Anti-index (3)

Enfin, je me sens moins seul ! Dans 20 minutes du 15 décembre paraissait un papier intitulé : « Le goût du fromage, je ne peux pas », ce qui a été longtemps ma situation. « Une étude vient mettre des chiffres sur ce ressenti. Quelques 6% des personnes interrogées par des chercheurs du Centre de recherches en neurosciences de Lyon affirment avoir une aversion pour le fromage ». Il existe de surcroît les tyrophobes, ceux qui ont une peur bleue du fromage, notamment ceux avec du pourri*. Je ne voudrais pas me lancer dans des règlements de compte familiaux, mais dans mon entourage, j’ai longtemps subi une sorte de harcèlement idiot par rapport à mon « cas »… Et comme depuis, il m’arrive d’en manger certains, on me fait les gros yeux : « Mais je croyais que tu ne mangeais pas de fromage ? » Et merde ! Sans compter ceux qui me voient manger du fromage blanc : « Mais tu manges bien du fromage blanc ! » Comme si le fromage blanc, c’était du fromage… Pouvez pas comprendre ! Et allez vous faire voir.

*fromages bleus, eux aussi…

Macron craint un épisode Gilets jaunes bis ! C’est que les agriculteurs refusent à la fois l’Union européenne et la transition écologique, les effrontés ! Jusque là, aucun mot dans la presse française des manifestations de paysans, en Allemagne, aux Pays-Bas, au Danemark, en Italie, qui durent depuis tout de même un an, déjà… Autre forme de censure en Allemagne : mettre le focus sur la montée de l’extrême droite plutôt que sur ces manifs. Alors les élections européennes approchent, et ordre est donné par Macron de faire de la câlinothérapie… Comme d’habitude, il dira « je vous ai compris ! », organisera un gadget (états généraux, livre blanc, participation citoyenne), et rien. Mais çà, c’était le monde d’avant… Et la Cgt Ratp a déposé un préavis de grève courant du 5 février au 9 septembre prochain. HA ! HA HA ! HA !

« Ouiiin !!! Ils ont cassé notre JOuet ! »

Discours de politique générale de Gabriel Attal absolument dégueulasse : attaque en règle contre les chômeurs, et en même temps « désmicardisation » qui consistera… à baisser les cotisations patronales sur les salaires supérieurs au Smic. Une fois de plus…

LA LISTE PEREC DU JOUR :

"[...] ils montaient des drames historiques, des comédies de moeurs, des grands classiques, des comédies bourgeoises, des mélodrames modernes, des vaudevilles, des farces, des grand-guignolades, des adaptations hâtives de Sans famille, des Misérables ou de Pinocchio, où Fresnel faisait Jimini la Conscience avec un vieux frac peint censé représenter un corps de criquet et deux ressorts, terminés par des bouchons, collés sur son front pour figurer les antennes".

Le dessin de bannière ci-dessus évoque notre rubrique Anti-index, mais représente aussi la philosophie des Archives Nationales : les archives courantes, celles « des boîtes Lyreco® du local du dernier étage » (anglais file management) se transforment avec le temps en archives définitives, à savoir en documents patrimoniaux et historiques (anglais archives).

C’est le troisième opus de notre anti-index. De quoi s’agit-il ? Il s’agit de relever dans un ouvrage des mots ou expressions cocasses ou décalées. Un lecteur innocent qui consulterait cet index pour avoir une idée du livre serait emmené sur des voies de traverses et des chemins détournés, assez borderline, où il croiserait Freud, San-Antonio, Rabelais ou James Joyce…

Aujourd’hui, notre source est Odon Vallet, Petit lexique des idées fausses sur les religions, Albin Michel, 2002.

Vallet est, avec Frédéric Lenoir et Jean-François Colosimo, l’un des trois vulgarisateurs français des religions*. A la différence des deux autres, il manie beaucoup l’humour et reste humble. L’ouvrage cité montre bien l’aspect freudien des religions. J’oserais dire que cela permet de comprendre les fantasmes et frustrations des -au hasard- islamistes (virginité, aspiration au paradis, culte du martyr…).

*Vous les avez sûrement vu à Noël à la télévision dans des émissions genre C dans l’air à l’occasion de l’incontournable marronnier « Peut-on encore croire aujourd’hui à l’esprit de Noël ? » ou quelque chose de ce genre...

[Nota : certaines entrées sont entre guillemets, citations ou bien typographies volontaires de la part de l’auteur.]

Agir comme un Crétois (p. 205)

Ascenseur du sabbat (p.188)

Bonzesses (p. 36)

Bop-bop (p. 36)

Confrérie soufie des Kizil Bash ou Bonnets rouges (p. 8)

La plume est le dard
du dessinateur

Louis Pons

« Cuisine de brahmane » (p. 41)

« Dard » clitoridien (p. 74)

« Découvre tes cheveux, retrousse ta robe, dénude tes cuisses » (p. 235)

Démocratisation de la vie éternelle (p. 174)

« Désert de l’Amour » (p. 19)

Faut-il comparer Elvis à Jésus ? (p. 92)

Frictions du linga dans le yoni (p. 104)

Hiérodules non mariées (p. 235)

Imam caché (p. 53)

« Taqiyya » signifie « dissimulation »...

Impuissance grammaticale (p. 26)

Incrédule masqué (p. 33)

« Industrie de Sodome » (p. 19)

Jeter des Arabes dans la Seine (p. 26)

Juges ecclésiastiques au Moyen-âge excommuniant les charançons (p. 22)

Kimbanguistes (p. 223)

L’échelle de Jacob sert de marchepied (p. 186)

L’Evangile est un « livre où l’on mange tout le temps » (p. 18)

« L’union simultanée avec plusieurs femmes s’appelle l’union avec un troupeau de vaches » (p. 103)

La culpabilité est une notion singapourienne (p. 60)

La vache prit alors le chemin des sacristies (p. 225)

« Le brahmane instruit ne doit pas promener sa langue sur l’intimité de la femme » (p. 103)

Le champ des fantasmes et la sphère des orgasmes (p. 165)

Le schématisme des lieux communs n’a d’égal que le simplisme des paradoxes (p. 7)

Lecteur qui, au-dessus du précieux texte, agite un chasse-mouches (p. 111)

Les influences pernicieuses et les envies incontrôlables (p. 154)

Moine-amiral (p. 144)

On a même traduit le mot « religion » par « petit fichu » (p. 236)

On peut donc faire zazen dans les gratte-ciels de New-York (p. 242)

Pollution nocturne des moines (p. 199)

« Super-culte » (p. 120)

Surmoi angélique de Dieu (p. 233)

Syro-malabar (p. 142)

Un jeune reporter grec nommé Xénophon (p. 152)

Véhicule de Diamant (p. 63)

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De l’impossibilité de visiter le musée Clumet

Je vous souhaite une bonne année 2024 sans égorgement ni décapitation. Pendant les JO, çà ferait tache… Sauf pour Mélenchon et Chikirou, incapables de prononcer le mot « terroriste ». Ces deux-là osent tout : c’est à çà qu’on les reconnaît.

Quoi d’autre au menu ? L’assassinat d’un dirigeant des Brics (au hasard : Lula), un conflit contre l’Arabie saoudite, seul médiateur possible pour le conflit israélo-palestinien (sauf si Marwan Barghouti est assassiné dans sa cellule) et un petit krach financier de derrière les fagots.

Quoi d’autre encore ? Les « experts », hier de la covid, aujourd’hui de la Russie (les mêmes qui avaient prédit la chute « imminente » de Bachar el Assad), passeront six mois de plus à prévoir la fin du pouvoir russe, déjà prévue dès… février 2022 ! Caramba, encore raté ! Sans compter, comme l’a affirmé Lloyd Austin, le Secrétaire américain à la Défense, qu’il est « fort probable » que les troupes américaines se retrouvent bientôt en train de combattre la Russie en Ukraine… Pourtant çà devrait marcher : l’Union européenne, (avec bientôt à sa tête Mario Draghi qui a déclaré le 29 novembre que l’UE devait se transformer d’urgence en un Etat à part entière), c’est la démocratie et la diversité… Quoi ? J’ai dit une bêtise ? Enfin.. Tant que l’Otan ou le Hamas sont là pour nous débarrasser des punaises de lit…

Dernière minute : nous avons une ministre de la Santé, des Affaires sociales… et du Travail (mais pas de la santé au travail…). Et un ministère de l’Education nationale, des Sports et des Jeux olympiques et paralympiques… Faut-il en rire ou en pleurer ? Un ministère des JO ! Nous en sommes là ! Je suggère un ministère des Affaires étrangères, européennes et du football, voire un ministère de (l’agri)culture… Pendant ce temps, la Chine, dont les objectifs sont la fusion nucléaire, l’exploration spatiale et la recherche fondamentale s’esclaffe, et a raison de nous considérer comme des guignols.

