La poésie en chansons

La Stratégie de sécurité nationale publiée par la Maison blanche le 4 décembre vise dans le mille. Ce document interdit expressément toute extension de l’Otan et offre du coup l’ardente occasion pour les Etats-Unis de quitter ce « machin » qui aurait dû être dissous en 1991 ! Aha !

J’ai fait un tour à la manif parisienne « pour Gaza » le 29 novembre dernier. Folklore habituel : keffiehs, culte du martyr et antisémitisme. J’ai dit à certains manifestants qu’il fallait exiger la libération de Marwan Barghouti. Ce membre du Fatah a été enlevé en 2002 par des agents israéliens, et croupit depuis en prison dans ce pays. Ce type, rallié à la non-violence, est le seul homme politique capable de diriger la Palestine, le seul qui puisse oeuvrer à l’édification d’un Proche-orient en paix ! Hélas, hélas, hélas, la plupart des gens présents à cette manif n’en avaient jamais entendu parler. Révolutionnaires à deux balles !

LA LISTE PEREC DU JOUR :

"A l'intérieur de cette boîte, il y avait un mouchoir de soie verte, vraisemblablement taillé dans un mouchoir de parachute ; un agenda couvert de notations sybillines du genre "Debout", "gravures en losanges", "X-27", "Gault-du-Perche", etc. dont le difficile déchiffrement n'apporta aucun élément concluant ; un fragment de la carte au 1/160 000e du Jutland, initialement dressée par J. H. Mansa ; et une enveloppe vierge contenant une feuille de papier pliée en quatre : en haut et à gauche de la feuille de papier était gravé un en-tête :
Anton
Tailor & Shirt-Maker

16 bis, avenue de Messine
Paris 8e
EURope 21-45
surmontant une tête de lion qu'en terme d'héraldique, on aurait qualifié de passant ou léopardé."
 

Notre « tour de chant » de Noël » ! Après les calamiteuses Chansons Africa de l’année dernière, je vais me rattraper avec la poésie française mise en chansons. Pléonasme s’il en est, car tout poème*, même sans musique, est une chanson…

*Poème ou bien poésie ? Le Robert concède qu’une poésie est un « poème (généralement assez court) ».

Passons en revue certains interprètes (Ferré, Brassens, Reggiani, Ferrat…) qui ont chanté des poèmes, dont certains en ont fait leur fonds de commerce. Rutebeuf, Villon, Baudelaire, Verlaine, Rimbaud, Aragon, Eluard, c’est mieux que Vianney, Maé, Bénabar ou Raphaël, qui n’hésitent pas à se présenter comme poètes. Je ne parle pas des rappeurs, que certains n’hésitent pas (même pas peur !) à présenter comme les nouveaux chanteurs à texte…

[Nota : à deux exceptions près, je n’ai trouvé que des vidéos en audio seul. On ne verra donc pas les interprètes en action, et c’est bien dommage.]

Nous allons commencer avec Rutebeuf (1245-1285) dont on ne sait quasiment rien de sa vie et qui a oeuvré dans le registre polémique et satirique. Parmi ses vers les plus célèbres, on trouve certainement ceux issus des Poèmes de l’infortune : « Que sont mes amis devenus, que j’avais de si près tenus, et tant aimés… ». S’il n y en a qu’un pour interpréter la poésie française, çà ne peut être que Léo Ferré, et c’est lui qui va s’y coller pour Rutebeuf (même si ce dernier a été aussi merveilleusement chanté par l’excellente Joan Baez) :

Léo Ferré, Pauvre Rutebeuf, adaptation moderne des poèmes de ce dernier (musique : L. Ferré), 1955.

Brassens, lui, avait chanté la Ballade des Pendus de François Villon (1431-post. 1463). Cette version étant trop connue, j’ai choisi celle chantée par Serge Reggiani, jeune vieux (lui aussi) ne faisant pas dans la gaieté, et interprète quasi oublié maintenant. Pour moi, la poésie « moderne » commence avec Villon, cet écorché vif des bas-fonds à la Rimbaud, avec un zeste de Pasolini. Selon certains, Villon aurait participé à ce qu’on appelle le renseignement politique. Voyou et espion ?

Serge Reggiani, La Ballade des Pendus (texte : F. Villon, musique : L. Bessières), 1968.

