Ma bibliothèque amoureuse (9/infini)

Emeutes en Martinique : la révolte est légitime. Toute l’économie (commerces, grande distribution, concessionnaires automobiles, import…) est aux mains des Békés. Mais les violences sont attisées par les situations de la Nouvelle-Calédonie et de Mayotte… dont les causes sont différentes ! Pour l’une il s’agit de la négation de la forte identité kanake, et pour l’autre de immigration ingérable de Comoriens et d’Africains des Grand Lacs. Ce qui est regrettable, est que les comportements violents (pillages, incendies, destructions) sont le fait, comme dans les deux autres Communautés précitées, d’une minorité constituée de délinquants, trafiquants de drogue, et autres petits branleurs. La majorité des Martiniquais sont exaspérés. Sur le site web de France-Antilles, un internaute remarque que la CAF n’a pas subi de dégradations…

LA LISTE PEREC DU JOUR :

"Il lui donna des explications techniques avant de lui faire visiter le Manoir à l'Envers, un vieux castel gothique planté sur ses cheminées avec des fenêtres renversées et des meubles accrochés au plafond, le Palais lumineux, cette maison féerique où tout, des meubles aux tentures, des tapis aux bouquets, était fait de verre [...], le Globe céleste, le Palais du Costume, le Palais de l'Optique, avec sa grande lunette permettant de voir la LUNE à UN mètre, les Dioramas du Club Alpin, le Panorama transatlantique, Venise à Paris et une dizaine d'autres pavillons."

Biographies, autobiographies et Mémoires (mais pas souvenirs, çà fait trop animateur TV ou acteur ne sachant pas écrire), sont des révélateurs de l’état d’esprit du lecteur. On a du coup une idée de son apprentissage (au lecteur ou au « biographé » ?), de ses passions ou de ses orientations politiques. Est-il littéraire, scientifique, les deux ? S’il est ni l’un ni l’autre, c’est qu’il ne lit pas… Il y a des bios intéressantes sans forcément être des sommes – la tradition française de la biographie de 6oo pages chez Plon ou chez Fayard (Beethoven des Massin, Louis XI de Murray Kendall*…) a un peu vécu…

*Ce dernier, prêté et jamais rendu…

Qu’ai-je dans mon escarcelle (c’est-à-dire dans ma bibliothèque) à vous montrer ?

  • Luc Brisson, Platon, Cerf, 2020.

Il y a pléthore de livres sur la pensée de Platon, mais peu sur le bonhomme. L’ouvrage de Brisson a l’avantage de pouvoir être lu par un profane, bien que l’auteur soit un universitaire (surtout en France !).

  • Christine Pedotti, Jésus – cet homme inconnu, XO éditions, 2013 (disponible en Livre de Poche).

Un livre sur l’homme Jésus, bien qu’on ait pratiquement aucun témoignage purement historique. On pense à Platon, concernant quelqu’un qui mettait chacun devant ses contradictions et maniait le sens de l’humour. Des comportements qui mènent à la cigüe ou à la croix… Pedotti, journaliste à Témoignage Chrétien, est à ma connaissance la seule qui soulève cette dimension de l’humour à propos de Jésus.

  • Mireille Hadas-Lebel, Philon d’ Alexandrie – un penseur en diaspora, Fayard, 2003.
  • Gérard Haddad, Maïmonide, Les Belles Lettres, 1998.
  • Géraldine Roux, Maïmonide, Points, 2017.

Houlà, là ! Philon (-20 av. J.C.-45 ap. J.C.), Moïse Maïmonide (1138-1204), grandes figures de la pensée juive… Il doit s’agir de gros pavés hermétiques ! Que nenni ! Ces deux ouvrages (136 p. et 191 p.) sont tout simples ! De surcroît, Haddad, spécialiste de judaïsme, est aussi psychanalyste. Cà relativise… Et nous qui croyions que tout çà, c’était de l’hébreu (ha, ha!). Mais qui, non juif (et encore…), en France, est capable de citer le nom de penseurs juifs d’avant le 20ème siècle ?

  • Serge Bramly, Léonard de Vinci, J.-C. Lattès, 1988 (disponible en Livre de Poche).

Il ne s’agit pas de l’ouvrage le plus fluide – et l’écriture de Bramly, pourtant romancier et essayiste, est parfois pénible – mais ce pavé (670 p.) est le livre le plus complet sur le sujet. Surtout, il narre aussi bien le Léonard artiste que le Léonard ingénieur, les autres ouvrages traitant souvent de l’un ou de l’autre. On découvre un Vinci prolifique et polymathe*, qui ne finissait pourtant jamais ses projets ! Manquent (on est en France…) des illustrations, mais il y a un index !

*Un polymathe est quelqu’un s’intéressant à tous les sujets.

  • Max Caspar, Kepler, Dover Publications, 1993.

On cite souvent l’astronome Kepler mais personne n’est capable de décrire son cheminement intellectuel… Cette biographie en anglais (non traduite en français) est éditée par Dover, excellente maison new-yorkaise qui s’est intéressée (entre autres) à Mozart, Edgar Poe, Oscar Wilde, Einstein, au ballet classique et à l’histoire des sciences.

Johannes Kepler. Un faux air de Jean Rochefort ?

  • Moi, Benjamin Franklin – citoyen du monde et homme des Lumières, Autobiographie et textes scientifiques de B. Franklin, réunis et commentés par Jean Audouze, Dunod, 2006.
  • Collectif, Benjamin Franklin, homme de science, homme du monde, CNAM/Paris musées, 2007.

C’est fou ce que ces titres se ressemblent ! Le mieux est de lire l’autobiographie du « bonhomme Franklin » en anglais, mais Penguin Classics n’édite pas le texte intégral… Je l’avais lue en anglais dans une édition épuisée et Franklin ne manquait pas d’humour ! En tous cas, encore un polymathe, un vrai ! C’est-à-dire de la race de ceux qui (comme Vinci) sont totalement autodidactes ! Et en plus il était politique ! Pouvez pas comprendre… Quant à l’ouvrage collectif, il s’agit du livre de l’exposition au musée des Arts et Métiers en 2007.

  • Georges Hourdin, L’Abbé Grégoire, évêque et démocrate, Desclée de Brouwer, 1989.

Personnage étrange, à la fois très conservateur et très libertaire ! Il partageait quelques préjugés de son époque, mais l’esclavage et la peine de mort étaient pour lui deux lignes rouges à ne pas franchir. Un Victor Hugo avant l’heure !

  • Forrest McDonald, Alexander Hamilton – A Biography, W. W. Norton & Company, 1979.

Hamilton est l’un des « pères fondateurs » des Etats-Unis. Il est néanmoins moins connu (surtout en France) que Franklin, le falot Washington ou le réactionnaire pro-britannique Jefferson. Hamilton passerait aujourd’hui pour communiste à cause de la création d’une banque nationale publique, plus tard sabotée pour devenir l’union de banques privées qu’est la Banque Centrale. Il mourut dans un duel (meurtre déguisé ?) contre Aaron Burr, un autre réactionnaire.

  • Janine Alexandre Debray, Schoelcher, Perrin, 1983.

J’ai trouvé ce livre, écrit par la mère de Régis Debray, chez un bouquiniste. Là encore, peu connaissent le Schoelcher avant d’avant 1848. On apprend qu’il a sillonné les Antilles et vu l’esclavage de ses propres yeux : ce n’est pas un abolitionniste de salon. Cet homme à la fois très calme et écorché vif était à la pointe de toutes les injustices.

Celui-ci pas lu…

  • Emil Ludwig, Bismarck, Payot, 1929.

Traduction française (introuvable aujourd’hui) d’un ouvrage allemand, (même remarque), trouvé chez feu mon beau-père. Bismarck n’est pas aimé en France, avec tous les clichés stupides du « prussisme » : « Ach ! Gasque à bointe ! », etc. Et qui connaît le Bismarck d’avant 1870 ? Il appert également, à la lecture de l’ouvrage, qu’il a été mal conseillé en 1870, puis carrément congédié par Guillaume II en 1890 suite à une cabale.

Oui, je sais, çà fait rire...

  • Margery Weiner, Helen Keller, Edito-Service (Genève), 1971, distribué par Le Cercle du bibliophile.

Traduction française, également, d’un livre disponible peut-être encore chez les bouquinistes. Helen Keller, voilà une femme pas banale, de par son handicap (aveugle et sourde) et de par sa personnalité ! Par « femme », entendons plutôt un « couple », celui qu’elle forma avec Anne Sullivan*, qui lui « parlait » dans les mains grâce à un alphabet tactile de son invention. Le handicap d’Helen les obligea a partager leurs intimités… Helen Keller voulut tout apprendre, tout savoir (elle fit des études supérieures), était idéaliste (on pense à Marie Curie, Romain Rolland ou Einstein). Elle fut parfois crédule, comme sa tentative de faire du cinéma, où on s’est servi et moqué d’elle… C’est à ma connaissance la seule biographie complète du personnage.

*Hors du sujet de ce livre, Anne Sullivan eut elle aussi une vie non banale avant de rencontrer Keller.

  • Eve Curie, Madame Curie, Gallimard (Folio), 1938.
  • Ariadna Castellarnau, Marie Curie – la combattante aux deux prix Nobel qui sauva des millions de vie, RBA, 2020. Paru en français dans la collection « Femmes d’exception », disponible chez les marchands de journaux.

