Métro loufoque – M 6

Nota : parution hebdomadaire durant ce troisième « confinement » !

Retrouvez d’autres métros loufoques sur : http://mrliste.hautetfort.com

Le « bug » de la semaine dernière était évidemment un poisson d’avril !

Vous-êtes vous déjà demandé pourquoi certaines rames du métro parisien sont sur pneus ?

En 1956, la ligne 11 fut équipée de façon expérimentale : la RATP cherchait une ligne courte pour tester une solution de rapidité et de souplesse, par son adhérence sur la bande de roulement, et une solution de confort. La 1 (Porte Maillot – Château de Vincennes, à l’époque) fut plutôt une vitrine pour une ligne fréquentée par les touristes (confort). Et la 4, la plus fréquentée à l’époque, avait besoin d’accélérations et de freinages précis pour un meilleur cadencement.

La ligne 6, ce fut différent. Les fenêtres des immeubles haussmanniens des 7ème et du 15ème arrondissements jouxtaient le métro aérien. Les bourgeois réclamaient moins de bruit. En réalité, en ligne droite, le MP (matériel pneu) est plus bruyant que le MF (matériel fer). C’est dans les virages torturés de la 6 qu’il est plus silencieux.

Quant à l’autre ligne aérienne, la 2 traversant Barbès et la Goutte-d’Or, on n’eut pas tant d’égards pour ses riverains, et cette ligne garda son MF !

Je vous renvoie aux précédents Métros loufoques pour connaître le principe de ce qui va suivre. Cette fois, il n’y aura pas de contrainte particulière. Les stations apparaîtront dans l’ordre.

M 6 : GENERAL DEUX ETOILES DE GAULLE – INCARNATION

  • Charles-de-Gaulle – Etoile > Général deux étoiles de Gaulle
  • Kléber > Kléber -Colombes [ancienne marque de pneus]
  • Boissière > Brassière
  • Trocadéro > Tant qu’y a des ronds
  • Passy > Passif
  • Bir-Hakeim > Akim-Color [qui se souvient de cette BD cheap des années soixante ?]
… qui fut le concurrent de Rahan !
  • Dupleix > Complexe
  • La Motte-Piquet – Grenelle > La motte piquait la quenelle [ah, bravo …]
  • Cambronne > Cambrure
  • Sèvres-Lecourbe > Lèvres se courbent
  • Pasteur > A c’t’heure
  • Montparnasse-Bienvenüe > Viens par là, mon velu
  • Edgar-Quinet > Ecarquillé
  • Raspail > Rase-poil
  • Denfert-Rochereau > Foré d’en roche
  • Saint-Jacques > Singea
  • Glacière > D’la chair
  • Corvisart > Corps bizarre
  • Place d’Italie > Un chapeau de paille d’Italie [pièce d’Eugène Labiche]
  • Nationale > Là, si on y allait
  • Chevaleret > Chevalet
  • Quai de la Gare > Cas de la guerre
  • Bercy > Persil
… parce qu’elle est anti-reposition ! Même en allemand !
  • Dugommier > Du sommier
  • Daumesnil > Beau mais nul
  • Bel-Air > Bellérophon [Personnage de la mythologie grecque – « Arrêtez de bêler, au fond ! »]
  • Picpus > Rictus
  • Nation > Incarnation

BED TRIP

Le Général deux étoiles De Gaulle avait prévu de visiter l'usine Kléber-Colombes. Un stagiaire de l'Elysée (un artiste peintre !), un rêveur, s'étant trompé, ce fut une usine de brassières. "Bah ! Tant qu'y a des ronds", se dit le grand Charles.

Le stagiaire avait un lourd passif : grand lecteur d'Akim-Color, on rencontrait cette personnalité complexe également à Pigalle, ce qui aggravait son cas. Un soir, tandis que la motte piquait la quenelle, il pensa secrètement à une cambrure et à l'instant où les lèvres se courbent... Mais elle l'avait accueilli par un "c'est à c't'heure que t'arrives ? Allez, viens par là, mon velu !". Ses yeux étaient écarquillés à la vue du rase-poil (d'où la motte qui pique*). Bref, il fallait qu'il l'eut forée d'en roche, mais il singea. D'la chair... Un corps bizarre... Il regretta que la chose ne soit pas couverte d'un chapeau de paille d'Italie.

" Bon, là, si on y allait ?". Il prit son chevalet. "J'en fais cas, de la guerre ! J'en fais cas, de la motte au persil, du sommier ! C'était beau, mais nul ! Allons dompter Pégase, tel un Bellérophon !". Il eut un rictus : de Bellérophon, il se crut l'incarnation.

*C’était téléphoné, non ?

Angst !, comme dirait mon ami Etienne Ruhaud…

Ou alors :

Laisser un commentaire

Faux-nez (2/2)

Nota : parution hebdomadaire durant le troisième « confinement » !

L’autre jour, j’ai été invité chez un couple d’amis, fort charmants au demeurant. Bien évidemment, la conversation a porté sur les vaccins (« Tu te ferais vacciner, toi ? », etc.) Et je dis : « pourquoi pas le Spoutnik-V (le vaccin russe) ? » [non encore agréé en UE]. Stupeur. « Ah, ben surtout pas ! » Réflexe très révélateur de mes amis, avec un silence valant sous-entendu implicite : « parce que c’est russe ».

C’est que mes amis avaient répondu ce qu’il est convenu de répondre, et pensé ce qu’il est convenu de penser ! Je ne leur en veux pas : cette anecdote est révélatrice de ce qu’est la fabrique de l’opinion, et de comment nous tombons tous dans le piège de nous coucher inconsciemment devant la pensée unique, les cerveaux ayant été nourris à la vulgate anti-russe et anti-chinoise. Peu importe que Navalny soit un ultra-nationaliste et ultra-libéral, ni que les Chinois voient dans l’Occident ce que dénonçait De Gaulle : le régime des partis.

