Alphabêtises

LA LISTE PEREC DU JOUR :

"   Dans le cagibi attenant à la chambre d'Hébert, au milieu d'un amoncellement de vieilles chaussures, de réserves de verveine-menthe, de chaufferettes électriques en cuivre toutes cabossées, de patins à glace, de raquettes aux boyaux flasques, de magazines dépareillés, de romans illustrés, de vieux vêtements et de vieilles ficelles, on trouva un imperméable gris et dans la poche de cet imperméable une boîte en carton plutôt plate d'environ quinze centimètres sur dix, sur laquelle était écrit :
La seule gomme
qui efface BIEN l'encre
LA GOMME "HEPHAS"
Chez Ely and Co
85, rue des Dames, Bruxelles   "
La 7ème Compagnie au clair de lune…

Petit, je fus celui qui, plongé dans les dictionnaires et encyclopédies, dévorait les planches et tableaux, et en particulier, ceux des alphabets.

Ces derniers, tout comme le tableau périodique des éléments ou la liste ordonnancée des planètes, étaient pour moi un monde à part. Je me mis à établir une classification des lettres par symétrie : verticale, horizontale, verticale et horizontale, ou aucune symétrie.

Mais c’est bien plus tard que je me suis mis à composer ces amuses-gueules (amuse-girls ?), quelque part entre Raymond Devos et Philippe Gelluck, que je dévoile dans l’interlude qui suit :

B

b est le bébé du B. Donc dans bébé, il y a deux bébés.

E

A quoi çà rim’, le E muet, à quoi çà rimeuh ?

Il faut qu’çà rim’, le E muet, il faut qu’çà rimeuh.

Léo Ferré : Jolie mômeeuh…

K

Le K est un cas : c’est le cas K. Dans le général Catroux, il y a K et trou. Mais qu’à Catroux ?

(A cet instant, vingt internautes se désabonnent, et un m’envoie : « Si j’avais su que c’était si bête, j’aurai amené les gosses »).

L

Dans un L, il y a deux ailes (c’est un vol en oblique). Dans une 4L, il y a donc huit ailes.

N

Dans haine, il y a N (commentaire de Mme Geypatoux-Compry, de Blois-sur-Bannier : « Y s’est pas foulé… »).

P

Le P est à côté du Q, et le pet est à côté du cul. Le train va partir, éloignez-vous de la bordure du Q, s’il-vous-plaît.

Q

Il y a une coquille à « couille », il y a une couille dans « coquille » (d’ailleurs, il y a une pouille dans le cottage).

Il y a une queue à Q (sinon çà ferait O, bande de dégoûtants). Queue s’épelle cuhuheuhuheu.

R

Dans « errer », il y a trois R qui errent.

S

Le SS, est-ce Hess ? Et dans CRS, est-ce S ?

Blog affligeant selon la Police, génial selon les organisateurs !

A propos de la légende de bannière de titre « par marcjoly, de l’Académie Française »: « L’usage, sans droit, d’un titre attaché à une profession réglementée par l’autorité publique ou d’un diplôme officiel ou d’une qualité dont les conditions d’attribution sont fixées par l’autorité publique est puni d’un an d’emprisonnement et de 15 000 euros d’amende ». Alors, faisons-le, ne respectons rien ! La mention « de l’Académie Française » fut utilisée auparavant systématiquement sur toutes ses copies par Alphonse Allais lycéen (qui fut renvoyé une dizaine de fois…), ainsi qu’occasionnellement par Cavanna.

Peur de Trump ?

LA LISTE PEREC DU JOUR :

"Oeufs de saumon
Bortsch glacé
Timbale d'Ecrevisse
Filet de Boeuf Carpaccio
Salade de Vérone
Edam étuvé
Salade aux Trois Fruits Rouges
Charlotte au Cassis

*
Vodka au piment
Bouzy rouge
"

Trump, donc.

Le sujet est vaste, et mériterait plusieurs articles. Il ne s’agit pas seulement de Donald Trump, « l’homme orange », mais de l’avenir du monde. Ne pouvant pas tout traiter en un article, je vais mettre de côté la question économique et la question « identitaire » sachant que, comme on dit de manière simpliste, « tout est lié ». Il ne s’agira pas non plus d’encenser Trump, mais de voir que certains changements positifs sont en potentiel.

Tous les voyants sont au rouge,
tous les voyous sont orange ?

Je vais mettre plutôt l’accent sur le meilleur de Trump : les nominations, sur sa proposition, de la lieutenant-colonelle Tulsi Gabbard à la tête du renseignement national et de l’ancien procureur fédéral Kash Patel à la tête du FBI, qui ont tous deux le courage de s’opposer aux manipulations de l’opinion publique de ce que certains américains appellent le Deep State – l’Etat profond. Gabbard et Patel ne sont pas parfaits, et nul ne peut dire avec certitude ce qu’ils feront, mais on peut dire avec certitude qui redoute leur surveillance et pourquoi.

Le renseignement américain est une usine à gaz de 18 (!) agences employant 854 000 personnes, et une politique néfaste émane, depuis des décennies et sans impunité, de la « bureaucratie permanente » du gouvernement américain et de leurs mentors au sein d’agences, fondations et groupes de réflexion de l’establishment, ainsi que des intérêts du « complexe militaro-industriel ».

Florilège sinistre des basses oeuvres de « l’Etat profond » :

Dans les années 50 (sous J. Edgar Hoover), un programme du FBI nommé COINTELPRO impliquait la surveillance, l’infiltration et la perturbation illégales d’un large éventail d’organisations et de mouvements politiques considérés comme indésirables. En 1975, une commission Church (du nom de son président) révélait que l’affirmation par le FBI de l’abandon de COINTELPRO était fausse.

La croyance selon laquelle Martin Luther King était communiste provenait de COINTELPRO.

La même commission mettait au jour l’existence d’un tissu d’activités secrètes consistant à recruter des journalistes de renom pour en faire des relais de la propagande de la CIA. On jugeait cela scandaleux, mais aujourd’hui cette manipulation est complètement ouverte sans que personne ne bronche ! C’est ainsi que les médias avaient indiqué que « le Président Trump pourrait être impliqué dans activités au nom du gouvernement russe pouvant constituer des menaces à la sécurité nationale des Etats-Unis ». Tulsi Gabbard, elle, avait récemment affronté la presse dominante, exprimant son scepticisme à l’égard des campagnes visant à organiser des affrontements militaires avec l’Iran, la Syrie, la Chine ; et remettait en cause la « provocation » de la Russie vis-à-vis de l’Ukraine, dogme cher aux néo-conservateurs comme Hillary Clinton ou John Bolton, la qualifiant d’« atout russe ».

En 1974, Bernard Lewis, agent de renseignement britannique de premier plan, promouvait l’idée que la propagation du fondamentalisme islamique pourrait créer une zone d’instabilité le long des flancs sud de la Russie et de la Chine, tactique anti-guerre froide soutenue avec enthousiasme par le conseiller américain à la Sécurité nationale, Zbigniew Brzezinski. Les Etats-Unis ont donc financé, entraîné et armé les moudjahidines afghans dans les années 1980, lesquels se sont transformés en groupes terroristes radicalisés (Al-Qaïda, Daesh et leurs avatars), recevant des Américains un milliard de dollars par an à partir de 2012, afin de déstabiliser l’Irak puis la Syrie. A cette période, « Sir » Richard Dearlove*, ancien chef du MI-6 britannique (encore…), s’impliquait dans la fabrication de mythe de « l’armée irakienne troisième armée du Monde », et dans celui des « armes de destruction massives » de Saddam Hussein (et plus tard dans celui du « trucage par Poutine des élections américaines de 2016 »). Plus c’est gros, plus çà passe… Les complotistes ne sont pas toujours ceux qu’on pense.

*Le mal nommé…

Colin Powell, Secrétaire d’Etat des Etats-Unis, apportant en 2003 la « preuve » que l’Irak est susceptible de posséder des armes de destruction massive, en présentant sans aucune mesure de sécurité une capsule contenant prétendûment de l’anthrax…

Gabbard et Patel mènent également campagne contre l’Agence américaine pour le développement international (USAID), qui relève du Département d’Etat, contient outre ses programmes de santé, d’eau potable, etc, des catégories de financement résolument subversives : « résolution des conflits », « lutte contre la corruption », « promotion de la démocratie ». L’USAID est associée à la Fondation pour la démocratie (NED) et l’Open Society*. Tous ces acteurs de l’Etat profond ont, pendant des décennies, trouvé des prétextes pour lancer des guerres impérialistes et inutiles que les Etats-Unis ont toutes perdues, ou bien des « Révolutions de couleur » dans des pays divers. Pourquoi s’embarrasser de la diplomatie quand existent la guerre et la déstabilisation ?