A chaque repas de fin d’année, surgit toujours le sujet clivant qui divise tout le monde à table et mène au clash. Il y a ainsi eu la covid (« Moi, j’te dis que c’est un complot des Chinois/que la covid n’existe pas/que les vaccins c’est dangereux »), la réforme des retraites (« Moi, j’te dis que c’est un complot pour éliminer les vieux/que la réforme est nécessaire pour éponger la dette »), la guerre en Ukraine (« Moi, j’te dis que Poutine va envahir la Pologne/que tout ça c’est un complot des pétroliers à cause des gazoducs »). Cette année, le sujet tournait autour de Depardieu. Pour ou contre Gégé…

Sur Kissinger :

Julos Beaucarne (paroles et musique), Lettre à Kissinger, 1975

Kissinger, Delors… Ils ont fait partie de ces gens dont on se demande s’ils vivent encore… Or je suis tombé, en famille, sur une émission TV idiote (pléonasme) comportant une séquence intitulée Mouru/pas mouru ? Il s’agit de proposer des noms de célébrités à l’invité et de lui demander s’ils sont morts ou non !

LA LISTE PEREC DU JOUR :

Bartlebooth [...] y disposait, dans un ordre rituel, treize petits godets de couleur - noir d'ivoire, sépia colorée, terre de Sienne brûlée, ocre jaune, jaune indien, jaune de chrome clair, vermillon, laque de Garance, vert Véronèse, vert olive, outremer, cobalt, bleu de Prusse - ainsi que quelques gouttes de blanc de zinc de Madame Maubois [...]

DE L’IMPOSSIBILITE DE VISITER LE MUSEE CLUMET

ou dix raisons psychosexuelles de ne pouvoir visiter un musée.

Un jour, je m’enquis d’aller visiter le musée Clumet (6, place d’Iéna – et – Paul-Painlevé réunis) à Paris, à savoir le musée des Arts Médiétiques et Asiavaux. Je ne voulais pas rater de contempler la fameuse oeuvre dite « aux Mille Fleurs »*, la Joconde de ce musée.

*Pour certains il s’agit d’un vase, pour d’autres une tenture. Faudrait savoir !

Malheureusement, cette oeuvre était partie pour une grande exposition à Sidney. Un article du Journal des Arts m’informa que la dite expo se terminait début octobre.  » Bon, me dis-je, comptons qu’elle soit prolongée, comptons aussi le démontage/transport/remontage (car je ne suis pas naïf, je sais ce qui se passe en coulisses), je remets çà début janvier. »

Début janvier, je trouve porte close : une feuille A4 chiffonnée et de travers, fixée par un adhésif révélant des empreintes digitales et dans lequel un cheveu s’était inséré, disait qu’« en raison d’un incident tecnique [sic], le musée [était] exceptionnellement fermé. »

Autre jour, autre tentative. La salle dans laquelle se trouve l’oeuvre était fermée, car on montait in situ l’installation contemporaine Mon (mes) seul (s) désir(s) dont j’appris plus tard qu’il s’agissait d’une banderole en matière recyclée représentant un dragon chevauchant sexuellement une licorne, le tout s’appelant [Untitled #4], car l’auteur, « un artiste gay helvéto-ukrainien d’origine kényane qui vit entre Londres et Séoul » comme l’indiquait la plaquette de présentation, en avait réalisé d’autres.

Quand ce cirque fut terminé, je me cassai encore le nez. On ne pouvait accéder au musée. Celui-ci faisait l’objet d’un tournage pour la saison #2183 de Games of Thrones à moins que ce fut pour le dernier film de Woody Allen dans lequel Kate Winslet visite la Conciergerie, le musée Clumet et le Palais de Tokyo.

Lorsque je revins, le musée subissait un mouvement social. Un employé qui distribuait des tracts, un autocollant Cgt sur le sein gauche, m’informa que l’EPMC (Etablissement Public du Musée Clumet), suite à un audit du cabinet Deloitte, KPMG, BDO, PwC et associés, avait décidé de fusionner les surveillants, caissiers, conférenciers, agents de sécurité incendie et vendeurs de la boutique en un seul corps de personnel, lequel serait affublé d’un uniforme de pompier/vigile, sur le bandeau duquel serait inscrit « Clumet – Extrêmuséum ».

Tout conflit social a une fin, ne serait-ce que par usure, et je décidai de retenter ma chance. A l’approche du musée, une grappe de gens battait le pavé à l’extérieur, tandis qu’une sirène émettait, du tréfonds du bâtiment, un « dindon-dindon-dindon », entrecoupé d’une bouillie de messages qu’on ne saisissait pas. On m’expliqua qu’une alarme incendie s’était déclenchée, et que cela risquait de durer fort longtemps.

Je pris mon mal en patience et tentai encore un autre jour. Mais une foule considérable accompagnait déjà les couloirs, les quais et les rames du métro. En sortant, le quartier était bouclé. Le Comité olympique international avait décidé de faire passer la flamme éponyme par le musée Clumet, le sport étant désormais considéré comme une « pratique culturelle » et facteur de diversité et d’inclusivité. Le ministre de la Culture, Franck Ribériester, était lui-même un ancien joueur de foot.

De guerre lasse, je revins à l’assaut un mois plus tard. Hélas, des installations provisoires de type Algeco m’ont fait présager l’impensable : une feuille délavée par les pluies, insérée dans un transparent d’écolier, et le tout fixé par de l’adhésif type « déménagement », m’informa que le musée était fermé pour rénovation. Réouverture dans deux ans !

Salle khmère du musée Guimet ou bien frigidarium du musée de Cluny ?

Deux… cinq ans plus tard, le musée avait rouvert depuis quelques semaines et je fus comblé : finis le hall étriqué, les éclairages pisseux, les multiples marches à monter ou descendre et le parquet crasseux ! Malheureusement, la salle dédiée à l’oeuvre aux mille fleurs était privatisée : un défilé de mode s’y déroulait le soir même, organisé par la maison Gucciotte dans le cadre de la Fashion Week.

Je remis le paquet deux semaines plus tard. Stupeur ! Une affiche, ejusdem farinae que celles précitées, me signifia que le musée était définitivement fermé. « Pour en savoir plus, flashez ce QR code ». Nul code sur ce torchon : il figurait sur une autre affiche, format A2 et imprimée, fixée dans un cadre sur la palissade du chantier. Que je ne pus scanner, mon téléphone n’étant pas connecté à l’internet.

J’eus l’explication : la nouvelle ministre des Contenus culturels (nouvelle appellation du ministère concerné), Faune Pellegrin, avait pris la décision, en accord avec le Président de la République et l’Union Européenne, de sortir les musées nationaux encore non autonomes financièrement du giron de l’Etat (opération promue par Ingrid Micron, l’épouse du Président), et de les confier à des fondations « afin de réduire le fardeau de la dette ». Clumet revenait à celle créée par le milliardaire et mécène Marc Toutdroit de la Carrière. Les oeuvres, qui dormaient physiquement dans le musée, « tournaient » désormais dans des lieux culturels prestigieux à l’international : Venise, Abu Dhabi, Shanghai, Barcelone…

Consolation : on peut toutefois les contempler sur le web à condition, bien sûr, de s’abonner à Gogol Artefacts (99,99 € par mois).

Je mourrai sans revoir mon oeuvre aux Mille Fleurs, sauf dans un vieux Skira en noir et blanc, ou bien un Taschen des années 70 aux couleurs fausses…

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Eloge de la chanson idiote

La réalité dépasse l’affliction : la photo officielle de l’investiture du nouveau président gabonais, Brice Clotaire Oligui Nguéma, le 4 septembre à Libreville. Faut-il en rire ou en pleurer de ce militaire tout droit sorti d’une opérette d’Offenbach ? 

Le ridicule vient-il du fait que le Gabon, contrairement aux pays du Sahel, appartient au « camp du bien » de la « communauté internationale » ?