Je les ai même incité (les amis, pas les Chinois !) à consulter ce blog : il ne s’agit surtout pas d’une attaque personnelle !

Voici donc le deuxième volet de ce Faux-nez :

  • Homme fort

Terminologie utilisée par les médias pour transformer un dirigeant hors communauté internationale [cf. Faux-nez (1)] en tyran sanguinaire. On a même entendu « Matteo Salvini, l’homme fort de l’Italie » ! A noter que les princes dirigeants de l’Arabie Séoudite et des Emirats, ou des va-t-en guerre comme Biden ne sont pas considérés comme des hommes forts !

  • Marchés (les)

« Les marchés » (on ne dit plus : « la Main invisible », les peuples ne sont plus dupes) sont aux élites actuelles ce que « les masses » étaient au régime de Mao.

  • OTAN

Bras armé de l’Union européenne, de la communauté internationale et des marchés. Et pour que l’OTAN garde sa raison d’être, car les peuples là non plus ne sont plus dupes, on a réinventé la guerre froide.

  • Pharaonique

Adjectif servant à désigner tout grand projet infrastructurel, dès que celui-ci déplaît aux élites à l’esprit comptable opposées au développement pour le peuple, et aux environnementalistes. Ainsi, le Complexe des Trois-Gorges (remplaçant une centaine de centrales à charbon), le canal Rhin-Rhône et la LGV Lyon-Turin (tous deux une alternative au transport routier) ont été qualifiés de projets pharaoniques.

Chantier de la future capitale administrative en … Egypte !
  • Planète (la)

Vous avez remarqué ? Autrefois, on disait : « la Terre ». Dire : « la Planète » est une façon tête-à-claques de marquer son pessimisme en pensant que l’Homme est un assassin…

  • Populiste

« Le terme est d’usage polémique : il permet d’inclure dans une même catégorie vague tous les groupes qu’on aime pas et qu’on perçoit comme ennemis. » (Pierre-André Taguieff, in Marianne du 12 juin 2020). On en arrive à qualifier de populistes : Vladimir Poutine, Michel Onfray, Viktor Orban, Jacques Cheminade, Donald Trump, Boris Johnson, les Gilets Jaunes, etc. L’art d’additionner des carottes et des navets…

  • « Protéger mes enfants »

Pour un artiste [cf. Faux-nez (1) https://champouin.blog/2021/02/01/faux-nez-1/], dire : « Si je pars aux-Etats-Unis, c’est pour protéger mes enfants » signifie qu’il s’exile pour des raisons fiscales. Exemples : Dany Boon, Marion Cotillard, Omar Sy…

  • Société civile

Terme désignant des hommes politiques… issus du monde de la banque, des grands groupes cotés en bourse, de BlackRock, etc… What did you expect ?, disait une publicité pour une boisson. Aucun ouvrier, artisan, artiste, fonctionnaire catégorie B ou C chez les élus LREM ! On observe le même phénomène « société civile » dans certains pays « émergents » : des rappeurs ou footballeurs qui deviennent chefs d’Etat : ils ont l’argent et le carnet d’adresses !

Laisser un commentaire

Anti-index (1)

Un nouveau blog, ou plutôt blogue, car l’autrice (l’auteure, l’auteuse, l’auteur.e ?) l’orthographie comme il se doit. Il s’agit de http://leblogueduvestiaire.blogspot.com [je vous conseille de bien taper  » http://  » et de le mettre en favoris]. C’est le blogue d’une fidèle et charmante lectrice, la fameuse Mme Laplanche, de Vitreine-sur-Scie. Evidemment, elle ne s’appelle pas comme cela et souhaite (je pense) garder l’anonymat. Le blogue du vestiaire, originellement placardé sous format papier comme son nom l’indique, est consacré à ses coups de coeur littéraires (sa bibliothèque amoureuse ?), pleins de bienveillance. Alors bonne continuation, take care ! Et have fun !

Je l’ai écrit à plusieurs reprises : les publications françaises se distinguent bien souvent par leur manque d’index, mais aussi d’illustrations, de schémas ou de tableaux. Ou alors, pour ces trois derniers, en format timbre-poste. Témoin le nombre de fois où j’ai ouvert, dans une librairie, un livre français d’histoire, de géographie, de sciences ou d’art (!), sans trouver aucun des éléments cités précédemment. Le présent blog n’échappe pas à la règle, mais c’est pour des raisons techniques. Je vais essayer d’y remédier. Les Anglo-saxons, eux, ont l’esprit pratique et didactique. Bon nombre de collections françaises intéressantes sont en réalité des adaptations de collections anglaises, canadiennes ou américaines.

Idem pour les musées : on voit bien la difficulté pour les Français d’établir une médiation scientifique : entre un musée des Arts-et-métiers poussiéreux et le grand n’importe quoi de la Cité des sciences de la Villette… La même chose pour la médiation artistique ou patrimoniale : fiches de salle rédigées… par les conservateurs, exposition au musée Guimet consacrée à la ville indienne de Lucknow… sans aucune carte pour la situer.

Au delà, pour notre peuple intellectualiste qui semble ne pas avoir changé depuis la Sorbonne de Rabelais voire depuis Aristote, l’absence d’esprit pratique se traduit par les carences de l’information et de la signalétique. « Culte du secret » (les gens ne doivent – ou ne peuvent – pas savoir), non-anticipation de l’info en amont, infos rédigées en langage interne… On n’est pas doués…

Revenons à l’index, bien utile pour « retrouver » une entrée dans un livre. Il y a quelques années, le magazine Science&Vie avait décidé de ne pas se prendre au sérieux en établissant dans chaque numéro un anti-index, un index humoristique, appelé de façon inexacte « contre-sommaire ». Un sommaire, c’est une table des matières, pas un index. Je pense que la raison de cette mauvaise terminologie est que, « dans la vraie vie », un anti-index est « une liste ordonnée d’enregistrements permettant leur élagage rapide lors de recherches » (Wiktionnaire).