Ténacité, ténacité, ténacité ! C’est ainsi qu’on peut résumer la vie de Marie Curie, récemment attaquée car  » inventrice » de la radioactivité. Vieille histoire : étrangère, femme, discipline nouvelle ne relevant pas totalement de la physique ni de la chimie, relation adultère (vraie ou supposée) avec Paul Langevin, tout a été prétexte à la discréditer. Le premier des deux ouvrages a été écrit par sa fille Eve (soeur d’Irène) la seule « non scientifique »* des enfants de Marie, mais dont le talent a servi à faire connaître la cause de sa mère.

*Evidemment, on se doute qu’elle a une formation scientifique, inévitable dans les générations Curie/Joliot jusqu’aujourd’hui.

  • Collectif, Pierre Dac – du côté d’ailleurs, MAHJ/Gallimard, 2020.

C’est le livre de l’exposition éponyme organisée en 2020 par le Musée d’art et d’histoire du Judaïsme. L’accent est mis sur les origines et la judéité de Pierre Dac, et par conséquent, de son engagement à Londres dès 1943. On apprend beaucoup sur « Pierre Dac avant Pierre Dac », car on oublie qu’il a eu une carrière avant-guerre.

  • Jacques Pessis, Joséphine Baker, Gallimard (Folio), 2007.

A la parution (2007) de ce livre, qui aurait pensé que Baker serait entrée au Panthéon ? Et pas seulement dans son engagement pour la France libre, mais aussi pour son parcours pour les libertés et son idéalisme. C’est vrai que son projet « d’enfants du Monde » des Milandes était un peu surprenant, mais ne se serait pas fait si Joséphine n’avait pas été quelque peu « timbrée », ce qu’il faut voir comme une qualité (cf. d’autres personnages listés dans cette rubrique) !

  • Florence de Lussy, Simone Weil, PUF (Que sais-je ?), 2016.

Justement, on en parlait, des gens « timbrés » ! Simone Weil (1909-1943 – à ne pas confondre avec l’autre, cela m’agace), quelle femme étrange ! Une ténacité intellectuelle mêlée à une sensibilité extrême, tout comme, dans un autre registre, Friedrich Schiller. La question métaphysique là hantait, au point qu’elle est tombée dans le mysticisme, ce qui n’était pas son meilleur côté. Elle sacrifiait les choses matérielles, au point parfois de s’abstenir de se nourrir, ce qui rappelle Marie Curie pendant ses études… Elle voulait connaître la condition humaine : dénonçant les marxistes de salon, cette fille de bourgeois alla travailler en usine – incompatible avec son état de santé. Sacrifice, encore ! Personne inclassable : à Londres, ceux autour de de Gaulle ne surent pas quoi lui faire faire …

  • Amelia Platts Boynton Robinson, Le combat des Noirs aux Etats-Unis -témoignage d’une amie de Rosa Parks et de Martin Luther King, Duboiris, 2007.

Les Etats-Unis, encore ! Mais qu’est-ce que c’est que ce titre idiot et mal emmanché ? L’ouvrage original s’appelle Bridge Across Jordan (Schiller Institute, 1991). Explication : il s’agit de l’autobiographie d’Amelia Robinson (1911-2015), une dame que j’ai eu l’honneur de rencontrer. Cette militante américaine des Droits civiques est à l’origine des Marches de Selma à Montgomery en 1965. Robinson tomba sous les coups des policiers, et perdit connaissance sur le pont Edmund Pettus sur la rivière Alabama. D’où la métaphore biblique du pont sur le Jourdain.

Amelia Robinson.

  • Martin Luther King, Autobiographie, textes réunis par Clayborne Carson, Bayard, 2000.

Les Droits civiques, encore ! Il faut vraiment lire cette autobiographie pour comprendre ce que King n’était pas. Pas un communiste, pas un anti-blanc comme le Malcom X des débuts ou les Black Panthers, pas un simple « chef » du mouvement des Droits civiques, mais un homme d’Etat potentiel qui aurait pu devenir président des Etats-Unis. Peu de gens savent aussi que sa culture était immense – et pas seulement théologique : il possédait une culture classique phénoménale. Enfin cet homme de paix voulait en finir avec la guerre du Vietnam : c’est probablement, malgré tout, la raison de son assassinat.

Eloge du gardien de musée

Le hasard veut qu’au moment où j’écris l’article qui va suivre, un podcast de l’artiste David Christoffel (https://www.radiofrance.fr/personnes/david-christoffel) nous apprend que la Cour des Comptes avait, en 2021, pointé le « suivisme » [sic] du ministère de la Culture, qui aurait remplacé, à l’heure des nominations, les choix politiques par des effets de rente et des techniques de sélection parfois douteuses (orientation sexuelle, quotas ethniques à peine déguisés…). Je peux témoigner qu’il ne s’agit pas que des chefs d’établissement mais aussi des chefs de service lambda… J’écrirai peut-être un brûlot sur le sujet…

[à propos du nom Cinoc, personnage de La vie mode d'emploi] :"[...] par conséquent, compte tenu de la présence ou de l'absence de tel ou tel accent ou signe diacritique et des particularités phonétiques de telle ou telle langue ou dialecte, il y avait lieu de choisir entre les vingt prononciations suivantes : SINOSSE  SINOK  SINOTCH  SINOCH  SINOTS TSINOSSE  TSINOK  TSINOTCH   TSINOCH  TSINOTS  CHINOSSE  CHINOK CHINOTCH  CHINOCH  CHINOTS  TCHINOSSE  TCHINOK  TCHINOTCH TCHINOCH  TCHINOTS".

Maintenant vous savez tout : l’auteur de ces lignes, avant d’être archiviste, a été pendant plus de vingt ans « agent d’accueil, de surveillance et de magasinage », c’est-à-dire gardien dans les musées nationaux. Beaucoup de mes collègues, sans avoir honte de leur métier (ou alors c’était refoulé) préféraient stupidement la première terminologie, technocratique et froide, à la seconde. L’une est à l’autre ce que les technicien(ne)s de surface sont au personnel de ménage. Il faut appeler un chat un chat, et un gardien de musée un gardien de musée !

Il y a beaucoup de fantasmes négatifs à propos de la profession : l’image ridicule du gardien en uniforme, rivé sur sa chaise… quand il ne dort pas ! L’image aussi de celui qui est gardien parce qu’il n’a pas réussi à l’école : les pères de famille le montre du doigt à leur progéniture. Et puis la question : « mais qu’est-ce qu’ils peuvent faire de la journée ? ». Images véhiculées soit par ceux qui n’ont plus jamais remis les pieds dans un musée depuis l’école (rappelons que l’uniforme des musées nationaux a été supprimé en 1986), soit par les bobos qui ne connaissent que le Palais de Tokyo ou la Fondation Cartier surveillés par des vigiles à oreillette.

« Qu’est-ce qu’ils peuvent faire toute la journée ? » – Question posée aussi aux gardiens de phare (qui n’existent plus) !

Au fait, il fait quoi au quotidien le gardien de musée ? Il est au demeurant l’interface entre l’accueil, la médiation, la sécurité des personnes (pas inutile lors de forte fréquentation), la sécurité des biens, l’hygiène (un musée sale ne fait pas envie). Il voit ce que les autres ne voient pas, et joue donc un rôle central… et c’est pour cela qu’il est rarement consulté : il n’est que gardien et marcherait sur les plates-bandes de la conservation, du service pédagogique, de la communication, etc. Sans faire du Bourdieu/Ernaux à deux balles, bon nombre de chefs de service, de chefaillons et de conservateurs méprisent ce Jacquouille qu’est le gardien.

Une remarque partagée par tous les gardiens sur les guides qui racontent toujours les mêmes anecdotes, plusieurs fois par jour : durant la même journée, on assiste six fois d’affilée à la même mini-performance théâtrale. On finit par apprendre par coeur ce que dit le conférencier. Comme être gardien consiste beaucoup à ne rien faire, on se rattache au moindre petit bout de vie, on attrape des détails infimes.

Valérie Mréjen, artiste, autrice de Gardien Party, une pièce de théâtre sur les gardiens de musée.

Bien évidemment, la profession compte un certain nombre de « bras cassés » : j’en ai beaucoup connu. Collègues hors-secteur, faisant brochette sur un banc, le nez rivé sur leur portable, ne connaissant pas les oeuvres (ils en ont rien à foutre)… Mais que font (ou plutôt ne font pas) « les autres », c’est-à-dire « ceux des bureaux »* ? Excellente question !

*C’est-à-dire ceux du dernier étage (l’administration) par rapport à ceux d’en bas (les locaux de la surveillance sont souvent au rez-de-chaussée ou au sous-sol…). Bourdieu encore…

La typologie des gardiens de musée évolue : il y eut la grande époque des « emplois réservés » : anciens militaires, originaires des anciennes colonies (Antillais, Indiens de Pondichéry…). Puis les Corses. Puis leur progéniture. Dans les années 1990, sont arrivés les diplômés : les enfants de la crise. Deux cultures s’affrontaient. De même, les emplois réservés, entrés sans concours, ont vu arriver les reçus aux concours, puis sont venus des contractuels et des vacataires « saisonniers ».

