Ecr. l’inf. (4)

Pour ceux qui en étaient restés à Stanislas* Guérini, Guillaume Kasbarian est le nouveau Ministre de la Fonction publique, de la Simplification et de la Transformation de l’action publique. Tout est dans l’intitulé, car dès que ce dernier à appris qu’Elon Musk était nommé par Trump à la tête d’un « département de l’efficacité gouvernementale », il s’est précipité sur son clavier : « J’ai hâte de partager avec vous les meilleurs pratiques pour […] repenser les organisations publiques pour améliorer l’efficacité des agents publics ». Admettons qu’en tant que tel, il s’agit d’une bonne intention (on peut rêver). Il sera plus difficile d’admettre que Kasbarian ne sache pas qui est Musk…

*Prénom tête-à -claques, s’il en est ! A bas les Edouard, les Charles-Henri, etc…

LA LISTE PEREC DU JOUR :

"Avant la guerre, elle travaillait dans une usine de cartonnages, qui faisait des emboîtages pour des livres d'art, en carton fort recouvert de soie, de cuir ou de suédine, avec des titres frappés à froid, des classeurs, des présentoirs publicitaires, des garnitures de bureau, des cartonniers en toile rouge sombre ou vert Empire avec des filets à l'or fin, et des boîtes fantaisie - à gants, à cigarettes, à chocolats, à pâtes de fruits - avec des décorations au pochoir".

L’arrestation le 16 novembre de l’écrivain Boualem Sansal par les autorités algériennes, suivie de son incarcération, est inquiétante, pas seulement en soi, mais aussi pour l’avenir de l’Algérie.

Il ne s’agit pas seulement de propos, comme il a été dit, sur la légitimité du territoire algérien : Sansal affirme en effet qu’une bonne partie aurait été arrachée au Maroc par la France colonisatrice. En réalité, Boualem Sansal a depuis des années dénoncé le vrai visage de l’Algérie : intolérance, totalitarisme, brutalité, islam(isme), haine et manipulations idéologiques. Il dénonce également l’antisémitisme.

Boualem Sansal :

Le Serment des barbares, Gallimard (Folio), 1999.

2084 : la fin du monde, Gallimard, 2015.

L’infortune s’abat aussi sur Kamel Daoud. Son dernier roman, Houris (prix Goncourt 2024), fait intervenir un personnage, une femme privée de la parole suite à une tentative d’égorgement lors des massacres des années 1990. Une algérienne au cas similaire lui fait aujourd’hui un procès. Il faut savoir que la loi dite « de réconciliation » (comprendre « de compromis avec les islamistes ») post-décennie noire interdit de narrer les faits de l’époque. Cette femme a-t-elle reçu des pressions du pouvoir en place ? Tout cela s’inscrit dans une stratégie de tension (« une prise d’otages de Paris par Alger », écrit L’Express) contre tous ceux qui dénoncent la dangereuse jonction du djihadisme et du décolonialisme, car c’est de cela dont il s’agit.

Kamel Daoud :

Meursault, contre-enquête, Gallimard (Folio), 2023

Houris, Gallimard, 2024

Kamel Daoud

Daoud a écrit un brûlot dans Marianne du 7 novembre. Je cite : « Aujourd’hui, camouflés derrière la barrière linguistique, les islamistes diffusent un révisionnisme dont l’objet est la guerre d’Algérie : celle-ci devient dans leur récit, largement diffusé, un djihad contre une France coloniale et chrétienne ». Les prémices de cette dimension religieuse perçaient tout de même déjà sous l’habit du FLN, mais ses sympathisants français communistes, trotskystes n’ont rien vu ou ont refusé de voir (« ils peuvent penser ce qu’ils veulent : moi, de tout façon je m’en fous, je suis athée »)*. Pire : « intellectuels » (Vidal-Naquet, Duras, Clavel) aussi bien que porteurs de valises, aveuglés par leur tiers-mondisme relativiste, encensèrent par la suite la révolution en Iran… Aujourd’hui, une certaine gauche wokiste et antisémite, aveuglée par la lutte (légitime) pro-palestinienne, ne s’émeut pas de l’oppression des mollahs sur les femmes iraniennes. Je ne parle même pas de la complaisance ou de la démission de nos élites politiques. Pas de vagues !

*Il y eut tout de même des militants FLN juifs ou chrétiens...

La matrice intellectuelle de tout cela est le relativisme culturel de l’Ecole de Francfort et de Normale Sup des années 30, relayés par Lévi-Strauss, puis par les bourgeois staliniens germanopratins Aragon/Triolet et Sartre/Beauvoir. Avec une couche supplémentaire : la culpabilité post-décolonisation.

Le bon temps des partouzes chic sous la faucille et le marteau…

J’entends déjà certains objecter que Boualem Sansal est proche de Michel Onfray et collabore au magazine Livre Noir. Daoud et Sansal sont au demeurant proches de Marianne, que la gauche citée supra qualifie de populiste, si ce n’est d’extrême-droite. Et ce que dit Kamel Daoud sur l’histoire maghrébine rejoint les propos de Driss Ghali (cf. notre rubrique Ecrasons l’infâme#3 https://wordpress.com/post/champouin.blog/7093), lequel s’exprime dans des médias assez à droite. Mais quels média mainstream aura les couilles publier ce que disent frontalement Sansal, Daoud et Ghali ? Qui osera publier, in your face (comme disent les Américains) ou zyé dan zyé (comme disent les Antillais), ce que pensent nos trois mousquetaires du Maghreb ? En tous cas, je vois très bien Marianne, qui mène un combat pro-laïcité depuis trente ans, faire l’objet d’un attentat islamiste, et Boualem Sansal, Kamel Daoud (ce serait pour lui la deuxième fois), Yasmina Khadra, Rachid Boudjedra, qui ont fui les horreurs des « frères » dans l’Algérie des années 90, faire l’objet de fatwas…

Alors il est temps pour l’Algérie d’en finir avec la « rente » mémorielle du FLN (qui rappelle celle des dinosaures de l’ANC en Afrique du Sud, ou celle des « gaullistes » anti-gaulliens UDR/RPR) et de se projeter enfin vers le futur. L’Algérie doit abandonner ses fausses fiertés et honneurs, et tout ce qui va avec (corruption, rente gazière, prépondérance de l’Armée, et soumission aux barbus). C’est la condition pour qu’une nouvelle demande d’adhésion de ce pays au BRICS* soit enfin acceptée, pour une économie non dirigée par le dollar, l’euro ou les hydrocarbures.

*Une première demande a été rejetée en 2023.

Beethoven (van) Ludwig Bertin Jean Beuve-Méry Hubert BlackRock Blogue du Vestiaire (Le) Boudard Alphonse Brel Jacques Cheminade Jacques Coluche Dautin Yvan Duneton Claude Dutronc Jacques Ferrat Jean Ferré Léo Gaulle (de) Charles Ghali Driss Guilluy Christophe Houellebecq Michel Huxley Aldous Lapointe Boby Lula da Silva Luis Ernesto Macron Emmanuel Merci Citron Mr. Liste Onfray Michel Open Society OTAN Oulipo Ouvrard Paty Samuel Perec Georges Perret Pierre Pitte Jean-Robert Queneau Raymond Rabelais François Ruffin François Ruhaud Etienne Saint-Quentin Schott Ben Szenes Arpad Trenet Charles Trump Donald Urban Traveller Vallès Jules Weil Simone

Métro loufoque – M 10

En tant qu’archiviste que je suis dans la vraie vie, j’ai dû traiter il y a peu un dossier de naturalisation datant des années 1930. Y figurait une lettre du maire de Mazan (Vaucluse)… attestant de la bonne moralité de l’intéressé. Echo à l’actualité ! En tous cas, il ahurissant de constater, lors du procès de 2024, la défense adverse insinuer que « quelque part » Gisèle Pelicot en fait peut-être un peu trop… Courage à elle, qui porte le même prénom que feu Mme Halimi ! Ce qui est clair, c’est qu’il y aura un « après Mazan », tout du moins il faut le souhaiter.

Retour sur l’affaire du cycliste renversé intentionnellement au mois d’octobre à Paris : il est inacceptable pour un automobiliste d’emprunter les voies cyclables et de surcroît de percuter volontairement un cycliste. Les cyclistes sont à juste titre indignés, mais vont amplifier une impunité dont ils jouissaient déjà : en effet, pour chaque cyclobobo parisien, tout ce qui entrave sa marche, automobiliste ou piéton, est présumé ennemi. Feux grillés, refus de s’arrêter devant les piétons, vitesse excessive, non-usage de la sonnette, zig-zags devant les voitures, position aux angles morts, la coupe est pleine et on comprend l’exaspération des autres usagers. Contrairement aux pays germaniques ou scandinaves, il n’y a pas en France de politique globale des déplacements, mais la juxtaposition de celle de la voiture, de celle du vélo, de celle de la trottinette, de celle du piéton… Cela ne peut pas fonctionner. En tous cas je ne descendrai jamais dans la rue pour aller défendre les cyclistes.

LA LISTE PEREC DU JOUR :

"Au moment où cela commençait à devenir pour lui un peu trop facile, il fut saisi par la frénésie des factorielles : 1! = 1 ; 2! = 2 ; 3! = 6 ; 4! = 24 ; 5! = 120 ; 6! = 720 ; 7! = 5 040 ; 8! = 40 320 ; 9! = 362 880 ; 10! = 3 628 800 ; 11! = 39 916 800 ; 12! = 479 001 860 ; [...] ; 22! = 1 124 000 727 777 607 680 000, soit plus d'un milliard de fois sept cent soixante-dix-sept milliards."

