ne pas reproduire ces comportements. De plus, Schiller, dont les écrits philosophiques sont souvent, il faut le dire, quelque peu imbuvables, nous fait par contre dévorer (sur Gallica malheureusement) cet ouvrage ! Le fait qu’il ne soit pas réédité est un scandale.

Le sujet fut repris par Goethe dans sa pièce de théâtre Egmont, et Beethoven en fit une musique de scène éponyme avec une ouverture et neuf parties pour soprano, récitant et orchestre.

Beethoven : Ouverture d’Egmont sous la direction de Daniele Gatti.

Que 2021 soit sous le patronage de Ludwig van Beethoven!

A suivre…

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J’les confonds toujours (1)

PARUTION HEBDOMADAIRE PENDANT LE CONFINEMENT

Qui se souvient d’Anne Gaillard ? Cette journaliste, animatrice d’une émission sur France-Inter (L’Émission d’Anne Gaillard, 1975-1978), joua le rôle de porte-parole des droits des consommateurs. Dans le cadre de son activité, elle fit l’objet de quelques procès. Elle était réputée pour le caractère dictatorial de ses interviews, à la limite de l’hystérie. Un jour, lors d’une séance du Sénat, elle apostropha vivement le sénateur Henri Caillavet qui reçut une flopée d’injures, se demandant ce qu’elle lui voulait. C’est qu’elle s’était trompée de sénateur ! Elle avait confondu avec Marcel Cavaillé !

Nous avons tous fait ce genre d’erreur (je veux dire de confusion de nom !), surtout quand les (quasi-) homonymes ont la même activité !

Dans cette nouvelle rubrique, qui va nous occuper longtemps (ah ! Pour une liste, c’est une liste !), il ne s’agira pas des noms communs, comme erg et reg, deux caractéristiques géologiques du Sahara. Nous aborderons plutôt des noms propres – ces personnes et lieux géographiques que nous confondons souvent. Enfin, la liste n’est pas exhaustive : chaque soir, dans mon lit, je trouve un couple… je veux dire une paire ou un trio de noms propres qui se confondent ! Je vous en présente aujourd’hui six, mais il y en a, pour l’instant encore 80 ! De quoi tenir au moins quatre ans !

  • Konrad ADENAUER (1876-1967) et Dwight EISENHOWER (1890-1969) – deux hommes d’Etat.

Les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître le nom d’ADENAUER, plus pour des raisons de culture générale que de non-concommitance chronologique. Konrad ADENAUER, ancien maire de Cologne, fut un activiste anti-nazi et devint le premier chancelier allemand après le IIIème Reich, de 1949 à 1963 (trois mandats). Catholique fervent, comme de Gaulle, il fut avec le Général l’artisan de la réconciliation franco-allemande en 1963. Dwight EISENHOWER (surnommé Ike) fut un américain militaire de carrière. Commandant des Forces alliées pendant la seconde Guerre, puis des Forces alliées en Europe, il devint en 1952 le 34ème Président, conservateur, des Etats-Unis pour deux mandats, succédant à l’ignoble réactionnaire Harry Truman. Non seulement les patronymes de l’Allemand et de l’Américain sont proches, mais celui du grand-père d’Ike, immigrant allemand, s’orthographiait Eisenhauer.

La réconciliation franco-allemande de 1963 : signature du Traité de l’Elysée.
  • AGADEZ et AGADIR – deux villes berbères.

AGADEZ (ou Agades), fondé par les Berbères au XIème siècle, est un carrefour caravanier du nord du Niger. Il est aujourd’hui la base arrière des migrants de l’Afrique subsaharienne. AGADIR est un port du sud du Maroc, dont l’histoire n’est pas attestée avant le XIIIème siècle. Il a subi de nombreux tremblements de terre. Celui de 1960 a totalement détruit cette ville de 40 000 habitants, qui a été reconstruite 2 km plus au sud. Les noms des deux villes ont des origines tamazight, mais de significations différentes : AGADEZ signifie « rendre visite », ce qui s’impose pour un noeud commercial. AGADIR veut dire « escarpement ».

  • Alphonse ALLAIS (1854-1905), Maurice ALLAIS (1911-201o) et Emile ALLAIS (1912-2012) – que dire ? Trois aventuriers à leur façon ?

