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Cette rubrique est un bol d’air destiné à se nettoyer des choses laides et abrutissantes : au jour où j’écris ce billet, va se tenir dans une heure cette horreur qui s’appelle le match de finale de la Ligue des champions, et qui procurera un orgasme à des hordes de beaufs au cerveau de petit pois déferlant sur les Champs-Elysées après avoir ingurgité et pissé des litres de bière. Beaufs y compris en col blanc (Hidalgo [Anne, pas Michel], Macron, Michel Cymes, Enrico Macias, plus tout le CAC 40) louant le libéralisme, à savoir l’argent facile des racailles footballeurs et rappeurs. Je gerbe sur ces deux dernières catégories. « Que chaque balustre d’urinoir public eût hérité de [leur] lambeau », comme écrivait Léon Bloy*.
*mais bien entendu pour de mauvaises raisons : à propos de Victor Hugo lors de son enterrement.
Alors, spécial dédicace pour une fidèle lectrice : Mme Laplanche, de Vitreine-sur-Scie, qui attend impatiemment la quatrième numéro consacré à ma « bibliothèque amoureuse ».
Pour ceux qui n’ont pas connu le blog Mr. Liste (lien dans la bannière ci-dessus), il s’agit des livres de la bibliothèque personnelle de marcjoly, votre serviteur. Enfin ceux qui présentent un tel intérêt qu’il ne les prête pas. Un livre, c’est comme une brosse à dents. Il s’agit donc d’une bibliothèque totalement subjective et passionnée, j’en ai expliqué les raisons dans le premier numéro de cette rubrique (cf. donc, Mr. Liste).
Alors, voici. Je ne l’ai pas voulu, mais on remarquera que cette liste, établie « géographiquement » sur mes étagères, est quelque peu politique !
- Cheikh Anta Diop, L’Afrique noire précoloniale, Présence Africaine, 1960.
Diop, auteur aussi de Nations nègres et culture et des Fondements économiques et culturels d’un Etat fédéral d’Afrique noire, fut un africain anticonformiste. Ce Sénégalais, docteur en sciences sociales également spécialiste en chimie nucléaire, remarqua un certain nombre de points communs linguistiques et anthropologiques entre l’Afrique noire actuelle et l’Egypte ancienne. Il en déduisit après des recherches approfondies, que l’Egypte ancienne était peuplée de Noirs, que les langues de l’ouest africain proviennent de l’ égyptien, et que des structures sociales et mentales ouest-africaines (matriarcat, cosmogonie) viennent aussi d’Egypte. L’idée était bonne, mais les hypothèses s’avérèrent en partie fausses : on se dépêcha de traiter Diop de charlatan, et il fut de surcroît récupéré par les suprémacistes noirs. Un de ses émules, le camerounais Koto Essomé, mourut dans des conditions très étranges…
« Tu as raison, Socrate.
Cela est vrai, cela se peut. »
- Tous les « dialogues » de Platon (Garnier-Flammarion).
Les « dialogues » de Platon sont en fait ceux du maître Socrate rassemblés par l’élève Platon. A la première lecture, c’est un peu déconcertant, çà ne ressemble pas à des dialogues, les interlocuteurs (ses élèves à l’Académie) face à Socrate se contentant de dire : « Tu as raison Socrate, cela est vrai, cela se peut… » C’est que le maître les pousse dans leurs derniers retranchements ! Attaché à la vérité, il ne veut pas les voir tourner autour du pot, comme les Sophistes… Cette quête de la vérité fut insupportable pour les élites de l’époque, accusant ainsi Socrate de pervertir la jeunesse (ils diraient aujourd’hui qu’il s’agit d’une secte). Mon petit doigt me dit que Socrate est toujours d’actualité…

- Michael Parenti, L’assassinat de Jules César – une histoire populaire de l’ancienne Rome, Editions Delga, 2017.
L’auteur, un Américain enseignant en sciences politiques, et pas vraiment à droite, démonte entièrement le mythe d’un César usurpateur despotique assassiné par des sénateurs voulant restaurer les libertés républicaines. Tout à l’inverse de l’image donnée par Cicéron, le lèche-cul de l’oligarchie, et par Shakespeare dans sa pièce Jules César (pour une fois, le génial William avait tout faux) ! Loin de l’image de la « brillante » civilisation, Rome était un empire de latifundia et d’escadrons de la mort, rien à envier à certaines dictatures d’Amérique latine… l’esclavage en plus. Sans parler de la » ville aux sept collines » dans laquelle s’entassait un Lumpenproletariat d’esclaves et de plébéiens. César fit en réalité voter des lois pour améliorer la condition des pauvres (remembrement agricole, moratoire sur les dettes, limitation des avoirs privés…), ce que la caste des optimates ne put supporter…

- Jeanne d’Arc, le procès de Rouen, lu et commenté par Jacques Trémolet de Villers, Les Belles Lettres, 2016.
On parle toujours des minutes du procès de Jeanne d’Arc, mais qui les a lues ? Les actes authentiques ont finalement été parus et commentés pour le grand public, grâce à Jacques Trémolet, avocat d’extrême-droite et catholique, certes (personne n’est parfait). Celui-ci a eu l’élégance de ne pas biaiser ses remarques par ses opinions ni sa foi, et commente le procès en bon avocat. On fait la connaissance d’une Jeanne bonne chrétienne mais surtout pas mystique, dont les « visions » ont été des intuitions, alors que l’accusation veut en faire une sorcière et n’a pas voulu l’emmener sur le terrain politique, de peur de se dévoiler. La stratège militaire qu’est Jeanne est forcément fine psychologue, et ne s’est pas laissée démonter. Elle a faibli uniquement par sa méconnaissance de la procédure. En lisant les minutes, on cerne le profil réel ou supposé des accusateurs et témoins : soft cops (comme on dirait aujourd’hui), bad cops, déterminés, sceptiques, avocats du diable, idéologues… Du coup, on aurait aussi voulu une « édition Vergès » de ces commentaires !
A suivre…
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