L’anti-index ou contre-sommaire, comme l’on voudra, de Science&Vie consistait en un « petit florilège des mots de ce numéro ». Il s’agissait de relever des mots ou expressions paraissant incongrus (surtout dans un magazine scientifique), drôles ou décalés. Voici un exemple (malheureusement, je n’avais pas relevé les numéro et date de la publication) :

Je ne sais pas qui est A.G., l’auteur. Sachant que beaucoup d’oulipiens sont des scientifiques, la piste de l’Oulipo n’est pas à exclure…

En tous cas, c’est très intéressant. D’abord, c’est une liste, c’est-à-dire une bonne base de travail littéraire. Ensuite c’est un prétexte à toutes sortes de choses poétiques ou surréalistes. Et on peut la triturer dans tous les sens ! Paires inversées : « sciences noires » et « substances bourgeoises », « second record » et « triste cerveau ». On peut en faire de vraies ou pseudo-contrepèteries : « gullage de base », « joues de feu », « cames de Luther ». Il y a des évocations salaces : « fantasme », « fentes de Young », « une bonne pompe ». Des « particules bohmiennes » qui pourraient être bohémiennes. Et il y a Houellebecq, que A.G. a trouvé pertinent à lui tout seul !

Une bonne pompe.

Eh bien, des anti-index, il y en aura d’autres, car j’en ai concocté ! Rendez-vous dans une publication ultérieure !

Laisser un commentaire

Mauvaises « translations » ! (2/2)

J’ai loupé le coche du 14 février, mais voici en exclusivité ma mise en scène pour la Saint-Valentin (veuillez éloigner les enfants) :

Oui, oui, oui ! Ouiii !

Voici une version plus chaste :

Théâtre, théâtre, théâtre !

Tout à l’heure j’ai entendu – et sur RFI, de surcroît – une journaliste parler de la Hague. Je ne voyais pas le rapport entre les Pays-Bas et le Cotentin, et puis j’ai compris : elle voulait parler… de La Haye ! Elle avait stupidement traduit Den Haag, ou The Hague, en anglais, par un nom qui lui était plus familier…

Non seulement on fait aujourd’hui des contresens par ignorance (le niveau de culture générale des journalistes chute lamentablement, comme pour le reste de la population), mais on a oublié que bon nombre de villes étrangères se traduisent en français…

J’entends souvent parler de l’université de Leyden ou de Groningen, toujours au Pays-Bas. Or, on dit Leyde et Groningue. On apprenait autrefois en leçon de choses ce qu’était la bouteille de Leyde… Ou encore Trento, en Italie. Et le concile de Trente, b… ? On entend trop de Cremona, Piacenza, Lucca en français dans le texte : c’est Crémone, Plaisance, Lucques qu’il faut dire. De même pour Speyer, Regensburg : Spire, Ratisbonne.

Ceci dit, j’ai entendu une fois un italien parler, en français, de Monaco à propos de Munich. Car en italien, Munich se dit Monaco di Bavaria pour la distinguer de la Principauté.

Traduire des noms propres ou des noms communs, c’est toujours aussi périlleux… Et voilà donc la suite de nos traductions qui tombent à côté :

  • Fermier.

Dans tous les textes francophones ou traduits d’une autre langue que l’anglais, on trouve des agriculteurs ou éleveurs (termes neutres), des cultivateurs (terme courant et populaire tendant à vieillir), des paysans (terme historico-culturel) et des exploitants agricoles (terme administratif et socio-économique). Dans ceux traduits de l’anglais, ils deviennent comme par hasard tous des « fermiers ». C’est que l’anglais ne connaît qu’un seul mot, farmer ! Autrefois, on ne connaissait que des « paysans », et on précisait s’ils étaient fermiers (propriétaires) ou métayers (locataires), mais la ferme a toujours été le seul terme pour désigner l’exploitation, aussi bien en français qu’en anglais.

  • Iles Leeward.

C’est une faute assez rare, mais j’ai été témoin une fois dans un journal, et une fois « dans le poste », de la mention de ces « Iles Leeward » qui seraient des paradis fiscaux ou bancaires. En réalité, leeward est un terme de marine signifiant « sous le vent » (à l’abri du vent), par rapport à windward, « au vent » (exposé au vent). Dans le contexte des Antilles, Leeward Islands désigne le nord de l’arc antillais (Iles Vierges, Anguilla, St-Martin, St-Kitts, Antigua) et Windward Islands, le sud (Guadeloupe, Dominique, Martinique, Ste-Lucie, St-Vincent, Grenade). C’est un terme de géographie physique : il n’y a donc pas d' »Iles Leeward » en français, et aucun Etat paradis bancaire ne s’appelle comme çà ! Il faut mieux alors parler des paradis bancaires des grandes Antilles, ou les citer nommément…

  • Nonne.

Ce que nous appelons moniale dans le registre ecclésiastique, religieuse dans le registre standard et bonne soeur dans le registre familier est, dans les textes anglo-saxons, souvent traduit par nonne, sous l’influence de l’anglais nun. Certes, « nonne » existe en français, mais dans le contexte du Moyen-âge, ou alors dans un registre plaisant !

Nun sex, monk rock !
  • Officier public.

Quel jargon ! On voit de temps en temps cette expression, et on sent parfois que le traducteur a été gêné aux entournures car il s’est demandé le rapport avec la chose militaire ! En anglais, la fonction publique, le service public s’appellent public office. Un public officer, voire un officer tout court quand le contexte est explicite, c’est quelqu’un travaillant dans la fonction publique, à savoir tout bonnement un fonctionnaire, quelque soit son grade. A noter qu' »officier public » existe en français : mais c’est quelqu’un détenant une charge : notaire, huissier de justice… Rien à voir.

