Cornu copiae

The Bayrou Watcher (#2) : je ne m’en suis pas souvenu sur le coup, mais dans le roman Soumission de Michel Houellebecq (Flammarion, 2015), le président de la République nouvellement élu, l’islamiste « modéré » Mohammed Ben Abbes, prend dans un premier temps pour premier Ministre François Bayrou « parce que c’est le plus bête », souligne le narrateur !

LA LISTE PEREC DU JOUR :

"[...] des ferrailleurs à gros gants viendront se disputer les tas : le plomb des tuyauteries, le marbre des cheminées, le bois des charpentes et des parquets, des portes et des plinthes, le cuivre et le laiton des poignées et des robinets, les grands miroirs et les ors de leurs cadres, les pierres d'évier, les baignoires, le fer forgé des rampes d'escalier..."

Nota : des charmants lecteurs m’ont demandé un article sur Donald Trump (du genre « Faut-il avoir peur de Trump »). Je ne suis pas blogueur professionnel et écrire un article de fond demande du temps. Je ne sais pas quand l’article en question sera prêt – évidemment, actualité oblige, le plus tôt serait le mieux. A défaut l’article qui suit fait partie de la routine de ceux qui sont rédigés à l’avance (j’ai pour l’instant des articles planifiés jusqu’au 1er avril) :

Il y a quelques décennies, l’Institut Schiller, un think tank géostratégique cornucopien* fondé par Helga Zepp-Larouche (et son satellite le Club de la Vie, nommé ainsi par opposition aux théories malthusiennes du Club de Rome), affirmait que si l’Australie accueillait toute la population de la Terre, elle n’aurait que la densité de la Belgique. Gros yeux et désapprobation générale de la part de la bien-pensance. Cela ne se peut pas, tout le monde sait bien que la planète est surpeuplée, c’est bien connu…

*Cornucopien (nom et adj. du latin cornu copiae, corne d’abondance) désigne ceux qui pensent qu’il n’y a pas de limite à la croissance. L’Institut Schiller, menant campagne depuis plus de quarante ans, n’utilise cependant pas ce terme apparu récemment.

Téléphone, La Bombe humaine, 1979.

De nos jours, un autre sniper revient à la charge à contre-courant du pessimisme ambiant : le géographe et essayiste Christophe Guilluy. Celui-ci, dans La France périphérique – Comment on a sacrifié les classes populaires (Flammarion, 2014), remettait au goût du jour le concept d‘Homme oublié, au centre des préoccupations de Franklin D. Roosevelt. « Ces temps funestes appellent à la construction de projets qui reposent sur l’Homme oublié : puissance économique, non organisée mais indispensable, de projets comme ceux de 1917 qui ont bâti depuis les fondations jusqu’au toit, qui ont fait une fois de plus confiance en l’Homme oublié comme base de la pyramide économique ». – FDR, allocation radiodiffusée du 7 avril 1932 (traduit par nous).

Maynard Dixon (1875-1946), Forgotten Man, 1934,
(Brigham Young University Museum of Art)

Revenons à nos moutons démographiques. Dans Marianne du 25 mai 2023, Guilluy ne prenait pas au sérieux l’annonce par l’ONU (une belle opération de com…) du franchissement du seuil des huit milliards d’habitants : c’est que seuls les pays « développés » (généralement les moins peuplés…) procèdent à des recensements ! L’Inde, par exemple, n’a pas connu de recensement depuis 1991 ! La marge d’erreur de la population mondiale, écrit Christophe Guilluy, est de +/- 800 millions de personnes.

Néanmoins, sommes-nous si nombreux ? J’invite les internautes à consulter une carte de la densité mondiale : celle-ci est de 6o hab/km2, deux fois moins que celle de la France [https://i.pinimg.com/originals/c0/98/5c/c0985cca1a3293eb992fcab504dcce87.jpg], ce qui dément le cliché « L’Afrique, çà grouille », comme je l’ai déjà entendu. « Si on s’amusait à rassembler tous les Terriens sur le territoire états-unien, notre densité s’élèverait à 814 hab/km2« , écrit Guilluy en citant les chiffres du démographe Gérard-François Dumont. En comparaison, la densité de l’Ile-de-France est de 1020 hab/km2 ! Souvent, la vérité sort de la bouche, non des « experts environnementaux » et des statisticiens, mais des démographes ou géographes : Christophe Guilluy, Hervé Le Bras, Emmanuel Todd.

De gauche à droite, et de haut en bas : Guilluy, Le Bras et Todd.

« Doit-on s’alarmer de la croissance exponentielle de la population ? Non plus ». C’est que la décélération de la population est amorcée depuis des décennies, due au vieillissement et à la baisse de la fécondité, et va marquer tout le 21ème siècle. Et de nous présenter ce paradoxe : le Japon, territoire « surpeuplé » et vieillissant. S’il y a trop de Tokyoïtes (38 millions d’habitants dans la grande aire métropolitaine du Kanto !), il n’y a pas assez de Japonais, et l’archipel est en train de se dépeupler !

Il existe un autre cornucopien : vous le voyez venir (roulement de tambour)…

C’est Elon Musk ! Nous y voilà. Père de dix enfants, il est persuadé qu’il n’y a pas de limite aussi bien à la croissance démographique qu’à la croissance technologique. Pas mal, non ?

Seulement voilà, il y a un os…

Tout d’abord, Musk est un libéral, et de la pire espèce : celles des libertariens. Les libertariens (ne pas confondre avec les libertaires) s’opposent à toute forme de régulation étatique, même dans le domaine régalien. Or le libéralisme est incompatible avec une politique nationale de crédit finançant des grands projets à long terme en vue du développement ! D’autre part le sud-africain Elon MuSSk est un suprémaciste : pour lui il n’y a pas de limite à la croissance démographique, à condition qu’il s’agisse de Blancs au QI élevé… Cornucopien, mais hélas « darwinien »* !

*Je mets des guillemets car cet adjectif, d’emploi courant, est inapproprié. Darwin n’a fait qu’affirmer l’évolution des espèces face au fixisme biblique. C’est Francis Galton qui y a ajouté la notion de « loi du plus fort ». Attaquons plutôt ce dernier !

« Mais s’il n’y avait pas Musk, qui ferait ces projets (science, spatial, médical…) ? ». Le problème est que Musk, véritable passionné, est également un irrationnel et un exalté*. Explorer Mars dans la décennie, alors qu’on ne sait encore rien des conditions de vie humaine dans un environnement extraterrestre – et sans retour, relève du suicide !

*Peut-être dû au fait que, selon ses dires, on lui a diagnostiqué un syndrome d’Asperger ?

Oublions Musk et revenons à nos histoires de cornes (d’abondance) : progrès et population illimités. Voici quelques idées, je les livre sans ordre précis car il s’agit d’un tout :

  • Il n’y a pas de limite à la créativité humaine, donc aux technologies.
  • Il n’y a pas de limites aux ressources, car on peut transmuter les éléments grâce à la physique nucléaire (fusion).
  • Pour assurer les deux points précédents, l’éducation est primordiale.
  • La densité de la population n’est pas un problème – à condition que le développement soit en adéquation. Densité sans développement apporte la pauvreté.
  • Un Etat dont les niveaux culturel, éducatif et sanitaire s’effondrent se paupérise, et le nombre et l’espérance de vie de sa population s’effondrent aussi.
  • Une population dont le niveau de développement matériel et humain (éducation et santé) est élevé voit sa population ne plus augmenter exponentiellement.
  • Le progrès n’est pas dans le superflu (déplacement aérien Paris-Nice, smartphone, lave-vaisselle dans un foyer de deux personnes…) mais le nécessaire (énergie, infrastructures, écoles, hôpitaux).
  • Le libéralisme n’est pas un facteur de développement (court-termisme, obsession de la dette, monopoles industriels et agro-alimentaires et leurs destructions environnementales comme la monoculture intensive).
  • A partir d’un certain niveau d’éducation (alphabétisation, scolarisation des filles, contraception, monogamie) la population décroit en maintenant un niveau de vie décent et une espérance de vie élevée.
  • Le but de l’humanité n’est pas d’augmenter sa population per se, ni le progrès per se, mais d’augmenter le potentiel de densité énergétique par habitant.

Et vlan dans la gueule qui pensent que « la démographie, c’est mathématique », ou qu’il suffit d’appliquer la courbe de Fibonacci ! Vous savez, celle des lapins ! Mais l’être humain n’est un animal que par son enveloppe. Pour le reste, il est capable lui-même de limiter sa population.

C’est trop pour vous ? Allez, vous allez vous en remettre…

Je me souviens… (4/4)

Dernière minute : j’apprends par Marianne la mort de Jean-François Kahn, qui a eu lieu… mercredi 22 janvier. Vous le saviez, vous ? Pas un mot dans la presse qui, visiblement, n’a pas souhaité rendre hommage à ce journaliste politiquement incorrect. C’est d’autant plus émouvant que je l’avais croisé il y a deux mois rue Charlot à Paris (il habitait dans le quartier). Il était seul, en déambulateur, et vu son état, j’avais compris qu’on ne le reverrait plus…

Marre de la bien-pensance de France Inter/France Info/RFI ? C’est mon cas, et je n’écoute maintenant plus que RTL pour les infos et l’émission d’actualité (Yves Calvi) de 19h15-20h. Il est flagrant de constater combien les médias du service public sont arrogants, idéologisés (libéralisme pro-UE et pro-Otan, wokisme) et parisiano-centrés. Le ton de RTL (station qui a tout de même ses défauts) est moins « constipé » et plus ouvert.

The Bayrou Watcher (#1) :

Sans paroles.

LA LISTE PEREC DU JOUR :

"La vitrine contient une collection de modèles réduits de machines de guerre antiques, à monter soi-même : des béliers, des vineas, dont Alexandre se servit pour mettre ses travailleurs à couvert au siège de Tyr, des catapultes syriennes qui jetaient à cent pieds des pierres monstrueuses, des balistes, des pyroboles, des scorpions qui lançaient tout à la fois des milliers de javelots, des miroirs ardents,  - tel celui d'Archimède qui embrasait, en un clin d'oeil, des flottes entières - et des tours armés de faux supportées par de fougueux éléphants".

Votre serviteur habite Belleville*, dans le quartier de la rue Rébeval. Or, on trouve pléthore d’ouvrages évoquant le Belleville d’autrefois, notamment avec des photos avant/après. Mais du secteur Rébeval, point.

*Note pour les internautes (car la Toile est mondiale) : Belleville est un quartier du nord-est de Paris, « à cheval » sur les 19ème et 20ème arrondissements.

J’ai finalement dégotté le livre suivant : Patrick Marsaud, Belleville 1965, Ed. Michel Lagarde, 2021, avec des photographies de Jean-Baptiste de Beaudouin – ouvrage qui m’a permis d’en apprendre sur ce quartier, et de rectifier certaines informations que j’avais glanées et qui se sont révélés fausses.

Mais ce dont je voulais vous entretenir, ce qui frappe, au vu des photos de circa 1965, c’est le changement de la société.

