Métro loufoque – M 8

Il y a 14 lignes de métro en tout. Avec la 8, nous en sommes à la moitié de ce pensum imbuvable selon la Police, génial selon votre serviteur : le métro loufoque (loup-phoque ?). Courage, courage, chers internautes !

La ligne 8 du métro est la plus longue du métro parisien. A une extrémité, au fil des années, la ligne a grignoté laborieusement du terrain : Porte de Charenton, puis Charenton-Ecoles, puis Maisons-Alfort – Les Juilliottes, puis Créteil- Préfecture, et enfin Créteil-Pointe du Lac. De l’autre côté, cette ligne interminable n’a jamais été prolongée, en restant figée à la station Balard.

De plus, ce n’est pas une radiale, mais une gigantesque parabole, qui monte vers le nord pour franchir la Seine puis à nouveau redescendre vers le Sud.

Tout comme la 13, le 8 est équipée du MF (matériel fer) 77, qui fut un mauvais choix. Pour pallier l’affluence, on prit le parti d’augmenter la capacité des voitures plutôt que celle de la cadence entre deux arrêts. D’autre part, ce matériel est sujet à vibrations et la mauvaise conception de ses bogies (les trains de roues) [private joke spécial dédicace Mme Geypatout-Compry] le font crisser de manière atroce dans les virages. De surcroît, sa livrée intérieure bleu foncé était anxiogène et le petit « corner cosy » au fond de chaque voiture était prétexte à regroupement d’une faune particulière (clochards, toxicomanes, fêtards…).

Suivant le principe des autres Métros loufoques, il s’agit de détourner le nom des stations, et d’écrire un petit texte à partir de ceux-ci. On peut aussi faire subir des contraintes au texte, mais ce n’est pas nécessaire.

M 8 : BATARD – LANCELOT-DU-LAC

  • Balard  > Bâtard
  • Lourmel > Lourd miel
  • Boucicaut > Boursicote
  • Félix Faure > Fait l’effort
  • Commerce > Commère
  • La Motte-Piquet – Grenelle > La motte piquait

La grande motte aussi ?
  • Ecole Militaire > Et comme il l’était
  • La Tour-Maubourg > Ca tourne au bout
  • Invalides > Invasion
  • Concorde > Coucourde (sorte de courge)
  • Madeleine > Bas de laine
  • Opéra > Apéro
  • Richelieu-Drouot > Jean-Claude Drouot (Comédien né en 1938. Il jouait dans Thierry-la-Fronde)
  • Grands-Boulevards > Audrey Pulvar
  • Bonne-Nouvelle > Pas de nouvelles
  • Strasbourg – Saint-Denis > Gainsbourg ! Cinq demis !
  • République > Raie publique
  • Filles du Calvaire > Canard colvert
  • Saint-Sébastien – Froissard > Poissard
  • Chemin vert > Citron vert
  • Bastille > Pastille
  • Ledru-Rollin > Leroy-Merlin
  • Faidherbe-Chaligny > Faits d’armes alignés
  • Reuilly-Diderot > Neuilly-l’idiot
  • Montgallet > Mandala
  • Daumesnil > Beau mais nul
  • Michel Bizot > Bisous
  • Porte Dorée > Mordoré
  • Porte de Charenton > Porte des charentaises
  • Liberté > Puberté
  • Charenton-écoles > Charançons et sols
Berk !
  • Ecole vétérinaire de Maisons-Alfort > Ecole disciplinaire
  • Maisons-Alfort – Stade > Vorstadt
  • Maisons-Alfort – Les Juilliottes > Les bouillottes
  • Créteil – L’Echat > Tranquille, le chat
  • Créteil – Université > C’est élu, faire cité !
  • Créteil – Préfecture > C’était des factures
  • Créteil – Pointe-du-Lac > Lancelot-du-Lac
LES PARTITAIRES ELEMENCULES

Michel, ce bâtard, voulait déguster le lourd miel de l’argent. « Quand on boursicote, on fait l’effort », lui dit la commère hélée cinq minutes avant rue Saint-Denis. Bon, la motte piquait. De quoi mettre en rage. Et comme il l’était, il vit que çà tourne au bout. « Que m’arrive-t-il ? C’est l’invasion ? » se demanda-t-il en pensant aux morpions. « Mais non, coucourde, lui dit-elle, ah au fait, tu n’as pas rempli mon bas de laine, monsieur le financier. Avec çà je pourrai prendre l’apéro ».

Pendant ce temps, Jean-Claude Drouot avait un rencard avec Audrey Pulvar. Pas de nouvelles non plus de Gainsbourg ! « Cinq demis ! » lança-t-il désespéré au garçon.

En quittant la raie publique, Michel aurait voulu se prendre pour un canard colvert. A lui la liberté ! Mais il était trop poissard ! Blême comme un citron vert, il prit une pastille et alla se changer les idées chez Leroy-Merlin.

Jean-Claude, lui, pensa à tous ses faits d’armes alignés avant Audrey. Tout y passa : les plans-cul à Neuilly-l’idiot, les appartements tapissés de mandalas, c’était beau mais nul. Tout comme les bisous devant un bibelot mordoré.

Une fois chez lui, toujours Michel porte des charentaises. Il repensa aux morpions : après la puberté, c’est charançons et sols douteux. Il se souvint de l’Ecole disciplinaire dans une banlieue, pardon, presque une Vorstadt, ach ! A présent, c’était plutôt les bouillottes, tranquille le chat !

Pour Jean-Claude, lui, c’était la célébrité comme son pote maire d’une ville du 93. C’est élu, faire cité !

Mais pour Michel, c’était des factures. Il supprima le nom « Jean-Claude » de son agenda et décida, sous amphés, de réécrire Lancelot-du-Lac.

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Ma bibliothèque amoureuse (8/infini)

Spécial

Histoire de l’humanité

A propos du conflit en Ukraine, j’entends trop la petite musique : « La faute à l’OTAN ? Je ne peux pas te laisser dire çà ! ». Désolé, mais l’OTAN a plusieurs fois violé ses propres règles :

L’article 1 engage les parties à respecter le statut des Nations Unies et à régler tout différend affectant la paix internationale par des moyens spécifiques. Or jamais un pays de l’OTAN n’a demandé le respect de cette règle ! Au contraire : il y a eu chez eux un élan pour en découdre ! L’article 4 stipule que tout pays membre, estimant que la sécurité de l’Alliance est en danger, peut solliciter une consultation entre pays alliés. Au contraire, les Américains ont convoqué ces derniers… pour planifier une défense « forte ». Quant aux articles 5 et 6, ils stipulent que l’assistance mutuelle ne s’appliquent qu’aux Etats membres subissant une attaque armée. Désolé, mais l’Ukraine n’est pas membre de l’OTAN.

