Dekoikonparle ? (3)

Nous reprenons notre parution quinzomadaire. Prochain numéro le 15 mai.

Les « DOM-TOM »

J’évoquais dans le dernier numéro (Ma bibliothèque amoureuse #6 https://champouin.blog/2021/04/22/ma-bibliotheque-amoureuse-6-infini/) des ouvrages à vocation géographique illustrés par des cartes. Bingo ! Vient de paraître un hors-série du Point: La France et sa géographie, dans lequel il y a… des cartes ainsi qu’un entretien avec Jean-Robert Pitte (dont je ne savais pas qu’il était président de la Société de géographie), déjà évoqué. Se trouve pp.60 et 61 un point sur la France d’outremer, qui peut servir à illustrer le sujet d’aujourd’hui : çà tombe bien !

Un homme politique des ma connaissance (quoi ? marcjoly connaît un homme politique ? Séki ? Séki ?) s’évertuait il y a quelques années encore à parler des « DOM-TOM », alors que le concept n’existait administrativement plus. Il a heureusement depuis rectifié le tir en parlant de l’Outre-mer, et même des outre-mers, selon ce pluriel tendance : les publics, les personnels, les contenus, les quartiers, les territoires, les mobilités et « les possibles » dont, d’après les plumes de Macron, il nous faut bien entendu « réinventer le champ ».

Il y a beaucoup de fantasmes, d’ignorance et d’idées reçues à propos des « DOM-TOM ». « Ah, vous êtes des DOM-TOM ? » ne veut rien dire ! C’est comme demander : « Vous êtes d’Auvergne – Rhône-Alpes ? ». En parler, toujours. Les situer sur la carte, jamais. Le dessin en bannière de titre en est un peu la représentation convenue d’îles forcément « paradisiaques » et de cocotiers que les Hexagonaux veulent d’ailleurs absolument appeler « palmiers ».

Sixième continent : Reggae Dom-Tom (1984 ?)

Plutôt que de faire un cours détaillé sur les divers statuts administratifs des régions concernées, nous allons élaguer les idées reçues, et je vous invite à consulter le hors-série du Point susmentionné, ou bien à télécharger ou consulter la carte ci-dessous :

A noter, a contrario, que la France métropolitaine se définit par l’ensemble des territoires français situés en Europe. Ainsi, la Corse ou l’île de Sein ne font pas partie de l’Outre-mer.

« Traîner une île avec soi… »

Helena Noguerra
  • « Tout çà, c’est des îles… »

VRAI, à une exception près : la Guyane, qui est un morceau de continent sud-américain. Pour pousser le bouchon un peu loin, on pourrait aussi citer la tranche fine de ce gâteau qu’est le continent antarctique, et qui nous revient : la Terre-Adélie. Pour revenir aux îles, certaines sont d’un seul tenant comme la Martinique, d’autres des archipels comme la Polynésie française.

  • « Tout çà, c’est dans l’hémisphère sud… »

VRAI et FAUX. Lors de l’enterrement de mon grand-père, en plein mois de janvier et sous la neige, un vague cousin, croyant que je vivais encore en Martinique, m’a dit : « Si je comprends bien, chez toi c’est l’été, vu que c’est l’hémisphère sud » (bon, c’est toute l’année l’été, mais ce n’est pas çà qu’il voulait dire). Or, ne sont dans l’hémisphère nord que nos dépendances situées proches du (ou sur le) continent américain : St-Pierre-et-Miquelon (évidemment), Guadeloupe, St-Barthélémy, St-Martin, Martinique, Guyane.

  • « Tout çà, c’est dans le Pacifique… »

VRAI et FAUX. C’est bien connu, les « DOM-TOM », c’est l’archipel de Toutouasamémé, les vahinés et aloha ! Cette vision polynésienne et Pacifique, c’est géographiquement la Polynésie française et Wallis-et-Futuna. La Nouvelle-Calédonie est également dans le Pacifique. Mais la France a aussi des dépendances dans l’océan Indien (Réunion, Mayotte), ainsi que quelques îles non peuplées appartenant aux TAAF (Terres australes et antarctiques françaises et îles éparses). Quant à l’Atlantique : cf. le paragraphe précédent.

« Wallis et Futuna : 96, 2% »
  • Alors, les DOM, les TOM, c’est quoi ?

Les situations administratives ont beaucoup évolué, mais « au jour d’aujourd’hui », les TOM n’existent plus, les DOM sont devenus des DROM (départements-régions d’outremer) : Guadeloupe, Martinique, Guyane, Réunion, Mayotte. La Nouvelle-Calédonie dispose d’un statut sui generis. Tout le reste est COM (collectivité d’outremer). Il y a une gradation vers l’autonomie : DROM >COM > Nouvelle-Calédonie. Je ne rentre pas dans le détail. Les TAAF, peuplées par scientifiques, militaires et pingouins, ont un statut à part. A noter que les îles minuscules que sont Saint-Martin et Saint-Barthélémy, qui étaient auparavant des communes de la Guadeloupe, sont devenus chacune une COM, pour des raisons fiscales et bancaires. Il n’y a pas de quoi être fier…

Et maintenant c’est encore plus confus que vous ne le pensiez… Est-ce qu’ils parlent français, utilisent l’euro, reçoivent la télé ? Vivent-ils dans des cases ? Ont-ils un os dans le nez ? Et qu’est-ce qu’ils mangent ? …

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Ma bibliothèque amoureuse (6/infini)

Spécial atlas et assimilés

Quand j’étais documentaliste au lycée Edouard-Herriot à Lyon, il y a plus de vingt ans, il n’y avait pas de programme en géographie pour le concours de l’ENS Sèvres-Ulm. Le prof de prépa avait donc choisi comme thème la cartographie, ce qui n’emballait pas les étudiants, mais moi, si. Il leur avait établi comme base de travail un manuel de géographie de… Terminale, plein de cartes, qui m’enchantait !

