Les couvertures auxquelles vous avez échappé (8)

Je me sens moins seul : même l’emblématique Laurent Lopez, président dans les années 199o de l’association militante Mieux se déplacer à bicyclette (l’un des deux mouvements pionniers avec Vélorution), est atterré. Il ne se reconnaît plus dans les cyclistes d’aujourd’hui. « A l’époque, a-t-il déclaré dans Le Parisien, on pensait que celui qui choisirait de se déplacer à vélo serait un usager vigilant, regardant, civique… Mais on était de doux rêveurs ! ». Sentiment partagé par de nombreux cyclistes « historiques » qui ne roulent pas assez vite dans les couloirs au goût de leurs alter ego bobos, tyrans sur deux roues. Avec 34 millions de déplacements à vélo par jour, les mobilités ne sont guère restées « douces »...

N’est pas non plus resté doux ce coup d’Etat permanent qui consiste à remplacer Philippe par Castex, Castex par Borne, Borne par Attal, Attal par Barnier, Barnier par Bayrou, Bayrou par Lecornu. Tout cela est un mélange d’ego de Macron, de position hors-sol de ce dernier, de mépris d’une « populace » de 67 millions d’habitants et le pire : la pression des milieux financiers sur leur imbécile utile qu’est le Président français, un type persuadé de faire l’Histoire, entre guerre nucléaire otanienne et Jeux olympiques...

LA LISTE PEREC DU JOUR :

"Les colis étaient enveloppés dans une poche de nylon représentant un drapeau américain ; ils contenaient une brosse à dents, un tube de pâte dentifrice, trois tablettes de cachets effervescents recommandés en cas de névralgies, gastralgies et acidités, un savon, trois doses de shampooing, une bouteille de boisson gazeuse, un stylo à bille, quatre paquets de gomme à mâcher, un étui de lames de rasoir, un porte-carte en matière synthétique destiné à recevoir une photographie [...], une petite médaille dont la découpe avait la forme de l'Etat de l'Union où le soldat était né [...] et une paire de chaussettes."

Les mots, la parole… Quand j’étais petit, attiré par les langues, je dévorais les méthodes Assimil. Ce qui fait qu’aujourd’hui, au lieu d’avoir chez moi ces livres sur l’anglais, l’espagnol, l’allemand comme tout le monde, je possède des méthodes sur le picard, le créole, l’espéranto, le chinois, le basque… Et savez-vous qu’il existe une méthode d’argot, dénommée La méthode à Mimile (Alphonse Boudard, Luc Etienne, Ed. La Jeune Parque, 1970, diverses rééditions en Livre de Poche – épuisé aujourd’hui) ? L’ancien truand devenu écrivain et le pataphysicien reprenaient les codes de la méthode Assimil (avec l’aimable autorisation de cette dernière) pour l’apprentissage de l’argot. Boudard appartient à cette génération d’écrivains d’après-guerre (Antoine Blondin, René Fallet, Albert Simonin, Michel Audiard, Frédéric Dard…) qui nous ont fait découvrir les richesses d’une langue « verte ».

Revenons à Assimil et ses détournements. Je vous propose ceci :

J’étais aussi attiré par les dictionnaires, et en particulier ceux qui étaient encyclopédiques, avec des planches. Ah, la planche sur les escaliers : les différents types d’escalier, les différentes parties d’un escalier… Je me plongeais aussi dans les dicos de noms propres. Et celui-là ?

 

Gros mots larvaires ou gros mollards verts ? Vous êtes songeurs… Non, vous n’êtes ni chez Bigard, ni chez Hanouna…

En tout cas cela donne envie, même si c’est totalement improductif, de dire des gros mots à Castal, Baynier, Bartex et autres Premiers ministres interchangeables !