Pour ceux qui croient, parce que je ne me conforme pas au narratif officiel, que je suis pour la guerre (non, je n’ai pas de Z tatoué sur l’avant-bras), je vous invite à signer la pétition pour la dissolution de l’OTAN : https://solidariteetprogres.fr/nos-actions-20/declarations/appel-prenons-conge-de-l-otan.html .

Vous l’avez peut-être vu en en-tête, ce blog est maintenant pourvu d’un n° ISSN (International Standard Serial Number – Identifiant international pour les publications en série). Le but de cet identifiant est de permettre que Le Champouin soit catalogué sur les instruments de recherche bibliographique – et ainsi de pouvoir optimiser son référencement.

Alors, au moment où le monde est à un tournant de l’Histoire important, lavons-nous l’esprit avec une Bibliothèque amoureuse sur le thème de l’histoire de l’humanité. L’histoire de l’humanité, mais c’est l’Histoire tout court, va t-on me dire ! C’est ce que çà devrait être, en effet. Mais, comme le dénonçait Marc Bloch (Apologie pour l’histoire ou Métier d’historien, 1949, réédité en 2020 chez Dunod, collection Ekho), c’est trop souvent l’histoire des faits au détriment des celle des causes biologiques, climatiques, dynamiques ou de la psyché.

Les interrogations, doutes, peurs et remises en question dûs à la fuite en avant libérale, au bruits de bottes, à l’intelligence artificielle et l’emprise des GAFAM, au transhumanisme et au changement climatique ont créé un attrait pour cette approche. En est témoin le succès du livre de Yuval Noah Harari Sapiens : Une brève histoire de l’humanité (Albin Michel, 2015)*. C’est que le « qui sommes-nous, d’où venons-nous, où allons-nous ? » n’est pas le temps des politiciens !

*Pas lu… Je n’en parlerai donc pas dans cette rubrique.

D’autre part, des percées scientifiques récentes ont influé dans ce sens. Dans le domaine des origines, la paléogénétique a fait reculer la chronologie du caractère humain, et fait abandonner le logique de lignée pour celle de foisonnement et métissage. Et surprise, il y a eu d’autres Sapiens (Florès, Denisova) ! Dans le domaine de l’Univers (car nous n’avons pas vocation à rester sur notre berceau la Terre : çà, c’est pour les bébés), l’on « voit » maintenant ce que l’on ne voyait pas auparavant : « bruit de fond » de l’Univers, trou noir et exoplanètes, souvent grâce au réseau d’astronomes amateurs et connectés.

Le hasard est à la science
ce que la « main invisible » est à l’économie…

J’ai toujours été persuadé que l’humanité ne relève pas du hasard (n’en déplaise à Jacques Monod) mais à une intention. « Ah, je vois, vous croyez en Dieu », on se dépêche de me répondre. Eh bien non, et puis ces oppositions matériel/spirituel, scientifique/religieux, raison/passion m’agacent un peu – témoin Blaise Pascal qui a dépassé tout cela.

Qu’y a-t-il alors à ce sujet dans ma « bibliothèque amoureuse » ?

  • Christian Grataloup (dir.), Atlas historique de la Terre, Les Arènes, 2022.

De la Terre ? Mais on a dit de l’humanité ! Oui, c’est la Terre qui a conditionné l’Homme (et le vivant). Qui a conditionné les migrations, l’habitat, l’élevage, l’agriculture, les épidémies, les transports, l’énergie. Autrement dit : le biome a influencé l’Anthropocène (Quoi ? Keskidi ?). Ce livre est génial. Cartes et infographie à toutes les pages et (fait rare en France) un index des nations, des lieux et des acteurs. Il y a même un signet !

  • Homo Sapiens – L’Humanité en partage, Hors-série Le Monde – La Vie, 2021.

Je n’aime pas Le Monde, le journal officiel de tous les régimes. Je n’aime pas non plus La Vie, hebdomadaire « chrétien » pour lequel l’Homme est abaissé en dessous de la Nature. Les hors-série des deux titres réunis sont, par contre, beaucoup plus intéressants. [Cf : Objectif Mars, Hors-série Le Monde – La Vie, 2020.] Homo Sapiens est en vérité un véritable livre (192 p.). Qu’est-ce qui caractérise le fait humain, et pourquoi est-il apparu ? La revue fait aussi le point sur diversité des gènes et diversité des langues, ainsi que que sur le caractère expansif de l’Homme nomade et sédentaire : peuplement et civilisations.

Du Zhen Jun, Independance of the Country – Super Tower 2, série Tour de Babel, 2010

  • L’Histoire de l’Homme, Hors-série Le Monde – La Vie, 2017.

Encore ! Il est vrai que les gens sont passionnés, et c’est donc un thème bankable ! Entre « l’Homme avant l’Homme » (la « paléo »), et « Où allons-nous ? » (quelque peu éludé …), sont traités ce qui fait le propre de l’Homme et la « révolution Sapiens« . Agriculture, villes, techniques, religion, mais aussi l’altérité, la « race », l’esclavage, tout y passe et les auteurs font état des dernières avancées de la recherche, sur le néolithique ou sur le cerveau, par exemple.

  • James Scott, Homo Domesticus – une histoire profonde des premiers Etats, La Découverte, 2019.

Ce livre explore les dynamiques qui se sont déployées de l’émergence de l’agriculture à la formation des premiers Etats. Il remet en cause le narratif convenu : chasse-cueillette, puis agriculture/sédentarisation, puis élevage, puis villes, puis Etats. Tout ne s’est pas passé comme çà partout, ni dans cette ordre. Là encore, il y eut foisonnement, chassé-croisés et paradoxes (agroforesterie à la fin du Paléolithique, agglomérations importantes sans rues…). Et surtout, avant les animaux et plantes, l’Homme a entrepris de se domestiquer lui-même ! La révolution néolithique a aussi son revers : zoonoses épidémiques, esclavage, guerre… mais là encore, pas toujours comme on le pensait !

Catal Höyük, une des premières villes – sans rues (vue d’artiste).
  • Peter Garnsey, Penser la propriété, Les Belles Lettres, 2013.

Cité ici pour mémoire, c’est un livre plus philosophique qu’historique, mais qui s’insère bien dans le paradigme que développe le thème de ce numéro de Ma bibliothèque amoureuse, notamment les deux ouvrages suivants :

  • David Graeber, Dette : 5000 ans d’histoire, Actes Sud (Babel), 2013.