*Malheureusement, la plupart des détracteurs de cette dernière utilisent le fait qu’elle est dirigée par « le juif George Soros », argument idiot s’il en est, mais qui arrange bien l’Open Society elle-même : « vous êtes contre nous, donc vous êtes antisémites »…

Gabbard s’est également opposée à la « relation spéciale » consistant à échanger des données de surveillance orwelliennes entre l’Agence de sécurité nationale américaine (NSA) et l’Office gouvernemental des communications (GCHQ) du Royaume Uni. Elle fut qualifiée par le sénateur Adam Schiff d’« apostate démocrate et apologiste de Vladimir Poutine » (encore !). Ces dernières années, la loi sur la surveillance du renseignement étranger (FISA) et le tribunal ad hoc (FISC), ironiquement créés en réponse au COINTELPRO, ont permis d’espionner à leur gré les citoyens d’un autre pays et échanger leurs données. Les lanceurs d’alerte Snowden et Assange, eux, ont connu les conséquences de dénoncer l’Etat profond…

Trump, par les nominations de Patel et Gabbard, veut visiblement faire le ménage dans ce bordel organisé. Trump est le pertubateur en chef pour le meilleur et pour le pire. Nous ne sommes pas dupes : il s’agit aussi pour ce libertarien de supprimer les budgets de ces agences (mais aussi les budgets du financement des guerres, ce qui n’est pas négligeable). Rappelons que les flancs faibles de Trump restent la crise économique et financière dans son pays, et son refus d’entamer des relations gagnant-gagnant avec le reste du monde. Mais surtout, surtout, et c’est l’essentiel, tout cela s’inscrit dans un nouvel ordre mondial qui veut en finir avec la politique de la canonnière. Ainsi, les Européens, obsédés par la guerre, s’aperçoivent qu’ils ne peuvent plus compter sur l’Otan. Les pauv’ chéris ! Mais au lieu de féliciter Trump et le soutenir, ils veulent prolonger la guerre « jusqu’au dernier ukrainien », retentant ainsi le sabotage opéré par Boris Johnson en mars 2022 pour torpiller l’accord d’Istanbul entre Poutine et Zelensky…

Courez camarades européens, le vieux monde est derrière vous !

Dekoikonparle ? (8)

Vendredi 28 février, dans le Salon ovale, Trump a dit avec franchise ses quatre vérités au falot Zelensky, qui a pris la fuite avant de venir pleurer dans le giron des Britanniques. C’est dommage car il s’agit pour Trump et Poutine d’entamer un dialogue permettant d’envisager la fin de la guerre en Ukraine et d’éloigner le risque d’une guerre thermonucléaire imminente. Il n’y avait en tout cas aucune raison d’inviter les Européens à participer au dialogue, étant donné qu’à aucun moment depuis le début de la guerre, ils n’ont cherché une solution diplomatique au conflit, comme on le voit encore aujourd’hui avec l’obsession de la « défense européenne* ». En effet, une russophobie implacable a prévalu, menée comme d’habitude par les maîtres de Zelensky : les Britanniques. Comme il s’agit d’une guerre par procuration entre l’Otan et la Russie, il est tout-à-fait logique que cette dernière et les Etats-Unis s’assoient d’abord à la table des négociations. Trump, ce salaud qui veut arrêter nos guerres ? Non, il veut enfin changer l’ordre mondial otanien, et du coup casser les axiomes européens établis. L’Europe veut-elle alors déclencher une guerre contre les Etats-Unis ? Elle est capable de s’en persuader.

*Même Hubert Védrine est tombé dans le panneau.

Berlusconi (pardon !) Trump n’était pas obligé de dire que c’était « un grand moment de télévision », mais lorsqu’un politicien européen fait ce genre de saillie, c’est juste une « petite phrase », variante moderne du « mot d’esprit » comme dans le film Ridicule, que les politologues, « experts » et journalistes relaient avec gourmandise. Mais sortant de la bouche de Trump, cela devient une « assertion intolérable »…

The Bayrou Watcher (#3) : Dans l’affaire Bétharram, il ne s’agit pas seulement pour Bayrou de protéger les petits milieux notables provinciaux (à la Balzac ou à la Chabrol) mais je pense que, comme bon nombre de catholiques pratiquants et bon nombre de parents de manière plus générale, il est persuadé que les châtiments corporels, « c’est pour ton bien »...

LA LISTE PEREC DU JOUR :

"Derrière, dans le fond, en désordre, divers meubles et objets provenant des parents Echard : une cage à oiseau rouillée, un bidet pliant, un vieux sac à main avec un fermoir ciselé, [...] et un sac de jute d'où débordent plusieurs cahiers d'écolier, des copies quadrillées, des fiches, des feuilles de classeur, des carnets à reliure spirale, des chemises en papier kraft, des coupures de presse collées sur des feuilles volantes, des cartes postales [...], des lettres, et une soixantaine de minces fascicules ronéotypés, intitulés BIBLIOGRAPHIE CRITIQUE DES SOURCES RELATIVES A LA MORT D'ADOLF HITLER DANS SON BUNKER LE 30 AVRIL 1945"

Oui ,marcjoly vous rebat souvent les yeux (pas les oreilles, c’est un blog pas un « pot de caste ») avec l’Oulipo. Mécékoi loulipo ?

Tout part en réalité d’Alfred Jarry (1873-1907) – oui, l’auteur d’Ubu Roi. De 1897 à 1898, Jarry rédige Gestes et opinions du docteur Faustroll, pataphysicien, paru à titre posthume en 1911. Il y définit la ‘Pataphysique* comme « la science des solutions imaginaires, qui accorde symboliquement aux linéaments les propriétés des objets décrits par leur virtualité » (livre II, chapitre VIII).

*‘Pataphysique est toujours précédé d’une apostrophe. Mais l’adjectif pataphysique et le substantif Pataphysicien en sont dépourvus.

La ’Pataphysique doit sa postérité au Collège de ‘Pataphysique, « Société de recherches savantes et inutiles » fondée en 1948. De nombreux peintres, mathématiciens, historiens, critiques littéraires, cinéastes, explorateurs, dramaturges, écrivains et poètes ont rejoint le Collège parmi lesquels Duchamp, Miro, Ionesco, Dubuffet, Queneau et Vian. Ah, des Surréalistes, va-t-on me dire ? Non, même si certains ont fréquenté ces milieux. En réalité, l’époque d’Alfred Jarry baigne dans l’esprit potache des Zutistes, Hydropathes et autres déconneurs comme Alphonse Allais. Alors ? « La Pataphysique est la science de ce qui se surajoute à la métaphysique… s’étendant aussi loin au-delà de celle-ci que celle-ci au-delà de la physique ». Ceci est moins une définition qu’une fin de non-recevoir, provocante, voire amusante, parfois reprise par le Collège de ’Pataphysique.

Je ne vais pas entrer dans le détail du détail, mais l’univers (on dirait aujourd’hui « l’écosystème ») de la ‘Pataphysique est à la fois bureaucratique, strict et hilarant (calendrier loufoque, revue dont le titre principal est Viridis candela*…). La réforme des Sous-Commissions, survenue en 1959, a établi de nombreuses Commissions et Sous-Commissions dans le but de résoudre les problèmes se présentant au Collège. Parmi elles se trouvait originellement l’Oulipo, désormais devenu une institution autonome. Nous y voilà enfin !

* » Chandelle verte », allusion au juron favori d’Ubu : « Par ma chandelle verte ! ».

Oulipo (ou OuLiPo)*, signifie Ouvroir de littérature potentielle. C’est un groupe de recherche littéraire créé en 1960 par le mathématicien François Le Lionnais et l’écrivain et poète Raymond Queneau. Il se décrit par ce qu’il n’est pas : ni un mouvement littéraire, ni un séminaire scientifique**, ni de la littérature aléatoire. Il a pour but de découvrir de nouvelles potentialités du langage et de moderniser l’expression à travers des jeux d’écriture. Le groupe est célèbre pour ses défis mathématiques imposés à la langue, obligeant à des astuces créatives. L’Oulipo est fondé sur le principe que la contrainte provoque et incite à la recherche de solutions originales. « Ses recherches sont naïves, artisanales et amusantes ». On devient membre de l’Oulipo par cooptation. Anecdote : on ne peut en démissionner qu’en se suicidant devant huissier !!!

*Il existe d’autre ouvroirs moins actifs : OuPeinPo pour la peinture), OuMuPo pour la musique, OuPoPo (certains disent OuPolPot – génial !) pour la politique, OuLiPoPo pour la littérature policière, etc. On désigne tous ces ouvroirs sous l’appellation générique d’OuXpo. L’OuBiPo (Ouvroir de Bibliothèque Potentielle) existe mais n’a aucun lien « organique » avec l’OuXpo.

**Malgré celui, fondateur, de Cerisy-la-Salle en 1960.

Evidemment, la ‘Pataphysique influence fortement l’Oulipo, organiquement et conceptuellement – du moins à ses débuts. Cependant, après la mort de Perec en 1982, l’Oulipo se demande s’il n’a pas fait son temps. Il est décidé que non, et l’Oulipo continue à recruter. Se posent toutefois les questions de sa féminisation, de sa moyenne d’âge, de l’admission de membres étrangers…

Toujours pour dire ce que ce mouvement n’est pas censé être, les membres de l’Oulipo sont de sacrés déconneurs, malgré la rigueur austère de leurs travaux !

Mais concrètement, ifonkoi, loulipo ?