Je n’ai pas eu le temps d’évoquer Henry « qui s’ingère », dont le décès le 29 novembre ne m’affecte pas… j’en reparlerai probablement.

LA LISTE PEREC DU JOUR :

"[...] Philémon écrit à Baucis :

J'y vy trois cents et neuf pelicans; six mille et seize oizeaux seleucieds, marchans en ordonnance et dévorans les sauterelles parmy les bleds; des cynamolges, des argathyles, des caprimulges, des thynnincules, des crotenotaires, voire, dis-je, des onocrotales avec leur grand gosier; des stymphalides, harpyes, panthères, dorcades, cemades, cynocephales, satyres, cartassonnes, tarandes, ures, monopes, pephages, cepes, neares, steres, cercopiteques, bisons, musimones, bytures, ophyres, stryges, gryphes."

Et non pas des Séleucides, des crottes de nez, des invalides, des Harpic, des satires, des Carcassonne, des Monop’, des bitures, des ophiures et des griffes !

Enfin l’article musical de fin d’année ! Après les chansons listes (2021) et les chansons-tango (2022), voici les chansons idiotes.

Il ne s’agit pas de mauvaises chansons, ce qui n’aurait pas d’intérêt, mais de chansons volontairement et délicieusement idiotes ! Le registre du benêt ou de l’oie blanche existait déjà dans les opéras. L’opérette, avec ses livrets délicieusement (encore) invraisemblables, en a usé et abusé, mais le genre eut son heure de gloire entre approximativement 1885 et 1935 avec les comiques troupiers. Ces chanteurs, habillés en uniforme militaire de la guerre de 1870* (pantalon garance, épaulettes et tout le tralala), avaient l’art de débiter des conneries, comme on ne disait pas encore, avec le plus grand sérieux : c’était l’archétype du brave jeune homme mal dégrossi mais démerdard. Dranem et Georgius en ont été les chefs de file. Le dernier représentant du genre fut Fernandel**. Les trois précités ont tous d’ailleurs fait de l’opérette. Puis après-guerre le chanson idiote se fit rarissime. Je précise que Bo le lavabo ou Dur, dur d’être bébé et autres chansons récentes de beaufs n’entrent pas dans cette catégorie : en effet il ne s’en dégage aucun sel

*On montrait ainsi qu’en 14, on avait une guerre de retard, ce qui s’est également passé en 40…

**La mode était, pour les artistes de l’entre-guerres, de prendre un nom de scène unique, à la fois nom et prénom (Damia, Polaire, Arletty, Raimu, Dalio…)

Dranem, donc, chanteur emblématique de son époque, faisait exprès de chanter un peu faux, parlait plus qu’il ne chantait d’ailleurs, et Maurice Chevalier s’en est beaucoup inspiré :

Dranem : Les p’tits pois (E. Spencer, F. Mortreuil), 1931.

Gaston Ouvrard (dit Ouvrard tout court), déjà cité dans Les chansons-listes (https://champouin.blog/2021/12/15/les-chansons-listes/). Avec Dranem et Georgius, il fut l’un des trois comiques-troupiers emblématiques de l’entre-deux guerres :

Ouvrard (paroles et musique) : Mes tics, année ?

« Est-c’que j’te d’mande
si ta grand-mère fait du vélo ? »

Après-guerre, le filon comique-troupier était épuisé, l’opérette était mourante, mais beaucoup de chanteurs étaient issus de ce répertoire, comme Bourvil. J’aurais pu citer aussi la chanson Est-ce que j’te d’mande (si ta grand-mère fait du vélo – l’expression vient de là), tirée de l’opérette Trois jeunes filles nues de Raoul et Moretti avec paroles d’Y. Mirande et A. Willemetz, créée par Dranem et reprise par Bourvil. Voici la chanson la plus délicieusement débile de Bourvil, dans le navet de Jean Boyer : Le trou normand (1952).

Une déclaration d’amour ce n’est pas facile, on est tous passés par là ! C’est Boby Lapointe qui s’y colle, le pauvre ! J’adore le rire niais dont on ignore si c’est le sien où celui de l’aimée :

Encore déclarer sa flamme – ou l’entretenir… Mais ce sujet est un prétexte : dans la chanson qui suit, Brel, avec un accent inimitable, dénonce en réalité l’hypocrisie d’une société bruxelloise corsetée. Et l’on voit que Brel est un excellent comédien* :

*Je suis impressionné par la dentition de cheval du chanteur sur cette vidéo. Notons qu’il s’agissait d’un dentier, Brel ayant perdu ses dents dès sa jeunesse, en courant les cabarets. Ces derniers (dont Les Trois Baudets dirigé par Jacques Canetti) étaient de véritables négriers, et les artistes faisaient trois cabarets chaque soir pour avoir un sandwich…

Jacques Brel (paroles et musique), Les bonbons, 1963.

On le sait peu, mais entre 1966 et 1969, Coluche a éclusé tous les cabarets du Quartier latin pour chanter des chansons « sérieuses » (Trenet, Vian, Ferré, Brassens). Cela, ajouté au fait d’avoir appris la guitare tout seul, lui servira plus tard pour chanter des parodies. Dans celle-ci, il attaque la mode des chanteurs québécois du début des années 70 :

Coluche (paroles et musique Coluche et Xavier Thibaut), J’y ai dit…viens (chanson canadienne), 1974.

En 1976 arrive un ovni : Yvan Autain dit Yvan Dautin, comédien-chanteur plus ou moins libertaire (et accessoirement père de Clémentine Autain). Je l’ai croisé (lui, pas elle) récemment dans un restaurant, aux côtés des membres de la troupe originelle de la comédie musicale Notre-Dame de Paris, dans laquelle il joua.

Yvan Dautun (paroles et musique), La méduse, 1976.

Pour une chanson minimaliste, en voilà une ! Mais le contenu débité par nos politiques/experts/journalistes/sociologues/plumitifs est tellement indigent… Autant alors en faire une chanson, par Philippe Katerine, qui ose tout !

Comment ? Vous ne connaissez pas Didier Super ? Ce chanteur, inimitable avec son accent ch’ti, fait du second degré son fonds de commerce. J’aurais pu vous passer la chanson contre les complotistes, dans laquelle il dit : « et en plus les extra-terrestres, ils sont tous Juifs » ! Mais en voici une autre, dans laquelle il attaque aussi bien les touristes beaufs (style Grande-Motte) que les restaurateurs attrape-gogos. Une « performance » que n’auraient pas dénié des mystificateurs déconneurs comme Raphaël Misrahi ou Jean-Yves Lafesse :

On remarquera tout de même que, plus on avance dans le temps, moins ces chansons dégagent de substantificque moëlle. Autrement dit, les meilleures sont les plus anciennes… On ne sait plus ce qu’est le rire et d’autre part, on ne sait plus faire de chansons. Rires et chansons…

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Les couvertures auxquelles vous avez échappé (7)

Horrible affiche de propagande dans le métro parisienGeorge Orwell m’a fourni la traduction de ce texte : « Enjambement des peuples, wokisme et austérité ». Une variante de l’affiche est Unité, sécurité et développement durable, que le dico Orwell traduit par  » Sodomie de la Grèce par l’Allemagne sans vaseline, guerre contre la Russie et (toujours) austérité ». Je redoute la toute nouvelle génération, cible de ce lavage de cerveau, une fois au pouvoir. Les nouveaux S.A. …

A voir sur Arte, un documentaire : Capitalisme américain, le culte de la richesse, (de 1870 à aujourd’hui) en trois parties. On y apprend la non-acceptation par les milliardaires du principe de l’Etat (l’idéologie libertarienne) ; le mythe (et l’imposture) du self made man, de Rockefeller cireur de chaussures à Steve Jobs bricolant dans son garage ; et l’argument de la philanthropie, exemptée d’impôts de surcroît (Carnegie, Bill Gates…) comme chantage pour l’acceptation de leur rôle de prédateurs.

La cause palestinienne ? Mais comme le dit l’écrivain Kamel Daoud dans Le Point, elle « est morte le 7 octobre 2023, assassinée par des éléments fanatisés, englués dans une idéologie islamiste de la pire espèce. »

LA LISTE PEREC DU JOUR :

"Il y a des rubriques politiques et syndicales, des pages sportives, des bandes dessinées, des nouvelles du lycée, des mots croisés, des petites annonces, des informations locales, des faits divers, de la publicité  - généralement fournie par des parents d'élèves ayant un commerce à côté du lycée -  et plusieurs rubriques de jeux et de bricolages (conseils pour poser le papier peint, fabriquez vous-même votre damier de jacquet, réussissez vos encadrements, etc.)"