Pour une somme, c’est une somme : 667 pages, presque le chiffre du Diable ! Universitaire « gauchiste », un des leaders d’Occupy Wall Street, l’Américain Graeber a écrit ce livre, dépité que dans son entourage, dès qu’on aborde la question politique de la dette, on lui réponde systématiquement : « Oui mais s’il y a une dette, elle doit être payée ! ». Le droit contre la morale ! David Graeber démonte un mythe : celui du troc avant la monnaie. En réalité, le troc n’a jamais existé, mais la dette, c’est-à-dire une relation de confiance, oui. Et la dette a pris réalité avec le mariage, la servitude, l’esclavage. Mais on pouvait aussi l’effacer grâce à un moratoire (rédemption…).

  • Olivier Grenouilleau, Qu’est-ce que l’esclavage ? – Une histoire globale, Gallimard (Folio histoire), 2014.

Tout d’abord, Grenouilleau est un de ceux qui avait osé écrire et dire que la traite africaine islamique a eu autant d’ampleur que la traite transatlantique. Wokistes, communautaristes et consorts lui étaient tombés dessus… En lisant Qu’est-ce que l’esclavage, j’ai eu l’impression de relire Dette : 5000 ans d’histoire ! C’est que l’esclavage résulte de la dette ! En réalité, les ouvrages de Scott, Graeber et Grenouilleau traitent d’un même sujet, inhérent à l’humanité : la propriété.

  • Enfin, une « trilogie » :

François Sigaut, Comment Homo devint faber, CNRS éditions, 2012.

Bruno Jacomy, Une histoire des techniques, Seuil, 1990.

Bruno Jacomy, L’âge du plip – Chroniques de l’innovation technique, Seuil, 2002.

Je dis « trilogie » car il y a pour moi une continuité épistémologique et chronologique. L’ouvrage de Sigaut traite de la main, spécificité humaine, de l’expérience et de la transmission. Jacomy, ingénieur des Arts et Métiers, ne se contente pas de faire un panorama : il explique, par exemple, la continuité montagne > torrents > moulin > machine-outil. Ce qui explique la présence dans le Jura de Peugeot, de Japy et de l’horlogerie. Et dans L’âge du plip, il explique la transition vanne > robinet > commande rotative > bouton > télécommande.

Alors au moment où communautaristes, wokistes, spécistes et genristes veulent nier l’universel, reprenons ces paroles d’Eugène Pottier : « L’Internationale sera le genre humain«  !

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Exercices de « stiche » (3)

A la manif du 19 janvier, j’ai fait une « rafle » de tous les tracts et autocollants donnés (et vendus, pour les plus intègres) par toute la galaxie politico-syndicale. C’est là qu’on peut s’apercevoir qu’il y a pléthore de partis communistes, chacun affirmant que le « vrai », c’est le sien. Outre le PCF, on compte le POCF (O pour ouvrier), le PRCF (Pôle de renaissance communiste en France). Il y en a d’autres… Le PRCF propose de « sortir de l’OTAN, véritable machine de guerre poussant à l’apocalypse nucléaire contre la Russie et la Chine en détournant l’argent des travailleurs ». Enfin !

Intéressant également dans ce tract : « lutter pour un syndicalisme de combat et de masse, nécessitant d’en finir avec la Confédération européenne des syndicats (CES) ». Comme l’écrit Pierre-Yves Rougeyron dans un article délicieusement méchant de Front Populaire (n° 11), c’est d’abord la CFDT qui, se détournant du « christianisme progressiste », se rapprochera du PSU (la gauche la plus anti-gaulliste) : des anticolonialistes versant dans la francophobie et l’antisémitisme, des autogestionnaires qui ont fini libéraux, l’UNEF*, et des « chrétiens de gauche » dominés par le gourou européiste et monétariste Jacques Delors (de l’UNEF). La CFDT sera la première à adhérer à la CES, ce sont aujourd’hui tous les grands syndicats français, CGT comprise !

*Le « portage de valises », du FLN jusqu’au PS, semble être une spécialité de l’UNEF et de son bras armé clientéliste : la mutuelle MNEF.

Troisième opus de pastiche littéraire sur le thème de l‘Exercice de style quenellien (queneautesque ?) intitulé Récit (« Un jour vers midi du côté du parc Monceau… »).

Notre oeuvre détournée aujourd’hui : Texaco, de Patrick Chamoiseau (Gallimard, 1992).

« Oiseau de Cham… »

Roman étrange que ce Texaco : une saga entre Rabelais (idole de l’auteur et de la narratrice) et Rushdie. Il faut prendre des notes, sinon on est perdu. On est aussi perdu si on ne connaît ni la Martinique et Fort-de-France en particulier, ni l’histoire de ces lieux. Et également si on ne connaît ni le créole, ni le français vernaculaire avec ses créolismes dans sa morphologie et sa syntaxe, ainsi que son vocabulaire faux-ami du français hexagonal.

J’aurais pu trouver des équivalents plus approchants du Parc Monceau, tel la Place Bertin à St-Pierre ou celle de la Savane à Fort-de-France, mais le gros de l’action se déroule au quartier Texaco, faiblard en espaces verts aux époques de la narration (de la fin du 19ème siècle à 1980). En guise d’autobus : le taxi collectif, appelé bombe* dans les années 1950-1960. Du coup, ce n’est pas un voyageur qui écrase les pieds d’un passager (à huit dans un break, on ne peut pas bouger), mais quelqu’un d’extérieur quand le passager sort. Et la gare St-Lazare est remplacée par l’embarcadère de Texaco, proto-terminal pétrolier.

*On dit aujourd’hui taxico pour taxi collectif. J’ai hésité à faire un jeu de mots avec Texaco…

J’ai connu les taxis collectifs 504 break en Martinique au début des années 80. On était huit à l’intérieur.

Je préfère ne pas expliquer chaque mot ou expression non hexagonale, cela perdrait de son charme : laissez-vous juste porter par la musique. Evidemment, si je n’avais pas vécu en Martinique, j’aurai été incapable d’écrire le pastiche qui suit…

Cahier n° 32 de Marie-Josette Saint-Driveur, page 44, Bibliothèque Schoelcher.

ARRET-BEKE. Il faut que je te raconte, Chamoiseur, ce qu'a vu ce jour-là, en ce temps béton, Ti-c'est-ma-faute. C'était avant l'arrivée de l'Urbaniste. Un jour, vers midi, du côté de Texaco-d'en-haut, la bombe calligraphiée "FDF-Schoelcher par la campagne" (c'était avant la Pénétrante), ô cabrette Peugeot bondée de malheur, ramenait Cémafaute l'Haïtien de l'en-ville.  Il déposa ("à l'arrêt pour moi, s'il-vous-plaît") un passager. Dès lui sorti, un major avec un col bâton-canne, qui portait un bakoua entouré d'un galon tressé, fit exprès de lui marcher sur ses pieds - et ses beaux souliers d'en-France. Et puis un coup de cabêche blo bidim pour toi, ti-désordeur. Le bougre s'enfuit : il avait reconnu l'homme du béké. Tu connais la meilleure du milan, Chamois-dlo-écriveur-de-mes-mots ?  A deux heures du soir, Cémafaute revit le bidimé devant l'embarcadère. Un ami lui conseillait de faire remplacer le bouton de sa chemise, modeste harde déchirée à cause l'homme de main, par Man Ernestine, docteur-linge et bonne couturière.