« L’Oulipo a pour but de découvrir de nouvelles potentialités du langage et de moderniser l’expression à travers des jeux d’écriture. Le groupe est célèbre pour ses défis mathématiques imposés à la langue obligeant à des astuces créatives. L’Oulipo est fondé sur le principe que la contrainte provoque et incite à la recherche de solutions originales. Il faut déjouer les habitudes pour atteindre la nouveauté. » [Wikipedia]

« La contrainte est un problème ; le texte une solution. La contrainte est l’énoncé d’une énigme ; le texte est la réponse, ou plutôt une réponse, car en général il y en a plusieurs possibles. La contrainte, c’est donc quelque chose d’assez différent d’un bidouillage organisationnel du travail littéraire. Et c’est très bien le bidouillage organisationnel ! mais ce n’est pas la contrainte. La contrainte est systématique. Par ailleurs, une contrainte oulipienne doit pouvoir servir à d’autres, ce qui implique des exigences de clarté et l’énoncé (formalisation). La contrainte est altruiste » – Jacques Jouet

Jacques Jouet.

Exemples de contraintes :

  • S + 7 : cette méthode permet la création de textes littéraires nouveaux en remplaçant dans un texte source chaque substantif par le septième substantif qui le suit dans un dictionnaire donné. Bof..

  • Lipogramme : texte dans lequel l’auteur s’impose de ne jamais employer une lettre, parfois plusieurs (cf. La Disparition, de Georges Perec – Gallimard, 1969 – texte sans jamais la lettre e).

  • Boule de neige : poème dont le premier vers est fait d’un mot d’une lettre, le second d’un mot de deux lettres, le troisième d’un mot de trois lettres, le nième d’un mot de n lettres.

  • Exercice de style : une même histoire racontée selon un pattern différent (cf. Exercices de style, de Raymond Queneau – Gallimard, 1947).
  • La rien que la toute la : texte privé de nom, d’adjectif et de verbe.

On peut compter aisément 250 contraintes…

Comme disait mon père : « Quand tu auras fini tes enfantillages »…

A lire :

https://college-de-pataphysique.fr

https://oulipo.net

http://fatrazie.com

Cornu copiae

The Bayrou Watcher (#2) : je ne m’en suis pas souvenu sur le coup, mais dans le roman Soumission de Michel Houellebecq (Flammarion, 2015), le président de la République nouvellement élu, l’islamiste « modéré » Mohammed Ben Abbes, prend dans un premier temps pour premier Ministre François Bayrou « parce que c’est le plus bête », souligne le narrateur !

LA LISTE PEREC DU JOUR :

"[...] des ferrailleurs à gros gants viendront se disputer les tas : le plomb des tuyauteries, le marbre des cheminées, le bois des charpentes et des parquets, des portes et des plinthes, le cuivre et le laiton des poignées et des robinets, les grands miroirs et les ors de leurs cadres, les pierres d'évier, les baignoires, le fer forgé des rampes d'escalier..."

Nota : des charmants lecteurs m’ont demandé un article sur Donald Trump (du genre « Faut-il avoir peur de Trump »). Je ne suis pas blogueur professionnel et écrire un article de fond demande du temps. Je ne sais pas quand l’article en question sera prêt – évidemment, actualité oblige, le plus tôt serait le mieux. A défaut l’article qui suit fait partie de la routine de ceux qui sont rédigés à l’avance (j’ai pour l’instant des articles planifiés jusqu’au 1er avril) :

Il y a quelques décennies, l’Institut Schiller, un think tank géostratégique cornucopien* fondé par Helga Zepp-Larouche (et son satellite le Club de la Vie, nommé ainsi par opposition aux théories malthusiennes du Club de Rome), affirmait que si l’Australie accueillait toute la population de la Terre, elle n’aurait que la densité de la Belgique. Gros yeux et désapprobation générale de la part de la bien-pensance. Cela ne se peut pas, tout le monde sait bien que la planète est surpeuplée, c’est bien connu…

*Cornucopien (nom et adj. du latin cornu copiae, corne d’abondance) désigne ceux qui pensent qu’il n’y a pas de limite à la croissance. L’Institut Schiller, menant campagne depuis plus de quarante ans, n’utilise cependant pas ce terme apparu récemment.

Téléphone, La Bombe humaine, 1979.

De nos jours, un autre sniper revient à la charge à contre-courant du pessimisme ambiant : le géographe et essayiste Christophe Guilluy. Celui-ci, dansLa France périphérique – Comment on a sacrifié les classes populaires (Flammarion, 2014), remettait au goût du jour le concept d‘Homme oublié, au centre des préoccupations de Franklin D. Roosevelt. « Ces temps funestes appellent à la construction de projets qui reposent sur l’Homme oublié : puissance économique, non organisée mais indispensable, de projets comme ceux de 1917 qui ont bâti depuis les fondations jusqu’au toit, qui ont fait une fois de plus confiance en l’Homme oublié comme base de la pyramide économique ». – FDR, allocution radiodiffusée du 7 avril 1932 (traduit par nous).

Maynard Dixon (1875-1946), Forgotten Man, 1934,
(Brigham Young University Museum of Art)

Revenons à nos moutons démographiques. Dans Marianne du 25 mai 2023, Guilluy ne prenait pas au sérieux l’annonce par l’ONU (une belle opération de com…) du franchissement du seuil des huit milliards d’habitants : c’est que seuls les pays « développés » (généralement les moins peuplés…) procèdent à des recensements ! L’Inde, par exemple, n’a pas connu de recensement depuis 1991 ! La marge d’erreur de la population mondiale, écrit Christophe Guilluy, est de +/- 800 millions de personnes.

Néanmoins, sommes-nous si nombreux ? J’invite les internautes à consulter une carte de la densité mondiale : celle-ci est de 6o hab/km2, deux fois moins que celle de la France [https://i.pinimg.com/originals/c0/98/5c/c0985cca1a3293eb992fcab504dcce87.jpg], ce qui dément le cliché « L’Afrique, çà grouille », comme je l’ai déjà entendu. « Si on s’amusait à rassembler tous les Terriens sur le territoire états-unien, notre densité s’élèverait à 814 hab/km2« , écrit Guilluy en citant les chiffres du démographe Gérard-François Dumont. En comparaison, la densité de l’Ile-de-France est de 1020 hab/km2 ! Souvent, la vérité sort de la bouche, non des « experts environnementaux » et des statisticiens, mais des démographes ou géographes : Christophe Guilluy, Hervé Le Bras, Emmanuel Todd.

De gauche à droite, et de haut en bas : Guilluy, Le Bras et Todd.

« Doit-on s’alarmer de la croissance exponentielle de la population ? Non plus ». C’est que la décélération de la population est amorcée depuis des décennies, due au vieillissement et à la baisse de la fécondité, et va marquer tout le 21ème siècle. Et de nous présenter ce paradoxe : le Japon, territoire « surpeuplé » et vieillissant. S’il y a trop de Tokyoïtes (38 millions d’habitants dans la grande aire métropolitaine du Kanto !), il n’y a pas assez de Japonais, et l’archipel est en train de se dépeupler !

Il existe un autre cornucopien : vous le voyez venir (roulement de tambour)…

C’est Elon Musk ! Nous y voilà. Père de dix enfants, il est persuadé qu’il n’y a pas de limite aussi bien à la croissance démographique qu’à la croissance technologique. Pas mal, non ?

Seulement voilà, il y a un os…

Tout d’abord, Musk est un libéral, et de la pire espèce : celles des libertariens. Les libertariens (ne pas confondre avec les libertaires) s’opposent à toute forme de régulation étatique, même dans le domaine régalien. Or le libéralisme est incompatible avec une politique nationale de crédit finançant des grands projets à long terme en vue du développement ! D’autre part le sud-africain Elon MuSSk est un suprémaciste : pour lui il n’y a pas de limite à la croissance démographique, à condition qu’il s’agisse de Blancs au QI élevé… Cornucopien, mais hélas « darwinien »* !

*Je mets des guillemets car cet adjectif, d’emploi courant, est inapproprié. Darwin n’a fait qu’affirmer l’évolution des espèces face au fixisme biblique. C’est Francis Galton qui y a ajouté la notion de « loi du plus fort ». Attaquons plutôt ce dernier !

« Mais s’il n’y avait pas Musk, qui ferait ces projets (science, spatial, médical…) ? ». Le problème est que Musk, véritable passionné, est également un irrationnel et un exalté*. Explorer Mars dans la décennie, alors qu’on ne sait encore rien des conditions de vie humaine dans un environnement extraterrestre – et sans retour, relève du suicide !

*Peut-être dû au fait que, selon ses dires, on lui a diagnostiqué un syndrome d’Asperger ?

Oublions Musk et revenons à nos histoires de cornes (d’abondance) : progrès et population illimités. Voici quelques idées, je les livre sans ordre précis car il s’agit d’un tout :

  • Il n’y a pas de limite à la créativité humaine, donc aux technologies.
  • Il n’y a pas de limites aux ressources, car on peut transmuter les éléments grâce à la physique nucléaire (fusion).
  • Pour assurer les deux points précédents, l’éducation est primordiale.
  • La densité de la population n’est pas un problème – à condition que le développement soit en adéquation. Densité sans développement apporte la pauvreté.
  • Un Etat dont les niveaux culturel, éducatif et sanitaire s’effondrent se paupérise, et le nombre et l’espérance de vie de sa population s’effondrent aussi.
  • Une population dont le niveau de développement matériel et humain (éducation et santé) est élevé voit sa population ne plus augmenter exponentiellement.
  • Le progrès n’est pas dans le superflu (déplacement aérien Paris-Nice, smartphone, lave-vaisselle dans un foyer de deux personnes…) mais le nécessaire (énergie, infrastructures, écoles, hôpitaux).
  • Le libéralisme n’est pas un facteur de développement (court-termisme, obsession de la dette, monopoles industriels et agro-alimentaires et leurs destructions environnementales comme la monoculture intensive).
  • A partir d’un certain niveau d’éducation (alphabétisation, scolarisation des filles, contraception, monogamie) la population décroit en maintenant un niveau de vie décent et une espérance de vie élevée.
  • Le but de l’humanité n’est pas d’augmenter sa population per se, ni le progrès per se, mais d’augmenter le potentiel de densité énergétique par habitant.

