Dekoikonparle ? (10)

Cryptomonnaie et monnaie virtuelle/fictive

Bonne année 2026 à tous ?

Je mets ce point d’interrogation, car un spectre hante non pas l’Europe, mais le monde : le krach financier. Oui, je sais, ce sera le énième mais à chaque fois, tel un clou, une bulle chasse l’autre, afin de sauver les meubles in extremis. Sauf qu’à force (comme on dit), çà ne suffira pas, et la bulle « du moment » (celle de l’IA) pourrait entraîner les autres. En un mot, ce sera la « bulle de tout » (« everything bubble ») – deux millions de milliards de dollars ! – qui va enclencher le krach des krachs, le big one. Depuis le 9 décembre, les Etats-Unis ont une fois de plus inondé les marchés de liquidités pour éviter le krach, dont 74 milliards dans la seule journée du 31 décembre ! Selon l’économiste russe Sergueï Glaziev, « des flots de mensonges accumulés et de capitalisation fictive se déverseront, entraînant les adeptes de la croissance éternelle dans leur sillage, et la sobriété qui suivra cette intoxication narcotique sera brutale et durera des décennies ».

Pas la peine de vous désabonner de ce blog : çà ne changera rien à la réalité ! En tous cas, l’article d’aujourd’hui n’est pas sans lien avec le krach. Alors entre une guerre « préventive » américaine aux Vénézuéla, Colombie, Panama, Cuba, Mexique, Iran, Groenland d’une part (les nouveaux Irak), et le krach financier d’autre part, gar(d)e à vous !

"Au-delà du premier niveau des caves avaient commencé les masses émergées : des escaliers aux marches sonores qui descendraient en tournant sur eux-mêmes, de longs corridors carrelés avec des globes lumineux protégés par des treillis métalliques et des portes de fer marquées de têtes de mort et d'inscriptions au pochoir, des monte-charges aux parois rivetées, des bouches d'aération équipées d'hélices énormes et immobiles, des tuyaux d'incendie en toile métallisée, gros comme des troncs d'arbres, branchés sur des vannes jaunes d'un mètre de diamètre, des puits cylindriques creusées à même le roc, des galeries bétonnées percées de place en place de lucarnes en verre dépoli, des réduits, des soutes, des casemates, des salles de coffres équipées de portes blindées."

A la fin des années 1990, je me vois encore expliquer le marché des produits financiers dérivés à mon père qui me répondait : « tu dis que c’est opaque, mais c’est pas possible : il y a bien une trace dans les livres de comptes ». Il en était resté aux bonnes vieilles actions et obligations de la « Bourse de papa » et ne croyait pas au casino qu’étaient devenus les marchés financiers. Expliquer ce qui va suivre à ceux qui ont connu les francs et qui en sont restés au bons vieux Instituts d’émission et autres Chambres de compensation n’est pas de la tarte !

Cryptomonnaies et monnaies virtuelles. Tout d’abord ces deux-là n’ont rien à voir avec la monnaie dématérialisée, où il s’agit d’abandonner le papier monnaie ou les pièces (trop chers à fabriquer, falsifiables, encombrants, non hygiéniques), les chèques, voire la carte de paiement, et de les remplacer par des opérations via un smartphone, un porte-monnaie électronique ou que sais-je. On y viendra, c’est l’évolution normale des choses, et tout cela doit être encore basé sur des devises « réelles »1 : dollar, euro, yuan, etc.

1. Je mets des guillemets, car dollars et euros sont depuis longtemps émis sans contrepartie en biens ou projets réels et productifs. De la fausse monnaie, en quelque sorte.

« Véritable Monnet de singe » (allusion au monétariste Jean Monnet, sans jeu de mots). Dessin de Karel Vereycken (1988).

Les monnaies virtuelles, c’est tout autre chose, et il faudrait plutôt parler de monnaies fictives. Ce sont les cryptomonnaies, des instruments financiers créés immatériellement, simples codes informatiques servant à la spéculation (surtout) ou aux échanges. Ils ne passent pas par les banques nationales ou centrales. Pour assurer la sécurité des échanges, les cryptomonnaies reposent sur des technologies de cryptographie (d’où leur nom) comme la blockchain2. La valeur des cryptomonnaies fluctue en fonction de l’offre et de la demande.

2. On pourrait consacrer un Dekoikonparle à la blockchain et autres tokens et NFT. Mais tout est fait pour qu’on y comprenne rien….

