S.I.G.L.E.S. (4)

The Bayrou Watcher (#4) – son vrai visage : pendant le conseil communautaire de Pau-Pyrénées du 28 septembre 2015, François Bayrou avait accusé El Sistema France, association à but lucratif s’inspirant du programme d’éducation musical vénézuélien permettant aux jeunes défavorisés l’apprentissage de la musique classique comme outil d’inclusion sociale, de « s’enrichir indûment en instrumentalisant des expériences humanistes et musicales à son profit ». El Sistema France porte alors plainte pour diffamation publique. La directrice générale de l’association, Pascale Macheret, reproche à François Bayrou « de nous avoir traités quasiment devant tout le monde de voleurs ». El Sistema France demande alors notamment 20 000 euros de dommages et intérêts. Lors de l’audience du 21 mars 2019 la justice a prononcé la relaxe. François Bayrou s’en félicite :  » il n’y avait rien de diffamatoire dans mes propos ». Victoire d’un gros notable contre une structure courant après les subventions, laquelle, devant les frais de justice et face à la bonne conscience des électeurs du bon M. Bayrou, a du mettre la clé sous la porte. Tout cela illustre le refus des élites de vouloir l’accession du peuple « non sachant » à la culture classique.

Covid, RN, Russie, dette, Trump, punaises de lit…

LA LISTE PEREC DU JOUR :

"Rémi, le fils des Plassaert, classe sa collection de buvards publicitaires ; ce sont pour la plupart des prospectus médicaux, encartés dans les revues spécialisées - La presse médicale, La Tribune médicale, La Semaine médicale, La Semaine des Hôpitaux, La Semaine du médecin, Le Journal du Médecin, Le Quotidien du Médecin, Les Feuillets du Praticien, Aesculape, Caeduceus, etc. - dont le Docteur Dinteville est régulièrement inondé[...]"

Le domaine cité supra dans la bannière de titre est riche en sigles, acronymes et jargons divers, comme en témoigne chaque réforme de l’Education nationale qui apporte son lot de Rased, de ZEP, d’IUFM, d’éduscol (sans minuscule) et de Canopé (sans e final). Bravot ! L’éducation national done l’example !

L’émission Des chiffres et des lettres s’est arrêtée l’année dernière.
Pour l’Education nationale, cela fait des années…

Je vais citer dans cet article trois exemples américains ou internationaux, mais on remarquera que, dans toutes les disciplines, on utilise souvent des sigles anglo-saxons pour désigner des structures ou des programmes français, un comble lorsqu’il s’agit de l’Education nationale ! Mais il est vrai que les « partenaires » McKinsey et Microsoft veillent au grain…

Les prénoms sont évidemment à l’honneur dans les sigles, à commencer par ÉMILE (Éducation aux Médias, à l’Information et à la Liberté d’Expression), Jean-Jacques Rousseau oblige. Emile ou de l’Education… Mais pourquoi aujourd’hui ce prénom pour évoquer seulement celle… aux médias ? Pourquoi pas CRÉTIN pour Centre de Recherches pour l’Éducation aux Technologies de l’Information et du Numérique ! Parmi les prénoms, il y a aussi GRETA (Groupement d’ÉTAblissements pour la formation continue). Mais GRETA (ach !) est un prénom féminin pour désigner un groupement… Erasmus, lui, fait référence au grand Erasme (mais les étudiants connaissent-ils ce dernier ?). Peu de gens savent qu’il s’agit d’un sigle qui signifie en fait EuRopean Action Schema for the Mobility of University Students (Plan d’action européen pour les échanges entre étudiants*), ce qui en ôte tout le sel. Notons que le programme similaire Leonardo, réservé aux bac + 2, n’est pas un sigle. Cà pourrait être Learning… (à compléter).

*Je signale que mobilité est un anglicisme.

On n’échappera pas non plus aux sigles « dynamiques » et « positifs » con(venu)s, qu’on pourrait aussi bien trouver dans le domaine de l’entreprise, de la formation ou du développement personnel. Ainsi ACT (American College Testing), une certification d’évaluation (privée et non officielle) pour intégrer les universités américaines. Dans la même veine : DÉCLICS signifie Développement de l’Écriture, du Calcul, de la Lecture pour l’Insertion Culturelle et Sociale mais c’est aussi Dialogues Entre Chercheurs et Lycéens pour les Intéresser à la Construction des Savoirs – intéressant ! Quant à RAPSODIE , c’est Réseau de l’Académie de PoitierS pour l’Optimisation et le Développement des usages de l’Information Electronique. RAPSODIE* sans H ! Rebravo ! En tout cas, on a évité CONTRASTES ou CONVERGENCES que l’on met à toutes les sauces depuis des décennies, et dont les organismes de formation ont usé et abusé…

*Mais le système d’information de gestion des ressources humaines de la fonction publique RENOIRH se trimbale un H…

*Je ne peux pas m’empêcher de faire cette blague anti-Françafrique : quel est le pluriel d’un Rouennais ? Réponse : des rois nègres ! J’ai testé : seuls les non africains (lorsqu’ils l’ont comprise) n’ont pas ri… Culpabilité et autocensure… Le wokisme a encore de bons jours devant lui !

Quoi d’autre ? CEDRE signifie Cycle des Évaluations Disciplinaires Réalisées sur Échantillons (menées en fin de CM2 et en Troisième). Le CLIP est le Contrat Lycéen pour l’Initiative et la Participation. C’est la fête du çlip ! Le (et non pas la) FLASH est la Faculté des Lettres, Arts et Sciences Humaines (de La Rochelle) – au demeurant une des deux très belles facs françaises donnant sur une marina, l’autre étant celle du Gosier, en Guadeloupe.

Site de l’université de La Rochelle.

Mais la cerise sur le gâteau, concernant le domaine de l’éducation et les neurosciences, c’est le développement cognitif du cerveau de l’adolescent, que la littérature scientifique américaine appelle… ABCD (Adolescent Brain Cognitive Development) ! On en revient toujours aux fondamentaux, ces derniers étant l’équivalent technocratique et jargonneux de notre B. A. BA …

BA, BA, BAA, BA, BARBARA-ANN...

Peur de Trump ?

LA LISTE PEREC DU JOUR :

"Oeufs de saumon
Bortsch glacé
Timbale d'Ecrevisse
Filet de Boeuf Carpaccio
Salade de Vérone
Edam étuvé
Salade aux Trois Fruits Rouges
Charlotte au Cassis

*
Vodka au piment
Bouzy rouge
"

Trump, donc.

Le sujet est vaste, et mériterait plusieurs articles. Il ne s’agit pas seulement de Donald Trump, « l’homme orange », mais de l’avenir du monde. Ne pouvant pas tout traiter en un article, je vais mettre de côté la question économique et la question « identitaire » sachant que, comme on dit de manière simpliste, « tout est lié ». Il ne s’agira pas non plus d’encenser Trump, mais de voir que certains changements positifs sont en potentiel.

Tous les voyants sont au rouge,
tous les voyous sont orange ?

Je vais mettre plutôt l’accent sur le meilleur de Trump : les nominations, sur sa proposition, de la lieutenant-colonelle Tulsi Gabbard à la tête du renseignement national et de l’ancien procureur fédéral Kash Patel à la tête du FBI, qui ont tous deux le courage de s’opposer aux manipulations de l’opinion publique de ce que certains américains appellent le Deep State – l’Etat profond. Gabbard et Patel ne sont pas parfaits, et nul ne peut dire avec certitude ce qu’ils feront, mais on peut dire avec certitude qui redoute leur surveillance et pourquoi.

Le renseignement américain est une usine à gaz de 18 (!) agences employant 854 000 personnes, et une politique néfaste émane, depuis des décennies et sans impunité, de la « bureaucratie permanente » du gouvernement américain et de leurs mentors au sein d’agences, fondations et groupes de réflexion de l’establishment, ainsi que des intérêts du « complexe militaro-industriel ».

Florilège sinistre des basses oeuvres de « l’Etat profond » :

Dans les années 50 (sous J. Edgar Hoover), un programme du FBI nommé COINTELPRO impliquait la surveillance, l’infiltration et la perturbation illégales d’un large éventail d’organisations et de mouvements politiques considérés comme indésirables. En 1975, une commission Church (du nom de son président) révélait que l’affirmation par le FBI de l’abandon de COINTELPRO était fausse.

La croyance selon laquelle Martin Luther King était communiste provenait de COINTELPRO.

La même commission mettait au jour l’existence d’un tissu d’activités secrètes consistant à recruter des journalistes de renom pour en faire des relais de la propagande de la CIA. On jugeait cela scandaleux, mais aujourd’hui cette manipulation est complètement ouverte sans que personne ne bronche ! C’est ainsi que les médias avaient indiqué que « le Président Trump pourrait être impliqué dans activités au nom du gouvernement russe pouvant constituer des menaces à la sécurité nationale des Etats-Unis ». Tulsi Gabbard, elle, avait récemment affronté la presse dominante, exprimant son scepticisme à l’égard des campagnes visant à organiser des affrontements militaires avec l’Iran, la Syrie, la Chine ; et remettait en cause la « provocation » de la Russie vis-à-vis de l’Ukraine, dogme cher aux néo-conservateurs comme Hillary Clinton ou John Bolton, la qualifiant d’« atout russe ».