Rhâââ ! Ca n’en finit pas, cette rubrique… Celle-ci est consacrée à la ligne 10 du métro parisien. Je ne sais pas si c’est la même chose pour vous, mais quelque soit l’endroit de Paris où je me trouve, je dois toujours changer deux fois pour attraper cette ligne, la seule qui traverse la rive gauche d’est en ouest et qui contient une boucle juste avant son extrémité.

Même si elle s’encanaille entre Odéon et Gare d’Austerlitz, il s’agit quand même de la « ligne chic pour vieilles dames » dont le charme tient aussi à l’ancienneté et la vétusté de son matériel. La RATP a planifié (jusqu’en 2033 !) le remplacement de ses trains par le MF 19 sur toutes les lignes non automatiques. Et là, j’ai deux versions contradictoires. L’une dit que la 10, la plus vétuste, recevra ce matériel en priorité, dès 2025. L’autre affirme que, seule ligne à ne pas connaître de conduite manuelle assistée, elle ne sera modernisée qu’en dernier, le temps d’effectuer la mise à niveau…

Je rappelle le principe du Métro loufoque : le jeu consiste à détourner le nom des stations et d’écrire un texte avec ces nouveaux noms. On remarquera que, boucle oblige, une fois arrivé au terminus, je reviens en arrière pour achever l’autre coté de la boucle. C’est parti :

M 10 : ECOLE BERLITZ – 35 CLOUS :

  • Gare d’Austerlitz > Ecole Berlitz (école de langues réputée).
  • Jussieu > Judicieux.
  • Cardinal Lemoine > Jean-Luc Lemoine (humoriste et chroniqueur français).
  • Maubert-Mutualité > Robert était alité.
  • Cluny-La Sorbonne > Clooney la sort bonne.
  • Odéon > Frédéric Lodéon.
  • Mabillon > Cabillaud.
  • Sèvres-Babylone > Suivre Baby Doll.
  • Vaneau > Vanné.
  • Duroc > T-Roc (modèle Volkswagen).
  • Ségur > Sécure.
  • La-Motte-Picquet – Grenelle > La motte piquait.
  • Avenue Emile-Zola > Gorgonzola.
  • Charles Michels > Vermicelle.
  • Javel – André-Citroën > Entre ces six troënes.

  • Eglise d’Auteuil > Réglisse douteuse.
  • Michel-Ange – Auteuil > Mickey, l’ange, dans le fauteuil.
  • Porte d’Auteuil > Porte d’auto.
  • Boulogne – Jean-Jaurès > Bologne, j’en jurerais !
Bologne, c’est aussi du rhum de Guadeloupe !
  • Boulogne – Pont-de-Saint-Cloud > 35 clous.
  • Michel-Ange – Molitor > Mickey, l’ange, mollit trop.
  • Chardon-Lagache > Sent bon la vache.
  • Mirabeau > Virago.

REPEAT AFTER ME : « WHERE IS BABY DOLL ? »

Robert, à l’école Berlitz, trouva judicieux de regarder (même pas en anglais) un sketch de Jean-Luc Lemoine. Le soir, Robert, nauséeux, était alité. Il regarda Gravity. « No Facebook tonight », dit le beau George dans la scène de l’éruption solaire. Clooney la sort bonne, se dit-il. Puis il vomit. Il appela son ami Frédéric Lodéon (car il avait des relations) qui le mit en garde : -« c’est le cabillaud qui t’a rendu malade ».

Le lendemain, en chasse, il se mit en tête de poursuivre Baby Doll. Se rappelant que la veille, il était vanné, il le fit en T-Roc, ce qui était plus sécure. Mais il se dit qu’il allait encore vomir, car son cerveau se remplit d’images de monceaux de bouffe, de fromages en motte. Eurk ! La motte piquait, et le gorgonzola lui donna des haut-le-coeur. Il ne manquait plus qu’une bonne platrée de vermicelle… Il sortit de la voiture et alla dégueuler entre ces six troënes. Peut-être que la réglisse avait amorcé le processus. réglisse douteuse…

Mickey, l’ange, dans le fauteuil (Baby Doll s’appelait Mickey) n’imaginait pas ce qui pouvait se passer derrière une porte d’auto. -« Même à Bologne, j’en jurerais ! », pensa-t-elle. Au même moment : -« par les trente-cinq clous de Bologne, j’en jurerais ! Mickey, l’ange, mollit trop !, pensa Robert, mais elle sent bon, la vache ! Allons chasser cette virago !« 

FIN

Mon Dieu que c’est mauvais… C’est même le moins bon…

Votez… et gagnez…

Barnier n’a gardé que du gaullisme dont il se réclame que les oeuvres complètes du général, bien rangées dans sa bibliothèque...

Que dire de la nouvelle Commission européenne présentée le 17 septembre ? Elle est encore plus favorable à la guerre que la précédente ! Les postes les plus influents sont attribués aux Etats baltes, les plus lèche-cul de l’Otan… L’estonienne Kaja Kallas est la nouvelle Haute représentante pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, et le letton Andrius Kubilius est nommé Commissaire à la Défense et à l’Espace ! Tous unis pour vitrifier la Russie, et donc nous avec !

Biden décoré de la Grand-Croix de classe spéciale de l’Ordre du mérite allemand, pour son « mérite exceptionnel » en faveur des relations américano-allemandes : certains suggèrent avec malice que c’est pour avoir fait de l’Allemagne une cible privilégiée des armes nucléaires tirées de l’Est comme de l’Ouest, en cas de guerre contre la Russie et l’Otan…

Le 16ème sommet des BRICS à Kazan a été l’évènement le plus important de l’année 2024. Il ne s’agit pas d’une étape dans un combat contre blocs : BRICS contre axe du Bien. Il s’agit plutôt pour la majorité mondiale (50% de la population, 38% du PIB*) de faire en sorte que le monde ne subisse plus le pouvoir de la City et de Wall Street. L’Europe et les Etats-Unis se devraient d’adhérer aux BRICS ! Vous nous excluez, nous vous incluons !

*Respectivement 10% et 29% pour les pays du G7.

LA LISTE PEREC DU JOUR :

YE OLDE IRISH
COFFEE HOUSE

47, rue Bochart-de-Saron, 47
(Tlph. 148.84)


Truffes au foie gras
Caviar aux lentilles
Cailles en caisses
Huîtres d’Ostende

Vin de Tokay
Eau d’Arquebuse
Champagne Grand Crémant

Dans La liste Perec du 1er octobre, Georges Perec exposait les différentes prononciations possibles du nom CINOC. Or, lors d’une conversation, un collègue m’a parlé du sculpteur Coysevox (1640-1720), qu’il prononce /kojzvoks/, alors que l’on dit /kwazvo/. Wikipedia nous apprend que « le nom de famille Quoyzeveau se trouve écrit d’une quantité de façons aussi différentes que Coëzeveau, Coiseveau, etc. Antoine Coysevox a inauguré la graphie Coysevox et l’a adoptée définitivement à partir de 1679 ». Je n’ai pas réussi à savoir pour quelle raison. Quoizeveau, quasi de veau, Quevauvillers, queue de veau… on croirait du Bobby Lapointe (de la queue).

Quevauvillers (Somme).

Il y a quelques années, je tombai (on « tombe » souvent dans les introductions des articles de marcjoly) sur ce sticker humoristique collé sur un poteau : « Votez Giscard d’Estaing et gagnez une R 16 TS ». Diable !

Cette voiture faisait rêver. Tous ceux de ma génération se disaient : « quand je serai grand, j’aurai une R 16 TS à injection, avec des feux de recul » (évidemment on était incapables d’expliquer ce que voulait dire « à injection ») ! Mais çà n’est pas où je voulais en venir aujourd’hui.

On l’aura compris, l’autocollant en question est une blague faisant référence au fait que ce modèle automobile fut l’attribut et le symbole du « cadre dynamique » de la « société libérale avancée » des giscardiens Jean-Jacques Servan-Schreiber, Jean « Dents blanches » Lecanuet, François de Closets et autres atlantistes proto-libéraux des années 1970 prêts à liquider l’héritage du « père », et prônant la société de consommation.

Cela m’a donné l’idée d’autres slogans analogues :

Votez Edouard Balladur et gagnez une chaise à porteurs.

[Rires…]

Votez François Bayrou ou Ségolène Royal, et perdez.

Votez Christophe Castaner et gagnez un coup de matraque.

Votez Jacques Chirac et découvrez une statuette africaine sous une caisse de bières.

Votez Eric Ciotti et gardez un poste de président de parti.

Votez Rachida Dati et gagnez de nouvelles chaussures assorties à votre sac à main.

Votez Charles de Gaulle et gagnez un tour en DS avec Brigitte Bardot.

Votez Raphaël Glucksmann et perdez le peuple.

Votez Rima Hassan et gagnez un juif en peluche.

Votez François Hollande et gagnez un scooter.

Votez Yannick Jadot et gagnez un groupe électrogène.

Votez Marine Le Pen et gagnez un stage d’élevage de chats.

