Petits-bourgeois et nouveaux SA

LA LISTE PEREC DU JOUR :

"La salle d'attente du Docteur Dinteville. [...] Contre le mur du fond, un grand divan recouvert de velours bleu ; un peu partout, des fauteuils, des chaises à dossier lyre, des tables gigognes avec divers magazines et périodiques étalés : sur la couverture de l'un d'eux, on voit une photographie en couleurs de Franco sur son lit de mort, veillé par quatre moines agenouillés qui semblent tout droit sortir d'un tableau de de La Tour ; contre le mur de droite, un bureau gainé de cuir sur lequel il y a un plumier Napoléon III en carton bouilli avec de petites incrustations d'écaille et de fines arabesques dorées, et, sous son globe de verre, une pendule vernie arrêtée à deux heures moins dix." 

Entrevue avec Marcel Gauchet (dans le premier numéro de L’Audace) : « Je suis frappé […] par l’hostilité de la petite bourgeoisie très « service public », qui constitue la majorité de l’électorat écologiste, à l’égard de tout ce qui ressemble à de grosses infrastructures ou à des implantations industrielles. On retrouve, mutatis mutandis, le réflexe qui a poussé au 19ème siècle le nombre de villes petites ou moyennes à refuser le chemin de fer ». En guise d’apéritif de ce qui va suivre ?

L’autre jour (façon de parler : c’était mardi 11 novembre), je suis allé dans le quartier de la rue Sainte-Anne, à Paris, pour aller manger dans un restaurant coréen. Et là, je tombe sur une vision d’horreur : des hordes de bobos, de moins de quarante ans, arpentaient le quartier (Sainte-Anne, Petits-Champs), au point que la chaussée de ces rues – non-piétonnes – étaient envahies. Pratiquement pas de touristes, peu d’Asiatiques (le quartier fut un Little Japan et maintenant un Little Korea). Il ne s’agissait pas des bobos LFistes du 19ème arrondissement qui sont des classes moyennes, mais carrément de jeunes bourgeois. Bon nombre formaient des files impressionnantes devant des bouffoirs asiatico-hype au style kawai ou manga bien marqué (« j’prendrais bien un bubble Hello Kitty tapioca… ») ou d’autres officines improbables pour initiés genre « bootcamp », « climbing », « boutique éphémère », « coworking », « outlet » ou bien « vente privée », toutes ouvertes en ce jour férié. Bref, tous ces gens semblaient totalement hors-sol, loin des préoccupations du peuple… Rebelote dimanche 18 janvier, dans le Marais : une faune un peu plus touristique. Impossible de tenter de boire un café quelque part : la queue devant chaque établissement. Et plus on se rapprochait de la Place des Vosges, moins ces gens touchaient terre.

Quelques spécimens, mais loin d’être les pires… Là, c’est plutôt bon enfant.

En réalité on assiste là à une illustration pathétique et plutôt gratinée de ce que le sociologue Christophe Guilluy désigne par Métropolia, par opposition à Périphéria : les « sachants » des grandes villes (de LR aux écologistes, parfois aussi LFI), maîtrisant les « codes », contre les « sans-dents » (« les extrêmes » dirait Macron, ainsi que les communistes… quand les sans-dents votent !) des autres territoires. Bobos contre beaufs. Je n’aime ni les uns, ni les autres, mais les beaufs ont des excuses (et surtout des souffrances) que les bobos n’ont pas. La décadence des « métropoliens » n’est qu’un reflet de celle, plus générale, du monde occidental : un monde post-industriel sans vision et sans but.

On n’est pas en dictature,
on n’est pas en démocratie,
on est en léthargie !

