Exercices de « stiche » (5)

Entrevue avec Serge Rezvani, peintre, écrivain et auteur-compositeur-interprète (97 ans aux fraises !) dans l’Humanité Magazine du 22 mai. Lui et son père ont fréquenté Picasso. « Je suis critique à l’égard de Picasso […] C’était un torero, un tueur […] Ce n’était pas un intellectuel. Sa peinture renvoie d’ailleurs à deux dimensions. c’est un plâtrier ». Et vlan ! C’est ce que j’ai toujours pensé.

Les auteurs d’attentats (ou de leur tentatives) islamistes ou antisémites ne sont plus désignés comme tels. Ce sont maintenant des « personnes atteintes de troubles psychiatriques ». Pas de vagues !

"Ses vociférations joyeuses ne tardèrent pas à faire sortir de leurs lits, puis de leurs appartements respectifs, les habitants des quatrième et cinquième étages : Madame Hébert, Madame Hourcade, le grand-père Echard, les joues pleines de savon à barbe, Gervaise, la gouvernante de Monsieur Colomb, avec une liseuse en zénana, un bonnet de dentelle et des mules à pompons, et enfin, la moustache en bataille, Emile Gratiolet lui-même, le propriétaire, qui habitait alors au cinquième gauche dans un des deux appartements de trois pièces que trente-cinq ans plus tard les Rorschach allaient réunir."

J’avais déjà écrit quelque chose sur François Rabelais*. Et là, je vous le propose en pastiche, et de surcroît, en pastiche du thème décliné dans Exercices de style, de Queneau !

*https://champouin.wordpress.com/wp-admin/post.php?post=867&action=edit

A priori, une parodie de Rabelais avec un autobus, ce n’est pas possible. Après tout, une fourmi de dix-huit mètres avec un chapeau sur la tête, ça n’existe pas. Et un oranger sur le sol irlandais, on ne le verra jamais. Mais si, justement : avec ce bonhomme, tout est possible ! Un « autobus » vert et crème de la ligne S (comme Satan…), tel un sous-marin jaune, çà existe ! Mais bête, château, église, il faut bien attaquer les relents dépassés de féodalité ainsi que les grenouilles de bénitier.

Bourvil, Ballade irlandaise (Un oranger…), paroles et musique : Eddie Marnay et Emil Stern, 1958.

Mes trouvailles, dans ce texte, sont la contrepèterie galon tressé/talon graissé (signalons que la réputation de l’oeuvre de Rabelais à contenir des contrepèteries est usurpée : on en compte à tout casser deux, dont un à-peu-près), et le calembour homme de l’art/homme de lard, le lard étant par ailleurs une denrée omniprésente chez cet auteur !

J’ai utilisé l’orthographe* de l’édition originale. Par contre je ne garantis pas la contemporanéité du vocabulaire, mais mes recherches ont montré que celui que j’ai utilisé (sauf autobus) existait à l’époque de Rabelais. De tout façon, ce dernier a inventé une centaine de mots de la langue française…

*ou plutôt la graphie tout court : à l’époque de Rabelais l’orthographe n’était pas fixée, elle variait au gré des imprimeurs.

Voicy… pardon, voici le texte, qui est curieusement court :

Comment Souffrarpion disparust de la chose denommée autobus et ce qu'estoit la diste chose..

Ce fust le jour, vers midy, prés la plaine Montceau, que l'on vist une enorme demeure de couleur verte et aussi de celle de la creme. A propos de creme, la chose, qui faisoit cinquante piés de long et dix de large, reposoit sur ce qui s'apparentoit à des roues de fromaiges comme en font les Helvetes, et arboroit les initialles de Satan.

Au derriere de cet engin, denommé par les Latins autobus (cf. Suetone,
De Autobis, bibliotheque du college de Saint-Victor), se trouvoit ung paroissien qui avoit pour nom Souffrarpion, dont le col ressembloit à la beste d'Affrique que les Portugois nomment cameleopard. Il portoit ung couvrechief mol, entouré d'ung galon tressé au lieu de ruban, car il y a galon tressé et talon graissé.

Le dist Souffrarpion gourmanda son voisin : « Hé mon amy, est-ce par jeu que tu ecrases mes piés chaque foys que des chrestiens montent et descendent de l'autobus » ? Puis il abandonna la querelle et alla s'asseoir sur une chaize devenue libre, dist il, car nul ne vist de chaize, ni de voisin, ni de chrestiens. Nul ne sait meme si les autobi existent. Certains disent que l'autobus est une beste, d'autre qu'il s'agit d'ung chasteau, et les coquins disent que c'est une eglise.