En 1974, Bernard Lewis, agent de renseignement britannique de premier plan, promouvait l’idée que la propagation du fondamentalisme islamique pourrait créer une zone d’instabilité le long des flancs sud de la Russie et de la Chine, tactique anti-guerre froide soutenue avec enthousiasme par le conseiller américain à la Sécurité nationale, Zbigniew Brzezinski. Les Etats-Unis ont donc financé, entraîné et armé les moudjahidines afghans dans les années 1980, lesquels se sont transformés en groupes terroristes radicalisés (Al-Qaïda, Daesh et leurs avatars), recevant des Américains un milliard de dollars par an à partir de 2012, afin de déstabiliser l’Irak puis la Syrie. A cette période, « Sir » Richard Dearlove*, ancien chef du MI-6 britannique (encore…), s’impliquait dans la fabrication de mythe de « l’armée irakienne troisième armée du Monde », et dans celui des « armes de destruction massives » de Saddam Hussein (et plus tard dans celui du « trucage par Poutine des élections américaines de 2016 »). Plus c’est gros, plus çà passe… Les complotistes ne sont pas toujours ceux qu’on pense.

*Le mal nommé…

Colin Powell, Secrétaire d’Etat des Etats-Unis, apportant en 2003 la « preuve » que l’Irak est susceptible de posséder des armes de destruction massive, en présentant sans aucune mesure de sécurité une capsule contenant prétendûment de l’anthrax…

Gabbard et Patel mènent également campagne contre l’Agence américaine pour le développement international (USAID), qui relève du Département d’Etat, contient outre ses programmes de santé, d’eau potable, etc, des catégories de financement résolument subversives : « résolution des conflits », « lutte contre la corruption », « promotion de la démocratie ». L’USAID est associée à la Fondation pour la démocratie (NED) et l’Open Society*. Tous ces acteurs de l’Etat profond ont, pendant des décennies, trouvé des prétextes pour lancer des guerres impérialistes et inutiles que les Etats-Unis ont toutes perdues, ou bien des « Révolutions de couleur » dans des pays divers. Pourquoi s’embarrasser de la diplomatie quand existent la guerre et la déstabilisation ?

*Malheureusement, la plupart des détracteurs de cette dernière utilisent le fait qu’elle est dirigée par « le juif George Soros », argument idiot s’il en est, mais qui arrange bien l’Open Society elle-même : « vous êtes contre nous, donc vous êtes antisémites »…

Gabbard s’est également opposée à la « relation spéciale » consistant à échanger des données de surveillance orwelliennes entre l’Agence de sécurité nationale américaine (NSA) et l’Office gouvernemental des communications (GCHQ) du Royaume Uni. Elle fut qualifiée par le sénateur Adam Schiff d’« apostate démocrate et apologiste de Vladimir Poutine » (encore !). Ces dernières années, la loi sur la surveillance du renseignement étranger (FISA) et le tribunal ad hoc (FISC), ironiquement créés en réponse au COINTELPRO, ont permis d’espionner à leur gré les citoyens d’un autre pays et échanger leurs données. Les lanceurs d’alerte Snowden et Assange, eux, ont connu les conséquences de dénoncer l’Etat profond…

Trump, par les nominations de Patel et Gabbard, veut visiblement faire le ménage dans ce bordel organisé. Trump est le pertubateur en chef pour le meilleur et pour le pire. Nous ne sommes pas dupes : il s’agit aussi pour ce libertarien de supprimer les budgets de ces agences (mais aussi les budgets du financement des guerres, ce qui n’est pas négligeable). Rappelons que les flancs faibles de Trump restent la crise économique et financière dans son pays, et son refus d’entamer des relations gagnant-gagnant avec le reste du monde. Mais surtout, surtout, et c’est l’essentiel, tout cela s’inscrit dans un nouvel ordre mondial qui veut en finir avec la politique de la canonnière. Ainsi, les Européens, obsédés par la guerre, s’aperçoivent qu’ils ne peuvent plus compter sur l’Otan. Les pauv’ chéris ! Mais au lieu de féliciter Trump et le soutenir, ils veulent prolonger la guerre « jusqu’au dernier ukrainien », retentant ainsi le sabotage opéré par Boris Johnson en mars 2022 pour torpiller l’accord d’Istanbul entre Poutine et Zelensky…

Courez camarades européens, le vieux monde est derrière vous !

Dekoikonparle ? (8)

Vendredi 28 février, dans le Salon ovale, Trump a dit avec franchise ses quatre vérités au falot Zelensky, qui a pris la fuite avant de venir pleurer dans le giron des Britanniques. C’est dommage car il s’agit pour Trump et Poutine d’entamer un dialogue permettant d’envisager la fin de la guerre en Ukraine et d’éloigner le risque d’une guerre thermonucléaire imminente. Il n’y avait en tout cas aucune raison d’inviter les Européens à participer au dialogue, étant donné qu’à aucun moment depuis le début de la guerre, ils n’ont cherché une solution diplomatique au conflit, comme on le voit encore aujourd’hui avec l’obsession de la « défense européenne* ». En effet, une russophobie implacable a prévalu, menée comme d’habitude par les maîtres de Zelensky : les Britanniques. Comme il s’agit d’une guerre par procuration entre l’Otan et la Russie, il est tout-à-fait logique que cette dernière et les Etats-Unis s’assoient d’abord à la table des négociations. Trump, ce salaud qui veut arrêter nos guerres ? Non, il veut enfin changer l’ordre mondial otanien, et du coup casser les axiomes européens établis. L’Europe veut-elle alors déclencher une guerre contre les Etats-Unis ? Elle est capable de s’en persuader.

*Même Hubert Védrine est tombé dans le panneau.

Berlusconi (pardon !) Trump n’était pas obligé de dire que c’était « un grand moment de télévision », mais lorsqu’un politicien européen fait ce genre de saillie, c’est juste une « petite phrase », variante moderne du « mot d’esprit » comme dans le film Ridicule, que les politologues, « experts » et journalistes relaient avec gourmandise. Mais sortant de la bouche de Trump, cela devient une « assertion intolérable »…

The Bayrou Watcher (#3) : Dans l’affaire Bétharram, il ne s’agit pas seulement pour Bayrou de protéger les petits milieux notables provinciaux (à la Balzac ou à la Chabrol) mais je pense que, comme bon nombre de catholiques pratiquants et bon nombre de parents de manière plus générale, il est persuadé que les châtiments corporels, « c’est pour ton bien »...

LA LISTE PEREC DU JOUR :

"Derrière, dans le fond, en désordre, divers meubles et objets provenant des parents Echard : une cage à oiseau rouillée, un bidet pliant, un vieux sac à main avec un fermoir ciselé, [...] et un sac de jute d'où débordent plusieurs cahiers d'écolier, des copies quadrillées, des fiches, des feuilles de classeur, des carnets à reliure spirale, des chemises en papier kraft, des coupures de presse collées sur des feuilles volantes, des cartes postales [...], des lettres, et une soixantaine de minces fascicules ronéotypés, intitulés BIBLIOGRAPHIE CRITIQUE DES SOURCES RELATIVES A LA MORT D'ADOLF HITLER DANS SON BUNKER LE 30 AVRIL 1945"

Oui ,marcjoly vous rebat souvent les yeux (pas les oreilles, c’est un blog pas un « pot de caste ») avec l’Oulipo. Mécékoi loulipo ?

Tout part en réalité d’Alfred Jarry (1873-1907) – oui, l’auteur d’Ubu Roi. De 1897 à 1898, Jarry rédige Gestes et opinions du docteur Faustroll, pataphysicien, paru à titre posthume en 1911. Il y définit la ‘Pataphysique* comme « la science des solutions imaginaires, qui accorde symboliquement aux linéaments les propriétés des objets décrits par leur virtualité » (livre II, chapitre VIII).

*‘Pataphysique est toujours précédé d’une apostrophe. Mais l’adjectif pataphysique et le substantif Pataphysicien en sont dépourvus.

La ’Pataphysique doit sa postérité au Collège de ‘Pataphysique, « Société de recherches savantes et inutiles » fondée en 1948. De nombreux peintres, mathématiciens, historiens, critiques littéraires, cinéastes, explorateurs, dramaturges, écrivains et poètes ont rejoint le Collège parmi lesquels Duchamp, Miro, Ionesco, Dubuffet, Queneau et Vian. Ah, des Surréalistes, va-t-on me dire ? Non, même si certains ont fréquenté ces milieux. En réalité, l’époque d’Alfred Jarry baigne dans l’esprit potache des Zutistes, Hydropathes et autres déconneurs comme Alphonse Allais. Alors ? « La Pataphysique est la science de ce qui se surajoute à la métaphysique… s’étendant aussi loin au-delà de celle-ci que celle-ci au-delà de la physique ». Ceci est moins une définition qu’une fin de non-recevoir, provocante, voire amusante, parfois reprise par le Collège de ’Pataphysique.

Je ne vais pas entrer dans le détail du détail, mais l’univers (on dirait aujourd’hui « l’écosystème ») de la ‘Pataphysique est à la fois bureaucratique, strict et hilarant (calendrier loufoque, revue dont le titre principal est Viridis candela*…). La réforme des Sous-Commissions, survenue en 1959, a établi de nombreuses Commissions et Sous-Commissions dans le but de résoudre les problèmes se présentant au Collège. Parmi elles se trouvait originellement l’Oulipo, désormais devenu une institution autonome. Nous y voilà enfin !

* » Chandelle verte », allusion au juron favori d’Ubu : « Par ma chandelle verte ! ».

Oulipo (ou OuLiPo)*, signifie Ouvroir de littérature potentielle. C’est un groupe de recherche littéraire créé en 1960 par le mathématicien François Le Lionnais et l’écrivain et poète Raymond Queneau. Il se décrit par ce qu’il n’est pas : ni un mouvement littéraire, ni un séminaire scientifique**, ni de la littérature aléatoire. Il a pour but de découvrir de nouvelles potentialités du langage et de moderniser l’expression à travers des jeux d’écriture. Le groupe est célèbre pour ses défis mathématiques imposés à la langue, obligeant à des astuces créatives. L’Oulipo est fondé sur le principe que la contrainte provoque et incite à la recherche de solutions originales. « Ses recherches sont naïves, artisanales et amusantes ». On devient membre de l’Oulipo par cooptation. Anecdote : on ne peut en démissionner qu’en se suicidant devant huissier !!!

