Les mots enfouis (2/2)

Elisabeth Bouchaud.

Une « scène des arts et de la science » ? Oui, çà existe : c’est le Théâtre de la Reine Blanche, dont la programmation allie ces deux domaines que ces cartésiens de Français considèrent comme incompatibles (on notera qu’Einstein jouait du violon ou que l’astrophysicien Jean-Pierre Luminet est aussi poète). Echantillon de spectacles à venir : Exil Intérieur (sur Lise Meitner, collaboratrice d’Otto Hahn), Prix No’Bell (sur Jocelyn Bell qui a découvert les pulsars) et bien d’autres. Pour ma part je suis allez voir en octobre Shakespeare et la Relativité (eh oui !). Elisabeth Bouchaud, physicienne de formation (elle s’intéresse aux propriétés de rupture des matériaux) dirige ce théâtre depuis avril 2014. Elle est également comédienne et autrice. [https://www.reineblanche.com/]

Question centrale qui devrait être abordée pendant la COP 27 : quel effet aurait une guerre nucléaire sur le climat de notre planète ? Ce ne sont surtout pas les Verts va-t-en guerre allemands qui vont y répondre…

L’année dernière, un « atelier d’écriture » portant sur un « je me souviens » à la Perec, nous avait conduit, après transformations, à une liste de mots qui n’existent pas, mais auxquels j’avais décidé de donner une vie.

Un premier opus a paru le 1er août de l’année dernière. En voici un deuxième.

Sachez qu’il y aura d’autres articles analogues : des mots-valises, et aussi des mots rares, existants, mais auxquels je donnerai un autre sens.

Retrouvons donc les mots qui proviennent de contrepèteries à partir de ma liste « Je me souviens ».*

*Laquelle liste n’est pas terminée, mais je ne ferai plus de transformations.

  • Bavélite (n. f.) :

Manie de parler sans cesse, en tenant des propos flous aussi bien du point de vue de la forme que du fond. Ex : « Bérurier n’avait pas envie de rencontrer le José. Chaque fois qu’il s’étaient vus, l’autre tournait en bavélite, de sorte que le Gros ne pouvait en tirer aucune information ». (Frédéric Dard)

  • Canvine (n. f.) :

Etablissement situé dans les beaux-quartiers, où l’on mange en dégustant des vins sélectionnés. Ex : « Patrick avait donné rendez-vous à Sophie dans une canvine de l’Ile Saint-Louis. C’était évidemment pour parler de son projet, mais il comptait bien que cela se termine en baise ». (Michel Houellebecq)

  • Versigner (v. intr.) :

Signer, jurer, attester de manière définitive et péremptoire. Ex : « Sous le regard éberlué de son adversaire et de celui indifférent du notaire, Hareau, content de lui, versigna ». (Guy de Maupassant)

  • Michu (n.m.) :

Grosse écharpe pour homme. Ex :  » On ne vit plus que le père Goriot, le cou engoncé dans un michu hors d’âge ». (Honoré de Balzac)

Le plus cocasse, c’est qu’en cherchant une illustration d’écharpe ou de fichu, je suis réellement tombé sur cette affiche du téléfilm Le Père Goriot (2004), avec Charles Aznavour et Tchéky Karyo !

  • Nombrilles (n. f. pl.) :

Foule, amas de personnes, qui semblent très agités par un mouvement continu. Ex : « Apprécier le silence luxueux et rare des appartements du Gouverneur nous changea du brouhaha et du va-et-vient des nombrilles autochtones ». (Pierre Loti)

  • Toussoir (n.m.) :

Glotte, gorge (argot). Ex : « Moi, j’avais pas trop envie d’voir/ces rombières qui se raclent le toussoir ». (Pierre Perret)

  • Lunoire (n.f.) :

Fixation sur une idée précise mais funeste, une sentiment précis mais sombre. Ex : « C’est l’horrible lunoire, compagne d’une idée/qui m’obsède et me tue d’une funeste épée ». (Charles Baudelaire)

Edvard Munch, Mélancolie, 1894.
Munch devait illustrer Les Fleurs du Mal, projet qui est resté inachevé.