  • Panel.

Dans certaines conférences, séminaires et autres « universités d’été » (là aussi j’en suis témoin chez une organisation qui fait la même erreur depuis 40 ans !), l’on parle de « panel » ! Un panel, en anglais, c’est une table ronde, une partie de conférence-débat consacrée à un thème ou ordre de jour particulier. Mais « panel » en français, est un terme de statistique, qui signifie « échantillon ». On trouve souvent ce terme à propos de sondages. C’est bien session ou volet, qu’il faut utiliser dans les conférences.

  • Tarmac.

Un beau jour, dans les années 1990, je tombe sur ce mot : tarmac. Diable ! S’agissait-il d’un tissu écossais ? D’un dignitaire inca ? Le mot vient de tar (goudron) et MacAdam (le monsieur qui a inventé le revêtement goudronné que le BTP français appelle de l’enrobé), et il s’emploie dans le contexte aéroportuaire. Autrement dit un tarmac, c’est notre bonne vieille piste ! Seulement voilà : piste, çà fait embarquement ringard au Bourget dans les années 50, tandis que « tarmac », çà a de la gueule, çà fait logistique humanitaire sur une base militaire !

  • Vétéran.

A l’occasion des opérations extérieures américaines (toutes destinées à être perdues), on a vu dans la prose journalistique la prolifération de « vétérans » dans le contexte de leurs troubles post-traumatiques, de leur réinsertion, de leur oubli de la part des institutions, etc. Un vétéran, en français, c’est un ancien (les vétérans de la Marche des Beurs, du Tour de France ou des missions lunaires), souvent avec une notion de lutte ou d’exploit. En anglais, veteran ce n’est qu’un ancien combattant. Ici aussi, dans les textes traduits de l’anglais, ces derniers deviennent automatiquement des « vétérans ». Re-seulement voilà : ancien combattant fait vieux con ancien d’Algérie à béret et moustache alors que « vétéran », çà fait beau mec musclé avec sa jambe artificielle dernier cri !

Zao, Ancien combattant (1984) : un petit bijou de la chanson congolaise avec sa rythmique implacable et son art de dire des choses sérieuses avec le second degré !

Laisser un commentaire

Sucreries

Deux retours sur Beethoven :

Ce compositeur (cf. le n° du 15 janvier) est maintenant victime de la cancel culture. Dans le magazine américain en ligne Vox, Nate Sloan et Charlie Harding assènent que la Cinquième Symphonie est perçue par les femmes, les LGBTQ+ et les non-Blancs comme symbole d’élitisme et de supériorité des Blancs. La musicologue féministe Susan McClary compare, elle, la Neuvième symphonie à « une rage meurtrière d’un violeur incapable d’atteindre son but » [traduit par moi]. Et à l’Université de Cambridge, un appel a été lancé pour supprimer (cancel) Beethoven… Comme le dit Duncan, un internaute sur le site Slipped Disc : « Cancel Cambridge instead ! »

Un site haïtien (en créole) consacré à la musique classique, avec une rubrique sur la vie de Beethoven ! Il s’agit d’Akademizik (akademizik.net), site de Rémy Junior Monexant.

Message personnel : allez, l’ami Ruhaud, écoute moins de métal et d’électro et plus de Beethoven ! Eh oui, j’ai lu ton entretien avec J.-P. Gavard-Perret !

Je viens de lire par James Walvin : Histoire du sucre, histoire du monde, 2020, La Découverte. Cà aurait pu s’appeler : « De l’esclavage à Coca-Cola ». Dès le 18ème siècle, l’industrie du sucre a été perçue comme un marché captif : thé et café sucrés, confitures et marmelades, biscuits, chocolat, rhum – certains ont bien compris qu’ils s’agissait d’une addiction. Et comme dit le Nègre de Surinam dans le Candide de Voltaire, « c’est à ce prix [l’ esclavage] que vous mangez du sucre en Europe ». On achetait même les esclaves sur les côtes d’Afrique en échange de rhum… fabriqués par leurs frères déportés aux Antilles…

« c’est à ce prix [l’ esclavage]
que vous mangez du sucre en Europe ».

Voltaire, Zadig.

Du coup, une autre épidémie que celle que vous savez est en train de ravager le monde : l’addiction au sucre, et ses conséquences sur la santé, notamment l’obésité… Non seulement de par les sucreries et les sodas (dont celle de la marque à la canette rouge au liseré blanc), mais aussi de par l’alcool ou les plats préparés.

Dieu sait si l’on nous a habitué tout petit, et il y a quelque chose de régressif dans ces « douceurs ». N’ayant pas été élevé dans la culture (l’idéologie ?) des bonbons, j’ai gardé un souvenir étrange de la classe de neige (c’était en 1971) : les trois dimanches matin de ce séjour étaient consacrés à l’achat de Malabar, Carambar, Smarties, Pez et Zan en spirale. J’ai dû faire comme les autres mais déjà, je ne comprenais pas pourquoi les maîtresses toléraient cela. Probablement, cela ne se fait plus aujourd’hui pour des raisons d’éducation nutritionnelle – ou est-ce de la naïveté de ma part ?

Je vous avais promis de publier les textes que j’écris. Voici deux textounets, courtes pochades assez récentes, autour (comme on dit dans les sous-titres des expositions) du thème des aliments (?) sucrés. Le premier est plaisant, sans plus. Le second a plus de sucre sel.

MAMIE GATEAU

Elle arrive toujours les bras chargés, avec des fleurs (de son jardin, dit-elle, mais ma parole, à force, il ne doit plus en rester beaucoup !) et des gâteaux.

Des gâteaux, beaucoup de gâteaux. Des grands, des petits, des secs, des fourrés, des mous, des consistants, des achetés et des faits maison, avec amour.

« Tiens, tu veux gâteau ? » Elle vous en propose tous les jours. Gêné, on refuse.

