Ma bibliothèque amoureuse (10/infini)

*https://champouin.wordpress.com/wp-admin/post.php?post=6115&action=edit

Retour sur Je me souviens (4/4) – Paris 1965*, avec ces deux informations :

*https://champouin.wordpress.com/wp-admin/post.php?post=8573&action=edit

Dans l’édition Folio Gallimard (1975) de L’Insurgé de Jules Vallès, Marie-Claire Blancquart, l’autrice de l’appareil critique, écrit en note : « La salle des Folies se trouvait 8, rue de Belleville. Après avoir servi de lieu de réunions publiques, elle recueillit Dranem, Piaf, Fréhel, Georgette Plana, qui y chantèrent. Tout le quartier meurt sous la pioche des démolisseurs [en 1975, donc], et nous avons déjà peine à imaginer ce fief populaire que connut Vallès, avec la salle Favié et la Vielleuse toute proche ». Toutefois, Les Folies, qui était en réalité une arrière-salle de café, subsiste toujours. Autre café, La Vielleuse, fut reconstruit dans un immeuble moderne, mais a gardé une partie de son décor ancien.

Je suis tombé, aux Archives nationales, sur un extrait des minutes des actes de naissances du 19ème arrondissement de Paris : celui de Georges Perec, né le 7 mars 1936 au 6 rue de l’Atlas (toutefois ses parents étaient domiciliés 1, rue Vilin). La rue de l’Atlas actuelle commence, pour les numéros pairs, au 12. Le 6 (un taudis, vraisemblablement) a été détruit pendant l’opération immobilière (les « démolisseurs » de M.-C. Blancquart) du début des années 70, et se trouvait à l’emplacement des actuelles grilles d’entrée de l’allée Pernette-du-Guillet, un des accès de l’ensemble Atlas/Lauzin/Rébeval, où je réside. Belle transition pour ce qui suit :

LA LISTE PEREC DU JOUR :

"Elle avait comme clients des collectionneurs particuliers, des marchands de curiosités, des porcelainiers désireux de rééditer des services prestigieux Retour d'Egypte ou Malmaison, des bijoutiers qui lui demandaient de représenter sur le fond d'un pendentif destiné à recevoir une unique mèche de cheveux, le portrait de l'être chéri (réalisé à partir d'une photographie le plus souvent douteuse) ou des libraires d'art pour qui elle retouchait des vignettes romantiques ou des enluminures de livres d'heures".

J’ai lu naguère* l’ouvrage suivant : Bernard Pivot, Cécile Pivot, Lire !, Flammarion, 2018. Le regretté Bernard et sa fille Cécile, enseignante et grande lectrice également, y confrontent leurs usages, leurs pratiques, pour ne pas dire leurs us, voire leurs moeurs en matière de lecture.

*Pour les ignares : naguère signifie « il y a peu ».

Votre serviteur marcjoly, dans le cadre de cette rubrique, expose les siennes. Je vais peu ou prou reprendre les thèmes déclinés dans l’ouvrage précité :

Mes souvenirs de lecture d’enfance ne concernent pas des lectures faites « d’un bloc », mais du vagabondage : une sorte d’école buissonnière de la lecture. « Le plus facile à lire était le dictionnaire. Avec les mots je jouais à la marelle et à saute-mouton » écrivait Bernard Pivot. C’est exactement çà : avec les dictionnaires et les encyclopédies, mais aussi les livres « rigolos », ou ceux plus sérieux dont on relève la substantifique moelle de l’ironie (Daninos, Maugham). Pas de BD (c’était interdit). J’avais quand même des « petit livres » comme la série des Petit-Tigre qui m’ont beaucoup marqué. A l’origine de ces goûts de lecture : ma maman qui, partout où nous avons résidé, a « éclusé » toutes les bibliothèques..

A ce propos, enfant puis adolescent, je pensais que « quand je serai grand », je ferai la même chose. Or aujourd’hui, à soixante-quatre ans, je n’ai toujours pas de carte de lecteur d’une « bibli ». On m’a donné des livres. J’en ai trouvé chez les bouquinistes*. Ma compagne en a acheté également. Mes quatre étagères sont pleines. J’ai un carton et une desserte d’ouvrages non encore lus. Je suis obligé d’en revendre chez Gibert, ou d’en donner à Recyc’livres.

*Que je ne fréquente plus : radins et pas aimables.

Lire donne envie d’écrire. Je dirais surtout : lire donne envie de lire plus encore. Mais enfant puis adolescent, grand lecteur, je n’écrivais pas. Les rédactions scolaires étaient pour moi une torture, car ce que j’aurais voulu écrire était en parfait décalage avec ce qui était attendu et convenu. Et pourtant, j’aurais voulu être ni Chateaubriand ni Hugo, mais Alphonse Allais ou rien. Cà ne m’aurait pas déplu. Puis j’ai eu une démangeaison d’écrire, il y a environ… dix ans de cela (j’avais 55 ans !) – d’où, entre autres, l’idée de ce blog. Ejaculation littéraire tardive ? Catharsis ? SOS à l’Univers (comme dirait Charlebois) ? Tout vient à point qui sait attendre… Mais je n’aurais pas écrit si je n’avais pas lu !

Ai-je sacrifié quelque chose pour lire ? Non, même si c’est ce que pensent des collègues de travail – les pauvres ! Ils croient que je sacrifie les séries, les jeux vidéo, le shopping, le streaming, la salle de sport et autres imbécilités que je ne pratique pas…*

*Je leur ai sorti l’autre jour cette phrase : çà a jeté un froid…

Je ne lis pratiquement pas de romans, ce qui peut étonner les lecteurs de ce blog, dont beaucoup d’articles sont littéraires ou paralittéraires. Je ne lis jamais de poésie, ce qui peut surprendre mes lecteurs d’articles type « atelier d’écriture ». Je n’ai pas non plus, comme je l’ai dit, la culture des BD – ni celle des polars. Je lis surtout des essais historiques, politiques, scientifiques, « sociétaux ». Je lis également chaque semaine Marianne, L’Humanité Magazine, Charlie Hebdo, et chaque mois Çà m’intéresse et Epsil∞n.

Le livre nous tombe des mains.
Qu’il tombe.

Daniel Pennac

J’ai pour principe de ne pas abandonner un livre en cours de lecture. Mais parfois, comme on dit, quand çà veut pas, çà veut pas ! Sujet chiant, verbiage, pensée officielle, masturbation intellectuelle, pathos… A l’inverse, relis-je des livres ? Rarement, en tout cas bien des années après, mais sûrement pas des pavés. Pas question de relire Eugène Sue ou Dickens !

« Il n’y a pas un jour que je n’ouvre un dictionnaire » (B. Pivot). Ce n’est tout de même pas mon cas, et çà l’est de moins en moins… J’ai de plus en plus une paresse qui s’appelle Wikipedia, organe malheureusement du consensus et non de la vérité ! En tout cas, mon dico est le Dictionnaire historique de la langue française d’Alain Rey (éd. Le Robert).

Si Bernard Pivot classe ses ouvrages par ordre alphabétique, et sa fille Cécile par édition et collection, les miens, pour la plupart des essais, le sont par ordre chronologique. J’avais déjà exposé mon mode de classement dans mon précédent blog Mr Liste* :

*http://mrliste.hautetfort.com/archive/2019/09/09/ma-bibliotheque-amoureuse-6174796.html#more .