Décidément, la poésie pré-classique inspire beaucoup les chanteurs ! Voici, moi qui pourtant n’aime pas La Pléïade, Joachim* du Bellay (1522-1560) avec Heureux qui comme Ulysse, interprété toujours pas par Brassens mais par Ridan (prononcer « Ridane »), chanteur pas vraiment connu de ceux qui écoutent Ferré ou Ferrat. A ceux-là, je dis : n’ayez pas peur, ce n’est pas un rappeur ! Avec ce petit clip d’animation, Ridan nous chante du Bellay d’une manière inattendue, peut-être trop légère pour certains :

* »Joaquime » ou « Joachin » ? De même Guilhem : « Guilème » ou « Guilin » ? Ghislaine : « Jislaine » ou « Guilaine » ? Je n’ai jamais su…

Ridan, Ulysse (texte : J. du Bellay, musique : Ridan), 2007.

Georges Brassens, La Légende de la Nonne (texte : V. Hugo, musique G. Brassens), 1956.

Aujourd’hui, « Rimbaud chanterait », clamait Michel Delpech… « Les bras en croix », même ! Voici Sensation (Par les soirs bleus d’été, j’irai dans les sentiers/Picoté par les blés, fouler l’herbe menue…), interprété par Robert Charlebois, que peu de gens connaissent dans ce répertoire. Charlebois n’a pas fait que ses chansons libertaro-rock-identitaires des années 70 !

Robert Charlebois, Sensation, (texte : A. Rimbaud, musique : R. Charlebois), 1969.

Louis Aragon, quand il ne s’égarait pas dans des odes à Staline, écrivait d’excellents poèmes facilement adaptables au chant. Pour changer des pseudo- camarades Jean Ferrat/Isabelle Aubret qui en on fait leur fonds de commerce, voici Francesca Solleville, vraie communiste à l’écart du show-biz. Elle chante J’entends, j’entends d’Aragon mis en musique par Ferrat :

Francesca Solleville, J’entends, j’entends (texte : L. Aragon, musique : J. Ferrat), année ? .

Ah ! Encore Léo Ferré ! Mais je dois avouer que dans ce qui suit, il me déçoit : il s’agit de la fameuse Chanson d’automne de Paul Verlaine (Les sanglots longs…), dont on espérait mieux de la part du grand Léo, qui en fait une mauvaise parodie… On comparera, en gardant le meilleur pour la fin, avec l’interprétation nostalgique et très swing, par Charles Trenet (qui s’est accordé quelques licences par rapport au texte original, certes…) accompagné d’un excellent orchestre :

Léo Ferré, Chanson d’automne, (texte : P. Verlaine, musique : L. Ferré), 1986.

Charles Trenet, Chanson d’automne, (texte : P. Verlaine, musique : Ch. Trenet), 1941.

Alphabêtises

LA LISTE PEREC DU JOUR :

"   Dans le cagibi attenant à la chambre d'Hébert, au milieu d'un amoncellement de vieilles chaussures, de réserves de verveine-menthe, de chaufferettes électriques en cuivre toutes cabossées, de patins à glace, de raquettes aux boyaux flasques, de magazines dépareillés, de romans illustrés, de vieux vêtements et de vieilles ficelles, on trouva un imperméable gris et dans la poche de cet imperméable une boîte en carton plutôt plate d'environ quinze centimètres sur dix, sur laquelle était écrit :
La seule gomme
qui efface BIEN l'encre
LA GOMME "HEPHAS"
Chez Ely and Co
85, rue des Dames, Bruxelles   "
La 7ème Compagnie au clair de lune…

Petit, je fus celui qui, plongé dans les dictionnaires et encyclopédies, dévorait les planches et tableaux, et en particulier, ceux des alphabets.

Ces derniers, tout comme le tableau périodique des éléments ou la liste ordonnancée des planètes, étaient pour moi un monde à part. Je me mis à établir une classification des lettres par symétrie : verticale, horizontale, verticale et horizontale, ou aucune symétrie.

Mais c’est bien plus tard que je me suis mis à composer ces amuses-gueules (amuse-girls ?), quelque part entre Raymond Devos et Philippe Gelluck, que je dévoile dans l’interlude qui suit :

B

b est le bébé du B. Donc dans bébé, il y a deux bébés.

E

A quoi çà rim’, le E muet, à quoi çà rimeuh ?

Il faut qu’çà rim’, le E muet, il faut qu’çà rimeuh.

Léo Ferré : Jolie mômeeuh…

K

Le K est un cas : c’est le cas K. Dans le général Catroux, il y a K et trou. Mais qu’à Catroux ?

(A cet instant, vingt internautes se désabonnent, et un m’envoie : « Si j’avais su que c’était si bête, j’aurai amené les gosses »).

L

Dans un L, il y a deux ailes (c’est un vol en oblique). Dans une 4L, il y a donc huit ailes.