Dans une publication politique, j’avais lu un article sur l’économiste Maurice ALLAIS… prénommé Alphonse ! Alphonse ALLAIS est l’écrivain humoristique « bien connu »… mais qui l’a lu ? Ce fils de pharmacien fut plus intéressé par s’amuser que par les études. Esprit fin et observateur, c’était une plume acerbe, un formidable conteur de nouvelles, et un mystificateur de première. On excusera son anglomanie, beaucoup moins sa misogynie [A lire : Alphonse Allais, Oeuvres Anthumes et Oeuvres Posthumes, collection Bouquins, Robert Laffont]. Maurice ALLAIS, lui, reçut le prix Nobel d’économie en 1988, sur des travaux à contre-courant de la pensée libérale. De surcroît, il les avait réalisés en amateur, ce qui embarassa la bien-pensance des « économistes » ! C’est que Maurice ALLAIS était un scientifique de profession, sur des sujets de physique comme l’anisotropie de l’espace (rien à voir avec le Ricard). Quant à Emile ALLAIS, quasi contemporain du précédent, c’est un pionnier du ski alpin français (j’ai bien fait de vérifier : pour moi c’était un alpiniste). C’était la grande époque de la montagne, quand nous frisions roche (ah ! ah !).

  • Nicholas ANGELICH (né en 1970) et Martha ARGERICH (née en 1941) – deux pianistes classiques.

Oui, je sais, je suis désolé de vous parler de musique classique, car c’est de çà qu’il s’agit. Je les croyais tous les deux allemands ! ARGERICH, dont le nom est d’origine catalane, est argentine naturalisée (quel horrible mot! Ca fait empaillé…) suisse. ANGELICH est américain. ARGERICH maîtrise un répertoire très vaste. C’est à mon avis la meilleure pianiste avec Maria Joao Pires. ANGELICH est plutôt spécialiste de Brahms, mais je le connais peu.

Martha Argerich joue le concerto pout piano n°1 de Beethoven.
  • APPALACHES et APENNINS – deux chaînes de montagnes.

Les APPALACHES (deux P, un L) sont situées dans l’est de l’Amérique du Nord. Point culminant : le Mont Mitchell (2037 m) en Caroline du Nord. C’est drôle : je ne m’imaginais pas des montagnes dans cet Etat. Le nom vient d’Alpachen, une tribu indienne (rien à voir avec les Apaches !). Quand aux APENNINS (un P, deux N), ils sont la colonne vertébrale de l’Italie, de sismicité aigüe. Cette chaîne est communément divisée en trois parties : nord, centre et sud. Point culminant : le Corno Grande (2912 m), dans les Abbruzes. Le nom vient du celtique pen, sommet rocheux. A noter qu’une chaîne de montagnes lunaire porte aussi le nom d’APENNINS. Quel happening !

  • ARDECHE et ARIEGE – deux départements.

Oh, çà, çà doit être quelque part dans le Midi, là où vont les écolos et les baba-cool, mais j’les confonds toujours ! L’ARDECHE, situé au sud-est, correspond peu ou prou à l’ancienne province du Vivarais. De l’autre côté du Rhône se tient son symétrique : la Drôme. L’Ardèche, affluent du Rhône, traverse son département éponyme d’est en ouest. Privas, 8321 habitants, est la Préfecture la moins peuplée de France ! De même, ce département est le seul à ne disposer d’aucune commune desservie par la SNCF. L’ARIEGE, grosso modo le Comté de Foix, est au sud-sud-ouest (comme diraient les marins) et est frontalière avec l’Espagne. L’Ariège, affluent de la Garonne la traverse du nord au sud. Pour répondre à la première phrase de cette notice, un recours avait été demandé pour changer le nom du département en Ariège-Pyrénées, pour mieux situer le département afin de le promouvoir – rejeté par le Conseil d’Etat. « Chef-lieu » : Foix.

