Ma bibliothèque amoureuse (7/infini)

Spécial modes d’acquisition

Deux lectures par rapport à l’actualité (je ne garantis pas leur disponibilité) : Laurent DESSART (un ami dont j’ai perdu la trace), L’Afghanistan – Précis historique, L’Harmattan, 2004. Pour comprendre la matrice culturelle et sociétale de ce pays. D’autre part : Françoise OLIVIER-UTARD, Politique et archéologie – Histoire de la Délégation archéologique française en Afghanistan 1922-1982, Editions Recherche et Civilisations, 2003. Un regard sur les relations franco-afghanes. Recréée en 2002, la DAFA existe toujours, sans doute rapatriée ces derniers temps.

Dès lors qu’il existe plusieurs façons de classer sa bibliothèque : sujet, thème, genre, chronologie, auteur, titre, édition, collection, format, couleur (!), épaisseur, odeur, type de reliure… (une fidèle lectrice, Mme Geypatout-Compry, de Jarnac-sur-Loire, pourrait en témoigner), il pourrait être judicieux, lorsqu’on aborde l’aspect « amoureux », affectif, subjectif, de sa collection de livres, de la classer par mode d’acquisition.

Bon, les livres achetés à la FNAC et ceux appartenant déjà au conjoint, on connaît. Mais il y a d’autres modes.

Je vais essayer d’en donner un aperçu.

  • André CHERPILLOD, Histoire des chiffres, autoédition, 1996.

Auteur remarquable pour trois points de vue. D’abord André Cherpillod, espérantiste, fait partie des derniers philologues et polygraphes. Il a écrit des centaines d’ouvrages sur tous les sujets en espéranto, français, et bien d’autres langues ! Ensuite ses ouvrages sont parus soit en autoédition, soit aux éditions de la Blanchetière… c’est à dire Cherpillod tout seul chez lui. Enfin ses livres, la plupart épuisés, sont surtout disponibles via les deux associations espérantistes en France : SAT-Amikaro et Espéranto-France. C’est de l’un ou l’autre que mon exemplaire provient. Il faudra en tous cas que je fasse un jour un papier sur André Cherpillod.

Le « collector » des Cherpillod.

  • Daniel JUSTENS, La mathématique du Chat, Delagrave/Casterman, 2008.

Comme souvent, livre acheté à la librairie (pardon, il faut maintenant dire « boutique »…) d’un musée, en l’occurrence celui de la BD à Bruxelles. J’y suis entré uniquement pour l’architecture du lieu. Le livre est plus intéressant que je ne le pensais : c’est un authentique ouvrage de mathématique basé sur… Le Chat de Philippe Geluck, lequel, pourtant, n’est en soi pas terrible. Mlle Areu, étudiante en vulcanologie médiévale de ma connaissance, m’a rétorqué : « Depuis quand les chats font-ils des mathématiques »?

  • Deutsches Museum, Museum Guide, 3ème édition 2005.

Acheté lui aussi à la lib… (et puis merde !) d’un musée : le Deutsches Museum de Munich, musée scientifique absolument complet comme les Français sont incapables de faire. Là, pour le coup, il s’agit du « guide » (140 pages !) officiel du musée, c’est-à-dire du catalogue des collections permanentes.

  • Christiane COSSUS, 6 leçons d’électricité, SODEL, sans date.

Livre datant du collège (çà ne me rajeunit pas) sur les bases de l’électricité. Comment ce fait-il qu’il s’agisse du Livre de l’enseignant ? Mystère.

  • La Bible de Jérusalem, Desclée de Brouwer, 1975  » (imprimatur : Paris, le 8 février 1975 – E. BERRAR, v. é.) .

Elle m’avait été offerte par ma belle-mère, pour Noël. Tout le monde était atterré et moi aussi. Il y a de ces cadeaux …

  • E. et J. BOURCIEZ, Phonétique française – Etude historique, Klincksieck, 1982.

Un des vestiges de mes livres de fac. Tout sur la « réduction du mot latin en français », le « traitement des voyelles accentuées », les « labiales latines », etc. Ecrit par un de ces couples d’universitaires dont seule la France à le secret.

  • Etienne RUHAUD, Disparaître, Unicité, 2013.

Ce n’est pas pour passer la brosse à reliure (heu, à reluire !), mais ce romanceau (112 pages) est écrit par mon ami Etienne dont je vous rebat les oreilles, et préfacé par feu Dominique Noguez, tout de même ! Mon exemplaire est dédicacé :« Pour Marc, ce court récit urbain, en lui souhaitant le meilleur… Merci. Toute notre amitié, Etienne ». Comme çà, vous savez que dans la vraie vie, marcjoly a pour prénom Marc.