Elle vous met le gâteau de force dans la main, pour ne pas dire dans la bouche : « Prends, c’est gâteau. »

Elle est comme çà, Mamie Gâteau.

Allez, on l’aurait bien eue comme grand-mère…

GANESH

C’est un petit garçon qui aime les sucreries,

Oh, mon Dieu qu’il les aime, vous auriez vu, Madame !

D’ailleurs, il ne mange pas proprement

Et fait des miettes.

.

Il aime le Bon Dieu et la Sainte Vierge,

Oh, comme il les aime, vous auriez vu, Madame !

D’ailleurs, il a beaucoup d’images pieuses :

Il en a placardé un peu partout.

.

Il sourit constamment,

Oh , mon Dieu qu’il est content, vous auriez vu, Madame !

D’ailleurs, il est tellement, tellement, tellement,

Tellement, tellement, tellement content

Que parfois, il parle tout seul et bave un peu.

Mignon, non ?

Laisser un commentaire

Faux-nez (1/2)

Retour sur actu : dans le numéro précédent, j’avais évoqué une éventuelle pénurie de vaccins organisée par les labos pour faire monter les prix. Eh bien, bingo ! Le 22 janvier, Pfizer BioNTech assurait ne pas pouvoir livrer le nombre attendu de vaccins « pour des raisons techniques », puis « pour des problèmes de rendement ». Cela s’appelle « le moment boursier »…

Et pas de confinement pour l’instant, c’est-à-dire pendant les soldes…

En 1968, dans Le Jacassin (Le Livre de Poche, 1968), l’écrivain Pierre Daninos dressait un nouvel inventaire des idées reçues, folies bourgeoises et automatismes, à la Flaubert. Une section s’appelait « Si l’on vous dit… n’y croyez pas ! ».

De façon plus profonde et dans un autre registre, George Orwell, dans 1984 (Gallimard, 1950, disponible aujourd’hui en Folio), décrivait un monde futur de dictature censée être acceptée par la population car les mots désignent leur contraire : « La guerre, c’est la paix »,  « La liberté, c’est l’esclavage », « L’ignorance, c’est la force ».

« La Guerre, c’est la Paix. »

George Orwell, 1984.

Aujourd’hui, nous y voilà : les « forces du maintien de la paix », la « flexibilité », un fonds d' »investissement »… Procédé déjà utilisé par des dictatures passées : Pravda signifiait : « La Vérité » !* Aujourd’hui Big Brother, grâce à l’électronique et l’Intelligence Artificielle (technologies néanmoins utiles en tant que tel), multiplie le contrôle décrit par Orwell à la puissance supérieure.

*En 2020, un quotidien libéral français (pléonasme…) s’appelle L’Opinion !

Attention, « certaines scènes risquent de heurter la sensibilité des lecteurs », comme on dit. Si c’est le cas, vous avez échoué au test… Vous avez alors droit à un gage : lire les Mémoires de Charles de Gaulle, militer au Parti communiste, vous intéresser à F. D. Roosevelt… Voici donc mon jacassin à moi, ou plutôt mon tracassin :

  • Ajustement structurel

Mot faux-nez pour austérité.

  • Artiste

Produit marketé par Warner/Sony/Disney. Ex. : rappeur, « chanteuse » de RNB montrant ses cuisses, minet à la Bénabar qui croit jouer les écrivains-poètes, etc..

  • Candidat fantaisiste

Candidat à la présidentielle non adoubé par l’oligarchie, malgré les 500 parrainages (de même qu’il faut dissoudre le peuple, il faut dissoudre les parrainages, en attendant de supprimer les élections !). Spécimen de candidat « fantaisiste » tête de Turc : Jacques Cheminade, qu’on fusilla pour l’exemple en ne validant pas son compte de campagne en 1995. Les comptes de Chirac et de Balladur, eux, étaient bien entendu nickel !

  • Climatosceptique

Mot signifiant peu ou prou « ne croyant pas aux tendances futures du climat », et dont on affuble en réalité ceux qui doutent que ces tendances puissent avoir, en partie ou en totalité, une origine humaine, ce qui n’est pas la même chose ! Le débat est interdit : contredire le GIEC est un blasphème (faire les « gros yeux »…). Faut-il rappeler que le GIEC n’est pas un organisme scientifique ni une association de chercheurs, mais une association intergouvernementale qui examine et synthétise ce qui s’est publié dans la littérature scientifique sur la question de l’influence de l’homme sur le climat (source : http://jancovici.com, le site de J.-M. Jancovici, ingénieur lui même engagé contre le réchauffement climatique). Autrement dit, le GIEC n’est qu’un comité de relecture – et dans lequel les décisions se votent à main levée ! Quand les faits scientifiques relèvent de l’opinion… Les climatosceptiques ne sont pas encore des révisionnistes, voire des négationnistes, mais çà ne saurait tarder !

  • Commission indépendante

Commission partisane, composée exclusivement d’activistes écologistes, et exigée par ces derniers lorsque les analyses des scientifiques (Académie des Sciences, AIEA, etc.) leur déplaisent.

  • Communauté internationale

Désigne ceux qui font tout pour soutenir l’ordre ordolibéral au niveau international. Constituent la communauté internationale : les diplomates de la « doctrine diplomatique Kouchner », l’Otan, l’UE… Face à ce qui va à l’encontre de la « communauté internationale », on est prié de faire les « gros yeux », sur injonction des médias. « La communauté internationale » n’en est pas une. Ce flasque zombie reste une formule creuse, un alibi rhétorique aux mains du Directoire occidental qui s’en est jusqu’ici arrogé le mandat » (Régis Debray, Eloge des frontières, Gallimard, 2010). Ainsi la « communauté internationale » s’agite pour la libération de Navalny mais se fout de Julian Assange qu’on laisse crever dans l’indifférence générale .

Gros yeux !