La lecture sur écran, fût-ce une liseuse, me rebute. Je revendique le livre-objet ! Il y a évidemment les « beaux livres » (grand format, illustrations), mais aussi le livre relié – j’en ai peu et il prennent de la place, tout comme les brochés, plus volumineux que les poche. Je ne possède que treize livres reliés, ce qui est vraiment dérisoire, dont une seule reliure artisanale (trouvée chez feu mon beau-père). Tout livre peut être remarquable par son format : je n’ai que onze formats à l’italienne. Et je n’ai gardé que deux boîtes/étuis : celle contenant les trois volumes du dictionnaire d’Alain Rey précité et celle contenant un ouvrage sur la Commune et un CD. Là encore je jette les boîtes (heureusement en carton industriel) pour raison de place. J’aime bien les poche, les gros mous (Bouquins et Omnibus), les séries (tous les tomes de De Gaulle dans la même collection), ceux dont le rapport poids/volume semble intéressant, ceux possédant un signet

Je déteste qu’on manipule un livre avec les mains sales, et que celui-ci contienne des miettes ou des cheveux. Je déteste qu’on annote les pages d’un livre, fût-ce au crayon, ni qu’on corne les pages (ou involontairement la couverture) : le livre doit rester vierge tel que sorti du libraire. Je possède toutes sortes de marques-pages, non seulement pour leur esthétique, mais surtout pour leurs divers formats, adaptables à ceux des livres.

Quelques uns de mes marque-pages (proportions non respectées).

Je lis dans les transports (pas pour quatre stations, c’est trop court), mais assis : debout on peut faire tomber le livre, il faut le tenir d’une main car l’autre tient la barre… no way ! Je lis également au lit pour m’endormir. J’arrive à trouver le moment où il est temps d’arrêter et d’éteindre la lumière : après c’est trop tard et on s’endort la lumière allumée ! Pas de lecture en mangeant. Outre les taches de gras, on lit ou on mange, pas les deux !

Je n’emporte pas de livres en vacances, mais mes magazines, sachant que malheureusement : 1. on va s’écrouler de fatigue d’avoir vadrouillé toute la journée et 2. tout hébergement possède malheureusement une télé.

Offré-je des livres (qu’est-ce qu’il parle bien, marcjoly) ? Oui, et je n’offre pas d’autres cadeaux que des livres. M’en offre-t-on ? Parfois, au grand désespoir des offrants qui doivent se dire que j’ai déjà tout lu. En prèté-je ? Plus jamais : on ne me les rend pas – ou bien abîmés…

Les gens qui lisent sont moins cons que les autres,
c’est une affaire entendue.

Bernard Pivot

Le pignon d’Ernest

Ah, les larmes médiatiques sur le sort du « pauvre Sarkozy » ! Les victimes de l’attentat du vol UTA 772 apprécieront… On retiendra que le mentor de Sarkozy fut un certain Charles Pasqua, un homme intègre ! Et, même si cela n’a rien à voir avec son procès, le fait d’avoir réintégré la France dans l’Otan (par exemple) mérite la prison pour trahison.

Reconnaître la Palestine, c’est bien. Mais le faire sans garanties préalables ne sert à rien, et revient à légitimer le Hamas. Quant aux enfantillages de maires écolo-LFistes (et malheureusement aussi communistes comme Saint-Denis, où il s’agit de clientélisme communautariste flagrant) consistant à hisser le drapeau palestinien, cela viole le principe de neutralité. Cela vaut également pour le drapeau ukrainien ! Si j’avais été maire, j’aurais été plus subtil : j’aurais affiché les drapeaux palestinien et israélien. Respect du principe de neutralité !

Extrait de l’adresse de Sophie Binet aux syndicats Cgt sur le processus des mobilisations en cours : « Ce n’est pas « Nicolas qui paie… pour Mohammed », mais Nicolas, Mohammed et Fatimata qui paient pour Bernard Arnault et Vincent Bolloré ». Arnault qui, dernièrement, a encore montré son vrai visage de réactionnaire.

LA LISTE PEREC DU JOUR :

" C'est la chambre d'un homme déjà mort, et il semble déjà que les meubles [...] l'attendent avec une indifférence polie, bien rangés, bien propres [...] : le dessus-de-lit parfaitement tiré, la petite table Empire aux pieds griffus, la coupe en bois d'olivier contenant encore quelques pièces étrangères, des pfennigs, des groschens, des pennies, et une pochette d'allumettes offerte par Fribourg and Treyer, Tobacconists & Cigar Merchants, 34, Haymarket, London SW1, le très beau verre de cristal taillé, le peignoir en tissu éponge couleur café brûlé, accroché à une patère en bois tourné et, à la droite du lit, le valet de nuit en cuivre et acajou [...]"

Dans la série des « textes de jeunesse » de marcjoly, en voici un qui attaquait le formalisme universitaire. Chacun des deux protagonistes (Pensedroit et Crasselogique) pèche par ses défauts : il croient tout savoir, se prennent au sérieux et aspirent aux honneurs. De plus, Pensedroit est un routinier à la Kant.

Le texte a lui aussi ses défauts. Je l’ai laissé tel quel :

L’INSCRIPTION LATINE

Comme chaque matin à la même heure, Ernest Pensedroit se leva. Après avoir pris son petit-déjeuner puis fait sa toilette, il décida, comme chaque matin à la même heure, de faire un tour dans son jardinet. C’était une matinée de mai qui s’annonçait belle. Les oiseaux chantaient. Raide, sec, la cinquantaine finissante, le Professeur Pensedroit était érudit, et sa haute opinion de toutes les choses de ce bas-monde lui valait une respectabilité sans égal. Sa réputation s’étendait jusqu’aux cercles et pinacles les plus influents.

Foulant l’herbe du jardinet encore imprégnée de rosée, son pied trébucha. Ernest Pensedroit se pencha et vit un morceau de dalle. « Curieux ! », pensa-t-il. ne pouvant la soulever, il décida de soulever la dalle et partit chercher quelques outils. La dalle lui apparut. Son coeur de serra, sa gorge se noua. La dalle portait une inscription qui disait :

ACTILIV

Q. IVLE

CAEDREM

Son sang ne fit qu’un tour. La modeste pierre qui se trouvait à ses pieds était peut-être, que dis-je, sans doute contemporaine du Grand César, elle avait peut-être croisé le regard de Cicéron. Sénèque l’aurait soulevée et Tite-Live l’aurait effleurée… Pensedroit n’en revenait pas. Cette exhumation fortuite ne pouvait que couronner ce qui tait déjà le sommet de sa carrière. Grâce à la rencontre inopinée avec le caillou, il égalerait Braudel, deviendrait Prix Nobel, finirait Immortel… Dès son arrivée dans les cieux éthérées, les Aristote, Descartes et autres Newton s’exclameraient : « mais c’est le grand Pensedroit » !

Revenu à lui, le grand Pensedroit décida d’aller modestement et terrestrement porter la dalle chez son ami, le Professeur Crasselogique. « Hmm… Très intéressant, murmura Crasselogique, mais que peut signifier cette inscription ? -Voyons voir…, répondit Pensedroit. Actiliu : ablatif d’actilius, Jule : vocatif de Julius. Caedrem nous pose problème. -Il s’agit peut-être d’une forme altérée substantivée de cadere : tomber -Oui, et pour le Q., il s’agit d’une abréviation, nous pouvons attendre. -En tous cas, tout cela est pour l’instant bien mystérieux… »

Une fois rentré chez lui, Ernest Pensedroit était bien déterminé à passer la nuit à chercher la signification de l’inscription contenue sur la dalle susmentionnée. Il ouvrit tous les dictionnaires qu’il avait en sa possession et ne trouva rien, sinon une infinité d’hypothèses donc aucune ne le satisfit.

Quelle ne fut pas sa satisfaction quand le lendemain, il émergea, l’oeil hagard, dans les couloirs de la Faculté. Parmi le brouhaha des conversations des collègues, il n’entendit qu’un mot : « l’inscription ». Crasselogique était passé par là.

Pendant des jours entiers, les recherches furent intenses. On se perdit en conjectures. Actiliu était-il le diminutif non attesté d’actum ? De quel Jule s’agissait-il ? Caedrem désignait-il un espèce d’arbre de Palestine ? Que désignait ce Q. ? Quintilius ? Pensedroit fut reçu à l’Académie. Il fut invité à présenter des conférences dans le monde entier : de la Patagonie au Kamtchatka, et du Yucatàn à la Saône-et-Loire. Il connut, lui, homme renommé mais renfermé, la gloire pétaradante et tonitruante des médias. Il fut l’hôte habituel d’Apostrophes et de Bouillon de Culture. Il en devint même le pivot.