  • Milliforme (n.f.) :

Personne dont l’obsession est de se rassembler en respectant un ordonnancement précis et délimité au cordeau. Ex : « Je me mis à haïr cette redingote dont les boutons semblaient représenter un rassemblement de milliformes ». (Jules Vallès)

  • Chartelette (n. f.) :

Ensemble de petites règles tacites et informelles à usage plutôt familial. Ex : « L’on mit un temps à se rendre compte combien Folcoche avait obligé malgré nous à établir cette chartelette ». (Hervé Bazin)

Chartelette au tocolat.

Enfin, puisque nous sommes encore en automne, je ne résiste pas à l’interprétation par Charles Trenet de Chanson d’automne (« Les sanglots longs… ») de Verlaine. Le swing dans toute sa splendeur…

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Exercices de « stiche » (2)

A quand Johnny Halliday et Bernard Tapie au Panthéon ? Mais que fait donc Brigitte Macron, la « conseillère culture » du Président ? Quel sera le prochain à bénéficier d’officieuses obsèques nationales ? Un footballeur ? Un rappeur ?

L’hommage à « Bébel » m’a aussi quelque peu agacé. Le Belmondo des débuts (Pierrot le fou, L’homme de Rio…) était formidable, mais le Bébel des années 70 (Le Magnifique, Le Voyou…), celui des cascades, s’était clownisé comme le dit Etienne Ruhaud dans son blog Page Paysage.

L’Exercice de « stiche » n°1 n’était pas terrible. C’est vrai : ce n’était qu’une entrée en matière (quelle vilaine expression ! Enfin, chacun sa spécialité…) Pour le coup, il ne s’agissait pas de pastiche mais plutôt de parodie, et il n’était pas sûr que Chevallier & Laspalès soient le meilleur support pour l’exercice. Par contre, je les imite bien, mais je n’ai pas trouvé de solution technique pour un bon son. Il faudrait que j’achète un micro.

Rappel : quand je dis exercice de « stiche », dekoikonparle ? Il s’agit de pasticher un auteur, mais avec la trame de Récit, le texte étalon d’Exercices de style de Raymond Queneau (Folio, Gallimard).

« Enlevez l’enfant aux cornichons ! »

Jules Vallès

Jules Vallès, donc (tiens, encore quelqu’un en -lès). Et plus précisément L’Enfant (Folio+ collège, Gallimard). L’autobus est ici un coche d’eau, allusion aux nombreuses pérégrinations de la famille Vingtras et du jeune Jacques, trimbalé de pension en pension. Pas de parc Monceau mais une escale en un imaginaire Monceau-sur-Loire. D’autre part, le narrateur est directement l’auteur de la bousculade. Evidemment, l’épisode du manteau « à la polonaise, Jacques ! » (« Enlevez l’enfant aux cornichons ! ») était tout trouvé pour la chute imaginée par Queneau : l’ami qui conseille, au narrateur encore une fois, de « diminuer l’échancrure de [son] pardessus en en faisant remonter le bouton supérieur ».

Coche d’eau sur la Loire

Quant au style, il est haché, concis. On ne s’attarde pas. Presque un paragraphe par phrase. Et le tout au présent de narration.

Je dois rejoindre mes parents, à Nantes, après cette morne année d'études et le peu de considération qu'a eu pour moi le propriétaire de la pension Ragnagnat. Je suis heureux. Adieu, Saint-Etienne !

Nous faisons escale à Monceau-sur-Loire. A l'arrière du coche qui descend le fleuve, le batelier arbore un cou fort long. Il porte un de ces chapeaux à galon tressé au lieu de ruban. Ah, ce couvre-chef ! Ma mère aurait pu m'en affubler !

Je décide, à force d'ennui, de marcher sur les pieds des voyageurs qui tentent de monter ou bien de descendre sur la passerelle.

Ce moment de liberté totale, sans mes parents ni le père Ragnagnat, est le seul instant de bonheur de la journée. Un bourgeois se met à se plaindre, mais il n'insiste pas. "Cà lui passera, au gamin", l'entends-je dire.


Je jubile.

Trois heures plus tard, je débarque en ville. En passant devant la gare :

"Vingtras !

- Fougères !"

Fougères, un "grand" que j'avais connu au Puy, est maintenant préfet d'études dans un collège de Nantes.

"Jacques, mon pauvre ami, je parie que ta mère t'a imposé cette redingote ridicule. Au moins le mieux pour toi est d'en diminuer l'échancrure en en faisant remonter ce cornichon qui te sert de bouton. Je connais un bon tailleur qui peut t'arranger çà."

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