N

Dans haine, il y a N (commentaire de Mme Geypatoux-Compry, de Blois-sur-Bannier : « Y s’est pas foulé… »).

P

Le P est à côté du Q, et le pet est à côté du cul. Le train va partir, éloignez-vous de la bordure du Q, s’il-vous-plaît.

Q

Il y a une coquille à « couille », il y a une couille dans « coquille » (d’ailleurs, il y a une pouille dans le cottage).

Il y a une queue à Q (sinon çà ferait O, bande de dégoûtants). Queue s’épelle cuhuheuhuheu.

R

Dans « errer », il y a trois R qui errent.

S

Le SS, est-ce Hess ? Et dans CRS, est-ce S ?

Blog affligeant selon la Police, génial selon les organisateurs !

A propos de la légende de bannière de titre « par marcjoly, de l’Académie Française »: « L’usage, sans droit, d’un titre attaché à une profession réglementée par l’autorité publique ou d’un diplôme officiel ou d’une qualité dont les conditions d’attribution sont fixées par l’autorité publique est puni d’un an d’emprisonnement et de 15 000 euros d’amende ». Alors, faisons-le, ne respectons rien ! La mention « de l’Académie Française » fut utilisée auparavant systématiquement sur toutes ses copies par Alphonse Allais lycéen (qui fut renvoyé une dizaine de fois…), ainsi qu’occasionnellement par Cavanna.

Les chansons-tango

Numéro double spécial Noël

Science-Po vient de congédier sa professeure de « danse de salon », écrit Le Parisien du 8 décembre. Eh oui, comme toutes les grandes écoles, celle-ci propose des activités culturelles et/ou sportives, sinon les étudiants péteraient les plombs. Mais pourquoi ce licenciement ? « Des plaintes d’étudiants dénonçant des propos sexistes, dégradants, discriminatoires, racistes ». C’est-à-dire ? L’école a demandé à la prof de « changer sa sémantique et de switcher [?] les termes « homme-femme » pour « leader-follower », sachant que dans les danses de salon, il y a toujours un partenaire qui mène la danse et l’autre qui suit … Une élève de 21 ans affirme que les étudiants étaient « très mal à l’aise » à cause des termes « homme » et « femme ». Pov’ choux ! Heureusement, Valérie (la prof) ne se laisse pas faire et déclare : « Je ne me plierai pas à la dictature. Le politiquement correct, il faut oublier ! »

Ce qui fait peur, c’est quand ces étudiants arriveront aux postes de responsabilité. Les nouveaux S.A. !

Eh bien, de la danse de salon, je vais vous en faire bouffer !

Franz Schubert, Trio opus 100 (andante con moto), interprété par le trio Wanderer.

Ce rythme, çà ne vous dit rien ? Pam-pam-pam-pam-padam-pam-pam-pam-pam-padam… C’est un rythme de tango… bien involontaire, car si Schubert fréquentait bien les bordels de Vienne, il n’a pas pu connaître, des décennies après, ceux (homosexuels, d’ailleurs) de Buenos Aires, dans lesquels est née cette danse. A propos, on est prié de ne pas prononcer « buénozère »…

Dans ce numéro, je ne vais pas traiter directement des « vraies » chansons de tango (Carlos Gardel et autres…). mais le rythme de tango a été largement utilisé dans la chanson française, parfois de façon ironique, voire parodique.

De toutes celles que je présente aujourd’hui, cette chanson qui suit semble la moins éloignée de la parodie. Quoi que… On remarquera les paroles de Jean-Roger Caussimon, un de ces auteurs oubliés avec Philippe Clay ou Jean-Claude Massoulier, tous un peu anars, « de gauche » pour le premier, « de droite » pour les deux autres…

Léo Ferré (musique), Jean-Roger Caussimon (paroles), Le Temps du tango, 1958.

Les millenials ne doivent rien comprendre à cette autre chanson : il s’agit de la première déclinaison latine* : celle des noms en -a. On prend alors comme exemple « rosa – la rose », mot évidemment très employé dans la conversation courante ! Tout cela est prétexte, pour Jacques Brel, d’envoyer balader l’éducation basée sur le par coeur et le bourrage de crâne. Il faut dire que Brel a un compte à rendre avec son milieu (Les Bourgeois, dans le même album), l’éducation dans les pensions catholiques, le service militaire… Nota : ce clip est un véritable Scopitone (« je me souviens des Scopitone« ) :

*Je ne résiste pas à cette contrepèterie : « Ne mettez pas « votre poire » au génitif ! »

Jacques Brel (paroles et musique), Rosa, 1962.