*Il existe d’autre ouvroirs moins actifs : OuPeinPo pour la peinture), OuMuPo pour la musique, OuPoPo (certains disent OuPolPot – génial !) pour la politique, OuLiPoPo pour la littérature policière, etc. On désigne tous ces ouvroirs sous l’appellation générique d’OuXpo. L’OuBiPo (Ouvroir de Bibliothèque Potentielle) existe mais n’a aucun lien « organique » avec l’OuXpo.

**Malgré celui, fondateur, de Cerisy-la-Salle en 1960.

Evidemment, la ‘Pataphysique influence fortement l’Oulipo, organiquement et conceptuellement – du moins à ses débuts. Cependant, après la mort de Perec en 1982, l’Oulipo se demande s’il n’a pas fait son temps. Il est décidé que non, et l’Oulipo continue à recruter. Se posent toutefois les questions de sa féminisation, de sa moyenne d’âge, de l’admission de membres étrangers…

Toujours pour dire ce que ce mouvement n’est pas censé être, les membres de l’Oulipo sont de sacrés déconneurs, malgré la rigueur austère de leurs travaux !

Mais concrètement, ifonkoi, loulipo ?

« L’Oulipo a pour but de découvrir de nouvelles potentialités du langage et de moderniser l’expression à travers des jeux d’écriture. Le groupe est célèbre pour ses défis mathématiques imposés à la langue obligeant à des astuces créatives. L’Oulipo est fondé sur le principe que la contrainte provoque et incite à la recherche de solutions originales. Il faut déjouer les habitudes pour atteindre la nouveauté. » [Wikipedia]

« La contrainte est un problème ; le texte une solution. La contrainte est l’énoncé d’une énigme ; le texte est la réponse, ou plutôt une réponse, car en général il y en a plusieurs possibles. La contrainte, c’est donc quelque chose d’assez différent d’un bidouillage organisationnel du travail littéraire. Et c’est très bien le bidouillage organisationnel ! mais ce n’est pas la contrainte. La contrainte est systématique. Par ailleurs, une contrainte oulipienne doit pouvoir servir à d’autres, ce qui implique des exigences de clarté et l’énoncé (formalisation). La contrainte est altruiste » – Jacques Jouet

Jacques Jouet.

Exemples de contraintes :

  • S + 7 : cette méthode permet la création de textes littéraires nouveaux en remplaçant dans un texte source chaque substantif par le septième substantif qui le suit dans un dictionnaire donné. Bof..

  • Lipogramme : texte dans lequel l’auteur s’impose de ne jamais employer une lettre, parfois plusieurs (cf. La Disparition, de Georges Perec – Gallimard, 1969 – texte sans jamais la lettre e).

  • Boule de neige : poème dont le premier vers est fait d’un mot d’une lettre, le second d’un mot de deux lettres, le troisième d’un mot de trois lettres, le nième d’un mot de n lettres.

  • Exercice de style : une même histoire racontée selon un pattern différent (cf. Exercices de style, de Raymond Queneau – Gallimard, 1947).
  • La rien que la toute la : texte privé de nom, d’adjectif et de verbe.

On peut compter aisément 250 contraintes…

Comme disait mon père : « Quand tu auras fini tes enfantillages »…

A lire :

https://college-de-pataphysique.fr

https://oulipo.net

http://fatrazie.com

Je me souviens… (4)

Dernière minute : j’apprends par Marianne la mort de Jean-François Kahn, qui a eu lieu… mercredi 22 janvier. Vous le saviez, vous ? Pas un mot dans la presse qui, visiblement, n’a pas souhaité rendre hommage à ce journaliste politiquement incorrect. C’est d’autant plus émouvant que je l’avais croisé il y a deux mois rue Charlot à Paris (il habitait dans le quartier). Il était seul, en déambulateur, et vu son état, j’avais compris qu’on ne le reverrait plus…

Marre de la bien-pensance de France Inter/France Info/RFI ? C’est mon cas, et je n’écoute maintenant plus que RTL pour les infos et l’émission d’actualité (Yves Calvi) de 19h15-20h. Il est flagrant de constater combien les médias du service public sont arrogants, idéologisés (libéralisme pro-UE et pro-Otan, wokisme) et parisiano-centrés. Le ton de RTL (station qui a tout de même ses défauts) est moins « constipé » et plus ouvert.

The Bayrou Watcher (#1) :

Sans paroles.

LA LISTE PEREC DU JOUR :

"La vitrine contient une collection de modèles réduits de machines de guerre antiques, à monter soi-même : des béliers, des vineas, dont Alexandre se servit pour mettre ses travailleurs à couvert au siège de Tyr, des catapultes syriennes qui jetaient à cent pieds des pierres monstrueuses, des balistes, des pyroboles, des scorpions qui lançaient tout à la fois des milliers de javelots, des miroirs ardents,  - tel celui d'Archimède qui embrasait, en un clin d'oeil, des flottes entières - et des tours armés de faux supportées par de fougueux éléphants".

Votre serviteur habite Belleville*, dans le quartier de la rue Rébeval. Or, on trouve pléthore d’ouvrages évoquant le Belleville d’autrefois, notamment avec des photos avant/après. Mais du secteur Rébeval, point.

*Note pour les internautes (car la Toile est mondiale) : Belleville est un quartier du nord-est de Paris, « à cheval » sur les 19ème et 20ème arrondissements.

J’ai finalement dégotté le livre suivant : Patrick Marsaud, Belleville 1965, Ed. Michel Lagarde, 2021, avec des photographies de Jean-Baptiste de Beaudouin – ouvrage qui m’a permis d’en apprendre sur ce quartier, et de rectifier certaines informations que j’avais glanées et qui se sont révélés fausses.

Mais ce dont je voulais vous entretenir, ce qui frappe, au vu des photos de circa 1965, c’est le changement de la société.

Dans les rues de ce quartier populaire vers 1965, on est frappé par le nombre d’enseignes « Boucherie, triperie, volailles », voire « Gibiers » ou « Porc frais » dont peu ont survécu (si : en hallal, sauf pour le porc frais !). Les charcuteries également, reconverties en traiteurs asiatiques. On remarquera aussi que les boucheries étaient souvent chevalines, ce qu’on regrettera, la viande de cheval étant nutritivement saine. La grande distribution (Félix Potin dans les années 70-80, puis Ed, Franprix, Monoprix en version bobo et Carrefour City) aura eu la peau de ces commerces.

On l’a oublié, mais il y avait le long des trottoirs des marchandes de quatre-saisons qui s’approvisionnaient aux Halles. Leurs remorques, qui servait d’étal avaient des roues de charrette ! Ces marchandes (c’était déjà une tolérance) disparurent avec le déménagement des Halles à Rungis en 1969.

Marchandes de quatre-saisons rue du Faubourg-du-
Temple (Photo J.-B. de Beaudouin).

On est frappé aussi par le nombre de cafés, qui n’a pas varié aujourd’hui, mais leur typologie a changé. Les cafés (des rades…) de 1965 étaient souvent d’anciens marchands de vin, vendant aussi bois et charbon, et ce jusqu’à la généralisation du chauffage au fioul au début des années 70. Ils étaient tenus depuis des générations par les fameux Auvergnats ou Bougnats (en réalité des Aveyronnais) que les Kabyles ont remplacés. Aujourd’hui les Asiatiques (Chinois voire Indiens) prennent peu à peu le relais*, et la plupart de ces établissements (je parle toujours du Bas-Belleville) ont une clientèle proto-bobo. Petit, je n’ai pas connu le quartier mais je me souviens de Paris en général, et en particulier ceci : la clientèle des rades des années soixante comptait bon nombre d’ivrognes patentés…

*Y compris en province comme je l’ai vu à Nogent-le-Rotrou ou à Villers-Cotterêts…

Nous sommes tellement habitués aux « enseignes » que nous avons oublié les commerces indépendants : habillement, accessoires (chapeaux, chaussures, cravates), « photo-ciné-son », drogueries, quincailleries, laveries, sans compter les garnis et hôtels borgnes…

Mais surtout, surtout, ce qu’on retient est le nombre impressionnant de cinémas (indépendants, cela va sans dire) dans le quartier (et dans Paris en général). Aujourd’hui, les cinémas le plus proches de Belleville sont les Mk2 Gambetta et Quai de Loire. A l’époque, on pouvait énumérer le Palais des Glaces (auj. une salle de stand-up), le Ciné-Bellevue (auj. une synagogue), les Folies-Belleville (auj. un supermarché), le Théâtre de Belleville (auj. un restaurant chinois karaoké), le Floréal, le Belleville-Pathé, l’Alhambra, le Temple-Sélections, le Cocorico (ces derniers démolis). On n’y jouait pas les mêmes films qu’au Quartier latin ou aux Champs-Elysées ! C’était plutôt Mata-Hari Agent H 21, Le mystère du temple hindou, L’affaire du cheval sans tête, Nick Carter va tout casser, Maciste et les 100 gladiateurs… Ces salles qui avaient démarré avant 1914 comme cafés-concert pour la plupart finirent souvent en cinéma porno ou de kung-fu, puis en supermarché ou salle de sport…

Le Ciné-Bellevue, 118 boulevard de Belleville (Photo J.-B. de Beaudouin).

La pile Wonder
ne s’use
que si l’on s’en sert !