Votez Emmanuel Macron, et aspirez au poste de Dieu suprême.

Votez Marion Maréchal et gagnez une messe en l’église Saint-Nicolas du Chardonnet.

Votez Jean-Luc Mélenchon et gagnez un poste de ministre dans son gouvernement (il commence demain, c’est lui qui l’a dit).

Votez François Mitterrand et gagnez la collection complète des oeuvres de Jacques Chardonne ou de Pierre Drieu La Rochelle.

Votez Danièle Obono et gagnez une poupée vaudou blanche mâle hétéronormée.

Votez Edouard Philippe et perdez vos sourcils.

Votez Georges Pompidou et emportez une toile de Georges Mathieu ou de Vasarely.

Votez Philippe Poutou et gagnez un pyjama.

Philippe Poutou « en pyjama » (dixit Marine Le Pen) au grand débat de la présidentielle de 2017, écoutant Jacques Cheminade.

Votez Sandrine Rousseau et gagnez un sécateur à toujours ranger dans votre sac à main.

Votez Fabien Roussel et gagnez un barbecue.

Votez Nicolas Sarkozy et gagnez un an à la prison de la Santé.

Votez Antoine Waechter et gagnez une moumoute.

Votez Eric Zemmour et perdez la nationalité française.

Ma bibliothèque amoureuse (9/infini)

Emeutes en Martinique : la révolte est légitime. Toute l’économie (commerces, grande distribution, concessionnaires automobiles, import…) est aux mains des Békés. Mais les violences sont attisées par les situations de la Nouvelle-Calédonie et de Mayotte… dont les causes sont différentes ! Pour l’une il s’agit de la négation de la forte identité kanake, et pour l’autre de immigration ingérable de Comoriens et d’Africains des Grand Lacs. Ce qui est regrettable, est que les comportements violents (pillages, incendies, destructions) sont le fait, comme dans les deux autres Communautés précitées, d’une minorité constituée de délinquants, trafiquants de drogue, et autres petits branleurs. La majorité des Martiniquais sont exaspérés. Sur le site web de France-Antilles, un internaute remarque que la CAF n’a pas subi de dégradations…

LA LISTE PEREC DU JOUR :

"Il lui donna des explications techniques avant de lui faire visiter le Manoir à l'Envers, un vieux castel gothique planté sur ses cheminées avec des fenêtres renversées et des meubles accrochés au plafond, le Palais lumineux, cette maison féerique où tout, des meubles aux tentures, des tapis aux bouquets, était fait de verre [...], le Globe céleste, le Palais du Costume, le Palais de l'Optique, avec sa grande lunette permettant de voir la LUNE à UN mètre, les Dioramas du Club Alpin, le Panorama transatlantique, Venise à Paris et une dizaine d'autres pavillons."

Biographies, autobiographies et Mémoires (mais pas souvenirs, çà fait trop animateur TV ou acteur ne sachant pas écrire), sont des révélateurs de l’état d’esprit du lecteur. On a du coup une idée de son apprentissage (au lecteur ou au « biographé » ?), de ses passions ou de ses orientations politiques. Est-il littéraire, scientifique, les deux ? S’il est ni l’un ni l’autre, c’est qu’il ne lit pas… Il y a des bios intéressantes sans forcément être des sommes – la tradition française de la biographie de 6oo pages chez Plon ou chez Fayard (Beethoven des Massin, Louis XI de Murray Kendall*…) a un peu vécu…

*Ce dernier, prêté et jamais rendu…

Qu’ai-je dans mon escarcelle (c’est-à-dire dans ma bibliothèque) à vous montrer ?

  • Luc Brisson, Platon, Cerf, 2020.

Il y a pléthore de livres sur la pensée de Platon, mais peu sur le bonhomme. L’ouvrage de Brisson a l’avantage de pouvoir être lu par un profane, bien que l’auteur soit un universitaire (surtout en France !).

  • Christine Pedotti, Jésus – cet homme inconnu, XO éditions, 2013 (disponible en Livre de Poche).

Un livre sur l’homme Jésus, bien qu’on ait pratiquement aucun témoignage purement historique. On pense à Platon, concernant quelqu’un qui mettait chacun devant ses contradictions et maniait le sens de l’humour. Des comportements qui mènent à la cigüe ou à la croix… Pedotti, journaliste à Témoignage Chrétien, est à ma connaissance la seule qui soulève cette dimension de l’humour à propos de Jésus.

  • Mireille Hadas-Lebel, Philon d’ Alexandrie – un penseur en diaspora, Fayard, 2003.
  • Gérard Haddad, Maïmonide, Les Belles Lettres, 1998.
  • Géraldine Roux, Maïmonide, Points, 2017.

Houlà, là ! Philon (-20 av. J.C.-45 ap. J.C.), Moïse Maïmonide (1138-1204), grandes figures de la pensée juive… Il doit s’agir de gros pavés hermétiques ! Que nenni ! Ces deux ouvrages (136 p. et 191 p.) sont tout simples ! De surcroît, Haddad, spécialiste de judaïsme, est aussi psychanalyste. Cà relativise… Et nous qui croyions que tout çà, c’était de l’hébreu (ha, ha!). Mais qui, non juif (et encore…), en France, est capable de citer le nom de penseurs juifs d’avant le 20ème siècle ?

  • Serge Bramly, Léonard de Vinci, J.-C. Lattès, 1988 (disponible en Livre de Poche).

Il ne s’agit pas de l’ouvrage le plus fluide – et l’écriture de Bramly, pourtant romancier et essayiste, est parfois pénible – mais ce pavé (670 p.) est le livre le plus complet sur le sujet. Surtout, il narre aussi bien le Léonard artiste que le Léonard ingénieur, les autres ouvrages traitant souvent de l’un ou de l’autre. On découvre un Vinci prolifique et polymathe*, qui ne finissait pourtant jamais ses projets ! Manquent (on est en France…) des illustrations, mais il y a un index !

*Un polymathe est quelqu’un s’intéressant à tous les sujets.

  • Max Caspar, Kepler, Dover Publications, 1993.

On cite souvent l’astronome Kepler mais personne n’est capable de décrire son cheminement intellectuel… Cette biographie en anglais (non traduite en français) est éditée par Dover, excellente maison new-yorkaise qui s’est intéressée (entre autres) à Mozart, Edgar Poe, Oscar Wilde, Einstein, au ballet classique et à l’histoire des sciences.

Johannes Kepler. Un faux air de Jean Rochefort ?

  • Moi, Benjamin Franklin – citoyen du monde et homme des Lumières, Autobiographie et textes scientifiques de B. Franklin, réunis et commentés par Jean Audouze, Dunod, 2006.
  • Collectif, Benjamin Franklin, homme de science, homme du monde, CNAM/Paris musées, 2007.

C’est fou ce que ces titres se ressemblent ! Le mieux est de lire l’autobiographie du « bonhomme Franklin » en anglais, mais Penguin Classics n’édite pas le texte intégral… Je l’avais lue en anglais dans une édition épuisée et Franklin ne manquait pas d’humour ! En tous cas, encore un polymathe, un vrai ! C’est-à-dire de la race de ceux qui (comme Vinci) sont totalement autodidactes ! Et en plus il était politique ! Pouvez pas comprendre… Quant à l’ouvrage collectif, il s’agit du livre de l’exposition au musée des Arts et Métiers en 2007.

  • Georges Hourdin, L’Abbé Grégoire, évêque et démocrate, Desclée de Brouwer, 1989.

Personnage étrange, à la fois très conservateur et très libertaire ! Il partageait quelques préjugés de son époque, mais l’esclavage et la peine de mort étaient pour lui deux lignes rouges à ne pas franchir. Un Victor Hugo avant l’heure !

  • Forrest McDonald, Alexander Hamilton – A Biography, W. W. Norton & Company, 1979.

Hamilton est l’un des « pères fondateurs » des Etats-Unis. Il est néanmoins moins connu (surtout en France) que Franklin, le falot Washington ou le réactionnaire pro-britannique Jefferson. Hamilton passerait aujourd’hui pour communiste à cause de la création d’une banque nationale publique, plus tard sabotée pour devenir l’union de banques privées qu’est la Banque Centrale. Il mourut dans un duel (meurtre déguisé ?) contre Aaron Burr, un autre réactionnaire.

  • Janine Alexandre Debray, Schoelcher, Perrin, 1983.

J’ai trouvé ce livre, écrit par la mère de Régis Debray, chez un bouquiniste. Là encore, peu connaissent le Schoelcher avant d’avant 1848. On apprend qu’il a sillonné les Antilles et vu l’esclavage de ses propres yeux : ce n’est pas un abolitionniste de salon. Cet homme à la fois très calme et écorché vif était à la pointe de toutes les injustices.

Celui-ci pas lu…

  • Emil Ludwig, Bismarck, Payot, 1929.

Traduction française (introuvable aujourd’hui) d’un ouvrage allemand, (même remarque), trouvé chez feu mon beau-père. Bismarck n’est pas aimé en France, avec tous les clichés stupides du « prussisme » : « Ach ! Gasque à bointe ! », etc. Et qui connaît le Bismarck d’avant 1870 ? Il appert également, à la lecture de l’ouvrage, qu’il a été mal conseillé en 1870, puis carrément congédié par Guillaume II en 1890 suite à une cabale.

Oui, je sais, çà fait rire...