Et vlan dans la gueule qui pensent que « la démographie, c’est mathématique », ou qu’il suffit d’appliquer la courbe de Fibonacci ! Vous savez, celle des lapins ! Mais l’être humain n’est un animal que par son enveloppe. Pour le reste, il est capable lui-même de limiter sa population.

C’est trop pour vous ? Allez, vous allez vous en remettre…

Je me souviens… (4)

Dernière minute : j’apprends par Marianne la mort de Jean-François Kahn, qui a eu lieu… mercredi 22 janvier. Vous le saviez, vous ? Pas un mot dans la presse qui, visiblement, n’a pas souhaité rendre hommage à ce journaliste politiquement incorrect. C’est d’autant plus émouvant que je l’avais croisé il y a deux mois rue Charlot à Paris (il habitait dans le quartier). Il était seul, en déambulateur, et vu son état, j’avais compris qu’on ne le reverrait plus…

Marre de la bien-pensance de France Inter/France Info/RFI ? C’est mon cas, et je n’écoute maintenant plus que RTL pour les infos et l’émission d’actualité (Yves Calvi) de 19h15-20h. Il est flagrant de constater combien les médias du service public sont arrogants, idéologisés (libéralisme pro-UE et pro-Otan, wokisme) et parisiano-centrés. Le ton de RTL (station qui a tout de même ses défauts) est moins « constipé » et plus ouvert.

The Bayrou Watcher (#1) :

Sans paroles.

LA LISTE PEREC DU JOUR :

"La vitrine contient une collection de modèles réduits de machines de guerre antiques, à monter soi-même : des béliers, des vineas, dont Alexandre se servit pour mettre ses travailleurs à couvert au siège de Tyr, des catapultes syriennes qui jetaient à cent pieds des pierres monstrueuses, des balistes, des pyroboles, des scorpions qui lançaient tout à la fois des milliers de javelots, des miroirs ardents,  - tel celui d'Archimède qui embrasait, en un clin d'oeil, des flottes entières - et des tours armés de faux supportées par de fougueux éléphants".

Votre serviteur habite Belleville*, dans le quartier de la rue Rébeval. Or, on trouve pléthore d’ouvrages évoquant le Belleville d’autrefois, notamment avec des photos avant/après. Mais du secteur Rébeval, point.

*Note pour les internautes (car la Toile est mondiale) : Belleville est un quartier du nord-est de Paris, « à cheval » sur les 19ème et 20ème arrondissements.

J’ai finalement dégotté le livre suivant : Patrick Marsaud, Belleville 1965, Ed. Michel Lagarde, 2021, avec des photographies de Jean-Baptiste de Beaudouin – ouvrage qui m’a permis d’en apprendre sur ce quartier, et de rectifier certaines informations que j’avais glanées et qui se sont révélés fausses.

Mais ce dont je voulais vous entretenir, ce qui frappe, au vu des photos de circa 1965, c’est le changement de la société.

Dans les rues de ce quartier populaire vers 1965, on est frappé par le nombre d’enseignes « Boucherie, triperie, volailles », voire « Gibiers » ou « Porc frais » dont peu ont survécu (si : en hallal, sauf pour le porc frais !). Les charcuteries également, reconverties en traiteurs asiatiques. On remarquera aussi que les boucheries étaient souvent chevalines, ce qu’on regrettera, la viande de cheval étant nutritivement saine. La grande distribution (Félix Potin dans les années 70-80, puis Ed, Franprix, Monoprix en version bobo et Carrefour City) aura eu la peau de ces commerces.

On l’a oublié, mais il y avait le long des trottoirs des marchandes de quatre-saisons qui s’approvisionnaient aux Halles. Leurs remorques, qui servait d’étal avaient des roues de charrette ! Ces marchandes (c’était déjà une tolérance) disparurent avec le déménagement des Halles à Rungis en 1969.

Marchandes de quatre-saisons rue du Faubourg-du-
Temple (Photo J.-B. de Beaudouin).

On est frappé aussi par le nombre de cafés, qui n’a pas varié aujourd’hui, mais leur typologie a changé. Les cafés (des rades…) de 1965 étaient souvent d’anciens marchands de vin, vendant aussi bois et charbon, et ce jusqu’à la généralisation du chauffage au fioul au début des années 70. Ils étaient tenus depuis des générations par les fameux Auvergnats ou Bougnats (en réalité des Aveyronnais) que les Kabyles ont remplacés. Aujourd’hui les Asiatiques (Chinois voire Indiens) prennent peu à peu le relais*, et la plupart de ces établissements (je parle toujours du Bas-Belleville) ont une clientèle proto-bobo. Petit, je n’ai pas connu le quartier mais je me souviens de Paris en général, et en particulier ceci : la clientèle des rades des années soixante comptait bon nombre d’ivrognes patentés…

*Y compris en province comme je l’ai vu à Nogent-le-Rotrou ou à Villers-Cotterêts…

Nous sommes tellement habitués aux « enseignes » que nous avons oublié les commerces indépendants : habillement, accessoires (chapeaux, chaussures, cravates), « photo-ciné-son », drogueries, quincailleries, laveries, sans compter les garnis et hôtels borgnes…

Mais surtout, surtout, ce qu’on retient est le nombre impressionnant de cinémas (indépendants, cela va sans dire) dans le quartier (et dans Paris en général). Aujourd’hui, les cinémas le plus proches de Belleville sont les Mk2 Gambetta et Quai de Loire. A l’époque, on pouvait énumérer le Palais des Glaces (auj. une salle de stand-up), le Ciné-Bellevue (auj. une synagogue), les Folies-Belleville (auj. un supermarché), le Théâtre de Belleville (auj. un restaurant chinois karaoké), le Floréal, le Belleville-Pathé, l’Alhambra, le Temple-Sélections, le Cocorico (ces derniers démolis). On n’y jouait pas les mêmes films qu’au Quartier latin ou aux Champs-Elysées ! C’était plutôt Mata-Hari Agent H 21, Le mystère du temple hindou, L’affaire du cheval sans tête, Nick Carter va tout casser, Maciste et les 100 gladiateurs… Ces salles qui avaient démarré avant 1914 comme cafés-concert pour la plupart finirent souvent en cinéma porno ou de kung-fu, puis en supermarché ou salle de sport…

Le Ciné-Bellevue, 118 boulevard de Belleville (Photo J.-B. de Beaudouin).

La pile Wonder
ne s’use
que si l’on s’en sert !

Les années soixante, plus pauvres en grandes enseignes, étaient toutefois plus riches en marques et réclames en tous genres. Sur les photos de 1965, on dénombre la moutarde Bornibus*, les piles Wonder, la peinture Novémail, les parfums Forvil, le produit-vaisselle Rex, la lingerie Pernelle, les laines Pingouin, l’encre Waterman… Et sur la devantures des cafés, pléthore de marques de bières : Roemer Pils, Nordbraü, Adelshoffen, Slavia, Meteor, Löwerbrau, La Perle, Freysz-Pils, Lutterbach, Mützig, Leopardbraü… bien avant la création des mafias alliant les grossistes limonadiers aux groupes brasseurs mondialisés.

*Dont le siège social était à Belleville, boulevard de la Villette !

Autre changement : les arbres. En 1965, il n’y en avait que Boulevards de Belleville et de la Villette. Aujourd’hui, toutes les rues sont arborées.

L’intersection Rue Rébeval/rue de l’Atlas ca. 1970 (Photo J.-B. de Beaudouin) et 2024.

L’aspect des « gens » nous étonne également : hommes en cravate (et à moustache), femmes en robe ou en jupe, enfants en culotte courte. On est aussi frappé par le nombre de « vieux ». Il est vrai que, de nos jours, les vieux font leur courses le matin puis se terrent chez eux devant la télé : Paris n’est plus une ville pour eux (agressions, promiscuité, bruit, scooters et vélos à gogo, culture tournée vers le jeunisme), et beaucoup sont en Ehpad. Mais il y a un biais : beaucoup de « mémères », avec ou sans cabas, que l’on voit sur les photos anciennes n’avaient que 50/60 ans ! Mais jupe, mise en plis, fichu et une couverture-santé plus précaire qu’aujourd’hui nous les vieillissent…

Carrefour rue du Faubourg-du-Temple/rue Saint-Maur (Photo J.-B. de Beaudouin).