Il décida de se consacrer à son livre. Cet énorme livre contenait diverses explications relatives au contenu de l’inscription, et par conséquent, à sa datation. L’une d’entre elles était l’exhortation faite à César par des conspirateurs repentis de ne pas quitter le pouvoir. Une autre était un mot laissé par la femme d’un habitant du quartier du Quirinal à son mari. Ce mot l’enjoignait à ne pas oublier son caleçon car les nuits étaient fraîches. Ernest Pensedroit consacra bien une dizaine d’années à la rédaction du grimoire. Entre temps, tous ses amis, collègues et relations avaient, la lassitude s’étant installée depuis longtemps abandonnée les recherches.

Ernest se sentit éloigné, puis isolé et enfin totalement abandonné. Bref, il était trahi. Un sentiment d’impuissance et d’échec s’affirma pendant que le livre refusait de se conclure.

Un jour, désespéré, on le vit arriver au bord du canal de l’Ourcq, avec à son cou une pierre qui, elle, ne portait pas d’inscription.

Et dire que, selon certaines mauvaises langues, l’inscription, lue à l’envers, signifiait : « Merde à celui qui lit çà » !

Ah, les salauds ! Ah, les vaches !

Les couvertures auxquelles vous avez échappé (8)

Je me sens moins seul : même l’emblématique Laurent Lopez, président dans les années 199o de l’association militante Mieux se déplacer à bicyclette (l’un des deux mouvements pionniers avec Vélorution), est atterré. Il ne se reconnaît plus dans les cyclistes d’aujourd’hui. « A l’époque, a-t-il déclaré dans Le Parisien, on pensait que celui qui choisirait de se déplacer à vélo serait un usager vigilant, regardant, civique… Mais on était de doux rêveurs ! ». Sentiment partagé par de nombreux cyclistes « historiques » qui ne roulent pas assez vite dans les couloirs au goût de leurs alter ego bobos, tyrans sur deux roues. Avec 34 millions de déplacements à vélo par jour, les mobilités ne sont guère restées « douces »...

N’est pas non plus resté doux ce coup d’Etat permanent qui consiste à remplacer Philippe par Castex, Castex par Borne, Borne par Attal, Attal par Barnier, Barnier par Bayrou, Bayrou par Lecornu. Tout cela est un mélange d’ego de Macron, de position hors-sol de ce dernier, de mépris d’une « populace » de 67 millions d’habitants et le pire : la pression des milieux financiers sur leur imbécile utile qu’est le Président français, un type persuadé de faire l’Histoire, entre guerre nucléaire otanienne et Jeux olympiques...

LA LISTE PEREC DU JOUR :

"Les colis étaient enveloppés dans une poche de nylon représentant un drapeau américain ; ils contenaient une brosse à dents, un tube de pâte dentifrice, trois tablettes de cachets effervescents recommandés en cas de névralgies, gastralgies et acidités, un savon, trois doses de shampooing, une bouteille de boisson gazeuse, un stylo à bille, quatre paquets de gomme à mâcher, un étui de lames de rasoir, un porte-carte en matière synthétique destiné à recevoir une photographie [...], une petite médaille dont la découpe avait la forme de l'Etat de l'Union où le soldat était né [...] et une paire de chaussettes."

Les mots, la parole… Quand j’étais petit, attiré par les langues, je dévorais les méthodes Assimil. Ce qui fait qu’aujourd’hui, au lieu d’avoir chez moi ces livres sur l’anglais, l’espagnol, l’allemand comme tout le monde, je possède des méthodes sur le picard, le créole, l’espéranto, le chinois, le basque… Et savez-vous qu’il existe une méthode d’argot, dénommée La méthode à Mimile (Alphonse Boudard, Luc Etienne, Ed. La Jeune Parque, 1970, diverses rééditions en Livre de Poche – épuisé aujourd’hui) ? L’ancien truand devenu écrivain et le pataphysicien reprenaient les codes de la méthode Assimil (avec l’aimable autorisation de cette dernière) pour l’apprentissage de l’argot. Boudard appartient à cette génération d’écrivains d’après-guerre (Antoine Blondin, René Fallet, Albert Simonin, Michel Audiard, Frédéric Dard…) qui nous ont fait découvrir les richesses d’une langue « verte ».

Revenons à Assimil et ses détournements. Je vous propose ceci :

J’étais aussi attiré par les dictionnaires, et en particulier ceux qui étaient encyclopédiques, avec des planches. Ah, la planche sur les escaliers : les différents types d’escalier, les différentes parties d’un escalier… Je me plongeais aussi dans les dicos de noms propres. Et celui-là ?

 

Gros mots larvaires ou gros mollards verts ? Vous êtes songeurs… Non, vous n’êtes ni chez Bigard, ni chez Hanouna…

En tout cas cela donne envie, même si c’est totalement improductif, de dire des gros mots à Castal, Baynier, Bartex et autres Premiers ministres interchangeables !

Stop « Brutish » geopolitics !

Bonne rentrée à tous, si l’on peut dire…

Viol (par derrière) sans vaseline : c’est le programme de « l’année blanche » ou plutôt noire que Bayrou veut nous imposer. Les médias ont beaucoup insisté sur la suppression de deux jours fériés en 2026*, mais cela n’est pas le plus grave en soi, même s’il y aura fort à parier qu’il y aura un « effet cliquet » : ce sera définitif. Le reste est ahurissant : gel des pensions de retraite, des prestations sociales, des budgets de services publics, des rémunérations des fonctionnaires, baisse des droits des demandeurs d’emploi ; déremboursements des médicaments et des consultations. Et mesures qui pourraient prises par ordonnance dès l’automne. Retour, donc, au 19ème siècle pour un patronat qui n’a digéré ni les luttes syndicales d’entre 1880 et 1920, ni le Front populaire, ni les mesures issues du Conseil national de la Résistance, ni celles des accords de Grenelle. Retour aussi aux années 30 avec une économie de guerre à la Hjalmar Schacht ! Ach ! Retour à Pinochet. Retour à Thatcher. Retour aux « conditionnalités » du FMI… L’Occident, qui s’est effondré par l’obsession de la dette, croit utiliser l’obsession de la dette comme remède… et va s’effondrer encore. Pendant ce temps, les Chinois, adultes, se taisent et agissent …

*Personnellement, je suis pour la suppression des jours fériés religieux obligatoires, mais pour le patronat, il ne devrait plus y avoir aucun jour férié pour ces « feignants de Français ».

Entrons dans le vif du sujet : tous dans la rue le 10 septembre pour un blocage total ! Les Gilets Jaunes sont un caillou dans la chaussure d’Emmanuel Macron. On remarquera que 1. Bayrou veut faire son vote de confiance deux jours avant pour saboter le mouvement, et que 2. ces couards de syndicats ont peur d’être considérés comme d’extrême-droite s’ils se lancent dans le mouvement… Mais surtout, faisons le lien entre la situation internationale (Ukraine, Gaza, bulle des cryptomonnaies) et ce qui se passe en France, sinon çà ne sert à rien.

Nous retrouvons LA LISTE PEREC DU JOUR :

"La vitrine contient une collection de modèles réduits de machines de guerre antiques, à monter soi-même : des béliers, des vineas, dont Alexandre se servit pour mettre ses travailleurs à couvert au siège de Tyr, des catapultes syriennes qui jetaient à cent pieds des pierres monstrueuses, des balistes, des pyroboles, de scorpions qui lançaient tout à la fois des milliers de javelots, des miroirs ardents - tel celui d'Archimède qui embrasait, en un clin d'oeil, des flottes entières - et des tours armées de faux supportées par de fougueux éléphants."