  • Croissance

Dépression économique et financière. Cela fait quarante ans qu’on nous parle de la croissance américaine, par exemple, pour désigner la « désintégration contrôlée » de ce pays. Et les « experts » continuent de dire : « Les Etats-Unis, première puissance mondiale » : bel exemple de déni ! En réalité ils se basent sur les PNB et PIB qui sont des indices déconnectés de l’économie réelle.

  • Expert

Technocrate désigné pour mettre en place ou faire appliquer des réformes impopulaires. Ex : Christine Lagarde. La désignation d’un expert peut même se substituer à l’élection d’un homme politique, comme on l’a vu en Italie avec Matteo Renzi, seul président du Conseil non élu !

  • Fake news

Informations ou faits que les élites en place ne voudraient pas qu’ils soient divulgués. « Les partisans du président Macron ont tendance à utiliser l’expression fake news pour désigner des faits qui leur déplaisent, davantage que pour brocarder des informations erronées. » (Hadrien Mathoux, in Marianne du 21 février 2020).

  • Fonds d’investissement

Faux-nez pour fonds de spéculation !

  • Forces de maintien de la paix

Expression qui désigne des forces armées déployées pour un conflit qui a vocation de ne jamais se terminer. Spécialistes : les Forces américaines (qui n’ont jamais gagné un conflit depuis la Corée), l’Otan, les Forces françaises déployées en Afrique, et surtout l’ONU.

  • Grande réinitialisation (Great Reset)

Présenté de façon idyllique comme le monde d’après, désigne ce qui sera une dictature monétaire, financière, sociale et politique : une austérité au carré sous des prétextes environnementaux et sous la « gouvernance » réelle d' »experts » Mc Kinsey et BlackRock. Ce nouveau fascisme sera inconsciemment accepté par la population qui, grâce à l’aumône via « l’argent-hélicoptère », pourra accéder à des dérivatifs style abonnement à Netflix. Du pain et des jeux XXL. On aimera le Grand Frère, quoi.

Le  » Grand Chambardement », comme chantait Béart ?

A su(rv)ivre…

Laisser un commentaire

Ma bibliothèque amoureuse (5/infini)

Nous reprenons dès maintenant notre parution bimensuelle (deux fois par mois).

Retrouvez les autres Bibliothèques amoureuses sur ce site et sur http://mrliste.hautetfort.com

Vais-je vous souhaiter bonne année ? Sera-ce l’annus horribilis bis ? Verra-t-on quatre confinements supplémentaires ? Trois mutations du virus ? Une pénurie de vaccins organisée par les labos pour faire monter les prix ? Trois décapitations qualifiées simplement d' »agressions » par Royal ou Hidalgo ? Quatre tabassages policiers sortant opportunément d’un chapeau pour créer un climat face à l’actualité ? Une giletjaunisation des commerçants (quoique faire de la politique à gauche ne leur ferait pas de mal…) ? Une guerre civile entre américains moyens qui ont socialement morflé ces dernières années et américains bobos urbains* ? Un Biden va-t-en guerre menant une intervention contre la Chine ou l’Iran ? L’invasion de la Grèce par les troupes d’Erdogan ? Un krach financier dû à l’éclatement de la bulle des droits de diffusion des matchs de football ? Et les chiens de garde euro-libéraux Lagarde et Moscovici nous asséner que, c’est bien gentil tout çà, mais maintenant, il faut rembourser…

* Concernant l’assaut sur le Capitole, l’on a eu droit à un « incendie du Reichstag » mené par des provocateurs du FBI, et les GAFAM instaurent la censure de l’opposition. Cela pue la mise en place prochaine d’une dictature, par un régime qui ne veut pas de révolte d’un peuple américain qui a été socialement humilié ces dernières années par les politiques post-industrielles de « désintégration contrôlée » !

J’espère que ces fêtes ont été l’occasion de vous faire offrir de beaux livres, ou de beaux disques, non comme une fuite, mais pour appréhender le monde. Cette année est le 250ème anniversaire de la naissance de Beethoven. Je vous propose de vous laver l’âme avec le quatuor Ebène, le seul qui tente de prendre la relève de l’excellent et fameux quatuor Amadeus…

Un extrait du quatuor à cordes n°7 en fa majeur, (op. 59) de Beethoven, par le Quatuor Ebène.

Et bien évidemment, je vous suggère également de vous faire un bon Champouin grâce aux livres, et de partager ma bibliothèque amoureuse…

  • François Rabelais, Oeuvres complètes, L’Intégrale, Seuil, 1973 (Bilingue fr. moderne, fr. moyen)

Drôle d’oeuvre que celle de Rabelais, qu’on ne sait pas comment appréhender, ni « par quel bout prendre » ! Conte pour enfants, farce leste pour adultes, histoires d’aventures extraordinaires, blague potache anti-institutionnelle, conte humaniste, leçon chrétienne, séquences hédonistes style La grande Bouffe… C’est un peu tout cela ! Ma première rencontre vers Gargantua, Pantagruel, Picrochole, Panurge et les autres fut au cours élémentaire, dans le cadre de ce qui s’appelait la radio-télévision scolaire (penser à écrire un papier sur ce sujet…). Déjà, je trouvai cela étrange… Et quelle langue ! Il faut absolument lire Rabelais en français moyen (car ce n’est plus de l’ancien français). Malheureusement, plus tard, Malherbe et Vaugelas castreront la langue française en en faisant un idiome de cour…

  • William Shakespeare, Oeuvres complètes, Bouquins, Robert Laffont. (Bilingue – huit volumes).