  • Margery Weiner, Helen Keller, Edito-Service (Genève), 1971, distribué par Le Cercle du bibliophile.

Traduction française, également, d’un livre disponible peut-être encore chez les bouquinistes. Helen Keller, voilà une femme pas banale, de par son handicap (aveugle et sourde) et de par sa personnalité ! Par « femme », entendons plutôt un « couple », celui qu’elle forma avec Anne Sullivan*, qui lui « parlait » dans les mains grâce à un alphabet tactile de son invention. Le handicap d’Helen les obligea a partager leurs intimités… Helen Keller voulut tout apprendre, tout savoir (elle fit des études supérieures), était idéaliste (on pense à Marie Curie, Romain Rolland ou Einstein). Elle fut parfois crédule, comme sa tentative de faire du cinéma, où on s’est servi et moqué d’elle… C’est à ma connaissance la seule biographie complète du personnage.

*Hors du sujet de ce livre, Anne Sullivan eut elle aussi une vie non banale avant de rencontrer Keller.

  • Eve Curie, Madame Curie, Gallimard (Folio), 1938.
  • Ariadna Castellarnau, Marie Curie – la combattante aux deux prix Nobel qui sauva des millions de vie, RBA, 2020. Paru en français dans la collection « Femmes d’exception », disponible chez les marchands de journaux.

Ténacité, ténacité, ténacité ! C’est ainsi qu’on peut résumer la vie de Marie Curie, récemment attaquée car  » inventrice » de la radioactivité. Vieille histoire : étrangère, femme, discipline nouvelle ne relevant pas totalement de la physique ni de la chimie, relation adultère (vraie ou supposée) avec Paul Langevin, tout a été prétexte à la discréditer. Le premier des deux ouvrages a été écrit par sa fille Eve (soeur d’Irène) la seule « non scientifique »* des enfants de Marie, mais dont le talent a servi à faire connaître la cause de sa mère.

*Evidemment, on se doute qu’elle a une formation scientifique, inévitable dans les générations Curie/Joliot jusqu’aujourd’hui.

  • Collectif, Pierre Dac – du côté d’ailleurs, MAHJ/Gallimard, 2020.

C’est le livre de l’exposition éponyme organisée en 2020 par le Musée d’art et d’histoire du Judaïsme. L’accent est mis sur les origines et la judéité de Pierre Dac, et par conséquent, de son engagement à Londres dès 1943. On apprend beaucoup sur « Pierre Dac avant Pierre Dac », car on oublie qu’il a eu une carrière avant-guerre.

  • Jacques Pessis, Joséphine Baker, Gallimard (Folio), 2007.

A la parution (2007) de ce livre, qui aurait pensé que Baker serait entrée au Panthéon ? Et pas seulement dans son engagement pour la France libre, mais aussi pour son parcours pour les libertés et son idéalisme. C’est vrai que son projet « d’enfants du Monde » des Milandes était un peu surprenant, mais ne se serait pas fait si Joséphine n’avait pas été quelque peu « timbrée », ce qu’il faut voir comme une qualité (cf. d’autres personnages listés dans cette rubrique) !

  • Florence de Lussy, Simone Weil, PUF (Que sais-je ?), 2016.

Justement, on en parlait, des gens « timbrés » ! Simone Weil (1909-1943 – à ne pas confondre avec l’autre, cela m’agace), quelle femme étrange ! Une ténacité intellectuelle mêlée à une sensibilité extrême, tout comme, dans un autre registre, Friedrich Schiller. La question métaphysique là hantait, au point qu’elle est tombée dans le mysticisme, ce qui n’était pas son meilleur côté. Elle sacrifiait les choses matérielles, au point parfois de s’abstenir de se nourrir, ce qui rappelle Marie Curie pendant ses études… Elle voulait connaître la condition humaine : dénonçant les marxistes de salon, cette fille de bourgeois alla travailler en usine – incompatible avec son état de santé. Sacrifice, encore ! Personne inclassable : à Londres, ceux autour de de Gaulle ne surent pas quoi lui faire faire …

  • Amelia Platts Boynton Robinson, Le combat des Noirs aux Etats-Unis -témoignage d’une amie de Rosa Parks et de Martin Luther King, Duboiris, 2007.

Les Etats-Unis, encore ! Mais qu’est-ce que c’est que ce titre idiot et mal emmanché ? L’ouvrage original s’appelle Bridge Across Jordan (Schiller Institute, 1991). Explication : il s’agit de l’autobiographie d’Amelia Robinson (1911-2015), une dame que j’ai eu l’honneur de rencontrer. Cette militante américaine des Droits civiques est à l’origine des Marches de Selma à Montgomery en 1965. Robinson tomba sous les coups des policiers, et perdit connaissance sur le pont Edmund Pettus sur la rivière Alabama. D’où la métaphore biblique du pont sur le Jourdain.

Amelia Robinson.

  • Martin Luther King, Autobiographie, textes réunis par Clayborne Carson, Bayard, 2000.

Les Droits civiques, encore ! Il faut vraiment lire cette autobiographie pour comprendre ce que King n’était pas. Pas un communiste, pas un anti-blanc comme le Malcom X des débuts ou les Black Panthers, pas un simple « chef » du mouvement des Droits civiques, mais un homme d’Etat potentiel qui aurait pu devenir président des Etats-Unis. Peu de gens savent aussi que sa culture était immense – et pas seulement théologique : il possédait une culture classique phénoménale. Enfin cet homme de paix voulait en finir avec la guerre du Vietnam : c’est probablement, malgré tout, la raison de son assassinat.

Eloge du gardien de musée

Le hasard veut qu’au moment où j’écris l’article qui va suivre, un podcast de l’artiste David Christoffel (https://www.radiofrance.fr/personnes/david-christoffel) nous apprend que la Cour des Comptes avait, en 2021, pointé le « suivisme » [sic] du ministère de la Culture, qui aurait remplacé, à l’heure des nominations, les choix politiques par des effets de rente et des techniques de sélection parfois douteuses (orientation sexuelle, quotas ethniques à peine déguisés…). Je peux témoigner qu’il ne s’agit pas que des chefs d’établissement mais aussi des chefs de service lambda… J’écrirai peut-être un brûlot sur le sujet…

[à propos du nom Cinoc, personnage de La vie mode d'emploi] :"[...] par conséquent, compte tenu de la présence ou de l'absence de tel ou tel accent ou signe diacritique et des particularités phonétiques de telle ou telle langue ou dialecte, il y avait lieu de choisir entre les vingt prononciations suivantes : SINOSSE  SINOK  SINOTCH  SINOCH  SINOTS TSINOSSE  TSINOK  TSINOTCH   TSINOCH  TSINOTS  CHINOSSE  CHINOK CHINOTCH  CHINOCH  CHINOTS  TCHINOSSE  TCHINOK  TCHINOTCH TCHINOCH  TCHINOTS".

Maintenant vous savez tout : l’auteur de ces lignes, avant d’être archiviste, a été pendant plus de vingt ans « agent d’accueil, de surveillance et de magasinage », c’est-à-dire gardien dans les musées nationaux. Beaucoup de mes collègues, sans avoir honte de leur métier (ou alors c’était refoulé) préféraient stupidement la première terminologie, technocratique et froide, à la seconde. L’une est à l’autre ce que les technicien(ne)s de surface sont au personnel de ménage. Il faut appeler un chat un chat, et un gardien de musée un gardien de musée !

Il y a beaucoup de fantasmes négatifs à propos de la profession : l’image ridicule du gardien en uniforme, rivé sur sa chaise… quand il ne dort pas ! L’image aussi de celui qui est gardien parce qu’il n’a pas réussi à l’école : les pères de famille le montre du doigt à leur progéniture. Et puis la question : « mais qu’est-ce qu’ils peuvent faire de la journée ? ». Images véhiculées soit par ceux qui n’ont plus jamais remis les pieds dans un musée depuis l’école (rappelons que l’uniforme des musées nationaux a été supprimé en 1986), soit par les bobos qui ne connaissent que le Palais de Tokyo ou la Fondation Cartier surveillés par des vigiles à oreillette.

« Qu’est-ce qu’ils peuvent faire toute la journée ? » – Question posée aussi aux gardiens de phare (qui n’existent plus) !

Au fait, il fait quoi au quotidien le gardien de musée ? Il est au demeurant l’interface entre l’accueil, la médiation, la sécurité des personnes (pas inutile lors de forte fréquentation), la sécurité des biens, l’hygiène (un musée sale ne fait pas envie). Il voit ce que les autres ne voient pas, et joue donc un rôle central… et c’est pour cela qu’il est rarement consulté : il n’est que gardien et marcherait sur les plates-bandes de la conservation, du service pédagogique, de la communication, etc. Sans faire du Bourdieu/Ernaux à deux balles, bon nombre de chefs de service, de chefaillons et de conservateurs méprisent ce Jacquouille qu’est le gardien.

Une remarque partagée par tous les gardiens sur les guides qui racontent toujours les mêmes anecdotes, plusieurs fois par jour : durant la même journée, on assiste six fois d’affilée à la même mini-performance théâtrale. On finit par apprendre par coeur ce que dit le conférencier. Comme être gardien consiste beaucoup à ne rien faire, on se rattache au moindre petit bout de vie, on attrape des détails infimes.

Valérie Mréjen, artiste, autrice de Gardien Party, une pièce de théâtre sur les gardiens de musée.