Je me suis toujours demandé : « Quand les conservateurs (par exemple) voient les gardiens, qu’est-ce qu’ils pensent ? ». Illettrés qui peuvent peu (il y en a eu) et qui donnent une mauvaise image du musée, ou bien diplômés qui n’ont rien à faire là et feraient mieux de passer des concours (çà n’est pas faute d’avoir essayé !) ?

Mon opinion est que  » l’air du temps » veut se débarrasser des musées à la papa : ceux qui ouvrent tôt (les bobos sont encore au lit), qui ferment à 18 heures (alors que c’est Nuit blanche tous les jours), qui ferment le mardi (on n’est plus sous Malraux), qui ont encore des audioguides (l’appli, c’est tendance), qui ont une consigne (et les attentats, bordel ?), qui ont une librairie (on dit « boutique »), qui ont un café (il y en a déjà pléthore dans le quartier), etc. ad nauseam

Alors le gardien doit quitter les salles pour être le moins visible possible, sous peine de faire honte à l’institution culturelle. Il faut multiplier les caméras, qui ne géreront pas les groupes scolaires ni les mouvements de foule. On lui demande de jouer, non plus les gardiens, mais les vigiles et regarder l’intérieur des sacs, comme si Vigipirate était efficace*. On lui demande de tenir le PC sécurité affublé d’une tenue ridicule de pompier. Voilà à quoi sert de passer un concours dans la Culture ! Lors d’un oral de concours pour monter en grade (technicien des services culturels, appellation tête-à-claques pour l’ancien grade d’inspecteur), un imbécile m’a demandé le diamètre du tuyau d’un RIA (réseau d’incendie armé)… **

*Tous ceux qui ont la sécurité comme profession (militaires, policiers…) savent que Vigipirate provoque des files d’attente, cibles idéales pour les terroristes… Mais la volonté politique veut qu’on rassure la population… qui est certes de moins en moins dupe.

**Dès que je serai à la retraite, je publierai sans doute un livre sur le ministère de la Culture. Il y en aura des vertes et des pas mûres…1

1 Note à la note : marcjoly dit toujours qu’il « écrira quelque chose sur le sujet ». On attend, on attend…

Cela ressemble furieusement à mon cas personnel, mais j’ai trouvé cette image accompagnée de son commentaire sur l’internet !

Evidemment, cette mutation a des raisons financières comme pour tout ce qui relève de la fonction publique…

Alors vivent les gardiens de musée !

Dekoikonparle ? (7)

Clients et usagers

Le « gentil » Michel Barnier, ce grand méchant mou : mon oeil, oui ! Quelqu’un qui a occupé à deux reprises le poste de commissaire européen ne peut qu’être suspect. Cet homme lisse et sans humour préfère les salons du pouvoir à la volonté du peuple, car c’est lui qui a participé à la trahison du vote du 29 mai 2005 : il a préparé le « oui » et lorsque le « non » est passé, il a mis en place, avec d’autres, le Traité de Lisbonne, bafouant la volonté du peuple français. C’est donc un homme dangereux qui représente l’allégeance au système de l’Otan, au moment où la paix est menacée. Bref, Barnier est une image miroir de Macron…

Qu’est-ce que Macron va encore pouvoir inventer comme manifestations et événements liés au sport, pour nous faire « tenir » jusqu’en 2027 ? Ils n’ont pas de pain ? Qu’ils bouffent des jeux ! Cette injonction olympique commence à me courir sur le système… « Ces JO ont dit quelque chose de notre culture et de notre audace » a déclaré le président. On croyait que l’audace, c’était de réindustrialiser la France, et de faire des services publics un modèle pour le monde. Quant aux JO, c’est plutôt la culture Disney…

LA LISTE PEREC DU JOUR :

"La quatrième [malle] contenait [...] une tente à six places avec tous ses accessoires et fournitures depuis la classique «vache à eau» jusqu'au commode [...] gonfleur à pied, en passant par la toile de sol, le double-toit, les piquets inoxydables, les tendeurs de rechange, les duvets, les matelas pneumatiques, les lampes-tempête, les réchauds à pastille, les bouteilles thermos, les couverts emboîtables, un fer à repasser de voyage, un réveille-matin, un cendrier «anosmique» breveté [...] et une table entièrement pliante".

Dans le Dekoikonparle consacré au nucléaire (https://champouin.blog/2022/10/15/dekoikonparle-5/), j’avais écrit : « […] les comptables au pouvoir, ainsi que les obsédés de la dette ont réussi à saboter les projets Superphénix en 1998, Phénix en 2010 et Astrid en 2019 : il n’y a pas de quoi être fier… ». Or dans Marianne, Yves Bréchet, l’ancien haut-commissaire à l’énergie atomique qui a fini par en claquer la porte en 2018, confiait il y a quelques mois : « L’arrêt soudain du projet Astrid, qui devait ouvrir une nouvelle ère dans le nucléaire civil, m’a fait sortir de mes gonds. la France avait une avance considérable, […] mais des sous-chefs comptables ont tout rayé d’un trait de plume ». En plus des sous-chefs comptables, il y a Mélenchon qui dans son discours au soir du 7 juillet dernier a réclamé le « moratoire sur les grands travaux inutiles ». Les grands travaux : encore un truc de vieux mâles blancs hétéronormés…

J’avais également parlé des jeunes youtubeurs passionnés par la chose ferroviaire* dans Prenons le train du futur !(https://wordpress.com/post/champouin.blog/3657). Dans cette rubrique, j’avais évoqué la coopérative Railcoop (qui voulait relancer les « petites lignes »** transversales), à la recherche de financements. Railcoop a mis la clé sous la porte au printemps.

*Rafraîchissant, car est paru dans Que choisir de mai 2024 un article dégueulasse totalement hostile à la nouvelle liaison ferroviaire Lyon-Turin, avec les mêmes scies : projet dispendieux, non rentable, portant atteinte à l’environnement, et autre conneries dignes des écolos, toujours opposés au train. Que vient faire cet article dans Que Choisir ? Il est pathétique qu’on serve encore la soupe : « gentils consommateurs contre vilains pollueurs », digne d’un Ralph Nader des années 70.

**On notera l’utilisation péjorative par les plumitifs médiatiques de l’adjectif petit, cf. les « petits candidats » des élections présidentielles…

Voici un autre « you tout-beurre » ou « U2 beur », moins jeune mais tout aussi passionné : Clé2berne, qui anime la chaîne YouTube éponyme que je recommande (http://www.youtube.com/c/Clé2Berne). C’est visiblement un agent, ou ancien agent de la SNCF. Je recommande fortement cette chaîne qui est passionnante.

Une clé de Berne est une clé spéciale utilisée en interne par le personnel de la SNCF, et improprement appelée « carré ». En effet, rien n’est standard entre les « carrés » SNCF, RATP, sapeurs-pompiers, Marine nationale, etc.

Néanmoins, quelque chose cloche chez ce monsieur. Il reprend la même litanie éculée, avec virulence, contre l’aérotrain de Jean Bertin (« utopique », « irréalisable », « trop cher », etc.). S’il a raison d’être contre l’Hyperloop (un train/tube sous vide) d’Elon Musk ou autres, il attaque malheureusement aussi le concept de train à sustentation magnétique. Pour lui, c’est utopique. Ses arguments sont financiers (comptable ! – décidément…), infrastructurels (il faudrait construire de nouvelles voies – eh oui, mon bonhomme !), ou alors purement nominalistes (il n’y a pas de roues ni de rails, donc ce n’est pas un train) ! Soutiendrait-il le lobby de la sidérurgie, comme les opposants de Bertin à l’époque ?

Ce qui me choque autant est qu’il ne parle pas de voyageurs, mais de clients. Je lui ai posé la question. Il m’a répondu : « Selon les trains empruntés tu seras soit un client soit un usager. Les TGV ne sont pas des transports publics aussi dedans tu es un client. Le TER est un transport public et dedans tu es un usager. Et peu importe qu’ils roulent sur la même voie. Mais pour moi, l’un et l’autre ont les mêmes droits et méritent la même attention, c’est pourquoi j’utilise les deux et que je n’y vois aucune différence*« . Honte à lui ! On pourrait penser que ce type veut soit garder sa place, soit se faire sponsoriser par la SNCF (ou plutôt par Sncf, sigle sans article pour bien montrer qu’il s’agit d’une marque)… Je crois plutôt que c’est le modèle même de l’apolitique, qui n’en pense rien, bien au contraire… En tous cas on apprend au passage que seuls les transports de proximité (TER, RER, transports urbains) ont le statut de délégataires de service public…

*Souligné par moi.

Le financement de la SNCF avant, et maintenant…

Rebelote, malheureusement : dans son éditorial de TAXI Mag de mars 2024 (magazine destiné aux chauffeurs de taxi), Christian Thomas écrit : « Il serait souhaitable que les médias : TV, radios et un peu la presse écrite n’utilisent plus les mots : usagers consommateurs, utilisateurs abonnés, etc., lorsqu’ils parlent des citoyens mais de CLIENTS ! » – ou alors c’est ironique et il veut rejoindre mon propos mais la formulation est bancale…

Nous allons en profiter pour passer en revue toute la terminologie qui n’est pas encore remplacée par « client » mais çà ne saurait malheureusement tarder, même dans le domaine du régalien, ce qui ne déplairait pas aux libertariens Milei ou Musk. Quand on aura privatisé l’administration des impôts, comment s’appellera ce nouvel « opérateur » ? Taxeo (sans accent sur le e), France-impôt ou my-contrib.eu ?*

*Il faudra que j’écrive un papier sur les dernières tendances des appellations des marques. Après Frichti (qui a fait faillite), aura t-on Boostify ?