La vineæ (appelée vinea par G. Perec) est utilisée pour se mettre à l’abri par les soldats qui devaient se rendre dans les tours mobiles. Il s’agit d’une sorte de baraque roulante en bois entièrement recouverte de peaux mouillées pour la protéger des projectiles enflammés lancés du haut des murailles de la cité.

Dans un brûlot paru le 27 mai dernier dans UK Column, la journaliste Vanessa Beeley montre que la manipulation britannique de tout le Proche-Orient remonte à l’accord Sykes-Picot de 1916, accord secret qui partagea l’Empire ottoman en sphères d’influence britannique et française. Ce dépeçage inique conduira, des décennies plus tard, à un « Axe de la Résistance » : FPLP, Iran des mollahs, Hamas, Hezbollah, Jihad islamique palestinien, Houthis, Syrie de 2025 … tous créés ou encouragés par les Britanniques.

Plus récemment, c’est une alliance entre Tony Blair, George W. Bush et le MI6 (renseignement britannique) qui avait lancé l’opération ayant conduit en décembre au renversement de Saddam Hussein. Beeley explique qu’après avoir détruit la nation irakienne, ces mêmes réseaux ont oeuvré pour faire de même en Syrie et faire tomber Bachar El-Assad par une avancée rapide des forces terroristes, après avoir choisi et formé un dirigeant de Daech et d’Al-Qaïda, Al-Jolani pour en faire le chef de l’Etat sous le nom d’Ahmad Al-Chareh. Il s’avère qu’un rôle-clé dans cette opération a été joué par Tony Blair et son ancien chef de cabinet Jonathan Powell, impliqué dans le montage frauduleux sur les armes de destruction massive ayant servi à justifier la guerre en Irak*.

*Aucun lien de parenté avec l’ex-secrétaire d’Etat américain Colin Powell, qui avait exhibé au Congrès une prétendue fiole d’anthrax comme « preuve » de l’existence de ces armes. Décidément…

Jonathan Powell et Ahmad Al-Chareh.

La prétendue « guerre contre le terrorisme » née après le 11 septembre 2001, a culminé avec la prise de contrôle de la Syrie par… le terrorisme ! Al-Qaïda y mène aujourd’hui des pogroms de nettoyage ethnique contre toutes les minorités…

Quelques jours avant la chute de Bachar, le premier Ministre britannique Keir Starmer avait nommé Jonathan Powell à la sécurité nationale, d’où il continue à propager la doctrine Blair.

La récente nomination de Tony Blair en tant que « conseiller spécial sur le Moyen-Orient » auprès de l’envoyé spécial Steve Witkoff, qui s’efforce de trouver des règlements en Palestine et en Ukraine, est plus inquiétante.

L’Ukraine, donc : comme le dit Jeffrey Sachs*, la haine de l’Angleterre vis-à-vis de la Russie remonte aux années 1840 avec la guerre de Crimée, mettant fin à l’alliance anglo-russe datant de l’opposition à Napoléon. Les Britanniques se sont mis à détester un rival potentiel qui aurait pu traverser l’Afghanistan pour aller envahir les Indes…

*L’économiste américain Jeffrey Sachs fut l’artisan de la « thérapie de choc » pour la Pologne et la Russie post-soviétique. Avec le remps, il semble avoir finalement gagné en sagesse…

Le rôle prépondérant des Britanniques dans le maintien du monde unipolaire est désormais reconnu par un nombre grandissant d’acteurs mondiaux. En Russie également, les accusations se multiplient. Le 9 juin dernier, Serguéi Lavrov a déclaré sans ambages que les services britanniques « étaient impliqués à 100% » dans les attaques terroristes contre la Russie. Quatre jours auparavant, sur Sky News, Andréi Kéline, ambassadeur de Russie au Royaume-uni s’exprimait sur l’attaque par drones contre les aérodromes stratégiques russes :  » Ce type d’attaque implique, bien sûr, la fourniture de technologies de pointe, de données dites géospatiales, qui ne peuvent être transmises que par ceux qui les possèdent. et c’est Londres et Washington ».

Andréi Kéline.

Dans cette histoire, écoutons plutôt les Russes : le 10 mars dernier, le SVR (service des renseignements extérieurs) déclarait : « Londres est extrêmement irrité par le fait que D. Trump « mène un dialogue avec la Russie comme avec une superpuissance et se montre méprisant envers ses alliés les plus proches » ». Cette déclaration du SVR a été rédigée dans le contexte des efforts frénétiques déployés par Starmer pour soutenir Zelensky. Selon l’agence TASS, « les autorités britanniques considèrent comme une « priorité urgente » de saper les efforts de maintien de la paix de la nouvelle administration sur le volet ukrainien ». Le SVR ajoute que Starmer fait tout pour « renforcer la résistance du régime de Kiev face à la pression croissante de Washington ».

Et le même SVR de conclure : « Aujourd’hui comme à la veille des deux guerres mondiales du siècle dernier, Londres agit comme le principal instigateur du conflit mondial. Il est temps de démasquer les Britanniques et d’envoyer un signal clair à la perfide Albion et à ses élites : vous ne réussirez pas ».

Quand on vous parlait d’Etat profond*…

*Cf. notre article Peur de Trump ? (https://champouin.wordpress.com/wp-admin/post.php?post=10207&action=edit).

Sources :

L’oeil de Paris (11)

Rue Abel-Hovelacque

La question n’a pas été soulevée par un politicien bardello-retailliste, mais par Maurice Berger, pédopsychiatre (Marianne du 20 février 2025) : « Arrêter toute immigration, même celle qui concerne le regroupement familial, qui agrandit les clans et les mineurs non accompagnés, et se concentrer sur une immigration de travail choisie provenant de pays où il n’y a pas de fonctionnement groupal clanique ou ethnique ». Il a raison : ce n’est pas la gueule de l’Autre qui pose problème, mais son degré d’intégration.

Provocations de la part de l’Otan, Occident au bout du rouleau qui joue son va-tout en se créant un ennemi, mise en place d’éléments nazis en Ukraine par le biais de la « révolution de couleur » de 2014, et rôle flagrant joué par les Britanniques (on m’a cité le torpillage d’un accord par Boris Johnson en 2014) dans le sabotage des efforts de paix : voilà ce que j’entends maintenant (même pendant les vacances, période apolitique s’il en est) de la bouche des uns et des autres. En effet, plus je discute avec des connaissances et même avec des inconnus, plus je m’aperçois qu’ils ne partagent plus le narratif officiel à propos de la guerre en Ukraine, ce qui était loin d’être le cas il y a quelques mois. Les gens ne gobent plus les salades des « sachants » AFP/BFM/ Le Monde/France Info.

LA LISTE DU JOUR (extraite de David Foenkinos, La délicatesse, 2012, Gallimard) :

Résultats de ligue 1 le soir
où Charles comprit
qu'il ne plairait jamais à Nathalie

Auxerre - Marseille : 2-2
*
Lens - Lille : 1-1
*
Toulouse - Sochaux : 1-0
*
Paris SG - Nantes : 1-1
*
Grenoble - Le Mans : 3-3
*
Saint-Etienne - Lyon : 0-0
*
Monaco - Nice : 0-0
*
Rennes - Bordeaux : 0-1
*
Nancy - Caen : 1-1
*
Lorient - Le Havre : 2-2

Rue commençant avenue des Gobelins et finissant rue Auguste-Blanqui. Elle dessine un quart-de-cercle autour de la Place d’Italie.

Hovelacque a travaillé sur les langues, et, autre temps autres moeurs, sur les races. Il est le père de l’anatomiste André Hovelacque. Son cousin germain Maurice Hovelacque (1858-1898) est un géologue spécialiste de paléontologie.

Au dessous de ce grand vide, les rames de métro sortent de terre (non visible de la rue) pour rejoindre l’atelier dit « d’Italie », dont on voit le toit sur la droite, pour la ligne 6. Belle vue sur le Panthéon, malheureusement gâchée par une enseigne.