Et voilà. Comme le chantait le pianiste et interprète martiniquais Francisco (1932-2013) : « Sa’w ka di di sa ? » – Qu’est ce que vous en dîtes ?

En tous cas, je ne suis pas mécontent de moi…

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Mon Saint-Quentin (1)

Ville Art déco

Bonne année à tous ! Que risque-t-on pour 2023 ? Plus grand-chose car, si vous aviez suivi l’actualité spatiale, vous savez que la NASA a réussi à détourner l’astéroïde Dimorphos.

Paru dans Marianne du 13 octobre 2022.

Dans notre parution du 15 janvier 2021 (il y a deux ans), j’avais évoqué ce qui pourrait arriver, et notamment « un Biden va-t-en guerre menant une intervention contre la Chine ou l’Iran ». Entre nous, on y est : il suffit de remplacer Biden par OTAN, et de considérer le conflit russo-ukrainien comme une guerre par procuration, en attendant d’aller plus loin. Car il ne s’agit guère de Russie vs. Ukraine, ni « d’autocraties » vs. « démocraties », mais de la détermination du bloc Etats-Unis/Grande-Bretagne à affirmer son droit d’être la seule puissance mondiale, avec le caniche UE derrière. Or la majorité absolue des nations, menée par la Chine et les BRICS, sont déterminées à sortir pour toujours de cet ordre unipolaire impérial pour en finir avec la pauvreté et le sous-développement. Ces pays sont en train de construire un ordre économique nouveau. L’implosion imminente du système financier transatlantique fait que l’OTAN* globalisée veut empêcher d’autres nations, dont la Chine et la Russie, d’établir cette nouvelle architecture financière. Le dernier râle de l’Occident qui meurt à cause de sa stupidité libérale, c’est celui, hélas, de la bête blessée qui peut encore charger… Nous en sommes arrivés à une période rude dans laquelle il va falloir être polémique et choisir son camp, camarade !

*Angela Merkel a fini par avouer (Die Zeit du 7 décembre) que les accords de Minsk n’avaient pas été pensés pour être mis en oeuvre, mais pour « gagner du temps » afin que l’Ukraine puisse renforcer ses capacités militaires contre la Russie. Propos confirmés par François Hollande…

Alors, quel est votre camp pour 2023 ? Ne regardez pas vos chaussures…

Un jour de 1990, en pleine période des fêtes de fin d’année, des amis à moi durent aller à l’enterrement de la violoncelliste Eliane Magnan (je n’y étais pas allé, n’étant pas assez proche). Ils prirent note de l’horaire indiqué sur le faire-part, et filèrent… à Saint-Quentin-en-Yvelines. C’est sur le chemin depuis Paris qu’ils réalisèrent qu’ils s’étaient trompés de Saint-Quentin ! Honte à eux ! Car, aussi bien pour les Parisiens que pour la nouvelle génération, il n’y a de St-Quentin que celui en Yvelines, cette « ville nouvelle », qui n’est même pas une ville. L’autre, c’est « Connais pas ! ». Parfois certains, plus avisés disent : « Ah ouais, St-Quentin dans le Nord ». Raté, c’est dans l’Aisne. Mais j’accepte la réponse : on peut considérer cette ville comme la porte du Nord, ou celle des Flandres.

Je vous invite à consulter une carte de France, si toutefois, vous êtes capable de situer le département de l’Aisne. Vous aurez une excuse, c’est le département le plus artificiel : une moitié pays de France (Soissons, Laon), un quart champenois (Château-Thierry) et un quart picard (St-Quentin).

Pourquoi diable est-ce que je vous parle de Saint-Quentin ? Parce que j’ai une relation amoureuse avec cette ville, ma ville-doudou.

Je vais, je pense, y consacrer plusieurs billets, comme dirait l’ami Ruhaud..

J’y venais régulièrement, chez ma grand-mère, quand j’étais petit. Puis adolescent, nous y avons brièvement habité. On m’aurait dit, ainsi qu’à ma maman, que St-Quentin est une ville « art déco », nous aurions dit, incrédules : « Mais non, voyons ! Pas du tout ! ». J’adorais cette ville, mais à part la basilique médiévale et l’Hôtel de ville Renaissance (illustration en bannière de titre), c’était pour nous des immeubles moches en brique.

Il suffisait de lever le nez.

La ville, « détruite à 90% »* lors de la première Guerre mondiale, a été reconstruite au début des années 1920, tout comme Reims, Soissons ou une partie d’Arras, d’où ce style.

*Chiffre quelque peu exagéré…

Ainsi, la Poste. L’extérieur est moche, mais le grand hall intérieur présentait des fresques, qu’hélas, je n’ai pu revoir : elles sont désormais masquées par un faux-plafond, et ce hall est maintenant cloisonné. Subsiste tout de même l’entrée avec ses mosaïques :

Et à l’extérieur, on reconnaît bien le style « montre Cartier » :

Et la gare ? Voici le buffet (je n’ai pas connu). En jetant un oeil à travers une fenêtre condamnée, on pourrait voir ceci, à l’abandon et resté dans son jus (cf. les carrelages émaillés des cuisines et salles d’eau de l’époque) :

Mais le fleuron, c’était les grands magasins Séret, institution locale qui ferma en 1984. Il y eut d’abord un bâtiment à structure métallique avec sa rotonde, puis en face, quelque chose faisant plus années 30. Entre Art nouveau et Art déco, on passe de la courbe/nouille à la ligne droite/cordeau, et du métal au minéral (je ne suis pas mécontent de mon -faux- montage photo) :

Une autre rotonde (minérale) répond au coin opposé à Séret :

Séret n’est pas en reste en matière de grands magasins. Tous les St-Quentinois connaissent le Monoprix (au rez-de-chaussée), dont voici les étages supérieurs du bâtiment :

Mais savent-ils qu’un trésor se cache à l’intérieur de ces étages ?

Ils ont été surpris (et moi donc) de savoir que des vestiges des Nouvelles Galeries, grands Magasins de nouveautés (aujourd’hui Monoprix, donc) dormaient dans leur jus depuis l’après-guerre (!) sans être utilisés. Ils ont été présentés aux habitants lors des Journées du Patrimoine en 2021.

L’arrière du bâtiment est typique mais assez laid et surtout dégradé, pourtant on pouvait de mon temps entrer par l’arrière du Monoprix, sous cette coupole (à droite) :

L’impression de décousu que je percevais autrefois des immeubles de la Grand-Place a fini par faire place à la beauté de l’éclectisme, surtout quand l’ensemble est surmonté de la flèche de la Basilique en arrière-plan !