A suivre…

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Dekoikonparle ? (2)

Inde(s)/Indien/Hindou

Sur mon lieu de travail, une minute de silence a été dite lundi 26 octobre en mémoire de Samuel Paty, victime d’une fatwa islamiste. Quelque chose, néanmoins, me chiffonne et ne me met pas à l’aise. La note de service annonçant cette cérémonie stipulait (de mémoire) : « pour ceux qui le souhaitent ». Cela m’a rappelé le cours de Samuel Paty, invitant « ceux qui le souhaitent » à ne pas regarder les caricatures, ou par effet miroir, à assister à la séance. Bien sûr, tout le monde est libre de faire ce qu’il veut : une minute de silence n’est pas une consigne professionnelle ! Mais dans ce cas de figure, « pour ceux qui le souhaitent » peut vouloir dire « si les valeurs républicaines heurtent votre sensibilité, n’y assistez pas ». Bien entendu, il n’y avait aucune mauvaise intention de la part de la direction, mais je pense qu’on a tous gardé dans notre inconscient l’attitude d’ « encore [se] coucher », comme le titre Marianne du 21 octobre.

N’y pensons plus (tout au moins le temps de lire ce blog), et évadons-nous avec le deuxième volet de notre Dekoikonparle ? :

Quand j’étais petit (oui, marcjoly a été petit), les Hindous vivaient en Inde, et les Indiens combattaient les cow-boys avec des plumes sur la tête. Aujourd’hui, ce sont ces derniers qui vivent en Inde, les Hindous se contentant d’être des adorateurs de Vichnou.

Alors Indiens ou Hindous ? Et pourquoi les Sioux ou les Apaches sont des Indiens ? Et « les Indes » ? Il y en avait plusieurs ?

On nous a tellement dit que le mot « hindou » n’avait rien à voir avec celui d’ « Inde ». En réalité, les deux sont dérivés de la version en vieux persan, hindu, du mot sanskrit Sindhu, l’appellation du fleuve… Indus. Tiens, un troisième compère ! L’Indus est en fait à l’Inde ce que le Nil est à l’Egypte : une colonne vertébrale qui a façonné la civilisation.

Le monde occidental connaissait dès l’Antiquité l’existence de l’Inde, de par les routes commerciales terrestres ou maritimes. Le mot eut tendance a désigner l’Asie lointaine, et quand Christophe Colomb pensait aller en Inde, il disait vrai : il voulait rejoindre l’extrémité de l’Asie, et les habitants du Nouveau Monde furent appelés… Indiens.

Ainsi, les Antilles furent appelées Indes occidentales, pour ne pas les confondre avec le sous-continent indien, mais aussi avec les Indes néerlandaises, à savoir notre… Indonésie, à l’époque colonie hollandaise. Les Anglais en rajoutèrent une couche, ou plutôt plusieurs avec leur Empire des Indes, qui comprenait les actuels Pakistan, Inde, Sri-Lanka et Birmanie. Jusqu’aux indépendances de 1947, l’on parla des Indes au pluriel.

Mézalor, mézalor (comme dirait Queneau), si les Indiens sont en Amérique, comment appeler ceux d’Asie ? On trouva une facilité : Hindous, car la plupart l’étaient, mais le mot désigne les pratiquants de l’Hindouisme, cette religion issue du brahmanisme. Et çà tombe bien : les Indiens parlent l’hindi, qui s’écrit en alphabet devanagari. La même langue se parle au Pakistan, mais avec l’alphabet arabe : c’est l’ourdou. Evidemment, en Inde, tout est compliqué : tout le monde n’est pas hindou (on compte des musulmans, sikhs, bahaïs, chrétiens…) et 40% seulement de la population parle hindi (langue officielle).

« Votre père ? -Hindou. -Et votre grand-père ? -Un dur ! »

Nouveau rebondissement : il fallait distinguer la nationalité de la religion. L’Inde fut à nouveau peuplée d’Indiens, et « ceux d’Amérique » devinrent des Amérindiens. Quant aux Etasuniens, ils ont d’abord dit Indians (ce qui est ambigu) ou Natives (considéré comme dégradant). Ils se sont ensuite rabattu sur Indian-Americans, tout aussi ambigu depuis l’immigration provenant du sous-continent indien. On n’en sort pas ! L’Amérique latine a, elle, gardé Indianos.

Enfin, cette appellation quelque peu internationale ne l’est pas du tout chez les intéressés : l’appellation officielle de l’Inde est Bharat. Rassurez-vous, dans le langage courant, les Indiens disent Hindustan : l’honneur est sauf.

L’Hindustan Ambassador : un modèle culte de la production automobile indienne !