Dans les rues de ce quartier populaire vers 1965, on est frappé par le nombre d’enseignes « Boucherie, triperie, volailles », voire « Gibiers » ou « Porc frais » dont peu ont survécu (si : en hallal, sauf pour le porc frais !). Les charcuteries également, reconverties en traiteurs asiatiques. On remarquera aussi que les boucheries étaient souvent chevalines, ce qu’on regrettera, la viande de cheval étant nutritivement saine. La grande distribution (Félix Potin dans les années 70-80, puis Ed, Franprix, Monoprix en version bobo et Carrefour City) aura eu la peau de ces commerces.

On l’a oublié, mais il y avait le long des trottoirs des marchandes de quatre-saisons qui s’approvisionnaient aux Halles. Leurs remorques, qui servait d’étal avaient des roues de charrette ! Ces marchandes (c’était déjà une tolérance) disparurent avec le déménagement des Halles à Rungis en 1969.

Marchandes de quatre-saisons rue du Faubourg-du-
Temple (Photo J.-B. de Beaudouin).

On est frappé aussi par le nombre de cafés, qui n’a pas varié aujourd’hui, mais leur typologie a changé. Les cafés (des rades…) de 1965 étaient souvent d’anciens marchands de vin, vendant aussi bois et charbon, et ce jusqu’à la généralisation du chauffage au fioul au début des années 70. Ils étaient tenus depuis des générations par les fameux Auvergnats ou Bougnats (en réalité des Aveyronnais) que les Kabyles ont remplacés. Aujourd’hui les Asiatiques (Chinois voire Indiens) prennent peu à peu le relais*, et la plupart de ces établissements (je parle toujours du Bas-Belleville) ont une clientèle proto-bobo. Petit, je n’ai pas connu le quartier mais je me souviens de Paris en général, et en particulier ceci : la clientèle des rades des années soixante comptait bon nombre d’ivrognes patentés…

*Y compris en province comme je l’ai vu à Nogent-le-Rotrou ou à Villers-Cotterêts…

Nous sommes tellement habitués aux « enseignes » que nous avons oublié les commerces indépendants : habillement, accessoires (chapeaux, chaussures, cravates), « photo-ciné-son », drogueries, quincailleries, laveries, sans compter les garnis et hôtels borgnes…

Mais surtout, surtout, ce qu’on retient est le nombre impressionnant de cinémas (indépendants, cela va sans dire) dans le quartier (et dans Paris en général). Aujourd’hui, les cinémas le plus proches de Belleville sont les Mk2 Gambetta et Quai de Loire. A l’époque, on pouvait énumérer le Palais des Glaces (auj. une salle de stand-up), le Ciné-Bellevue (auj. une synagogue), les Folies-Belleville (auj. un supermarché), le Théâtre de Belleville (auj. un restaurant chinois karaoké), le Floréal, le Belleville-Pathé, l’Alhambra, le Temple-Sélections, le Cocorico (ces derniers démolis). On n’y jouait pas les mêmes films qu’au Quartier latin ou aux Champs-Elysées ! C’était plutôt Mata-Hari Agent H 21, Le mystère du temple hindou, L’affaire du cheval sans tête, Nick Carter va tout casser, Maciste et les 100 gladiateurs… Ces salles qui avaient démarré avant 1914 comme cafés-concert pour la plupart finirent souvent en cinéma porno ou de kung-fu, puis en supermarché ou salle de sport…

Le Ciné-Bellevue, 118 boulevard de Belleville (Photo J.-B. de Beaudouin).

La pile Wonder
ne s’use
que si l’on s’en sert !

Les années soixante, plus pauvres en grandes enseignes, étaient toutefois plus riches en marques et réclames en tous genres. Sur les photos de 1965, on dénombre la moutarde Bornibus*, les piles Wonder, la peinture Novémail, les parfums Forvil, le produit-vaisselle Rex, la lingerie Pernelle, les laines Pingouin, l’encre Waterman… Et sur la devantures des cafés, pléthore de marques de bières : Roemer Pils, Nordbraü, Adelshoffen, Slavia, Meteor, Löwerbrau, La Perle, Freysz-Pils, Lutterbach, Mützig, Leopardbraü… bien avant la création des mafias alliant les grossistes limonadiers aux groupes brasseurs mondialisés.

*Dont le siège social était à Belleville, boulevard de la Villette !

Autre changement : les arbres. En 1965, il n’y en avait que Boulevards de Belleville et de la Villette. Aujourd’hui, toutes les rues sont arborées.

L’intersection Rue Rébeval/rue de l’Atlas ca. 1970 (Photo J.-B. de Beaudouin) et 2024.

L’aspect des « gens » nous étonne également : hommes en cravate (et à moustache), femmes en robe ou en jupe, enfants en culotte courte. On est aussi frappé par le nombre de « vieux ». Il est vrai que, de nos jours, les vieux font leur courses le matin puis se terrent chez eux devant la télé : Paris n’est plus une ville pour eux (agressions, promiscuité, bruit, scooters et vélos à gogo, culture tournée vers le jeunisme), et beaucoup sont en Ehpad. Mais il y a un biais : beaucoup de « mémères », avec ou sans cabas, que l’on voit sur les photos anciennes n’avaient que 50/60 ans ! Mais jupe, mise en plis, fichu et une couverture-santé plus précaire qu’aujourd’hui nous les vieillissent…

Carrefour rue du Faubourg-du-Temple/rue Saint-Maur (Photo J.-B. de Beaudouin).

Un habitant du Belleville de 1965 transplanté dans celui de 2024 serait frappé par le nombre de faciès exotiques : Chinois et Vietnamiens tenant des restaurants, Maghrébins ou Pakistanais tenant des commerces de bazar, de fast-food ou de téléphonie. Il serait surpris également par le nombre de groupes de musulmans de sexe exclusivement masculin massés en grappe devant certains commerces précités et se contentant de « tenir les murs ». Cela aussi fait partie de la mutation de la société bellevilloise…

Le quartier du Bas-Belleville, totalement insalubre, à la Eugène Sue ou à la Zola, commença à être muré dès 1966 et reconstruit seulement en 1973-75 (!) avec des immeubles modernes. On ne regrettera pas l’habitat ancien…

Bref, tous ces changements, ma pauv’dame, c’est la faute à la bombe atomique et à la télévision… Sans compter les yé-yés…

A lire aussi :

La librairie Le Genre urbain (60 rue de Belleville) est une véritable manne d’ouvrages de ce genre !

Jacques Dutronc (musique), Jacques Lanzmann/Anne Segalen (paroles), Paris s’éveille (1968).

Du coup, le texte de cette chanson pourrait faire l’objet d’un autre Je me souviens. Chiche ?

'Pataphysique Beethoven Ludwig van Bertin Jean Beuve-Méry Hubert Boudard Alphonse Brel Jacques Cheminade Jacques Coluche de Gaulle Charles Diop Cheikh Anta Duneton Claude Dutronc Jacques Ferrat Jean Ferré Léo Freud Sigmund Ghali Driss Houellebecq Michel Huxley Aldous Lapointe Boby Macron Emmanuel Merci Citron Onfray Michel Open Society OTAN Ouaknin Marc-Alain Oulipo Ouvrard Paty Samuel Perec Georges Perret Pierre Pitte Jean-Robert Platon Queneau Raymond Rabelais François Rosten Leo Ruffin François Ruhaud Etienne Saint-Quentin Schott Ben Socrate Szenes Arpad Trenet Charles Urban Traveller Vallès Jules Weil Simone

Belle Marquise

*Souligné par nous.

C’est aussi le dixième anniversaire du massacre de Charlie Hebdo. Hélas, hélas, hélas – et çà n’est qu’un exemple-, une amie m’a envoyé ce SMS (non verbatim) : « Mais qu’est-ce qu’ils ont encore à parler de Charlie, il va y avoir encore des attentats ». Se coucher, encore… La question n’est pas de savoir si on aime Charlie et ses dessins de bites, mais si on doit garder la liberté d’expression. Les barbus sont en guerre contre l’Occident, des caricatures sont une bonne riposte ! Mais nous devrions entrer également en guerre contre le wokisme, sinon çà ne marche pas. Comme toute guerre, il y aura des conséquences et, oui, il y aura -il y a déjà- des attentats pour lesquels les auteurs seront décrits une énième fois par les médias comme ayant des « problèmes psychiatriques ». Une pathologie qui s’appelle l’Islam…

LA LISTE PEREC DU JOUR :

"Bartlebooth se retrouvait parfois avec [...] un Charlot (melon, badin et jambes arquées), une tête de Cyrano, un gnome, une sorcière, une femme avec un hennin, un saxophone, une table de café, un poulet rôti, un homard, une bouteille de champagne, la danseuse des paquets de Gitanes ou le casque ailé des Gauloises, une main, un tibia, une fleur de lys, divers fruits, ou un alphabet presque complet avec des pièces en J, en K, en L, en M, en W, en Z, en X, en Y et en T."

Est paru il y a deux mois un excellent hors-série du Monde : Réinventons la ville. On peut notamment y lire un entretien tout aussi excellent avec l’écrivain français Alain Damasio*. Celui-ci relate que les multinationales s’accaparent les villes, lesquelles deviennent des marques : ainsi Paris devient la ville LVMH, Seattle la ville Boeing/Starbucks, Cannes la ville Netflix, New-York la ville Trump (qui est de facto une marque)…

*Ne pas confondre avec le neuroscientifique portugais (que je croyais italien) Antonio Damasio. J’les confonds toujours !

Damasio a également séjourné dans la Silicon Valley dans un but sociologique, et remarque qu’il n’y a « aucune mixité. Aucun échange croisé. J’en ai parlé à des Français sur place en leur demandant comment se passe la séduction si personne n’ose. On m’a répondu : ils regardent sur l’appli Bumble […] Et si quelqu’un te plaît, tu fais comment ? -Eh bien, je ne vais pas la voir, ce serait intrusif ! ». Ce « moment #Me too » fait froid dans le dos, tout de même… A l’inverse, j’avais lu, il y a quelques années, une BD scénarisée par un Japonais relatant son séjour à Paris*. Ce dernier s’était évertué, fleur bleue, à tenter de faire une déclaration d’amour, jusqu’à ce que quelqu’un lui explique les subtilités de la vie parisienne (d’alors. Tout cela est fini aujourd’hui) : « On ne fait pas de déclaration. -Mais alors comment on fait ? -Eh bien, on baise ! ». Et de se demander comment procéder si on ne déclare pas sa flamme. Bref, faudrait savoir !

*Je n’ai pas retrouvé les références.

Pour m’inspirer j’me suis fait un café crème « ème »
Mais par erreur je l’ai sucré au sel gemme « ème »
C’ n’était pas bon, ma foi je l’ai bu quand même « ème »
Ah faut-il que faut-il que je… faut-il que je…
C’est malheureux je n’ai pas trouvé de thème « ème »
J’ t’aurai fait un truc avec des rimes en « ème »ème »
Tu aurais compris que c’était un stratagème… »ème »
Pour te dir’ que… te dir’ que je…te dir’ que je…
Oui !