Si, « dans le privé » un client est un client, « dans le public » c’est plutôt un usager.

Dans le cas précis des transports, on parlera de voyageurs pour les transports terrestres – c’est là où notre ferroviphile a tout faux -, et de passagers pour les transports maritimes et aériens. Les compagnies aériennes, même les plus agressives commercialement, utilisent encore ce terme alors que les marques Tgv, Ouigo, Thalys, etc., qui parlent d’embarquement et nous souhaitent la bienvenue à bord, sont déjà passées de l’autre côté du miroir…

Fédération nationale des usagers des transports (FNAUT). Des clients, des usagers, des voyageurs ou bien des fnautes ?

Quant à ceux qui sont aujourd’hui des clients des services de base (eau, gaz, électricité, téléphone), ils en étaient autrefois des abonnés.

Les publics des spectacles sont tout simplement des spectateurs. La radio est destinée aux auditeurs et la télévision aux téléspectateurs. Dans ce cas, ce n’est pas une clientèle, mais une audience. Les bibliothèques, les archives publiques et les centres de documentation ont des lecteurs (le lectorat). Les lieux de patrimoine et de culture (hors spectacle) au sens très large, y compris les parcs d’attraction, sont fréquentés par des visiteurs. On parle souvent de visitorat.

Ceux qui sont sur les bancs de l’école primaire sont des écoliers, sur ceux du collège sont des collégiens, ceux des lycées sont des lycéens, voire étudiants. Pour l’enseignement supérieur ce sont des étudiants, parfois élèves pour les « grandes écoles » et l’enseignement supérieur privé. On ne dit plus « stage » pour désigner des formations, mais ceux qui les suivent sont encore des stagiaires.

Etudiant gnangnan…

Quant on recourt aux soins d’un établissement médical public ou privé, on est un patient – terme approprié au vu des déserts médicaux et du sous-effectif hospitalier ! On a même forgé le néologisme patientèle sur le modèle de clientèle.

L’administration des impôts s’adresse aux contribuables, terme malheureusement utilisé avec gourmandise par une droite constituée de commerçants moisis et artisans radins qui, c’est bien connu, « croulent sous les charges ». Et les bénéficiaires (terme officiel cependant) des prestations sociales (CAF, Assedic) sont plutôt des assujettis dans le langage courant. Penchons-nous sur l’Assurance Maladie, appellation inappropriée et qui trahit l’esprit du Conseil national de la Résistance, car il s’agit bien d’une sécurité abondée par des cotisations et non pas d’une assurance abondée par des primes. Du coup, ses bénéficiaires s’appellent assurés, et même assurés sociaux, terme absurde car (si, je le répète, on considère que c’est une assurance…) c’est l’assurance qui est sociale et non les assurés ! Quant aux assurances – les vraies, cette fois – quand elles ont le statut de mutuelles*, on parlera alors de sociétaires. Les caisses (prévoyance, retraite…) ont des cotisants.

*Il suffit de lire la prose des statuts desdites mutuelles pour constater qu’elles n’ont plus de mutuelles que le nom, des coups de boutoir législatifs successifs ayant mis à mal ce statut ces dernières années…

Fraternité Française, le torchon de « l’épicier » Pierre Poujade (1920-2003), obsédé par la tyrannie de l’Etat et des impôts envers les gentils « contribuables », et qui sera nommé membre du Conseil économique et social (1984 à 1999) par l’ancien « résistant de Vichy » François Mitterrand…

Les personnes ayant à faire à la justice, d’un côté ou de l’autre, sont des justiciables, tout simplement. A ce sujet, le fait, pour les avocats de parler de leurs clients me choque énormément. J’en profite aussi pour dire que je trouve totalement ridicule de donner du « Maître » à un avocat ou un notaire…

Bref, l’administration mais aussi les préfets et les maires doivent répondre à leurs administrés. Ces derniers sont-ils la version laïque de leurs paroissiens, voire en langage relâché, de leurs ouailles* ? Ou bien, hélas, des consommateurs ?

*Du latin ovicula, « petite brebis ».

Nota : l’illustration de bannière de titre est l’affiche d’un film de Jacques Poitrenaud (1965). Je l’ai vu une fois à la télévision et peux vous affirmer que c’est un véritable navet, malgré les prestations de Michel Serrault, Jean Poiret et Francis Blanche…

Quel est ton pronom ?

Abracadabra ! L’intrusion de l’Ukraine en Russie sort comme d’un chapeau…. La main de l’Otan dans la culotte d’un Z… elensky, comme l’ont reconnu même les grands médias. Par cette opération, l’Otan franchit une énième ligne rouge, et pousse à la guerre nucléaire. De plus, le New York Times du 20 août nous apprend que Biden a approuvé en mars dernier dans un document confidentiel (Nuclear Employment Guidance) la réorientation de la politique américaine de dissuasion sur la Russie, la Chine et la Corée du Nord avec l’expansion rapide de son arsenal nucléaire.

REVUE DE « PRESQUE » :

Mort d’Alain Delon : d’après France-Inter, organe officiel de la bien-pensance bobo parisienne, il avait « sa part d’ombre ». Les journaleux faisaient-ils référence à sa mégalomanie ? A l’affaire Markovic ? Au fait que Delon mélangeait de façon incohérente gaullisme et lepénisme ? Ou bien au fait qu’il battait son fils, comme l’a relaté Anthony dans un livre de souvenirs ? Que nenni ! La part d’ombre en question est, simplement, qu’il « était de droite ». On peut détester la droite (il y a d’excellentes raisons pour cela, et l’article d’aujourd’hui va le prouver), çà n’en fait pas la moitié de la population (d’inquiétants Français !) avoir sa part d’ombre…

Marianne, Charlie Hebdo et Le Monde ont eu la même idée :

Une de Libération jeudi 22 juillet : KAMALA ARRIVE, DONALD TREMBLE. Libé (qui avait déjà sévi avec MANUEL VALSE) recrute, on ne va pas s’en plaindre, chez Carambar… Est-ce aussi le même type qui opère sur les produits alimentaires Monoprix (par ex. : « Allô, à l’huile, y’a de la friture sur la ligne » sur les boîtes de maquereaux), ou les pubs Lidl (– « Moins de 2,50 € le kilo sur les haricots ? Là, je suis vert ! »). On est mal, patron, on est très mal…

Et au moment où je rédige ce chapeau (24 août), on parle ici et là (France Info, Charlie) – mais on point où on en est, tout est possible – de Tony Estanguet Premier ministre. Là, on se tripote… Comme dirait ma grand-mère : pendant ce temps, les Chinois travaillent (et s’esclaffent et sont consternés à la fois). Le plus pathétique, dans cette histoire de sports, JO, etc. n’est pas que Macron nous le serine, mais qu’il y croit…

LA LISTE (OLYMPIQUE) PEREC (GEORGES, ET NON MARIE-JOSE) DU JOUR :

Nous retrouvons donc ce cher Georges. Je rappelle le principe de La liste Perec du jour : chaque liste est extraite de La vie, mode d’emploi de Georges Perec.

"Il a devant lui une boîte en bois blanc abondamment pourvue d'étiquettes, de timbres, de cachets et de sceaux de cire rouge, d'où il  a sorti cinq broches en argent et strass, style Art Déco, représentant cinq sportives stylisées : une nageuse crawlant au milieu de vaguelettes en festons, une skieuse fonçant schuss, une gymnaste en tutu jonglant avec des torches enflammées, une joueuse de golf à la canne haute et une plongeuse exécutant un impeccable saut de l'ange."

Au moi de mai, j’étais tombé, en kiosque, sur une publication étrange : Livre Noir, trimestriel aux allures de mook (un mook est un livre-magazine).

Un autre périodique, Front Populaire (aucun rapport avec l’alliance de la carpe libéralo-zadiste gluglu et du lapin ruffino-communiste) de Michel Onfray, attaque et démonte faits et idées plutôt bien*, avec une profondeur historique, mais c’est tout ce qu’il fait… car il ne propose rien. En étant souverainiste mais en ne proposant rien, Onfray se situe ainsi dans le registre de la rage au détriment de celui de l’action, et donc est sur le point de rejoindre l’extrême-droite.

*Sauf sur la « transition énergétique », car Onfray, qui déteste pourtant « l’environnementalisme », est persuadé que le dérèglement climatique est d’origine strictement humaine…

Eh bien par rapport à Livre Noir, Front Populaire semble être un magazine gauchiste ! L’aspect même de Livre Noir (qui est aussi un site) dérange : une couverture noire, très « Police/Renseignement » et – la rédaction ne s’en cache pas – ils ont des relais dans ces milieux.

Les trois numéros parus traitent de l’immigration, de l’importation en France du conflit israélo-palestinien, et des mouvements d’extrême- gauche. Rien sur la question économique ou sociale. C’est que Livre Noir ne se positionne pas en tant qu’anti-libéral, comme Front Populaire ! Je ne sais pas qui est Eric Tegnér, qui est à la tête de la publication, mais y participent Thibaut de Montbrial* et Thierry Lentz, admirateur de Napoléon (!), qui ont déjà sévi dans FP ; François-Xavier Bellamy (celui de LR !) ; l’avocat Gilles-William Goldnadel et Rémi Brague, deux Juifs (pro-Netanyahou ?) inquiets – à juste titre – de l’anti-sémitisme ambiant ; Driss Ghali, déjà cité dans ce blog (https://wordpress.com/post/champouin.blog/7093) ; Loïk Le Floch-Prigent, qui a viré souverainiste ; et l’écrivain algérien Boualem Sansal dont on se demande ce qu’il est venu faire dans cette galère lepéno-zemmourienne. Car c’est bien de cela dont il s’agit !