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Mauvaises « translations » ! (1/2)

Nouvelles du front (sans majuscule…) :

Un fidèle lecteur, M. Lallouët, de Jeteux-Plumerai (Orne), donne l’exemple, lui : il a mis l’adresse du site en favoris. Prenez-en de la graine (ah ! ah !).

Quant à l’excellent Etienne Ruhaud (https://pagepaysage.wordpress.com), il publie Animaux, préfacé par Jean Renaud et illustré par Jacques Cauda, sorti le 13 octobre chez Unicité (12 €). Il s’agit d’un autre bestiaire fantastique, onze ans après Petites Fables. Vous pouvez le commander en librairie, sur le site d’Unicité, de la Fnac ou d’Amazon.

Le français menacé par l’anglais. Est-ce un désastre et la mort annoncée de notre langue ? Ou est-ce une évolution linguistique naturelle ? Seul le fameux cliché du « temps long » saura nous le dire…

Ce qui clair c’est qu’on ne parle plus correctement l’anglais : nous croyons parler la langue de Shakespeare, alors que nous parlons… le jargon de Nicolas Sarkozy croyant parler anglais !

Nous ne savons pas le traduire non plus, et nous tombons dans le piège des faux-amis, des contresens et de la paresse, car il faut réfléchir avant de traduire !

Cette rubrique est donc consacrée aux erreurs les plus courantes, et qui vont malheureusement plus loin que le registre journalistique. Votre serviteur, qui s’est adonné à la traduction dans une vie antérieure, vous en propose quelques unes.

  • Année fiscale – taxes.

Dans les traductions de textes américains, on trouve l’expression « année fiscale ». Y aurait-il des années où l’on paie des impôts, et des années où l’on en paie pas ? En réalité, fiscal year (ou FY) désigne l’année n pour laquelle la prévision des rentrées d’impôts a déterminé le budget de n+1. En bon français, çà s’appelle simplement l’année budgétaire ou l’exercice budgétaire. Les Américains considèrent le moyen (impôts et taxes) quand les Français considèrent le résultat (le budget) ! Sauf que le mot impôts apparaît peu dans les textes traduits de l’anglais, même britannique, car tax désigne aussi bien une contribution sans affectation particulière (impôt, TVA), que celle affectée à une ligne budgétaire précise (produits pétroliers, alcools, vignette automobile…). Sans indication techniques précises, mieux vaut donc traduire taxes par impôts

  • Bannir.

« Le gouvernement veut bannir le glyphosate ». Non ! Il veut l‘interdire. Ou alors le bannir de la liste des pesticides autorisés, ce n’est pas la même chose ! Bannir n’est pas interdire, c’est expulser, proscrire, refouler, mettre au ban de quelque chose. Bannir n’a pas un sens absolu. C’est qu’on traduit mal l’anglais to ban, signifiant interdire . Et bannir se dit to banish

  • Banque de l’Ouest.

Je l’ai vu une fois. Quelque chose comme : « Les investissements ont été alloués en faveur de la Banque de l’Ouest ». L’article parlait des rapports israélo-palestiniens. Bank, en anglais, c’est une banque, mais c’est aussi la rive d’un fleuve. C’est le sens véritable de la station de métro Bank à Londres, même si elle se situe près du quartier des banques… Dans le contexte palestinien (ou israélien, suivant les affinités), the West Bank désigne la rive ouest du Jourdain, c’est-à-dire la Cisjordanie, grosso modo les anciennes Samarie et Judée.

  • Billion.

Si vous lisez quelque part « billions » de dollars (ou d’euros), c’est qu’il s’agit d’un texte mal traduit de l’américain. Un billion, en anglais étasunien, c’est un milliard (1 000 000 000). Billion existe en français, mais il désigne un million de millions (10 puissance 12), et appartient à la série bi-, tri-, quadri-, quinti-, sextillion. Mais au point où planent les transactions financières, çà ne fait plus vraiment de différence…

  • Challenge.

Voilà bien un mot emblématique de notre monde libéral et compétitif ! Challenge, comme beaucoup de mots anglais, vient de l’ancien français chalenge (« débat », « réclamation », « défi ») < latin calumnia (« calomnie », avant extension de sens). Or, voilà, nous sommes en 2020, et un mot existe déjà : c’est justement défi. Seulement, défi fait duel dans le pré, alors que « challenge » fait start-up (pardon : jeune pousse) et BFM TV.

