Mon Saint-Quentin (1)

Ville Art déco

Bonne année à tous ! Que risque-t-on pour 2023 ? Plus grand-chose car, si vous aviez suivi l’actualité spatiale, vous savez que la NASA a réussi à détourner l’astéroïde Dimorphos.

Paru dans Marianne du 13 octobre 2022.

Dans notre parution du 15 janvier 2021 (il y a deux ans), j’avais évoqué ce qui pourrait arriver, et notamment « un Biden va-t-en guerre menant une intervention contre la Chine ou l’Iran ». Entre nous, on y est : il suffit de remplacer Biden par OTAN, et de considérer le conflit russo-ukrainien comme une guerre par procuration, en attendant d’aller plus loin. Car il ne s’agit guère de Russie vs. Ukraine, ni « d’autocraties » vs. « démocraties », mais de la détermination du bloc Etats-Unis/Grande-Bretagne à affirmer son droit d’être la seule puissance mondiale, avec le caniche UE derrière. Or la majorité absolue des nations, menée par la Chine et les BRICS, sont déterminées à sortir pour toujours de cet ordre unipolaire impérial pour en finir avec la pauvreté et le sous-développement. Ces pays sont en train de construire un ordre économique nouveau. L’implosion imminente du système financier transatlantique fait que l’OTAN* globalisée veut empêcher d’autres nations, dont la Chine et la Russie, d’établir cette nouvelle architecture financière. Le dernier râle de l’Occident qui meurt à cause de sa stupidité libérale, c’est celui, hélas, de la bête blessée qui peut encore charger… Nous en sommes arrivés à une période rude dans laquelle il va falloir être polémique et choisir son camp, camarade !

*Angela Merkel a fini par avouer (Die Zeit du 7 décembre) que les accords de Minsk n’avaient pas été pensés pour être mis en oeuvre, mais pour « gagner du temps » afin que l’Ukraine puisse renforcer ses capacités militaires contre la Russie. Propos confirmés par François Hollande…

Alors, quel est votre camp pour 2023 ? Ne regardez pas vos chaussures…

Un jour de 1990, en pleine période des fêtes de fin d’année, des amis à moi durent aller à l’enterrement de la violoncelliste Eliane Magnan (je n’y étais pas allé, n’étant pas assez proche). Ils prirent note de l’horaire indiqué sur le faire-part, et filèrent… à Saint-Quentin-en-Yvelines. C’est sur le chemin depuis Paris qu’ils réalisèrent qu’ils s’étaient trompés de Saint-Quentin ! Honte à eux ! Car, aussi bien pour les Parisiens que pour la nouvelle génération, il n’y a de St-Quentin que celui en Yvelines, cette « ville nouvelle », qui n’est même pas une ville. L’autre, c’est « Connais pas ! ». Parfois certains, plus avisés disent : « Ah ouais, St-Quentin dans le Nord ». Raté, c’est dans l’Aisne. Mais j’accepte la réponse : on peut considérer cette ville comme la porte du Nord, ou celle des Flandres.

Je vous invite à consulter une carte de France, si toutefois, vous êtes capable de situer le département de l’Aisne. Vous aurez une excuse, c’est le département le plus artificiel : une moitié pays de France (Soissons, Laon), un quart champenois (Château-Thierry) et un quart picard (St-Quentin).

Pourquoi diable est-ce que je vous parle de Saint-Quentin ? Parce que j’ai une relation amoureuse avec cette ville, ma ville-doudou.

Je vais, je pense, y consacrer plusieurs billets, comme dirait l’ami Ruhaud..

J’y venais régulièrement, chez ma grand-mère, quand j’étais petit. Puis adolescent, nous y avons brièvement habité. On m’aurait dit, ainsi qu’à ma maman, que St-Quentin est une ville « art déco », nous aurions dit, incrédules : « Mais non, voyons ! Pas du tout ! ». J’adorais cette ville, mais à part la basilique médiévale et l’Hôtel de ville Renaissance (illustration en bannière de titre), c’était pour nous des immeubles moches en brique.

Il suffisait de lever le nez.

La ville, « détruite à 90% »* lors de la première Guerre mondiale, a été reconstruite au début des années 1920, tout comme Reims, Soissons ou une partie d’Arras, d’où ce style.

*Chiffre quelque peu exagéré…

Ainsi, la Poste. L’extérieur est moche, mais le grand hall intérieur présentait des fresques, qu’hélas, je n’ai pu revoir : elles sont désormais masquées par un faux-plafond, et ce hall est maintenant cloisonné. Subsiste tout de même l’entrée avec ses mosaïques :

Et à l’extérieur, on reconnaît bien le style « montre Cartier » :

Et la gare ? Voici le buffet (je n’ai pas connu). En jetant un oeil à travers une fenêtre condamnée, on pourrait voir ceci, à l’abandon et resté dans son jus (cf. les carrelages émaillés des cuisines et salles d’eau de l’époque) :

Mais le fleuron, c’était les grands magasins Séret, institution locale qui ferma en 1984. Il y eut d’abord un bâtiment à structure métallique avec sa rotonde, puis en face, quelque chose faisant plus années 30. Entre Art nouveau et Art déco, on passe de la courbe/nouille à la ligne droite/cordeau, et du métal au minéral (je ne suis pas mécontent de mon -faux- montage photo) :

Une autre rotonde (minérale) répond au coin opposé à Séret :

Séret n’est pas en reste en matière de grands magasins. Tous les St-Quentinois connaissent le Monoprix (au rez-de-chaussée), dont voici les étages supérieurs du bâtiment :

Mais savent-ils qu’un trésor se cache à l’intérieur de ces étages ?

Ils ont été surpris (et moi donc) de savoir que des vestiges des Nouvelles Galeries, grands Magasins de nouveautés (aujourd’hui Monoprix, donc) dormaient dans leur jus depuis l’après-guerre (!) sans être utilisés. Ils ont été présentés aux habitants lors des Journées du Patrimoine en 2021.

L’arrière du bâtiment est typique mais assez laid et surtout dégradé, pourtant on pouvait de mon temps entrer par l’arrière du Monoprix, sous cette coupole (à droite) :

L’impression de décousu que je percevais autrefois des immeubles de la Grand-Place a fini par faire place à la beauté de l’éclectisme, surtout quand l’ensemble est surmonté de la flèche de la Basilique en arrière-plan !

Il y a des façades intéressantes sur cette Grand-Place. A gauche, un cinéma devenu une brasserie qui n’a pas rouvert après la pandémie (on remarquera les deux lanterneaux, configuration similaire à celle du Monoprix). A droite, c’était l’ancien Crédit du Nord (avec hall art nouveau) :

A propos de cinéma, il y en avait un autre non loin :

Qui l’eût cru ? Ce casino, à l’entrée du faubourg ouvrier où l’on fabriquait les Mobylettes Motobécane… Après avoir été abandonné des décennies, puis devenu un magasin style « tout à 10 F », c’est maintenant une « maison de quartier » :

Un immeuble quelque peu balnéaire rue Victor Basch, et le marché au poisson sue la place éponyme. Où sommes-nous ? A Granville ?

Enfin, l’édifice art déco le plus original de St-Quentin, où aussi bien Eliane Magnan que ma propre maman se sont illustrées : le conservatoire municipal, fonction que ce bâtiment exerce encore. Un conservatoire qui évoque des tuyaux d’orgue ! Je ne sais pas si c’est volontaire ou fortuit :

A suivre…

Et tous dans la rue le 19 janvier !

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