Les années soixante, plus pauvres en grandes enseignes, étaient toutefois plus riches en marques et réclames en tous genres. Sur les photos de 1965, on dénombre la moutarde Bornibus*, les piles Wonder, la peinture Novémail, les parfums Forvil, le produit-vaisselle Rex, la lingerie Pernelle, les laines Pingouin, l’encre Waterman… Et sur la devantures des cafés, pléthore de marques de bières : Roemer Pils, Nordbraü, Adelshoffen, Slavia, Meteor, Löwerbrau, La Perle, Freysz-Pils, Lutterbach, Mützig, Leopardbraü… bien avant la création des mafias alliant les grossistes limonadiers aux groupes brasseurs mondialisés.

*Dont le siège social était à Belleville, boulevard de la Villette !

Autre changement : les arbres. En 1965, il n’y en avait que Boulevards de Belleville et de la Villette. Aujourd’hui, toutes les rues sont arborées.

L’intersection Rue Rébeval/rue de l’Atlas ca. 1970 (Photo J.-B. de Beaudouin) et 2024.

L’aspect des « gens » nous étonne également : hommes en cravate (et à moustache), femmes en robe ou en jupe, enfants en culotte courte. On est aussi frappé par le nombre de « vieux ». Il est vrai que, de nos jours, les vieux font leur courses le matin puis se terrent chez eux devant la télé : Paris n’est plus une ville pour eux (agressions, promiscuité, bruit, scooters et vélos à gogo, culture tournée vers le jeunisme), et beaucoup sont en Ehpad. Mais il y a un biais : beaucoup de « mémères », avec ou sans cabas, que l’on voit sur les photos anciennes n’avaient que 50/60 ans ! Mais jupe, mise en plis, fichu et une couverture-santé plus précaire qu’aujourd’hui nous les vieillissent…

Carrefour rue du Faubourg-du-Temple/rue Saint-Maur (Photo J.-B. de Beaudouin).

Un habitant du Belleville de 1965 transplanté dans celui de 2024 serait frappé par le nombre de faciès exotiques : Chinois et Vietnamiens tenant des restaurants, Maghrébins ou Pakistanais tenant des commerces de bazar, de fast-food ou de téléphonie. Il serait surpris également par le nombre de groupes de musulmans de sexe exclusivement masculin massés en grappe devant certains commerces précités et se contentant de « tenir les murs ». Cela aussi fait partie de la mutation de la société bellevilloise…

Le quartier du Bas-Belleville, totalement insalubre, à la Eugène Sue ou à la Zola, commença à être muré dès 1966 et reconstruit seulement en 1973-75 (!) avec des immeubles modernes. On ne regrettera pas l’habitat ancien…

Bref, tous ces changements, ma pauv’dame, c’est la faute à la bombe atomique et à la télévision… Sans compter les yé-yés…

A lire aussi :

La librairie Le Genre urbain (60 rue de Belleville) est une véritable manne d’ouvrages de ce genre !

Jacques Dutronc (musique), Jacques Lanzmann/Anne Segalen (paroles), Paris s’éveille (1968).

Du coup, le texte de cette chanson pourrait faire l’objet d’un autre Je me souviens. Chiche ?

Les « chansons Africa »

J’ai trop entendu d’imbéciles autour de moi (ne parlons pas des médias) s’exclamer : « Ah mais c’est bien, Assad est tombé » sans réfléchir au fait que les Américains ont, une fois de plus (Afghanistan, Irak) contribué à installer une théocratie sanguinaire, en Syrie, cette fois. Les idiots utiles de la bien-pensance ont donc soutenu la venue d’un système régi par la charia, dirigé par le groupe islamiste « modéré » Hayat Tahrir al-Sham (HTS), dernier avatar d’Al-Qaida, avec lequel, comme l’a relaté Le Figaro.fr, l’assassin de Samuel Paty était en contact…

*La propagande médiatique occidentale qualifie le chef du HTS Abou Mohammad al-Jolani de « djihadiste libéral démocrate », et ses amis de « rebelles »

A côté de cela, le psychodrame autour de « Bayrou de secours » qui, tout comme Ségolène Royal ou Bernard Cazeneuve* est tellement indispensable qu’il est candidat à tout, est bien dérisoire…

*Les médias ont qualifié celui-ci « de gauche » !

Début décembre, je passai boulevard Beaumarchais à Paris et pus voir les stigmates de la manifestation du 23 novembre contre les violences faites aux femmes. Malheureusement, ce fut apparemment un festival de wokisme et d’intersectionnalités en tous genres. Exemples de slogans tagués : MISANDRIE ! (savent-elles que pour « fabriquer » des enfants, quelle que soit la technique, on a besoin de gamètes mâles* ?), TOUS VIOLEURS** ! (ben voyons…), et la cerise sur le gâteau QUEERS 4 PALESTINE. En effet on peut compter sur les barbus du Hamas pour respecter les femmes et les minorités sexuelles ! On parie qu’aucune des manifestantes ne soutient le combat des femmes iraniennes. Et je n’ai rien vu faisant allusion à Gisèle Pelicot : elle est sans doute trop « cis » à leur goût…

*J’oubliais que pour sauver la planète, il ne faut plus faire d’enfants…

**Tous ? Evidemment non. Malgré tout, on remarquera que Dominique Ali Baba Pelicot n’a recruté ses cinquante violeurs que dans un rayon de quelques kilomètres seulement. On n’ose imaginer ce qu’il en aurait été à plus grande échelle…

LA LISTE PEREC DU JOUR :

"Il pensait aux autres, à tous ceux qui étaient déjà partis, à tous ceux que la vie ou la mort avaient avalés : Madame Hourcade, dans sa petite maison près de Montargis, Morellet à Verrières-le-Buisson, Madame Fresnel avec son fils en Nouvelle-Calédonie, et Winckler, et Marguerite, et les Danglars et les Claveau, et Hélène Brodin avec son petit sourire apeuré, et Monsieur Jérôme, et la vieille dame au petit chien dont il avait oublié le nom, le nom de la vieille dame, car le petit chien, qui d'ailleurs était une chienne, il s'en souvenait très bien, s'appelait Dodéca."

Nous retrouvons notre « rubrique de Noël », que j’aurais pu appeler Tour de chant, sauf que France Musique a eu la même idée. Mais quelle stupeur ! marjoly, qui prône la culture classique, verse maintenant dans la variété !

C’est qu’il y a des lieux toujours vénérés en chansons. Paris, qui sera toujours Paris ! L’Italie napolitaine O sole mio. La Provence Pagnol/Vincent Scotto/Alibert. L’Océanie Manureva de Brel à Antoine, en passant par Alain Chamfort. La Californie, San Francisco, la route 66, bon ou mauvais trip… Et l’Afrique, ou plutôt Africa, pour faire plus mythique, comme on dit Gaïa pour désigner la Terre.

Deux expositions ont lieu actuellement à Paris sur un thème identique : la possession du corps par l’âme d’une autre personne. Au Musée d’art et d’histoire du judaïsme, une expo* sur le dibbouk, thème tardif alimenté par la Kabbale et révélé par la pièce yiddish de Shalom An-ski, (1917)**. Autre exposition : celle au Quai Branly sur les zombis***. Ah, le vaudou, les sorciers, l’envoûtement… Nous y voilà ! Nous allons passer en revue des « chansons Africa ».

*jusqu’au 26 janvier 2025.

**Shalom An-Ski, Le Dibbouk, L’Arche, 2014.

***Le créolophone que je suis aurait écrit : des zonbi.

Je pensais qu’il y en avait pléthore : il y en a finalement assez peu. Je voulais d’emblée éviter la soupe des Alpha Blondy, Tikken Jah Fakoly et autres Ali Farka Touré, lesquels, sur un air vaguement reggae, débitent en boucle depuis trente ans « Africa, Africa » parce qu’ils n’ont rien d’autre à dire et en font leur fonds de commerce… Et on évitera également le gnan-gnan Saga Africa du si-populaire-et-consensuel Yannick Noah. Finalement, il ne reste pas grand chose. Je ne voulais pas vous décevoir, mais il était trop tard pour changer de thème. L’année prochaine, il y aura quelque chose de plus intellectuel…

Alors, à la guerre comme à la guerre :

On n’attendait pas Jean Ferrat sur ce terrain-là, malheureusement le résultat est décevant. Michelle Senlis, la parolière habituelle de Ferrat, est meilleure quand il y a un cadre politique précis (l’Union soviétique, la guerre d’Espagne, Cuba), mais là, c’est raté. Le texte de Michèle Senlis évoque peu l’Afrique, et la musique de Ferrat non plus. Et j’ai triché : c’est « Afrique » et non pas « Africa » qui apparaît dans le titre. J’aurais pu aussi aborder des chanteurs tiers-mondistes, mais Nougaro n’a rien chanté sur l’Afrique et Lavilliers m’agace.

Jean Ferrat, A moi l’Afrique (paroles : Michèle Senlis, musique : Jean Ferrat), 1972.

Quand j’étais jeune et vivais en Martinique, j’écoutais (un peu) de reggae. Jamais Bob Marley, trop connu, mais Peter Tosh, Jimmy Cliff ou Gregory Isaacs. Dans l’album Mama Africa de Cliff, qui contient la chanson éponyme, il y avait aussi une reprise de Johnny B. Goode de Chuck Berry ! Tosh est mort assassiné à 43 ans, de par ses fréquentations de trafiquants de drogue repris de justice. Quelle référence ! Il est vrai que le reggae est de la musique de chanvre

Peter Tosh (paroles et musique), Mama Africa, 1983.