Quelques années après, le géographe Jean-Robert Pitte faisait l’éloge de la cartographie. Ce qui ne m’étonne pas du personnage, anti-sorbonnard et attaché à l’idée de terroir, non pour regarder en arrière, à la Pétain ou à la Giono, mais pour aller de l’avant. C’est cette même idée de terroir qui anime le journaliste gastronomique Périco Légasse. D’ailleurs Pitte s’est tourné vers la géographie de la gastronomie et du vin. Tout cela pour dire que les férus de cartographie sont des gens bien.

J’ai toujours eu une passion pour les atlas et les plans de réseau.

Encore aujourd’hui, je ne peux pas m’empêcher de mettre mon nez dans les cartes routières Michelin (les meilleures, à tous points de vue) et les plans de ville. Je me fais des scénarios (c’est mieux que de « se faire des films ») : si toutes les nationales étaient remplacées par des autoroutes, quel serait leur tracé ? Et si je créais un métro dans telle ville, par où passerait-il ?

Inutile de dire que ces ouvrages ne se contentent pas de dormir dans ma bibliothèque, mais sont régulièrement consultés !

Florilège (quel poncif!) :

  • Atlas des routes de France, Solar (ou son équivalent chez Reader’s Digest).

Le GPS de ma voiture, bien qu’intégré dans l’écran large central, ne m’aide pas en tant que plan de route. Il me sert plutôt pour me dépatouiller en ville (chercher un parking, chercher par où rattraper la départementale 304, etc.). Mais un voyage ne se prépare pas ainsi ! Je préfère me plonger dans les cartes version papier. Et toutes les cartes en une avec cet ouvrage où la topographie se suit « bord-à-bord », de page en page. Même s’il prend de la place dans la voiture.

  • Bruno Tertrais, Delphine Papin, L’atlas des frontières, Les Arènes, 2016.

Au moment où l’édification croissante anti-migrants de murs devient insoutenable, mais où la passoire qu’est l’espace Schengen devient ridicule, l’ouvrage vient à point. Certaines frontières d’aujourd’hui sont historiques (culturelles, religieuses), d’autres sont artificielles (celles de l’Afrique décidée par les puissances coloniales). D’autres sont baroques, comme les enclaves (voire enclaves dans l’enclave), sans parler des émiettements à checkpoints, comme en Palestine. Il y a des conflits frontaliers tout aussi baroques. Et quand un fleuve sépare deux états, où passe la frontière ? Celle-ci est elle en condominium, à la rive, en ligne médiane, au talweg, transfrontalière ? Et selon que l’on considère la Caspienne comme une mer ou un lac, les revendications ne sont pas les mêmes… [A lire aussi : Régis Debray, Eloge des frontières, Gallimard, 2010].

  • Les Atlas de l’Histoire, les Atlas du Monde – hors-série, ceux de Courrier International.

La revue l’Histoire a publié ces dernières années des hors-séries. Des Afriques, des mondes de l’Asie, de France… Histoire, colonisation, les enjeux actuels, les défis. Avec des cartes, des cartes, des cartes… Quant à ceux du Monde et de Courrier, ils abordent des sujets divers : atlas des Villes, atlas des Utopies (c’est un peu la même chose), atlas de l’Eau.

  • Michael Swift, Villes du Monde – Les cartes à travers l’Histoire, Géo, 2009.

L’évolution des villes à travers les plans d’époque : ville romaine post-oppidum, motte castrale, bourg médiéval, élargissement et extension après destruction des remparts, intégration des faubourgs, apparition des gares… Une cinquantaine de villes pour les quelles on peut jouer à avant/après. Retrouve-t-on le cardo ou le castrum, le plan colonial en damier, la tracé d’une rivière dans les hypercentres ou les downtowns contemporains ?

  • Danielle Chadych et Dominique Leborgne, Atlas de Paris – Evolution d’un paysage urbain, Parigramme, 2007 ; Jean-Robert Pitte (dir.), Paris, histoire d’une ville, Hachette, 1993.

Deux bibles sur l’histoire de Paris. Encore plus consultés que les autres ! Là aussi, le avant/après s’impose, surtout si on vérifie in situ : dans la rue, sur un immeuble, etc.

Jean-Robert Pitte

  • Collectif, Le Grand Pari(s) – Consultation internationale sur l’avenir de la métropole parisienne, Le Moniteur, 2009.

Il s’agit du catalogue de l’exposition de 2009 à la Cité de l’Architecture, qui présentait les résultats de ladite consultation engagée par l’Etat. De grands cabinets d’architectes avaient planché sur le sujet (Richard Rogers, Christian de Portzamparc, Jean Nouvel, Roland Castro et d’autres moins connus). Suppression des barrières physiques (périphérique, autoroutes, emprises SNCF, friches industrielles…), « requalification » des axes ou des zones en déshérence, désenclavement à l’aide de nouveaux réseaux de transport, densification/mutualisation et « en même temps » verdissement, corridor de développement Paris-Le Havre… Ce qui est intéressant, c’est que les architectes sont restés raisonnables par rapport à l’idéologie environnementaliste, et n’ont pas non plus proposé de smart city sous l’emprise des GAFAM. Mais c’était en 2009… Malheureusement, sept mois après le rendu des études, la loi dite du Grand Paris n’a rien eu à voir avec les travaux des architectes… N’ont été seulement retenus que quelques pôles (La Défense, Saclay, Le Bourget/Villepinte…) reliés par le fameux supermétro. Les architectes ont travaillé pour rien…

Paris est toujours un roman…

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