En français dans le texte !
  • Destroyer.

« Oh, c’est bien connu, un destroyer çà doit être une sorte de vaisseau de guerre, comme il y a les avisos, les corvettes, les croiseurs, les cuirassés, les frégates… Enfin, vous savez, moi, j’y connais pas grand-chose… » Voilà qui est dit ! Surtout que les cuirassés, çà n’existe plus : cela signifiait les navires de guerre en métal par opposition à ceux en bois… mais nous sommes là aussi en 2020 et le terme est obsolète ! Quant à destroyer, c’est un destroyer ship, mot-à-mot un « navire pour détruire ». En bon français, çà s’appelle tout simplement un navire (ou vaisseau) de guerre ! Il est vrai qu’au sens strict, il signifie également contre-torpilleur. Mais comme on le voit, il y a un mot français pour le dire !

  • Digital.

Nous voilà au pompon, à l’acmé, à la cerise sur le gâteau de la mauvaise traduction ! A tel point qu’une amie pensait que le mot désignait les objets commandés par effleurement. Cela aurait pu également être vrai, sauf que cela concerne aussi ceux à commande vocale ! Quoique le doigt… En effet a digit, en anglais signifie « chiffre », « numéro », et quoi de plus naturel de compter sur ses doigts : le mot vient de là. La digital technology est celle qui, au lieu d’enregistrer physiquement des informations (par microsillon, bande magnétique, pellicule photo…), les convertit directement en données chiffrées puis les restitue physiquement. Il s’agit donc, en français, de technologie numérique, par opposition à l’ancienne, analogique. A noter que certains se sont débarrassés de « digital », mais n’ont pas fait mieux : c’est la Fnac, dont le département numérique s’appelle maintenant en jargon « Fnac connect » [sic] !

To be continued, heu, à suivre …

Prie-Dieu pour dormeur seul

Je viens de lire de Sigmund Freud : Le mot d’esprit et sa relation à l’inconscient (Folio Gallimard, 1988 – traduit de l’allemand par Denis Messier).

Votre serviteur n’a pas tout compris, et la lecture est parfois pénible, surtout quand Freud essaie d’expliquer un mot d’esprit ou une histoire drôle. Comme dirait Coluche : « Oui, je sais, même en Suisse, elle a pas marché ».

Le célèbre barbu a recueilli un corpus de mots d’esprit, traits d’esprit, contrepèteries, charades, histoires drôles, et en particulier, évidemment, blagues juives. Le tout bien entendu en allemand, et le traducteur a fait comme il a pu !

« Oui, je sais :
même en Suisse, elle a pas marché ».

  • Coluche

Je n’ai pas reproduit ici de Yiddishe Vitze, elles sont connues, et il existe plein de recueils à ce sujet [Lire entre autres Leo Rosten, Les Joies du Yiddish, Calmann-Levy, 1994 ; Marc-Alain Ouaknin, Dory Rotnemer, La bible de l’humour juif (1 et 2), Ramsay, 1995 et 1997]. Voici un florilège des autres blagues citées dans le livre de Freud, que j’ai  choisi d’illustrer par Dubout :

Freud présente le Witz (plus qu’une histoire drôle, une substantificque moelle), comme étant spécifiquement allemand, alors que c’est typiquement Jüdisch mitteleuropäisch ! En fait, un bon Witz doit provoquer, vers la fin, un « aha ! », preuve qu’une magie s’opère… 

Quoi ! vous êtes marié ?

– C’est vrai. Epousantable, mais vrai. 

La vanité ? Oui, c’est l’un de ses quatre talons d’Achille.

Le couple X vit sur un assez grand pied. Aux dires des uns, le mari, ayant gagné pas mal d’argent, disposerait maintenant d’un joli petit matelas ; selon d’autres, la femme, ayant disposé d’un joli petit matelas, aurait gagné pas mal d’argent.

Un des premiers actes de Napoléon III après son accession au pouvoir fut confisquer les biens de la maison d’Orléans. On fit, à cette époque, l’excellent jeu de mots suivant : « C’est le premier vol de l’aigle ».

Heine, à propos d’une dame complaisante : « Elle ne pouvait se résoudre à refuser, à rejeter, à éliminer quoi que ce soit, si ce n’est ses urines ».