Un habitant du Belleville de 1965 transplanté dans celui de 2024 serait frappé par le nombre de faciès exotiques : Chinois et Vietnamiens tenant des restaurants, Maghrébins ou Pakistanais tenant des commerces de bazar, de fast-food ou de téléphonie. Il serait surpris également par le nombre de groupes de musulmans de sexe exclusivement masculin massés en grappe devant certains commerces précités et se contentant de « tenir les murs ». Cela aussi fait partie de la mutation de la société bellevilloise…

Le quartier du Bas-Belleville, totalement insalubre, à la Eugène Sue ou à la Zola, commença à être muré dès 1966 et reconstruit seulement en 1973-75 (!) avec des immeubles modernes. On ne regrettera pas l’habitat ancien…

Bref, tous ces changements, ma pauv’dame, c’est la faute à la bombe atomique et à la télévision… Sans compter les yé-yés…

A lire aussi :

La librairie Le Genre urbain (60 rue de Belleville) est une véritable manne d’ouvrages de ce genre !

Jacques Dutronc (musique), Jacques Lanzmann/Anne Segalen (paroles), Paris s’éveille (1968).

Du coup, le texte de cette chanson pourrait faire l’objet d’un autre Je me souviens. Chiche ?

Belle Marquise

*Souligné par nous.

C’est aussi le dixième anniversaire du massacre de Charlie Hebdo. Hélas, hélas, hélas – et çà n’est qu’un exemple-, une amie m’a envoyé ce SMS (non verbatim) : « Mais qu’est-ce qu’ils ont encore à parler de Charlie, il va y avoir encore des attentats ». Se coucher, encore… La question n’est pas de savoir si on aime Charlie et ses dessins de bites, mais si on doit garder la liberté d’expression. Les barbus sont en guerre contre l’Occident, des caricatures sont une bonne riposte ! Mais nous devrions entrer également en guerre contre le wokisme, sinon çà ne marche pas. Comme toute guerre, il y aura des conséquences et, oui, il y aura -il y a déjà- des attentats pour lesquels les auteurs seront décrits une énième fois par les médias comme ayant des « problèmes psychiatriques ». Une pathologie qui s’appelle l’Islam…

LA LISTE PEREC DU JOUR :

"Bartlebooth se retrouvait parfois avec [...] un Charlot (melon, badin et jambes arquées), une tête de Cyrano, un gnome, une sorcière, une femme avec un hennin, un saxophone, une table de café, un poulet rôti, un homard, une bouteille de champagne, la danseuse des paquets de Gitanes ou le casque ailé des Gauloises, une main, un tibia, une fleur de lys, divers fruits, ou un alphabet presque complet avec des pièces en J, en K, en L, en M, en W, en Z, en X, en Y et en T."

Est paru il y a deux mois un excellent hors-série du Monde : Réinventons la ville. On peut notamment y lire un entretien tout aussi excellent avec l’écrivain français Alain Damasio*. Celui-ci relate que les multinationales s’accaparent les villes, lesquelles deviennent des marques : ainsi Paris devient la ville LVMH, Seattle la ville Boeing/Starbucks, Cannes la ville Netflix, New-York la ville Trump (qui est de facto une marque)…

*Ne pas confondre avec le neuroscientifique portugais (que je croyais italien) Antonio Damasio. J’les confonds toujours !

Damasio a également séjourné dans la Silicon Valley dans un but sociologique, et remarque qu’il n’y a « aucune mixité. Aucun échange croisé. J’en ai parlé à des Français sur place en leur demandant comment se passe la séduction si personne n’ose. On m’a répondu : ils regardent sur l’appli Bumble […] Et si quelqu’un te plaît, tu fais comment ? -Eh bien, je ne vais pas la voir, ce serait intrusif ! ». Ce « moment #Me too » fait froid dans le dos, tout de même… A l’inverse, j’avais lu, il y a quelques années, une BD scénarisée par un Japonais relatant son séjour à Paris*. Ce dernier s’était évertué, fleur bleue, à tenter de faire une déclaration d’amour, jusqu’à ce que quelqu’un lui explique les subtilités de la vie parisienne (d’alors. Tout cela est fini aujourd’hui) : « On ne fait pas de déclaration. -Mais alors comment on fait ? -Eh bien, on baise ! ». Et de se demander comment procéder si on ne déclare pas sa flamme. Bref, faudrait savoir !

*Je n’ai pas retrouvé les références.

Pour m’inspirer j’me suis fait un café crème « ème »
Mais par erreur je l’ai sucré au sel gemme « ème »
C’ n’était pas bon, ma foi je l’ai bu quand même « ème »
Ah faut-il que faut-il que je… faut-il que je…
C’est malheureux je n’ai pas trouvé de thème « ème »
J’ t’aurai fait un truc avec des rimes en « ème »ème »
Tu aurais compris que c’était un stratagème… »ème »
Pour te dir’ que… te dir’ que je…te dir’ que je…
Oui !

Harry Mathews.

Puisque nous sommes dans l’amour, voici un texte d’Harry Mathews (1930-2017). Cet écrivain et traducteur américain francophone, ami de Georges Perec et de surcroît mari de Niki de Saint-Phalle, était membre de l’Oulipo. Le texte qui suit, Belle Marquise, est-il la conséquence du précédent ?

Plaisir d'amour ne dure qu'un instant, chagrin d'amour dure toute une vie
Plaisir d'amour ne dure qu'un instant, une vie d'amour dure tout un chagrin
Plaisir d'amour ne dure qu'un chagrin, un instant d'amour dure toute une vie
Plaisir d'amour ne dure qu'un chagrin, une vie d'amour dure tout un chagrin
Plaisir d'amour ne dure qu'une vie, chagrin d'amour dure tout un instant.
Guy Lelong.

Voici maintenant Guy Lelong, que je pensais être aussi oulipiste : il ne l’est pas mais utilise les contraintes dans ses textes. Bien que né en 1952, il se situe dans le sillage du Nouveau roman. Il a aussi comme domaines d’activité la musique, les arts plastiques et l’architecture. Voici Nuit sans date rue Saint-Jacques :

La rue tombe noire, noire, la noire rue noire tombe là.
La rue tombe noire, noire, la tombe noire, rue noire, là.
La rue tombe noire, noire, tombe la noire rue noire, là.
La rue, tombe noire, noire, rue noire, la tombe noire, là.
La rue tombe noire, rue noire noire, là, tombe noire, là.
La rue tombe noire, la noire noire rue, noire tombe là.
La rue tombe noire la noire noire rue noire tombe, là.
La rue tombe, noire, noire, là ; tombe noire, rue noire, là.
La rue, tombe, là. Noire, noire tombe, noire rue, noire là.
La rue noire tombe ; noire la noire, noire rue-tombe ; là.
La rue tombe. La noire rue noire. Noire tombe noire. Là.
Wendy Cope.

Et pour finir, mon préféré. Il s’agit d’un texte de la poétesse britannique Wendy Cope (née en 1945). Cope fait souvent dans les poèmes courts à la fibre comique. Voici The Uncertainty of A Poet, illustration du tableau éponyme de Chirico ? Evidemment, je ne traduis pas le texte : çà n’aurait aucun sens.

Giorgio de Chirico, L’incertitude du Poète, 1913.
I am a poet.
I am very fond of bananas.

I am bananas.
I am very fond of a poet.

I am a poet of bananas.
I am very fond.

A fond poet of 'I am, I am'-
Very bananas.

Fond of 'Am I bananas?
Am I?'-a very poet.

Bananas of a poet!
Am I fond? Am I very?

Poet bananas! I am.
I am fond of a 'very.'

I am of very fond bananas.
Am I a poet?

Ce poème a été ensuite parodié maintes fois. Exemple :

Vous çà alors plu ? Pensez-qu’en vous ?

Les « chansons Africa »

J’ai trop entendu d’imbéciles autour de moi (ne parlons pas des médias) s’exclamer : « Ah mais c’est bien, Assad est tombé » sans réfléchir au fait que les Américains ont, une fois de plus (Afghanistan, Irak) contribué à installer une théocratie sanguinaire, en Syrie, cette fois. Les idiots utiles de la bien-pensance ont donc soutenu la venue d’un système régi par la charia, dirigé par le groupe islamiste « modéré » Hayat Tahrir al-Sham (HTS), dernier avatar d’Al-Qaida, avec lequel, comme l’a relaté Le Figaro.fr, l’assassin de Samuel Paty était en contact…

*La propagande médiatique occidentale qualifie le chef du HTS Abou Mohammad al-Jolani de « djihadiste libéral démocrate », et ses amis de « rebelles »

A côté de cela, le psychodrame autour de « Bayrou de secours » qui, tout comme Ségolène Royal ou Bernard Cazeneuve* est tellement indispensable qu’il est candidat à tout, est bien dérisoire…

*Les médias ont qualifié celui-ci « de gauche » !