Harry Mathews.

Puisque nous sommes dans l’amour, voici un texte d’Harry Mathews (1930-2017). Cet écrivain et traducteur américain francophone, ami de Georges Perec et de surcroît mari de Niki de Saint-Phalle, était membre de l’Oulipo. Le texte qui suit, Belle Marquise, est-il la conséquence du précédent ?

Plaisir d'amour ne dure qu'un instant, chagrin d'amour dure toute une vie
Plaisir d'amour ne dure qu'un instant, une vie d'amour dure tout un chagrin
Plaisir d'amour ne dure qu'un chagrin, un instant d'amour dure toute une vie
Plaisir d'amour ne dure qu'un chagrin, une vie d'amour dure tout un chagrin
Plaisir d'amour ne dure qu'une vie, chagrin d'amour dure tout un instant.
Guy Lelong.

Voici maintenant Guy Lelong, que je pensais être aussi oulipiste : il ne l’est pas mais utilise les contraintes dans ses textes. Bien que né en 1952, il se situe dans le sillage du Nouveau roman. Il a aussi comme domaines d’activité la musique, les arts plastiques et l’architecture. Voici Nuit sans date rue Saint-Jacques :

La rue tombe noire, noire, la noire rue noire tombe là.
La rue tombe noire, noire, la tombe noire, rue noire, là.
La rue tombe noire, noire, tombe la noire rue noire, là.
La rue, tombe noire, noire, rue noire, la tombe noire, là.
La rue tombe noire, rue noire noire, là, tombe noire, là.
La rue tombe noire, la noire noire rue, noire tombe là.
La rue tombe noire la noire noire rue noire tombe, là.
La rue tombe, noire, noire, là ; tombe noire, rue noire, là.
La rue, tombe, là. Noire, noire tombe, noire rue, noire là.
La rue noire tombe ; noire la noire, noire rue-tombe ; là.
La rue tombe. La noire rue noire. Noire tombe noire. Là.
Wendy Cope.

Et pour finir, mon préféré. Il s’agit d’un texte de la poétesse britannique Wendy Cope (née en 1945). Cope fait souvent dans les poèmes courts à la fibre comique. Voici The Uncertainty of A Poet, illustration du tableau éponyme de Chirico ? Evidemment, je ne traduis pas le texte : çà n’aurait aucun sens.

Giorgio de Chirico, L’incertitude du Poète, 1913.
I am a poet.
I am very fond of bananas.

I am bananas.
I am very fond of a poet.

I am a poet of bananas.
I am very fond.

A fond poet of 'I am, I am'-
Very bananas.

Fond of 'Am I bananas?
Am I?'-a very poet.

Bananas of a poet!
Am I fond? Am I very?

Poet bananas! I am.
I am fond of a 'very.'

I am of very fond bananas.
Am I a poet?

Ce poème a été ensuite parodié maintes fois. Exemple :

Vous çà alors plu ? Pensez-qu’en vous ?

Les « chansons Africa »

J’ai trop entendu d’imbéciles autour de moi (ne parlons pas des médias) s’exclamer : « Ah mais c’est bien, Assad est tombé » sans réfléchir au fait que les Américains ont, une fois de plus (Afghanistan, Irak) contribué à installer une théocratie sanguinaire, en Syrie, cette fois. Les idiots utiles de la bien-pensance ont donc soutenu la venue d’un système régi par la charia, dirigé par le groupe islamiste « modéré » Hayat Tahrir al-Sham (HTS), dernier avatar d’Al-Qaida, avec lequel, comme l’a relaté Le Figaro.fr, l’assassin de Samuel Paty était en contact…

*La propagande médiatique occidentale qualifie le chef du HTS Abou Mohammad al-Jolani de « djihadiste libéral démocrate », et ses amis de « rebelles »

A côté de cela, le psychodrame autour de « Bayrou de secours » qui, tout comme Ségolène Royal ou Bernard Cazeneuve* est tellement indispensable qu’il est candidat à tout, est bien dérisoire…

*Les médias ont qualifié celui-ci « de gauche » !

Début décembre, je passai boulevard Beaumarchais à Paris et pus voir les stigmates de la manifestation du 23 novembre contre les violences faites aux femmes. Malheureusement, ce fut apparemment un festival de wokisme et d’intersectionnalités en tous genres. Exemples de slogans tagués : MISANDRIE ! (savent-elles que pour « fabriquer » des enfants, quelle que soit la technique, on a besoin de gamètes mâles* ?), TOUS VIOLEURS** ! (ben voyons…), et la cerise sur le gâteau QUEERS 4 PALESTINE. En effet on peut compter sur les barbus du Hamas pour respecter les femmes et les minorités sexuelles ! On parie qu’aucune des manifestantes ne soutient le combat des femmes iraniennes. Et je n’ai rien vu faisant allusion à Gisèle Pelicot : elle est sans doute trop « cis » à leur goût…

*J’oubliais que pour sauver la planète, il ne faut plus faire d’enfants…

**Tous ? Evidemment non. Malgré tout, on remarquera que Dominique Ali Baba Pelicot n’a recruté ses cinquante violeurs que dans un rayon de quelques kilomètres seulement. On n’ose imaginer ce qu’il en aurait été à plus grande échelle…

LA LISTE PEREC DU JOUR :

"Il pensait aux autres, à tous ceux qui étaient déjà partis, à tous ceux que la vie ou la mort avaient avalés : Madame Hourcade, dans sa petite maison près de Montargis, Morellet à Verrières-le-Buisson, Madame Fresnel avec son fils en Nouvelle-Calédonie, et Winckler, et Marguerite, et les Danglars et les Claveau, et Hélène Brodin avec son petit sourire apeuré, et Monsieur Jérôme, et la vieille dame au petit chien dont il avait oublié le nom, le nom de la vieille dame, car le petit chien, qui d'ailleurs était une chienne, il s'en souvenait très bien, s'appelait Dodéca."

Nous retrouvons notre « rubrique de Noël », que j’aurais pu appeler Tour de chant, sauf que France Musique a eu la même idée. Mais quelle stupeur ! marjoly, qui prône la culture classique, verse maintenant dans la variété !

C’est qu’il y a des lieux toujours vénérés en chansons. Paris, qui sera toujours Paris ! L’Italie napolitaine O sole mio. La Provence Pagnol/Vincent Scotto/Alibert. L’Océanie Manureva de Brel à Antoine, en passant par Alain Chamfort. La Californie, San Francisco, la route 66, bon ou mauvais trip… Et l’Afrique, ou plutôt Africa, pour faire plus mythique, comme on dit Gaïa pour désigner la Terre.

Deux expositions ont lieu actuellement à Paris sur un thème identique : la possession du corps par l’âme d’une autre personne. Au Musée d’art et d’histoire du judaïsme, une expo* sur le dibbouk, thème tardif alimenté par la Kabbale et révélé par la pièce yiddish de Shalom An-ski, (1917)**. Autre exposition : celle au Quai Branly sur les zombis***. Ah, le vaudou, les sorciers, l’envoûtement… Nous y voilà ! Nous allons passer en revue des « chansons Africa ».

*jusqu’au 26 janvier 2025.

**Shalom An-Ski, Le Dibbouk, L’Arche, 2014.

***Le créolophone que je suis aurait écrit : des zonbi.

Je pensais qu’il y en avait pléthore : il y en a finalement assez peu. Je voulais d’emblée éviter la soupe des Alpha Blondy, Tikken Jah Fakoly et autres Ali Farka Touré, lesquels, sur un air vaguement reggae, débitent en boucle depuis trente ans « Africa, Africa » parce qu’ils n’ont rien d’autre à dire et en font leur fonds de commerce… Et on évitera également le gnan-gnan Saga Africa du si-populaire-et-consensuel Yannick Noah. Finalement, il ne reste pas grand chose. Je ne voulais pas vous décevoir, mais il était trop tard pour changer de thème. L’année prochaine, il y aura quelque chose de plus intellectuel…

Alors, à la guerre comme à la guerre :

On n’attendait pas Jean Ferrat sur ce terrain-là, malheureusement le résultat est décevant. Michelle Senlis, la parolière habituelle de Ferrat, est meilleure quand il y a un cadre politique précis (l’Union soviétique, la guerre d’Espagne, Cuba), mais là, c’est raté. Le texte de Michèle Senlis évoque peu l’Afrique, et la musique de Ferrat non plus. Et j’ai triché : c’est « Afrique » et non pas « Africa » qui apparaît dans le titre. J’aurais pu aussi aborder des chanteurs tiers-mondistes, mais Nougaro n’a rien chanté sur l’Afrique et Lavilliers m’agace.

Jean Ferrat, A moi l’Afrique (paroles : Michèle Senlis, musique : Jean Ferrat), 1972.

Quand j’étais jeune et vivais en Martinique, j’écoutais (un peu) de reggae. Jamais Bob Marley, trop connu, mais Peter Tosh, Jimmy Cliff ou Gregory Isaacs. Dans l’album Mama Africa de Cliff, qui contient la chanson éponyme, il y avait aussi une reprise de Johnny B. Goode de Chuck Berry ! Tosh est mort assassiné à 43 ans, de par ses fréquentations de trafiquants de drogue repris de justice. Quelle référence ! Il est vrai que le reggae est de la musique de chanvre

Peter Tosh (paroles et musique), Mama Africa, 1983.

Nina Hagen est un peu la Brigitte Fontaine allemande, c’est dire si elle est siphonnée… C’est une déconneuse assumée, et une excellente performeuse vocale qui aurait pu faire une carrière lyrique (aujourd’hui, elle chante du Kurt Weill), tant son registre est étendu. Bon, African Reggae (de l’album Unbehagen) n’est pas ce qu’elle a fait de meilleur et c’est en plus une célébration du haschisch – encore. Les germanophones remarqueront tout de même que dans le dernier couplet, elle dénonce l’excision. En tous cas, utiliser le jodl dans du reggae est assez cocasse.

Nina Hagen, African Reggae (paroles et musique : Bernhard Potschka, Nina Hagen, Reinhold Heil), 1980.

Je vous avais prévenu : en v’là, de la variétoche ! Je dirais même de l’easy listening ! Je connaissais la chanson : difficile à l’époque de passer à côté ! Mais je ne savais pas qu’elle était du groupe Toto dont je n’ai entendu parler qu’à l’occasion des recherches pour cet article. La bonne vieille recette : une basse entêtante, donc envoûtante, et c’est bien connu, tout ce qui est envoûtant évoque l’Afrique… Pour cela, le groupe utilisera le nouveau synthétiseur Yamaha CS-80, ainsi qu’un élément de gamelan* ramené d’Indonésie par David Paich, et qui n’a donc rien d’africain ! Là, au moins, dans ce « titre »**, l’Afrique, « çà le fait ». Cà s’améliore…

*Le gamelan est un ensemble de percussions métalliques traditionnel indonésien.