Un adjudant à un appelé n’éprouvant aucun goût pour le service militaire : « Ecoute, achète-toi un fusil et installe-toi à ton compte ».

Je m’étonne que les chats aient le pelage percé de deux trous à l’endroit précis où se trouvent leurs yeux.

Frédéric le Grand entend parler d’un prédicateur qui a la réputation d’avoir commerce avec les morts. Il le fait venir et lui demande : « Pouvez-vous évoquer les esprits ? » L’homme répond : « Sire, je suis à vos ordres. Mais eux ne veulent pas venir ».

Cette épigramme de Lessing :

A ce qu’on m’a raconté,

Cette bonne Galathée

Se teint les cheveux en noir ;

Toute autre est la vérité,

Car ils étaient déjà noirs

Quand elle les a achetés.

Eine zweischläfrige Frau (une femme à deux places).

Ein einschläfriger Kirchenstuhl (un prie-Dieu pour dormeur seul).

– Comment s’appelle un cannibale qui a dévoré son père et sa mère ?

– Un orphelin.

– Et quand en plus, il a dévoré tous ses autres parents ?

– Un légataire universel.

Et enfin, ma préférée :

Cette jeune fille me fait penser à Dreyfus. Les militaires ne croient pas à son innocence.

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Dekoikonparle ? (1)

GAULOIS – ROMAN

Il existe en Lorraine deux communes : Audun-le-Tiche et Audun-le-Roman, distantes de 12 km. A quoi correspondent ce Tiche et ce Roman ? 

Tiche vient du latin tedescus qui signifie germanique. Roman, lui, renvoie à la langue romane.

On l’aura compris, la frontière linguistique passait entre les deux Audun. Une des conséquences fut qu’Audun-le-Tiche se trouve aujourd’hui en Moselle (annexée en 1870) et Audun-le-Roman en secteur mosellan non annexé, donc en Meurthe-et-Moselle (pour faire court…)

Mais d’autres vocables désignent l’aire linguistique non germanique : ceux issus de gallus ou gallicus

Gallus désigne la Gaule, et par extension ce qui est celte (ou plutôt celte de l’ouest, car en réalité toute l’Europe était celte). On peut ainsi citer la Galice (Espagne), la Galicie (Roumanie) et la Galatie (Asie Mineure).

On retrouve gallus dans le pays de Galles (Wales), ainsi que chez les Wallons, par opposition aux Flamands au parler germanique. En Alsace, en allant vers le col du Bonhomme à partir de Kaysersberg, on tombe sur des patelins aux noms sonnant français (Orbey, Labaroche…) : c’est le pays welsche, un mot se rapprochant d’une spécialité culinaire irlandaise pour certains, du Pas-de-Calais pour d’autres, mais en réalité galloise : le welsh rarebit.

Ah ouais, un croque-monsieur, quoi !

On le voit : les mots issus de gallus ne désignent pas seulement une « francitude » ou une « romanitude » linguistique, mais plus une opposition par rapport à une « germanitude » qu’elle soit anglaise, flamande, alsacienne, allemande, etc.

Et même une double opposition  : à une « germanitude » et une « italianitude ». On sait que l’église anglicane (créée, en passant, pour s’accorder aux histoires de cul d’Henry VIII…) n’obéit pas au pape, c’est-à-dire à Rome. On a parlé, à propos du culte catholique sous les règnes de Louis XIV et de Napoléon de gallicanisme : l’autorité du pape est reconnue (on se démarque de l’anglicanisme), mais également, faut pas pousser Sa Majesté dans les orties (on se démarque du papisme) : Louis XIV est de droit divin et Napoléon a remodelé le catéchisme en son sens. L’ « Islam de France », cher à Nicolas Sarkozy, est-il un gallicanisme ?

Revenons sur roman.

La Suisse francophone se dit romande car le dialecte roman parlé là-bas est le romand (avec un d). Çà se corse (rebonjour, Napoléon !)

D’autre part, un roman, c’est au départ un ouvrage de fiction écrit en langue romane, à la différence des ouvrages « sérieux » écrits en latin.

On y perd son latin !

Enfin le style roman s’appelle ainsi, car il va dans la continuité du style romain. Mais en anglais, çà se corse encore : romain se dit roman, et roman (le style) se dit romanesque… Et un roman (le livre) se dit novel, une nouvelle short novel. Il y a de quoi devenir gallican !

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