A l’âge de seize ans, Salvatore Adamo avait déjà rempli des dizaines et des dizaines de carnets de chansons ! Prometteur… Anecdote : quand j’étais petit, et que j’entendais « Adamo » chanter à la radio, je ne savais pas s’il s’agissait d’un monsieur ou d’une dame… C’est vrai que sa voix est particulière ! Vous permettez Monsieur est sans doute la première chanson-tango que j’ai entendue :

Salvatore Adamo (paroles et musique), Elie De Boeck (arrangements), Vous permettez Monsieur, 1964.

Boby Lapointe est capable de s’adapter à tout, y compris à la chanson-tango sur laquelle il a l’agent – la-gen-til-lesse de nous gratifier de ses jeux de mots :

Boby Lapointe (paroles), Etienne Lorin (musique), Alain Goraguer (arrangements), Monsieur l’agent, 1969.

Je ne connais pas beaucoup François Béranger, ce chanteur libertaire. Mais je me souviens de cette chanson et de son refrain : « Anastasie, l’ennui m’anesthésie «  :

François Béranger (paroles et musique), Le tango de l’ennui, 1973.

En voilà une bien kitschissime : Amour, castagnettes et tango. Je n’ai pas trouvé de renseignements sur cette chanson, que je pensais faire partie d’une opérette, mais çà ne semble pas être le cas. Elle a été chantée par de nombreux artistes mais semble être créée par Gloria Lasso en 1956. La version qui suit est extraite de la fameuse émission de Gilbert et Maritie Carpentier dans les années 70, véritable programme de variétés dans laquelle on réunissait des duos improbables (ici Annie Cordy avec Enrico Macias en latin lover), ou bien des artistes exerçant un autre registre ou une autre spécialité.

Je ne l’ai pas fait exprès, mais on compte déjà trois Belges dans les artistes précités. En voici un quatrième, qui nous chante L’tango walon. « C’est ene tchanson ki les paroles ont stî scrîtes ap A. Hancre eyet l’muzike compôzêye ap R. Hancre. C’esteut ene mwaisse tchanson do repertwere da Bob Dechamps. Come di djusse, ele si tchante sol rite do tango ». A quand un tango ch’ti chanté par Raoul de Godewaersvelde ? La prochaine fois, je vous la ferai en créole ou en espéranto !

Bob Dechamps, L’tango walon (paroles A. Hancre, musique R. Hancre), année ?

Voici un autre tango d’origine géographique improbable et frelatée : Le Tango corse. J’adore Fernandel vieillissant avec son air pince-sans-rire de Charles Pasqua (un Corse…) :

Fernandel, Le Tango corse (paroles : Georges Pirault, musique : Raymond Vastano), 1961.

Bonnes fêtes à tous, et bon tango. Ca vous changera de la Chenille et de la Danse des canards !

Prochain numéro le 15 janvier

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Les couvertures auxquelles vous avez échappé (4)

Hebdomadaire pendant le confinement

SPECIAL POCHETTES DE DISQUES

Ce numéro des Couvertures auxquelles vous avez échappé est, à l’approche d’un Noël que j’espère plus gibertien (par exemple) qu’amazonien, un spécial pochettes de disques.

La pochette de disque eut son heure de gloire avec le 78 tours : gros plan d’un Caruso empâté, ou photo de groupe de Ray Ventura et ses Collégiens.

Avec le 33 tours, on eut droit aux belles silhouettes de chefs d’orchestre sur fond noir sur lesquelles se détachait l’étiquette jaune de Deutsche Grammophon, ou bien une photo de groupe (encore) de personnages célèbres : l’album Sgt Pepper’s Lonely Heart Club Band des Beatles.

Les 45 tours furent moins imaginatifs : destinés à ne durer qu’une saison de hit-parade, et se contentant du portrait de l’artiste en minet avec un sourire idiot.

Le CD sonna le glas des pochettes : le support présente une surface trop restreinte, surtout pour les rééditions ! Et puis les maisons de disques rognent sur tous les coûts : plus de photographies ad hoc (on puise dans une banque d’images), encore moins de dessins, plus de livret à rédiger et fabriquer…

Je vous propose aujourd’hui deux pochettes, évidemment réalisées par mes soins. Je ne vous dis rien et vous laisse seulement découvrir celle-ci d’abord :

Et voici l’autre, totalement différente, bien sûr :

Oui, je sais : …peut en cacher un autre.

BONUS

Ces chanteurs auxquels vous avez échappé :

Hugo Frey

Henri Caumacias

Michel-Paul Nareff

Quand j’étais petit, je les écrivais comme çà !

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