Deux heures sonnerent lorsque cependans Souffrarpion fust apperçu devant le cloistre Saint-Lazare, en grande conversation avec ung maistre d'ecole luy tenant ce propos : « D'aprés Aristote, il ne convient point de laisser ainsi l'echancrure de ton habit. Tu devrais faire mettre altior cestuy bouton par un homme de l'art . -C'est qu'il y a homme de l'art et homme de lard », repondist Souffrarpion.

S.I.G.L.E.S. (4)

The Bayrou Watcher (#4) – son vrai visage : pendant le conseil communautaire de Pau-Pyrénées du 28 septembre 2015, François Bayrou avait accusé El Sistema France, association à but lucratif s’inspirant du programme d’éducation musical vénézuélien permettant aux jeunes défavorisés l’apprentissage de la musique classique comme outil d’inclusion sociale, de « s’enrichir indûment en instrumentalisant des expériences humanistes et musicales à son profit ». El Sistema France porte alors plainte pour diffamation publique. La directrice générale de l’association, Pascale Macheret, reproche à François Bayrou « de nous avoir traités quasiment devant tout le monde de voleurs ». El Sistema France demande alors notamment 20 000 euros de dommages et intérêts. Lors de l’audience du 21 mars 2019 la justice a prononcé la relaxe. François Bayrou s’en félicite :  » il n’y avait rien de diffamatoire dans mes propos ». Victoire d’un gros notable contre une structure courant après les subventions, laquelle, devant les frais de justice et face à la bonne conscience des électeurs du bon M. Bayrou, a du mettre la clé sous la porte. Tout cela illustre le refus des élites de vouloir l’accession du peuple « non sachant » à la culture classique.

Covid, RN, Russie, dette, Trump, punaises de lit…

LA LISTE PEREC DU JOUR :

"Rémi, le fils des Plassaert, classe sa collection de buvards publicitaires ; ce sont pour la plupart des prospectus médicaux, encartés dans les revues spécialisées - La presse médicale, La Tribune médicale, La Semaine médicale, La Semaine des Hôpitaux, La Semaine du médecin, Le Journal du Médecin, Le Quotidien du Médecin, Les Feuillets du Praticien, Aesculape, Caeduceus, etc. - dont le Docteur Dinteville est régulièrement inondé[...]"

Le domaine cité supra dans la bannière de titre est riche en sigles, acronymes et jargons divers, comme en témoigne chaque réforme de l’Education nationale qui apporte son lot de Rased, de ZEP, d’IUFM, d’éduscol (sans minuscule) et de Canopé (sans e final). Bravot ! L’éducation national done l’example !

L’émission Des chiffres et des lettres s’est arrêtée l’année dernière.
Pour l’Education nationale, cela fait des années…

Je vais citer dans cet article trois exemples américains ou internationaux, mais on remarquera que, dans toutes les disciplines, on utilise souvent des sigles anglo-saxons pour désigner des structures ou des programmes français, un comble lorsqu’il s’agit de l’Education nationale ! Mais il est vrai que les « partenaires » McKinsey et Microsoft veillent au grain…

Les prénoms sont évidemment à l’honneur dans les sigles, à commencer par ÉMILE (Éducation aux Médias, à l’Information et à la Liberté d’Expression), Jean-Jacques Rousseau oblige. Emile ou de l’Education… Mais pourquoi aujourd’hui ce prénom pour évoquer seulement celle… aux médias ? Pourquoi pas CRÉTIN pour Centre de Recherches pour l’Éducation aux Technologies de l’Information et du Numérique ! Parmi les prénoms, il y a aussi GRETA (Groupement d’ÉTAblissements pour la formation continue). Mais GRETA (ach !) est un prénom féminin pour désigner un groupement… Erasmus, lui, fait référence au grand Erasme (mais les étudiants connaissent-ils ce dernier ?). Peu de gens savent qu’il s’agit d’un sigle qui signifie en fait EuRopean Action Schema for the Mobility of University Students (Plan d’action européen pour les échanges entre étudiants*), ce qui en ôte tout le sel. Notons que le programme similaire Leonardo, réservé aux bac + 2, n’est pas un sigle. Cà pourrait être Learning… (à compléter).