Il y a des façades intéressantes sur cette Grand-Place. A gauche, un cinéma devenu une brasserie qui n’a pas rouvert après la pandémie (on remarquera les deux lanterneaux, configuration similaire à celle du Monoprix). A droite, c’était l’ancien Crédit du Nord (avec hall art nouveau) :

A propos de cinéma, il y en avait un autre non loin :

Qui l’eût cru ? Ce casino, à l’entrée du faubourg ouvrier où l’on fabriquait les Mobylettes Motobécane… Après avoir été abandonné des décennies, puis devenu un magasin style « tout à 10 F », c’est maintenant une « maison de quartier » :

Un immeuble quelque peu balnéaire rue Victor Basch, et le marché au poisson sue la place éponyme. Où sommes-nous ? A Granville ?

Enfin, l’édifice art déco le plus original de St-Quentin, où aussi bien Eliane Magnan que ma propre maman se sont illustrées : le conservatoire municipal, fonction que ce bâtiment exerce encore. Un conservatoire qui évoque des tuyaux d’orgue ! Je ne sais pas si c’est volontaire ou fortuit :

A suivre…

Et tous dans la rue le 19 janvier !

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Les chansons-tango

Numéro double spécial Noël

Science-Po vient de congédier sa professeure de « danse de salon », écrit Le Parisien du 8 décembre. Eh oui, comme toutes les grandes écoles, celle-ci propose des activités culturelles et/ou sportives, sinon les étudiants péteraient les plombs. Mais pourquoi ce licenciement ? « Des plaintes d’étudiants dénonçant des propos sexistes, dégradants, discriminatoires, racistes ». C’est-à-dire ? L’école a demandé à la prof de « changer sa sémantique et de switcher [?] les termes « homme-femme » pour « leader-follower », sachant que dans les danses de salon, il y a toujours un partenaire qui mène la danse et l’autre qui suit … Une élève de 21 ans affirme que les étudiants étaient « très mal à l’aise » à cause des termes « homme » et « femme ». Pov’ choux ! Heureusement, Valérie (la prof) ne se laisse pas faire et déclare : « Je ne me plierai pas à la dictature. Le politiquement correct, il faut oublier ! »

Ce qui fait peur, c’est quand ces étudiants arriveront aux postes de responsabilité. Les nouveaux S.A. !

Eh bien, de la danse de salon, je vais vous en faire bouffer !

Franz Schubert, Trio opus 100 (andante con moto), interprété par le trio Wanderer.

Ce rythme, çà ne vous dit rien ? Pam-pam-pam-pam-padam-pam-pam-pam-pam-padam… C’est un rythme de tango… bien involontaire, car si Schubert fréquentait bien les bordels de Vienne, il n’a pas pu connaître, des décennies après, ceux (homosexuels, d’ailleurs) de Buenos Aires, dans lesquels est née cette danse. A propos, on est prié de ne pas prononcer « buénozère »…

Dans ce numéro, je ne vais pas traiter directement des « vraies » chansons de tango (Carlos Gardel et autres…). mais le rythme de tango a été largement utilisé dans la chanson française, parfois de façon ironique, voire parodique.

De toutes celles que je présente aujourd’hui, cette chanson qui suit semble la moins éloignée de la parodie. Quoi que… On remarquera les paroles de Jean-Roger Caussimon, un de ces auteurs oubliés avec Philippe Clay ou Jean-Claude Massoulier, tous un peu anars, « de gauche » pour le premier, « de droite » pour les deux autres…

Léo Ferré (musique), Jean-Roger Caussimon (paroles), Le Temps du tango, 1958.

Les millenials ne doivent rien comprendre à cette autre chanson : il s’agit de la première déclinaison latine* : celle des noms en -a. On prend alors comme exemple « rosa – la rose », mot évidemment très employé dans la conversation courante ! Tout cela est prétexte, pour Jacques Brel, d’envoyer balader l’éducation basée sur le par coeur et le bourrage de crâne. Il faut dire que Brel a un compte à rendre avec son milieu (Les Bourgeois, dans le même album), l’éducation dans les pensions catholiques, le service militaire… Nota : ce clip est un véritable Scopitone (« je me souviens des Scopitone« ) :

*Je ne résiste pas à cette contrepèterie : « Ne mettez pas « votre poire » au génitif ! »

Jacques Brel (paroles et musique), Rosa, 1962.

A l’âge de seize ans, Salvatore Adamo avait déjà rempli des dizaines et des dizaines de carnets de chansons ! Prometteur… Anecdote : quand j’étais petit, et que j’entendais « Adamo » chanter à la radio, je ne savais pas s’il s’agissait d’un monsieur ou d’une dame… C’est vrai que sa voix est particulière ! Vous permettez Monsieur est sans doute la première chanson-tango que j’ai entendue :

Salvatore Adamo (paroles et musique), Elie De Boeck (arrangements), Vous permettez Monsieur, 1964.

Boby Lapointe est capable de s’adapter à tout, y compris à la chanson-tango sur laquelle il a l’agent – la-gen-til-lesse de nous gratifier de ses jeux de mots :

Boby Lapointe (paroles), Etienne Lorin (musique), Alain Goraguer (arrangements), Monsieur l’agent, 1969.

Je ne connais pas beaucoup François Béranger, ce chanteur libertaire. Mais je me souviens de cette chanson et de son refrain : « Anastasie, l’ennui m’anesthésie «  :

François Béranger (paroles et musique), Le tango de l’ennui, 1973.

En voilà une bien kitschissime :Amour, castagnettes et tango. Je n’ai pas trouvé de renseignements sur cette chanson, que je pensais faire partie d’une opérette, mais çà ne semble pas être le cas. Elle a été chantée par de nombreux artistes mais semble être créée par Gloria Lasso en 1956. La version qui suit est extraite de la fameuse émission de Gilbert et Maritie Carpentier dans les années 70, véritable programme de variétés dans laquelle on réunissait des duos improbables (ici Annie Cordy avec Enrico Macias en latin lover), ou bien des artistes exerçant un autre registre ou une autre spécialité.

Je ne l’ai pas fait exprès, mais on compte déjà trois Belges dans les artistes précités. En voici un quatrième, qui nous chante L’tango walon. « C’est ene tchanson ki les paroles ont stî scrîtes ap A. Hancre eyet l’muzike compôzêye ap R. Hancre. C’esteut ene mwaisse tchanson do repertwere da Bob Dechamps. Come di djusse, ele si tchante sol rite do tango ». A quand un tango ch’ti chanté par Raoul de Godewaersvelde ? La prochaine fois, je vous la ferai en créole ou en espéranto !