**Il n’y a plus de chansons mais des titres. Il n’y a plus de films d’animation mais des licences

Toto, Africa, (musique : David Paich, Jeff Porcaro, paroles : David Paich), 1982.

« Rose is a rose is a rose is a rose »

-Gertrude Stein

WOUAAAAH ! Rose Laurens ! Quand le clip de cette chanson passait (je me souviens des clips…), j’avais le nez sur l’écran… On remarquera 1. que Rose Laurens a une très bonne diction et 2. qu’elle a une gestuelle suggestive. Peu de gens savent qu’elle était aussi comédienne et avait joué Fantine dans la comédie musicale Les Misérables. J’ai choisi ce clip (interprété en anglais) de la télévision allemande, car c’est le plus sensuel de sa chanson Africa. En français, çà donne : « Je suis amoureuse d’une terre sauvage – un sorcier vaudou m’a peint le visage – son grigri me suit au son des tam-tams – parfum de magie sur ma peau blanche de femme ». Envoûtant, n’est-ce pas ? « Ung souffleu barbareu », comme dirait Nougaro… En tous cas, on y arrive, on y arrive…

Version allemande de : Rose Laurens, Africa (musique : Jean-Pierre Goussaud, paroles : Jean-Michel Bériat), 1982.

Manu Dibango est à mon avis le meilleur musicien africain avec Pierre Akendengué. Tous deux ont une solide formation classique : pratique du chant sacré puis conservatoire. Il existe deux titres (instrumentaux) de Dibango avec le mot Africa : ils sont bons mais pas évocateurs (rien ne vaut le fameux Soul Makossa). Quant à Pierre Akendengué, c’est un Gabonais né en 1943. En 1982, il sort Awana W’Afrika (« enfant d’Afrique » en myéné). Où l’on voit que c’est dans les meilleures calebasses qu’on fait les meilleures soupes !

Pierre Akendengué (paroles et musique), Awana W’Afrika, (1982).

J’espère ne pas avoir trop gâché votre Noël avec cette rubrique bâclée. D’où la nécessité de s’y prendre vraiment à l’avance pour pouvoir corriger le tir…

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Ecr. l’inf. (4)

Pour ceux qui en étaient restés à Stanislas* Guérini, Guillaume Kasbarian est le nouveau Ministre de la Fonction publique, de la Simplification et de la Transformation de l’action publique. Tout est dans l’intitulé, car dès que ce dernier à appris qu’Elon Musk était nommé par Trump à la tête d’un « département de l’efficacité gouvernementale », il s’est précipité sur son clavier : « J’ai hâte de partager avec vous les meilleurs pratiques pour […] repenser les organisations publiques pour améliorer l’efficacité des agents publics ». Admettons qu’en tant que tel, il s’agit d’une bonne intention (on peut rêver). Il sera plus difficile d’admettre que Kasbarian ne sache pas qui est Musk…

*Prénom tête-à -claques, s’il en est ! A bas les Edouard, les Charles-Henri, etc…

LA LISTE PEREC DU JOUR :

"Avant la guerre, elle travaillait dans une usine de cartonnages, qui faisait des emboîtages pour des livres d'art, en carton fort recouvert de soie, de cuir ou de suédine, avec des titres frappés à froid, des classeurs, des présentoirs publicitaires, des garnitures de bureau, des cartonniers en toile rouge sombre ou vert Empire avec des filets à l'or fin, et des boîtes fantaisie - à gants, à cigarettes, à chocolats, à pâtes de fruits - avec des décorations au pochoir".

L’arrestation le 16 novembre de l’écrivain Boualem Sansal par les autorités algériennes, suivie de son incarcération, est inquiétante, pas seulement en soi, mais aussi pour l’avenir de l’Algérie.

Il ne s’agit pas seulement de propos, comme il a été dit, sur la légitimité du territoire algérien : Sansal affirme en effet qu’une bonne partie aurait été arrachée au Maroc par la France colonisatrice. En réalité, Boualem Sansal a depuis des années dénoncé le vrai visage de l’Algérie : intolérance, totalitarisme, brutalité, islam(isme), haine et manipulations idéologiques. Il dénonce également l’antisémitisme.

Boualem Sansal :

Le Serment des barbares, Gallimard (Folio), 1999.

2084 : la fin du monde, Gallimard, 2015.

L’infortune s’abat aussi sur Kamel Daoud. Son dernier roman, Houris (prix Goncourt 2024), fait intervenir un personnage, une femme privée de la parole suite à une tentative d’égorgement lors des massacres des années 1990. Une algérienne au cas similaire lui fait aujourd’hui un procès. Il faut savoir que la loi dite « de réconciliation » (comprendre « de compromis avec les islamistes ») post-décennie noire interdit de narrer les faits de l’époque. Cette femme a-t-elle reçu des pressions du pouvoir en place ? Tout cela s’inscrit dans une stratégie de tension (« une prise d’otages de Paris par Alger », écrit L’Express) contre tous ceux qui dénoncent la dangereuse jonction du djihadisme et du décolonialisme, car c’est de cela dont il s’agit.

Kamel Daoud :

Meursault, contre-enquête, Gallimard (Folio), 2023

Houris, Gallimard, 2024

Kamel Daoud

Daoud a écrit un brûlot dans Marianne du 7 novembre. Je cite : « Aujourd’hui, camouflés derrière la barrière linguistique, les islamistes diffusent un révisionnisme dont l’objet est la guerre d’Algérie : celle-ci devient dans leur récit, largement diffusé, un djihad contre une France coloniale et chrétienne ». Les prémices de cette dimension religieuse perçaient tout de même déjà sous l’habit du FLN, mais ses sympathisants français communistes, trotskystes n’ont rien vu ou ont refusé de voir (« ils peuvent penser ce qu’ils veulent : moi, de tout façon je m’en fous, je suis athée »)*. Pire : « intellectuels » (Vidal-Naquet, Duras, Clavel) aussi bien que porteurs de valises, aveuglés par leur tiers-mondisme relativiste, encensèrent par la suite la révolution en Iran… Aujourd’hui, une certaine gauche wokiste et antisémite, aveuglée par la lutte (légitime) pro-palestinienne, ne s’émeut pas de l’oppression des mollahs sur les femmes iraniennes. Je ne parle même pas de la complaisance ou de la démission de nos élites politiques. Pas de vagues !

*Il y eut tout de même des militants FLN juifs ou chrétiens...

La matrice intellectuelle de tout cela est le relativisme culturel de l’Ecole de Francfort et de Normale Sup des années 30, relayés par Lévi-Strauss, puis par les bourgeois staliniens germanopratins Aragon/Triolet et Sartre/Beauvoir. Avec une couche supplémentaire : la culpabilité post-décolonisation.

Le bon temps des partouzes chic sous la faucille et le marteau…

J’entends déjà certains objecter que Boualem Sansal est proche de Michel Onfray et collabore au magazine Livre Noir. Daoud et Sansal sont au demeurant proches de Marianne, que la gauche citée supra qualifie de populiste, si ce n’est d’extrême-droite. Et ce que dit Kamel Daoud sur l’histoire maghrébine rejoint les propos de Driss Ghali (cf. notre rubrique Ecrasons l’infâme#3 https://wordpress.com/post/champouin.blog/7093), lequel s’exprime dans des médias assez à droite. Mais quels média mainstream aura les couilles publier ce que disent frontalement Sansal, Daoud et Ghali ? Qui osera publier, in your face (comme disent les Américains) ou zyé dan zyé (comme disent les Antillais,) ce que pensent nos trois mousquetaires du Maghreb ? En tous cas, je vois très bien Marianne, qui mène un combat pro-laïcité depuis trente ans, faire l’objet d’un attentat islamiste, et Boualem Sansal, Kamel Daoud (ce serait pour lui la deuxième fois), Yasmina Khadra, Rachid Boudjedra, qui ont fui les horreurs des « frères » dans l’Algérie des années 90, faire l’objet de fatwas…

Alors il est temps pour l’Algérie d’en finir avec la « rente » mémorielle du FLN (qui rappelle celle des dinosaures de l’ANC en Afrique du Sud, ou celle des « gaullistes » anti-gaulliens UDR/RPR) et de se projeter enfin vers le futur. L’Algérie doit abandonner ses fausses fiertés et honneurs, et tout ce qui va avec (corruption, rente gazière, prépondérance de l’Armée, et soumission aux barbus). C’est la condition pour qu’une nouvelle demande d’adhésion de ce pays au BRICS* soit enfin acceptée, pour une économie non dirigée par le dollar, l’euro ou les hydrocarbures.

*Une première demande a été rejetée en 2023.

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Métro loufoque – M 10

En tant qu’archiviste que je suis dans la vraie vie, j’ai dû traiter il y a peu un dossier de naturalisation datant des années 1930. Y figurait une lettre du maire de Mazan (Vaucluse)… attestant de la bonne moralité de l’intéressé. Echo à l’actualité ! En tous cas, il ahurissant de constater, lors du procès de 2024, la défense adverse insinuer que « quelque part » Gisèle Pelicot en fait peut-être un peu trop… Courage à elle, qui porte le même prénom que feu Mme Halimi ! Ce qui est clair, c’est qu’il y aura un « après Mazan », tout du moins il faut le souhaiter.

Retour sur l’affaire du cycliste renversé intentionnellement au mois d’octobre à Paris : il est inacceptable pour un automobiliste d’emprunter les voies cyclables et de surcroît de percuter volontairement un cycliste. Les cyclistes sont à juste titre indignés, mais vont amplifier une impunité dont ils jouissaient déjà : en effet, pour chaque cyclobobo parisien, tout ce qui entrave sa marche, automobiliste ou piéton, est présumé ennemi. Feux grillés, refus de s’arrêter devant les piétons, vitesse excessive, non-usage de la sonnette, zig-zags devant les voitures, position aux angles morts, la coupe est pleine et on comprend l’exaspération des autres usagers. Contrairement aux pays germaniques ou scandinaves, il n’y a pas en France de politique globale des déplacements, mais la juxtaposition de celle de la voiture, de celle du vélo, de celle de la trottinette, de celle du piéton… Cela ne peut pas fonctionner. En tous cas je ne descendrai jamais dans la rue pour aller défendre les cyclistes.

LA LISTE PEREC DU JOUR :

"Au moment où cela commençait à devenir pour lui un peu trop facile, il fut saisi par la frénésie des factorielles : 1! = 1 ; 2! = 2 ; 3! = 6 ; 4! = 24 ; 5! = 120 ; 6! = 720 ; 7! = 5 040 ; 8! = 40 320 ; 9! = 362 880 ; 10! = 3 628 800 ; 11! = 39 916 800 ; 12! = 479 001 860 ; [...] ; 22! = 1 124 000 727 777 607 680 000, soit plus d'un milliard de fois sept cent soixante-dix-sept milliards."

Rhâââ ! Ca n’en finit pas, cette rubrique… Celle-ci est consacrée à la ligne 10 du métro parisien. Je ne sais pas si c’est la même chose pour vous, mais quelque soit l’endroit de Paris où je me trouve, je dois toujours changer deux fois pour attraper cette ligne, la seule qui traverse la rive gauche d’est en ouest et qui contient une boucle juste avant son extrémité.