Autre vue au-dessus de l’atelier RATP : le fameux immeuble (moche) de la rue Croulebarbe (la « tour Albert », du nom de son architecte). Construit en 1958, c’est le premier IGH (immeuble de grande hauteur : au moins 52 m entre l’accès pompier le plus bas et le sommet) construit à Paris. Au premier plan en bas : l’atelier d’Italie.

Autre immeuble moderne, mais avec de la verdure, c’est gai.

Ce crépi rose donne un air lyonnais !

Jolis balcons…

Une devanture de cinéma plutôt originale (çà sent le Pathé…).

Ecole supérieure Estienne – Art et Industries graphiques.

La grille de l’école Estienne – on finit en beauté.

L’oeil de Paris (10)

Rue Abel-Ferry

Rue Abel-Gance

Pendant les vacances, la presse publie ses « séries d’été ». Ainsi, Marianne (L’été de Marianne), L’Humanité Magazine (Les séries d’été) ou Charlie Hebdo (Série d’été). Pour vendre, toujours les mêmes recettes : les faits divers, ou le sexe. Marianne du 24 juillet : Les pratiques sexuelles vues par les religions (2/6) – Sexe et menstruations : quelles sont les règles ? Charlie Hebdo du 23 juillet : Deux mille ans de sexe vus par la science (2) – Menstrues : le sang maudit…

Lu sur le site Paris la Douce (https://www.parisladouce.com/) : « « Le Sphinx et la Rose » lance des ponts entre les univers de Leonor Fini (1907-1996), peintre et graveuse d’origine italienne née en Argentine, et Florian Mermin (né en 1991). La rose élément clé de l’exposition se fait à la fois motif et matériau, symbole et parfum. Le dialogue originel se noue entre le tableau de Leonor Fini « La Beauté – Le Sphinx à la rose » (1974) et une sculpture inédite de Florian Mermin posée en regard, « Le Sphinx et la Rose » (2025). Oeuvre de céramique colonisée par des papillons étranges, celle-ci emprunte la forme d’un flacon de parfum parcouru d’épines de la rose, posé sur des pattes de sphinx ». Le Sphinx et la Rose ? Et moi qui croyait que çà avait un rapport avec Mitterrand…

La pétition contre la loi Duplomb, bien nommée pour une loi anti-environnementale : agriculteurs voulant nourrir la planète et croulant sous les normes, versus écolos urbains malthusiens obsédés par le bio ? C’est l’affrontement voulu par le pouvoir pour mieux diviser. Oui, il faut un objectif de croissance dans un but de progrès sanitaire. Mais oui aussi, le glyphosate est une saloperie et l’agriculture intensive est néfaste. Le problème n’est pas là. Il faut plutôt se demander qui a initié cette loi, et qui représente officiellement l’agriculture. Bingo : la FNSEA ! C’est-à-dire les puissances d’argent contre le « peuple oublié », comme disait Roosevelt. Après le référendum volé de 2005, le passage en force de la loi El-Khomri et de la réforme des retraites, le projet d’année blanche, et (pour certains, certes) le vote volé du 1er tour des dernières législatives, voilà un bon motif de scénario à la Gilets jaunes. Le peuple rural et péri-urbain vs les sachants des villes, ce que Christophe Guilluy appelle Périphéria contre Métropolia.

LA LISTE DU JOUR (extraite de Paul Lafargue, La religion du Capital, Flammarion, 2018) :

"Le Capital est le Dieu réel, présent partout, il se manifeste sous toutes les formes - il est or éclatant et poudrette puante, troupeau de moutons et cargaison de café, stock de Bibles saintes et ballots de gravures pornographiques, machines gigantesques et grosses de capotes anglaises".

La religion du Capital : on en parlait, justement.

Suite des Abel, mais là, il s’agit du prénom.

Commençant boulevard Murat et finissant rue de la Petite-Arche. Abel Ferry député des Vosges ? Çà me dit quelque chose… Bingo : c’est le neveu de Jules Ferry. Les Ferry sont une grande famille de Saint-Dié.

Beaucoup de verdure sur cette artère desservant des HLM près de la Porte de Saint-Cloud.

Un petit coin au frais et à l’ombre.

Oui, le type du film Napoléon (1927). Une rue commençant quai de la Gare et finissant avenue de France.

Oublions d’emblée l’horrible perspective sur ce quartier en travaux…

Le début de la rue, ainsi que que la perspective opposée sont plus engageants ! Il faut dire que la rue traverse un jardin.

Un bâtiment étrange, mais dont la couleur ressort bien dans la verdure.

Jardin James-Joyce ou bien de la Mémoire ? Faudrait savoir…

Encore de la verdure.

Il y a même des bestioles !

Lecture, calme et otium.

L’oeil de Paris (9)

Désolé de gâcher vos vacances, mais pendant ce temps, les « affaires » continuent :

L’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), l’organisme de surveillance nucléaire censé être neutre, a admis après les attaques israéliennes (et avant les attaques américaines) que l’Iran ne fabriquait pas de bombe, bien que son directeur Rafael Grossi ait affirmé dans une résolution le 12 juin, juste à temps pour fournir à Israël un prétexte pour attaquer*, que l’Iran avait « violé » certaines dispositions. Mais, ainsi que l’a déclaré l’ancien analyste et diplomate britannique, le bien nommé Alastair Crooke sur Conflicts Forum’s Substack du 20 juin, cette résolution sortait tout droit du logiciel de l’AIEA, la plate-forme Mosaic établie par… la société d’analyse des données Palantir, un « machin » faisant partie de l’ « Etat profond » étasunien, fondé par le suprémaciste Peter Thiel**! A tous les coups çà marche, cf. le tube d’anthrax naguère brandi par Colin Powell, ou bien l’affirmation selon laquelle l’armée irakienne était la troisième du Monde, ou encore le prétendu refus du Japon de capituler en 1945, alors que des négociations étaient déjà entamées par le truchement du Vatican. Cela valait bien une petite bombe nucléaire, n’est-ce pas ? En tous cas, David Sacks responsable des « cryptos » à la Maison-Blanche, Elon Musk conquistador de la tech sans la dimension de nouveaux principes physiques, et notre Peter Thiel qui avec Palantir dispose d’un quasi-monopole des données sensibles, ont un point commun : tous trois originaires d’Afrique du Sud, ils ont été élevés dans une idéologie d’apartheid…

*Souligné par nous.

**Palantir est également fournisseur de notre DGSI. Faiblesse de la France ou bien allégeance ?

Power. Les 48 lois du pouvoir. Vendu à 200 000 exemplaires en France, ce guide de Robert Greene pour devenir tout-puissant dans le business a été l’un des ouvrages les plus commandés, grâce au Pass Culture, par les lycéens...

LA LISTE DU JOUR (extraite de Joseph Kessel, L’Armée des Ombres, Charlot, 1943) :

"  Le temps passe.
Je me suis amusé à dresser de mémoire la liste des journaux clandestins que je connais.

L'Avant-Garde,
L'Art Français,
Bir-Hakeim,
Combat,
L'Ecole Laïque,
L'Enchaîné du Nord,
L'Etudiant Patriote,
France d'abord,
Franc-Tireur,
Le Franc-Tireur Normand,
Le Franc-Tireur Parisien,
L'Humanité,
L'Insurgé,
Les Lettres Françaises,
Libération,
Libérer et Fédérer,
Le Médecin Français,
Musiciens d'aujourd'hui,
Pantagruel,
La Père Duchesne,
Le Piston,
Le Populaire,
Résistance,
Rouge Midi,
Russie d'aujourd'hui,
L'Université Libre,
Valmy,
La Vie Ouvrière,
La Voix du Nord,
La Voix de Paris,
La Voix Populaire "

Cela vaut quelques commentaires. Le Père Duchesne fut le titre de plusieurs journaux concurrents pendant la Révolution. Combat cessa en 1974. Titres toujours existants : L’Humanité fondée par Jean Jaurès en 1904, La Vie ouvrière (« organe » de la CGT) fondée par Pierre Monatte en 1909, La Voix du Nord ainsi que Les Lettres françaises. Libération (fondé en 1927 !) s’éteignit en 1945 et le titre fut racheté en 1973 par Serge July et Jean-Paul Sartre. Quant au titre Franc-Tireur, éteint en 1945, il fut racheté en 2021 par Daniel Kretinsky, avec Caroline Fourest, transfuge de Marianne à la rédaction..