Bob Dechamps, L’tango walon (paroles A. Hancre, musique R. Hancre), année ?

Voici un autre tango d’origine géographique improbable et frelatée : Le Tango corse. J’adore Fernandel vieillissant avec son air pince-sans-rire de Charles Pasqua (un Corse…) :

Fernandel, Le Tango corse (paroles : Georges Pirault, musique : Raymond Vastano), 1961.

Bonnes fêtes à tous, et bon tango. Ca vous changera de la Chenille et de la Danse des canards !

Prochain numéro le 15 janvier

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J’ai perdu le do

« Toi avec tes listes ! » me reproche t-on souvent. Je ne suis pas le seul ! Actualité de ce qui relève des listes :

  • Le billet du blog(ue) – confidentiel par sa parution – Le Blogue du vestiaire, daté du 11 octobre [https://leblogueduvestiaire.blogspot.com/2022/10/parti.html] est consacré à une liste « hénaurme » intime, amoureuse, artistique, un « grenier de la beauté ». Bravo à toi et continue encore d’écrire !
  • Vient de paraître : Eric Desordre, Le Grand Catalogue des livres imaginaires, éditions Unicité. Desordre [sic] fait dans le registre du détournement.
  • Vient de paraître également : Stéphane Mathieu, Catalogue des vaisseaux imaginaires, Editions du Sandre. Il s’agit des bateaux (à voile ou à vapeur, comme on dit) dans la littérature française ou traduite (liste non exhaustive).

Soulages, avec du retard sur l’actualité :

De gauche à droite : Soulages, Malévitch, Klein.

Allez, on rigole, c’est une blague…

On m’a reproché d’être pro-russe et pro-chinois. Mais non, voyons : j’apprends les chansons suivantes aux enfants… avant de les manger ! Ainsi :

J’ai perdu le doo

de ma claa-rinette

Ah, si papa, il savait çà, traa-lala

Iiil- me tap’rait sur les doigts, traa-lala

Au pas Camarade, au pas Camarade, au pas, au pas, au pas !

Arlequin tient saa-boutique

Dessous un grand paa-rasol

Oui monsieur Po

Oui monsieur Li

Oui monsieur Chi

Oui monsieur Nelle

?

Oui monsieur Polii-chinelle !

Rideau (de fer).

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Les mots enfouis (2/2)

Elisabeth Bouchaud.

Une « scène des arts et de la science » ? Oui, çà existe : c’est le Théâtre de la Reine Blanche, dont la programmation allie ces deux domaines que ces cartésiens de Français considèrent comme incompatibles (on notera qu’Einstein jouait du violon ou que l’astrophysicien Jean-Pierre Luminet est aussi poète). Echantillon de spectacles à venir : Exil Intérieur (sur Lise Meitner, collaboratrice d’Otto Hahn), Prix No’Bell (sur Jocelyn Bell qui a découvert les pulsars) et bien d’autres. Pour ma part je suis allez voir en octobre Shakespeare et la Relativité (eh oui !). Elisabeth Bouchaud, physicienne de formation (elle s’intéresse aux propriétés de rupture des matériaux) dirige ce théâtre depuis avril 2014. Elle est également comédienne et autrice. [https://www.reineblanche.com/]

Question centrale qui devrait être abordée pendant la COP 27 : quel effet aurait une guerre nucléaire sur le climat de notre planète ? Ce ne sont surtout pas les Verts va-t-en guerre allemands qui vont y répondre…

L’année dernière, un « atelier d’écriture » portant sur un « je me souviens » à la Perec, nous avait conduit, après transformations, à une liste de mots qui n’existent pas, mais auxquels j’avais décidé de donner une vie.

Un premier opus a paru le 1er août de l’année dernière. En voici un deuxième.

Sachez qu’il y aura d’autres articles analogues : des mots-valises, et aussi des mots rares, existants, mais auxquels je donnerai un autre sens.

Retrouvons donc les mots qui proviennent de contrepèteries à partir de ma liste « Je me souviens ».*

*Laquelle liste n’est pas terminée, mais je ne ferai plus de transformations.

  • Bavélite (n. f.) :

Manie de parler sans cesse, en tenant des propos flous aussi bien du point de vue de la forme que du fond. Ex : « Bérurier n’avait pas envie de rencontrer le José. Chaque fois qu’il s’étaient vus, l’autre tournait en bavélite, de sorte que le Gros ne pouvait en tirer aucune information ». (Frédéric Dard)

  • Canvine (n. f.) :

Etablissement situé dans les beaux-quartiers, où l’on mange en dégustant des vins sélectionnés. Ex : « Patrick avait donné rendez-vous à Sophie dans une canvine de l’Ile Saint-Louis. C’était évidemment pour parler de son projet, mais il comptait bien que cela se termine en baise ». (Michel Houellebecq)

  • Versigner (v. intr.) :

Signer, jurer, attester de manière définitive et péremptoire. Ex : « Sous le regard éberlué de son adversaire et de celui indifférent du notaire, Hareau, content de lui, versigna ». (Guy de Maupassant)

  • Michu (n.m.) :

Grosse écharpe pour homme. Ex :  » On ne vit plus que le père Goriot, le cou engoncé dans un michu hors d’âge ». (Honoré de Balzac)

Le plus cocasse, c’est qu’en cherchant une illustration d’écharpe ou de fichu, je suis réellement tombé sur cette affiche du téléfilm Le Père Goriot (2004), avec Charles Aznavour et Tchéky Karyo !

  • Nombrilles (n. f. pl.) :

Foule, amas de personnes, qui semblent très agités par un mouvement continu. Ex : « Apprécier le silence luxueux et rare des appartements du Gouverneur nous changea du brouhaha et du va-et-vient des nombrilles autochtones ». (Pierre Loti)

  • Toussoir (n.m.) :

Glotte, gorge (argot). Ex : « Moi, j’avais pas trop envie d’voir/ces rombières qui se raclent le toussoir ». (Pierre Perret)

  • Lunoire (n.f.) :

Fixation sur une idée précise mais funeste, une sentiment précis mais sombre. Ex : « C’est l’horrible lunoire, compagne d’une idée/qui m’obsède et me tue d’une funeste épée ». (Charles Baudelaire)

Edvard Munch, Mélancolie, 1894.
Munch devait illustrer Les Fleurs du Mal, projet qui est resté inachevé.

  • Milliforme (n.f.) :

Personne dont l’obsession est de se rassembler en respectant un ordonnancement précis et délimité au cordeau. Ex : « Je me mis à haïr cette redingote dont les boutons semblaient représenter un rassemblement de milliformes ». (Jules Vallès)

  • Chartelette (n. f.) :

Ensemble de petites règles tacites et informelles à usage plutôt familial. Ex : « L’on mit un temps à se rendre compte combien Folcoche avait obligé malgré nous à établir cette chartelette ». (Hervé Bazin)

Chartelette au tocolat.