Même si elle s’encanaille entre Odéon et Gare d’Austerlitz, il s’agit quand même de la « ligne chic pour vieilles dames » dont le charme tient aussi à l’ancienneté et la vétusté de son matériel. La RATP a planifié (jusqu’en 2033 !) le remplacement de ses trains par le MF 19 sur toutes les lignes non automatiques. Et là, j’ai deux versions contradictoires. L’une dit que la 10, la plus vétuste, recevra ce matériel en priorité, dès 2025. L’autre affirme que, seule ligne à ne pas connaître de conduite manuelle assistée, elle ne sera modernisée qu’en dernier, le temps d’effectuer la mise à niveau…

Je rappelle le principe du Métro loufoque : le jeu consiste à détourner le nom des stations et d’écrire un texte avec ces nouveaux noms. On remarquera que, boucle oblige, une fois arrivé au terminus, je reviens en arrière pour achever l’autre coté de la boucle. C’est parti :

M 10 : ECOLE BERLITZ – 35 CLOUS :

  • Gare d’Austerlitz > Ecole Berlitz (école de langues réputée).
  • Jussieu > Judicieux.
  • Cardinal Lemoine > Jean-Luc Lemoine (humoriste et chroniqueur français).
  • Maubert-Mutualité > Robert était alité.
  • Cluny-La Sorbonne > Clooney la sort bonne.
  • Odéon > Frédéric Lodéon.
  • Mabillon > Cabillaud.
  • Sèvres-Babylone > Suivre Baby Doll.
  • Vaneau > Vanné.
  • Duroc > T-Roc (modèle Volkswagen).
  • Ségur > Sécure.
  • La-Motte-Picquet – Grenelle > La motte piquait.
  • Avenue Emile-Zola > Gorgonzola.
  • Charles Michels > Vermicelle.
  • Javel – André-Citroën > Entre ces six troënes.

  • Eglise d’Auteuil > Réglisse douteuse.
  • Michel-Ange – Auteuil > Mickey, l’ange, dans le fauteuil.
  • Porte d’Auteuil > Porte d’auto.
  • Boulogne – Jean-Jaurès > Bologne, j’en jurerais !
Bologne, c’est aussi du rhum de Guadeloupe !
  • Boulogne – Pont-de-Saint-Cloud > 35 clous.
  • Michel-Ange – Molitor > Mickey, l’ange, mollit trop.
  • Chardon-Lagache > Sent bon la vache.
  • Mirabeau > Virago.

REPEAT AFTER ME : « WHERE IS BABY DOLL ? »

Robert, à l’école Berlitz, trouva judicieux de regarder (même pas en anglais) un sketch de Jean-Luc Lemoine. Le soir, Robert, nauséeux, était alité. Il regarda Gravity. « No Facebook tonight », dit le beau George dans la scène de l’éruption solaire. Clooney la sort bonne, se dit-il. Puis il vomit. Il appela son ami Frédéric Lodéon (car il avait des relations) qui le mit en garde : -« c’est le cabillaud qui t’a rendu malade ».

Le lendemain, en chasse, il se mit en tête de poursuivre Baby Doll. Se rappelant que la veille, il était vanné, il le fit en T-Roc, ce qui était plus sécure. Mais il se dit qu’il allait encore vomir, car son cerveau se remplit d’images de monceaux de bouffe, de fromages en motte. Eurk ! La motte piquait, et le gorgonzola lui donna des haut-le-coeur. Il ne manquait plus qu’une bonne platrée de vermicelle… Il sortit de la voiture et alla dégueuler entre ces six troënes. Peut-être que la réglisse avait amorcé le processus. réglisse douteuse…

Mickey, l’ange, dans le fauteuil (Baby Doll s’appelait Mickey) n’imaginait pas ce qui pouvait se passer derrière une porte d’auto. -« Même à Bologne, j’en jurerais ! », pensa-t-elle. Au même moment : -« par les trente-cinq clous de Bologne, j’en jurerais ! Mickey, l’ange, mollit trop !, pensa Robert, mais elle sent bon, la vache ! Allons chasser cette virago !« 

FIN

Mon Dieu que c’est mauvais… C’est même le moins bon…

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Votez… et gagnez…

Barnier n’a gardé que du gaullisme dont il se réclame que les oeuvres complètes du général, bien rangées dans sa bibliothèque...

Que dire de la nouvelle Commission européenne présentée le 17 septembre ? Elle est encore plus favorable à la guerre que la précédente ! Les postes les plus influents sont attribués aux Etats baltes, les plus lèche-cul de l’Otan… L’estonienne Kaja Kallas est la nouvelle Haute représentante pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, et le letton Andrius Kubilius est nommé Commissaire à la Défense et à l’Espace ! Tous unis pour vitrifier la Russie, et donc nous avec !

Biden décoré de la Grand-Croix de classe spéciale de l’Ordre du mérite allemand, pour son « mérite exceptionnel » en faveur des relations américano-allemandes : certains suggèrent avec malice que c’est pour avoir fait de l’Allemagne une cible privilégiée des armes nucléaires tirées de l’Est comme de l’Ouest, en cas de guerre contre la Russie et l’Otan…

Le 16ème sommet des BRICS à Kazan a été l’évènement le plus important de l’année 2024. Il ne s’agit pas d’une étape dans un combat contre blocs : BRICS contre axe du Bien. Il s’agit plutôt pour la majorité mondiale (50% de la population, 38% du PIB*) de faire en sorte que le monde ne subisse plus le pouvoir de la City et de Wall Street. L’Europe et les Etats-Unis se devraient d’adhérer aux BRICS ! Vous nous excluez, nous vous incluons !

*Respectivement 10% et 29% pour les pays du G7.

LA LISTE PEREC DU JOUR :

YE OLDE IRISH
COFFEE HOUSE

47, rue Bochart-de-Saron, 47
(Tlph. 148.84)


Truffes au foie gras
Caviar aux lentilles
Cailles en caisses
Huîtres d’Ostende

Vin de Tokay
Eau d’Arquebuse
Champagne Grand Crémant

Dans La liste Perec du 1er octobre, Georges Perec exposait les différentes prononciations possibles du nom CINOC. Or, lors d’une conversation, un collègue m’a parlé du sculpteur Coysevox (1640-1720), qu’il prononce /kojzvoks/, alors que l’on dit /kwazvo/. Wikipedia nous apprend que « le nom de famille Quoyzeveau se trouve écrit d’une quantité de façons aussi différentes que Coëzeveau, Coiseveau, etc. Antoine Coysevox a inauguré la graphie Coysevox et l’a adoptée définitivement à partir de 1679 ». Je n’ai pas réussi à savoir pour quelle raison. Quoizeveau, quasi de veau, Quevauvillers, queue de veau… on croirait du Bobby Lapointe (de la queue).

Quevauvillers (Somme).

Il y a quelques années, je tombai (on « tombe » souvent dans les introductions des articles de marcjoly) sur ce sticker humoristique collé sur un poteau : « Votez Giscard d’Estaing et gagnez une R 16 TS ». Diable !

Cette voiture faisait rêver. Tous ceux de ma génération se disaient : « quand je serai grand, j’aurai une R 16 TS à injection, avec des feux de recul » (évidemment on était incapables d’expliquer ce que voulait dire « à injection ») ! Mais çà n’est pas où je voulais en venir aujourd’hui.

On l’aura compris, l’autocollant en question est une blague faisant référence au fait que ce modèle automobile fut l’attribut et le symbole du « cadre dynamique » de la « société libérale avancée » des giscardiens Jean-Jacques Servan-Schreiber, Jean « Dents blanches » Lecanuet, François de Closets et autres atlantistes proto-libéraux des années 1970 prêts à liquider l’héritage du « père », et prônant la société de consommation.

Cela m’a donné l’idée d’autres slogans analogues :

Votez Edouard Balladur et gagnez une chaise à porteurs.

[Rires…]

Votez François Bayrou ou Ségolène Royal, et perdez.

Votez Christophe Castaner et gagnez un coup de matraque.

Votez Jacques Chirac et découvrez une statuette africaine sous une caisse de bières.

Votez Eric Ciotti et gardez un poste de président de parti.

Votez Rachida Dati et gagnez de nouvelles chaussures assorties à votre sac à main.

Votez Charles de Gaulle et gagnez un tour en DS avec Brigitte Bardot.

Votez Raphaël Glucksmann et perdez le peuple.

Votez Rima Hassan et gagnez un juif en peluche.

Votez François Hollande et gagnez un scooter.

Votez Yannick Jadot et gagnez un groupe électrogène.

Votez Marine Le Pen et gagnez un stage d’élevage de chats.

Votez Emmanuel Macron, et aspirez au poste de Dieu suprême.

Votez Marion Maréchal et gagnez une messe en l’église Saint-Nicolas du Chardonnet.

Votez Jean-Luc Mélenchon et gagnez un poste de ministre dans son gouvernement (il commence demain, c’est lui qui l’a dit).

Votez François Mitterrand et gagnez la collection complète des oeuvres de Jacques Chardonne ou de Pierre Drieu La Rochelle.

Votez Danièle Obono et gagnez une poupée vaudou blanche mâle hétéronormée.

Votez Edouard Philippe et perdez vos sourcils.

Votez Georges Pompidou et emportez une toile de Georges Mathieu ou de Vasarely.

Votez Philippe Poutou et gagnez un pyjama.

Philippe Poutou « en pyjama » (dixit Marine Le Pen) au grand débat de la présidentielle de 2017, écoutant Jacques Cheminade.

Votez Sandrine Rousseau et gagnez un sécateur à toujours ranger dans votre sac à main.

Votez Fabien Roussel et gagnez un barbecue.

Votez Nicolas Sarkozy et gagnez un an à la prison de la Santé.

Votez Antoine Waechter et gagnez une moumoute.

Votez Eric Zemmour et perdez la nationalité française.