*Ce dernier participe à Périclès, le think-tank de Pierre-Edouard Stérin, l’homme d’affaires ultra-ultra-libéral qui a manqué racheter l’hebdomadaire Marianne.

Là encore, tout comme pour Front Populaire, il n’y a objectivement rien à jeter dans ce qui est écrit, mais çà s’arrête là*. Comme dirait un homme politique de ma connaissance : « L’important est dans ce qui n’a pas été dit ! ». Pour moi, Livre Noir à « échoué au test ».

Aaaaaaah ! Vous avez échoué !

Je voudrais plutôt m’arrêter sur le sujet du troisième numéro de Livre Noir (avril-mai-juin 2024) : la jeune journaliste Pauline Condamines a infiltré successivement, et avec courage, un mouvement d’extrême-gauche pro-palestinienne (Urgence Palestine*), un mouvement éco-activiste (Soulèvements de la Terre) et un mouvement de soutien aux migrants (Collectif des sans-papiers).

*Qui en appelle ouvertement à l’Intifada, comme je l’ai vu sur leurs affiches…

Point commun à ces organisations et à tous celles ejusdem farinae, comme dirait Rabelais : une pensée binaire (eux contre « l’extrême-droite », c’est-à-dire tout ce qui va de Zemmour à… Macron!*), le wokisme, la haine anti-flic, l’antisémitisme et la haine anti-Israël. Presque tous leurs membres sont des diplômés urbains : pas d’ouvriers (çà ferait trop Gilets-jaunes, c’est-à-dire extrême-droite), ni d’agriculteurs (c’est-à-dire pollueurs). Le même dress-code est de rigueur : piercings, tatouages, sarouel à la Zaz, cheveux sales sous un bonnet rasta, accumulation de vêtements déchirés, etc. Autre point commun, le plus important dans cette histoire : une tutelle américaine de par leur financement, via des ONG comme le Climate Emergency Fund ou autres…

*Voire Fabien Roussel…

Le look Trust ou bien Shaka Ponk…

On apprend aussi ceci : drôles et pathétiques à la fois sont les rituels concernant les réunions de prise de parole ou de formation qu’organisent toutes ces organisations. Celles-ci doivent se réunir de préférence entre « racisés », pourtant quasi absents chez ces proto-bobos. « Chacun est sommé de dévoiler son prénom ou pseudo (« Ecureuil volant », « Choupisson »…), puis son pronom (par lequel on doit être désigné), ainsi « il » ou « elle » ou « iel ». On doit ensuite décrire sa « météo intérieure », par exemple « ma météo est plutôt bonne, même si je suis très fatiguée ». Si l’on est d’accord avec ce que quelqu’un dit, ne pas le dire à l’oral mais agiter les mains en l’air pour ne pas « polluer la conversation ». Et former un C avec le main pour signifier qu’on a besoin d’une clarification. enfin les participants sont invités à prévenir si, au cours de la journée l’on subit des formes d’oppression raciste, sexiste, classiste, validiste, grossophobe, etc. »

Pas très racisés, ces « rebelles » ! D’autant plus qu’il s’agit d’une image de propagande (des intermittents mannequins), sans doute pour faire croire qu’il s’agit d’un mouvement « non violent »…

Cela ne vous rappelle rien ? Oui, les sectes, bien sûr. Personnellement, cela me rappelle autre chose : les formations. Cela se fait moins maintenant, mais j’ai connu des formations gangrénées par l’analyse structurale et l’analyse transactionnelle… Et quels sont ceux qui animent souvent les réunions des mouvements cités supra ? Des gens qui sont « dans le civil » consultants et formateurs, dans des secteurs parasites et non productifs bien souvent (communication, marketing, publicité, etc).

Ce qui fait peur aussi est cette fragmentation de la société, wokisme et inclusivité obligent, en une infinité de catégories. Cela m’a fait penser à un passage des hilarantes Nouvelles de San Francisco, d’Armistead Maupin (10/18, 1995) :

A, B, A-Gays, B-Gays, c’est bien joli, mais on ne sait toujours rien de leurs pronoms…

L’oeil de Paris (8)

LA LISTE DU JOUR (extraite de David Foenkinos, La délicatesse, 2012, Gallimard) :

Discographie de John Lennon s'il n'était pas mort en 1980


Still Yoko (1982)
*
Yesterday and Tomorrow (1987)
*
Berlin (1990)
*
Titanic Soundtrack (1997)
*
Revival - The Beatles (1999)

Et cela me donne l’idée de faire le même exercice pour d’autres chanteurs ou groupes. A suivre, donc !

Nous avons la dernière fois passé en revue les rue et place des Abbesses. Mais sait-on qu’il y a un passage éponyme commençant rue des Abbesses et finissant rue des Trois-Frères ?

Voilà l’entrée du passage. Je ne l’ai pas fait exprès, mais çà en jette avec cette vieille voiture devant…

A l’intérieur, une chicane. Il faut faire un « gauche-droite ». Faire la liste des rues ou villages comportant une chicane…

On monte l’escalier, demi-tour, chicane et on sort. Vous suivez ?

Sans paroles.

Mouais, bof…

Ce passage a une particularité : c’est un lieu de graphisme de rue en tous genres. Ici, si on reconnaît bien Amélie Poulain, de Gaulle est totalement raté.

Florilège !

Et maintenant la rue d’Abbeville (commençant pl. Franz-Liszt et finissant rue de Maubeuge), première de notre série à porter un nom de ville (Maubeuge, Dunkerque, Denain…) desservie par la compagnie des chemins de fer du Nord : la gare est proche.

Superbe immeuble construit par Georges Massa en 1897 avec son décor sculpté au ciseau : frontons, masques, guirlandes, putti et gueules de lions à gogo.

Et son voisin, d’Alexandre et Edouard Autant (1901), de style Art nouveau.

A gauche : « pourquoi Cariatides ? », à droite : « Ah ben oui, je comprends, maintenant » !

Ne pas confondre avec Guy ou Gilbert…

La rue aboutit place Frantz-Liszt, dont la rambarde à colonnettes de l’horrible église Saint-Vincent-de-Paul donne pourtant un petit air de Rome…

L’oeil de Paris (7)

Retour sur ce que vous savez :

Faire nation, faire société, faire président, faire sens, FAIRE BARRAGE.

On ne regrettera ni les orientations du milliardaire Bolloré, ni le pseudo-bouffon Hanouna, ni la télé de merde qu’était C8, mais il est quand même inquiétant qu’en France on puisse interdire un média (en novlangue juridique, on ne « reconduit pas sa fréquence »). Va-t-on interdire une autre chaîne, une radio, ou un média papier ? Ce fait, ajouté à l’éviction de Guillaume Meurice de France-Inter pour une blague « douteuse », a des relents de censure…

Benoît Duteurtre est mort. Cet écrivain et chroniqueur n’était pas anti-progrès, ni nostalgique du « c’était mieux avant ». Simplement, il était en colère contre la marchandisation de la société, celle qui fait, par exemple, que nos centre-villes, gares et aires de repos d’autoroute soient devenus un alignement obscène de marques*, et regrettait que l’on prenne le Tgv comme on prend vulgairement le métro après être de surcroît passé par l’épreuve électronique tyrannique des mots de passe, comme tous les services d’aujourd’hui… Il regrettait que, de nos jours, tout soit bruit, laideur et zapping permanent. D’autre part, il animait depuis 25 ans Etonnez-moi, Benoît sur France-Musique, émission consacrée à l’opérette, qu’il a contribué à faire relancer, et à la chanson française – la vraie, avec mélodie, couplets et refrain et non pas la soupe actuelle des maisons de disques ou d’émissions comme The Voice ou Star Academy

[Dernière minute : j’ai écrit ce « chapeau » le 18 juillet. Or, dans Marianne du 25, que j’ai acheté samedi 27, Jérôme Leroy écrit un hommage à B. Duteurtre. Je cite : « Benoît Duteurtre ne pensait pas que c’était mieux avant mais il était certain que c’était pire maintenant ». Sommes-nous, Leroy et moi, doués de télépathie ? En tous cas, il y a consensus, comme on dit aujourd’hui…]

LA LISTE DU JOUR :

Extrait de Front Populaire (le magazine, et non pas…) n°15, avril 2023 :

"Cette reconfiguration du capitalisme a donné lieu à une batterie de notions et de qualificatifs pour appréhender et décrire l'immense processus de régression anthropologique à l'oeuvre dans l'économie des plates-formes numériques : «capitalisme attentionnel» (Pierre Citton), «sémio-capitalisme» (Franco Berardi), «hypercapitalisme» (Jean-Paul Galibert), «capitalisme cognitif» (Bernard Stiegler), «capitalisme mental» (Georg Franck), «capitalisme nétarchique» (Michel Bauwens), «capitalisme pulsionnel» (Bernard Stiegler), «technocapitalisme» (Renaud Vignes), etc."