La Bajon

La campagne des législatives est pour LFI (et certains écolos), le festival des communautarismes : entre Houria Bouteldja, Eric Fassin, Eric Coquerel, Danièle Obono (à propos de la Fête de l’Huma : « Il n’y a que des Blancs ! Ca me fait honte. »), Aly Diouara ( » Tous ces Blancs qui décident où et comment vont vivre les gueux. »), Rokhaya Diallo, Carlos Martens Bilongo (à propos des Blancs : « Nous, on est plus intelligents. »), Louis Boyard, l’inénarrable Sébastien Delogu (« Vous avez une opportunité en or qu’un racisé dirige Saint-Denis et Pierrefitte. »), et le sous-marin du Hamas Rima Hassan, c’est gratiné ! En promouvant le « black, blanc, beur » il y a plus de quarante ans, SOS Racisme avait introduit le principe racial et le communautarisme ethnique qu’il prétendait combattre. S’ajoutent aujourd’hui les jeux vidéo, les réseaux « sociaux », le masculinisme, la souffrance mentale des jeunes, le sentiment que « quelque part » on doit « aménager » la laïcité, l’individualisme et l’addition des intérêts privés au détriment de l’intérêt général.

Paru dans Charlie Hebdo du 11 février.

Pour ceux qui disaient encore que « oui, on dit pas mal de choses sur LFI, mais tout de même… », j’espère que c’est clair ! Entendons-nous bien : rien de plus mauvais de ce qu’il est convenu d’appeler « la droite identitaire », à laquelle sympathisait Quentin Deranque. On n’a pas besoin ni de fascistes. On a besoin d’anti-fascistes, mais pas d' »anti-fa ». Et si l’attentat sur la personne de Quentin Deranque n’a pas été commandité par LFI, que faisaient là deux collaborateurs parlementaires du député LFiste Raphaël Arnault, lequel serait un membre actif de la Jeune Garde ? Et cette dernière serait-elle le bras armé de LFI ? Ce qui est sûr, c’est que les trotskistes et leurs avatars possèdent depuis longtemps la culture du coup de poing (depuis l’Unef jusqu’à « la République, c’est moi ! »), et d’autre part LFI a créé un climat, incitation open bar à castagner – ou pire à tuer – tout « sioniste » (comprendre : Juif) ou « fasciste ». Les nouveaux SA…

« La République, c’est moi ! »

Néanmoins, il y a un hic. Le meurtre de Quentin Deranque pue. Pas seulement parce que violence et meurtre sont évidemment inacceptables, mais aussi parce que tout cela à l’air de sortir d’un chapeau (comme souvent pour ce genre d’affaires) juste avant les élections municipales. Cui bono* ?, comme disent les Anglo-saxons. En français : à qui profite le crime ? Opération, contre-opération, facilités par le climat cité plus-haut. On a vu comment l’oligarchie financière a, hélas, ces derniers temps, promu le jeune loup libéral Bardella, nouveau Sarko-Macron (maquereau-sarcon ?). Pour les « oligo-éléments » qui nous gouvernent, la politique de LFI serait trop sociale…

*Message personnel pour les membres d’une organisation que je connais bien : on ne dit pas en français « quel est le cui bono de l’affaire ? », car il existe des locutions latines, comme celle-ci, usitées en anglais mais pas en français (et vice-versa). On doit donc traduire par un équivalent : « à qui profite le crime ? ». Allez, on va passer au prochain panel…

Cornu copiae

The Bayrou Watcher (#2) : je ne m’en suis pas souvenu sur le coup, mais dans le roman Soumission de Michel Houellebecq (Flammarion, 2015), le président de la République nouvellement élu, l’islamiste « modéré » Mohammed Ben Abbes, prend dans un premier temps pour premier Ministre François Bayrou « parce que c’est le plus bête », souligne le narrateur !

LA LISTE PEREC DU JOUR :

"[...] des ferrailleurs à gros gants viendront se disputer les tas : le plomb des tuyauteries, le marbre des cheminées, le bois des charpentes et des parquets, des portes et des plinthes, le cuivre et le laiton des poignées et des robinets, les grands miroirs et les ors de leurs cadres, les pierres d'évier, les baignoires, le fer forgé des rampes d'escalier..."

