Polémique, vérité et opinion

En guise d’apéritif, une contrepèterie en lien avec l’actualité : « Bécaud, je vous présente Magritte ! »

Pas de polémique ! C’est ce qu’on entend souvent. Les gens ont peur de la polémique. Elle est mal perçue en France : on croit qu’être polémique, c’est être intolérant. Parlez donc de (vraie) politique, ou tout simplement de ce qui relève des idées à vos collègues et amis, et vous ferez le vide autour de vous !

C’est que la population a bien été conditionnée, et ceci dès l’école.

En classe de français, il fallait être objectif. Le moindre écart, et le couperet tombait : « c’est connoté ! » Cette matière, faite pour développer l’argumentation et l’imagination, n’allait pas du tout dans ce sens ! D’ailleurs les manuels, dont le Lagarde & Michard, ainsi que les Classiques Larousse, nous obligeaient à penser ce qu’il fallait penser, puisque les fameuses Questions de bas de page de ces livres n’appelaient qu’une seule réponse. L’élève était littéralement soumis à la… question ! Claude Duneton avait très bien soulevé le problème dans Je suis comme une truie qui doute (Seuil, 1976).

Souvenons-nous de ce monument de l’enseignement du français qu’est la dissertation. Première partie : je pense carpe. Deuxième partie : je pense lapin. Et troisième partie : je fais la synthèse de la carpe et du lapin. Cà, c’est fort ! C’est de la prestidigitation ! Du « en même temps » macronien (ou plutôt jésuitique, en référence à ses maîtres). Evidemment, toute opinion n’est pas tranchée, loin de là ! Mais l’exercice est artificiel : pourquoi deux propositions de base ? Pourquoi pas une, ou trois, ou quatre ? Et pourquoi chacune de manière égale ? Unité de temps, de lieu et d’action ? Jardin à la française de la pensée ?

Je soupçonne les bêtes à concours de n’avoir aucune opinion sauf « tout pour ma gueule », ou d’avoir celle de l’idéologie dominante. Et c’est ce qu’on voit dans le monde du travail…

Conséquence de cette pensée unique précoce : le relativisme. Ainsi, il fallait que toutes les cultures se valent, et défense de hiérarchiser celles-ci, même si certaines ont bâti leur système économique sur l’esclavage, ou étaient rythmées par les sacrifices humains ! C’est ainsi qu’aujourd’hui l’on en vient à tolérer dans notre république des cultures (notamment orientales ou méditerranéennes) qui prônent l’infériorité des femmes ou l’antisémitisme.

Et l’on en vient à dire qu’il y a plusieurs vérités ! C’est confondre les opinions, les mentalités ou bien encore les visions du monde, avec la vérité. Sauf que nous ne sommes malheureusement plus en démocratie, mais en dictature de l’opinion, les médias étant le relais des aspirations des élites et l’outil de manipulation des populations, ne serait-ce que par le martèlement en boucle des infos. Vous n’avez jamais remarqué que les « opinions » de la machine à café sont des répétitions de perroquet d’infos qui traînent ?

« Le nucléaire est dangereux », « les Chinois sont des salauds », « çà ne sert à rien d’aller dans l’espace, occupons nous de la Terre d’abord »…

On connaît cette « opinion » : « en Russie, toute la presse est aux mains des oligarques ». Et de fermer les yeux sur la situation française, aux mains des Lagardère, Bolloré, Bouygues, etc. C’est que toute la presse française, hormis L’Humanité et Marianne, est pro-libérale. Eh bien, cela ne suffisait pas : en 2013, naissait un nouveau quotidien « libéral, européen et pro-business ». Son titre : L’Opinion ! Orwell pas mort !

On pourrait alors s’en tenir à la juxtaposition des opinions. C’est ce qu’on a d’ailleurs vu avec la crise sanitaire : 65 millions d’opinions différentes sur le masque, sur les gestes barrières, etc.

Alors ? Pour faire avancer le schmilblick, il faut ce que certains appellent le débat – je dirais, moi, la polémique [cf. la rubrique Ma bibliothèque amoureuse (4/l’infini) de ce blog, concernant les Dialogues de Platon], car les débats, en France, n’en sont jamais. Ne pas parler de politique à table ou en famille, par exemple, devrait être un péché (certains croient parler politique : mais ils s’agit au pire du « café du commerce », au mieux de la répétition perroquet mentionnée plus haut). Evidemment il faut pour cela l’éducation du citoyen à la chose qui s’appelle les idées – l’Education tout court, quoi ! Pas l’éducation nationale…

Ils en ont parlé !

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Les couvertures auxquelles vous avez échappé (3)

NB : retrouvez les deux premiers articles de cette série de « couvertures » sur http://

mrliste.hautetfort.com

On a vu ces dernières années fleurir de nouveaux « concepts éditoriaux ». Ainsi la collection : le schmilblick pour les Nuls (First), déclinaison française de l’américaine For Dummies. Je dois l’avouer, je n’ai jamais lu un ouvrage de la collection, sauf dans le domaine de l’informatique : Windows® (toutes les versions y sont passées), Excel®, l’ordinateur portable. L’humour américain est traduit littéralement, et çà tombe à côté. Un ami m’ayant persuadé que Linux® était le Graal, j’ai acheté le livre et n’ai absolument rien compris.

Autre concept : le schmilblick expliqué à ma fille (Seuil). Recette : prendre un auteur « sage » et consensuel : Frédéric Lenoir, Hubert Reeves, Tahar ben Jelloun (on a échappé à Yann-Arthus Bertrand, Jean-Claude Carrière, Eric-Emmanuel Schmitt…) et lui commander un ouvrage sur un thème galvaudé (climat, racisme, mondialisation) mais permettant de laver le cerveau des fameuses générations futures

Les Dictionnaire amoureux (Plon) du schmilblick, eux, sont beaucoup plus intéressants, car justement plus subjectifs et moins consensuels. Ils sont écrits par des passionnés, pas par des serveurs de soupe.

Enfin, les Anti-manuel (qui ne constituent pas une collection – le titre est juste repris pour certains ouvrages) du schmilblick sont des rafraîchissements dans notre pays, car vont à l’encontre de la tradition académique, où la pensée doit s’adapter à la norme et donner la bonne réponse. C’est Claude Duneton qui a inauguré les anti-manuels avec celui de français (C. Duneton et J.-P. Pagliano, Seuil, 1978).

C’est l’occasion de tester de nouveaux détournements :

D’abord, celui-ci :

L’actualité nous a fait échapper au Dictionnaire amoureux de l’inceste, ou de la Shoah…

Et celui-là, dont l’auteur est peut-être sage, mais pas consensuel et encore moins galvaudé :

Le pauvre ! Mais comment cela se peut-ce ?

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