*Je signale que mobilité est un anglicisme.

On n’échappera pas non plus aux sigles « dynamiques » et « positifs » con(venu)s, qu’on pourrait aussi bien trouver dans le domaine de l’entreprise, de la formation ou du développement personnel. Ainsi ACT (American College Testing), une certification d’évaluation (privée et non officielle) pour intégrer les universités américaines. Dans la même veine : DÉCLICS signifie Développement de l’Écriture, du Calcul, de la Lecture pour l’Insertion Culturelle et Sociale mais c’est aussi Dialogues Entre Chercheurs et Lycéens pour les Intéresser à la Construction des Savoirs – intéressant ! Quant à RAPSODIE , c’est Réseau de l’Académie de PoitierS pour l’Optimisation et le Développement des usages de l’Information Electronique. RAPSODIE* sans H ! Rebravo ! En tout cas, on a évité CONTRASTES ou CONVERGENCES que l’on met à toutes les sauces depuis des décennies, et dont les organismes de formation ont usé et abusé…

*Mais le système d’information de gestion des ressources humaines de la fonction publique RENOIRH se trimbale un H…

*Je ne peux pas m’empêcher de faire cette blague anti-Françafrique : quel est le pluriel d’un Rouennais ? Réponse : des rois nègres ! J’ai testé : seuls les non africains (lorsqu’ils l’ont comprise) n’ont pas ri… Culpabilité et autocensure… Le wokisme a encore de bons jours devant lui !

Quoi d’autre ? CEDRE signifie Cycle des Évaluations Disciplinaires Réalisées sur Échantillons (menées en fin de CM2 et en Troisième). Le CLIP est le Contrat Lycéen pour l’Initiative et la Participation. C’est la fête du çlip ! Le (et non pas la) FLASH est la Faculté des Lettres, Arts et Sciences Humaines (de La Rochelle) – au demeurant une des deux très belles facs françaises donnant sur une marina, l’autre étant celle du Gosier, en Guadeloupe.

Site de l’université de La Rochelle.

Mais la cerise sur le gâteau, concernant le domaine de l’éducation et les neurosciences, c’est le développement cognitif du cerveau de l’adolescent, que la littérature scientifique américaine appelle… ABCD (Adolescent Brain Cognitive Development) ! On en revient toujours aux fondamentaux, ces derniers étant l’équivalent technocratique et jargonneux de notre B. A. BA …

BA, BA, BAA, BA, BARBARA-ANN...

Dekoikonparle ? (8)

Vendredi 28 février, dans le Salon ovale, Trump a dit avec franchise ses quatre vérités au falot Zelensky, qui a pris la fuite avant de venir pleurer dans le giron des Britanniques. C’est dommage car il s’agit pour Trump et Poutine d’entamer un dialogue permettant d’envisager la fin de la guerre en Ukraine et d’éloigner le risque d’une guerre thermonucléaire imminente. Il n’y avait en tout cas aucune raison d’inviter les Européens à participer au dialogue, étant donné qu’à aucun moment depuis le début de la guerre, ils n’ont cherché une solution diplomatique au conflit, comme on le voit encore aujourd’hui avec l’obsession de la « défense européenne* ». En effet, une russophobie implacable a prévalu, menée comme d’habitude par les maîtres de Zelensky : les Britanniques. Comme il s’agit d’une guerre par procuration entre l’Otan et la Russie, il est tout-à-fait logique que cette dernière et les Etats-Unis s’assoient d’abord à la table des négociations. Trump, ce salaud qui veut arrêter nos guerres ? Non, il veut enfin changer l’ordre mondial otanien, et du coup casser les axiomes européens établis. L’Europe veut-elle alors déclencher une guerre contre les Etats-Unis ? Elle est capable de s’en persuader.

*Même Hubert Védrine est tombé dans le panneau.

Berlusconi (pardon !) Trump n’était pas obligé de dire que c’était « un grand moment de télévision », mais lorsqu’un politicien européen fait ce genre de saillie, c’est juste une « petite phrase », variante moderne du « mot d’esprit » comme dans le film Ridicule, que les politologues, « experts » et journalistes relaient avec gourmandise. Mais sortant de la bouche de Trump, cela devient une « assertion intolérable »…

The Bayrou Watcher (#3) : Dans l’affaire Bétharram, il ne s’agit pas seulement pour Bayrou de protéger les petits milieux notables provinciaux (à la Balzac ou à la Chabrol) mais je pense que, comme bon nombre de catholiques pratiquants et bon nombre de parents de manière plus générale, il est persuadé que les châtiments corporels, « c’est pour ton bien »...

