
Ville d’Art et d’Histoire
La fin de l’ère coloniale s’annonce enfin. L’actualité a montré que la révolte des pays africains est liée aux bruits de bottes otanesques (lire le numéro précédent : Cours camarade !) ? Les Américains ont poussé les va-t-en guerre de Paris et la Cédéao à « intervenir » au Niger (riche en uranium…). Une intervention russe en Ukraine, c’est caca. Une intervention au Niger, c’est bien… En tous cas, pour la première fois, les BRICS sont devenus plus puissants économiquement que le G7 ! Du 22 au 24 août s’est également tenu le sommet des BRICS à Johannesburg dans lequel le lèche-cul de l’Otan Emmanuel Macron n‘a pas été invité. Onze nouvelles nations y ont adhéré et il a été question de nouveaux mécanismes de paiement non libellés en dollars entre ces pays. Courage à Dilma Rousseff à la tête de la nouvelle Banque de développement international, dévouée à la dédollarisation. Occident-casino, ou bien Sud en plein croissance grâce aux BRICS ? La lutte continue !
♦
Une nouvelle rubrique qui accompagnera le début de chaque parution : il s’agit bien évidemment de listes… lesquelles parsèment La Vie mode d’emploi* de Georges Perec (Hachette, 1978). Ce sera en quelque sorte la liste du jour. Voici la « liste Perec » d’aujourd’hui :
*J’écrirai quelque chose là-dessus – voire un pastiche ?
"Il le trouvait assis à sa table en train de regarder les étiquettes d'hôtel que Smautf avait ajoutées pour lui à chacun de ses envois d'aquarelle : Hôtel Hilo Honolulu, Villa Carmona Granada, Hôtel Theba Algésiras, Hôtel Peninsula Gibraltar, Hôtel Nazareth Galilée, Hôtel Cosmo Londres, Paquebot Ile-de-France, Hôtel Régis, Hôtel Canada Mexico DF, Hôtel Astor New-York, Town House Los Angeles, Paquebot Pennsylvania, Hôtel Mirador Acapulco, la Compania Mejicana de Aviacion, etc."

♦
Bonne rentrée, et je ne sais pas où vous avez passé vos vacances. Honolulu, Acapulco ou bien Saint-Quentin ?
C’est le deuxième volet* de cette rubrique consacrée à Saint-Quentin, ma « ville-doudou ». Avant d’en venir au fait, il s’agira comprendre qu’il y a eu « grandeur et décadence » de cette ville. Il faut donc en tracer l’histoire.
*Le premier était consacré à l’Art déco pour exploiter le grand nombre de photos que j’ai prises dans ce domaine.
Les Saint-Quentinois savent que leur ville se situe dans le Vermandois. Tout part d’un oppidum gaulois : Viromanduorum. Les Romains s’y installent, et quelques années plus tard, l’abandonnent pour préférer une autre colline* ** plus à l’ouest, qu’ils appelleront Augusta Viromanduorum, qui se situera (cardo) sur l’axe Bagiacum (Bavay)-Lugdunum, et sur celui (decumanus) Samarobriva (Amiens)-Aquis (Aix-la-Chapelle). Quant à la Somme, elle ne fut pas navigable avant sa canalisation au 19ème siècle.
*Scénario courant peu après la colonisation romaine (cf. Bibracte remplacée par Autun).
**…dont le point culminant est le toit de la basilique. De là, par beau temps, j’ai pu apercevoir un autre édifice religieux : la cathédrale de Laon (40 km) !
Selon la légende, la tête du martyr Quintinus décapité (à Amiens, pourtant) fut retrouvé sous le temple païen. Une église dédiée à St-Quentin fut alors édifiée, ancêtre de la basilique actuelle dont il est le moment de parler : la construction de cet édifice gothique, plus vaste que les cathédrales de Soissons ou Noyon, commence au début du 13ème siècle sur les vestiges des églises primitives. L’essentiel est achevé à la fin du 15ème siècle (la façade date de la Renaissance). Les deux premiers étages de la tour porche sont antérieurs au reste de l’édifice, on les date de 1195. Quant aux parties supérieures, elles ont été refaites en style classique après l’incendie de 1669. Fortement endommagée par les bombardements de 1917, la reconstruction de cette collégiale royale, élevée au rang de basilique en 1876, s’étala de 1919 à 1956 ! La charpente fut refaite en béton comme à Ypres ou Reims. C’est seulement en 1975 que fut érigée la flèche au-dessus de la croisée, ce qui valut aux Saint-Quentinois de surnommer leur basilique « le casque à pointe » ! J’ai toujours connu ce monument avec sa tour-porche du 12ème siècle, hélas remplacée récemment par un élément architectural évoquant la contre-Réforme…

A noter aussi que c’est la seule église, avec Bayeux et Chartres, à avoir conservé son labyrinthe…

Sans oublier mon coup-de-coeur, cette notation musicale découverte récemment !