Nota : des charmants lecteurs m’ont demandé un article sur Donald Trump (du genre « Faut-il avoir peur de Trump »). Je ne suis pas blogueur professionnel et écrire un article de fond demande du temps. Je ne sais pas quand l’article en question sera prêt – évidemment, actualité oblige, le plus tôt serait le mieux. A défaut l’article qui suit fait partie de la routine de ceux qui sont rédigés à l’avance (j’ai pour l’instant des articles planifiés jusqu’au 1er avril) :

Il y a quelques décennies, l’Institut Schiller, un think tank géostratégique cornucopien* fondé par Helga Zepp-Larouche (et son satellite le Club de la Vie, nommé ainsi par opposition aux théories malthusiennes du Club de Rome), affirmait que si l’Australie accueillait toute la population de la Terre, elle n’aurait que la densité de la Belgique. Gros yeux et désapprobation générale de la part de la bien-pensance. Cela ne se peut pas, tout le monde sait bien que la planète est surpeuplée, c’est bien connu…

*Cornucopien (nom et adj. du latin cornu copiae, corne d’abondance) désigne ceux qui pensent qu’il n’y a pas de limite à la croissance. L’Institut Schiller, menant campagne depuis plus de quarante ans, n’utilise cependant pas ce terme apparu récemment.

Téléphone, La Bombe humaine, 1979.

De nos jours, un autre sniper revient à la charge à contre-courant du pessimisme ambiant : le géographe et essayiste Christophe Guilluy. Celui-ci, dansLa France périphérique – Comment on a sacrifié les classes populaires (Flammarion, 2014), remettait au goût du jour le concept d‘Homme oublié, au centre des préoccupations de Franklin D. Roosevelt. « Ces temps funestes appellent à la construction de projets qui reposent sur l’Homme oublié : puissance économique, non organisée mais indispensable, de projets comme ceux de 1917 qui ont bâti depuis les fondations jusqu’au toit, qui ont fait une fois de plus confiance en l’Homme oublié comme base de la pyramide économique ». – FDR, allocution radiodiffusée du 7 avril 1932 (traduit par nous).

Maynard Dixon (1875-1946), Forgotten Man, 1934,
(Brigham Young University Museum of Art)

Revenons à nos moutons démographiques. Dans Marianne du 25 mai 2023, Guilluy ne prenait pas au sérieux l’annonce par l’ONU (une belle opération de com…) du franchissement du seuil des huit milliards d’habitants : c’est que seuls les pays « développés » (généralement les moins peuplés…) procèdent à des recensements ! L’Inde, par exemple, n’a pas connu de recensement depuis 1991 ! La marge d’erreur de la population mondiale, écrit Christophe Guilluy, est de +/- 800 millions de personnes.

Néanmoins, sommes-nous si nombreux ? J’invite les internautes à consulter une carte de la densité mondiale : celle-ci est de 6o hab/km2, deux fois moins que celle de la France [https://i.pinimg.com/originals/c0/98/5c/c0985cca1a3293eb992fcab504dcce87.jpg], ce qui dément le cliché « L’Afrique, çà grouille », comme je l’ai déjà entendu. « Si on s’amusait à rassembler tous les Terriens sur le territoire états-unien, notre densité s’élèverait à 814 hab/km2« , écrit Guilluy en citant les chiffres du démographe Gérard-François Dumont. En comparaison, la densité de l’Ile-de-France est de 1020 hab/km2 ! Souvent, la vérité sort de la bouche, non des « experts environnementaux » et des statisticiens, mais des démographes ou géographes : Christophe Guilluy, Hervé Le Bras, Emmanuel Todd.

De gauche à droite, et de haut en bas : Guilluy, Le Bras et Todd.