Vais-je consacrer un Dekoikonparle ? sur le sujet ?

Après les abbés, les abbesses ! Tout d’abord avec la place des Abbesses, donnant sur la rue éponyme. Le nom provient des abbesses présentes dans l’abbaye de Montmartre fondée par Louis le Gros en 1134.

Il suffit de sortir du métro – la station la plus profonde de Paris. Par contre, l’édicule (quel vilain mot) d’Hector Guimard, n’est qu’une réplique. Le seul qui soit d’origine se situe à la sration Porte Dauphine, et ce n’est même pas son emplacement initial !

Pour être vert, c’est vert !

Et maintenant la rue des Abbesses (commençant rue des Martyrs et finissant rue Lepic), malheureusement devenue rue bobo tête-à-claques.

Visiblement le syndrome Amélie Poulain n’a pas atteint que les étrangers, mais les attirent, tout de même… On s’attend à voir surgir de cette brasserie une meneuse de revue avec truc en plumes façon Paradis Latin ou Casino de Paris.

Dans ce paradis parisien où les touristes croient pouvoir tomber sur Jean-Paul Sartre ou Juliette Gréco, même le slip est français ! Bon, le slip de J.-P. Sartre, çà ne fait pas vraiment rêver…

La rue des Abbesses était autrefois dédiée aux commerces de bouche. Les devantures étaient donc surmontées de ces ouvrages en fer forgé. Le rouge était la couleur des bouchers, et il est heureux que l’enseigne sur l’image de gauche n’est pas été pour une fois transformée en boutique de fringues.

Contre les néo-nazirs, il faut faire barrage !

Y’a comme un problème avec ce bâtiment en train de s’affaisser, tout comme certains immeubles des quais de Nantes ou de Bayonne !

Cà en jette ! L’immeuble de gauche date de 1852. Et celui de droite est « à cheval » entre Art nouveau et Art déco.

Y at-il un poète maudit ou un peintre bohème derrière ces fenêtres ?

Mais non, voyons ! Ils ont été expulsés par les bobos investisseurs !

Une curiosité : l’église Saint-Jean-l’Evangéliste, une architecture révolutionnaire de métal et de ciment armé (1904).

La voilà ! Très belles mosaïques…

L’architecte s’appelait Anatole de Baudot.

Et la rue vient mourir sur cette boutique rose bo(n)bo(n) : Antoine & Lili…

Mais on n’en a pas fini avec les Abbesses…

A suivre…

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L’oeil de Paris (6)

Il est clair qu’à présent, un climat de peur commence (20 minutes du 5 juillet : « Peurs sur la France », Marianne du 4 juillet : « De quoi faut-il avoir peur ? »). Macron nous avait bien préparé : peur des Gilets jaunes, peur du virus de la covid, peur du « fardeau de la dette », peur des Russes, peur d’être un suppôt* de Poutine si on vote mal. Le but étant que le peuple aie peur d’une oligarchie qui lui dicte de quoi il doit avoir peur… Et çà marche : « Les minorités profitent de notre peur », écrit Elisabeth Badinter dans Messieurs, encore un effort, (Flammarion/Plon, 2024). L’écrivain Kamel Daoud le reconnaît : pour lui, l’Occidental « coupable » de tout (migrants noyés, putschs en Afrique, morts à Gaza) – il ironise, évidemment – culpabilise et baisse la tête. Daoud met le doigt sur un moteur du wokisme : la peur. Cette peur a incité le peuple à faire barrage.

*Un suppôt et au lit ? Un Bigflo & Oli ?

« La France a peur… »

Selon moi, cette élection n’est pas légitime : aucun programme, aucun projet (si : le Smic à 1600 € et la suppression de la réforme des retraites. C’est un peu court). Or « faire barrage » n’est pas un projet !

Faire barrage…

Dans la rubrique Annus horribilis du 1er mai [https://champouin.blog/2024/05/01/annus-horribilis/], je mettais en scène un Macron devenu fou. La réalité rejoint-elle la fiction ? Pas tellement : je pense que son but était de passer pour un démocrate, en décrétant l’alternance tout en sauvegardant bien entendu les intérêts de l’élite financière grâce à l’ultra-libéralisme du RN. Les électeurs l’ont plus ou moins consciemment compris. Caramba ! Encore raté pour Macron…

Je suis peut-être complotiste ou bien je me prends pour Macron, mais comment toute cette gauche hétéroclite a-t-elle pu constituer une entente et un programme commun en 48 h ? Etait-elle au courant 1. d’une dissolution et 2. du délai court de trois semaines avant le scrutin ?

Pas d’interruption du Champouin pendant les vacances, mais vous avez droit à trois numéros de L’oeil de Paris, et La liste du jour va s’éloigner momentanément de Georges Perec.

LA LISTE DU JOUR :

Celle-ci est extraite d’Alchimie du Verbe, d’Arthur Rimbaud (1873). D’abord inclus dans Une saison en Enfer, cet essai littéraire est disponible depuis 1953 dans ses Oeuvres complètes (Mercure de France).

"J'aimais les peintures idiotes, décors, toiles de saltimbanques, enseignes, enluminures populaires ; la littérature démodée, latin d'église, livres érotiques sans orthographe, romans de nos aïeules, contes de fées, petits livres de l'enfance, opéras vieux, refrains niais, rythmes naïfs [...] Je m'habituai à l'hallucination simple : je voyais très franchement une mosquée à la place d'une usine, une école de tambours faite par des anges, des calèches sur les routes du ciel, un salon au fond d'un lac"

Il se trouve que, malheureusement, les rues portant le noms d’abbés ne sont pas toujours les plus intéressantes…

Commençons avec la place de l’Abbé Jean-Lebeuf, située entre la rue Guilleminot et la rue du Château :

Cette place est une « ouverture » sur l’ensemble de la place de la Catalogne conçue par Ricardo Bofill.

Encore plus confidentielle, la rue de l’Abbé Migne commençant rue des Francs-Bourgeois, finissant square Victor-Langlois :

L’Abbé Jacques-Paul Migne (1800-1875) fut un prêtre catholique français, imprimeur, journaliste et éditeur de livres religieux.

Vestige d’un bâti ancien, cette rue vient « mourir » dans un îlot abattu, aujourd’hui le square Langlois. Du coup, elle est plus que courte !

Maintenant la rue de l’Abbé Patureau, commençant rue Paul-Féval, finissant rue Caulaincourt :

Marie Charles François Patureau (1853-1930), ancien curé de St-Pierre-de-Montmartre.

Première rue de notre série, qui comporte des escaliers – et ombragés de surcroît.

« Il suffit de traverser la rue »…

Suite et fin, avec cet immeuble rouge en perspective, dont on aurait voulu qu’il soit centré.

Qui était Roger Derry (Rue de l’Abbé Roger-Derry, commençant rue de la Cavalerie et finissant avenue de Suffren) ?  

Une rue chic dans un quartier chic.

Vous n’avez pas rêvé : en perspective, un immeuble des années 40 qui fut autrefois un garage Aston Martin. Çà en jette !

♦ 

L’avenue de l’Abbé Roussel (commençant rue la Fontaine, finissant avenue Théophile-Gautier) et la rue de l’Abbé Rousselot (commençant boulevard Berthier, finissant avenue Brunetière) ne nous ont pas inspirés… Notons tout-de-même que le premier (1825-1897) fut le fondateur des Orphelins d’Auteuil et le second (1846-1924), considéré comme le fondateur de la phonétique expérimentale, a inventé un système de transcription  phonétique.

Notre dernier abbé : Jean-Baptiste Soulange-Bodin. Sa rue commence rue Guilleminot et finit rue de l’Ouest.

Cette courte rue est piétonne, (il paraît qu’on doit dire « piétonnière »), bon prétexte pour la terrasse du restaurant.

Et les piétons sont-ils des papetons ?

Avertissement !

On fera mieux la prochaine fois… Mais il n’y aura pas de rue de l’Abbé Chamel, de l’Abbé Kahn (un converti…) ou de l’Abbé Tumaine !

A suivre !

Exercices de « stiche » (4)

Encore une fois, un « chapeau » un peu long imposé par l’actualité :

Une jeune fille de douze ans violée, parce que juive, par d’autres adolescents du même âge, chauffés à blanc par la propagande LFiste et celle de « comités » comme Urgence Palestine… Serge Klarsfeld déclare qu’en cas de duel entre La France Insoumise et le Rassemblement National, il soutiendra et votera, sans « hésitation », le candidat RN (extrême-droite) : « Aujourd’hui, le Rassemblement national soutient les juifs, soutient l’État d’Israël et il est tout à fait normal, vu l’activité que j’ai eue ces 60 dernières années, qu’entre un parti antisémite et un parti pro-juifs, je vote pour un parti pro-juifs ». Attention : si le RN est officiellement antisémite, il n’est pas sûr que certains responsables de ce parti (je ne parle même pas des militants) le soient… En tous cas, la prise de position de Klarsfeld en dit long sur l’islamo-gauchisme, et je crois malheureusement et sincèrement que cela va être open bar pour les antisémites si LFI devient majoritaire.