  • JEAN-CHARLES, La foire aux bidasses, Presses de la Cité, 1973.

Jean-Charles était le spécialiste des « perles », notamment celles des cancres. Cet ouvrage consacré aux bidasses (c’est la même chose) et aux militaires en général (c’est le cas de le dire) a été trouvé tellement hilarant par votre serviteur que celui-ci l’a volé durant son service militaire en 1984 à la bibliothèque de l’Unité Marine de Fort-de-France.

  • Collectif, Le daguerréotype français. Un objet photographique, RMN, 2003.

Travaillant dans les musées, ceux-ci m’offrent tous les ans ainsi qu’aux collègues un catalogue d’exposition. Celui-ci reflète un monde proto-photographique disparu : taudis pré-haussmanniens, femmes à coiffe en dentelle, trognes d’une population qui ne connaissait pas le dentiste mais connaissait bien les bouteilles de vin…

  • René VALLERY-RADOT, La vie de Pasteur, Flammarion, 1900 (l’exemplaire et une réédition de 1925).

Cette biographie écrite par le gendre de Louis Pasteur, et dégotée chez un bouquiniste, n’est pas rééditée aujourd’hui. J’aurais malheureusement tant à dire de ces tauliers, dont le métier consiste à ne jamais vouloir acheter les livres qu’on veut leur vendre, et qui de surcroît vous engueulent…

Laisser un commentaire

Mauvaises « translations » ! (1/2)

Nouvelles du front (sans majuscule…) :

Un fidèle lecteur, M. Lallouët, de Jeteux-Plumerai (Orne), donne l’exemple, lui : il a mis l’adresse du site en favoris. Prenez-en de la graine (ah ! ah !).

Quant à l’excellent Etienne Ruhaud (https://pagepaysage.wordpress.com), il publie Animaux, préfacé par Jean Renaud et illustré par Jacques Cauda, sorti le 13 octobre chez Unicité (12 €). Il s’agit d’un autre bestiaire fantastique, onze ans après Petites Fables. Vous pouvez le commander en librairie, sur le site d’Unicité, de la Fnac ou d’Amazon.

Le français menacé par l’anglais. Est-ce un désastre et la mort annoncée de notre langue ? Ou est-ce une évolution linguistique naturelle ? Seul le fameux cliché du « temps long » saura nous le dire…

Ce qui clair c’est qu’on ne parle plus correctement l’anglais : nous croyons parler la langue de Shakespeare, alors que nous parlons… le jargon de Nicolas Sarkozy croyant parler anglais !

Nous ne savons pas le traduire non plus, et nous tombons dans le piège des faux-amis, des contresens et de la paresse, car il faut réfléchir avant de traduire !

Cette rubrique est donc consacrée aux erreurs les plus courantes, et qui vont malheureusement plus loin que le registre journalistique. Votre serviteur, qui s’est adonné à la traduction dans une vie antérieure, vous en propose quelques unes.

  • Année fiscale – taxes.

Dans les traductions de textes américains, on trouve l’expression « année fiscale ». Y aurait-il des années où l’on paie des impôts, et des années où l’on en paie pas ? En réalité, fiscal year (ou FY) désigne l’année n pour laquelle la prévision des rentrées d’impôts a déterminé le budget de n+1. En bon français, çà s’appelle simplement l’année budgétaire ou l’exercice budgétaire. Les Américains considèrent le moyen (impôts et taxes) quand les Français considèrent le résultat (le budget) ! Sauf que le mot impôts apparaît peu dans les textes traduits de l’anglais, même britannique, car tax désigne aussi bien une contribution sans affectation particulière (impôt, TVA), que celle affectée à une ligne budgétaire précise (produits pétroliers, alcools, vignette automobile…). Sans indication techniques précises, mieux vaut donc traduire taxes par impôts

  • Bannir.

« Le gouvernement veut bannir le glyphosate ». Non ! Il veut l‘interdire. Ou alors le bannir de la liste des pesticides autorisés, ce n’est pas la même chose ! Bannir n’est pas interdire, c’est expulser, proscrire, refouler, mettre au ban de quelque chose. Bannir n’a pas un sens absolu. C’est qu’on traduit mal l’anglais to ban, signifiant interdire . Et bannir se dit to banish

  • Banque de l’Ouest.

Je l’ai vu une fois. Quelque chose comme : « Les investissements ont été alloués en faveur de la Banque de l’Ouest ». L’article parlait des rapports israélo-palestiniens. Bank, en anglais, c’est une banque, mais c’est aussi la rive d’un fleuve. C’est le sens véritable de la station de métro Bank à Londres, même si elle se situe près du quartier des banques… Dans le contexte palestinien (ou israélien, suivant les affinités), the West Bank désigne la rive ouest du Jourdain, c’est-à-dire la Cisjordanie, grosso modo les anciennes Samarie et Judée.