Notre Oeil de Paris va aujourd’hui aborder les Abel. Et le premier d’entre tous : Abel tout court. Il ne s’agit pas du frère de Caïn*, mais du mathématicien norvégien Niels Henrik Abel (1802–1829). La rue Abel va commençant boulevard Diderot et finissant rue de Charenton. Elle se situe dans l’emprise pentagonale de l’ancienne prison de Mazas, où se trouve une autre rue dédiée à un mathématicien : Michel Chasles.

*Ni de l’émir Abel, très connu en Lorraine…

On y trouve de beaux immeubles post-haussmanniens.

Dans le détail : beau motif de mosaïque décorative.

Un autre style…

Une HBM des années 1910-1920 avec son porche ouvragé.

Celui-là, récent, n’est pas mal non plus.

La rue est traversée par le viaduc des Arts.

Une perspective sur la gare de Lyon qui est une invitation au voyage, avec de surcroît le Big Ben du pauvre…

Conclusion.

Entrepôts

Empêcher l’Iran d’accéder à l’arme nucléaire. Pourquoi l’Iran ? Pourquoi pas le Pakistan, l’Inde, la Corée du Nord, les Etats-Unis, Israël, la Russie, la France, la Grande-Bretagne ? L’Iran ou comment se créer un ennemi…

A lire aussi : Alexis Jenni : Parmi les arbres – Essai de vie commune (2021, Babel Actes Sud). Jenni fut prix Goncourt 2021 pour L’art français de la guerre. Je l’ai connu de 1997 à 1999 au lycée Edouard-Herriot à Lyon : il était prof de SVT, j’étais le documentaliste du CDI. Personnage fantasque, pas toujours sympathique, il était d’une timidité extrême, empruntait des ouvrages de littérature (pas de sciences) qu’il ne rendait jamais et en rendait d’autres qui venaient d’ailleurs. Parmi les arbres est le seul livre sur les arbres et sur la nature que je ne trouve pas rasoir (cf. les imbuvables Sand, Thoreau, Giono, etc.). Il est même poétique, philosophique, scientifique et didactique. 

LA LISTE PEREC DU JOUR :

" Le vrai théâtre, décrétait-il, avait pour titres Venceslas de Rotrou, Manlius Capitolinus de Delafosse, Roxelane et Mustapha de Maisonneuve, Le Séducteur amoureux de Longchamps ; les vrais dramaturges s'appelaient Colin d'Harleville, Dufresny, Picard, Lautier, Favart, Destouches ; il en connaissait comme çà des dizaines et des dizaines, s'extasiait imperturbablement sur les beautés cachées de l'Iphigénie de Guimond de La Touche, l'Agamemnon de Népomucène Lemercier, l'Oreste d'Alfieri, le Didon de Lefranc de Pompignan".

Nous sommes malheureusement dans une société post-industrielle, ce qui fait que beaucoup de bâtiments ne remplissent plus l’office qui leur était destinés*. D’autres part bon nombre de lieux dédiés à une activité économique, manufacturière ou de services ne sont plus en centre ville. Bâtiments qui auraient pu être abandonnés, friches industrielles, édifices publics devenus des fardeaux d’entretien…

*Un excellent site de l’IGN, Remonter le temps (https://remonterletemps.ign.fr/), montre l’évolution du paysage français à des décennies différentes (un curseur permet de naviguer « avant/après »). Il permet de se rendre compte, entre autres, en ville : de la disparition des emprises industrielles et ferroviaires, de la multiplication des espaces verts, de l’accaparement des terrains agricoles pour en faire des lotissements ou des zones commerciales ; à la campagne : du remembrement, de l’augmentation des cultures intensives et de la disparition des bocages.

Sur le modèle des art factories de Liverpool ou de New-York, ou des Kunsthalle de Hambourg ou Berlin, villes qui se remettent sur pied après des décennies d’abandon, toute une gradation d’activités culturelles investissent ces lieux. Cela va du simple squatt d’artistes (du SDF cracheur de feu au graveur précaire qui y installe presse et atelier) à la « friche industrielle » (vaste surface pépinière de création qui organise expositions, spectacle et festivals). Du simple tiers-lieu (buvette, mini-bibliothèque, salle pour cours et ateliers divers) à l’institution (musée, centre d’interprétation, salle de spectacle).

Hambourg : les anciens docks.

Commençons simplement par L’Usine (Tournefeuille, banlieue de Toulouse), labellisée Centre national des arts de la rue et de l’espace public. Variante : La Manufacture (Roubaix), musée de la mémoire et de la création textile. Encore une Manufacture (anciennement de parapluies !) à Aurillac, « fabrique de danseurs plutôt qu’école de danse ». Pour faire écho à Roubaix, citons aussi La Filature (Mulhouse), lieu de création et de diffusion culturelle qui propose des spectacles de musique, danse, théâtre, cirque, marionnette et arts visuels (label Scène nationale). Autre Filature, celle d’Evreux qui propose un « espace de coworking hybride », ce qui sort de notre sujet.

D’autres appellations sont beaucoup plus spécifiques ? Voici Le Gazomètre* (La Louvière, Belgique), une bibliothèque provinciale regroupant désormais 200 000 œuvres, 3 000 jeux et 400 périodiques dans un seul bâtiment. Quant aux Abattoirs (Toulouse), ceux-ci accueillent le Frac Occitanie. Les Abattoirs de Cognac sont une salle de concert rock et ceux de Bourgoin-Jallieu, une scène de « musiques actuelles ». D’autre part, Le Confort Moderne, qui fut une fonderie, puis Confort 2000 (magasin d’électroménager) puis lieu culturel, est une enclave industrielle au cœur des faubourgs de Poitiers. « Une friche artistique pionnière qui œuvre depuis le début des années 80 aux décloisonnements des regards et des pratiques ». Enfin à Nantes se trouve Le Lieu unique, centre culturel et scène nationale, dans l’un des deux bâtiments de l’ancienne biscuiterie Lefèvre-Utile (LU), LU comme Lieu Unique, vous suivez ?

*Note pour les millenials et post-millenials : un gazomètre était un réservoir servant à stocker le gaz de ville. Ce dernier était extrait à partir du charbon. Les gazomètres ont disparu d’Europe de l’Ouest avec l’abandon du charbon et l’arrivée du gaz naturel. Le plus grand gazomètre de France se situait à la Plaine Saint-Denis, à l’emplacement de l’actuel Stade de France. Ah, crétins, je vois que çà vous parle, « Stade de France »…

Le Lieu unique (Nantes). A gauche : la tour LU.

Les lieux qui suivent ne relèvent pas d’un passé industriel, mais de services ou d’infrastructure. Ainsi Le Tri postal (Lille), musée d’Art contemporain. Même appellation pour Montpellier où il s’agit d’un autre espace de coworking. De Grote Post (la Poste centrale), à Ostende (Belgique), est un centre culturel, ce que je n’avais pas compris : je cherchais à y acheter des timbres ! La Piscine (Roubaix) est devenu un musée. Le Centquatre (Paris 19ème) est un fourre-tout culturel qui se cherche depuis sa création en 2008, c’est l’ancien bâtiment de Pompes funèbres de Paris, 104 rue d’Aubervilliers. La Station – Gare des Mines (Paris 18ème), fondée sur les vestiges d’une gare à charbon désaffectée de la Porte d’Aubervilliers, « accueille l’effervescence des marges musicales, artistiques et culturelles de l’époque ». La Gare (Paris 19ème) est un club de jazz dans une ancienne gare de petite ceinture. Sans compter le Musée d’Orsay, ancienne gare, elle aussi.