Début décembre, je passai boulevard Beaumarchais à Paris et pus voir les stigmates de la manifestation du 23 novembre contre les violences faites aux femmes. Malheureusement, ce fut apparemment un festival de wokisme et d’intersectionnalités en tous genres. Exemples de slogans tagués : MISANDRIE ! (savent-elles que pour « fabriquer » des enfants, quelle que soit la technique, on a besoin de gamètes mâles* ?), TOUS VIOLEURS** ! (ben voyons…), et la cerise sur le gâteau QUEERS 4 PALESTINE. En effet on peut compter sur les barbus du Hamas pour respecter les femmes et les minorités sexuelles ! On parie qu’aucune des manifestantes ne soutient le combat des femmes iraniennes. Et je n’ai rien vu faisant allusion à Gisèle Pelicot : elle est sans doute trop « cis » à leur goût…

*J’oubliais que pour sauver la planète, il ne faut plus faire d’enfants…

**Tous ? Evidemment non. Malgré tout, on remarquera que Dominique Ali Baba Pelicot n’a recruté ses cinquante violeurs que dans un rayon de quelques kilomètres seulement. On n’ose imaginer ce qu’il en aurait été à plus grande échelle…

LA LISTE PEREC DU JOUR :

"Il pensait aux autres, à tous ceux qui étaient déjà partis, à tous ceux que la vie ou la mort avaient avalés : Madame Hourcade, dans sa petite maison près de Montargis, Morellet à Verrières-le-Buisson, Madame Fresnel avec son fils en Nouvelle-Calédonie, et Winckler, et Marguerite, et les Danglars et les Claveau, et Hélène Brodin avec son petit sourire apeuré, et Monsieur Jérôme, et la vieille dame au petit chien dont il avait oublié le nom, le nom de la vieille dame, car le petit chien, qui d'ailleurs était une chienne, il s'en souvenait très bien, s'appelait Dodéca."

Nous retrouvons notre « rubrique de Noël », que j’aurais pu appeler Tour de chant, sauf que France Musique a eu la même idée. Mais quelle stupeur ! marjoly, qui prône la culture classique, verse maintenant dans la variété !

C’est qu’il y a des lieux toujours vénérés en chansons. Paris, qui sera toujours Paris ! L’Italie napolitaine O sole mio. La Provence Pagnol/Vincent Scotto/Alibert. L’Océanie Manureva de Brel à Antoine, en passant par Alain Chamfort. La Californie, San Francisco, la route 66, bon ou mauvais trip… Et l’Afrique, ou plutôt Africa, pour faire plus mythique, comme on dit Gaïa pour désigner la Terre.

Deux expositions ont lieu actuellement à Paris sur un thème identique : la possession du corps par l’âme d’une autre personne. Au Musée d’art et d’histoire du judaïsme, une expo* sur le dibbouk, thème tardif alimenté par la Kabbale et révélé par la pièce yiddish de Shalom An-ski, (1917)**. Autre exposition : celle au Quai Branly sur les zombis***. Ah, le vaudou, les sorciers, l’envoûtement… Nous y voilà ! Nous allons passer en revue des « chansons Africa ».

*jusqu’au 26 janvier 2025.

**Shalom An-Ski, Le Dibbouk, L’Arche, 2014.

***Le créolophone que je suis aurait écrit : des zonbi.

Je pensais qu’il y en avait pléthore : il y en a finalement assez peu. Je voulais d’emblée éviter la soupe des Alpha Blondy, Tikken Jah Fakoly et autres Ali Farka Touré, lesquels, sur un air vaguement reggae, débitent en boucle depuis trente ans « Africa, Africa » parce qu’ils n’ont rien d’autre à dire et en font leur fonds de commerce… Et on évitera également le gnan-gnan Saga Africa du si-populaire-et-consensuel Yannick Noah. Finalement, il ne reste pas grand chose. Je ne voulais pas vous décevoir, mais il était trop tard pour changer de thème. L’année prochaine, il y aura quelque chose de plus intellectuel…

Alors, à la guerre comme à la guerre :

On n’attendait pas Jean Ferrat sur ce terrain-là, malheureusement le résultat est décevant. Michelle Senlis, la parolière habituelle de Ferrat, est meilleure quand il y a un cadre politique précis (l’Union soviétique, la guerre d’Espagne, Cuba), mais là, c’est raté. Le texte de Michèle Senlis évoque peu l’Afrique, et la musique de Ferrat non plus. Et j’ai triché : c’est « Afrique » et non pas « Africa » qui apparaît dans le titre. J’aurais pu aussi aborder des chanteurs tiers-mondistes, mais Nougaro n’a rien chanté sur l’Afrique et Lavilliers m’agace.

Jean Ferrat, A moi l’Afrique (paroles : Michèle Senlis, musique : Jean Ferrat), 1972.

Quand j’étais jeune et vivais en Martinique, j’écoutais (un peu) de reggae. Jamais Bob Marley, trop connu, mais Peter Tosh, Jimmy Cliff ou Gregory Isaacs. Dans l’album Mama Africa de Cliff, qui contient la chanson éponyme, il y avait aussi une reprise de Johnny B. Goode de Chuck Berry ! Tosh est mort assassiné à 43 ans, de par ses fréquentations de trafiquants de drogue repris de justice. Quelle référence ! Il est vrai que le reggae est de la musique de chanvre

Peter Tosh (paroles et musique), Mama Africa, 1983.

Nina Hagen est un peu la Brigitte Fontaine allemande, c’est dire si elle est siphonnée… C’est une déconneuse assumée, et une excellente performeuse vocale qui aurait pu faire une carrière lyrique (aujourd’hui, elle chante du Kurt Weill), tant son registre est étendu. Bon, African Reggae (de l’album Unbehagen) n’est pas ce qu’elle a fait de meilleur et c’est en plus une célébration du haschisch – encore. Les germanophones remarqueront tout de même que dans le dernier couplet, elle dénonce l’excision. En tous cas, utiliser le jodl dans du reggae est assez cocasse.

Nina Hagen, African Reggae (paroles et musique : Bernhard Potschka, Nina Hagen, Reinhold Heil), 1980.

Je vous avais prévenu : en v’là, de la variétoche ! Je dirais même de l’easy listening ! Je connaissais la chanson : difficile à l’époque de passer à côté ! Mais je ne savais pas qu’elle était du groupe Toto dont je n’ai entendu parler qu’à l’occasion des recherches pour cet article. La bonne vieille recette : une basse entêtante, donc envoûtante, et c’est bien connu, tout ce qui est envoûtant évoque l’Afrique… Pour cela, le groupe utilisera le nouveau synthétiseur Yamaha CS-80, ainsi qu’un élément de gamelan* ramené d’Indonésie par David Paich, et qui n’a donc rien d’africain ! Là, au moins, dans ce « titre »**, l’Afrique, « çà le fait ». Cà s’améliore…

*Le gamelan est un ensemble de percussions métalliques traditionnel indonésien.

**Il n’y a plus de chansons mais des titres. Il n’y a plus de films d’animation mais des licences

Toto, Africa, (musique : David Paich, Jeff Porcaro, paroles : David Paich), 1982.

« Rose is a rose is a rose is a rose »

-Gertrude Stein

WOUAAAAH ! Rose Laurens ! Quand le clip de cette chanson passait (je me souviens des clips…), j’avais le nez sur l’écran… On remarquera 1. que Rose Laurens a une très bonne diction et 2. qu’elle a une gestuelle suggestive. Peu de gens savent qu’elle était aussi comédienne et avait joué Fantine dans la comédie musicale Les Misérables. J’ai choisi ce clip (interprété en anglais) de la télévision allemande, car c’est le plus sensuel de sa chanson Africa. En français, çà donne : « Je suis amoureuse d’une terre sauvage – un sorcier vaudou m’a peint le visage – son grigri me suit au son des tam-tams – parfum de magie sur ma peau blanche de femme ». Envoûtant, n’est-ce pas ? « Ung souffleu barbareu », comme dirait Nougaro… En tous cas, on y arrive, on y arrive…

Version allemande de : Rose Laurens, Africa (musique : Jean-Pierre Goussaud, paroles : Jean-Michel Bériat), 1982.

Manu Dibango est à mon avis le meilleur musicien africain avec Pierre Akendengué. Tous deux ont une solide formation classique : pratique du chant sacré puis conservatoire. Il existe deux titres (instrumentaux) de Dibango avec le mot Africa : ils sont bons mais pas évocateurs (rien ne vaut le fameux Soul Makossa). Quant à Pierre Akendengué, c’est un Gabonais né en 1943. En 1982, il sort Awana W’Afrika (« enfant d’Afrique » en myéné). Où l’on voit que c’est dans les meilleures calebasses qu’on fait les meilleures soupes !

Pierre Akendengué (paroles et musique), Awana W’Afrika, (1982).

J’espère ne pas avoir trop gâché votre Noël avec cette rubrique bâclée. D’où la nécessité de s’y prendre vraiment à l’avance pour pouvoir corriger le tir…

Ecr. l’inf. (4)

Pour ceux qui en étaient restés à Stanislas* Guérini, Guillaume Kasbarian est le nouveau Ministre de la Fonction publique, de la Simplification et de la Transformation de l’action publique. Tout est dans l’intitulé, car dès que ce dernier à appris qu’Elon Musk était nommé par Trump à la tête d’un « département de l’efficacité gouvernementale », il s’est précipité sur son clavier : « J’ai hâte de partager avec vous les meilleurs pratiques pour […] repenser les organisations publiques pour améliorer l’efficacité des agents publics ». Admettons qu’en tant que tel, il s’agit d’une bonne intention (on peut rêver). Il sera plus difficile d’admettre que Kasbarian ne sache pas qui est Musk…

*Prénom tête-à -claques, s’il en est ! A bas les Edouard, les Charles-Henri, etc…

LA LISTE PEREC DU JOUR :

"Avant la guerre, elle travaillait dans une usine de cartonnages, qui faisait des emboîtages pour des livres d'art, en carton fort recouvert de soie, de cuir ou de suédine, avec des titres frappés à froid, des classeurs, des présentoirs publicitaires, des garnitures de bureau, des cartonniers en toile rouge sombre ou vert Empire avec des filets à l'or fin, et des boîtes fantaisie - à gants, à cigarettes, à chocolats, à pâtes de fruits - avec des décorations au pochoir".