Nina Hagen est un peu la Brigitte Fontaine allemande, c’est dire si elle est siphonnée… C’est une déconneuse assumée, et une excellente performeuse vocale qui aurait pu faire une carrière lyrique (aujourd’hui, elle chante du Kurt Weill), tant son registre est étendu. Bon, African Reggae (de l’album Unbehagen) n’est pas ce qu’elle a fait de meilleur et c’est en plus une célébration du haschisch – encore. Les germanophones remarqueront tout de même que dans le dernier couplet, elle dénonce l’excision. En tous cas, utiliser le jodl dans du reggae est assez cocasse.

Nina Hagen, African Reggae (paroles et musique : Bernhard Potschka, Nina Hagen, Reinhold Heil), 1980.

Je vous avais prévenu : en v’là, de la variétoche ! Je dirais même de l’easy listening ! Je connaissais la chanson : difficile à l’époque de passer à côté ! Mais je ne savais pas qu’elle était du groupe Toto dont je n’ai entendu parler qu’à l’occasion des recherches pour cet article. La bonne vieille recette : une basse entêtante, donc envoûtante, et c’est bien connu, tout ce qui est envoûtant évoque l’Afrique… Pour cela, le groupe utilisera le nouveau synthétiseur Yamaha CS-80, ainsi qu’un élément de gamelan* ramené d’Indonésie par David Paich, et qui n’a donc rien d’africain ! Là, au moins, dans ce « titre »**, l’Afrique, « çà le fait ». Cà s’améliore…

*Le gamelan est un ensemble de percussions métalliques traditionnel indonésien.

**Il n’y a plus de chansons mais des titres. Il n’y a plus de films d’animation mais des licences

Toto, Africa, (musique : David Paich, Jeff Porcaro, paroles : David Paich), 1982.

« Rose is a rose is a rose is a rose »

-Gertrude Stein

WOUAAAAH ! Rose Laurens ! Quand le clip de cette chanson passait (je me souviens des clips…), j’avais le nez sur l’écran… On remarquera 1. que Rose Laurens a une très bonne diction et 2. qu’elle a une gestuelle suggestive. Peu de gens savent qu’elle était aussi comédienne et avait joué Fantine dans la comédie musicale Les Misérables. J’ai choisi ce clip (interprété en anglais) de la télévision allemande, car c’est le plus sensuel de sa chanson Africa. En français, çà donne : « Je suis amoureuse d’une terre sauvage – un sorcier vaudou m’a peint le visage – son grigri me suit au son des tam-tams – parfum de magie sur ma peau blanche de femme ». Envoûtant, n’est-ce pas ? « Ung souffleu barbareu », comme dirait Nougaro… En tous cas, on y arrive, on y arrive…

Version allemande de : Rose Laurens, Africa (musique : Jean-Pierre Goussaud, paroles : Jean-Michel Bériat), 1982.

Manu Dibango est à mon avis le meilleur musicien africain avec Pierre Akendengué. Tous deux ont une solide formation classique : pratique du chant sacré puis conservatoire. Il existe deux titres (instrumentaux) de Dibango avec le mot Africa : ils sont bons mais pas évocateurs (rien ne vaut le fameux Soul Makossa). Quant à Pierre Akendengué, c’est un Gabonais né en 1943. En 1982, il sort Awana W’Afrika (« enfant d’Afrique » en myéné). Où l’on voit que c’est dans les meilleures calebasses qu’on fait les meilleures soupes !

Pierre Akendengué (paroles et musique), Awana W’Afrika, (1982).

J’espère ne pas avoir trop gâché votre Noël avec cette rubrique bâclée. D’où la nécessité de s’y prendre vraiment à l’avance pour pouvoir corriger le tir…

Dekoikonparle ? (7)

Clients et usagers

Le « gentil » Michel Barnier, ce grand méchant mou : mon oeil, oui ! Quelqu’un qui a occupé à deux reprises le poste de commissaire européen ne peut qu’être suspect. Cet homme lisse et sans humour préfère les salons du pouvoir à la volonté du peuple, car c’est lui qui a participé à la trahison du vote du 29 mai 2005 : il a préparé le « oui » et lorsque le « non » est passé, il a mis en place, avec d’autres, le Traité de Lisbonne, bafouant la volonté du peuple français. C’est donc un homme dangereux qui représente l’allégeance au système de l’Otan, au moment où la paix est menacée. Bref, Barnier est une image miroir de Macron…

Qu’est-ce que Macron va encore pouvoir inventer comme manifestations et événements liés au sport, pour nous faire « tenir » jusqu’en 2027 ? Ils n’ont pas de pain ? Qu’ils bouffent des jeux ! Cette injonction olympique commence à me courir sur le système… « Ces JO ont dit quelque chose de notre culture et de notre audace » a déclaré le président. On croyait que l’audace, c’était de réindustrialiser la France, et de faire des services publics un modèle pour le monde. Quant aux JO, c’est plutôt la culture Disney…

LA LISTE PEREC DU JOUR :

"La quatrième [malle] contenait [...] une tente à six places avec tous ses accessoires et fournitures depuis la classique «vache à eau» jusqu'au commode [...] gonfleur à pied, en passant par la toile de sol, le double-toit, les piquets inoxydables, les tendeurs de rechange, les duvets, les matelas pneumatiques, les lampes-tempête, les réchauds à pastille, les bouteilles thermos, les couverts emboîtables, un fer à repasser de voyage, un réveille-matin, un cendrier «anosmique» breveté [...] et une table entièrement pliante".

Dans le Dekoikonparle consacré au nucléaire (https://champouin.blog/2022/10/15/dekoikonparle-5/), j’avais écrit : « […] les comptables au pouvoir, ainsi que les obsédés de la dette ont réussi à saboter les projets Superphénix en 1998, Phénix en 2010 et Astrid en 2019 : il n’y a pas de quoi être fier… ». Or dans Marianne, Yves Bréchet, l’ancien haut-commissaire à l’énergie atomique qui a fini par en claquer la porte en 2018, confiait il y a quelques mois : « L’arrêt soudain du projet Astrid, qui devait ouvrir une nouvelle ère dans le nucléaire civil, m’a fait sortir de mes gonds. la France avait une avance considérable, […] mais des sous-chefs comptables ont tout rayé d’un trait de plume ». En plus des sous-chefs comptables, il y a Mélenchon qui dans son discours au soir du 7 juillet dernier a réclamé le « moratoire sur les grands travaux inutiles ». Les grands travaux : encore un truc de vieux mâles blancs hétéronormés…

J’avais également parlé des jeunes youtubeurs passionnés par la chose ferroviaire* dans Prenons le train du futur !(https://wordpress.com/post/champouin.blog/3657). Dans cette rubrique, j’avais évoqué la coopérative Railcoop (qui voulait relancer les « petites lignes »** transversales), à la recherche de financements. Railcoop a mis la clé sous la porte au printemps.

*Rafraîchissant, car est paru dans Que choisir de mai 2024 un article dégueulasse totalement hostile à la nouvelle liaison ferroviaire Lyon-Turin, avec les mêmes scies : projet dispendieux, non rentable, portant atteinte à l’environnement, et autre conneries dignes des écolos, toujours opposés au train. Que vient faire cet article dans Que Choisir ? Il est pathétique qu’on serve encore la soupe : « gentils consommateurs contre vilains pollueurs », digne d’un Ralph Nader des années 70.

**On notera l’utilisation péjorative par les plumitifs médiatiques de l’adjectif petit, cf. les « petits candidats » des élections présidentielles…

Voici un autre « you tout-beurre » ou « U2 beur », moins jeune mais tout aussi passionné : Clé2berne, qui anime la chaîne YouTube éponyme que je recommande (http://www.youtube.com/c/Clé2Berne). C’est visiblement un agent, ou ancien agent de la SNCF. Je recommande fortement cette chaîne qui est passionnante.

Une clé de Berne est une clé spéciale utilisée en interne par le personnel de la SNCF, et improprement appelée « carré ». En effet, rien n’est standard entre les « carrés » SNCF, RATP, sapeurs-pompiers, Marine nationale, etc.

Néanmoins, quelque chose cloche chez ce monsieur. Il reprend la même litanie éculée, avec virulence, contre l’aérotrain de Jean Bertin (« utopique », « irréalisable », « trop cher », etc.). S’il a raison d’être contre l’Hyperloop (un train/tube sous vide) d’Elon Musk ou autres, il attaque malheureusement aussi le concept de train à sustentation magnétique. Pour lui, c’est utopique. Ses arguments sont financiers (comptable ! – décidément…), infrastructurels (il faudrait construire de nouvelles voies – eh oui, mon bonhomme !), ou alors purement nominalistes (il n’y a pas de roues ni de rails, donc ce n’est pas un train) ! Soutiendrait-il le lobby de la sidérurgie, comme les opposants de Bertin à l’époque ?

Ce qui me choque autant est qu’il ne parle pas de voyageurs, mais de clients. Je lui ai posé la question. Il m’a répondu : « Selon les trains empruntés tu seras soit un client soit un usager. Les TGV ne sont pas des transports publics aussi dedans tu es un client. Le TER est un transport public et dedans tu es un usager. Et peu importe qu’ils roulent sur la même voie. Mais pour moi, l’un et l’autre ont les mêmes droits et méritent la même attention, c’est pourquoi j’utilise les deux et que je n’y vois aucune différence*« . Honte à lui ! On pourrait penser que ce type veut soit garder sa place, soit se faire sponsoriser par la SNCF (ou plutôt par Sncf, sigle sans article pour bien montrer qu’il s’agit d’une marque)… Je crois plutôt que c’est le modèle même de l’apolitique, qui n’en pense rien, bien au contraire… En tous cas on apprend au passage que seuls les transports de proximité (TER, RER, transports urbains) ont le statut de délégataires de service public…

*Souligné par moi.