Blockchain : toutes les transactions sont inscrites dans des blocs qui, attachés les uns aux autres, forment une chaîne - d'où le nom "blockchain". Ces transactions peuvent être ouvertes à tous (comme celles du bitcoin), ou privées (alors seuls les membres en ont les codes).

Bon. Là, pour le coup, les « cryptos » ne sont pas adossées à une politique de crédit productif. Il s’agit ni de monnaie nationale, ni de monnaie commune3, car émises par des « acteurs non-gouvernementaux » : banques privées, entreprises, fonds spéculatifs… La première cryptomonnaie et la plus « populaire » est le bitcoin (BTC), lancé en 2009. Ses transactions sont réalisées sous pseudonymes, mais le registre est ouvert à tous.

3. Une monnaie commune (ex. feu l’ECU) est partagée par plusieurs Etats sans se substituer à leurs monnaies nationales, tandis qu’une monnaie unique (ex. l’euro) est supranationale.

On pourrait se rassurer car il existe des cryptos adossées à des valeurs « stables », d’où leur nom de stablecoins. Ces derniers sont supposés permettre de bénéficier des avantages offerts par les cryptomonnaies traditionnelles, comme l’immutabilité et le pseudonymat, sans leur principal défaut qu’est leur grande volatilité. Mouais…

LESAVIÉVOU ? Le vocabulaire halieutique s'est imposé très tôt dans le lexique des cryptomonnaies. Les petits épargnants sont les shrimps (crevettes). On passe ensuite aux crabs, fishes, sharks, jusqu'aux plus gros : les whales (baleines). La biodiversité cryptomonétique recense les baleines historiques (les investisseurs précoces), les baleines dormantes (portefeuilles restés inactifs), les baleines institutionnelles (fonds spécialisés, trésoreries de grands groupes, banques)...

La mal nommée loi GENIUS4, téléguidée depuis la City de Londres et signée par le Président Trump le 19 juillet 2025, propose d’adosser une crypto « à des réserves liquides et sûres, par exemple le dollar ou les bons du Trésor américain ». Outil non de régulation mais de dérégulation car il délègue cette responsabilité aux autorités des cinquante Etats ! Il y a quand même des économistes européens intelligents (si, si !) qui voient avec cette loi un moyen de booster le dollar, qui pourrait même aboutir à la mort des systèmes bancaires publics par le pillage des actifs européens par un empire américain lourdement endetté qui cannibalise ses alliés afin de survivre et de préparer à la guerre. La montée spectaculaire de ce marché est une nouvelle tentative de sauver le dollar en faillite, avec beaucoup plus d’argent sale qu’en 2007-2008 provenant cette fois des stablecoins, mais aussi des autres cryptomonnaies.

4. Guiding and Establishing National Innovation for US Stablecoins Act (Loi nationale pour l’orientation et la mise en place innovante des stablecoins).

Abracadabra ! Une nouvelle monnaie !

Tenez-vous bien : la valeur totale des stablecoins en circulation approche déjà les 250 milliards de dollars, contre 1 milliard en 2018 ! Le marché est dominé à 90% par deux « acteurs » américains : Circle et Tether. Et les stablecoins sont hébergés par les mêmes blockchains que les cryptos « non stables », elles-mêmes connectées au darknet. C’est donc une véritable invitation à toutes les mafias à blanchir leurs capitaux via ce système. Cette croissance contamine déjà le système financier traditionnel (fonds monétaires, fonds de pension, banques) : SG Forge5 (filiale de Société Générale) et JP Morgan Chase ont lancé leurs propres stablecoins, ainsi que PayPal et BlackRock. Amazon et Walmart envisagent de le faire. Les banques vont elles être remplacées à terme par des conglomérats technologiques ? D’après Paul Spydell, journaliste de The Economist, journal pourtant porte-parole de la City de Londres, le marché américain « est la quintessence d’un concentré d’idiotie »

5. To forge signifie falsifier, faire un faux !

Faux billet distribué lors des manifestations nationales contre le réforme des retraites.