Bien évidemment, la profession compte un certain nombre de « bras cassés » : j’en ai beaucoup connu. Collègues hors-secteur, faisant brochette sur un banc, le nez rivé sur leur portable, ne connaissant pas les oeuvres (ils en ont rien à foutre)… Mais que font (ou plutôt ne font pas) « les autres », c’est-à-dire « ceux des bureaux »* ? Excellente question !

*C’est-à-dire ceux du dernier étage (l’administration) par rapport à ceux d’en bas (les locaux de la surveillance sont souvent au rez-de-chaussée ou au sous-sol…). Bourdieu encore…

La typologie des gardiens de musée évolue : il y eut la grande époque des « emplois réservés » : anciens militaires, originaires des anciennes colonies (Antillais, Indiens de Pondichéry…). Puis les Corses. Puis leur progéniture. Dans les années 1990, sont arrivés les diplômés : les enfants de la crise. Deux cultures s’affrontaient. De même, les emplois réservés, entrés sans concours, ont vu arriver les reçus aux concours, puis sont venus des contractuels et des vacataires « saisonniers ».

Je me suis toujours demandé : « Quand les conservateurs (par exemple) voient les gardiens, qu’est-ce qu’ils pensent ? ». Illettrés qui peuvent peu (il y en a eu) et qui donnent une mauvaise image du musée, ou bien diplômés qui n’ont rien à faire là et feraient mieux de passer des concours (çà n’est pas faute d’avoir essayé !) ?

Mon opinion est que  » l’air du temps » veut se débarrasser des musées à la papa : ceux qui ouvrent tôt (les bobos sont encore au lit), qui ferment à 18 heures (alors que c’est Nuit blanche tous les jours), qui ferment le mardi (on n’est plus sous Malraux), qui ont encore des audioguides (l’appli, c’est tendance), qui ont une consigne (et les attentats, bordel ?), qui ont une librairie (on dit « boutique »), qui ont un café (il y en a déjà pléthore dans le quartier), etc. ad nauseam

Alors le gardien doit quitter les salles pour être le moins visible possible, sous peine de faire honte à l’institution culturelle. Il faut multiplier les caméras, qui ne géreront pas les groupes scolaires ni les mouvements de foule. On lui demande de jouer, non plus les gardiens, mais les vigiles et regarder l’intérieur des sacs, comme si Vigipirate était efficace*. On lui demande de tenir le PC sécurité affublé d’une tenue ridicule de pompier. Voilà à quoi sert de passer un concours dans la Culture ! Lors d’un oral de concours pour monter en grade (technicien des services culturels, appellation tête-à-claques pour l’ancien grade d’inspecteur), un imbécile m’a demandé le diamètre du tuyau d’un RIA (réseau d’incendie armé)… **

*Tous ceux qui ont la sécurité comme profession (militaires, policiers…) savent que Vigipirate provoque des files d’attente, cibles idéales pour les terroristes… Mais la volonté politique veut qu’on rassure la population… qui est certes de moins en moins dupe.

**Dès que je serai à la retraite, je publierai sans doute un livre sur le ministère de la Culture. Il y en aura des vertes et des pas mûres…1

1 Note à la note : marcjoly dit toujours qu’il « écrira quelque chose sur le sujet ». On attend, on attend…

Cela ressemble furieusement à mon cas personnel, mais j’ai trouvé cette image accompagnée de son commentaire sur l’internet !

Evidemment, cette mutation a des raisons financières comme pour tout ce qui relève de la fonction publique…

Alors vivent les gardiens de musée !

Dekoikonparle ? (7)

Clients et usagers

Le « gentil » Michel Barnier, ce grand méchant mou : mon oeil, oui ! Quelqu’un qui a occupé à deux reprises le poste de commissaire européen ne peut qu’être suspect. Cet homme lisse et sans humour préfère les salons du pouvoir à la volonté du peuple, car c’est lui qui a participé à la trahison du vote du 29 mai 2005 : il a préparé le « oui » et lorsque le « non » est passé, il a mis en place, avec d’autres, le Traité de Lisbonne, bafouant la volonté du peuple français. C’est donc un homme dangereux qui représente l’allégeance au système de l’Otan, au moment où la paix est menacée. Bref, Barnier est une image miroir de Macron…

Qu’est-ce que Macron va encore pouvoir inventer comme manifestations et événements liés au sport, pour nous faire « tenir » jusqu’en 2027 ? Ils n’ont pas de pain ? Qu’ils bouffent des jeux ! Cette injonction olympique commence à me courir sur le système… « Ces JO ont dit quelque chose de notre culture et de notre audace » a déclaré le président. On croyait que l’audace, c’était de réindustrialiser la France, et de faire des services publics un modèle pour le monde. Quant aux JO, c’est plutôt la culture Disney…

LA LISTE PEREC DU JOUR :

"La quatrième [malle] contenait [...] une tente à six places avec tous ses accessoires et fournitures depuis la classique «vache à eau» jusqu'au commode [...] gonfleur à pied, en passant par la toile de sol, le double-toit, les piquets inoxydables, les tendeurs de rechange, les duvets, les matelas pneumatiques, les lampes-tempête, les réchauds à pastille, les bouteilles thermos, les couverts emboîtables, un fer à repasser de voyage, un réveille-matin, un cendrier «anosmique» breveté [...] et une table entièrement pliante".

Dans le Dekoikonparle consacré au nucléaire (https://champouin.blog/2022/10/15/dekoikonparle-5/), j’avais écrit : « […] les comptables au pouvoir, ainsi que les obsédés de la dette ont réussi à saboter les projets Superphénix en 1998, Phénix en 2010 et Astrid en 2019 : il n’y a pas de quoi être fier… ». Or dans Marianne, Yves Bréchet, l’ancien haut-commissaire à l’énergie atomique qui a fini par en claquer la porte en 2018, confiait il y a quelques mois : « L’arrêt soudain du projet Astrid, qui devait ouvrir une nouvelle ère dans le nucléaire civil, m’a fait sortir de mes gonds. la France avait une avance considérable, […] mais des sous-chefs comptables ont tout rayé d’un trait de plume ». En plus des sous-chefs comptables, il y a Mélenchon qui dans son discours au soir du 7 juillet dernier a réclamé le « moratoire sur les grands travaux inutiles ». Les grands travaux : encore un truc de vieux mâles blancs hétéronormés…

J’avais également parlé des jeunes youtubeurs passionnés par la chose ferroviaire* dans Prenons le train du futur !(https://wordpress.com/post/champouin.blog/3657). Dans cette rubrique, j’avais évoqué la coopérative Railcoop (qui voulait relancer les « petites lignes »** transversales), à la recherche de financements. Railcoop a mis la clé sous la porte au printemps.

*Rafraîchissant, car est paru dans Que choisir de mai 2024 un article dégueulasse totalement hostile à la nouvelle liaison ferroviaire Lyon-Turin, avec les mêmes scies : projet dispendieux, non rentable, portant atteinte à l’environnement, et autre conneries dignes des écolos, toujours opposés au train. Que vient faire cet article dans Que Choisir ? Il est pathétique qu’on serve encore la soupe : « gentils consommateurs contre vilains pollueurs », digne d’un Ralph Nader des années 70.

**On notera l’utilisation péjorative par les plumitifs médiatiques de l’adjectif petit, cf. les « petits candidats » des élections présidentielles…

Voici un autre « you tout-beurre » ou « U2 beur », moins jeune mais tout aussi passionné : Clé2berne, qui anime la chaîne YouTube éponyme que je recommande (http://www.youtube.com/c/Clé2Berne). C’est visiblement un agent, ou ancien agent de la SNCF. Je recommande fortement cette chaîne qui est passionnante.

Une clé de Berne est une clé spéciale utilisée en interne par le personnel de la SNCF, et improprement appelée « carré ». En effet, rien n’est standard entre les « carrés » SNCF, RATP, sapeurs-pompiers, Marine nationale, etc.

Néanmoins, quelque chose cloche chez ce monsieur. Il reprend la même litanie éculée, avec virulence, contre l’aérotrain de Jean Bertin (« utopique », « irréalisable », « trop cher », etc.). S’il a raison d’être contre l’Hyperloop (un train/tube sous vide) d’Elon Musk ou autres, il attaque malheureusement aussi le concept de train à sustentation magnétique. Pour lui, c’est utopique. Ses arguments sont financiers (comptable ! – décidément…), infrastructurels (il faudrait construire de nouvelles voies – eh oui, mon bonhomme !), ou alors purement nominalistes (il n’y a pas de roues ni de rails, donc ce n’est pas un train) ! Soutiendrait-il le lobby de la sidérurgie, comme les opposants de Bertin à l’époque ?

Ce qui me choque autant est qu’il ne parle pas de voyageurs, mais de clients. Je lui ai posé la question. Il m’a répondu : « Selon les trains empruntés tu seras soit un client soit un usager. Les TGV ne sont pas des transports publics aussi dedans tu es un client. Le TER est un transport public et dedans tu es un usager. Et peu importe qu’ils roulent sur la même voie. Mais pour moi, l’un et l’autre ont les mêmes droits et méritent la même attention, c’est pourquoi j’utilise les deux et que je n’y vois aucune différence*« . Honte à lui ! On pourrait penser que ce type veut soit garder sa place, soit se faire sponsoriser par la SNCF (ou plutôt par Sncf, sigle sans article pour bien montrer qu’il s’agit d’une marque)… Je crois plutôt que c’est le modèle même de l’apolitique, qui n’en pense rien, bien au contraire… En tous cas on apprend au passage que seuls les transports de proximité (TER, RER, transports urbains) ont le statut de délégataires de service public…

*Souligné par moi.