« Doit-on s’alarmer de la croissance exponentielle de la population ? Non plus ». C’est que la décélération de la population est amorcée depuis des décennies, due au vieillissement et à la baisse de la fécondité, et va marquer tout le 21ème siècle. Et de nous présenter ce paradoxe : le Japon, territoire « surpeuplé » et vieillissant. S’il y a trop de Tokyoïtes (38 millions d’habitants dans la grande aire métropolitaine du Kanto !), il n’y a pas assez de Japonais, et l’archipel est en train de se dépeupler !

Il existe un autre cornucopien : vous le voyez venir (roulement de tambour)…

C’est Elon Musk ! Nous y voilà. Père de dix enfants, il est persuadé qu’il n’y a pas de limite aussi bien à la croissance démographique qu’à la croissance technologique. Pas mal, non ?

Seulement voilà, il y a un os…

Tout d’abord, Musk est un libéral, et de la pire espèce : celles des libertariens. Les libertariens (ne pas confondre avec les libertaires) s’opposent à toute forme de régulation étatique, même dans le domaine régalien. Or le libéralisme est incompatible avec une politique nationale de crédit finançant des grands projets à long terme en vue du développement ! D’autre part le sud-africain Elon MuSSk est un suprémaciste : pour lui il n’y a pas de limite à la croissance démographique, à condition qu’il s’agisse de Blancs au QI élevé… Cornucopien, mais hélas « darwinien »* !

*Je mets des guillemets car cet adjectif, d’emploi courant, est inapproprié. Darwin n’a fait qu’affirmer l’évolution des espèces face au fixisme biblique. C’est Francis Galton qui y a ajouté la notion de « loi du plus fort ». Attaquons plutôt ce dernier !

« Mais s’il n’y avait pas Musk, qui ferait ces projets (science, spatial, médical…) ? ». Le problème est que Musk, véritable passionné, est également un irrationnel et un exalté*. Explorer Mars dans la décennie, alors qu’on ne sait encore rien des conditions de vie humaine dans un environnement extraterrestre – et sans retour, relève du suicide !

*Peut-être dû au fait que, selon ses dires, on lui a diagnostiqué un syndrome d’Asperger ?

Oublions Musk et revenons à nos histoires de cornes (d’abondance) : progrès et population illimités. Voici quelques idées, je les livre sans ordre précis car il s’agit d’un tout :

  • Il n’y a pas de limite à la créativité humaine, donc aux technologies.
  • Il n’y a pas de limites aux ressources, car on peut transmuter les éléments grâce à la physique nucléaire (fusion).
  • Pour assurer les deux points précédents, l’éducation est primordiale.
  • La densité de la population n’est pas un problème – à condition que le développement soit en adéquation. Densité sans développement apporte la pauvreté.
  • Un Etat dont les niveaux culturel, éducatif et sanitaire s’effondrent se paupérise, et le nombre et l’espérance de vie de sa population s’effondrent aussi.
  • Une population dont le niveau de développement matériel et humain (éducation et santé) est élevé voit sa population ne plus augmenter exponentiellement.
  • Le progrès n’est pas dans le superflu (déplacement aérien Paris-Nice, smartphone, lave-vaisselle dans un foyer de deux personnes…) mais le nécessaire (énergie, infrastructures, écoles, hôpitaux).
  • Le libéralisme n’est pas un facteur de développement (court-termisme, obsession de la dette, monopoles industriels et agro-alimentaires et leurs destructions environnementales comme la monoculture intensive).
  • A partir d’un certain niveau d’éducation (alphabétisation, scolarisation des filles, contraception, monogamie) la population décroit en maintenant un niveau de vie décent et une espérance de vie élevée.
  • Le but de l’humanité n’est pas d’augmenter sa population per se, ni le progrès per se, mais d’augmenter le potentiel de densité énergétique par habitant.

Et vlan dans la gueule qui pensent que « la démographie, c’est mathématique », ou qu’il suffit d’appliquer la courbe de Fibonacci ! Vous savez, celle des lapins ! Mais l’être humain n’est un animal que par son enveloppe. Pour le reste, il est capable lui-même de limiter sa population.

C’est trop pour vous ? Allez, vous allez vous en remettre…