Le financement de la SNCF avant, et maintenant…

Rebelote, malheureusement : dans son éditorial de TAXI Mag de mars 2024 (magazine destiné aux chauffeurs de taxi), Christian Thomas écrit : « Il serait souhaitable que les médias : TV, radios et un peu la presse écrite n’utilisent plus les mots : usagers consommateurs, utilisateurs abonnés, etc., lorsqu’ils parlent des citoyens mais de CLIENTS ! » – ou alors c’est ironique et il veut rejoindre mon propos mais la formulation est bancale…

Nous allons en profiter pour passer en revue toute la terminologie qui n’est pas encore remplacée par « client » mais çà ne saurait malheureusement tarder, même dans le domaine du régalien, ce qui ne déplairait pas aux libertariens Milei ou Musk. Quand on aura privatisé l’administration des impôts, comment s’appellera ce nouvel « opérateur » ? Taxeo (sans accent sur le e), France-impôt ou my-contrib.eu ?*

*Il faudra que j’écrive un papier sur les dernières tendances des appellations des marques. Après Frichti (qui a fait faillite), aura t-on Boostify ?

Si, « dans le privé » un client est un client, « dans le public » c’est plutôt un usager.

Dans le cas précis des transports, on parlera de voyageurs pour les transports terrestres – c’est là où notre ferroviphile a tout faux -, et de passagers pour les transports maritimes et aériens. Les compagnies aériennes, même les plus agressives commercialement, utilisent encore ce terme alors que les marques Tgv, Ouigo, Thalys, etc., qui parlent d’embarquement et nous souhaitent la bienvenue à bord, sont déjà passées de l’autre côté du miroir…

Fédération nationale des usagers des transports (FNAUT). Des clients, des usagers, des voyageurs ou bien des fnautes ?

Quant à ceux qui sont aujourd’hui des clients des services de base (eau, gaz, électricité, téléphone), ils en étaient autrefois des abonnés.

Les publics des spectacles sont tout simplement des spectateurs. La radio est destinée aux auditeurs et la télévision aux téléspectateurs. Dans ce cas, ce n’est pas une clientèle, mais une audience. Les bibliothèques, les archives publiques et les centres de documentation ont des lecteurs (le lectorat). Les lieux de patrimoine et de culture (hors spectacle) au sens très large, y compris les parcs d’attraction, sont fréquentés par des visiteurs. On parle souvent de visitorat.

Ceux qui sont sur les bancs de l’école primaire sont des écoliers, sur ceux du collège sont des collégiens, ceux des lycées sont des lycéens, voire étudiants. Pour l’enseignement supérieur ce sont des étudiants, parfois élèves pour les « grandes écoles » et l’enseignement supérieur privé. On ne dit plus « stage » pour désigner des formations, mais ceux qui les suivent sont encore des stagiaires.

Etudiant gnangnan…

Quant on recourt aux soins d’un établissement médical public ou privé, on est un patient – terme approprié au vu des déserts médicaux et du sous-effectif hospitalier ! On a même forgé le néologisme patientèle sur le modèle de clientèle.

L’administration des impôts s’adresse aux contribuables, terme malheureusement utilisé avec gourmandise par une droite constituée de commerçants moisis et artisans radins qui, c’est bien connu, « croulent sous les charges ». Et les bénéficiaires (terme officiel cependant) des prestations sociales (CAF, Assedic) sont plutôt des assujettis dans le langage courant. Penchons-nous sur l’Assurance Maladie, appellation inappropriée et qui trahit l’esprit du Conseil national de la Résistance, car il s’agit bien d’une sécurité abondée par des cotisations et non pas d’une assurance abondée par des primes. Du coup, ses bénéficiaires s’appellent assurés, et même assurés sociaux, terme absurde car (si, je le répète, on considère que c’est une assurance…) c’est l’assurance qui est sociale et non les assurés ! Quant aux assurances – les vraies, cette fois – quand elles ont le statut de mutuelles*, on parlera alors de sociétaires. Les caisses (prévoyance, retraite…) ont des cotisants.

*Il suffit de lire la prose des statuts desdites mutuelles pour constater qu’elles n’ont plus de mutuelles que le nom, des coups de boutoir législatifs successifs ayant mis à mal ce statut ces dernières années…

Fraternité Française, le torchon de « l’épicier » Pierre Poujade (1920-2003), obsédé par la tyrannie de l’Etat et des impôts envers les gentils « contribuables », et qui sera nommé membre du Conseil économique et social (1984 à 1999) par l’ancien « résistant de Vichy » François Mitterrand…

Les personnes ayant à faire à la justice, d’un côté ou de l’autre, sont des justiciables, tout simplement. A ce sujet, le fait, pour les avocats de parler de leurs clients me choque énormément. J’en profite aussi pour dire que je trouve totalement ridicule de donner du « Maître » à un avocat ou un notaire…

Bref, l’administration mais aussi les préfets et les maires doivent répondre à leurs administrés. Ces derniers sont-ils la version laïque de leurs paroissiens, voire en langage relâché, de leurs ouailles* ? Ou bien, hélas, des consommateurs ?

*Du latin ovicula, « petite brebis ».

Nota : l’illustration de bannière de titre est l’affiche d’un film de Jacques Poitrenaud (1965). Je l’ai vu une fois à la télévision et peux vous affirmer que c’est un véritable navet, malgré les prestations de Michel Serrault, Jean Poiret et Francis Blanche…

L’oeil de Paris (8)

LA LISTE DU JOUR (extraite de David Foenkinos, La délicatesse, 2012, Gallimard) :

Discographie de John Lennon s'il n'était pas mort en 1980


Still Yoko (1982)
*
Yesterday and Tomorrow (1987)
*
Berlin (1990)
*
Titanic Soundtrack (1997)
*
Revival - The Beatles (1999)

Et cela me donne l’idée de faire le même exercice pour d’autres chanteurs ou groupes. A suivre, donc !

Nous avons la dernière fois passé en revue les rue et place des Abbesses. Mais sait-on qu’il y a un passage éponyme commençant rue des Abbesses et finissant rue des Trois-Frères ?

Voilà l’entrée du passage. Je ne l’ai pas fait exprès, mais çà en jette avec cette vieille voiture devant…

A l’intérieur, une chicane. Il faut faire un « gauche-droite ». Faire la liste des rues ou villages comportant une chicane…

On monte l’escalier, demi-tour, chicane et on sort. Vous suivez ?

Sans paroles.

Mouais, bof…

Ce passage a une particularité : c’est un lieu de graphisme de rue en tous genres. Ici, si on reconnaît bien Amélie Poulain, de Gaulle est totalement raté.

Florilège !

Et maintenant la rue d’Abbeville (commençant pl. Franz-Liszt et finissant rue de Maubeuge), première de notre série à porter un nom de ville (Maubeuge, Dunkerque, Denain…) desservie par la compagnie des chemins de fer du Nord : la gare est proche.

Superbe immeuble construit par Georges Massa en 1897 avec son décor sculpté au ciseau : frontons, masques, guirlandes, putti et gueules de lions à gogo.

Et son voisin, d’Alexandre et Edouard Autant (1901), de style Art nouveau.

A gauche : « pourquoi Cariatides ? », à droite : « Ah ben oui, je comprends, maintenant » !

Ne pas confondre avec Guy ou Gilbert…

La rue aboutit place Frantz-Liszt, dont la rambarde à colonnettes de l’horrible église Saint-Vincent-de-Paul donne pourtant un petit air de Rome…

L’oeil de Paris (7)

Retour sur ce que vous savez :

Faire nation, faire société, faire président, faire sens, FAIRE BARRAGE.

On ne regrettera ni les orientations du milliardaire Bolloré, ni le pseudo-bouffon Hanouna, ni la télé de merde qu’était C8, mais il est quand même inquiétant qu’en France on puisse interdire un média (en novlangue juridique, on ne « reconduit pas sa fréquence »). Va-t-on interdire une autre chaîne, une radio, ou un média papier ? Ce fait, ajouté à l’éviction de Guillaume Meurice de France-Inter pour une blague « douteuse », a des relents de censure…

Benoît Duteurtre est mort. Cet écrivain et chroniqueur n’était pas anti-progrès, ni nostalgique du « c’était mieux avant ». Simplement, il était en colère contre la marchandisation de la société, celle qui fait, par exemple, que nos centre-villes, gares et aires de repos d’autoroute soient devenus un alignement obscène de marques*, et regrettait que l’on prenne le Tgv comme on prend vulgairement le métro après être de surcroît passé par l’épreuve électronique tyrannique des mots de passe, comme tous les services d’aujourd’hui… Il regrettait que, de nos jours, tout soit bruit, laideur et zapping permanent. D’autre part, il animait depuis 25 ans Etonnez-moi, Benoît sur France-Musique, émission consacrée à l’opérette, qu’il a contribué à faire relancer, et à la chanson française – la vraie, avec mélodie, couplets et refrain et non pas la soupe actuelle des maisons de disques ou d’émissions comme The Voice ou Star Academy

[Dernière minute : j’ai écrit ce « chapeau » le 18 juillet. Or, dans Marianne du 25, que j’ai acheté samedi 27, Jérôme Leroy écrit un hommage à B. Duteurtre. Je cite : « Benoît Duteurtre ne pensait pas que c’était mieux avant mais il était certain que c’était pire maintenant ». Sommes-nous, Leroy et moi, doués de télépathie ? En tous cas, il y a consensus, comme on dit aujourd’hui…]

LA LISTE DU JOUR :

Extrait de Front Populaire (le magazine, et non pas…) n°15, avril 2023 :

"Cette reconfiguration du capitalisme a donné lieu à une batterie de notions et de qualificatifs pour appréhender et décrire l'immense processus de régression anthropologique à l'oeuvre dans l'économie des plates-formes numériques : «capitalisme attentionnel» (Pierre Citton), «sémio-capitalisme» (Franco Berardi), «hypercapitalisme» (Jean-Paul Galibert), «capitalisme cognitif» (Bernard Stiegler), «capitalisme mental» (Georg Franck), «capitalisme nétarchique» (Michel Bauwens), «capitalisme pulsionnel» (Bernard Stiegler), «technocapitalisme» (Renaud Vignes), etc."