Le financement de la SNCF avant, et maintenant…

Rebelote, malheureusement : dans son éditorial de TAXI Mag de mars 2024 (magazine destiné aux chauffeurs de taxi), Christian Thomas écrit : « Il serait souhaitable que les médias : TV, radios et un peu la presse écrite n’utilisent plus les mots : usagers consommateurs, utilisateurs abonnés, etc., lorsqu’ils parlent des citoyens mais de CLIENTS ! » – ou alors c’est ironique et il veut rejoindre mon propos mais la formulation est bancale…

Nous allons en profiter pour passer en revue toute la terminologie qui n’est pas encore remplacée par « client » mais çà ne saurait malheureusement tarder, même dans le domaine du régalien, ce qui ne déplairait pas aux libertariens Milei ou Musk. Quand on aura privatisé l’administration des impôts, comment s’appellera ce nouvel « opérateur » ? Taxeo (sans accent sur le e), France-impôt ou my-contrib.eu ?*

*Il faudra que j’écrive un papier sur les dernières tendances des appellations des marques. Après Frichti (qui a fait faillite), aura t-on Boostify ?

Si, « dans le privé » un client est un client, « dans le public » c’est plutôt un usager.

Dans le cas précis des transports, on parlera de voyageurs pour les transports terrestres – c’est là où notre ferroviphile a tout faux -, et de passagers pour les transports maritimes et aériens. Les compagnies aériennes, même les plus agressives commercialement, utilisent encore ce terme alors que les marques Tgv, Ouigo, Thalys, etc., qui parlent d’embarquement et nous souhaitent la bienvenue à bord, sont déjà passées de l’autre côté du miroir…

Fédération nationale des usagers des transports (FNAUT). Des clients, des usagers, des voyageurs ou bien des fnautes ?

Quant à ceux qui sont aujourd’hui des clients des services de base (eau, gaz, électricité, téléphone), ils en étaient autrefois des abonnés.

Les publics des spectacles sont tout simplement des spectateurs. La radio est destinée aux auditeurs et la télévision aux téléspectateurs. Dans ce cas, ce n’est pas une clientèle, mais une audience. Les bibliothèques, les archives publiques et les centres de documentation ont des lecteurs (le lectorat). Les lieux de patrimoine et de culture (hors spectacle) au sens très large, y compris les parcs d’attraction, sont fréquentés par des visiteurs. On parle souvent de visitorat.

Ceux qui sont sur les bancs de l’école primaire sont des écoliers, sur ceux du collège sont des collégiens, ceux des lycées sont des lycéens, voire étudiants. Pour l’enseignement supérieur ce sont des étudiants, parfois élèves pour les « grandes écoles » et l’enseignement supérieur privé. On ne dit plus « stage » pour désigner des formations, mais ceux qui les suivent sont encore des stagiaires.

Etudiant gnangnan…

Quant on recourt aux soins d’un établissement médical public ou privé, on est un patient – terme approprié au vu des déserts médicaux et du sous-effectif hospitalier ! On a même forgé le néologisme patientèle sur le modèle de clientèle.

L’administration des impôts s’adresse aux contribuables, terme malheureusement utilisé avec gourmandise par une droite constituée de commerçants moisis et artisans radins qui, c’est bien connu, « croulent sous les charges ». Et les bénéficiaires (terme officiel cependant) des prestations sociales (CAF, Assedic) sont plutôt des assujettis dans le langage courant. Penchons-nous sur l’Assurance Maladie, appellation inappropriée et qui trahit l’esprit du Conseil national de la Résistance, car il s’agit bien d’une sécurité abondée par des cotisations et non pas d’une assurance abondée par des primes. Du coup, ses bénéficiaires s’appellent assurés, et même assurés sociaux, terme absurde car (si, je le répète, on considère que c’est une assurance…) c’est l’assurance qui est sociale et non les assurés ! Quant aux assurances – les vraies, cette fois – quand elles ont le statut de mutuelles*, on parlera alors de sociétaires. Les caisses (prévoyance, retraite…) ont des cotisants.

*Il suffit de lire la prose des statuts desdites mutuelles pour constater qu’elles n’ont plus de mutuelles que le nom, des coups de boutoir législatifs successifs ayant mis à mal ce statut ces dernières années…

Fraternité Française, le torchon de « l’épicier » Pierre Poujade (1920-2003), obsédé par la tyrannie de l’Etat et des impôts envers les gentils « contribuables », et qui sera nommé membre du Conseil économique et social (1984 à 1999) par l’ancien « résistant de Vichy » François Mitterrand…

Les personnes ayant à faire à la justice, d’un côté ou de l’autre, sont des justiciables, tout simplement. A ce sujet, le fait, pour les avocats de parler de leurs clients me choque énormément. J’en profite aussi pour dire que je trouve totalement ridicule de donner du « Maître » à un avocat ou un notaire…

Bref, l’administration mais aussi les préfets et les maires doivent répondre à leurs administrés. Ces derniers sont-ils la version laïque de leurs paroissiens, voire en langage relâché, de leurs ouailles* ? Ou bien, hélas, des consommateurs ?

*Du latin ovicula, « petite brebis ».

Nota : l’illustration de bannière de titre est l’affiche d’un film de Jacques Poitrenaud (1965). Je l’ai vu une fois à la télévision et peux vous affirmer que c’est un véritable navet, malgré les prestations de Michel Serrault, Jean Poiret et Francis Blanche…

Quel est ton pronom ?

Abracadabra ! L’intrusion de l’Ukraine en Russie sort comme d’un chapeau…. La main de l’Otan dans la culotte d’un Z… elensky, comme l’ont reconnu même les grands médias. Par cette opération, l’Otan franchit une énième ligne rouge, et pousse à la guerre nucléaire. De plus, le New York Times du 20 août nous apprend que Biden a approuvé en mars dernier dans un document confidentiel (Nuclear Employment Guidance) la réorientation de la politique américaine de dissuasion sur la Russie, la Chine et la Corée du Nord avec l’expansion rapide de son arsenal nucléaire.

REVUE DE « PRESQUE » :

Mort d’Alain Delon : d’après France-Inter, organe officiel de la bien-pensance bobo parisienne, il avait « sa part d’ombre ». Les journaleux faisaient-ils référence à sa mégalomanie ? A l’affaire Markovic ? Au fait que Delon mélangeait de façon incohérente gaullisme et lepénisme ? Ou bien au fait qu’il battait son fils, comme l’a relaté Anthony dans un livre de souvenirs ? Que nenni ! La part d’ombre en question est, simplement, qu’il « était de droite ». On peut détester la droite (il y a d’excellentes raisons pour cela, et l’article d’aujourd’hui va le prouver), çà n’en fait pas la moitié de la population (d’inquiétants Français !) avoir sa part d’ombre…

Marianne, Charlie Hebdo et Le Monde ont eu la même idée :

Une de Libération jeudi 22 juillet : KAMALA ARRIVE, DONALD TREMBLE. Libé (qui avait déjà sévi avec MANUEL VALSE) recrute, on ne va pas s’en plaindre, chez Carambar… Est-ce aussi le même type qui opère sur les produits alimentaires Monoprix (par ex. : « Allô, à l’huile, y’a de la friture sur la ligne » sur les boîtes de maquereaux), ou les pubs Lidl (– « Moins de 2,50 € le kilo sur les haricots ? Là, je suis vert ! »). On est mal, patron, on est très mal…

Et au moment où je rédige ce chapeau (24 août), on parle ici et là (France Info, Charlie) – mais on point où on en est, tout est possible – de Tony Estanguet Premier ministre. Là, on se tripote… Comme dirait ma grand-mère : pendant ce temps, les Chinois travaillent (et s’esclaffent et sont consternés à la fois). Le plus pathétique, dans cette histoire de sports, JO, etc. n’est pas que Macron nous le serine, mais qu’il y croit…

LA LISTE (OLYMPIQUE) PEREC (GEORGES, ET NON MARIE-JOSE) DU JOUR :

Nous retrouvons donc ce cher Georges. Je rappelle le principe de La liste Perec du jour : chaque liste est extraite de La vie, mode d’emploi de Georges Perec.

"Il a devant lui une boîte en bois blanc abondamment pourvue d'étiquettes, de timbres, de cachets et de sceaux de cire rouge, d'où il  a sorti cinq broches en argent et strass, style Art Déco, représentant cinq sportives stylisées : une nageuse crawlant au milieu de vaguelettes en festons, une skieuse fonçant schuss, une gymnaste en tutu jonglant avec des torches enflammées, une joueuse de golf à la canne haute et une plongeuse exécutant un impeccable saut de l'ange."

Au moi de mai, j’étais tombé, en kiosque, sur une publication étrange : Livre Noir, trimestriel aux allures de mook (un mook est un livre-magazine).