La Piscine (à gauche), le Musée d’Orsay (à droite) – ou inversement ?.

Certains lieux faisaient autrefois office de réserves/magasins, à commencer par Le Magasin (Grenoble), halle de 3 000 m2 construite à Paris en 1900 par les ateliers de Gustave Eiffel pour une Exposition universelle, démontée puis remontée à Grenoble pour être un lieu de stockage avant de devenir un Centre national d’Art contemporain et de Culture. Les Magasins généraux (Cf. encadré), à Pantin, « ouverts à toutes et à tous, […] font résonner la création, les idées et les voix nouvelles ». Ils déploient toute l’année une programmation d’expositions et d’événements. Les Subsistances accueillent aujourd’hui à Lyon dans un même bâtiment d’une part les SUBS, lieu de création, de pratiques artistiques et lieu de vie, et d’autre part l’Ecole nationale des Beaux-Arts de Lyon. Les Frigos (Paris 13ème) est un site de création et de production artistique situé dans le bâtiment principal de l’ancienne gare frigorifiques de Paris-Ivry.

Les magasins généraux sont des entrepôts, agréés et contrôlés par l'autorité administrative (ordonnance n°45-1744 du 6 août 1945), dans lesquels des industriels, commerçants, agriculteurs ou artisans déposent des matières premières, des marchandises, des denrées ou des produits fabriqués. Ces magasins sont habilités à délivrer des titres négociables, les récépissés-warrants, ou encore des reçus d'entreposage, qui permettent de faire sur les marchandises déposées des opérations juridiques.

Dans la même veine, la fameuse Grande Halle de la Villette (Paris 19ème), utilisée aujourd’hui pour des événements culturels divers, est une ancienne halle aux bestiaux. La Halle aux Grains de Toulouse est une salle de musique dédiée à l’Orchestre national du Capitole. Celle, éponyme, de Blois héberge, sous la dénomination « Palais des Congrès et de la Culture », la Scène nationale de Blois. Quant à La Halle Ô Grains (subtilité…) de Bayeux, c’est une salle de spectacles. Le Grenier à Sel (Avignon), devenu aujourd’hui un espace d’hybridation et d’effervescence culturelles, « explore les nouveaux périmètres de création, ceux qui reposent sur la forte perméabilité entre art, science et technologies ». La Sucrière (Lyon), ancien Entrepôt réel des sucres indigènes des Docks de Perrache, est aujourd’hui spécialisée dans l’accueil simultané d’expositions artistiques et d’événements publics ou privés. La Sucrière est notamment l’un des sites majeurs de la Biennale d’Art contemporain de Lyon. A Nantes se trouve Le Hangar à Bananes. Cette ancienne mûrisserie a été réhabilitée à la fin des années 2000 et abrite différents restaurants, bars, café-concert, discothèque et lieu d’exposition. A Strasbourg, La Laiterie est la salle de Musiques actuelles de la ville de Strasbourg.

La Sucrière (Lyon).

Mais, le fin du fin, la cerise sur le gâteau, c’est L’Antre-Peaux, à Bourges ! Cette friche culturelle associative déjantée n’est pas implantée sur le site d’une ancienne tannerie comme on pourrait le penser, mais contient en son sein plusieurs concepts : Nadir, Haïdouc, Ursulab, Transpalette, Houloscène, Usina’son … Hein, quoi ? Keskidisent ?

Exercices de « stiche » (5)

Entrevue avec Serge Rezvani, peintre, écrivain et auteur-compositeur-interprète (97 ans aux fraises !) dans l’Humanité Magazine du 22 mai. Lui et son père ont fréquenté Picasso. « Je suis critique à l’égard de Picasso […] C’était un torero, un tueur […] Ce n’était pas un intellectuel. Sa peinture renvoie d’ailleurs à deux dimensions. c’est un plâtrier ». Et vlan ! C’est ce que j’ai toujours pensé.

Les auteurs d’attentats (ou de leur tentatives) islamistes ou antisémites ne sont plus désignés comme tels. Ce sont maintenant des « personnes atteintes de troubles psychiatriques ». Pas de vagues !

"Ses vociférations joyeuses ne tardèrent pas à faire sortir de leurs lits, puis de leurs appartements respectifs, les habitants des quatrième et cinquième étages : Madame Hébert, Madame Hourcade, le grand-père Echard, les joues pleines de savon à barbe, Gervaise, la gouvernante de Monsieur Colomb, avec une liseuse en zénana, un bonnet de dentelle et des mules à pompons, et enfin, la moustache en bataille, Emile Gratiolet lui-même, le propriétaire, qui habitait alors au cinquième gauche dans un des deux appartements de trois pièces que trente-cinq ans plus tard les Rorschach allaient réunir."

J’avais déjà écrit quelque chose sur François Rabelais*. Et là, je vous le propose en pastiche, et de surcroît, en pastiche du thème décliné dans Exercices de style, de Queneau !

*https://champouin.wordpress.com/wp-admin/post.php?post=867&action=edit

A priori, une parodie de Rabelais avec un autobus, ce n’est pas possible. Après tout, une fourmi de dix-huit mètres avec un chapeau sur la tête, ça n’existe pas. Et un oranger sur le sol irlandais, on ne le verra jamais. Mais si, justement : avec ce bonhomme, tout est possible ! Un « autobus » vert et crème de la ligne S (comme Satan…), tel un sous-marin jaune, çà existe ! Mais bête, château, église, il faut bien attaquer les relents dépassés de féodalité ainsi que les grenouilles de bénitier.

Bourvil, Ballade irlandaise (Un oranger…), paroles et musique : Eddie Marnay et Emil Stern, 1958.

Mes trouvailles, dans ce texte, sont la contrepèterie galon tressé/talon graissé (signalons que la réputation de l’oeuvre de Rabelais à contenir des contrepèteries est usurpée : on en compte à tout casser deux, dont un à-peu-près), et le calembour homme de l’art/homme de lard, le lard étant par ailleurs une denrée omniprésente chez cet auteur !

J’ai utilisé l’orthographe* de l’édition originale. Par contre je ne garantis pas la contemporanéité du vocabulaire, mais mes recherches ont montré que celui que j’ai utilisé (sauf autobus) existait à l’époque de Rabelais. De tout façon, ce dernier a inventé une centaine de mots de la langue française…

*ou plutôt la graphie tout court : à l’époque de Rabelais l’orthographe n’était pas fixée, elle variait au gré des imprimeurs.

Voicy… pardon, voici le texte, qui est curieusement court :

Comment Souffrarpion disparust de la chose denommée autobus et ce qu'estoit la diste chose..

Ce fust le jour, vers midy, prés la plaine Montceau, que l'on vist une enorme demeure de couleur verte et aussi de celle de la creme. A propos de creme, la chose, qui faisoit cinquante piés de long et dix de large, reposoit sur ce qui s'apparentoit à des roues de fromaiges comme en font les Helvetes, et arboroit les initialles de Satan.

Au derriere de cet engin, denommé par les Latins autobus (cf. Suetone,
De Autobis, bibliotheque du college de Saint-Victor), se trouvoit ung paroissien qui avoit pour nom Souffrarpion, dont le col ressembloit à la beste d'Affrique que les Portugois nomment cameleopard. Il portoit ung couvrechief mol, entouré d'ung galon tressé au lieu de ruban, car il y a galon tressé et talon graissé.

Le dist Souffrarpion gourmanda son voisin : « Hé mon amy, est-ce par jeu que tu ecrases mes piés chaque foys que des chrestiens montent et descendent de l'autobus » ? Puis il abandonna la querelle et alla s'asseoir sur une chaize devenue libre, dist il, car nul ne vist de chaize, ni de voisin, ni de chrestiens. Nul ne sait meme si les autobi existent. Certains disent que l'autobus est une beste, d'autre qu'il s'agit d'ung chasteau, et les coquins disent que c'est une eglise.