Dès le haut Moyen-Age, l’ancienne voie romaine nord-sud devint la route des foires, reliant la Flandre à la Champagne, et la ville se développe rapidement. Une charte communale lui est favorable. A l’emplacement de l’actuelle Grand-Place, une importante foire annuelle s’y tient. Aujourd’hui encore, l’hypercentre de Saint-Quentin est entièrement bâti sur des caves, celles-là mêmes qui ont entreposé textiles (« drap »), grains et vins de Champagne qui ont fait l’objet du commerce médiéval.
Enjeu stratégique de premier ordre, Saint-Quentin subit les guerres « de Cent-Ans » et puis, au 15ème siècle, fut disputée au roi de France par les ducs de Bourgogne. Mais la foire perd de son importance, et la ville est frappée plusieurs fois par la peste. En 1447 (mort de Charles le Téméraire…), elle redevient française. En 1509 fut achevé un édifice qui vous est peut-être familier, et est sans doute la seule référence que vous avez de Saint-Quentin. Eh, boomers, vous vous souvenez des billets de 5o francs ? Ce type avec une faluche sur la tête ? C’est Maurice-Quentin [évidemment] de La Tour, le pastelliste du 18ème siècle, enfant du pays. Mais derrière lui on voit un bâtiment plus ancien : l’Hôtel de ville.

En style gothique flamboyant (1509), il est dû à l’architecte Collard Noël. Sa façade se termine par trois pignons (influence de l’architecture flamande). Les arcades sont ornées de 173 sculptures dont certaines sont loufoques ou irrévérencieuses :

Son carillon, installé dans un campanile néogothique, est doté de 37 cloches. L’Hôtel de ville est le bâtiment emblématique de Saint-Quentin. J’y habitais (à St-Q., pas à l’Hôtel de ville !) à l’époque du billet de 50 balles !
En 1557, surgit un événement gravé dans l’histoire collective des Saint-Quentinois : un siège héroïque face aux troupes espagnoles de l’impérialiste réactionnaire Philippe II se termine par une terrible défaite des forces françaises et le pillage de la ville, malgré la résistance menée par Gaspard de Coligny. Saint-Quentin est restituée à la France en 1559.
Au siècle suivant, grâce aux filatures de lin, Saint-Quentin retrouve sa prospérité. Celles-ci perdureront jusqu’au milieu du 20ème siècle. Au 19ème siècle, elle connaît un grand développement en devenant une ville industrielle prospère, grâce à des entrepreneurs sans cesse à l’affût des nouveautés techniques. Les mouvements ouvriers y sont très combatifs. Les productions sont diversifiées, mais la construction mécanique et surtout le textile l’emportent : les « articles de Saint-Quentin » sont alors bien connus.
Revanche de 1557 : le 8 octobre 1870,les Prussiens ne peuvent pas s’emparer de la ville grâce à la résistance de ses habitants. Le siège fut tout de même brisé le 19 janvier 1871.

La Belle Epoque fut une période faste pour Saint-Quentin, vite brisée par la première Guerre mondiale : 70 % des immeubles (dont la basilique) sont endommagés. Dans les années 1920, la reconstruction donna au centre-ville la physionomie qu’on lui connaît aujourd’hui. Plus de 3000 immeubles Art déco furent construits [https://champouin.blog/2023/01/15/mon-saint-quentin-1/]
J’ajouterai l’ancienne chambre du commerce, aujourd’hui Espace St-Jacques : un pastiche gothique/Renaissance (1929). Et aussi cet élégant pastiche 18ème siècle rue de la Sellerie (1922) qui prend comme modèle le pavillon de Hanovre construit à Paris sous Louis XV, référence maintes fois reprise, notamment par les architectes Paul Bigot et Louis Guindez pour le musée de la ville, le musée Antoine Lécuyer, consacré notamment à M. Q. de la Tour.

[A suivre…]


















Laisser un commentaire