Un autre périodique, Front Populaire (aucun rapport avec l’alliance de la carpe libéralo-zadiste gluglu et du lapin ruffino-communiste) de Michel Onfray, attaque et démonte faits et idées plutôt bien*, avec une profondeur historique, mais c’est tout ce qu’il fait… car il ne propose rien. En étant souverainiste mais en ne proposant rien, Onfray se situe ainsi dans le registre de la rage au détriment de celui de l’action, et donc est sur le point de rejoindre l’extrême-droite.

*Sauf sur la « transition énergétique », car Onfray, qui déteste pourtant « l’environnementalisme », est persuadé que le dérèglement climatique est d’origine strictement humaine…

Eh bien par rapport à Livre Noir, Front Populaire semble être un magazine gauchiste ! L’aspect même de Livre Noir (qui est aussi un site) dérange : une couverture noire, très « Police/Renseignement » et – la rédaction ne s’en cache pas – ils ont des relais dans ces milieux.

Les trois numéros parus traitent de l’immigration, de l’importation en France du conflit israélo-palestinien, et des mouvements d’extrême- gauche. Rien sur la question économique ou sociale. C’est que Livre Noir ne se positionne pas en tant qu’anti-libéral, comme Front Populaire ! Je ne sais pas qui est Eric Tegnér, qui est à la tête de la publication, mais y participent Thibaut de Montbrial* et Thierry Lentz, admirateur de Napoléon (!), qui ont déjà sévi dans FP ; François-Xavier Bellamy (celui de LR !) ; l’avocat Gilles-William Goldnadel et Rémi Brague, deux Juifs (pro-Netanyahou ?) inquiets – à juste titre – de l’anti-sémitisme ambiant ; Driss Ghali, déjà cité dans ce blog (https://wordpress.com/post/champouin.blog/7093) ; Loïk Le Floch-Prigent, qui a viré souverainiste ; et l’écrivain algérien Boualem Sansal dont on se demande ce qu’il est venu faire dans cette galère lepéno-zemmourienne. Car c’est bien de cela dont il s’agit !

*Ce dernier participe à Périclès, le think-tank de Pierre-Edouard Stérin, l’homme d’affaires ultra-ultra-libéral qui a manqué racheter l’hebdomadaire Marianne.

Là encore, tout comme pour Front Populaire, il n’y a objectivement rien à jeter dans ce qui est écrit, mais çà s’arrête là*. Comme dirait un homme politique de ma connaissance : « L’important est dans ce qui n’a pas été dit ! ». Pour moi, Livre Noir à « échoué au test ».

Aaaaaaah ! Vous avez échoué !

Je voudrais plutôt m’arrêter sur le sujet du troisième numéro de Livre Noir (avril-mai-juin 2024) : la jeune journaliste Pauline Condamines a infiltré successivement, et avec courage, un mouvement d’extrême-gauche pro-palestinienne (Urgence Palestine*), un mouvement éco-activiste (Soulèvements de la Terre) et un mouvement de soutien aux migrants (Collectif des sans-papiers).

*Qui en appelle ouvertement à l’Intifada, comme je l’ai vu sur leurs affiches…

Point commun à ces organisations et à tous celles ejusdem farinae, comme dirait Rabelais : une pensée binaire (eux contre « l’extrême-droite », c’est-à-dire tout ce qui va de Zemmour à… Macron!*), le wokisme, la haine anti-flic, l’antisémitisme et la haine anti-Israël. Presque tous leurs membres sont des diplômés urbains : pas d’ouvriers (çà ferait trop Gilets-jaunes, c’est-à-dire extrême-droite), ni d’agriculteurs (c’est-à-dire pollueurs). Le même dress-code est de rigueur : piercings, tatouages, sarouel à la Zaz, cheveux sales sous un bonnet rasta, accumulation de vêtements déchirés, etc. Autre point commun, le plus important dans cette histoire : une tutelle américaine de par leur financement, via des ONG comme le Climate Emergency Fund ou autres…

*Voire Fabien Roussel…

Le look Trust ou bien Shaka Ponk…

On apprend aussi ceci : drôles et pathétiques à la fois sont les rituels concernant les réunions de prise de parole ou de formation qu’organisent toutes ces organisations. Celles-ci doivent se réunir de préférence entre « racisés », pourtant quasi absents chez ces proto-bobos. « Chacun est sommé de dévoiler son prénom ou pseudo (« Ecureuil volant », « Choupisson »…), puis son pronom (par lequel on doit être désigné), ainsi « il » ou « elle » ou « iel ». On doit ensuite décrire sa « météo intérieure », par exemple « ma météo est plutôt bonne, même si je suis très fatiguée ». Si l’on est d’accord avec ce que quelqu’un dit, ne pas le dire à l’oral mais agiter les mains en l’air pour ne pas « polluer la conversation ». Et former un C avec le main pour signifier qu’on a besoin d’une clarification. enfin les participants sont invités à prévenir si, au cours de la journée l’on subit des formes d’oppression raciste, sexiste, classiste, validiste, grossophobe, etc. »

Pas très racisés, ces « rebelles » ! D’autant plus qu’il s’agit d’une image de propagande (des intermittents mannequins), sans doute pour faire croire qu’il s’agit d’un mouvement « non violent »…

Cela ne vous rappelle rien ? Oui, les sectes, bien sûr. Personnellement, cela me rappelle autre chose : les formations. Cela se fait moins maintenant, mais j’ai connu des formations gangrénées par l’analyse structurale et l’analyse transactionnelle… Et quels sont ceux qui animent souvent les réunions des mouvements cités supra ? Des gens qui sont « dans le civil » consultants et formateurs, dans des secteurs parasites et non productifs bien souvent (communication, marketing, publicité, etc).

Ce qui fait peur aussi est cette fragmentation de la société, wokisme et inclusivité obligent, en une infinité de catégories. Cela m’a fait penser à un passage des hilarantes Nouvelles de San Francisco, d’Armistead Maupin (10/18, 1995) :

A, B, A-Gays, B-Gays, c’est bien joli, mais on ne sait toujours rien de leurs pronoms…

L’oeil de Paris (8)

LA LISTE DU JOUR (extraite de David Foenkinos, La délicatesse, 2012, Gallimard) :

Discographie de John Lennon s'il n'était pas mort en 1980


Still Yoko (1982)
*
Yesterday and Tomorrow (1987)
*
Berlin (1990)
*
Titanic Soundtrack (1997)
*
Revival - The Beatles (1999)

Et cela me donne l’idée de faire le même exercice pour d’autres chanteurs ou groupes. A suivre, donc !

Nous avons la dernière fois passé en revue les rue et place des Abbesses. Mais sait-on qu’il y a un passage éponyme commençant rue des Abbesses et finissant rue des Trois-Frères ?

Voilà l’entrée du passage. Je ne l’ai pas fait exprès, mais çà en jette avec cette vieille voiture devant…

A l’intérieur, une chicane. Il faut faire un « gauche-droite ». Faire la liste des rues ou villages comportant une chicane…

On monte l’escalier, demi-tour, chicane et on sort. Vous suivez ?

Sans paroles.

Mouais, bof…

Ce passage a une particularité : c’est un lieu de graphisme de rue en tous genres. Ici, si on reconnaît bien Amélie Poulain, de Gaulle est totalement raté.

Florilège !

Et maintenant la rue d’Abbeville (commençant pl. Franz-Liszt et finissant rue de Maubeuge), première de notre série à porter un nom de ville (Maubeuge, Dunkerque, Denain…) desservie par la compagnie des chemins de fer du Nord : la gare est proche.

Superbe immeuble construit par Georges Massa en 1897 avec son décor sculpté au ciseau : frontons, masques, guirlandes, putti et gueules de lions à gogo.

Et son voisin, d’Alexandre et Edouard Autant (1901), de style Art nouveau.

A gauche : « pourquoi Cariatides ? », à droite : « Ah ben oui, je comprends, maintenant » !

Ne pas confondre avec Guy ou Gilbert…

La rue aboutit place Frantz-Liszt, dont la rambarde à colonnettes de l’horrible église Saint-Vincent-de-Paul donne pourtant un petit air de Rome…

L’oeil de Paris (7)

Retour sur ce que vous savez :

Faire nation, faire société, faire président, faire sens, FAIRE BARRAGE.