  • Billion.

Si vous lisez quelque part « billions » de dollars (ou d’euros), c’est qu’il s’agit d’un texte mal traduit de l’américain. Un billion, en anglais étasunien, c’est un milliard (1 000 000 000). Billion existe en français, mais il désigne un million de millions (10 puissance 12), et appartient à la série bi-, tri-, quadri-, quinti-, sextillion. Mais au point où planent les transactions financières, çà ne fait plus vraiment de différence…

  • Challenge.

Voilà bien un mot emblématique de notre monde libéral et compétitif ! Challenge, comme beaucoup de mots anglais, vient de l’ancien français chalenge (« débat », « réclamation », « défi ») < latin calumnia (« calomnie », avant extension de sens). Or, voilà, nous sommes en 2020, et un mot existe déjà : c’est justement défi. Seulement, défi fait duel dans le pré, alors que « challenge » fait start-up (pardon : jeune pousse) et BFM TV.

En français dans le texte !
  • Destroyer.

« Oh, c’est bien connu, un destroyer çà doit être une sorte de vaisseau de guerre, comme il y a les avisos, les corvettes, les croiseurs, les cuirassés, les frégates… Enfin, vous savez, moi, j’y connais pas grand-chose… » Voilà qui est dit ! Surtout que les cuirassés, çà n’existe plus : cela signifiait les navires de guerre en métal par opposition à ceux en bois… mais nous sommes là aussi en 2020 et le terme est obsolète ! Quant à destroyer, c’est un destroyer ship, mot-à-mot un « navire pour détruire ». En bon français, çà s’appelle tout simplement un navire (ou vaisseau) de guerre ! Il est vrai qu’au sens strict, il signifie également contre-torpilleur. Mais comme on le voit, il y a un mot français pour le dire !

  • Digital.

Nous voilà au pompon, à l’acmé, à la cerise sur le gâteau de la mauvaise traduction ! A tel point qu’une amie pensait que le mot désignait les objets commandés par effleurement. Cela aurait pu également être vrai, sauf que cela concerne aussi ceux à commande vocale ! Quoique le doigt… En effet a digit, en anglais signifie « chiffre », « numéro », et quoi de plus naturel de compter sur ses doigts : le mot vient de là. La digital technology est celle qui, au lieu d’enregistrer physiquement des informations (par microsillon, bande magnétique, pellicule photo…), les convertit directement en données chiffrées puis les restitue physiquement. Il s’agit donc, en français, de technologie numérique, par opposition à l’ancienne, analogique. A noter que certains se sont débarrassés de « digital », mais n’ont pas fait mieux : c’est la Fnac, dont le département numérique s’appelle maintenant en jargon « Fnac connect » [sic] !

To be continued, heu, à suivre …

Bienvenue !

Le Champouin, quèsaco ? Il s’agit d’un blog de miscellanées, c’est-à-dire de mélanges scientifiques et littéraires. Il paraîtra tous les quinze jours.

Peut-être connaissez vous les Miscellanées de Mr. Schott (Ben Schott, Editions Allia, 2008) ? Eh bien, il s’agit d’éléments de la même eau, ou ejusdem farinae, comme disait Rabelais. J’avais songé au Tupéroir, allusion à une marque de récipients alimentaires, mais c’était déjà pris. J’ai donc choisi le Champouin, pour frotter les idées et laver ce bas monde afin de se débarrasser des idées négatives.

Mais il s’agit aussi d’un blog amoureux, comme la fameuse collection des dictionnaires du même nom, c’est-à-dire totalement personnel et subjectif. C’est pourquoi il suivra parfois l’actualité et n’hésitera pas à être polémique s’il le faut.

Marcjoly, l’auteur du Champouin, s’appelait Mr. Liste dans une vie internautique antérieure, et animait le blog éponyme http://mrliste.hautetfort.com, qui n’évolue plus mais est toujours consultable.

Un grand merci à Etienne Ruhaud (pagepaysage.wordpress.com), sans qui ni l’ancien, ni le présent blog n’auraient vu le jour.

 

Du coup, comme j’ai bien parlé, je ne vais pas amorcer maintenant un long sujet, mais simplement vous présenter deux petites blagues visuelles, réalisées « sans trucages » (séquence La réalité rejoint la fiction) :

Tout d’abord celle-ci, prise par moi-même en 2015 à Salles-la-Source, dans l’Aveyron :

Mais que fait là ce « chiotte » ? Décharge sauvage ou canular ?

Et celle-là, à Reims, il y a deux ans :

Dieu-Lumière ! Le paradis des Francs-Maçons ?

Et rendez-vous dans deux semaines ! ♦

 

Laisser un commentaire