Alors, le 7 juillet, au deuxième tour, que faire, comme disait Lénine ? La peste ultra-libérale ReNaissance, ou le choléra d’un Mélenchon qui n’a pas hésité à refuser l’investiture à trois dirigeants trop opposés au wokisme et à l’antisémitisme ? Mais que fait Ruffin dans cette galère ? Sans compter que, dans cette appellation frelatée de « Front Populaire », on compte François Hollande (!) et le bobo mondain Glucksmann… Ayons quand même en tête que tout ce qu’on peut désigner par « riches », « élites » ou « oligarchie » votent toujours et ne s’abstiennent jamais…

On n’a rien attendu non plus du dernier G7 – comme d’habitude. Le communiqué final exige que la Russie indemnise l’Ukraine pour les dommages qu’elle lui a causés (> 486 milliards de dollars). Si ce principe était appliqué aux Etats-Unis et aux pays européens pour les dommages de guerre qu’ils ont causés, on imagine les sommes qui seraient en jeu ! Autre perle du communiqué final : le FIMI (sigle anglo-saxon pour Manipulation de l’information et ingérence étrangères), volonté de contrôler l’opinion publique, afin de faire taire toute opinion dissidente, notamment en période électorale – le tout, bien entendu, au nom de la défense des « valeurs démocratiques ». Et puisqu’on parle d’Ukraine, aucune des trois formations en lice pour le second tour n’appelle à des négociations de paix ! En échange d’un accord avec le néo-conservateur Glucksmann pour créer le (faux) Front populaire, LFI a abandonné sa demande de négociations et a dû accepter l’engagement en faveur d’un « soutien indéfectible à la résistance ukrainienne ».

ASSANGE LIBÉRÉ ! La presse en a moins parlé que de la mort de Navalny…

LA LISTE PEREC DU JOUR :

"Avec le souci d'ordre et de propreté qui la caractérise en tout, elle vida son réfrigérateur et fit cadeau de ses restes à sa concierge : un demi-quart de beurre, une livre de haricots verts frais, deux citrons, un demi-pot de confiture de groseilles, un fond de crème fraîche, quelques cerises, un peu de lait, quelques bribes de fromage, diverses fines herbes et trois yaourts au goût bulgare."

Plus jeune, « j’avais du mal », comme on dit aujourd’hui quand on ne sait pas s’exprimer, avec Charles Trenet* qui pour moi était un vieux monsieur compassé et suranné. Le genre de la vieille ***** (oups !) qui vous reçoit en robe de chambre vers quatre heures de l’après-midi autour d’un porto. Mais en réalité, Trenet est resté jeune toute sa vie (cheveux teints, canotier comme Maurice Chevalier, oeil qui pétille), à la différence de Brassens qui a toujours été vieux (pipe, moustache, air souffreteux)…

*On écrit Trenet sans accent, tout comme Clemenceau, Saint-Exupery, Perec (Georges, pas Marie-Josée), Alexis Leger (dit Saint-John Perse), Saint-Remi (patron de Reims), Saint-Valery-sur-Somme ou Saint-Valery-en-Caux.

Eclatex vs. Flippax !

J’ai finalement fini par aimer Trenet, car j’ai découvert ce qu’était le swing en écoutant les orchestres de Ray Ventura ou de Jacques Hélian. Puis j’ai entendu ce même swing, ralenti et chanté par Trenet, qui donnait une sorte de nostalgie, nostalgie agréable, s’il en est.

Du coup, j’ai envie d’appeler ce poète « Charles traînait ».

Je ne dirais pas que son écriture est facile, mais on la reconnaît souvent : il y a une « patte » Trenet. Et on oublie souvent qu’il était également compositeur.

Charles Trenet (paroles et musique), Ménilmontant, 1938.

Dans le pastiche* qui suit, le personnage principal est l’autobus, témoin, malgré un narrateur (« je »), de la scène de l’altercation et, « deux heures plus tard », de celle du bouton. A ce sujet, le refrain se rapporte à l’homme une première fois, puis à l’autobus la fois suivante. D’ailleurs, ce « vieil autobus S » n’est-il pas Trenet lui-même ? Comme le poète, l’autobus doit traîner (encore) tout un tas de souvenirs : en 1942, lors de la rédaction d’Exercices de style**, circulaient, reconvertis au gazogène, des bus qui avaient directement succédé aux chevaux, avaient connu les Années folles et n’étaient plus tout jeunes…

*Rappel : de Récit in Exercices de style de Raymond Queneau (Gallimard).

**Paru en 1947.

Renault TN4 F de 1935, avec sa plate-forme arrière.

J’ai utilisé dans le refrain l’expression : « il était bien trop pomme ». Il y a parfois des gens (plutôt des femmes) s’exprimant ainsi, et j’ai pensé que cette fantaisie correspondait bien à la délicatesse et la poésie de notre troubadour :

Le vieil autobus S,
Tout près du parc Monceau,
Flanaît avec paresse
Tout en fendant les flots.

Sur la plate-forme arrière,
Je vis un vieux zazou
Si extraordinaire
Avec son feutre mou.



[Refrain]
Il parlait à un homme
Lui marchant sur les pieds,
Mais il était trop pomme
Pour devoir insister.



Je l'revis bien plus tard
En grande conversation
D'vant la gare Saint-Lazare
Avec un compagnon

Qui lui dit pour sa part
De remonter l'bouton
De son pardessus noir
Et pas d'son pantalon.

Le vieil autobus S,
Tout près du parc Monceau,
Flânait avec paresse
Tout en fendant les flots.



[Refrain]
Il roulait trop bonhomme
Et semblait musarder,
Mais il était trop pomme
Pour devoir s'arrêter.



Le vieil autobus S,
Tout près du parc Monceau,
Flânait avec tendresse
Tout en fendant les flots.

C’était la rubrique Pascal Sevran…

Manu et les soldats de plomb

Législatives : la plateforme privée qui permet de trouver à qui donner sa procuration s’appelle… Plan Procu ! Elections : les nouvelles galipettes…

LA LISTE PEREC DU JOUR :

"Après avoir exercé divers métiers dont il se plaisait à débiter la liste sur un rythme de plus en plus accéléré, ajusteur, soutier, chansonnier, marin, professeur d'équitation, artiste de variétés, chef d'orchestre, nettoyeur de jambons, saint, clown, soldat pendant cinq minutes, bedeau dans une église spiritualiste, et même figurant dans un des premiers courts métrages de Laurel et Hardy, Morellet était devenu, à vingt-neuf ans, préparateur de chimie à l'Ecole Polytechnique".

J’avais prévu un autre article, sur un sujet plus léger, mais l’actualité politique et surtout stratégique m’a fait réagir.

Ainsi il conviendrait de pousser des cris d’orfraie au vu des résultats électoraux du Rassemblement national et des partis qualifiés par l’oligarchie de populistes ? Au lendemain du 10 mai 1981, beaucoup pensaient que les Russes allaient défiler sur les Champs-Elysées. Eh bien ces jours-ci, ils ne vont pas non plus défiler à Bruxelles ou Strasbourg.

Le RN n’est hélas qu’un mouvement ultra-libéral de plus, tout comme Renaissance ou le Parti socialiste. On ferait plutôt mieux de se demander pourquoi la liste du Parti communiste français n’a fait que 2,5 %… Léon Deffontaines et ses amis seraient-ils des « candidats fantaisistes », expression assénée avec gourmandise par l’élite quand ces derniers ne lui plaisent pas (cf. envers Jacques Cheminade en 1995) ?

Hue, t’es russe ?

Mais ce n’est même pas de cela dont il faut s’inquiéter, ni des traîtrises tragi-comiques dans les alliances partisanes. Ce qui est inquiétant, c’est la fuite en avant belliciste d’Emmanuel « Boum-boum » Macron.

A ce propos, les cérémonies du Débarquement* ont totalement détournées de leur objet ! La Russie, autre libératrice en 1944 n’a pas été invitée, par contre on fait venir l’Ukraine qui, à l’époque, n’avait brillé ni par sa judéophilie, ni par sa détestation des Nazis… Ce moment de paix qu’aurait dû être ce 80ème anniversaire est devenu une déclaration de guerre de Macron et de Biden contre la Russie – et accessoirement une propagande électorale de la part du président français… Lamentable !

*Notons que de Gaulle a toujours refusé d’assister à ces cérémonies car « la France avait été traitée comme un paillasson », tout en honorant « ceux qui ont donné leur vie à leur patrie sur notre terre ».

Pour une certaine gauche, ce n’est pas un sujet : LFI s’en fout, et de surcroît importe en France le conflit israélo-palestinien tout en rêvant de la destruction d’Israël, rejoignant ainsi l’idéologie du bataillon Azov et des nazillons du mouvement Pravy Sektor, dont j’ai encore vu il y a quelques jours à Paris une voiture (immatriculée en Pologne, cette fois) en arborer les emblèmes. L’union de la Gauche pour les législatives va être elle aussi difficile à porter…

Prisonnier d’une idéologie libérale de la dette, l’Occident est aux abois. Or historiquement, la meilleure manière d’effacer les dettes est de jouer aux soldats de plomb pour de vrai, c’est-à-dire de faire la guerre… Assistance technique militaire, accord donné à l’Ukraine pour utiliser des missiles français pour frapper le sol russe, don de Mirage puisés sur le stock de l’armée française, accélération du processus de l’adhésion de l’Ukraine à l’UE – et de facto à l’Otan : tout cela constitue des lignes rouges à ne pas franchir. Les mêmes lignes rouges existentielles comme celles franchies lors de la crise des missiles de Cuba en 1962. Comme le dit l’ancien ministre LR Pierre Lellouche dans Le Figaro, « Emmanuel Macron risque de faire sauter tous les verrous qui nous protègent de la troisième guerre mondiale ». Lellouche est bien gentil : c’est « guerre nucléaire » qu’il faudrait dire…

Puisque les dernières élections concernaient l’Europe, parlons-en, de l’adhésion de l’Ukraine ! Les vingt-sept* passent l’éponge sur les déficiences de l’Etat de droit de ce pays, qui ne répond à aucun des critères nécessaires pour adhérer à l’UE, à commencer par la nécessité d’en finir avec une corruption endémique.