Un des grands géographes du 19ème siècle s’appelait Elisée… Reclus. Et en 1794, Xavier de Maistre, en résidence surveillée pendant quarante-deux jours suite à sa participation à un duel, écrivait Voyage autour de ma chambre. Toutes les destinations de voyage étant aujourd’hui galvaudées, voilà qui serait original :

Mais il y a pire, l’actualité – le procès du pédophile en série Jean-Christophe Quenot – m’a inspiré cette autre couverture :

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L’oeil de Paris (4)

Rue de l’Abbé-Gillet

Rue de l’Abbé-Grégoire

Dans Marianne du 26 octobre, une entrevue (comme dirait Ardisson) avec Albert Dupontel. Bof… Toutefois, il s’avère que le bonhomme n’est pas inintéressant : « […] je n’aime pas le football […] ce sport est une sorte d’euthanasie populaire », « Je n’ai plus la télévision depuis vingt-cinq ans. C’est une source d’anxiété en moins dans ma vie », « Je suis tombé récemment sur un discours lumineux de Charles de Gaulle consacré à la question du capital. […] ce discours-là ne s’inscrivait dans aucune case. Le genre de discours qui nous manque cruellement aujourd’hui ».

Le besoin urgent d’illibéralisme que réclame notre société fait que beaucoup (re)découvrent de Gaulle. Surtout de la part d’anciens « gauchistes » : l’ex-mauroyiste Franz-Olivier Giesbert, l’ex-guerillero (de salon ?) Régis Debray, l’ex-mitterrandien Max Gallo et l’ex-libertaire Michel Onfray dont le dernier hors-série de sa revue Front Populaire s’intitule Quoi de neuf ? de Gaulle ! Ce quarteron mènerait-il, selon la novlangue orwellienne, une « croisade mettant en péril l’équilibre du rêve européen et des valeurs universelles de la démocratie en creusant ainsi le gouffre de la dette, participant là-même à la montée des extrêmes » ?

LA LISTE PEREC DU JOUR :

"[...]il lui donna des explications techniques avant de lui faire visiter le Manoir à l'envers [...], le Palais lumineux [...], le Globe céleste, le Palais du Costume, le Palais de l'Optique [...], les Dioramas du Club Alpin, le Panorama transatlantique, Venise à Paris et une dizaine d'autres pavillons."

Le numéro précédent de cette rubrique était consacré à la Place de l’Abbé-Georges-Hénocque. Je viens d’apprendre que c’est là que le militant d’extrême-gauche Pierre Goldman* (frère de Jean-Jacques) avait été assassiné en 1981. Pas de plaque commémorative : nous sommes dans le 16ème arrondissement, çà ferait mauvais genre !

*On notera qu’il fut une époque où l’extrême-gauche trotkyste, prolétarienne ou libertaire, n’était pas antisémite comme aujourd’hui. Elle comptait ainsi parmi ses rangs Alain Krivine, Daniel Bensaïd, Daniel Cohn-Bendit ou Pierre Goldman…

Aujourd’hui une rue consacrée à un autre abbé. Qui était l’abbé Gillet ?

Scrogneugneu ! Au fait cette rue se situe commençant avenue Alphonse XIII et finissant rue Jean Bologne (13ème arrondissement).

Le début de la rue, en équerre, n’a aucun intérêt, mais la suite donne un air de village…

…avec son clocher !

Quant à l’abbé Grégoire, on ne le présente plus. On notera que la rue de ce prêtre « de gauche » est proche de ce bastion « catho » qu’est la rue de Sèvres (rue de l’Abbé Grégoire : commençant rue de Sèvres, 75 et finissant rue de Vaugirard, 92).

On peut arriver à lire « sous-station Vaneau ». Je pensais que c’était une de ces anciennes stations d’alimentation électrique pour le métro, mais Jean Tricoire, Un siècle de métro en 14 lignes – de Bienvenüe à Météor, La vie du Rail, 1999, ne la mentionne pas. Il s’agit donc d’un ancien transformateur électrique sans rapport avec la RATP.

Ce que c’était naguère (écoles techniques), et ce que c’est aujourd’hui, à savoir l’école Ferrandi, la « grande école » de cuisine.

Un coin peint en blanc, c’est moins terne…

Pas mal !

Très belle verrière façon Art déco. On notera que l’hôtel s’appelle de manière faussement authentique « Saint-Grégoire », allusion à l’abbé Grégoire…

Dommage qu’il n’y ait plus d’enseignes anciennes à Paris, ni ailleurs… Par contre, certaines enseignes modernes sont du genre « réponse à tout ».

Que faut-il en penser ?

Nourritures terrestres (de deux établissements différents). A droite, çà ressemble à du welsh rarebit (revisité avec du curcuma ?)…

On remarquera que l’hôpital Laënnec n’est pas loin.

En donnant vers la rue de Sèvres, curieusement la rue de l’Abbé-Grégoire se rétrécit et permet d’entrevoir les toits en tuiles des anciens bâtiments de l’hôpital Laënnec.

A suivre…

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The Greta Watcher (4)

Climatosceptiques = SS ?

Faut-il absolument une solution à deux Etats : un Etat palestinien et un Etat-Nyahou ? Même dans l’horreur de l’adversité, il faut une dose d’humour, sinon on se flingue…

LA LISTE PEREC DU JOUR :

"[...] un article sur le curare dans Science et Vie, un autre sur les épidémies d'hépatite dans France-Soir, les aventures du commissaire Bougret et de son fidèle adjoint Charolles dans les Rubriques-à-brac de Gotlib, plusieurs faits divers sur les habituels scandales financiers du cinéma français, une lecture hâtive du Cid, un roman policier d'Agatha Christie intitulé La Mort dans les nuages, un film avec Danny Kaye dont le titre anglais est Knock on Wood et le titre français Un grain de folie."

Dans la rubrique Faux-nez (1/2) du 1er février 20211, à l’entrée « climatosceptique », j’avais écrit ceci : « Mot signifiant peu ou prou « ne croyant pas aux tendances futures du climat », et dont on affuble en réalité ceux qui doutent que ces tendances puissent avoir, en partie ou en totalité, une origine humaine, ce qui n’est pas la même chose ! Le débat est interdit : contredire le GIEC est un blasphème (faire les « gros yeux »…). Faut-il rappeler que le GIEC n’est pas un organisme scientifique ni une association de chercheurs, mais une association intergouvernementale qui examine et synthétise ce qui s’est publié dans la littérature scientifique sur la question de l’influence de l’homme sur le climat . Autrement dit, le GIEC n’est qu’un comité de relecture – et dans lequel les décisions se votent à main levée ! Quand les faits scientifiques relèvent de l’opinion… Les climatosceptiques ne sont pas encore des révisionnistes, voire des négationnistes, mais çà ne saurait tarder !2«  Certains m’avaient dit : « Tu exagères… »

Eh bien, on y est…

Voici ce que nous apprend la publication en ligne Strategic Alert du 7 septembre 2023 : Norbert Häring, chroniqueur du quotidien allemand Handelsblatt, s’est penché sur deux entités à savoir le NKD (Netzwerk Klimajournalismus Deutschland – Réseau allemand de journalisme climatique) et le britannique WWA (World Weather Attribution)3.

Norbert Häring.

Le premier a publié une charte signée par 302 journalistes allemands. Le second a publié (en douze langues !) un Guide sur l’attribution [de causes qui dérèglent le climat] par les journalistes : les événements météorologiques extrêmes et le changement climatique4.

« Ce n’est plus du journalisme,
mais de la propagande. »

Norbert Häring

Selon la Charte, la tâche des journalistes spécialisés dans le climat est de « reconnaître que le colonialisme et le paradigme de la croissance sont les causes de la crise climatique ». Elle consiste aussi « à déclarer que la crise climatique est une menace pour la démocratie et les droits fondamentaux ». Autant il faut en finir avec le colonialisme, autant ce texte exhale des relents wokistes : on sent que le développement ou le nucléaire sont forcément des instruments oppressifs créés par des mâles blancs hétérosexuels populistes sino-russes d’extrême droite… Ainsi, pour un exemple concret de la mise en oeuvre de la doxa du NKD, une publication Instagram de la chaîne publique WDR préconise de remplacer « changement climatique » par « crise climatique » (ce qui est déjà fait par tous), et « climato-sceptique » par « climato-négationniste ». Nous y voilà.