L’arrestation le 16 novembre de l’écrivain Boualem Sansal par les autorités algériennes, suivie de son incarcération, est inquiétante, pas seulement en soi, mais aussi pour l’avenir de l’Algérie.

Il ne s’agit pas seulement de propos, comme il a été dit, sur la légitimité du territoire algérien : Sansal affirme en effet qu’une bonne partie aurait été arrachée au Maroc par la France colonisatrice. En réalité, Boualem Sansal a depuis des années dénoncé le vrai visage de l’Algérie : intolérance, totalitarisme, brutalité, islam(isme), haine et manipulations idéologiques. Il dénonce également l’antisémitisme.

Boualem Sansal :

Le Serment des barbares, Gallimard (Folio), 1999.

2084 : la fin du monde, Gallimard, 2015.

L’infortune s’abat aussi sur Kamel Daoud. Son dernier roman, Houris (prix Goncourt 2024), fait intervenir un personnage, une femme privée de la parole suite à une tentative d’égorgement lors des massacres des années 1990. Une algérienne au cas similaire lui fait aujourd’hui un procès. Il faut savoir que la loi dite « de réconciliation » (comprendre « de compromis avec les islamistes ») post-décennie noire interdit de narrer les faits de l’époque. Cette femme a-t-elle reçu des pressions du pouvoir en place ? Tout cela s’inscrit dans une stratégie de tension (« une prise d’otages de Paris par Alger », écrit L’Express) contre tous ceux qui dénoncent la dangereuse jonction du djihadisme et du décolonialisme, car c’est de cela dont il s’agit.

Kamel Daoud :

Meursault, contre-enquête, Gallimard (Folio), 2023

Houris, Gallimard, 2024

Kamel Daoud

Daoud a écrit un brûlot dans Marianne du 7 novembre. Je cite : « Aujourd’hui, camouflés derrière la barrière linguistique, les islamistes diffusent un révisionnisme dont l’objet est la guerre d’Algérie : celle-ci devient dans leur récit, largement diffusé, un djihad contre une France coloniale et chrétienne ». Les prémices de cette dimension religieuse perçaient tout de même déjà sous l’habit du FLN, mais ses sympathisants français communistes, trotskystes n’ont rien vu ou ont refusé de voir (« ils peuvent penser ce qu’ils veulent : moi, de tout façon je m’en fous, je suis athée »)*. Pire : « intellectuels » (Vidal-Naquet, Duras, Clavel) aussi bien que porteurs de valises, aveuglés par leur tiers-mondisme relativiste, encensèrent par la suite la révolution en Iran… Aujourd’hui, une certaine gauche wokiste et antisémite, aveuglée par la lutte (légitime) pro-palestinienne, ne s’émeut pas de l’oppression des mollahs sur les femmes iraniennes. Je ne parle même pas de la complaisance ou de la démission de nos élites politiques. Pas de vagues !

*Il y eut tout de même des militants FLN juifs ou chrétiens...

La matrice intellectuelle de tout cela est le relativisme culturel de l’Ecole de Francfort et de Normale Sup des années 30, relayés par Lévi-Strauss, puis par les bourgeois staliniens germanopratins Aragon/Triolet et Sartre/Beauvoir. Avec une couche supplémentaire : la culpabilité post-décolonisation.

Le bon temps des partouzes chic sous la faucille et le marteau…

J’entends déjà certains objecter que Boualem Sansal est proche de Michel Onfray et collabore au magazine Livre Noir. Daoud et Sansal sont au demeurant proches de Marianne, que la gauche citée supra qualifie de populiste, si ce n’est d’extrême-droite. Et ce que dit Kamel Daoud sur l’histoire maghrébine rejoint les propos de Driss Ghali (cf. notre rubrique Ecrasons l’infâme#3 https://wordpress.com/post/champouin.blog/7093), lequel s’exprime dans des médias assez à droite. Mais quels média mainstream aura les couilles publier ce que disent frontalement Sansal, Daoud et Ghali ? Qui osera publier, in your face (comme disent les Américains) ou zyé dan zyé (comme disent les Antillais,) ce que pensent nos trois mousquetaires du Maghreb ? En tous cas, je vois très bien Marianne, qui mène un combat pro-laïcité depuis trente ans, faire l’objet d’un attentat islamiste, et Boualem Sansal, Kamel Daoud (ce serait pour lui la deuxième fois), Yasmina Khadra, Rachid Boudjedra, qui ont fui les horreurs des « frères » dans l’Algérie des années 90, faire l’objet de fatwas…

Alors il est temps pour l’Algérie d’en finir avec la « rente » mémorielle du FLN (qui rappelle celle des dinosaures de l’ANC en Afrique du Sud, ou celle des « gaullistes » anti-gaulliens UDR/RPR) et de se projeter enfin vers le futur. L’Algérie doit abandonner ses fausses fiertés et honneurs, et tout ce qui va avec (corruption, rente gazière, prépondérance de l’Armée, et soumission aux barbus). C’est la condition pour qu’une nouvelle demande d’adhésion de ce pays au BRICS* soit enfin acceptée, pour une économie non dirigée par le dollar, l’euro ou les hydrocarbures.

*Une première demande a été rejetée en 2023.

Beethoven (van) Ludwig Bertin Jean Beuve-Méry Hubert BlackRock Blogue du Vestiaire (Le) Boudard Alphonse Brel Jacques Cheminade Jacques Coluche Dautin Yvan Duneton Claude Dutronc Jacques Ferrat Jean Ferré Léo Freud Sigmund Gaulle (de) Charles Ghali Driss Houellebecq Michel Huxley Aldous Lapointe Boby Lula da Silva Luis Ernesto Macron Emmanuel Merci Citron Mr. Liste Onfray Michel Open Society OTAN Oulipo Ouvrard Paty Samuel Perec Georges Perret Pierre Pitte Jean-Robert Queneau Raymond Rabelais François Ruffin François Ruhaud Etienne Saint-Quentin Schott Ben Szenes Arpad Trenet Charles Trump Donald Urban Traveller Vallès Jules Weil Simone

Métro loufoque – M 10

En tant qu’archiviste que je suis dans la vraie vie, j’ai dû traiter il y a peu un dossier de naturalisation datant des années 1930. Y figurait une lettre du maire de Mazan (Vaucluse)… attestant de la bonne moralité de l’intéressé. Echo à l’actualité ! En tous cas, il ahurissant de constater, lors du procès de 2024, la défense adverse insinuer que « quelque part » Gisèle Pelicot en fait peut-être un peu trop… Courage à elle, qui porte le même prénom que feu Mme Halimi ! Ce qui est clair, c’est qu’il y aura un « après Mazan », tout du moins il faut le souhaiter.

Retour sur l’affaire du cycliste renversé intentionnellement au mois d’octobre à Paris : il est inacceptable pour un automobiliste d’emprunter les voies cyclables et de surcroît de percuter volontairement un cycliste. Les cyclistes sont à juste titre indignés, mais vont amplifier une impunité dont ils jouissaient déjà : en effet, pour chaque cyclobobo parisien, tout ce qui entrave sa marche, automobiliste ou piéton, est présumé ennemi. Feux grillés, refus de s’arrêter devant les piétons, vitesse excessive, non-usage de la sonnette, zig-zags devant les voitures, position aux angles morts, la coupe est pleine et on comprend l’exaspération des autres usagers. Contrairement aux pays germaniques ou scandinaves, il n’y a pas en France de politique globale des déplacements, mais la juxtaposition de celle de la voiture, de celle du vélo, de celle de la trottinette, de celle du piéton… Cela ne peut pas fonctionner. En tous cas je ne descendrai jamais dans la rue pour aller défendre les cyclistes.

LA LISTE PEREC DU JOUR :

"Au moment où cela commençait à devenir pour lui un peu trop facile, il fut saisi par la frénésie des factorielles : 1! = 1 ; 2! = 2 ; 3! = 6 ; 4! = 24 ; 5! = 120 ; 6! = 720 ; 7! = 5 040 ; 8! = 40 320 ; 9! = 362 880 ; 10! = 3 628 800 ; 11! = 39 916 800 ; 12! = 479 001 860 ; [...] ; 22! = 1 124 000 727 777 607 680 000, soit plus d'un milliard de fois sept cent soixante-dix-sept milliards."

Rhâââ ! Ca n’en finit pas, cette rubrique… Celle-ci est consacrée à la ligne 10 du métro parisien. Je ne sais pas si c’est la même chose pour vous, mais quelque soit l’endroit de Paris où je me trouve, je dois toujours changer deux fois pour attraper cette ligne, la seule qui traverse la rive gauche d’est en ouest et qui contient une boucle juste avant son extrémité.