Vais-je consacrer un Dekoikonparle ? sur le sujet ?

Après les abbés, les abbesses ! Tout d’abord avec la place des Abbesses, donnant sur la rue éponyme. Le nom provient des abbesses présentes dans l’abbaye de Montmartre fondée par Louis le Gros en 1134.

Il suffit de sortir du métro – la station la plus profonde de Paris. Par contre, l’édicule (quel vilain mot) d’Hector Guimard, n’est qu’une réplique. Le seul qui soit d’origine se situe à la sration Porte Dauphine, et ce n’est même pas son emplacement initial !

Pour être vert, c’est vert !

Et maintenant la rue des Abbesses (commençant rue des Martyrs et finissant rue Lepic), malheureusement devenue rue bobo tête-à-claques.

Visiblement le syndrome Amélie Poulain n’a pas atteint que les étrangers, mais les attirent, tout de même… On s’attend à voir surgir de cette brasserie une meneuse de revue avec truc en plumes façon Paradis Latin ou Casino de Paris.

Dans ce paradis parisien où les touristes croient pouvoir tomber sur Jean-Paul Sartre ou Juliette Gréco, même le slip est français ! Bon, le slip de J.-P. Sartre, çà ne fait pas vraiment rêver…

La rue des Abbesses était autrefois dédiée aux commerces de bouche. Les devantures étaient donc surmontées de ces ouvrages en fer forgé. Le rouge était la couleur des bouchers, et il est heureux que l’enseigne sur l’image de gauche n’est pas été pour une fois transformée en boutique de fringues.

Contre les néo-nazirs, il faut faire barrage !

Y’a comme un problème avec ce bâtiment en train de s’affaisser, tout comme certains immeubles des quais de Nantes ou de Bayonne !

Cà en jette ! L’immeuble de gauche date de 1852. Et celui de droite est « à cheval » entre Art nouveau et Art déco.

Y at-il un poète maudit ou un peintre bohème derrière ces fenêtres ?

Mais non, voyons ! Ils ont été expulsés par les bobos investisseurs !

Une curiosité : l’église Saint-Jean-l’Evangéliste, une architecture révolutionnaire de métal et de ciment armé (1904).

La voilà ! Très belles mosaïques…

L’architecte s’appelait Anatole de Baudot.

Et la rue vient mourir sur cette boutique rose bo(n)bo(n) : Antoine & Lili…

Mais on n’en a pas fini avec les Abbesses…

A suivre…

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L’oeil de Paris (6)

Il est clair qu’à présent, un climat de peur commence (20 minutes du 5 juillet : « Peurs sur la France », Marianne du 4 juillet : « De quoi faut-il avoir peur ? »). Macron nous avait bien préparé : peur des Gilets jaunes, peur du virus de la covid, peur du « fardeau de la dette », peur des Russes, peur d’être un suppôt* de Poutine si on vote mal. Le but étant que le peuple aie peur d’une oligarchie qui lui dicte de quoi il doit avoir peur… Et çà marche : « Les minorités profitent de notre peur », écrit Elisabeth Badinter dans Messieurs, encore un effort, (Flammarion/Plon, 2024). L’écrivain Kamel Daoud le reconnaît : pour lui, l’Occidental « coupable » de tout (migrants noyés, putschs en Afrique, morts à Gaza) – il ironise, évidemment – culpabilise et baisse la tête. Daoud met le doigt sur un moteur du wokisme : la peur. Cette peur a incité le peuple à faire barrage.

*Un suppôt et au lit ? Un Bigflo & Oli ?

« La France a peur… »

Selon moi, cette élection n’est pas légitime : aucun programme, aucun projet (si : le Smic à 1600 € et la suppression de la réforme des retraites. C’est un peu court). Or « faire barrage » n’est pas un projet !

Faire barrage…

Dans la rubrique Annus horribilis du 1er mai [https://champouin.blog/2024/05/01/annus-horribilis/], je mettais en scène un Macron devenu fou. La réalité rejoint-elle la fiction ? Pas tellement : je pense que son but était de passer pour un démocrate, en décrétant l’alternance tout en sauvegardant bien entendu les intérêts de l’élite financière grâce à l’ultra-libéralisme du RN. Les électeurs l’ont plus ou moins consciemment compris. Caramba ! Encore raté pour Macron…

Je suis peut-être complotiste ou bien je me prends pour Macron, mais comment toute cette gauche hétéroclite a-t-elle pu constituer une entente et un programme commun en 48 h ? Etait-elle au courant 1. d’une dissolution et 2. du délai court de trois semaines avant le scrutin ?

Pas d’interruption du Champouin pendant les vacances, mais vous avez droit à trois numéros de L’oeil de Paris, et La liste du jour va s’éloigner momentanément de Georges Perec.

LA LISTE DU JOUR :

Celle-ci est extraite d’Alchimie du Verbe, d’Arthur Rimbaud (1873). D’abord inclus dans Une saison en Enfer, cet essai littéraire est disponible depuis 1953 dans ses Oeuvres complètes (Mercure de France).

"J'aimais les peintures idiotes, décors, toiles de saltimbanques, enseignes, enluminures populaires ; la littérature démodée, latin d'église, livres érotiques sans orthographe, romans de nos aïeules, contes de fées, petits livres de l'enfance, opéras vieux, refrains niais, rythmes naïfs [...] Je m'habituai à l'hallucination simple : je voyais très franchement une mosquée à la place d'une usine, une école de tambours faite par des anges, des calèches sur les routes du ciel, un salon au fond d'un lac"

Il se trouve que, malheureusement, les rues portant le noms d’abbés ne sont pas toujours les plus intéressantes…

Commençons avec la place de l’Abbé Jean-Lebeuf, située entre la rue Guilleminot et la rue du Château :

Cette place est une « ouverture » sur l’ensemble de la place de la Catalogne conçue par Ricardo Bofill.

Encore plus confidentielle, la rue de l’Abbé Migne commençant rue des Francs-Bourgeois, finissant square Victor-Langlois :

L’Abbé Jacques-Paul Migne (1800-1875) fut un prêtre catholique français, imprimeur, journaliste et éditeur de livres religieux.

Vestige d’un bâti ancien, cette rue vient « mourir » dans un îlot abattu, aujourd’hui le square Langlois. Du coup, elle est plus que courte !

Maintenant la rue de l’Abbé Patureau, commençant rue Paul-Féval, finissant rue Caulaincourt :

Marie Charles François Patureau (1853-1930), ancien curé de St-Pierre-de-Montmartre.

Première rue de notre série, qui comporte des escaliers – et ombragés de surcroît.

« Il suffit de traverser la rue »…

Suite et fin, avec cet immeuble rouge en perspective, dont on aurait voulu qu’il soit centré.

Qui était Roger Derry (Rue de l’Abbé Roger-Derry, commençant rue de la Cavalerie et finissant avenue de Suffren) ?  

Une rue chic dans un quartier chic.

Vous n’avez pas rêvé : en perspective, un immeuble des années 40 qui fut autrefois un garage Aston Martin. Çà en jette !

♦ 

L’avenue de l’Abbé Roussel (commençant rue la Fontaine, finissant avenue Théophile-Gautier) et la rue de l’Abbé Rousselot (commençant boulevard Berthier, finissant avenue Brunetière) ne nous ont pas inspirés… Notons tout-de-même que le premier (1825-1897) fut le fondateur des Orphelins d’Auteuil et le second (1846-1924), considéré comme le fondateur de la phonétique expérimentale, a inventé un système de transcription  phonétique.

Notre dernier abbé : Jean-Baptiste Soulange-Bodin. Sa rue commence rue Guilleminot et finit rue de l’Ouest.

Cette courte rue est piétonne, (il paraît qu’on doit dire « piétonnière »), bon prétexte pour la terrasse du restaurant.

Et les piétons sont-ils des papetons ?

Avertissement !

On fera mieux la prochaine fois… Mais il n’y aura pas de rue de l’Abbé Chamel, de l’Abbé Kahn (un converti…) ou de l’Abbé Tumaine !

A suivre !

Mon Saint-Quentin (3)

La quintessence de la province…

En guise de « chapeau », quelques remarques sur la mise en page de ce blog : j’essaie de trouver une solution pour que chacun puisse trouver où déposer un commentaire, mais c’est un work in progress, comme on dit. Je viens d’installer un bouton « commentaire » dont l’utilisation ma paraît étrange… A suivre. D’autre part depuis quelques temps, les photos ont une fâcheuse tendance à se décaler sur la gauche, voire à chevaucher (hue !) le texte. L’assistance de mon hébergeur WordPress est un chat (miaou, ou plutôt miaaw) communautaire, comme pour « l’assistance » Windows, mais j’aurais voulu parler en live à quelqu’un (à l’ancienne, quoi)… A suivre également.