Les mots enfouis (1/2)

Atelier d’écriture de l’été #3

Retour sur le discours de Macron du 12 juillet. La première partie, sur la question sanitaire, était très bien, mais la seconde était absolument dégueulasse. C’était une attaque en règle contre ceux qui peuvent peu (les chômeurs, les « gens oubliés », etc…). Consolons-nous donc avec la suite du numéro précédent

Ah, non ! marcjoly ne pouvait pas s’empêcher de verser dans la contrepèterie ! C’est trop facile ! Et puis elles sont fausses, car « compositioles », « vouvre », « chauffon », « lunoire », çà veut rin dire, comme on dit à la campagne. Alors, qu’est-ce c’est que ces enfantillages ? Idiot du village ! Raté ! Pataphysicien à deux balles !

Eh bien, ces mots existent. Si, si. Ils étaient simplement enfouis. Nous (car vous aussi, vous participez, n’est-ce pas ?) les avons exhumés de la vraie littérature, celle issue de notre imagination et de notre créativité, dont la contrepèterie ou autres procédés ne sont que les intercesseurs (qu’est-ce qu’y parle bien, le marcjoly !).

J’en ai passé quelques uns en revue, cités dans le texte original. Si, si ! Les voici :

  • Compositiole (n. f.) :

Petite composition artistique (picturale, littéraire, musicale) sans qualités particulières, à seule fin de loisir. « Pécuchet s’essaya à la peinture, sans dépasser le niveau de la compositiole » (Gustave Flaubert).

  • Mayonnard (n.m.) :

Gros mangeur d’allure ventripotente, habitué des tables des bons restaurants et brasseries. « Près de la Bourse, dans une brasserie, quelque mayonnard s’était attablé, dans lequel Saccard eut du mal à reconnaître son ami d’enfance » (Emile Zola).

  • Vouvre (n. f.) :

Substance visqueuse recouvrant les troncs et branchages dans les endroits humides, particulièrement à l’automne. « Dans les marais, en quittant la vallée de la Creuse, l’on pouvait sentir l’odeur de la vouvre qui envahissait nos narines » (George Sand).

  • Chauffon (n.f.)

Résidus divers facilement inflammables (chiffons, sciure, brindilles) utilisés pour amorcer un feu. « Dans ce qui servait de cheminée en ce réduit infâme, Bras-Rouge avait jeté un demi-seau de chauffon » (Eugène Sue).

  • Galeresse (n.f.)

Femme de petite vertu qui, à l’époque du Directoire, arpentait le plus souvent les arcades du Palais-Royal. « Chez le baron, la compagnie des courtisanes semblait atavique. Parmi les nombreux portraits d’ancêtres accrochés au salon, certains avaient vu leurs sujets fréquenter les galeresses » (Marcel Proust).

  • Restaugon (n. m.)

Individu borné qui ne démord pas de sa position ni de son opinion, allant même jusqu’à la bouderie. « L’amertume biliaire des restaugons qui n’avaient pas senti le vent de l’Histoire, imprégnait cet Alger réfractaire » (Charles de Gaulle).

  • Motobiquette (n. f.)

Motocyclette mal entretenue et plus de la première jeunesse, dont le moteur multiplie les ratés. « Marcel voulut épater Simone avec son « bolide », dit-il. Mais la gonzesse, apercevant la motobiquette, éclata de rire » (Alphonse Boudard). [L’ami Anthony Lallouet me suggère Cavanna, ç’aurait pu être çà aussi].

  • Couloche (n.f.)

Style amphigourique et mièvre que l’on peut rencontrer aussi bien dans les objets de la vie quotidienne que dans les arts (syn. : kitsch). « Bardamu fit un tour dans ce que ces abrutis d’Amerloques appellent un « mall ». Temple de marchandises faciles dégoulinant de fric, avec des petites étoiles partout. Ah, fallait voir ! Y’en avait, d’la couloche ! » (Louis-Ferdinand Céline).

Et moi de dire « y’en aura d’autres ». Je veux dire des mots enfouis. A suivre…

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