Enfin, puisque nous sommes encore en automne, je ne résiste pas à l’interprétation par Charles Trenet de Chanson d’automne (« Les sanglots longs… ») de Verlaine. Le swing dans toute sa splendeur…

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Le Répudent de la Présiblique

[J’avais scanné une photo de palimpseste d’affichage électoral (à la Villeglé), mais il a disparu et je n’ai plus l’image…]

Depuis octobre 2019, au Pays-bas, des milliers d’agriculteurs, forcés d’abandonner leur profession jugée désormais nuisible, ont bloqué les autoroutes. Pas vu à la télévision française. Depuis début septembre, à Prague, des milliers de gens manifestent régulièrement contre l’OTAN, l’inflation et les sanctions envers la Russie, et pour renouer des relations cordiales avec la Russie. Pas vu à la télévision française.

Be-BopA-Lula ! Espérons une nouvelle dynamique en Amérique de sud à la Lula/Chavez/Kirchner/Morales !

Annie Ernaux prix Nobel : légitime ou galvaudé ? Pas galvaudé si ce prix eût été attribué plus tôt. En tous cas, pour comprendre le déterminisme social, Ernaux, c’est sans doute plus vivant et moins indigeste que Bourdieu !

Lors du dernier scrutin présidentiel, vous n’aimiez ni Emmanuel Macron, ni Marine Le Pen ? Ni les autres ? Le mode de scrutin ne vous convenait pas non plus ? Peu importe !

Et si on créait ex nihilo de nouveaux présidents ? Il suffit de couper en deux des bulletins de vote différents, et de réduire les prétendants à l’état de cadavres (ah !) exquis (oh !) !

Certains se prêtent plus à l’exercice que d’autres : plus facile pour Macron, Pécresse et Zemmour, plus difficile pour les autres. Encore un mode de scrutin inique ! Décidément, on y arrivera pas !

Par ce procédé, on obtient :

NICOLAS DUPONT-AMOUR

EMMANUEL MAMOUR

JEAN LAMOUR

JEAN-LUC MELENCHTOU (Quelle salade !)

EMMANUEL MATOU (Raminagrobis ?)

EMMANUEL MACHON (La République en Mâche ?)

VALERIE PETHAUD

VALERIE PEDALGO (nouvel opérateur de vélos en libre-service ?)

VALERIE PEUR

VALERIE PETOU (pétouille ?)

PHILIPPE POUPONT-AIGNAN

On pourrait réaliser le même effet avec les programmes, en mode Ces professions de foi auxquelles vous avez échappé !

Et à propos de président de la République, ce moment dont on ne se lasse jamais :

« Arrêtez ! Arrêtez ! Vous vous êtes trompés ! C’était le président de la République ! » – Louis de Funès et Coluche dans L’aile ou la cuisse, Claude Zidi, 1976.

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Dekoikonparle ? (5)

Le nucléaire

(Pas mal, mon centrage de texte sur l’illustration ci-dessus…)

Edifiant : dans Le Parisien du 14 octobre, un reportage sur ce que le nom de Samuel Paty représente pour les collégiens et lycéens franciliens. Je passe sur « Samuel Paty, il est au PSG, c’est çà ? »… Pas forcément d’hostilité manifeste, mais pour la plupart quelque chose du genre : « Ah oui, c’est le prof qui s’est fait tuer parce qu’il allait trop loin* »… Et déjà, à l’annonce de la commémoration de sa mort, des menaces de la part de parents…

*Souligné par nous.

A l’heure où « l’urgence climatique » nous recommande en même temps d’éviter et de préférer l’énergie nucléaire, et où d’autre part un conflit atomique est malheureusement envisageable, la chose – « le nucléaire » – est d’actualité.

L’opinion a été marquée par Three Mile Island (1979), Tchernobyl (1986) et Fukushima (2011). La cause de Tchernobyl, c’est l’incompétence du personnel de la centrale et des dirigeants soviétiques, non la technologie per se. Celle de Fukushima, c’est un tsunami (même remarque). Quand à Three Mile Island, le coeur a fondu mais la cuve étanche a rempli son rôle. Il n’y a donc pas eu d’accident nucléaire à cet endroit*. Le Dictionnaire des idées reçues de Flaubert, écrit aujourd’hui, mentionnerait « Nucléaire : toujours être contre ». Marie Curie au poteau ! Mais comment être contre un principe physique ? Pourquoi pas contre la gravitation ou contre le Gulf Stream ? Mais au fait, quand on dit « le nucléaire », dekoikonparle ?

*Il est en effet important de savoir de quoi l’on parle. A la suite des dysfonctionnements de Three Mile Island, les faiseurs d’opinion environnementalistes et médiatiques comme Jane Fonda furent déchaînés et il y eut ce film : Le Syndrome chinois. Ce « syndrome » serait le fait que la fusion extrême d’un réacteur américain ferait celui-ci s’enfoncer au point de ressortir à l’autre bout de la planète, à savoir en Chine (qui n’est même pas l’antipode des USA…) ! A supposer que cela soit vrai (les scientifiques en ont beaucoup ri), la gravité ferait qu’il resterait bloqué au centre… Beaucoup de gens sont devenus anti-nucléaires malheureusement à cause de ce film.

Toutes les technologies employées aujourd’hui pour exploiter l’énergie nucléaire relèvent de la fission : il s’agit de scinder des noyaux d’atomes lourds. Cette fission dégage de la chaleur. A partir de là, le schéma est le même que pour une centrale thermique : la chaleur produit de la vapeur qui alimente un alternateur. Sauf que la quantité de combustible (quelques grammes d’isotope) est infime : c’est l’avantage.

Eh bien même pour la fission, le nucléaire ne veut rien dire !

S’agit-il de réacteurs à barres de graphite, à eau pressurisée, à eau bouillante, à haute température, à lit de boulets, refroidis au gaz, à sels fondus (au thorium au lieu d’uranium), à eau supercritique, à caloporteur plomb ? Il y en a d’autres. Je ne vais pas rentrer ici dans les détails ! Mais quand j’entends Macron défendre le nucléaire*, c’est un idiot. Il est juste là pour défendre les nucléocrates de l’EPR (on dit en français REP : réacteur à eau pressurisée), une technologie déjà dépassée ! Surtout quand on privilégie des « cathédrales » comme Flamanville, dont les « merdes arrivent en escadrille ». Il faudrait au contraire multiplier des unités plus petites, comme les centrales flottantes.

*et en même temps les moulins à vent 2.0… En tous cas tout cela révèle l’absence de culture scientifique des dirigeants occidentaux, la plupart banquiers ou avocats d’affaires…

Les « sels de fonte » entrant dans la composition de la Vache-qui-rit n’ont rien à voir avec les réacteurs à sels fondus !