« zu einem klaren ethischen Ziel » : dans un but éthique… mon oeil !

Dans Briefing sur le climat, un autre document du NKD, il est recommandé de marteler la litanie suivante : « 99% des scientifiques sont d’accord » sur le changement climatique d’origine humaine. Häring commente : « […] la science a établi que les gens sont prêts à dire n’importe quoi si on leur répète assez souvent que la science l’a établi. » Et il ajoute : « Ce n’est plus du journalisme, mais de la propagande. »

Quant au Guide rédigé par le WWA, de même orientation, l’introduction à son édition allemande a été rédigée par Ozden Terli, le présentateur météo de la ZDF… Présentateurs météo, au rapport ! Pas d’écarts ! Norbert Häring souligne que parmi les sponsors de la WWA, figure le tristement célèbre Impérial College of London, qui a fourni des bases pseudo-scientifiques pour des contre-mesures environnementales…

Evelyne Dhéliat n’a plus qu’à bien se tenir…

On attend plus qu’un tribunal de Nuremberg pour climato-révisionnistes… Ne riez pas : certains parlent déjà du Tribunal pénal international pour non-respect des accords de Kyoto…

Oui : gros yeux !

1 https://champouin.blog/2021/02/01/faux-nez-1/

2 Souligné aujourd’hui par moi.

3 https://www.worldweatherattribution.org/wp-content/uploads/FR_WWA-Les-evenements-meteorologiques-extremes-et-le-changement-climatique.pdf

4 https://www.strategicalert.news/fr/

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Métro loufoque – M 9

La guerre russo-ukrainienne ne marche pas ? Essayons un « Bataclan » palestinien en Israël, histoire de l’avoir enfin, notre guerre nucléaire, avec la collaboration d’idiots utiles que sont aussi bien le Hamas que le gouvernement réactionnaire de Netanyahou. Malheureusement, ce n’est pas une blague… Et les vieux démons trotkystes du NPA et de la Nupes sont toujours là : antisémitisme et promotion implicite de l’islamisme – qu’il ne faut pas stigmatiser, bien sûr (pas de vagues ?)… A propos de l’attentat d’Arras : encore quelque chose qu’on a pas vu venir, tout comme les autorités israéliennes n’ont rien vu non plus samedi 7 octobre – çà en dit long sur la débâcle des pays du bloc occidental ! Sarkozy a réduit les effectifs du Renseignement, et on va mettre en place Vigipirate renforcé, qui ne sert à rien ! Notre tueur coche toutes les cases : Tchétchène (encore), fiché S (encore), famille délinquante (encore). S’il avait été tué lors d’un délit de fuite de contrôle routier, il y aurait eu des rassemblements « Justice pour Mohamed », avec le soutien de « comités Adama »...

LA LISTE PEREC DU JOUR :

"[...] des milliers de petits jouets et accessoires scolaires données en prime à tout acheteur d'une boîte de Sherwoods' à certaines époques déterminées : plumiers, petits cahiers, jeux de cubes, petits puzzles, petits tamis pour pépites (réservés à la clientèle californienne), photos faussement dédicacées des grandes vedettes de music-hall."

La ligne 9 du métro parisien a rythmé toute mon enfance. J’avais déjà narré les péripéties du jeune marcjoly à Aubervilliers, aux prises avec le métro à la Porte de la Villette. Après Aubervilliers, nous avons habité Boulogne-Billancourt, puis Chaville. Pour « sortir » à Paris, il nous fallait donc nous rendre au Pont de Sèvres par un bus qui, à l’époque, ne sentait pas la rose : le 171, ligne qui existe toujours ! Puis commençait le long périple de la ligne 9.

L’impression qui m’est restée est celle d’un trajet qui n’en finissait pas… De facto, la ligne traverse tout le 16ème arrondissement avec des stations aux noms étranges : Ranelagh, Franklin D. Roosevelt (je prononçais « Droosevelt »), ou noms qui sonnent comme des gags : Jasmin (une fleur !), La Muette (taisez-vous !) et l’énigmatique Rue de la Pompe. Sans compter les jumeaux Michel-Ange – Auteuil et Michel-Ange – Molitor (que j’énonçais en trois fois : Michel prononcé comme le prénom, Ange, puis Molitor). Il y avait aussi les trois « -tin » : Saint-Augus, Havre-Caumar et Chaussée d’An. Eh oui, nous sommes comme çà, les ar/au-tistes. Pouvez pas comprendre ! Passons à notre Métro Loufoque :

[Rappel : suivant le principe des autres Métros loufoques, il s’agit de détourner le nom des stations, et d’écrire un petit texte à partir de ceux-ci. On peut aussi faire subir des contraintes au texte, ce que je faisais au début, mais ce n’est pas nécessaire.]

M 9 : PONT DES CHEVRES – MAIRIE DE MONTREUX

  • Pont-de-Sèvres > Pont des chèvres
  • Billancourt > Bille en tête
  • Marcel-Sembat > Marcel s’en bat les couilles
  • Porte de Saint-Cloud > Saint-Maclou
  • Exelmans > Excellent
  • Michel-Ange – Molitor : Mickey l’ange, mollit trop (Mickey l’ange est un roman de Geneviève Dormann – Albin Michel, 1995. Et à propos de métropolitain, Pétain mollit trop !)
  • Michel-Ange – Auteuil : Mickey, l’ange dans le fauteuil
  • Jasmin > Yasmine
  • Ranelagh > Raah, là, là ! [suggestion d’Etienne Ruhaud]
  • La Muette > L’amulette
  • Rue de la Pompe > Rude Lapon
  • Trocadéro > Tant qu’y a des ronds…
  • Iéna > Y’en a
  • Alma-Marceau > Sophie Marceau
  • Franklin D. Roosevelt > Benjamin Franklin
  • Saint-Philippe-du-Roule > Alors çà roule ?
  • Miromesnil > Giromagny (commune du Territoire de Belfort)
  • Saint-Augustin > Didier Gustin (imitateur des années 90)
Didier Gustin
  • Havre-Caumartin > Jacques Martin
  • Chaussée d’Antin – La Fayette > Yvan Dautin (comédien et chanteur des années 70)
  • Richelieu-Drouot > Jean-Claude Drouot (Comédien né en 1938. Il jouait dans Thierry-la-Fronde)
Je me souviens de Thierry la Fronde
  • Grands-Boulevards > Audrey Pulvar
  • Bonne-Nouvelle > Pas de nouvelles
  • Strasbourg – Saint-Denis > Gainsbourg ! Cinq demis !
  • République > Raie publique
  • Oberkampf > Mein Kampf
  • Saint-Ambroise > Framboise
Boby Lapointe, Avanie et framboise, dans le film de François Truffaut : Tirez sur le pianiste (1960), avec Aznavour dans le rôle du pianiste. Truffaut a créé un précédent en imposant le sous-titrage de la chanson, contre l’avis de la production !

  • Voltaire > Voltarène
  • Charonne > Charogne
  • Rue des Boulets > Rouler bourré
  • Nation > Incarnation
  • Buzenval > Buchenwald
  • Maraîchers > Marre, fait chier ! [suggestion d’Etienne Ruhaud, qui connaît bien le quartier]
  • Porte de Montreuil > Ce que je porte est monstrueux
  • Robespierre > Roger Pierre
  • Croix de Chavaux > Choix de travaux
  • Mairie de Montreuil > Rémi de Montreux

J’avoue que les deux stations avec Montreuil m’ont donné du fil à retordre… Il ne reste plus qu’à pondre un texte au forceps :

ECLATEX VS. FLIPPAX

Sur le pont des chèvres, la nature bille en tête, Marcel s’en bat les couilles des conneries parisiennes, Instagram, les paillettes…

Chez Saint-Maclou, sur l’excellent revêtement de sol, Mickey, l’ange, mollit trop. Puis Mickey, l’ange, dans le fauteuil, met Yasmine sur ses genoux. Raah, là, là ! 