*A vingt-sept, ce n’est plus une union, mais un gloubi-boulga…

L’Otan, dont son caniche français, a opté pour le contrôle politique, pour l’idée que tous les pays du monde devaient adopter le modèle néolibéral occidental, fait de changements de régime, de révolutions de couleur et de guerres interventionnistes causant des millions de morts. La Chine au contraire, s’est concentrée avant tout sur le développement économique et la lutte pour sortir de la pauvreté 850 millions de ses propres citoyens, puis, de plus en plus, sur une coopération gagnant-gagnant avec les nations du Sud.

L’essayiste Max-Erwann Gastineau, interrogé par Marianne en décembre 2023, déclarait qu’« il est sidérant de voir les élites françaises ou européennes brandir leur suffisance, faire comme si le simple fait de jouer dans le «camp des démocraties» était une garantie d’avenir, de prospérité et de puissance digne d’être jetée à la face des autocrates. Nous avons oublié les conditions de la puissance, et notamment ses conditions non économiques. L’effondrement du système éducatif français devrait, à ce titre, bien plus nous inquiéter que les discours de Vladimir Poutine* ». Comment alors reprocher au président chinois d’avoir une stratégie, quand l’Europe n’en a aucune ? Cette Europe et cet Occident débiles dont les orientations économiques et financières ont conduit leurs citoyens dans le mur sont des jouets idéaux pour le pays de Xi Jinping ! La Nature a horreur du vide, et c’est la Chine qui le remplit.

*Souligné par nous.

Le reste, aussi bien chez les plumitifs médiatiques qu’au café du Commerce, n’est que verbiage et papotage.

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« Granprofesseurs » de tous les régimes, dispersez-vous !

L’actualité sportive à venir me fait revenir sur un article du Parisien du 18 novembre 2022 : « Ces enfants vont aller jouer les supporters au Qatar – A l’initiative d’une association, 25 écoliers de Sarcelles vont s’envoler dimanche pour Doha, accompagnés d’ados des Ulis et de jeunes autistes venus de Paris ». Encore une fois, on n’échappe pas au cliché : quartiers défavorisés donc bien évidemment football/boxe/rap/hip-hop, des modes culturels (?) déjà bien endogènes des « quartiers ». Il ne sera pas question de musique classique ni de science. D’autant plus que ces gamins veulent tous devenir footballeurs, le modèle de l’argent facile. Et cerise sur le gâteau : en 2021, la Coupe se déroulait au Qatar. La plupart allaient y retrouver des « valeurs » déjà ancrées dans leur environnement familial : machisme, antisémitisme, et la culture du conflit qu’est toute compétition. Qu’en penser ? La même chose que pour les mères de familles musulmanes que l’on fait participer à des « ateliers couscous » : aucun espoir d’intégration. « On n’arrête pas de nous dire d’ouvrir le champ des possibles. Pour le coup, nous le faisons ! », affirmait sans rire la directrice de l’école primaire de Sarcelles participant à l’opération… Soumission, écrirait Houellebecq.

Karim Khan, le procureur de la Cour Pénale Internationale a bien joué en lançant un mandat d’arrêt contre Netanyahou (les wokistes antisémites se réjouissent)… et contre trois dirigeants du Hamas (merde… raté pour eux!).

« J’ai dix ans ». Jordan Bardella ou Gabriel Attal ?

LA LISTE PEREC DU JOUR :

"Il tient dans la main un biberon géant dont les graduations évoquent en termes familiers ou semi-argotiques les exploits ou fiascos amoureux censés correspondre aux quantités d'alcool absorbées (Viens Poupoule, Mont'là d'sus tu verras Montmartre, Le Pont de la Rivière Kwaï, Satisfaite ou remboursée, Reviens veux-tu, Do do l'enfant do, Extinction des feux, etc.)."

Pour la centième parution de ce blog, voici un petit foutage de gueule bien justifié :

Tous ceux de ma génération (enfin surtout celle d’avant) se souviennent de Maurice Duverger, universitaire et juriste, né en 1917 à Angoulême*.

*Donc proche chronologiquement et géographiquement de François Mitterrand...

Duverger, la référence en matière de droit constitutionnel et de science politique ! Le Dalloz incarné ! « Maurice Duverger est le plus grand politologue français », dixit sans rire FranceArchives, le portail officiel des Archives de France…

Drôle (si l’on peut dire) de bonhomme ! Militant d’extrême-droite depuis l’âge de quinze ans, puis responsable à Bordeaux de l’organisation de jeunesse du PPF de Jacques Doriot, il enseignera sous l’Occupation à l’Institut d’études corporatives et sociales, un laboratoire de la doctrine corporatiste sous le régime de Vichy. A t-il légitimé le statut des Juifs ? Georges Vedel témoigne que que « loin d’approuver le principe des mesures frappant les fonctionnaires juifs et encore moins d’en favoriser l’application, Maurice Duverger en a proposé une interprétation totalement restrictive de nature à en paralyser l’effet, ce qui, dans les circonstances du moment, constituait la contribution la plus efficace qu’un juriste pût apporter à l’opposition aux textes qu’il commentait ». Mouais… En juin 1941, Duverger fera partie de l’équipe de rédaction de l’hebdomadaire Le Progrès, fondé par Adrien Marquet, ministre de l’intérieur du Maréchal Pétain en 1940. Maurice Duverger, sous le nom de Philippe Orgène, signe des articles culturels, politiques et sociaux. Aux côtés des officiels de Vichy, les personnalités allemandes y sont interviewées sans complaisance.

Philippe Orgène ? Le prénom Philippe n’est pas anodin…

Après s’être rapproché de la Résistance*, il devint un éditorialiste écouté au journal Le Monde, le quotidien de tous les régimes, dirigé par l’ancien collaborationniste Hubert Beuve-Méry, et deviendra fervent communiste et admirateur de l’Union Soviétique ! Il justifiera le stalinisme en affirmant que « la crainte des purges maintient les militants en haleine, réveille constamment leur zèle. » Jeune collabo puis vieux stal !

*Tonton, pourquoi tu tousses ?

Ainsi, il rejoindra le panthéon des imposteurs intouchables multicartes, des bourgeois plus ou moins collabos devenus soudainement proches du peuple, entre le « granphilosophe » Jean-Paul Sartre et le « granpenseur » Raymond Aron, dont il fallait obligatoirement placer une citation dans une dissertation… corrigée par un granprofesseur de même acabit. Eussent-ils vécu plus longtemps, tout ce petit monde serait devenu de parfaits ultra-libéraux europhiles.

J’ai retrouvé une blague délicieusement méchante, dont j’ignore l(es) auteur(s), parue en 1988 dans Nouvelle Solidarité, le journal du mouvement de Jacques Cheminade (déjà !) : des militants qui, visiblement, savaient s’amuser. J’y ai effectué des modifications minimes.

Pour comprendre un tant soit peu ce qui suit, l’Angkar était le nom donné au Parti communiste du Kampuchéa démocratique. François Genoud, est un suisse, ancien pronazi, qui est devenu banquier du FLN et d’autre mouvements (pan)arabes, parfois terroristes. Quant à Viktor Tchébrikov, c’était le chef du KGB sous Gorbatchev.

Complément à la bibliographie de M. Maurice Duverger

Duverger (M.), Le statut des jeunes juristes en zone libre (carrière, salaire, promotion, considération sociale, idéologie), Vichy, 1942. Avec une préface de Philippe Henriot et un commentaire de Louis Darquier de Pellepoix.

Duverger (M.), La torture dans ses aspects juridiques : baignoire, magnéto, arrachement des ongles, torsion des parties génitales, simulacre d’exécution, Athènes, 1965. Avec un appendice : Le lavage de cerveau & le sujet de droit.

Duverger (M.), Les ordonnances et décrets de M. Pol Pot et de l’Angkar : statut juridique comparé de l’exécution au manche de pioche et de la balle dans la nuque, Editions de l’Objectivité scientifique, Phnom-Penh, 1976.

Duverger (M.), Influence de la pensée des juristes arabes sur l’action législative et exécutive d’Idi Amine Dada, Editions du ministère de l’Intérieur, Kampala, 1977.

Duverger (M.), Adolf Eichmann, éléments biographiques pour une évaluation finale, François Genoud éditeur, Lausanne, 1980.

Duverger (M.), Renaissance du Droit en URSS : perestroïka, glasnost et pensée nouvelle de Mikhaïl Serguéiévitch Gorbachev, Editions Goulag-Presse, Moscou, 1990. Avec une préface de Viktor Tchébrikov.

Duverger (M.), Mémoires – Une vie et une carrière au service du Droit, de la Rigueur et de la Morale, Plon, Paris, 1986. Six volumes.