Salauds de chinois qui veulent exporter 12% de leurs véhicules électriques ! Concurrence déloyale ! On remarquera tout-de-même que l’Allemagne, le Japon et les Etats-Unis exportent respectivement 80, 50 et 25% de leurs automobiles, et que leur premier marché est la Chine…

LA LISTE PEREC DU JOUR :

"Un programme du cinéma le Caméra, 70 rue de l'Assomption, Paris 16e, pour le mois de février 1960 :

du 3 au 9 :
La Vie criminelle d'Archibald de la Cruz, de Luis Buñuel,

du 10 au 16 : Festival Jacques Demy :
Le Bel Indifférent, d'après Jean Cocteau, et Lola, avec Anouk Aimée,

du 17 au 23 :
Tiens bon la barre, Jerry, de Gordon Douglas, avec Jerry Lewis,

du 24 au 1er mars : Présence du cinéma hongrois : un film différent par jour, avec, le 26, en première mondiale et en présence de l'auteur :
Nem szükséges, hogy kilépj a házból, de Gábor Pelos,"

Mon grand-père paternel s’appelait Charles Roger et était pharmacien à Saint-Quentin. Cà tombe bien : çà me permet de vous narrer deux anecdotes historiques.

Avant les bombardements de 1916, la pharmacie de la rue Raspail n’était pas au 58 (celle de mes grands-parents, installés quinze ans plus tard), mais presque en face, au 61, angle rues Raspail/Le Sérurier. L’officine fut brièvement occupée par un certain Alexandre Cazé (vraisemblablement en tant que préparateur), qui déménagea en tant que pharmacien Place du Palais de Justice en 1897. Il y créera le fameux Sirop des Vosges Cazé, puis s’installera à Paris en 1911. Ledit sirop n’a donc rien de vosgien !

La pharmacie Huyon où travaillait Alexandre Cazé.

Et peu de Saint-Quentinois savent qu’ils ont un Charles Rogier – avec un i – (1800-1885) comme enfant du pays. Bien que né à Saint-Quentin, il sera l’un des protagonistes de l’indépendance de la Belgique ! La station de métro Rogier, à Bruxelles, lui doit son nom.

Vous allez enfin connaître l’origine de ma fixation sur Saint-Quentin.

J’étais un petit banlieusard parisien. Régulièrement, les « samedi-dimanche » comme disait ma maman (on ne disait pas « week-end« ), nous allions chez ma grand-mère à Saint-Quentin.

Client Roi … Cà fait province à mort !

Pour moi, c’était un autre monde – magique et enchanteur : une tranquillité à toute épreuve (c’est vrai que St-Quentin un dimanche, c’est mort…, et en semaine dès le carillon de midi, les gens couraient sur le trottoir pour ne pas arriver en retard pour le déjeuner) au point d’entendre les krou… krou… des pigeons depuis la fenêtre de la cuisine ; des commerces typiquement provinciaux (Armand-Thiéry & Sigrand*, Phildar, les Nouvelles Galeries) ; le réseau des commerçants au label Client Roi ; des charcuteries (avant qu’on se la pète en les appelant traiteur) dont la vitrine montrait « qu’on n’avait pas tout çà à Paris » comme les ficelles picardes et les flamiches aux poireaux ; des boulangeries qui vendaient des patates en pâte d’amande et des glands – avec de l’alcool dedans ! ; un Monoprix à l’ambiance familiale (quand on rencontrait quelqu’un, c’était forcément au Monoprix) ; et les cinémas dont le rideau faisait de la publicité pour les commerçants.

*Malgré une « légende urbaine », Armand-Thiéry n’est pas une entreprise fondée à Saint-Quentin, mais en Belgique. Même la Société Académique de St-Q. maintient l’ambigüité.

Surtout, c’était une ville structurée – une vraie ville, quoi. Difficile d’avoir des points de repère en banlieue parisienne (encore que Boulogne-Billancourt, puis Chaville, où nous étions, ce n’est pas le 9-3 !). Mais en « petite province », pas besoin de préciser son adresse. « J’habite derrière la cathédrale », « J’habite sur le boulevard, en face de la Caisse d’Epargne »,  » J’habite faubourg Saint-Machin », « J’habite rue de Paris » : il y a des repères. Ainsi Saint-Quentin avait son faubourg industriel d’outre-gare, son boulevard avec un ancien champ-de-Mars appelé pompeusement « Champs-Elysées », sa ZUP*, sa collégiale/basilique au point le plus haut de l’oppidum, sa Grand-Place avec son hôtel de Ville datant de 1509 qui émettait tous les quarts d’heure un air de carillon (l’âme de St-Q.). Il s’agissait, selon le moment, du P’tit Quinquin, de Joyeux Carillon ou de mon air préféré que je n’arrive pas à identifier, faute de micro pour pouvoir fredonner un air sur les moteurs de recherche… Bref, on n’avait pas tout çà à Paris – et encore moins aujourd’hui…

*La mini ZUP ? Ha, ha !

L’air du Joyeux carillon, des Cloches de Corneville, opéra-comique de Robert Planquette (1877). Je ne sais pas où a été captée la vidéo, ce n’est évidemment pas à Saint-Quentin – peut-être à Corneville en Normandie où se déroule l’intrigue. Il n’y a malheureusement pas à ma connaissance d’enregistrements du carillon de Saint-Quentin.

Cette ville était donc mon petit paradis, mon refuge, et un peu « mon Amérique à moi » comme dirait Brel.

Revenu à Saint-Quentin quarante ans plus tard, catastrophe ! Certes, la Grand-Place et trois rues adjacentes sont désormais piétonnes*, ce qui a permis à des pseudo-restaurants de s’installer et d’y étaler leurs terrasses. Mais je me souviens d’une ville commerçante : la rue Emile-Zola, la rue d’Isle et le bas de la rue Raspail étaient un alignement de magasins. Las ! Ce n’est maintenant plus qu’une alternance de commerces communautaires (kébabs, pizza hallal, bars à chicha, téléphonie…) et de pas-de-porte fermés. Et les enseignes locales emblématiques de la ville – Seret (grand-magasin), Top van Dooren (tissus d’ameublement), Pasdeloup (arts de la table), Marchandise (chaussures), Henri (salon de thé), Mijo (glacier), Au Riche (restaurant), Vampoulle (librairie catholique), Desprey-Pollet (encadreur et fournitures pour beaux-arts) – avaient soit disparu, soit été remplacées par des enseignes à la con. Seule subsiste Trogneux (chocolatier), succursale de qui vous savez.

*Les rues piétonnes sont typiques des sociétés post-industrielles : faire en sorte que précaires et allocataires consomment et ne se révoltent pas !

« Le Palais du jouet » : un des anciens commerces de Saint-Quentin, rue d’Isle. Très belle façade en bois, malheureusement défigurée par les enseignes. Mais JouéClub s’étant fait racheter par La Grande Récré, ce magasin existe-t-il encore ?

Saint-Quentin était doté de trois cinémas : le Carillon, le Splendid et celui de la Grand-Place dont j’ai oublié le nom. Aujourd’hui tout est regroupé dans un multiplexe sans âme, dans lequel les beaufs viennent s’obésifier de pop-corn et de glaces Mars.

La ville était, jusqu’aux années soixante, une étape routière vers le nord et une étape ferroviaire de la ligne Paris-Bruxelles. Il y avait un « Grand-Hôtel », certes mal situé. De nos jours, l’autoroute trace directement entre Amiens et St-Q., et un TER crasseux, que l’on prend comme le métro, fait la navette entre Paris et ce qui est devenu une ville-dortoir de troisième couronne. Cette ville semi-industrielle, dont l’usine Motobécane produisait les bonnes vieilles Mobylette, a fondu comme un glaçon : de 67 243 habitants en 1975, elle descend à 52 958 en 2021, soit le niveau de 1906…

Hélas, hélas, hélas, Saint-Quentin m’a trahi. En réalité, toutes les villes petites et moyennes nous ont trahi (St-Q., Moulins, Figeac, Blois, Châteauroux, Uzès, Saint-Dié, Villefranche-sur-Saône, Sens, Bourg-en-Bresse, Saint-Brieuc, Auch et une centaine d’autres…). C’est la « mutation de la société », comme disent avec gourmandise économistes et sociologues en se gardant bien d’émettre un point de vue moral… Les causes, en réalité, sont multiples : libéralisme, désindustrialisation, mondialisation, grande distribution et ses centres commerciaux, vieillissement de la population, et le modèle commune < canton < département < Etat remplacé par le modèle intercommunalité < métropole < région < Europe. En un mot la désintégration contrôlée de l’économie (« mutation de la société » en novlangue orwélienne).

Bingo ! Juste après la rédaction de ce paragraphe, en lisant Armand Grabois, Grand Atlas – Géographie de la France, Histoire & connaissances Hors-série, sept. 2023, je tombe sur la description (p. 110) de ces deux modèles. Grabois précise même : « L’une [le premier modèle] est chargée de la besogne ingrate et de rendement nul (armée, justice, police, affaires sociales), l’autre [le second] de tout ce qui engendre de la plus-value (l’économie moderne, métropolitaine) ».

A lire également : Jérôme Fourquet, Jean-Laurent Cassely, La France sous nos yeux – Economie, paysages, nouveaux modes de vie, 2021,Seuil.
Lire également les ouvrages de Christophe Guilluy et ceux de deux démographes : Hervé Le Bras et Emmanuel Todd.

J’ai toujours connu ce garage juste à côté de la basilique – et c’était franchement moche…

Saint-Quentin fait aujourd’hui l’objet d’un plan Action Coeur-de-ville : entre autres, rachat de fonds de commerce par la municipalité et aménagement du parvis de la basilique, que j’ai toujours connu, hélas, comme un endroit pas aménagé et un peu glauque. Le comble !

Alors vivrai-je assez vieux pour retrouver non pas « mon petit Liré », mais « mon » Saint-Quentin ?