En pleine toundra, Marcel ne veut pas rendre l’amulette au rude Lapon. Elle lui portera bonheur.

Pour Mickey, tout baigne. Tant qu’y a des ronds… Et y’en a ! Mais Yasmine ne lui suffit plus. Il lui faut Sophie Marceau.

En rase campagne, sur les traces de Humboldt, Marcel fait des expériences à la Benjamin Franklin, et s’éclate.

Mickey à Yasmine : « Alors, çà roule, ma poule ? » Né à Giromagny, parti de rien, Mickey l’imposteur ne voulait pas se contenter d’une carrière à la Didier Gustin, qu’il confondait avec Jacques Martin ou Yvan Dautin, bons pour les boomers !

Marcel, le « boomer », préférait le panache à la Jean-Claude Drouot à la frime de l’influenceur Mickey.

« Audrey Pulvar, pas de nouvelles… », soupire Mickey… « Putain, je vais me saoûler comme Gainsbourg : cinq demis ! Audrey, raie publique, oui !« 

« Que la nature est belle », se réjouit Marcel, « rien à voir avec Mein Kampf ! » Allons déguster une petite framboise…

Mickey a une grosseur à la cheville, qu’il masse avec du Voltarène®. « Ah, charogne ! » dit-il en contemplant ce cou-de-pied turgescent.

« Framboise, oui ! Mais, il ne faut pas rouler bourré !« 

« Ce monde pourri est l’incarnation de Buchenwald ! MARRE ! FAIT CHIER ! Ce que je porte est monstrueux !« 

« Mais mon bonhomme, fais comme moi : prends-la plume. Vois-tu, je m’appelais Roger Pierre. Après tout un choix de travaux d’écriture, je publie sous le nom de Rémi de Montreux !« 

« Tu fais chier avec ta nature, ta sagesse, ton calme et ta plume. Mets-toi là dans le cul ».

FIN

Mouais…

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Premier prix de gratin !

Dans le numéro précédent, j’aurais pu ajouter ceci à propos de la Belgique : nous avons une Flandre, les Belges ont les Flandres. Par contre nous avons les Ardennes, ils ont l’Ardenne.

Au moment où je rédige cet article, l’évènement le plus important de la planète semble être la blessure d’Antoine Dupont. J’EN AI ABSOLUMENT RIEN A FOUTRE !

Si vous passez par Montpellier, allez voir l’exposition (jusqu’au 15 octobre au MO.CO) consacrée à Neo Rauch. Ce peintre allemand né en 196o nous décrit un monde imaginaire et onirique. Du Garouste avec un zeste de Plonck et Replonck. Cà me donne l’idée de faire un article du genre Eloge du figuratif (lequel reprend d’ailleurs du poil de la bête).

Neo Rauch, The Microscopic Giant.

LA LISTE PEREC DU JOUR :

"[o]n pouvait y faire aussi bien du cheval que de la voile, du ski nautique, de la chasse sous marine, de la pêche au gros, des promenades à dos de chameau, des stages de poterie, de tissage ou de sparterie, de l'expression corporelle ou du training autogène."

Où l’on voit qu’il en est du training comme de la soudure…

Les branleurs qui frimaient avec leur HP 50 !

Autres sports : le thème et la version. Je parle là du grec et du latin, mais enseigner l’hébreu ou le sanskrit ne serait pas inintéressant non plus ! Pour moi, les langues, « mortes » ou « vivantes », ont plus d’intérêt que les mathématiques (matière morte, justement). Mais, conséquence de l’effondrement du niveau de l’Education nationale, on n’apprend (presque plus) les langues anciennes au lycée et plus du tout au collège. Apprendre les dérivées ou les intégrales en 1ère et terminale n’apporte rien pour le développement personnel. Qu’on enseigne çà uniquement à la fac pour ceux qui ont la fibre matheuse (les petits branleurs qui excellent en maths pour préparer une école de… commerce) !

D’ailleurs, entre nous, le grec ancien, langue musicale par excellence, est plus légitime que le latin, idiome « unifié » créé artificiellement pour des raisons administratives alors que les peuples italiques employaient à l’oral des dialectes divers… Au lycée, on apprend surtout le latin et accessoirement le grec : çà devrait être l’inverse.

Le latin, c’est du chinois !

Tiens, soyons fous : créons une nouvelle langue ancienne : pas le palatin* ni le fenugrec, mais le gratin, fusion du grec et du latin ! Ce serait, comme il se doit, une langue à « cas », c’est-à-dire à déclinaisons. Que ceux qui n’ont fait ni latin, ni grec, ni allemand, ni russe veulent bien m’excuser de ne pas comprendre de quoi je parle… Je sais bien que pour vous, le latin c’est du chinois (sauf pour les Chinois pour lesquels c’est de l’hébreu) !

*Les Editions Latines, à Paris, ont leur siège rue Palatine. Faudrait savoir !

La rose, Rose !, de la rose, à la rose, par la rose…

Nous pourrions décliner les mots à l’accusatoire pour les avocats sophistes, au(x) génitoire(s) pour les lupanars de Pompéi, au suppositoire (dans des lupanars plus spécialisés ?), au primitif pour s’adresser aux peuples barbares, au plumitif pour en foutre plein la vue quand on s’appelle Cicéron, à l’apéritif pour commencer les orgies, au vomitif (conséquence de ce qui précède), au laxatif (même remarque ?) et au supplétif pour les auxiliaires, non pas des verbes mais des armées romaines.

Ne mettez pas « votre poire » au génitif !

Nous pourrions également conjuguer à la forme poussive qui serait la preuve que le latin, c’est laborieux ! Il y aurait d’autre formes : l’improviste pour exprimer les actions soudaines et le sapin pour les actions… définitives. Ou le lapin, lupin, rupin, rapin, radin, gadin, gamin, aaaargh!!!!

Et comme la syntaxe française est issue de celle du latin, il existerait aussi une langue française parallèle avec les conjugaisons qui suivent : ainsi l’absent quand il n’y a pas de sujet, le passé décomposé pour les dépositions judiciaires à déclarations contradictoires et l’impatient pour les services de police. Et le moins-que-parfait, pour les crimes ratés ? Quant au passé compliqué, l’est-il plus que le passé simple (qui l’est déjà) ? Le conditionnel serait remplacé par le suppositoire déjà évoqué, mais le traditionnel, qu’est-ce ?

Enfin, je ne résiste pas à cette réplique de sketch des Frères Ennemis (mais qui pourrait être de Chevallier & Laspalès) :

« Dîtes-moi, est-ce que vous avez fait du latin ?

– Non, mais hier j’ai fait des crêpes. »

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Dekoikonparle ? (6)

La Belgique et les Belges

Plus qu’une semaine (jusqu’au 24 septembre) pour visiter l’exposition Rembrandt en eau-forte à l’abbaye de Fontevraud (Maine-et-Loire)*. Non seulement on peut y voir la majorité de ses gravures, mais de plus le traditionnel parcours thématique a été remplacé par un découpage « autour » des techniques et procédés.

*Grâce aux prêts des collections Jacques Glénat (couvent Ste-Cécile, Grenoble), Dutuit (Petit-Palais, Paris) et Frits Lugt (fondation Custodia).

Dans notre parution du 1er juillet (Honteux et confus), j’avais narré que les sketches comiques se raréfiaient à la FNAC, car notre époque ne rit plus. Dans Cà m’intéresse de juillet-août, un article, Pourquoi rit-on moins qu’avant (p. 80-81), reprend cette thématique*. Selon la journaliste Sabrina Moreau, le rire était ce qui était partagé par toutes les classes sociales. Aujourd’hui, la notion de classe n’existe plus, et parmi une population atomisée, on ne s’amuse plus des mêmes choses. Je n’aime guère les revues « d’intellectuels » comme Esprit ou La revue des deux mondes, mais le numéro de cette dernière (juillet-août**), propose un délicieusement méchant Bétisier du wokisme – perles et analyses. Et les auteurs d’affirmer que l’humour et le recul n’est pas le fort des wokistes. Et j’ajouterai : tout comme des puritains et des dictateurs…

*…comme disent les sociologues. Avant eux, il y avait simplement des thèmes ou des sujets…

**Désolé, nous sommes en septembre et les parutions précitées ne sont sans doute plus disponibles…

LA LISTE PEREC DU JOUR :

"[...] dans une coupe de verre, des modèles de cristallographie, pièces de bois minutieusement taillées reproduisant quelques formes holoèdres et hémièdres des systèmes cristallins : le prisme droit à base hexagonale, le prisme oblique à base rhombe, le cube épointé, le cubo-octaèdre, le cubo-dodécaèdre, le dodécaèdre rhomboïdal, le prisme hexagonal pyramide."

