
Paris, 1965
Dernière minute : j’apprends par Marianne la mort de Jean-François Kahn, qui a eu lieu… mercredi 22 janvier. Vous le saviez, vous ? Pas un mot dans la presse qui, visiblement, n’a pas souhaité rendre hommage à ce journaliste politiquement incorrect. C’est d’autant plus émouvant que je l’avais croisé il y a deux mois rue Charlot à Paris (il habitait dans le quartier). Il était seul, en déambulateur, et vu son état, j’avais compris qu’on ne le reverrait plus…
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Marre de la bien-pensance de France Inter/France Info/RFI ? C’est mon cas, et je n’écoute maintenant plus que RTL pour les infos et l’émission d’actualité (Yves Calvi) de 19h15-20h. Il est flagrant de constater combien les médias du service public sont arrogants, idéologisés (libéralisme pro-UE et pro-Otan, wokisme) et parisiano-centrés. Le ton de RTL (station qui a tout de même ses défauts) est moins « constipé » et plus ouvert.
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The Bayrou Watcher (#1) :

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LA LISTE PEREC DU JOUR :
"La vitrine contient une collection de modèles réduits de machines de guerre antiques, à monter soi-même : des béliers, des vineas, dont Alexandre se servit pour mettre ses travailleurs à couvert au siège de Tyr, des catapultes syriennes qui jetaient à cent pieds des pierres monstrueuses, des balistes, des pyroboles, des scorpions qui lançaient tout à la fois des milliers de javelots, des miroirs ardents, - tel celui d'Archimède qui embrasait, en un clin d'oeil, des flottes entières - et des tours armés de faux supportées par de fougueux éléphants".
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Votre serviteur habite Belleville*, dans le quartier de la rue Rébeval. Or, on trouve pléthore d’ouvrages évoquant le Belleville d’autrefois, notamment avec des photos avant/après. Mais du secteur Rébeval, point.
*Note pour les internautes (car la Toile est mondiale) : Belleville est un quartier du nord-est de Paris, « à cheval » sur les 19ème et 20ème arrondissements.
J’ai finalement dégotté le livre suivant : Patrick Marsaud, Belleville 1965, Ed. Michel Lagarde, 2021, avec des photographies de Jean-Baptiste de Beaudouin – ouvrage qui m’a permis d’en apprendre sur ce quartier, et de rectifier certaines informations que j’avais glanées et qui se sont révélés fausses.
Mais ce dont je voulais vous entretenir, ce qui frappe, au vu des photos de circa 1965, c’est le changement de la société.
Dans les rues de ce quartier populaire vers 1965, on est frappé par le nombre d’enseignes « Boucherie, triperie, volailles », voire « Gibiers » ou « Porc frais » dont peu ont survécu (si : en hallal, sauf pour le porc frais !). Les charcuteries également, reconverties en traiteurs asiatiques. On remarquera aussi que les boucheries étaient souvent chevalines, ce qu’on regrettera, la viande de cheval étant nutritivement saine. La grande distribution (Félix Potin dans les années 70-80, puis Ed, Franprix, Monoprix en version bobo et Carrefour City) aura eu la peau de ces commerces.
On l’a oublié, mais il y avait le long des trottoirs des marchandes de quatre-saisons qui s’approvisionnaient aux Halles. Leurs remorques, qui servait d’étal avaient des roues de charrette ! Ces marchandes (c’était déjà une tolérance) disparurent avec le déménagement des Halles à Rungis en 1969.

Temple (Photo J.-B. de Beaudouin).
On est frappé aussi par le nombre de cafés, qui n’a pas varié aujourd’hui, mais leur typologie a changé. Les cafés (des rades…) de 1965 étaient souvent d’anciens marchands de vin, vendant aussi bois et charbon, et ce jusqu’à la généralisation du chauffage au fioul au début des années 70. Ils étaient tenus depuis des générations par les fameux Auvergnats ou Bougnats (en réalité des Aveyronnais) que les Kabyles ont remplacés. Aujourd’hui les Asiatiques (Chinois voire Indiens) prennent peu à peu le relais*, et la plupart de ces établissements (je parle toujours du Bas-Belleville) ont une clientèle proto-bobo. Petit, je n’ai pas connu le quartier mais je me souviens de Paris en général, et en particulier ceci : la clientèle des rades des années soixante comptait bon nombre d’ivrognes patentés…
*Y compris en province comme je l’ai vu à Nogent-le-Rotrou ou à Villers-Cotterêts…
Nous sommes tellement habitués aux « enseignes » que nous avons oublié les commerces indépendants : habillement, accessoires (chapeaux, chaussures, cravates), « photo-ciné-son », drogueries, quincailleries, laveries, sans compter les garnis et hôtels borgnes…
Mais surtout, surtout, ce qu’on retient est le nombre impressionnant de cinémas (indépendants, cela va sans dire) dans le quartier (et dans Paris en général). Aujourd’hui, les cinémas le plus proches de Belleville sont les Mk2 Gambetta et Quai de Loire. A l’époque, on pouvait énumérer le Palais des Glaces (auj. une salle de stand-up), le Ciné-Bellevue (auj. une synagogue), les Folies-Belleville (auj. un supermarché), le Théâtre de Belleville (auj. un restaurant chinois karaoké), le Floréal, le Belleville-Pathé, l’Alhambra, le Temple-Sélections, le Cocorico (ces derniers démolis). On n’y jouait pas les mêmes films qu’au Quartier latin ou aux Champs-Elysées ! C’était plutôt Mata-Hari Agent H 21, Le mystère du temple hindou, L’affaire du cheval sans tête, Nick Carter va tout casser, Maciste et les 100 gladiateurs… Ces salles qui avaient démarré avant 1914 comme cafés-concert pour la plupart finirent souvent en cinéma porno ou de kung-fu, puis en supermarché ou salle de sport…