« Bon, d’accord, mais les déchets ?

Cà tombe bien, il y a aussi des technologies pour résoudre le problème… sauf que les comptables au pouvoir, ainsi que les obsédés de la dette* ont réussi à saboter les projets Superphénix en 1998, Phénix en 2010 et Astrid en 2019 : il n’y a pas de quoi être fier… Superphénix était un surrégénérateur, à savoir un réacteur à neutrons rapides à caloporteur sodium pouvant fonctionner au plutonium 239, mais aussi au MOX (plutonium sur support d’uranium appauvri) issu du retraitement du combustible usé. Astrid était un projet analogue, mais plus avancé, notamment dans la transmutation des déchets. Ces trois projets, c’était çà aussi le nucléaire !

*Néo-Dictionnaire de idées reçues : « Grands projets : toujours pharaoniques« .

Superphénix (Creys-Malville, France).

Eh, anti-nuc, tu crois t’en tirer comme çà ? Je n’ai parlé que de la fission ! Mais il y a aussi la fusion. C’est la technologie dans laquelle deux noyaux atomiques de deutérium s’assemblent pour former un noyau plus lourd. Cà aussi, c’est le nucléaire. Et c’est très écolo : cette réaction est à l’œuvre de manière naturelle dans le Soleil. Au lieu d’essayer de capter péniblement l’énergie solaire via des panneaux, il n’y a qu’à reproduire le processus, qui résout de surcroît le problème des déchets !

Il est de bon ton de dire ou d’écrire : « OK, la fusion, mais dans quarante ans, peut-être… ». On disait et écrivait déjà cela en 1970, volonté urgente de ne rien faire… Aujourd’hui il y a le projet ITER (International Thermonuclear Experimental Reactor) à Cadarache, un réacteur de type tokamak (concept soviétique au départ), auquel participent 35 pays. Cà aussi c’est le nucléaire, Macron ! Que va-t-on inventer pour le saboter ? La participation des Russes, la « sobriété » ? Macron et consorts ne voient pas l’évolution technologique entre les plusieurs générations du nucléaire, et ne comprennent pas la légitimité des prototypes expérimentaux, forcément couteux.

ITER (Cadarache, France).

[Pour aller plus loin, je vous recommande : Yves Paumier, Les énergies du futur, in Fusion, hors-série n°05, 2005. Les archives de feu l’excellent magazine scientifique Fusion (le bien-nommé), dont votre serviteur avait eu l’occasion de traduire quelques articles, sont aujourd’hui disponibles sur le site La recherche du Bonheur, de Jean-Gabriel Mahéo : http://www.larecherchedubonheur.com/article-27284380.html .]

« Mais attendez maintenant, vous allez voir la suiiii-te », chantait Boby Lapointe. Car je n’ai parlé que du nucléaire civil. Il y a aussi le nucléaire militaire. La Bombe, quoi !

Car il y a la bombe A, la bombe H et la bombe à neutrons. Alors, quand on dit « la bombe », dekoikonparle ?

Décidément, on ne va pas s’en sortir…

Guy Béart, le Grand Chambardement.

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L’oeil de Paris (2)

Rue de l’Abbé Carton

Comme on le sait, la Nupes ([nyp], [nyps], [nypes] ?) est confrontée à bien des épreuves internes (c’est la faute à Rousseau ?). Mais en voici une, plus discrète et plus pertinente : elle vient des deux snipers Fabien Roussel (PCF) et François Ruffin (Insoumis). Ces deux-là osent réclamer du travail pour le peuple au lieu de prestations sociales, des salaires décents au lieu de chèques (-énergie, -alimentaire, -rentrée…), et des logements au lieu de logements… sociaux. Et de dire non à l’assistanat. Réaction de Sandrine Rousseau : « Le travail, c’est une valeur de droite… » Ruffin a plus d’un tour dans son sac et veut mettre fin à l’assistanat… des riches (crédit impôt-recherche, subventions européennes, niches fiscales…) En réalité, Roussel et Ruffin tournent le dos au vrai visage de la Nupes : un mouvement qui déteste le peuple péri-urbain non diplômé. Un mouvement à fond dans le narratif subventions, papiers pour tous et « police nulle part » – déconnecté des réalités. Ils puent le peuple, Roussel, ce coco qui pue l’ouvrier, hétéro et carnivore de surcroît, et ce Ruffin, trop proche des bouseux de la Somme…

La « communauté internationale » (en novlangue : l’OTAN et l’UE) s’est indignée au nom de la démocratie, qu’il puisse y avoir un référendum en Ukraine. Selon le narratif officiel (Poutine ment toujours, Zelensky ne ment jamais), un référendum organisé par les Russes est forcément frauduleux. En matière de référendum, l’UE en connaît un rayon : celui, en France de 2005 concernant une constitution européenne avait été rejeté à 65% par les Français. Il suffisait alors de le faire approuver par le Parlement en Congrès et le tour était joué !

L’OTAN et l’UE devraient pondre une « décision déterminant les modalités permettant la dissolution du peuple ». Ce serait plus clair !

Pour nous changer les idées, voici notre Oeil de Paris. L’ordre alphabétique nous fait maintenant entrer dans l’univers des abbés.

Précision : pour les tatillons, je préfère suivre l’ordre alphabétique de l’index du plan de Paris paru chez Pouchet (par exemple), où on regroupe tous les Abbés, les Docteurs, les Commandants, et d’autre part tous les Abel, les Albert, les Alphonse, etc., plutôt que classer directement par patronyme. C’est plus rigolo.

D’ailleurs, les abbés, c’est toujours rigolo. Surtout quand celui-ci s’appelle Carton (commençant rue des Suisses, 7 et finissant rue des Plantes – la rue, pas l’abbé).

Qui était l’abbé Carton ?

Non, çà c’est Pauline Carton…

Ah ! Voilà.

La première partie de la rue est moderne mais égayée par la végétation.

Et même en perspective.

Quelques petits motifs architecturaux.

Un petit air lyonnais (sauf le toit)…

Une maison flamande ?

Un motif rapporté sur une façade.

Un endroit où, entre autres, on peut acheter, revendre, déposer des livres.

Un autre endroit sympa.

Vous avez déjà vu un monte-charge donner directement sur la rue ?

C’est une métaphore, évidemment !

Deux « installations contemporaines » involontaires. En tous cas, ce n’est pas inintéressant .

A propos d’artistes, dans cette rue travaillait un des plus célèbres couples de peintres de l’art contemporain. Szenes pensait que « les peintres vivent peut-être vieux parce qu’ils font un métier non violent et contemplatif… Il faut vivre longtemps pour avoir le temps de faire beaucoup de bêtises et quelques chefs-d’œuvre ».

A suivre…

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