Si la Belgique n’existait pas, il faudrait l’inventer. Un pays artificiel, qui historiquement chevauche deux peuples : Germains et Gaulois, deux systèmes : Saint-Empire et outre – Saint-Empire, deux langues : Flamands et Wallons. La Belgique n’est pas par hasard la patrie du surréalisme !

Voyons tout çà sous la forme de miscellanées :

  • Accent :

« L’accent belge ». Il s’agit en fait de l’accent bruxellois. De même pour les « une fois », « sais-tu ? », qui appartiennent au parler bruxellois – l’équivalent de celui des titis parisiens ou des cockneys londoniens – et qui sert à marquer la zwanze, c’est-à-dire la gouaille de l’endroit. Mais très peu de personnes à Bruxelles parlent encore comme çà. Il y a des accents différents à Mons, Namur ou Liège.

  • Congo :

Savez-vous pourquoi en République démocratique du Congo (ex-Zaïre, ex-Congo belge), au Rwanda et au Burundi (ex – Ruanda-Urundi), anciennes colonies belges, n’a-t-on jamais parlé flamand ? Le flamand ne fut retenu en Belgique métropolitaine que depuis 1932, mais cet argument ne tient même pas : ces colonies n’étaient pas des dépendances du royaume de Belgique, mais la propriété personnelle du roi Léopold ! Or la famille royale de Belgique a toujours été francophone. On ne verrait pas çà au Congo suisse !

  • Frites :

Le visuel présenté en bannière de titre fait un peu cliché, mais les frites – à la graisse de saindoux avec leur petites sauces mayo, blanche, pili-pili, ketchup, samouraï – sont réellement un élément important de la culture belge – témoins les officines à enseigne wallonne « FRITERIE » ou flamande « FRITUUR », dont l’appellation est de plus en plus usurpée par de simples kébabs. A ce sujet, il est cocasse que les deux points culminants de la Belgique (651 m) s’appellent Barraque-Saint-Michel et Barraque-de-Fraiture (et non pas…) !

  • GSM :

On ne dit pas, en Belgique, « (téléphone) portable », mais GSM, d’après la norme de seconde génération pour la téléphonie mobile (Global System for Mobile Communications). De même les Américains ont un cell(phone), et les québecois un cellulaire (les portables européens sont satellitaires, autre mode de réception). Les Suisses utilisent un Natel (Nationales Autotelefonnetz) qui signifie « Réseau téléphonique automobile national » car les premiers téléphones mobiles étaient dans les voitures ! Les Italiens se servent d’un telefonino (un « téléphonet »), et les allemands un Handy, car, comme disait Coluche à propos du schmilblick : « il tient dans la main, il tient dans la main »

  • Langues :

« Oui, je sais, il y a deux langues, c’est pour çà qu’il y a deux provinces : la Wallonie et la Flandre.

-Ce serait trop simple ! D’abord, il n’y a pas de provinces, mais des régions.

-Tu joues sur les mots !

Tu vas voir. Cite-moi des exemples de pays européens fédéraux.

-Ben… L’Allemagne, la Suisse et je crois qu’il y a l’Autriche.

-Tu as oublié la Belgique !

-…

-C’est un Etat fédéral depuis 1993, composé non pas de deux, mais trois régions : tu as oublié la région bruxelloise.

[Soupir] Bon d’accord… Mais liées aux deux langues, vu que Bruxelles est bilingue.

-Faux : il y a trois langues : les habitants des cantons d’Eupen et de Malmédy, même s’ils parlent le français au quotidien, sont officiellement germanophones. Donc, en comptant le bilinguisme de Bruxelles, il y a quatre régions linguistiques, indépendantes des trois régions de tout à l’heure et que l’on appelle communautés. Régions et communautés ont chacune leur domaine de compétence.

-C’est pas simple, ton affaire ! Mais on s’en est sortis !

-Simple ? Il y a donc le Gouvernement fédéral, le Gouvernement flamand, le Gouvernement wallon, le Gouvernement germanophone et le Gouvernement de la Région Bruxelles-capitale (ne pas confondre avec le Gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles). Et donc pour chaque compétence (santé, culture, etc.), il y a six ministres ! Tu penses bien qu’un tel système n’est pas vraiment viable. Francophones qui pour raisons professionnelles s’installent en communauté néerlandophone – et vice-versa, modification dans le temps de la typologie linguistique… C’est pour cela que les Belges ont inventé en terminologie courante les communes à facilité*, et en terminologie officielle régime spécial en vue de la protection des minorités (35 communes en tout) ! Exemple : Mouscron, francophone par son voisinage avec Tourcoing, enclavée en région de Flandre et commune du Hainaut (région de Wallonie), mais « cernée » par les néerlandophones.

*Appelées avant 1962 « communes égarées » !

Les couleurs indiquent les facilités administratives et/ou d’enseignement et/ou judiciaires…

-En tous cas, tout cela doit bien faire rire les Suisses… »

Pour un Français, un francophone
est un étranger parlant français.

Alain REY

Il peuvent rire, en effet : la crise institutionnelle de 2010, sur fond de tensions identitaires et linguistiques, s’est achevée par l’élection d’un Premier ministre dont on nous a spécifié qu’il serait flamand. Il s’appelait (roulement de tambour)… Yves Leterme* ! Un ministre à facilité ? S’il n’y avait pas ces tensions, on ne ferait même pas la remarque… Prenons le sujet par l’autre bout : la mixité croate/serbe, ou bien russe/ukrainienne ne posait aucun problème, jusqu’à ce que çà dégénère…

*Cà nous surprend ? Comme l’écrit Alain Rey : pour un Anglais ou un Américain, un anglophone est quelqu’un parlant anglais, mais pour un Français, un francophone est un étranger parlant français !

  • Panneaux routiers :

Parlons du fait, en Belgique, de ne pas traduire les toponymes dans la langue de la région où ils se situent (par ex. en français pour un nom de lieu wallon, selon la norme internationale), mais dans la langue du lieu où se trouve le panneau routier. C’est ainsi que fleurissent en Flandre des LUIK* et des RIJSEL. Il faut deviner qu’il s’agit de Liège et de Lille !

*Ce n’est pas un cri de cochon (luiiik !)

Exercice : où sommes-nous ? – spécial dédicace Karambolages. Nous sommes sur le Ring Brussel, c’est-à-dire le périphérique de Bruxelles. Les noms wallons sont transcrits en flamand, donc nous sommes dans la partie néerlandophone de la région bruxelloise. Bergen, c’est Mons. Namen, c’est Namur. Leuven, c’est Louvain. Mais curieusement Charleroi ne se traduit pas. On ne dit pas « Karelkoning » !

Il y a bien d’autres bizarreries outre-Quiévrain*. Evoquons les appellations septante et nonante, d’ailleurs beaucoup plus logiques que nos « soixante-dix » et « quatre-vingt-dix » : tout n’est pas absurde en Belgique !

*Le Quiévrain est un affluent de l’Escaut dont une partie sert de frontière. Il sépare en deux une commune appelée Quiévrain en Belgique et Quiévrechain en France.

Dernière minute : l’autre jour, à Ostende, j’ai discuté à une terrasse avec un couple de touristes wallons qui étaient rattachistes, c’est-à-dire partisans du rattachement de la Wallonie à la France (il existe un parti pour cela : le RWF – Rassemblement Wallonie France) !

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Mon Saint-Quentin (2)

Ville d’Art et d’Histoire

La fin de l’ère coloniale s’annonce enfin. L’actualité a montré que la révolte des pays africains est liée aux bruits de bottes otanesques (lire le numéro précédent : Cours camarade !) ? Les Américains ont poussé les va-t-en guerre de Paris et la Cédéao à « intervenir » au Niger (riche en uranium…). Une intervention russe en Ukraine, c’est caca. Une intervention au Niger, c’est bien… En tous cas, pour la première fois, les BRICS sont devenus plus puissants économiquement que le G7 ! Du 22 au 24 août s’est également tenu le sommet des BRICS à Johannesburg dans lequel le lèche-cul de l’Otan Emmanuel Macron na pas été invité. Onze nouvelles nations y ont adhéré et il a été question de nouveaux mécanismes de paiement non libellés en dollars entre ces pays. Courage à Dilma Rousseff à la tête de la nouvelle Banque de développement international, dévouée à la dédollarisation. Occident-casino, ou bien Sud en plein croissance grâce aux BRICS ? La lutte continue !