On nous vend donc une monnaie privée totalement fictive, aussi fictive que l’étaient les promesses des tulipes hollandaises, des assignats français ou des bons Mefo hitlériens. On sait comment tout cela s’est terminé… Certes, on pourrait dire que la bulle des cryptos a déjà éclaté : ce marché ayant subi au mois d’octobre dernier (toujours octobre…) la plus grande chute de son histoire. Mais cette chute finira par entraîner celle de toutes les autres…

La zone euro prévoit de réagir… en créant une monnaie interbancaire numérique fonctionnant sur une blockchain, reliant banques centrales, banques commerciales et autorités de régulation. Donc les Européens ne contestent pas les fondements de ce système numérique et féodal ! Ils feraient mieux de s’inspirer de la politique de Franklin D. Roosevelt de 1933 (crédit productif et tri entre banques utiles et banques parasites) ou de celle, actuelle et potentielle, des BRICS (alternative au dollar grâce au crédit productif), même si bon nombre de ces derniers veulent aussi lancer leurs propres stablecoins, mais adossés à leur monnaie nationale.

La Banque populaire de Chine a convoqué une réunion le 29 novembre en vue de « freiner la spéculation dans le commerce de monnaies virtuelles », réaffirmant que les cryptomonnaies « n’ont pas cours légal et n’ont pas le même statut juridique que les monnaies fiduciaires. Elles ne doivent pas – et ne peuvent pas – servir de monnaie sur le marché.[…] Elles comportent des risques d’utilisation à des fonds de blanchiment d’argent, de fraude à la collecte de fonds et de transferts transfrontaliers illicites de fonds ». En interdisant les cryptomonnaies, Beijing réaffirme donc la création monétaire comme prérogative exclusive du gouvernement. Une politique 100% à l’opposé de celle du gouvernement Trump…

Sources :
EIR Strategic Alert, Nouvelle Solidarité, The Conversation, Le Monde diplomatique, The Economist.

Belle transition pour vous suggérer cette exposition très intéressante aux Archives nationales [https://www.archives-nationales.culture.gouv.fr/evenements/faux-et-faussaires-du-moyen-age-nos-jours] .

Faux-nez (1/2)

Retour sur actu : dans le numéro précédent, j’avais évoqué une éventuelle pénurie de vaccins organisée par les labos pour faire monter les prix. Eh bien, bingo ! Le 22 janvier, Pfizer BioNTech assurait ne pas pouvoir livrer le nombre attendu de vaccins « pour des raisons techniques », puis « pour des problèmes de rendement ». Cela s’appelle « le moment boursier »…

Et pas de confinement pour l’instant, c’est-à-dire pendant les soldes…

En 1968, dans Le Jacassin (Le Livre de Poche, 1968), l’écrivain Pierre Daninos dressait un nouvel inventaire des idées reçues, folies bourgeoises et automatismes, à la Flaubert. Une section s’appelait « Si l’on vous dit… n’y croyez pas ! ».

De façon plus profonde et dans un autre registre, George Orwell, dans 1984 (Gallimard, 1950, disponible aujourd’hui en Folio), décrivait un monde futur de dictature censée être acceptée par la population car les mots désignent leur contraire : « La guerre, c’est la paix »,  « La liberté, c’est l’esclavage », « L’ignorance, c’est la force ».

« La Guerre, c’est la Paix. »

George Orwell, 1984.

Aujourd’hui, nous y voilà : les « forces du maintien de la paix », la « flexibilité », un fonds d' »investissement »… Procédé déjà utilisé par des dictatures passées : Pravda signifiait : « La Vérité » !* Aujourd’hui Big Brother, grâce à l’électronique et l’Intelligence Artificielle (technologies néanmoins utiles en tant que tel), multiplie le contrôle décrit par Orwell à la puissance supérieure.

*En 2020, un quotidien libéral français (pléonasme…) s’appelle L’Opinion !

Attention, « certaines scènes risquent de heurter la sensibilité des lecteurs », comme on dit. Si c’est le cas, vous avez échoué au test… Vous avez alors droit à un gage : lire les Mémoires de Charles de Gaulle, militer au Parti communiste, vous intéresser à F. D. Roosevelt… Voici donc mon jacassin à moi, ou plutôt mon tracassin :

  • Ajustement structurel

Mot faux-nez pour austérité.

  • Artiste

Produit marketé par Warner/Sony/Disney. Ex. : rappeur, « chanteuse » de RNB montrant ses cuisses, minet à la Bénabar qui croit jouer les écrivains-poètes, etc..