Deux heures sonnerent lorsque cependans Souffrarpion fust apperçu devant le cloistre Saint-Lazare, en grande conversation avec ung maistre d'ecole luy tenant ce propos : « D'aprés Aristote, il ne convient point de laisser ainsi l'echancrure de ton habit. Tu devrais faire mettre altior cestuy bouton par un homme de l'art . -C'est qu'il y a homme de l'art et homme de lard », repondist Souffrarpion.

Contre la charité et le bénévolat

LA LISTE PEREC DU JOUR :

" Où étaient-elles les boîtes de cacao Van Houten, les boîtes de Banania avec leur tirailleur hilare, les boîtes de madeleines de Commercy en bois déroulé ? Où étaient-ils les garde-manger sous les fenêtres, les paquets de Saponite, la bonne lessive avec sa fameuse Madame Sans-Gêne, les paquets de ouate thermogène avec son diable cracheur de feu dessiné par Cappiello, les sachets de lithinés du bon docteur Gustin ? "

Je dois être un des rares à savoir ce que sont des lithinés. « Le lithiné est une boisson effervescente, à visées prétendument thérapeutiques, préparée à la maison dans une bouteille hermétique, avec de l’eau dans laquelle on dissout un sachet d’un mélange de sel de lithium, d’acide tartrique et de carbonate de sodium, qui, une fois en solution ces sels dégagent du gaz carbonique* qui se dissout dans l’eau » (Wikipedia). Ma grand-mère, dans sa pharmacie, vendait des sachets de lithinés. Je ne me rappelle pas de ceux du Dr Gustin, mais je me souviens bien des Lithinés Vée.

*Souligné par nous. Visiblement, on ne connaît pas la syntaxe chez Wikipedia

Dernière minute : la victoire du PSG contre Milan : 1. On en à rien à foutre. 2. Le patriotisme, ce n’est pas les résultats de ces conneries, ni même un drapeau et un hymne, mais une « certaine idée de la France ». 3. Cette équipe « française » appartient au Qatar, nation (?) esclavagiste qui de surcroît bafoue les droits de l’homme, et plus encore ceux de la femme. 4. Le Qatar a « investi » 400 millions d’euros sur le PSG. Et si nos dirigeants, obsédés par la dette, lui demandait de la rembourser ? 5. Est-ce le rôle d’un président de la République de recevoir des footballeurs à l’Elysée ? 6. « La France est entrée dans l’Histoire », « Çà fédère les Français », gningningnin…7. On perd : on casse (crime d’honneur). On gagne : on casse (baroud d’honneur). 8. Des hordes de branleurs des banlieues (qu’il convient d’appeler des jeunes), galvanisés par la victoire (du PSG ou bien du Qatar ?) en ont profité pour entrer dans Paris et faire les kékés, avec une bonne dose de communautarisme et de masculinisme. On a les paires de couilles qu’on peut.

J’ai lu cet opuscule : François Ruffin, Mgr Olivier Leborgne, Paix intérieure et paix sociale – Dialogue entre un député et un évêque sur la spiritualité et la politique, TempsPrésent, 2018.

Le premier, député LFI de la 1ère circonscription de la Somme et le second, évêque d’Amiens puis Arras, se connaissent bien et sont amis, d’autant qu’ils ont chacun la fibre sociale, en témoignent leurs combats en faveur des migrants ou des ex-salariés de Whirlpool.

« La charité a toujours soulagé la conscience des riches, bien avant de soulager l’estomac du pauvre ».

– Alfred Sauvy, démographe et sociologue, in Mythologie de notre temps (1965)

Il y a cependant entre eux un différend : Leborgne prône sans surprise la charité, mais Ruffin note que les cadeaux aux riches se comptent en milliards, et ceux aux pauvres en millions, « version moderne de l’obole » – il veut dire l’aumône. Et de comparer cela à celles accordées au 19ème siècle aux pauvres par les dames patronnesses : au mieux se donner bonne conscience et au pire, ne surtout pas changer le système… Supprimons l’ISF pour les actionnaires à hauteur de 3,5 milliards d’euros, mais n’accordons que 50 millions pour les Ehpad : la France n’a pas les moyens budgétaires et il faut rembourser la dette, air connu.

Mgr Leborgne aime bien le mot charité mais pense que sa signification a été dévoyée : selon lui, il ne ne doit pas s’agir d’une sorte de piété dégoulinante ne contribuant pas à changer les structures, car « il n’y a pas de charité sans justice ».

Je (c’est votre serviteur qui parle) n’ai jamais donné d’argent aux « oeuvres* » humanitaires : contre le cancer, contre la faim dans le monde, pour l’aide aux démunis, pour l’environnement**… Je considère que je n’ai pas à me substituer à l’initiative publique. Sinon, c’est trop facile : je suis le brave couillon qui fait le boulot à la place se ceux qui doivent le faire… Et je ne parle pas des nouvelles conditions pour bénéficier du RSA, avec ses quinze heures d’activités non rémunérées…

*Ce mot pue le 19ème siècle… Suffit-il de changer deux lettres pour que pauvres se transforme en oeuvres ?

**Cela me rapelle ce sketch de Chevallier & Laspalès : -« T’as donné, toi, contre la faim dans le monde ? » -« Ouais. Eh bien, pas plus tard qu’hier, y’en avaient qu’avaient encore faim » -T’as raison : çà sert à rien ».

Quitte à faire du bénévolat, autant le faire en militant dans une structure politique ou syndicale (ce que j’ai d’ailleurs fait). Ah oui, c’est plus chronophage ? Ah oui, c’est plus exposé et on peut s’en prendre dans la gueule ? Ben, tiens ! C’est moins confortable que la charité…

D’ailleurs, on nous demande de « faire à la place des autres » dans d’autres domaines, comme celui, entre autres, du commerce et des services… Editer soi-même son billet de train ou d’avion, scanner soi-même ses courses au supermarché, oblitérer soi-même son colis à La Poste, en récupérer un autre soi-même dans les casiers automatiques à l’entrée du Monoprix, vider soi-même ses restes dans le bon bac avant de sortir de la cantine, former soi-même les nouveaux collègues à la place du n+1, appeler soi-même les prestataires de l’immeuble à la place du gardien, participer soi-même au mécénat de lieux de patrimoine à la place des milliardaires* et, le pompon : indexer soi-même, en tant que particulier, les documents des Archives Nationales, grâce à la plate-forme « participative » Girophares ! On remarquera que le vocable « participatif », en novlangue orwellienne, signifie « pigeon (béné)vole ».

*Le mécénat étant là pour faire ce que l’Etat ne fait pas, quelle mise en abîme !

C’est simple : les entreprises de service et les services publics, par radinerie du patronat ou de l’Etat, nous utilisent. C’est alors nous le produit !

On admettra tout de même que caissièr(e) (pardon : hôte(sse) de caisse !), employé(e) de guichet, et (ex-) poinçonneur/euse du métro étaient ou sont des métiers (?) pénibles et répétitifs, ce qui est vrai. Faux argument pour le patronat ou l’Etat car c’est le cadet de leurs soucis!

Verra-t-on des appels à bénévolat pour sauver les services publics ? A suggérer à Bayrou ou à Musk… Sans formation ni rémunération, allez aider l’hôpital, l’école, la police ! Une affiche, dans ma rue : « Nettoyage participatif » (encore). Ramasser les ordures à la place des éboueurs ! Il suffira d’enrober ces appels « participatifs » d’un vernis de citoyenneté, d’inclusivité, de solidarité européenne et de transition climatique, sous oublier l’allusion aux valeurs sportives !

Il y a quelques années, on lisait ici ou là que les DRH appréciaient les mentions d’expérience de bénévolat dans les CV. C’était, disait-on, la preuve de notre implication, de notre volonté et de je-ne-sais-quoi. La réalité a été autre : les recruteurs, au vu d’une telle expérience ont pensé que les candidats ne savaient pas se vendre et ne comprenaient rien à la compétition. Bref : des losers. C’est justement ceux que l’on exploite !