LA LISTE PEREC DU JOUR :

"Derrière, dans le fond, en désordre, divers meubles et objets provenant des parents Echard : une cage à oiseau rouillée, un bidet pliant, un vieux sac à main avec un fermoir ciselé, [...] et un sac de jute d'où débordent plusieurs cahiers d'écolier, des copies quadrillées, des fiches, des feuilles de classeur, des carnets à reliure spirale, des chemises en papier kraft, des coupures de presse collées sur des feuilles volantes, des cartes postales [...], des lettres, et une soixantaine de minces fascicules ronéotypés, intitulés BIBLIOGRAPHIE CRITIQUE DES SOURCES RELATIVES A LA MORT D'ADOLF HITLER DANS SON BUNKER LE 30 AVRIL 1945"

Oui ,marcjoly vous rebat souvent les yeux (pas les oreilles, c’est un blog pas un « pot de caste ») avec l’Oulipo. Mécékoi loulipo ?

Tout part en réalité d’Alfred Jarry (1873-1907) – oui, l’auteur d’Ubu Roi. De 1897 à 1898, Jarry rédige Gestes et opinions du docteur Faustroll, pataphysicien, paru à titre posthume en 1911. Il y définit la ‘Pataphysique* comme « la science des solutions imaginaires, qui accorde symboliquement aux linéaments les propriétés des objets décrits par leur virtualité » (livre II, chapitre VIII).

*‘Pataphysique est toujours précédé d’une apostrophe. Mais l’adjectif pataphysique et le substantif Pataphysicien en sont dépourvus.

La ’Pataphysique doit sa postérité au Collège de ‘Pataphysique, « Société de recherches savantes et inutiles » fondée en 1948. De nombreux peintres, mathématiciens, historiens, critiques littéraires, cinéastes, explorateurs, dramaturges, écrivains et poètes ont rejoint le Collège parmi lesquels Duchamp, Miro, Ionesco, Dubuffet, Queneau et Vian. Ah, des Surréalistes, va-t-on me dire ? Non, même si certains ont fréquenté ces milieux. En réalité, l’époque d’Alfred Jarry baigne dans l’esprit potache des Zutistes, Hydropathes et autres déconneurs comme Alphonse Allais. Alors ? « La Pataphysique est la science de ce qui se surajoute à la métaphysique… s’étendant aussi loin au-delà de celle-ci que celle-ci au-delà de la physique ». Ceci est moins une définition qu’une fin de non-recevoir, provocante, voire amusante, parfois reprise par le Collège de ’Pataphysique.

Je ne vais pas entrer dans le détail du détail, mais l’univers (on dirait aujourd’hui « l’écosystème ») de la ‘Pataphysique est à la fois bureaucratique, strict et hilarant (calendrier loufoque, revue dont le titre principal est Viridis candela*…). La réforme des Sous-Commissions, survenue en 1959, a établi de nombreuses Commissions et Sous-Commissions dans le but de résoudre les problèmes se présentant au Collège. Parmi elles se trouvait originellement l’Oulipo, désormais devenu une institution autonome. Nous y voilà enfin !

* » Chandelle verte », allusion au juron favori d’Ubu : « Par ma chandelle verte ! ».

Oulipo (ou OuLiPo)*, signifie Ouvroir de littérature potentielle. C’est un groupe de recherche littéraire créé en 1960 par le mathématicien François Le Lionnais et l’écrivain et poète Raymond Queneau. Il se décrit par ce qu’il n’est pas : ni un mouvement littéraire, ni un séminaire scientifique**, ni de la littérature aléatoire. Il a pour but de découvrir de nouvelles potentialités du langage et de moderniser l’expression à travers des jeux d’écriture. Le groupe est célèbre pour ses défis mathématiques imposés à la langue, obligeant à des astuces créatives. L’Oulipo est fondé sur le principe que la contrainte provoque et incite à la recherche de solutions originales. « Ses recherches sont naïves, artisanales et amusantes ». On devient membre de l’Oulipo par cooptation. Anecdote : on ne peut en démissionner qu’en se suicidant devant huissier !!!