On ne regrettera ni les orientations du milliardaire Bolloré, ni le pseudo-bouffon Hanouna, ni la télé de merde qu’était C8, mais il est quand même inquiétant qu’en France on puisse interdire un média (en novlangue juridique, on ne « reconduit pas sa fréquence »). Va-t-on interdire une autre chaîne, une radio, ou un média papier ? Ce fait, ajouté à l’éviction de Guillaume Meurice de France-Inter pour une blague « douteuse », a des relents de censure…

Benoît Duteurtre est mort. Cet écrivain et chroniqueur n’était pas anti-progrès, ni nostalgique du « c’était mieux avant ». Simplement, il était en colère contre la marchandisation de la société, celle qui fait, par exemple, que nos centre-villes, gares et aires de repos d’autoroute soient devenus un alignement obscène de marques*, et regrettait que l’on prenne le Tgv comme on prend vulgairement le métro après être de surcroît passé par l’épreuve électronique tyrannique des mots de passe, comme tous les services d’aujourd’hui… Il regrettait que, de nos jours, tout soit bruit, laideur et zapping permanent. D’autre part, il animait depuis 25 ans Etonnez-moi, Benoît sur France-Musique, émission consacrée à l’opérette, qu’il a contribué à faire relancer, et à la chanson française – la vraie, avec mélodie, couplets et refrain et non pas la soupe actuelle des maisons de disques ou d’émissions comme The Voice ou Star Academy

[Dernière minute : j’ai écrit ce « chapeau » le 18 juillet. Or, dans Marianne du 25, que j’ai acheté samedi 27, Jérôme Leroy écrit un hommage à B. Duteurtre. Je cite : « Benoît Duteurtre ne pensait pas que c’était mieux avant mais il était certain que c’était pire maintenant ». Sommes-nous, Leroy et moi, doués de télépathie ? En tous cas, il y a consensus, comme on dit aujourd’hui…]

LA LISTE DU JOUR :

Extrait de Front Populaire (le magazine, et non pas…) n°15, avril 2023 :

"Cette reconfiguration du capitalisme a donné lieu à une batterie de notions et de qualificatifs pour appréhender et décrire l'immense processus de régression anthropologique à l'oeuvre dans l'économie des plates-formes numériques : «capitalisme attentionnel» (Pierre Citton), «sémio-capitalisme» (Franco Berardi), «hypercapitalisme» (Jean-Paul Galibert), «capitalisme cognitif» (Bernard Stiegler), «capitalisme mental» (Georg Franck), «capitalisme nétarchique» (Michel Bauwens), «capitalisme pulsionnel» (Bernard Stiegler), «technocapitalisme» (Renaud Vignes), etc."

Vais-je consacrer un Dekoikonparle ? sur le sujet ?

Après les abbés, les abbesses ! Tout d’abord avec la place des Abbesses, donnant sur la rue éponyme. Le nom provient des abbesses présentes dans l’abbaye de Montmartre fondée par Louis le Gros en 1134.

Il suffit de sortir du métro – la station la plus profonde de Paris. Par contre, l’édicule (quel vilain mot) d’Hector Guimard, n’est qu’une réplique. Le seul qui soit d’origine se situe à la sration Porte Dauphine, et ce n’est même pas son emplacement initial !

Pour être vert, c’est vert !

Et maintenant la rue des Abbesses (commençant rue des Martyrs et finissant rue Lepic), malheureusement devenue rue bobo tête-à-claques.

Visiblement le syndrome Amélie Poulain n’a pas atteint que les étrangers, mais les attirent, tout de même… On s’attend à voir surgir de cette brasserie une meneuse de revue avec truc en plumes façon Paradis Latin ou Casino de Paris.

Dans ce paradis parisien où les touristes croient pouvoir tomber sur Jean-Paul Sartre ou Juliette Gréco, même le slip est français ! Bon, le slip de J.-P. Sartre, çà ne fait pas vraiment rêver…

La rue des Abbesses était autrefois dédiée aux commerces de bouche. Les devantures étaient donc surmontées de ces ouvrages en fer forgé. Le rouge était la couleur des bouchers, et il est heureux que l’enseigne sur l’image de gauche n’est pas été pour une fois transformée en boutique de fringues.

Contre les néo-nazirs, il faut faire barrage !

Y’a comme un problème avec ce bâtiment en train de s’affaisser, tout comme certains immeubles des quais de Nantes ou de Bayonne !

Cà en jette ! L’immeuble de gauche date de 1852. Et celui de droite est « à cheval » entre Art nouveau et Art déco.

Y at-il un poète maudit ou un peintre bohème derrière ces fenêtres ?

Mais non, voyons ! Ils ont été expulsés par les bobos investisseurs !

Une curiosité : l’église Saint-Jean-l’Evangéliste, une architecture révolutionnaire de métal et de ciment armé (1904).

La voilà ! Très belles mosaïques…

L’architecte s’appelait Anatole de Baudot.

Et la rue vient mourir sur cette boutique rose bo(n)bo(n) : Antoine & Lili…

Mais on n’en a pas fini avec les Abbesses…

A suivre…

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L’oeil de Paris (6)

Il est clair qu’à présent, un climat de peur commence (20 minutes du 5 juillet : « Peurs sur la France », Marianne du 4 juillet : « De quoi faut-il avoir peur ? »). Macron nous avait bien préparé : peur des Gilets jaunes, peur du virus de la covid, peur du « fardeau de la dette », peur des Russes, peur d’être un suppôt* de Poutine si on vote mal. Le but étant que le peuple aie peur d’une oligarchie qui lui dicte de quoi il doit avoir peur… Et çà marche : « Les minorités profitent de notre peur », écrit Elisabeth Badinter dans Messieurs, encore un effort, (Flammarion/Plon, 2024). L’écrivain Kamel Daoud le reconnaît : pour lui, l’Occidental « coupable » de tout (migrants noyés, putschs en Afrique, morts à Gaza) – il ironise, évidemment – culpabilise et baisse la tête. Daoud met le doigt sur un moteur du wokisme : la peur. Cette peur a incité le peuple à faire barrage.

*Un suppôt et au lit ? Un Bigflo & Oli ?

« La France a peur… »

Selon moi, cette élection n’est pas légitime : aucun programme, aucun projet (si : le Smic à 1600 € et la suppression de la réforme des retraites. C’est un peu court). Or « faire barrage » n’est pas un projet !

Faire barrage…

Dans la rubrique Annus horribilis du 1er mai [https://champouin.blog/2024/05/01/annus-horribilis/], je mettais en scène un Macron devenu fou. La réalité rejoint-elle la fiction ? Pas tellement : je pense que son but était de passer pour un démocrate, en décrétant l’alternance tout en sauvegardant bien entendu les intérêts de l’élite financière grâce à l’ultra-libéralisme du RN. Les électeurs l’ont plus ou moins consciemment compris. Caramba ! Encore raté pour Macron…

Je suis peut-être complotiste ou bien je me prends pour Macron, mais comment toute cette gauche hétéroclite a-t-elle pu constituer une entente et un programme commun en 48 h ? Etait-elle au courant 1. d’une dissolution et 2. du délai court de trois semaines avant le scrutin ?

Pas d’interruption du Champouin pendant les vacances, mais vous avez droit à trois numéros de L’oeil de Paris, et La liste du jour va s’éloigner momentanément de Georges Perec.

LA LISTE DU JOUR :

Celle-ci est extraite d’Alchimie du Verbe, d’Arthur Rimbaud (1873). D’abord inclus dans Une saison en Enfer, cet essai littéraire est disponible depuis 1953 dans ses Oeuvres complètes (Mercure de France).

"J'aimais les peintures idiotes, décors, toiles de saltimbanques, enseignes, enluminures populaires ; la littérature démodée, latin d'église, livres érotiques sans orthographe, romans de nos aïeules, contes de fées, petits livres de l'enfance, opéras vieux, refrains niais, rythmes naïfs [...] Je m'habituai à l'hallucination simple : je voyais très franchement une mosquée à la place d'une usine, une école de tambours faite par des anges, des calèches sur les routes du ciel, un salon au fond d'un lac"

Il se trouve que, malheureusement, les rues portant le noms d’abbés ne sont pas toujours les plus intéressantes…

Commençons avec la place de l’Abbé Jean-Lebeuf, située entre la rue Guilleminot et la rue du Château :

Cette place est une « ouverture » sur l’ensemble de la place de la Catalogne conçue par Ricardo Bofill.

Encore plus confidentielle, la rue de l’Abbé Migne commençant rue des Francs-Bourgeois, finissant square Victor-Langlois :

L’Abbé Jacques-Paul Migne (1800-1875) fut un prêtre catholique français, imprimeur, journaliste et éditeur de livres religieux.

Vestige d’un bâti ancien, cette rue vient « mourir » dans un îlot abattu, aujourd’hui le square Langlois. Du coup, elle est plus que courte !

Maintenant la rue de l’Abbé Patureau, commençant rue Paul-Féval, finissant rue Caulaincourt :

Marie Charles François Patureau (1853-1930), ancien curé de St-Pierre-de-Montmartre.

Première rue de notre série, qui comporte des escaliers – et ombragés de surcroît.

« Il suffit de traverser la rue »…

Suite et fin, avec cet immeuble rouge en perspective, dont on aurait voulu qu’il soit centré.

Qui était Roger Derry (Rue de l’Abbé Roger-Derry, commençant rue de la Cavalerie et finissant avenue de Suffren) ?  

Une rue chic dans un quartier chic.

Vous n’avez pas rêvé : en perspective, un immeuble des années 40 qui fut autrefois un garage Aston Martin. Çà en jette !

♦ 

L’avenue de l’Abbé Roussel (commençant rue la Fontaine, finissant avenue Théophile-Gautier) et la rue de l’Abbé Rousselot (commençant boulevard Berthier, finissant avenue Brunetière) ne nous ont pas inspirés… Notons tout-de-même que le premier (1825-1897) fut le fondateur des Orphelins d’Auteuil et le second (1846-1924), considéré comme le fondateur de la phonétique expérimentale, a inventé un système de transcription  phonétique.

Notre dernier abbé : Jean-Baptiste Soulange-Bodin. Sa rue commence rue Guilleminot et finit rue de l’Ouest.

Cette courte rue est piétonne, (il paraît qu’on doit dire « piétonnière »), bon prétexte pour la terrasse du restaurant.

Et les piétons sont-ils des papetons ?

Avertissement !

On fera mieux la prochaine fois… Mais il n’y aura pas de rue de l’Abbé Chamel, de l’Abbé Kahn (un converti…) ou de l’Abbé Tumaine !

A suivre !