'Pataphysique Beethoven Ludwig van Bertin Jean Beuve-Méry Hubert Boudard Alphonse Brel Jacques Cheminade Jacques Coluche de Gaulle Charles Diop Cheikh Anta Duneton Claude Dutronc Jacques Ferrat Jean Ferré Léo Freud Sigmund Ghali Driss Houellebecq Michel Huxley Aldous Lapointe Boby Macron Emmanuel Merci Citron Onfray Michel Open Society OTAN Ouaknin Marc-Alain Oulipo Ouvrard Paty Samuel Perec Georges Perret Pierre Pitte Jean-Robert Platon Queneau Raymond Rabelais François Rosten Leo Ruffin François Ruhaud Etienne Saint-Quentin Schott Ben Socrate Szenes Arpad Trenet Charles Urban Traveller Vallès Jules Weil Simone

Ma bibliothèque amoureuse (9/infini)

Emeutes en Martinique : la révolte est légitime. Toute l’économie (commerces, grande distribution, concessionnaires automobiles, import…) est aux mains des Békés. Mais les violences sont attisées par les situations de la Nouvelle-Calédonie et de Mayotte… dont les causes sont différentes ! Pour l’une il s’agit de la négation de la forte identité kanake, et pour l’autre de immigration ingérable de Comoriens et d’Africains des Grand Lacs. Ce qui est regrettable, est que les comportements violents (pillages, incendies, destructions) sont le fait, comme dans les deux autres Communautés précitées, d’une minorité constituée de délinquants, trafiquants de drogue, et autres petits branleurs. La majorité des Martiniquais sont exaspérés. Sur le site web de France-Antilles, un internaute remarque que la CAF n’a pas subi de dégradations…

LA LISTE PEREC DU JOUR :

"Il lui donna des explications techniques avant de lui faire visiter le Manoir à l'Envers, un vieux castel gothique planté sur ses cheminées avec des fenêtres renversées et des meubles accrochés au plafond, le Palais lumineux, cette maison féerique où tout, des meubles aux tentures, des tapis aux bouquets, était fait de verre [...], le Globe céleste, le Palais du Costume, le Palais de l'Optique, avec sa grande lunette permettant de voir la LUNE à UN mètre, les Dioramas du Club Alpin, le Panorama transatlantique, Venise à Paris et une dizaine d'autres pavillons."

Biographies, autobiographies et Mémoires (mais pas souvenirs, çà fait trop animateur TV ou acteur ne sachant pas écrire), sont des révélateurs de l’état d’esprit du lecteur. On a du coup une idée de son apprentissage (au lecteur ou au « biographé » ?), de ses passions ou de ses orientations politiques. Est-il littéraire, scientifique, les deux ? S’il est ni l’un ni l’autre, c’est qu’il ne lit pas… Il y a des bios intéressantes sans forcément être des sommes – la tradition française de la biographie de 6oo pages chez Plon ou chez Fayard (Beethoven des Massin, Louis XI de Murray Kendall*…) a un peu vécu…

*Ce dernier, prêté et jamais rendu…

Qu’ai-je dans mon escarcelle (c’est-à-dire dans ma bibliothèque) à vous montrer ?

  • Luc Brisson, Platon, Cerf, 2020.

Il y a pléthore de livres sur la pensée de Platon, mais peu sur le bonhomme. L’ouvrage de Brisson a l’avantage de pouvoir être lu par un profane, bien que l’auteur soit un universitaire (surtout en France !).

  • Christine Pedotti, Jésus – cet homme inconnu, XO éditions, 2013 (disponible en Livre de Poche).

Un livre sur l’homme Jésus, bien qu’on ait pratiquement aucun témoignage purement historique. On pense à Platon, concernant quelqu’un qui mettait chacun devant ses contradictions et maniait le sens de l’humour. Des comportements qui mènent à la cigüe ou à la croix… Pedotti, journaliste à Témoignage Chrétien, est à ma connaissance la seule qui soulève cette dimension de l’humour à propos de Jésus.

  • Mireille Hadas-Lebel, Philon d’ Alexandrie – un penseur en diaspora, Fayard, 2003.
  • Gérard Haddad, Maïmonide, Les Belles Lettres, 1998.
  • Géraldine Roux, Maïmonide, Points, 2017.

Houlà, là ! Philon (-20 av. J.C.-45 ap. J.C.), Moïse Maïmonide (1138-1204), grandes figures de la pensée juive… Il doit s’agir de gros pavés hermétiques ! Que nenni ! Ces deux ouvrages (136 p. et 191 p.) sont tout simples ! De surcroît, Haddad, spécialiste de judaïsme, est aussi psychanalyste. Cà relativise… Et nous qui croyions que tout çà, c’était de l’hébreu (ha, ha!). Mais qui, non juif (et encore…), en France, est capable de citer le nom de penseurs juifs d’avant le 20ème siècle ?

  • Serge Bramly, Léonard de Vinci, J.-C. Lattès, 1988 (disponible en Livre de Poche).

Il ne s’agit pas de l’ouvrage le plus fluide – et l’écriture de Bramly, pourtant romancier et essayiste, est parfois pénible – mais ce pavé (670 p.) est le livre le plus complet sur le sujet. Surtout, il narre aussi bien le Léonard artiste que le Léonard ingénieur, les autres ouvrages traitant souvent de l’un ou de l’autre. On découvre un Vinci prolifique et polymathe*, qui ne finissait pourtant jamais ses projets ! Manquent (on est en France…) des illustrations, mais il y a un index !

*Un polymathe est quelqu’un s’intéressant à tous les sujets.

  • Max Caspar, Kepler, Dover Publications, 1993.

On cite souvent l’astronome Kepler mais personne n’est capable de décrire son cheminement intellectuel… Cette biographie en anglais (non traduite en français) est éditée par Dover, excellente maison new-yorkaise qui s’est intéressée (entre autres) à Mozart, Edgar Poe, Oscar Wilde, Einstein, au ballet classique et à l’histoire des sciences.

Johannes Kepler. Un faux air de Jean Rochefort ?

  • Moi, Benjamin Franklin – citoyen du monde et homme des Lumières, Autobiographie et textes scientifiques de B. Franklin, réunis et commentés par Jean Audouze, Dunod, 2006.
  • Collectif, Benjamin Franklin, homme de science, homme du monde, CNAM/Paris musées, 2007.

C’est fou ce que ces titres se ressemblent ! Le mieux est de lire l’autobiographie du « bonhomme Franklin » en anglais, mais Penguin Classics n’édite pas le texte intégral… Je l’avais lue en anglais dans une édition épuisée et Franklin ne manquait pas d’humour ! En tous cas, encore un polymathe, un vrai ! C’est-à-dire de la race de ceux qui (comme Vinci) sont totalement autodidactes ! Et en plus il était politique ! Pouvez pas comprendre… Quant à l’ouvrage collectif, il s’agit du livre de l’exposition au musée des Arts et Métiers en 2007.

  • Georges Hourdin, L’Abbé Grégoire, évêque et démocrate, Desclée de Brouwer, 1989.

Personnage étrange, à la fois très conservateur et très libertaire ! Il partageait quelques préjugés de son époque, mais l’esclavage et la peine de mort étaient pour lui deux lignes rouges à ne pas franchir. Un Victor Hugo avant l’heure !

  • Forrest McDonald, Alexander Hamilton – A Biography, W. W. Norton & Company, 1979.

Hamilton est l’un des « pères fondateurs » des Etats-Unis. Il est néanmoins moins connu (surtout en France) que Franklin, le falot Washington ou le réactionnaire pro-britannique Jefferson. Hamilton passerait aujourd’hui pour communiste à cause de la création d’une banque nationale publique, plus tard sabotée pour devenir l’union de banques privées qu’est la Banque Centrale. Il mourut dans un duel (meurtre déguisé ?) contre Aaron Burr, un autre réactionnaire.

  • Janine Alexandre Debray, Schoelcher, Perrin, 1983.

J’ai trouvé ce livre, écrit par la mère de Régis Debray, chez un bouquiniste. Là encore, peu connaissent le Schoelcher avant d’avant 1848. On apprend qu’il a sillonné les Antilles et vu l’esclavage de ses propres yeux : ce n’est pas un abolitionniste de salon. Cet homme à la fois très calme et écorché vif était à la pointe de toutes les injustices.

Celui-ci pas lu…

  • Emil Ludwig, Bismarck, Payot, 1929.

Traduction française (introuvable aujourd’hui) d’un ouvrage allemand, (même remarque), trouvé chez feu mon beau-père. Bismarck n’est pas aimé en France, avec tous les clichés stupides du « prussisme » : « Ach ! Gasque à bointe ! », etc. Et qui connaît le Bismarck d’avant 1870 ? Il appert également, à la lecture de l’ouvrage, qu’il a été mal conseillé en 1870, puis carrément congédié par Guillaume II en 1890 suite à une cabale.

Oui, je sais, çà fait rire...

  • Margery Weiner, Helen Keller, Edito-Service (Genève), 1971, distribué par Le Cercle du bibliophile.

Traduction française, également, d’un livre disponible peut-être encore chez les bouquinistes. Helen Keller, voilà une femme pas banale, de par son handicap (aveugle et sourde) et de par sa personnalité ! Par « femme », entendons plutôt un « couple », celui qu’elle forma avec Anne Sullivan*, qui lui « parlait » dans les mains grâce à un alphabet tactile de son invention. Le handicap d’Helen les obligea a partager leurs intimités… Helen Keller voulut tout apprendre, tout savoir (elle fit des études supérieures), était idéaliste (on pense à Marie Curie, Romain Rolland ou Einstein). Elle fut parfois crédule, comme sa tentative de faire du cinéma, où on s’est servi et moqué d’elle… C’est à ma connaissance la seule biographie complète du personnage.

*Hors du sujet de ce livre, Anne Sullivan eut elle aussi une vie non banale avant de rencontrer Keller.

  • Eve Curie, Madame Curie, Gallimard (Folio), 1938.
  • Ariadna Castellarnau, Marie Curie – la combattante aux deux prix Nobel qui sauva des millions de vie, RBA, 2020. Paru en français dans la collection « Femmes d’exception », disponible chez les marchands de journaux.

Ténacité, ténacité, ténacité ! C’est ainsi qu’on peut résumer la vie de Marie Curie, récemment attaquée car  » inventrice » de la radioactivité. Vieille histoire : étrangère, femme, discipline nouvelle ne relevant pas totalement de la physique ni de la chimie, relation adultère (vraie ou supposée) avec Paul Langevin, tout a été prétexte à la discréditer. Le premier des deux ouvrages a été écrit par sa fille Eve (soeur d’Irène) la seule « non scientifique »* des enfants de Marie, mais dont le talent a servi à faire connaître la cause de sa mère.

*Evidemment, on se doute qu’elle a une formation scientifique, inévitable dans les générations Curie/Joliot jusqu’aujourd’hui.

  • Collectif, Pierre Dac – du côté d’ailleurs, MAHJ/Gallimard, 2020.

C’est le livre de l’exposition éponyme organisée en 2020 par le Musée d’art et d’histoire du Judaïsme. L’accent est mis sur les origines et la judéité de Pierre Dac, et par conséquent, de son engagement à Londres dès 1943. On apprend beaucoup sur « Pierre Dac avant Pierre Dac », car on oublie qu’il a eu une carrière avant-guerre.

  • Jacques Pessis, Joséphine Baker, Gallimard (Folio), 2007.

A la parution (2007) de ce livre, qui aurait pensé que Baker serait entrée au Panthéon ? Et pas seulement dans son engagement pour la France libre, mais aussi pour son parcours pour les libertés et son idéalisme. C’est vrai que son projet « d’enfants du Monde » des Milandes était un peu surprenant, mais ne se serait pas fait si Joséphine n’avait pas été quelque peu « timbrée », ce qu’il faut voir comme une qualité (cf. d’autres personnages listés dans cette rubrique) !

  • Florence de Lussy, Simone Weil, PUF (Que sais-je ?), 2016.