*Il existe d’autre ouvroirs moins actifs : OuPeinPo pour la peinture), OuMuPo pour la musique, OuPoPo (certains disent OuPolPot – génial !) pour la politique, OuLiPoPo pour la littérature policière, etc. On désigne tous ces ouvroirs sous l’appellation générique d’OuXpo. L’OuBiPo (Ouvroir de Bibliothèque Potentielle) existe mais n’a aucun lien « organique » avec l’OuXpo.

**Malgré celui, fondateur, de Cerisy-la-Salle en 1960.

Evidemment, la ‘Pataphysique influence fortement l’Oulipo, organiquement et conceptuellement – du moins à ses débuts. Cependant, après la mort de Perec en 1982, l’Oulipo se demande s’il n’a pas fait son temps. Il est décidé que non, et l’Oulipo continue à recruter. Se posent toutefois les questions de sa féminisation, de sa moyenne d’âge, de l’admission de membres étrangers…

Toujours pour dire ce que ce mouvement n’est pas censé être, les membres de l’Oulipo sont de sacrés déconneurs, malgré la rigueur austère de leurs travaux !

Mais concrètement, ifonkoi, loulipo ?

« L’Oulipo a pour but de découvrir de nouvelles potentialités du langage et de moderniser l’expression à travers des jeux d’écriture. Le groupe est célèbre pour ses défis mathématiques imposés à la langue obligeant à des astuces créatives. L’Oulipo est fondé sur le principe que la contrainte provoque et incite à la recherche de solutions originales. Il faut déjouer les habitudes pour atteindre la nouveauté. » [Wikipedia]

« La contrainte est un problème ; le texte une solution. La contrainte est l’énoncé d’une énigme ; le texte est la réponse, ou plutôt une réponse, car en général il y en a plusieurs possibles. La contrainte, c’est donc quelque chose d’assez différent d’un bidouillage organisationnel du travail littéraire. Et c’est très bien le bidouillage organisationnel ! mais ce n’est pas la contrainte. La contrainte est systématique. Par ailleurs, une contrainte oulipienne doit pouvoir servir à d’autres, ce qui implique des exigences de clarté et l’énoncé (formalisation). La contrainte est altruiste » – Jacques Jouet

Jacques Jouet.

Exemples de contraintes :

  • S + 7 : cette méthode permet la création de textes littéraires nouveaux en remplaçant dans un texte source chaque substantif par le septième substantif qui le suit dans un dictionnaire donné. Bof..

  • Lipogramme : texte dans lequel l’auteur s’impose de ne jamais employer une lettre, parfois plusieurs (cf. La Disparition, de Georges Perec – Gallimard, 1969 – texte sans jamais la lettre e).

  • Boule de neige : poème dont le premier vers est fait d’un mot d’une lettre, le second d’un mot de deux lettres, le troisième d’un mot de trois lettres, le nième d’un mot de n lettres.

  • Exercice de style : une même histoire racontée selon un pattern différent (cf. Exercices de style, de Raymond Queneau – Gallimard, 1947).
  • La rien que la toute la : texte privé de nom, d’adjectif et de verbe.

On peut compter aisément 250 contraintes…

Comme disait mon père : « Quand tu auras fini tes enfantillages »…

A lire :

https://college-de-pataphysique.fr

https://oulipo.net

http://fatrazie.com

Voies publiques

Cet été :

Les « rediff » de Mr Liste

Le Parisien avait publié en 2019 son neuvième hors-série Histoires de Paris, consacré cette fois au Paris des Trente Glorieuses. A ce sujet, je vous recommande ma rubrique (sur Le Champouin) Je me souviens. D’autre part, la longue série L’oeil de Paris (idem) amorcée il y a peu m’incite à republier ce billet :

Entre le 23 novembre 1936 et le 26 octobre 1938, Raymond Queneau posa quotidiennement aux lecteurs de l’Intransigeant trois questions consacrées à Paris. Exemple : « Où peut-on voir un immeuble « modern’ style » dont l’architecture « rappelle la gloire du sapin neigeux » ? » – réponse : « 40 cours Albert-Ier, sur les plans de R. Lalique », ou encore : « Combien y avait-il d’édifices religieux à Paris en 1789 ? » – réponse : « 160 églises et chapelles, 11 abbayes et 123 couvents ».