La pile Wonder
ne s’use
que si l’on s’en sert !
Les années soixante, plus pauvres en grandes enseignes, étaient toutefois plus riches en marques et réclames en tous genres. Sur les photos de 1965, on dénombre la moutarde Bornibus*, les piles Wonder, la peinture Novémail, les parfums Forvil, le produit-vaisselle Rex, la lingerie Pernelle, les laines Pingouin, l’encre Waterman… Et sur la devantures des cafés, pléthore de marques de bières : Roemer Pils, Nordbraü, Adelshoffen, Slavia, Meteor, Löwerbrau, La Perle, Freysz-Pils, Lutterbach, Mützig, Leopardbraü… bien avant la création des mafias alliant les grossistes limonadiers aux groupes brasseurs mondialisés.
*Dont le siège social était à Belleville, boulevard de la Villette !
Autre changement : les arbres. En 1965, il n’y en avait que Boulevards de Belleville et de la Villette. Aujourd’hui, toutes les rues sont arborées.


L’intersection Rue Rébeval/rue de l’Atlas ca. 1970 (Photo J.-B. de Beaudouin) et 2024.
L’aspect des « gens » nous étonne également : hommes en cravate (et à moustache), femmes en robe ou en jupe, enfants en culotte courte. On est aussi frappé par le nombre de « vieux ». Il est vrai que, de nos jours, les vieux font leur courses le matin puis se terrent chez eux devant la télé : Paris n’est plus une ville pour eux (agressions, promiscuité, bruit, scooters et vélos à gogo, culture tournée vers le jeunisme), et beaucoup sont en Ehpad. Mais il y a un biais : beaucoup de « mémères », avec ou sans cabas, que l’on voit sur les photos anciennes n’avaient que 50/60 ans ! Mais jupe, mise en plis, fichu et une couverture-santé plus précaire qu’aujourd’hui nous les vieillissent…

Un habitant du Belleville de 1965 transplanté dans celui de 2024 serait frappé par le nombre de faciès exotiques : Chinois et Vietnamiens tenant des restaurants, Maghrébins ou Pakistanais tenant des commerces de bazar, de fast-food ou de téléphonie. Il serait surpris également par le nombre de groupes de musulmans de sexe exclusivement masculin massés en grappe devant certains commerces précités et se contentant de « tenir les murs ». Cela aussi fait partie de la mutation de la société bellevilloise…
Le quartier du Bas-Belleville, totalement insalubre, à la Eugène Sue ou à la Zola, commença à être muré dès 1966 et reconstruit seulement en 1973-75 (!) avec des immeubles modernes. On ne regrettera pas l’habitat ancien…
Bref, tous ces changements, ma pauv’dame, c’est la faute à la bombe atomique et à la télévision… Sans compter les yé-yés…
A lire aussi :
- Ivan Alechine, Pierre Alechinsky, Belleville sur un nuage, Yellow Now, 2019. Alechinsky (le peintre) vécut dès 1955 dans un quartier similaire, celui de la rue Piat : « pentes de la Croix-Rousse » non pas lyonnaises mais parisiennes. Photographies de l’artiste et de son fils Ivan.
- Patrick Bezzolato, Mémoires des rues – Paris 19e arrondissement, 1900-1940, Parigramme, 2015.
- Eddy Mitchell, Des Lilas à Belleville, Dargaud, 2022. Eddy Mitchell est un enfant du quartier et, vu le nombre de salles à l’époque, on comprend d’où est venue sa passion pour le cinéma…
La librairie Le Genre urbain (60 rue de Belleville) est une véritable manne d’ouvrages de ce genre !
Et comme tout finit par des chansons, Dutronc décrit en 1968 une capitale qui n’est plus le « Paris-accordéon » de l’après-guerre, mais qui n’est pas encore le Paris pompidolien :
Du coup, le texte de cette chanson pourrait faire l’objet d’un autre Je me souviens. Chiche ?
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'Pataphysique Beethoven Ludwig van Bertin Jean Beuve-Méry Hubert Boudard Alphonse Brel Jacques Cheminade Jacques Coluche de Gaulle Charles Diop Cheikh Anta Duneton Claude Dutronc Jacques Ferrat Jean Ferré Léo Freud Sigmund Ghali Driss Houellebecq Michel Huxley Aldous Lapointe Boby Macron Emmanuel Merci Citron Onfray Michel Open Society OTAN Ouaknin Marc-Alain Oulipo Ouvrard Paty Samuel Perec Georges Perret Pierre Pitte Jean-Robert Platon Queneau Raymond Rabelais François Rosten Leo Ruffin François Ruhaud Etienne Saint-Quentin Schott Ben Socrate Szenes Arpad Trenet Charles Urban Traveller Vallès Jules Weil Simone




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