Justement, on en parlait, des gens « timbrés » ! Simone Weil (1909-1943 – à ne pas confondre avec l’autre, cela m’agace), quelle femme étrange ! Une ténacité intellectuelle mêlée à une sensibilité extrême, tout comme, dans un autre registre, Friedrich Schiller. La question métaphysique là hantait, au point qu’elle est tombée dans le mysticisme, ce qui n’était pas son meilleur côté. Elle sacrifiait les choses matérielles, au point parfois de s’abstenir de se nourrir, ce qui rappelle Marie Curie pendant ses études… Elle voulait connaître la condition humaine : dénonçant les marxistes de salon, cette fille de bourgeois alla travailler en usine – incompatible avec son état de santé. Sacrifice, encore ! Personne inclassable : à Londres, ceux autour de de Gaulle ne surent pas quoi lui faire faire …

  • Amelia Platts Boynton Robinson, Le combat des Noirs aux Etats-Unis -témoignage d’une amie de Rosa Parks et de Martin Luther King, Duboiris, 2007.

Les Etats-Unis, encore ! Mais qu’est-ce que c’est que ce titre idiot et mal emmanché ? L’ouvrage original s’appelle Bridge Across Jordan (Schiller Institute, 1991). Explication : il s’agit de l’autobiographie d’Amelia Robinson (1911-2015), une dame que j’ai eu l’honneur de rencontrer. Cette militante américaine des Droits civiques est à l’origine des Marches de Selma à Montgomery en 1965. Robinson tomba sous les coups des policiers, et perdit connaissance sur le pont Edmund Pettus sur la rivière Alabama. D’où la métaphore biblique du pont sur le Jourdain.

Amelia Robinson.

  • Martin Luther King, Autobiographie, textes réunis par Clayborne Carson, Bayard, 2000.

Les Droits civiques, encore ! Il faut vraiment lire cette autobiographie pour comprendre ce que King n’était pas. Pas un communiste, pas un anti-blanc comme le Malcom X des débuts ou les Black Panthers, pas un simple « chef » du mouvement des Droits civiques, mais un homme d’Etat potentiel qui aurait pu devenir président des Etats-Unis. Peu de gens savent aussi que sa culture était immense – et pas seulement théologique : il possédait une culture classique phénoménale. Enfin cet homme de paix voulait en finir avec la guerre du Vietnam : c’est probablement, malgré tout, la raison de son assassinat.

'Pataphysique Beethoven Ludwig van Bertin Jean Beuve-Méry Hubert Boudard Alphonse Brel Jacques Cheminade Jacques Coluche de Gaulle Charles Diop Cheikh Anta Duneton Claude Dutronc Jacques Ferrat Jean Ferré Léo Freud Sigmund Ghali Driss Houellebecq Michel Huxley Aldous Lapointe Boby Macron Emmanuel Merci Citron Onfray Michel Open Society OTAN Ouaknin Marc-Alain Oulipo Ouvrard Paty Samuel Perec Georges Perret Pierre Pitte Jean-Robert Platon Queneau Raymond Rabelais François Rosten Leo Ruffin François Ruhaud Etienne Saint-Quentin Schott Ben Socrate Szenes Arpad Trenet Charles Urban Traveller Vallès Jules Weil Simone

Eloge du gardien de musée

Le hasard veut qu’au moment où j’écris l’article qui va suivre, un podcast de l’artiste David Christoffel (https://www.radiofrance.fr/personnes/david-christoffel) nous apprend que la Cour des Comptes avait, en 2021, pointé le « suivisme » [sic] du ministère de la Culture, qui aurait remplacé, à l’heure des nominations, les choix politiques par des effets de rente et des techniques de sélection parfois douteuses (orientation sexuelle, quotas ethniques à peine déguisés…). Je peux témoigner qu’il ne s’agit pas que des chefs d’établissement mais aussi des chefs de service lambda… J’écrirai peut-être un brûlot sur le sujet…

[à propos du nom Cinoc, personnage de La vie mode d'emploi] :"[...] par conséquent, compte tenu de la présence ou de l'absence de tel ou tel accent ou signe diacritique et des particularités phonétiques de telle ou telle langue ou dialecte, il y avait lieu de choisir entre les vingt prononciations suivantes : SINOSSE  SINOK  SINOTCH  SINOCH  SINOTS TSINOSSE  TSINOK  TSINOTCH   TSINOCH  TSINOTS  CHINOSSE  CHINOK CHINOTCH  CHINOCH  CHINOTS  TCHINOSSE  TCHINOK  TCHINOTCH TCHINOCH  TCHINOTS".

Maintenant vous savez tout : l’auteur de ces lignes, avant d’être archiviste, a été pendant plus de vingt ans « agent d’accueil, de surveillance et de magasinage », c’est-à-dire gardien dans les musées nationaux. Beaucoup de mes collègues, sans avoir honte de leur métier (ou alors c’était refoulé) préféraient stupidement la première terminologie, technocratique et froide, à la seconde. L’une est à l’autre ce que les technicien(ne)s de surface sont au personnel de ménage. Il faut appeler un chat un chat, et un gardien de musée un gardien de musée !

Il y a beaucoup de fantasmes négatifs à propos de la profession : l’image ridicule du gardien en uniforme, rivé sur sa chaise… quand il ne dort pas ! L’image aussi de celui qui est gardien parce qu’il n’a pas réussi à l’école : les pères de famille le montre du doigt à leur progéniture. Et puis la question : « mais qu’est-ce qu’ils peuvent faire de la journée ? ». Images véhiculées soit par ceux qui n’ont plus jamais remis les pieds dans un musée depuis l’école (rappelons que l’uniforme des musées nationaux a été supprimé en 1986), soit par les bobos qui ne connaissent que le Palais de Tokyo ou la Fondation Cartier surveillés par des vigiles à oreillette.

« Qu’est-ce qu’ils peuvent faire toute la journée ? » – Question posée aussi aux gardiens de phare (qui n’existent plus) !

Au fait, il fait quoi au quotidien le gardien de musée ? Il est au demeurant l’interface entre l’accueil, la médiation, la sécurité des personnes (pas inutile lors de forte fréquentation), la sécurité des biens, l’hygiène (un musée sale ne fait pas envie). Il voit ce que les autres ne voient pas, et joue donc un rôle central… et c’est pour cela qu’il est rarement consulté : il n’est que gardien et marcherait sur les plates-bandes de la conservation, du service pédagogique, de la communication, etc. Sans faire du Bourdieu/Ernaux à deux balles, bon nombre de chefs de service, de chefaillons et de conservateurs méprisent ce Jacquouille qu’est le gardien.

Une remarque partagée par tous les gardiens sur les guides qui racontent toujours les mêmes anecdotes, plusieurs fois par jour : durant la même journée, on assiste six fois d’affilée à la même mini-performance théâtrale. On finit par apprendre par coeur ce que dit le conférencier. Comme être gardien consiste beaucoup à ne rien faire, on se rattache au moindre petit bout de vie, on attrape des détails infimes.

Valérie Mréjen, artiste, autrice de Gardien Party, une pièce de théâtre sur les gardiens de musée.

Bien évidemment, la profession compte un certain nombre de « bras cassés » : j’en ai beaucoup connu. Collègues hors-secteur, faisant brochette sur un banc, le nez rivé sur leur portable, ne connaissant pas les oeuvres (ils en ont rien à foutre)… Mais que font (ou plutôt ne font pas) « les autres », c’est-à-dire « ceux des bureaux »* ? Excellente question !

*C’est-à-dire ceux du dernier étage (l’administration) par rapport à ceux d’en bas (les locaux de la surveillance sont souvent au rez-de-chaussée ou au sous-sol…). Bourdieu encore…

La typologie des gardiens de musée évolue : il y eut la grande époque des « emplois réservés » : anciens militaires, originaires des anciennes colonies (Antillais, Indiens de Pondichéry…). Puis les Corses. Puis leur progéniture. Dans les années 1990, sont arrivés les diplômés : les enfants de la crise. Deux cultures s’affrontaient. De même, les emplois réservés, entrés sans concours, ont vu arriver les reçus aux concours, puis sont venus des contractuels et des vacataires « saisonniers ».

Je me suis toujours demandé : « Quand les conservateurs (par exemple) voient les gardiens, qu’est-ce qu’ils pensent ? ». Illettrés qui peuvent peu (il y en a eu) et qui donnent une mauvaise image du musée, ou bien diplômés qui n’ont rien à faire là et feraient mieux de passer des concours (çà n’est pas faute d’avoir essayé !) ?

Mon opinion est que  » l’air du temps » veut se débarrasser des musées à la papa : ceux qui ouvrent tôt (les bobos sont encore au lit), qui ferment à 18 heures (alors que c’est Nuit blanche tous les jours), qui ferment le mardi (on n’est plus sous Malraux), qui ont encore des audioguides (l’appli, c’est tendance), qui ont une consigne (et les attentats, bordel ?), qui ont une librairie (on dit « boutique »), qui ont un café (il y en a déjà pléthore dans le quartier), etc. ad nauseam

Alors le gardien doit quitter les salles pour être le moins visible possible, sous peine de faire honte à l’institution culturelle. Il faut multiplier les caméras, qui ne géreront pas les groupes scolaires ni les mouvements de foule. On lui demande de jouer, non plus les gardiens, mais les vigiles et regarder l’intérieur des sacs, comme si Vigipirate était efficace*. On lui demande de tenir le PC sécurité affublé d’une tenue ridicule de pompier. Voilà à quoi sert de passer un concours dans la Culture ! Lors d’un oral de concours pour monter en grade (technicien des services culturels, appellation tête-à-claques pour l’ancien grade d’inspecteur), un imbécile m’a demandé le diamètre du tuyau d’un RIA (réseau d’incendie armé)… **

*Tous ceux qui ont la sécurité comme profession (militaires, policiers…) savent que Vigipirate provoque des files d’attente, cibles idéales pour les terroristes… Mais la volonté politique veut qu’on rassure la population… qui est certes de moins en moins dupe.

**Dès que je serai à la retraite, je publierai sans doute un livre sur le ministère de la Culture. Il y en aura des vertes et des pas mûres…1

1 Note à la note : marcjoly dit toujours qu’il « écrira quelque chose sur le sujet ». On attend, on attend…

Cela ressemble furieusement à mon cas personnel, mais j’ai trouvé cette image accompagnée de son commentaire sur l’internet !

Evidemment, cette mutation a des raisons financières comme pour tout ce qui relève de la fonction publique…

Alors vivent les gardiens de musée !