Folio (Gallimard) a édité en 2011 l’ensemble de ces questions et de leurs réponses sous le titre Connaissez-vous Paris ?, malheureusement dépourvu d’index, défaut bien français de nos éditeurs, ce qui fait qu’une fois le livre lu, on ne peut plus le consulter…

Quoi qu’il en soit, c’est l’occasion de découvrir des noms de rues, avenues ou impasses totalement inconnues jusque là.

Raymond Queneau

Dès le 3 janvier 1937, Queneau apporte la précision suivante à ses lecteurs (cela ne concerne pas que Paris, comme on pourra le deviner) :

« Voici sous quelles dénominations différentes peut être désignée une voie publique ou privée : rue, passage, avenue, impasse, square, place, villa, cité, boulevard, cour, quai, pont, port, allée, galerie, sentier, porte, chemin, sente, faubourg, ruelle, rond-point, hameau, jardin, péristyle, parc, carrefour, cours, gare, marché, chaussée, bourse, halle, route, bois, palais, arcade, carré, entrepôt, escalier, esplanade, palacio, passerelle, pavillon, portique, voie« .

Palacio…

Certaines sont courantes, d’autres moins, et d’autres encore nous paraissent improbables. « Chaussée » est utilisé dans le Nord et en Belgique (au départ, une voie romaine). Il manque « cours » au masculin et avec un s, et « mail », répandus dans le Midi.

« Bourse » ou « passerelle », c’est original ! « Péristyle » ou « palacio » dans une adresse, çà a de la classe ! « Ruelle » ou « entrepôt » , beaucoup moins …

BONUS :

Et c’est plus fort que moi. J’ai envie de le faire en mode (comme disent les jeunes) jeu de mots pouvant servir de base à un atelier d’écriture à ma sauce :

Rue Tabagat, passage Pham, avenue Acade-et-Mique, impasse Parretou, place Hébault, cité Gueyridon, cour Bouillon, quai Keth, pont Levy, port Nograff, allée Leyvert, galerie Golleau, chemin Deferre, faubourg Herrat-Tatame, hameau Depasse, jardin Donnot, péristyle Ampoulay, carrefour Hapidzat, Cours Sanssac, gare O’Goryll, chaussée Haumoine, carré Duccut, entrepôt Delapin…

Villa Mentable…

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Exercices de « stiche » (1)

Exercices de style, bon d’accord, mais de « stiche », was ist das ? C’est pour évoquer le pastiche, qui est une imitation de style. Ne pas confondre avec la parodie, qui est une forme du pastiche qui souligne les particularités du texte imité en forçant le trait [in Dominique Goust (textes choisis et présentés par), L’Art du pastiche – Anthologie buissonnière de la littérature française de Rutebeuf à Anouilh, Omnibus, 2019].

Votre serviteur ne prétend pas se lancer dans le pastiche pur et vrai : çà n’est accessible qu’à certains écrivains ! Il s’agira plutôt, dans cette nouvelle série, de se frotter au « à la manière de », souvent de la mauvaise parodie, mais tant pis, et hardi petit !

A lire aussi :

François Caradec (présentation et choix de), Les trésors du pastiche, de Villon à Robbe-Grillet, Pierre Horay, 1971

Pascal Fioretto, Et si c’était niais – pastiches, Chiflet, 2007

Paul Aron et Jacques Espagnon, Répertoire des pastiches et parodies, PUPS, 2009

Le plus simple pour débuter, est de partir d’un canevas. Je me suis basé sur les fameux Exercices de style de Raymond Queneau (Folio Gallimard, 1995) dont la trame est l’exercice qui s’appelle simplement Récit. J’ai choisi de ne pas seulement imiter de la littérature, mais aussi des chansons ou des sketches. Parfois le format court, comme pour les nouvelles, s’avère intéressant mais non plus simple. Décidément, voilà une oeuvre qui inspire les pasticheurs : la preuve par Stéphane Tufféry, Le style, mode d’emploi, CyLibris, 1999 (première édition), 2002. 99 nouvelles variantes des Exercices de style, à la manière de Balzac, Hugo, Verne, Proust, Camus, Perec (d’où le titre), Duras, Delerm… Je ne l’ai pas lu et il est malheureusement épuisé ! On remarquera incidemment que les éditeurs de (ou sur le) pastiche : Pierre Horay, Chiflet, Presses Universitaires de Paris-Sorbonne, CyLibris, ne sont pas de grosses machines, tout comme les éditeurs de poésie…