Encore un ovni littéraire ! Qu’il faut lire en anglais, bien sûr ! Si l’on excepte les mystères et la commedia dell’arte, c’est tout de même, avec Marlowe, le début du théâtre occidental. Pas mal pour un début ! Le théâtre de Shakespeare est très politique, et nous invite à nous poser des questions sur nos comportements et nos habitudes de pensée : faut-il que « tout le monde meure à la fin » pour nous le faire comprendre ? Mais d’un autre côté, il est si onirique et léger : Le songe d’une nuit d’été semble être un immense Hellzapoppin ! On se dépêcha les siècles suivants d’oublier Rabelais et Shakespeare. Rabelais fut jugé « semeur d’ordures », et Voltaire le détestait. Il fut réhabilité par Hugo. Idem pour Shakespeare, qui fut qualifié de « gothique », et réhabilité au 19ème siècle seulement. On ne comprit pas qu’on puisse être sérieux mais ne pas se prendre au sérieux ! On se dépêcha de dire que Shakespeare n’a pas existé, qu’un autre a écrit son oeuvre… Et surtout, à Londres, aucune rue, ni station de métro, ni statue n’évoque le grand William, si ce n’est un théâtre du Globe reconstitué grâce à l’initiative privée …d’un Américain. Le Globe, qui ne bénéficie d’aucune subvention, risque de fermer définitivement ses portes pour cause de confinement(s), si ce n’est pas déjà fait…

Le théatre du Globe.
  • Friedrich Schiller, Histoire de la révolte des Pays-Bas in Oeuvres de Schiller, traduites par Adolphe Régnier, Hachette, 1859-1860. (Disponible sur Gallica).

Friedrich Schiller (1759-1805) est le fameux poète, écrivain et philosophe allemand. Schiller dont le théâtre est historique (La Pucelle d’Orléans, Guillaume Tell…), c’est-à-dire politique, comme celui de Shakespeare, a écrit aussi un essai sur l’Histoire de la Guerre de Trente ans. Le titre complet de l’ouvrage qui nous intéresse est : Histoire de la révolte qui détacha les Pays-Bas de la domination espagnole. Il s’agit de la révolte des Gueux, événement qui eut lieu aux Pays-Bas (Hollande, Belgique et Nord – Pas-de-Calais actuels) sous domination espagnole à partir de 1566, et dont le chef de file fut Guillaume d’Orange. Le soulèvement, réclamant la liberté religieuse, déboucha sur la guerre de Quatre-vingts ans, opposant les révoltés néerlandais à L’Empire espagnol. Il ne s’agissait pas vraiment d’une guerre religieuse, mais d’une lutte révolutionnaire anti-impérialiste contre l’oppression de Philippe II. L’exécution capitale du comte d’Egmont marqua le début d’un soulèvement général. Ce que raconte Schiller, c’est une succession de rendez-vous ratés avec l’Histoire, pour des raisons confessionnelles, corporatistes, factieuses, de querelles d’ego, et d’erreurs de jugement. Ce n’est pas seulement un Schiller historien, mais un lanceur d’alerte par rapport à notre Présent : ne pas reproduire ces comportements. De plus, Schiller, dont les écrits philosophiques sont souvent, il faut le dire, quelque peu imbuvables, nous fait par contre dévorer (sur Gallica malheureusement) cet ouvrage ! Le fait qu’il ne soit pas réédité est un scandale.

Le sujet fut repris par Goethe dans sa pièce de théâtre Egmont, et Beethoven en fit une musique de scène éponyme avec une ouverture et neuf parties pour soprano, récitant et orchestre.

Beethoven : Ouverture d’Egmont sous la direction de Daniele Gatti.

Que 2021 soit sous le patronage de Ludwig van Beethoven!

A suivre…

Laisser un commentaire

Exercices de « stiche » (1)

Exercices de style, bon d’accord, mais de « stiche », was ist das ? C’est pour évoquer le pastiche, qui est une imitation de style. Ne pas confondre avec la parodie, qui est une forme du pastiche qui souligne les particularités du texte imité en forçant le trait [in Dominique Goust (textes choisis et présentés par), L’Art du pastiche – Anthologie buissonnière de la littérature française de Rutebeuf à Anouilh, Omnibus, 2019].

Votre serviteur ne prétend pas se lancer dans le pastiche pur et vrai : çà n’est accessible qu’à certains écrivains ! Il s’agira plutôt, dans cette nouvelle série, de se frotter au « à la manière de », souvent de la mauvaise parodie, mais tant pis, et hardi petit !

A lire aussi :

François Caradec (présentation et choix de), Les trésors du pastiche, de Villon à Robbe-Grillet, Pierre Horay, 1971

Pascal Fioretto, Et si c’était niais – pastiches, Chiflet, 2007

Paul Aron et Jacques Espagnon, Répertoire des pastiches et parodies, PUPS, 2009

Le plus simple pour débuter, est de partir d’un canevas. Je me suis basé sur les fameux Exercices de style de Raymond Queneau (Folio Gallimard, 1995) dont la trame est l’exercice qui s’appelle simplement Récit. J’ai choisi de ne pas seulement imiter de la littérature, mais aussi des chansons ou des sketches. Parfois le format court, comme pour les nouvelles, s’avère intéressant mais non plus simple. Décidément, voilà une oeuvre qui inspire les pasticheurs : la preuve par Stéphane Tufféry, Le style, mode d’emploi, CyLibris, 1999 (première édition), 2002. 99 nouvelles variantes des Exercices de style, à la manière de Balzac, Hugo, Verne, Proust, Camus, Perec (d’où le titre), Duras, Delerm… Je ne l’ai pas lu et il est malheureusement épuisé ! On remarquera incidemment que les éditeurs de (ou sur le) pastiche : Pierre Horay, Chiflet, Presses Universitaires de Paris-Sorbonne, CyLibris, ne sont pas de grosses machines, tout comme les éditeurs de poésie…

Pour les fêtes moroses de ce Noël 2020, marcjoly vous a concocté un pastiche de Chevallier & Laspalès. Ces deux zozos sont loin d’être les pires de toute la production humoristique, surtout si l’on compare aux stand-ups ineptes débités par les poulains de l’écurie communautariste du Jamel Comedy Club. Bien qu’ils ne s’en soient jamais référé, Chevallier & Laspalès sont les Frères Ennemis (Teddy Vrignault/André Gaillard) des temps modernes, en plus drôle. J’aurai pu citer aussi le duo absurde Pierre Dac/Paul Préboist (eh, oui !) – cela ne nous rajeunit pas.