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Dekoikonparle ? (7)

Clients et usagers

Le « gentil » Michel Barnier, ce grand méchant mou : mon oeil, oui ! Quelqu’un qui a occupé à deux reprises le poste de commissaire européen ne peut qu’être suspect. Cet homme lisse et sans humour préfère les salons du pouvoir à la volonté du peuple, car c’est lui qui a participé à la trahison du vote du 29 mai 2005 : il a préparé le « oui » et lorsque le « non » est passé, il a mis en place, avec d’autres, le Traité de Lisbonne, bafouant la volonté du peuple français. C’est donc un homme dangereux qui représente l’allégeance au système de l’Otan, au moment où la paix est menacée. Bref, Barnier est une image miroir de Macron…

Qu’est-ce que Macron va encore pouvoir inventer comme manifestations et événements liés au sport, pour nous faire « tenir » jusqu’en 2027 ? Ils n’ont pas de pain ? Qu’ils bouffent des jeux ! Cette injonction olympique commence à me courir sur le système… « Ces JO ont dit quelque chose de notre culture et de notre audace » a déclaré le président. On croyait que l’audace, c’était de réindustrialiser la France, et de faire des services publics un modèle pour le monde. Quant aux JO, c’est plutôt la culture Disney…

LA LISTE PEREC DU JOUR :

"La quatrième [malle] contenait [...] une tente à six places avec tous ses accessoires et fournitures depuis la classique «vache à eau» jusqu'au commode [...] gonfleur à pied, en passant par la toile de sol, le double-toit, les piquets inoxydables, les tendeurs de rechange, les duvets, les matelas pneumatiques, les lampes-tempête, les réchauds à pastille, les bouteilles thermos, les couverts emboîtables, un fer à repasser de voyage, un réveille-matin, un cendrier «anosmique» breveté [...] et une table entièrement pliante".

Dans le Dekoikonparle consacré au nucléaire (https://champouin.blog/2022/10/15/dekoikonparle-5/), j’avais écrit : « […] les comptables au pouvoir, ainsi que les obsédés de la dette ont réussi à saboter les projets Superphénix en 1998, Phénix en 2010 et Astrid en 2019 : il n’y a pas de quoi être fier… ». Or dans Marianne, Yves Bréchet, l’ancien haut-commissaire à l’énergie atomique qui a fini par en claquer la porte en 2018, confiait il y a quelques mois : « L’arrêt soudain du projet Astrid, qui devait ouvrir une nouvelle ère dans le nucléaire civil, m’a fait sortir de mes gonds. la France avait une avance considérable, […] mais des sous-chefs comptables ont tout rayé d’un trait de plume ». En plus des sous-chefs comptables, il y a Mélenchon qui dans son discours au soir du 7 juillet dernier a réclamé le « moratoire sur les grands travaux inutiles ». Les grands travaux : encore un truc de vieux mâles blancs hétéronormés…

J’avais également parlé des jeunes youtubeurs passionnés par la chose ferroviaire* dans Prenons le train du futur !(https://wordpress.com/post/champouin.blog/3657). Dans cette rubrique, j’avais évoqué la coopérative Railcoop (qui voulait relancer les « petites lignes »** transversales), à la recherche de financements. Railcoop a mis la clé sous la porte au printemps.

*Rafraîchissant, car est paru dans Que choisir de mai 2024 un article dégueulasse totalement hostile à la nouvelle liaison ferroviaire Lyon-Turin, avec les mêmes scies : projet dispendieux, non rentable, portant atteinte à l’environnement, et autre conneries dignes des écolos, toujours opposés au train. Que vient faire cet article dans Que Choisir ? Il est pathétique qu’on serve encore la soupe : « gentils consommateurs contre vilains pollueurs », digne d’un Ralph Nader des années 70.

**On notera l’utilisation péjorative par les plumitifs médiatiques de l’adjectif petit, cf. les « petits candidats » des élections présidentielles…

Voici un autre « you tout-beurre » ou « U2 beur », moins jeune mais tout aussi passionné : Clé2berne, qui anime la chaîne YouTube éponyme que je recommande (http://www.youtube.com/c/Clé2Berne). C’est visiblement un agent, ou ancien agent de la SNCF. Je recommande fortement cette chaîne qui est passionnante.

Une clé de Berne est une clé spéciale utilisée en interne par le personnel de la SNCF, et improprement appelée « carré ». En effet, rien n’est standard entre les « carrés » SNCF, RATP, sapeurs-pompiers, Marine nationale, etc.

Néanmoins, quelque chose cloche chez ce monsieur. Il reprend la même litanie éculée, avec virulence, contre l’aérotrain de Jean Bertin (« utopique », « irréalisable », « trop cher », etc.). S’il a raison d’être contre l’Hyperloop (un train/tube sous vide) d’Elon Musk ou autres, il attaque malheureusement aussi le concept de train à sustentation magnétique. Pour lui, c’est utopique. Ses arguments sont financiers (comptable ! – décidément…), infrastructurels (il faudrait construire de nouvelles voies – eh oui, mon bonhomme !), ou alors purement nominalistes (il n’y a pas de roues ni de rails, donc ce n’est pas un train) ! Soutiendrait-il le lobby de la sidérurgie, comme les opposants de Bertin à l’époque ?

Ce qui me choque autant est qu’il ne parle pas de voyageurs, mais de clients. Je lui ai posé la question. Il m’a répondu : « Selon les trains empruntés tu seras soit un client soit un usager. Les TGV ne sont pas des transports publics aussi dedans tu es un client. Le TER est un transport public et dedans tu es un usager. Et peu importe qu’ils roulent sur la même voie. Mais pour moi, l’un et l’autre ont les mêmes droits et méritent la même attention, c’est pourquoi j’utilise les deux et que je n’y vois aucune différence*« . Honte à lui ! On pourrait penser que ce type veut soit garder sa place, soit se faire sponsoriser par la SNCF (ou plutôt par Sncf, sigle sans article pour bien montrer qu’il s’agit d’une marque)… Je crois plutôt que c’est le modèle même de l’apolitique, qui n’en pense rien, bien au contraire… En tous cas on apprend au passage que seuls les transports de proximité (TER, RER, transports urbains) ont le statut de délégataires de service public…

*Souligné par moi.

Le financement de la SNCF avant, et maintenant…

Rebelote, malheureusement : dans son éditorial de TAXI Mag de mars 2024 (magazine destiné aux chauffeurs de taxi), Christian Thomas écrit : « Il serait souhaitable que les médias : TV, radios et un peu la presse écrite n’utilisent plus les mots : usagers consommateurs, utilisateurs abonnés, etc., lorsqu’ils parlent des citoyens mais de CLIENTS ! » – ou alors c’est ironique et il veut rejoindre mon propos mais la formulation est bancale…

Nous allons en profiter pour passer en revue toute la terminologie qui n’est pas encore remplacée par « client » mais çà ne saurait malheureusement tarder, même dans le domaine du régalien, ce qui ne déplairait pas aux libertariens Milei ou Musk. Quand on aura privatisé l’administration des impôts, comment s’appellera ce nouvel « opérateur » ? Taxeo (sans accent sur le e), France-impôt ou my-contrib.eu ?*

*Il faudra que j’écrive un papier sur les dernières tendances des appellations des marques. Après Frichti (qui a fait faillite), aura t-on Boostify ?

Si, « dans le privé » un client est un client, « dans le public » c’est plutôt un usager.

Dans le cas précis des transports, on parlera de voyageurs pour les transports terrestres – c’est là où notre ferroviphile a tout faux -, et de passagers pour les transports maritimes et aériens. Les compagnies aériennes, même les plus agressives commercialement, utilisent encore ce terme alors que les marques Tgv, Ouigo, Thalys, etc., qui parlent d’embarquement et nous souhaitent la bienvenue à bord, sont déjà passées de l’autre côté du miroir…

Fédération nationale des usagers des transports (FNAUT). Des clients, des usagers, des voyageurs ou bien des fnautes ?

Quant à ceux qui sont aujourd’hui des clients des services de base (eau, gaz, électricité, téléphone), ils en étaient autrefois des abonnés.

Les publics des spectacles sont tout simplement des spectateurs. La radio est destinée aux auditeurs et la télévision aux téléspectateurs. Dans ce cas, ce n’est pas une clientèle, mais une audience. Les bibliothèques, les archives publiques et les centres de documentation ont des lecteurs (le lectorat). Les lieux de patrimoine et de culture (hors spectacle) au sens très large, y compris les parcs d’attraction, sont fréquentés par des visiteurs. On parle souvent de visitorat.

Ceux qui sont sur les bancs de l’école primaire sont des écoliers, sur ceux du collège sont des collégiens, ceux des lycées sont des lycéens, voire étudiants. Pour l’enseignement supérieur ce sont des étudiants, parfois élèves pour les « grandes écoles » et l’enseignement supérieur privé. On ne dit plus « stage » pour désigner des formations, mais ceux qui les suivent sont encore des stagiaires.

Etudiant gnangnan…

Quant on recourt aux soins d’un établissement médical public ou privé, on est un patient – terme approprié au vu des déserts médicaux et du sous-effectif hospitalier ! On a même forgé le néologisme patientèle sur le modèle de clientèle.

L’administration des impôts s’adresse aux contribuables, terme malheureusement utilisé avec gourmandise par une droite constituée de commerçants moisis et artisans radins qui, c’est bien connu, « croulent sous les charges ». Et les bénéficiaires (terme officiel cependant) des prestations sociales (CAF, Assedic) sont plutôt des assujettis dans le langage courant. Penchons-nous sur l’Assurance Maladie, appellation inappropriée et qui trahit l’esprit du Conseil national de la Résistance, car il s’agit bien d’une sécurité abondée par des cotisations et non pas d’une assurance abondée par des primes. Du coup, ses bénéficiaires s’appellent assurés, et même assurés sociaux, terme absurde car (si, je le répète, on considère que c’est une assurance…) c’est l’assurance qui est sociale et non les assurés ! Quant aux assurances – les vraies, cette fois – quand elles ont le statut de mutuelles*, on parlera alors de sociétaires. Les caisses (prévoyance, retraite…) ont des cotisants.

*Il suffit de lire la prose des statuts desdites mutuelles pour constater qu’elles n’ont plus de mutuelles que le nom, des coups de boutoir législatifs successifs ayant mis à mal ce statut ces dernières années…

Fraternité Française, le torchon de « l’épicier » Pierre Poujade (1920-2003), obsédé par la tyrannie de l’Etat et des impôts envers les gentils « contribuables », et qui sera nommé membre du Conseil économique et social (1984 à 1999) par l’ancien « résistant de Vichy » François Mitterrand…

Les personnes ayant à faire à la justice, d’un côté ou de l’autre, sont des justiciables, tout simplement. A ce sujet, le fait, pour les avocats de parler de leurs clients me choque énormément. J’en profite aussi pour dire que je trouve totalement ridicule de donner du « Maître » à un avocat ou un notaire…

Bref, l’administration mais aussi les préfets et les maires doivent répondre à leurs administrés. Ces derniers sont-ils la version laïque de leurs paroissiens, voire en langage relâché, de leurs ouailles* ? Ou bien, hélas, des consommateurs ?

*Du latin ovicula, « petite brebis ».

Nota : l’illustration de bannière de titre est l’affiche d’un film de Jacques Poitrenaud (1965). Je l’ai vu une fois à la télévision et peux vous affirmer que c’est un véritable navet, malgré les prestations de Michel Serrault, Jean Poiret et Francis Blanche…

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