Une nouvelle rubrique qui accompagnera le début de chaque parution : il s’agit bien évidemment de listes… lesquelles parsèment La Vie mode d’emploi* de Georges Perec (Hachette, 1978). Ce sera en quelque sorte la liste du jour. Voici la « liste Perec » d’aujourd’hui :

*J’écrirai quelque chose là-dessus – voire un pastiche ?

"Il le trouvait assis à sa table en train de regarder les étiquettes d'hôtel que Smautf avait ajoutées pour lui à chacun de ses envois d'aquarelle : Hôtel Hilo Honolulu, Villa Carmona Granada, Hôtel Theba Algésiras, Hôtel Peninsula Gibraltar, Hôtel Nazareth Galilée, Hôtel Cosmo Londres, Paquebot Ile-de-France, Hôtel Régis, Hôtel Canada Mexico DF, Hôtel Astor New-York, Town House Los Angeles, Paquebot Pennsylvania, Hôtel Mirador Acapulco, la Compania Mejicana de Aviacion, etc."
« Ceci dit, on s’est pas posé : on est resté dans l’avion ».

Bonne rentrée, et je ne sais pas où vous avez passé vos vacances. Honolulu, Acapulco ou bien Saint-Quentin ?

C’est le deuxième volet* de cette rubrique consacrée à Saint-Quentin, ma « ville-doudou ». Avant d’en venir au fait, il s’agira comprendre qu’il y a eu « grandeur et décadence » de cette ville. Il faut donc en tracer l’histoire.

*Le premier était consacré à l’Art déco pour exploiter le grand nombre de photos que j’ai prises dans ce domaine.

Les Saint-Quentinois savent que leur ville se situe dans le Vermandois. Tout part d’un oppidum gaulois : Viromanduorum. Les Romains s’y installent, et quelques années plus tard, l’abandonnent pour préférer une autre colline* ** plus à l’ouest, qu’ils appelleront Augusta Viromanduorum, qui se situera (cardo) sur l’axe Bagiacum (Bavay)-Lugdunum, et sur celui (decumanus) Samarobriva (Amiens)-Aquis (Aix-la-Chapelle). Quant à la Somme, elle ne fut pas navigable avant sa canalisation au 19ème siècle.

*Scénario courant peu après la colonisation romaine (cf. Bibracte remplacée par Autun).

**…dont le point culminant est le toit de la basilique. De là, par beau temps, j’ai pu apercevoir un autre édifice religieux : la cathédrale de Laon (40 km) !

Selon la légende, la tête du martyr Quintinus décapité (à Amiens, pourtant) fut retrouvé sous le temple païen. Une église dédiée à St-Quentin fut alors édifiée, ancêtre de la basilique actuelle dont il est le moment de parler : la construction de cet édifice gothique, plus vaste que les cathédrales de Soissons ou Noyon, commence au début du 13ème siècle sur les vestiges des églises primitives. L’essentiel est achevé à la fin du 15ème siècle (la façade date de la Renaissance). Les deux premiers étages de la tour porche sont antérieurs au reste de l’édifice, on les date de 1195. Quant aux parties supérieures, elles ont été refaites en style classique après l’incendie de 1669. Fortement endommagée par les bombardements de 1917, la reconstruction de cette collégiale royale, élevée au rang de basilique en 1876, s’étala de 1919 à 1956 ! La charpente fut refaite en béton comme à Ypres ou Reims. C’est seulement en 1975 que fut érigée la flèche au-dessus de la croisée, ce qui valut aux Saint-Quentinois de surnommer leur basilique « le casque à pointe » ! J’ai toujours connu ce monument avec sa tour-porche du 12ème siècle, hélas remplacée récemment par un élément architectural évoquant la contre-Réforme…

Quelle horreur ! Comme à Cambrai !

A noter aussi que c’est la seule église, avec Bayeux et Chartres, à avoir conservé son labyrinthe…

Sans oublier mon coup-de-coeur, cette notation musicale découverte récemment !

Dès le haut Moyen-Age, l’ancienne voie romaine nord-sud devint la route des foires, reliant la Flandre à la Champagne, et la ville se développe rapidement. Une charte communale lui est favorable. A l’emplacement de l’actuelle Grand-Place, une importante foire annuelle s’y tient. Aujourd’hui encore, l’hypercentre de Saint-Quentin est entièrement bâti sur des caves, celles-là mêmes qui ont entreposé textiles (« drap »), grains et vins de Champagne qui ont fait l’objet du commerce médiéval.

Enjeu stratégique de premier ordre, Saint-Quentin subit les guerres « de Cent-Ans » et puis, au 15ème siècle, fut disputée au roi de France par les ducs de Bourgogne. Mais la foire perd de son importance, et la ville est frappée plusieurs fois par la peste. En 1447 (mort de Charles le Téméraire…), elle redevient française. En 1509 fut achevé un édifice qui vous est peut-être familier, et est sans doute la seule référence que vous avez de Saint-Quentin. Eh, boomers, vous vous souvenez des billets de 5o francs ? Ce type avec une faluche sur la tête ? C’est Maurice-Quentin [évidemment] de La Tour, le pastelliste du 18ème siècle, enfant du pays. Mais derrière lui on voit un bâtiment plus ancien : l’Hôtel de ville.

En style gothique flamboyant (1509), il est dû à l’architecte Collard Noël. Sa façade se termine par trois pignons (influence de l’architecture flamande). Les arcades sont ornées de 173 sculptures dont certaines sont loufoques ou irrévérencieuses :

Son carillon, installé dans un campanile néogothique, est doté de 37 cloches. L’Hôtel de ville est le bâtiment emblématique de Saint-Quentin. J’y habitais (à St-Q., pas à l’Hôtel de ville !) à l’époque du billet de 50 balles !

En 1557, surgit un événement gravé dans l’histoire collective des Saint-Quentinois : un siège héroïque face aux troupes espagnoles de l’impérialiste réactionnaire Philippe II se termine par une terrible défaite des forces françaises et le pillage de la ville, malgré la résistance menée par Gaspard de Coligny. Saint-Quentin est restituée à la France en 1559.

Au siècle suivant, grâce aux filatures de lin, Saint-Quentin retrouve sa prospérité. Celles-ci perdureront jusqu’au milieu du 20ème siècle. Au 19ème siècle, elle connaît un grand développement en devenant une ville industrielle prospère, grâce à des entrepreneurs sans cesse à l’affût des nouveautés techniques. Les mouvements ouvriers y sont très combatifs. Les productions sont diversifiées, mais la construction mécanique et surtout le textile l’emportent : les « articles de Saint-Quentin » sont alors bien connus.

Revanche de 1557 : le 8 octobre 1870,les Prussiens ne peuvent pas s’emparer de la ville grâce à la résistance de ses habitants. Le siège fut tout de même brisé le 19 janvier 1871.

La Grand-Place entre 1871 et 1914, avec en son centre le monument commémoratif du 8 octobre.

La Belle Epoque fut une période faste pour Saint-Quentin, vite brisée par la première Guerre mondiale : 70 % des immeubles (dont la basilique) sont endommagés. Dans les années 1920, la reconstruction donna au centre-ville la physionomie qu’on lui connaît aujourd’hui. Plus de 3000 immeubles Art déco furent construits [https://champouin.blog/2023/01/15/mon-saint-quentin-1/]

J’ajouterai l’ancienne chambre du commerce, aujourd’hui Espace St-Jacques : un pastiche gothique/Renaissance (1929). Et aussi cet élégant pastiche 18ème siècle rue de la Sellerie (1922) qui prend comme modèle le pavillon de Hanovre construit à Paris sous Louis XV, référence maintes fois reprise, notamment par les architectes Paul Bigot et Louis Guindez pour le musée de la ville, le musée Antoine Lécuyer, consacré notamment à M. Q. de la Tour.

37, rue de la Sellerie : çà en jette, non ? Le toit pentu dans la rue derrière correspond à l’Espace Saint-Jacques.

[A suivre…]

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