Un sketch pas si « vieux » : 1968 !

Je ne peux pas reproduire le texte de Queneau (Récit). Je vais donc paraphraser : un midi, au niveau d’un parc parisien, sur la plate-forme de l’autobus S [écrit en 1947], le narrateur voit quelqu’un avec un grand cou, portant un chapeau à ruban, et qui invective un voyageur qui lui écrase les pieds. L’homme au chapeau laisse tomber et s’assied sur un siège libre. Le narrateur le revoit deux heures après devant une gare, discutant avec une connaissance qui lui enjoint de faire remonter par un tailleur son bouton du haut.

Et maintenant, sans filet, le pastiche :

CHEVALLIER : Figure-toi que l'autre jour, vers midi, du côté du parc Monceau...

LASPALES : Ah bon ? J'croyais que c'était à Melun...

C : Non, non.

L : C'était pas à Melun ?

C : Non.

L : Et qu'est ce que t'as vu du côté du Parc Monceau ?

C : Non mais c'était dans un autobus...

L : C'était pas au Parc Monceau ?

C : Si, mais dans l'autobus. L'autobus S, comme sexe.

L : Ah non, pas de çà chez nous ! Nan, nan, nan ! ...Alors t'as vu quoi dans l'autobussexe, heu, S ?

C : J'ai vu un type au long cou.

L : Ouais.

C : Avec un feutre mou, entouré d'un galon tressé, comme un ruban.

L : Ah, y'a qu'au parc Monceau, qu'on peut voir çà !

C : Et j'l'ai vu, parce que j'te rappelle que c'était dans un autobus, interpeller tout à coup son voisin.

L : Pourquoi ? Y faisait quoi son voisin ?

C : Il lui marchait sur les pieds chaque fois que montaient et descendaient des voyageurs.

L : Chaque fois ?

C : Chaque fois que montaient et descendaient des voyageurs.

L : Chaque fois ?

C : Chaque fois que montaient et descendaient des voyageurs.


L : CHAQUE FOIS ?

C : Oui, chaque fois que montaient et descendaient des voyageurs.

L : Ah, c'est fort ! C'est très fort !

C : D'ailleurs après, il a rapidement abandonné la discussion pour se jeter sur une place libre.

L : Ah, le con ! Et après ?

C : J'l'ai revu deux heures plus tard, devant la gare Saint-Lazare.

L : Y prenait l'train pour Melun, non ?

C : A Saint-Lazare, c'est pas pour Melun, c'est pour Le Havre ! Ah, le boulet !

L : Oui, je sais : y passe au Havre, mais y s'y arrête pas. Y prend la nationale !

C : Pour en revenir à mon gars...

L : Ouais.

C : Figure-toi qu'il était en grande conversation avec un ami qui lui conseillait de diminuer l'échancrure...

L : Diminuer quoi ?

C : L'échancrure.

L : Faut jamais aller aux putes. C'est comme çà qu'on attrape des chancrures !
[Un temps] Ha, ha ! J'l'aime bien, celle-là ! On la garde ! Vas-y, continue...

C : Il lui conseillait, l'ami du gars, parce que j'vais pas tout répéter, de diminuer l'échancrure de son pardessus en en faisant remonter le bouton supérieur...

L : Dis donc, c'est compliqué ton affaire !

C : En en faisant remonter le bouton supérieur par quelque tailleur compétent.

L : Compétent, en deux mots ?

C : Non, en un seul. Et puisque tu m'as coupé, mon histoire elle s'arrête là. Et toc !

L : C'est dommage : j'ai bien aimé "échancrure"...

Passez de bonnes fêtes, et retrouvez Rires & Chansons, oups… Retrouvez Le Champouin le 15 janvier. A bientôt !

Laisser un commentaire

Les couvertures auxquelles vous avez échappé (4)

Hebdomadaire pendant le confinement

SPECIAL POCHETTES DE DISQUES

Ce numéro des Couvertures auxquelles vous avez échappé est, à l’approche d’un Noël que j’espère plus gibertien (par exemple) qu’amazonien, un spécial pochettes de disques.

La pochette de disque eut son heure de gloire avec le 78 tours : gros plan d’un Caruso empâté, ou photo de groupe de Ray Ventura et ses Collégiens.

Avec le 33 tours, on eut droit aux belles silhouettes de chefs d’orchestre sur fond noir sur lesquelles se détachait l’étiquette jaune de Deutsche Grammophon, ou bien une photo de groupe (encore) de personnages célèbres : l’album Sgt Pepper’s Lonely Heart Club Band des Beatles.

Les 45 tours furent moins imaginatifs : destinés à ne durer qu’une saison de hit-parade, et se contentant du portrait de l’artiste en minet avec un sourire idiot.

Le CD sonna le glas des pochettes : le support présente une surface trop restreinte, surtout pour les rééditions ! Et puis les maisons de disques rognent sur tous les coûts : plus de photographies ad hoc (on puise dans une banque d’images), encore moins de dessins, plus de livret à rédiger et fabriquer…

Je vous propose aujourd’hui deux pochettes, évidemment réalisées par mes soins. Je ne vous dis rien et vous laisse seulement découvrir celle-ci d’abord :

Et voici l’autre, totalement différente, bien sûr :

Oui, je sais : …peut en cacher un autre.

BONUS

Ces chanteurs auxquels vous avez échappé :

Hugo Frey

Henri Caumacias

Michel-Paul Nareff

Quand j’étais petit, je les écrivais comme çà !

Laisser un commentaire