Pour les fêtes moroses de ce Noël 2020, marcjoly vous a concocté un pastiche de Chevallier & Laspalès. Ces deux zozos sont loin d’être les pires de toute la production humoristique, surtout si l’on compare aux stand-ups ineptes débités par les poulains de l’écurie communautariste du Jamel Comedy Club. Bien qu’ils ne s’en soient jamais référé, Chevallier & Laspalès sont les Frères Ennemis (Teddy Vrignault/André Gaillard) des temps modernes, en plus drôle. J’aurai pu citer aussi le duo absurde Pierre Dac/Paul Préboist (eh, oui !) – cela ne nous rajeunit pas.

Un sketch pas si « vieux » : 1968 !

Je ne peux pas reproduire le texte de Queneau (Récit). Je vais donc paraphraser : un midi, au niveau d’un parc parisien, sur la plate-forme de l’autobus S [écrit en 1947], le narrateur voit quelqu’un avec un grand cou, portant un chapeau à ruban, et qui invective un voyageur qui lui écrase les pieds. L’homme au chapeau laisse tomber et s’assied sur un siège libre. Le narrateur le revoit deux heures après devant une gare, discutant avec une connaissance qui lui enjoint de faire remonter par un tailleur son bouton du haut.

Et maintenant, sans filet, le pastiche :

CHEVALLIER : Figure-toi que l'autre jour, vers midi, du côté du parc Monceau...

LASPALES : Ah bon ? J'croyais que c'était à Melun...

C : Non, non.

L : C'était pas à Melun ?

C : Non.

L : Et qu'est ce que t'as vu du côté du Parc Monceau ?

C : Non mais c'était dans un autobus...

L : C'était pas au Parc Monceau ?

C : Si, mais dans l'autobus. L'autobus S, comme sexe.

L : Ah non, pas de çà chez nous ! Nan, nan, nan ! ...Alors t'as vu quoi dans l'autobussexe, heu, S ?

C : J'ai vu un type au long cou.

L : Ouais.

C : Avec un feutre mou, entouré d'un galon tressé, comme un ruban.

L : Ah, y'a qu'au parc Monceau, qu'on peut voir çà !

C : Et j'l'ai vu, parce que j'te rappelle que c'était dans un autobus, interpeller tout à coup son voisin.

L : Pourquoi ? Y faisait quoi son voisin ?

C : Il lui marchait sur les pieds chaque fois que montaient et descendaient des voyageurs.

L : Chaque fois ?

C : Chaque fois que montaient et descendaient des voyageurs.

L : Chaque fois ?

C : Chaque fois que montaient et descendaient des voyageurs.


L : CHAQUE FOIS ?

C : Oui, chaque fois que montaient et descendaient des voyageurs.

L : Ah, c'est fort ! C'est très fort !

C : D'ailleurs après, il a rapidement abandonné la discussion pour se jeter sur une place libre.

L : Ah, le con ! Et après ?

C : J'l'ai revu deux heures plus tard, devant la gare Saint-Lazare.

L : Y prenait l'train pour Melun, non ?

C : A Saint-Lazare, c'est pas pour Melun, c'est pour Le Havre ! Ah, le boulet !

L : Oui, je sais : y passe au Havre, mais y s'y arrête pas. Y prend la nationale !

C : Pour en revenir à mon gars...

L : Ouais.

C : Figure-toi qu'il était en grande conversation avec un ami qui lui conseillait de diminuer l'échancrure...

L : Diminuer quoi ?

C : L'échancrure.

L : Faut jamais aller aux putes. C'est comme çà qu'on attrape des chancrures !
[Un temps] Ha, ha ! J'l'aime bien, celle-là ! On la garde ! Vas-y, continue...

C : Il lui conseillait, l'ami du gars, parce que j'vais pas tout répéter, de diminuer l'échancrure de son pardessus en en faisant remonter le bouton supérieur...

L : Dis donc, c'est compliqué ton affaire !

C : En en faisant remonter le bouton supérieur par quelque tailleur compétent.

L : Compétent, en deux mots ?

C : Non, en un seul. Et puisque tu m'as coupé, mon histoire elle s'arrête là. Et toc !

L : C'est dommage : j'ai bien aimé "échancrure"...

Passez de bonnes fêtes, et retrouvez Rires & Chansons, oups… Retrouvez Le Champouin le 15 janvier. A bientôt !

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