Même si elle s’encanaille entre Odéon et Gare d’Austerlitz, il s’agit quand même de la « ligne chic pour vieilles dames » dont le charme tient aussi à l’ancienneté et la vétusté de son matériel. La RATP a planifié (jusqu’en 2033 !) le remplacement de ses trains par le MF 19 sur toutes les lignes non automatiques. Et là, j’ai deux versions contradictoires. L’une dit que la 10, la plus vétuste, recevra ce matériel en priorité, dès 2025. L’autre affirme que, seule ligne à ne pas connaître de conduite manuelle assistée, elle ne sera modernisée qu’en dernier, le temps d’effectuer la mise à niveau…

Je rappelle le principe du Métro loufoque : le jeu consiste à détourner le nom des stations et d’écrire un texte avec ces nouveaux noms. On remarquera que, boucle oblige, une fois arrivé au terminus, je reviens en arrière pour achever l’autre coté de la boucle. C’est parti :

M 10 : ECOLE BERLITZ – 35 CLOUS :

  • Gare d’Austerlitz > Ecole Berlitz (école de langues réputée).
  • Jussieu > Judicieux.
  • Cardinal Lemoine > Jean-Luc Lemoine (humoriste et chroniqueur français).
  • Maubert-Mutualité > Robert était alité.
  • Cluny-La Sorbonne > Clooney la sort bonne.
  • Odéon > Frédéric Lodéon.
  • Mabillon > Cabillaud.
  • Sèvres-Babylone > Suivre Baby Doll.
  • Vaneau > Vanné.
  • Duroc > T-Roc (modèle Volkswagen).
  • Ségur > Sécure.
  • La-Motte-Picquet – Grenelle > La motte piquait.
  • Avenue Emile-Zola > Gorgonzola.
  • Charles Michels > Vermicelle.
  • Javel – André-Citroën > Entre ces six troënes.

  • Eglise d’Auteuil > Réglisse douteuse.
  • Michel-Ange – Auteuil > Mickey, l’ange, dans le fauteuil.
  • Porte d’Auteuil > Porte d’auto.
  • Boulogne – Jean-Jaurès > Bologne, j’en jurerais !
Bologne, c’est aussi du rhum de Guadeloupe !
  • Boulogne – Pont-de-Saint-Cloud > 35 clous.
  • Michel-Ange – Molitor > Mickey, l’ange, mollit trop.
  • Chardon-Lagache > Sent bon la vache.
  • Mirabeau > Virago.

REPEAT AFTER ME : « WHERE IS BABY DOLL ? »

Robert, à l’école Berlitz, trouva judicieux de regarder (même pas en anglais) un sketch de Jean-Luc Lemoine. Le soir, Robert, nauséeux, était alité. Il regarda Gravity. « No Facebook tonight », dit le beau George dans la scène de l’éruption solaire. Clooney la sort bonne, se dit-il. Puis il vomit. Il appela son ami Frédéric Lodéon (car il avait des relations) qui le mit en garde : -« c’est le cabillaud qui t’a rendu malade ».

Le lendemain, en chasse, il se mit en tête de poursuivre Baby Doll. Se rappelant que la veille, il était vanné, il le fit en T-Roc, ce qui était plus sécure. Mais il se dit qu’il allait encore vomir, car son cerveau se remplit d’images de monceaux de bouffe, de fromages en motte. Eurk ! La motte piquait, et le gorgonzola lui donna des haut-le-coeur. Il ne manquait plus qu’une bonne platrée de vermicelle… Il sortit de la voiture et alla dégueuler entre ces six troënes. Peut-être que la réglisse avait amorcé le processus. réglisse douteuse…

Mickey, l’ange, dans le fauteuil (Baby Doll s’appelait Mickey) n’imaginait pas ce qui pouvait se passer derrière une porte d’auto. -« Même à Bologne, j’en jurerais ! », pensa-t-elle. Au même moment : -« par les trente-cinq clous de Bologne, j’en jurerais ! Mickey, l’ange, mollit trop !, pensa Robert, mais elle sent bon, la vache ! Allons chasser cette virago !« 

FIN

Mon Dieu que c’est mauvais… C’est même le moins bon…

Votez… et gagnez…

Barnier n’a gardé que du gaullisme dont il se réclame que les oeuvres complètes du général, bien rangées dans sa bibliothèque...

Que dire de la nouvelle Commission européenne présentée le 17 septembre ? Elle est encore plus favorable à la guerre que la précédente ! Les postes les plus influents sont attribués aux Etats baltes, les plus lèche-cul de l’Otan… L’estonienne Kaja Kallas est la nouvelle Haute représentante pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, et le letton Andrius Kubilius est nommé Commissaire à la Défense et à l’Espace ! Tous unis pour vitrifier la Russie, et donc nous avec !

Biden décoré de la Grand-Croix de classe spéciale de l’Ordre du mérite allemand, pour son « mérite exceptionnel » en faveur des relations américano-allemandes : certains suggèrent avec malice que c’est pour avoir fait de l’Allemagne une cible privilégiée des armes nucléaires tirées de l’Est comme de l’Ouest, en cas de guerre contre la Russie et l’Otan…

Le 16ème sommet des BRICS à Kazan a été l’évènement le plus important de l’année 2024. Il ne s’agit pas d’une étape dans un combat contre blocs : BRICS contre axe du Bien. Il s’agit plutôt pour la majorité mondiale (50% de la population, 38% du PIB*) de faire en sorte que le monde ne subisse plus le pouvoir de la City et de Wall Street. L’Europe et les Etats-Unis se devraient d’adhérer aux BRICS ! Vous nous excluez, nous vous incluons !

*Respectivement 10% et 29% pour les pays du G7.

LA LISTE PEREC DU JOUR :

YE OLDE IRISH
COFFEE HOUSE

47, rue Bochart-de-Saron, 47
(Tlph. 148.84)


Truffes au foie gras
Caviar aux lentilles
Cailles en caisses
Huîtres d’Ostende

Vin de Tokay
Eau d’Arquebuse
Champagne Grand Crémant

Dans La liste Perec du 1er octobre, Georges Perec exposait les différentes prononciations possibles du nom CINOC. Or, lors d’une conversation, un collègue m’a parlé du sculpteur Coysevox (1640-1720), qu’il prononce /kojzvoks/, alors que l’on dit /kwazvo/. Wikipedia nous apprend que « le nom de famille Quoyzeveau se trouve écrit d’une quantité de façons aussi différentes que Coëzeveau, Coiseveau, etc. Antoine Coysevox a inauguré la graphie Coysevox et l’a adoptée définitivement à partir de 1679 ». Je n’ai pas réussi à savoir pour quelle raison. Quoizeveau, quasi de veau, Quevauvillers, queue de veau… on croirait du Bobby Lapointe (de la queue).

Quevauvillers (Somme).

Il y a quelques années, je tombai (on « tombe » souvent dans les introductions des articles de marcjoly) sur ce sticker humoristique collé sur un poteau : « Votez Giscard d’Estaing et gagnez une R 16 TS ». Diable !

Cette voiture faisait rêver. Tous ceux de ma génération se disaient : « quand je serai grand, j’aurai une R 16 TS à injection, avec des feux de recul » (évidemment on était incapables d’expliquer ce que voulait dire « à injection ») ! Mais çà n’est pas où je voulais en venir aujourd’hui.

On l’aura compris, l’autocollant en question est une blague faisant référence au fait que ce modèle automobile fut l’attribut et le symbole du « cadre dynamique » de la « société libérale avancée » des giscardiens Jean-Jacques Servan-Schreiber, Jean « Dents blanches » Lecanuet, François de Closets et autres atlantistes proto-libéraux des années 1970 prêts à liquider l’héritage du « père », et prônant la société de consommation.

Cela m’a donné l’idée d’autres slogans analogues :

Votez Edouard Balladur et gagnez une chaise à porteurs.

[Rires…]

Votez François Bayrou ou Ségolène Royal, et perdez.

Votez Christophe Castaner et gagnez un coup de matraque.

Votez Jacques Chirac et découvrez une statuette africaine sous une caisse de bières.

Votez Eric Ciotti et gardez un poste de président de parti.

Votez Rachida Dati et gagnez de nouvelles chaussures assorties à votre sac à main.

Votez Charles de Gaulle et gagnez un tour en DS avec Brigitte Bardot.

Votez Raphaël Glucksmann et perdez le peuple.

Votez Rima Hassan et gagnez un juif en peluche.

Votez François Hollande et gagnez un scooter.

Votez Yannick Jadot et gagnez un groupe électrogène.

Votez Marine Le Pen et gagnez un stage d’élevage de chats.

Votez Emmanuel Macron, et aspirez au poste de Dieu suprême.

Votez Marion Maréchal et gagnez une messe en l’église Saint-Nicolas du Chardonnet.

Votez Jean-Luc Mélenchon et gagnez un poste de ministre dans son gouvernement (il commence demain, c’est lui qui l’a dit).

Votez François Mitterrand et gagnez la collection complète des oeuvres de Jacques Chardonne ou de Pierre Drieu La Rochelle.

Votez Danièle Obono et gagnez une poupée vaudou blanche mâle hétéronormée.

Votez Edouard Philippe et perdez vos sourcils.

Votez Georges Pompidou et emportez une toile de Georges Mathieu ou de Vasarely.

Votez Philippe Poutou et gagnez un pyjama.

Philippe Poutou « en pyjama » (dixit Marine Le Pen) au grand débat de la présidentielle de 2017, écoutant Jacques Cheminade.

Votez Sandrine Rousseau et gagnez un sécateur à toujours ranger dans votre sac à main.

Votez Fabien Roussel et gagnez un barbecue.

Votez Nicolas Sarkozy et gagnez un an à la prison de la Santé.

Votez Antoine Waechter et gagnez une moumoute.

Votez Eric Zemmour et perdez la nationalité française.