  • Candidat fantaisiste

Candidat à la présidentielle non adoubé par l’oligarchie, malgré les 500 parrainages (de même qu’il faut dissoudre le peuple, il faut dissoudre les parrainages, en attendant de supprimer les élections !). Spécimen de candidat « fantaisiste » tête de Turc : Jacques Cheminade, qu’on fusilla pour l’exemple en ne validant pas son compte de campagne en 1995. Les comptes de Chirac et de Balladur, eux, étaient bien entendu nickel !

  • Climatosceptique

Mot signifiant peu ou prou « ne croyant pas aux tendances futures du climat », et dont on affuble en réalité ceux qui doutent que ces tendances puissent avoir, en partie ou en totalité, une origine humaine, ce qui n’est pas la même chose ! Le débat est interdit : contredire le GIEC est un blasphème (faire les « gros yeux »…). Faut-il rappeler que le GIEC n’est pas un organisme scientifique ni une association de chercheurs, mais une association intergouvernementale qui examine et synthétise ce qui s’est publié dans la littérature scientifique sur la question de l’influence de l’homme sur le climat (source : http://jancovici.com, le site de J.-M. Jancovici, ingénieur lui même engagé contre le réchauffement climatique). Autrement dit, le GIEC n’est qu’un comité de relecture – et dans lequel les décisions se votent à main levée ! Quand les faits scientifiques relèvent de l’opinion… Les climatosceptiques ne sont pas encore des révisionnistes, voire des négationnistes, mais çà ne saurait tarder !

  • Commission indépendante

Commission partisane, composée exclusivement d’activistes écologistes, et exigée par ces derniers lorsque les analyses des scientifiques (Académie des Sciences, AIEA, etc.) leur déplaisent.

  • Communauté internationale

Désigne ceux qui font tout pour soutenir l’ordre ordolibéral au niveau international. Constituent la communauté internationale : les diplomates de la « doctrine diplomatique Kouchner », l’Otan, l’UE… Face à ce qui va à l’encontre de la « communauté internationale », on est prié de faire les « gros yeux », sur injonction des médias. « La communauté internationale » n’en est pas une. Ce flasque zombie reste une formule creuse, un alibi rhétorique aux mains du Directoire occidental qui s’en est jusqu’ici arrogé le mandat » (Régis Debray, Eloge des frontières, Gallimard, 2010). Ainsi la « communauté internationale » s’agite pour la libération de Navalny mais se fout de Julian Assange qu’on laisse crever dans l’indifférence générale .

Gros yeux !

  • Croissance

Dépression économique et financière. Cela fait quarante ans qu’on nous parle de la croissance américaine, par exemple, pour désigner la « désintégration contrôlée » de ce pays. Et les « experts » continuent de dire : « Les Etats-Unis, première puissance mondiale » : bel exemple de déni ! En réalité ils se basent sur les PNB et PIB qui sont des indices déconnectés de l’économie réelle.

  • Expert

Technocrate désigné pour mettre en place ou faire appliquer des réformes impopulaires. Ex : Christine Lagarde. La désignation d’un expert peut même se substituer à l’élection d’un homme politique, comme on l’a vu en Italie avec Matteo Renzi, seul président du Conseil non élu !

  • Fake news

Informations ou faits que les élites en place ne voudraient pas qu’ils soient divulgués. « Les partisans du président Macron ont tendance à utiliser l’expression fake news pour désigner des faits qui leur déplaisent, davantage que pour brocarder des informations erronées. » (Hadrien Mathoux, in Marianne du 21 février 2020).

  • Fonds d’investissement

Faux-nez pour fonds de spéculation !

  • Forces de maintien de la paix

Expression qui désigne des forces armées déployées pour un conflit qui a vocation de ne jamais se terminer. Spécialistes : les Forces américaines (qui n’ont jamais gagné un conflit depuis la Corée), l’Otan, les Forces françaises déployées en Afrique, et surtout l’ONU.

  • Grande réinitialisation (Great Reset)

Présenté de façon idyllique comme le monde d’après, désigne ce qui sera une dictature monétaire, financière, sociale et politique : une austérité au carré sous des prétextes environnementaux et sous la « gouvernance » réelle d' »experts » Mc Kinsey et BlackRock. Ce nouveau fascisme sera inconsciemment accepté par la population qui, grâce à l’aumône via « l’argent-hélicoptère », pourra accéder à des dérivatifs style abonnement à Netflix. Du pain et des jeux XXL. On aimera le Grand Frère, quoi.

Le  » Grand Chambardement », comme chantait Béart ?

A su(rv)ivre…

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