L’oeil de Paris (12)

HOURRA ! Le présent blog est enfin muni d’un index ! Je pensais ne pas y arriver… De plus je m’étais aperçu que le bouton « commentaire » que j’avais mis en place avait disparu – probablement depuis des mois… Le logiciel me refuse à présent de l’installer, mais en sélectionnant l’article (en cliquant sur le titre), on trouve à la fin « Partager » avec un bouton « E-mail ». En marge de droite un encart explique la chose… A suivre.

Trump : çà part dans tous les sens. Dans cette histoire, mieux vaut prendre du recul. Nous sommes dans une situation où l’on voit enfin que le roi est nu, c’est-à-dire que l’Union européenne est en dessous de tout et ne représente rien, que le G 20 et Davos sont des pantalonnades, que l’Onu est un « machin » et que l’Otan n’a plus de légitimité depuis des années. Si les Etats-Unis deviennent notre ennemi, devra-t-on encore avoir le réflexe idiot de se ranger derrière l’Otan ? Cela fait un peu poncif, mais le caractère chinois qui signifie « crise » signifie aussi « opportunité ». C’est donc l’occasion de tout remettre à plat et de bâtir un nouvel ordre mondial, pas celui du plus fort, mais celui bâti sur une entente de nations sur la base du développement, avec comme outils non les monnaies de singe que sont le dollar et l’euro, mais celles basées sur une politique nationale de crédit. En ce sens les Brics constituent cette alternative. Nous sommes donc à une période très intéressante de l’Histoire, et il est idiot de se créer un ennemi, russe ou chinois !

Pour revenir aux Etats-Unis, ce qui s’y passe aujourd’hui s’apparente malheureusement à une guerre civile. Il faut savoir que tout au long de l’histoire de ce pays, deux factions se sont toujours affrontées. Celle, anti-impérialiste des pères fondateurs, incarnée ensuite (pour faire court) par Hamilton, Lincoln, F. D. Roosevelt et Kennedy ; et celle de la rente esclavagiste puis financière – avec son bras armé interventionniste – incarnée par presque tous les autres… Trump, malgré son côté anticonformiste, est un homme de business

"A l'occasion de chaque représentation, Astrat constituait un dossier de presse auquel venait s'ajouter le programme - abondamment dédicacé par le chef et les interprètes - et, selon le cas, divers éléments des costumes et décors : les bretelles violettes de Mario del Monaco dans le rôle de Rodolfo (La Bohème, Covent Garden, Opéra de Naples, 1946), la baguette de Victor de Sabata, la partition de Lohengrin annotée par Heinz Tietjen pour la mise en scène historique qu'il en donna à Berlin en 1929, les maquettes d'Emil Preetorius pour les décors de cette même représentation, le moule de faux-marbre que Karl Böhm fit porter à Haig Clifford pour le rôle du Commandeur dans le Don Giovanni qu'il monta au Mai Musical d'Urbino, etc."

On m’a reproché de ne pas m’être foulé cet été, avec ma série de trois Oeil de Paris beaucoup trop courts. Dont acte.

Celui qui suit est, pour me rattraper, un peu plus étoffé.

La rue d’Aboukir, commence place des Victoires, pour abou… tir rue Saint-Denis. On pourrait croire qu’elle doit son nom à une défaite : celle de la flotte française (Bonaparte) face à la flotte britannique (Nelson) dans la baie d’Aboukir, en Egypte, entre le 1er et le 2 août 1798. Mais le 25 juillet 1799, les Français y remportent une bataille sur les Ottomans. L’égyptomanie d’alors fait que la rue se trouve à proximité de celles du Caire, du Nil, de Damiette et d’Alexandrie !

Son tracé en oblique par rapport au plan général est un vestige du mur de l’enceinte dite de Charles VII.

L’art d’utiliser les placettes : avec des arbres !

Un bel arrondi d’angle !

Beau motif antique de ce qui fut l’hôtel de Rambouillet.

Immeuble construit par Jules de Joly, avant 1830. La façade est représentative du style Empire tardif. A droite : des médaillons garnis de bustes sur consoles.

Dans la boutique du rez-de-chaussée du même immeuble : une vraie ménagerie !

Au n° 44 se tient une de ces « fausses » façades que l’on peut trouver à Paris. Celle-ci cache un ventilateur de la RATP. Les fenêtres sont en maçonnerie et peintes en gris.

Celà pourrait choquer, mais entre nous, les Aventures de Tintin c’est tellement tarte… Alors soyons fous ! D’ailleurs, bien qu’on ne soit pas dans le Marais, nous sommes dans un quartier gay.

Tant qu’on y est… Ciel, mais qu’est-ce ?

Suite de précédemment… Ou bien faut-il voter pour les Canu(ts). mais nous ne sommes pas à Lyon…

Jeu de mots !

On mange mieux ichi que là-bas !

Eh, apprends l’orthographe !

Snif !

Voilà ce qui reste des services publics… T’as pas cent balles ?

N’est-il pas mignon ?

« L’atelier des artistes en exil (aa-e) se donne pour mission d’identifier des artistes en exil de toutes origines, toutes disciplines confondues, de les accompagner en fonction de leur situation et de leurs besoins, de leur offrir des espaces de travail et de les mettre en relation avec les réseaux professionnels (français et européen), afin de leur procurer les moyens d’éprouver leur pratique et de se restructurer ». Depuis que j’ai pris la photo, l’atelier a déménagé rue Brancion.

« Le siège de la rédaction du magazine L’Histoire fut celui de l’Association des écrivains pour la défense de la culture. Fondée en 1935, elle comptait Paul Nizan, Louis Aragon, ou André Malraux. Au 8 rue d’Aboukir, l’histoire précède L’Histoire ! » – Et dans le reflet de la pancarte, votre serviteur en pleine action !

Et la rue « aboukit » place des Victoires, malheureusement enlaidie par des travaux !

Dekoikonparle ? (10)

Cryptomonnaie et monnaie virtuelle/fictive

Bonne année 2026 à tous ?

Je mets ce point d’interrogation, car un spectre hante non pas l’Europe, mais le monde : le krach financier. Oui, je sais, ce sera le énième mais à chaque fois, tel un clou, une bulle chasse l’autre, afin de sauver les meubles in extremis. Sauf qu’à force (comme on dit), çà ne suffira pas, et la bulle « du moment » (celle de l’IA) pourrait entraîner les autres. En un mot, ce sera la « bulle de tout » (« everything bubble ») – deux millions de milliards de dollars ! – qui va enclencher le krach des krachs, le big one. Depuis le 9 décembre, les Etats-Unis ont une fois de plus inondé les marchés de liquidités pour éviter le krach, dont 74 milliards dans la seule journée du 31 décembre ! Selon l’économiste russe Sergueï Glaziev, « des flots de mensonges accumulés et de capitalisation fictive se déverseront, entraînant les adeptes de la croissance éternelle dans leur sillage, et la sobriété qui suivra cette intoxication narcotique sera brutale et durera des décennies ».

Pas la peine de vous désabonner de ce blog : çà ne changera rien à la réalité ! En tous cas, l’article d’aujourd’hui n’est pas sans lien avec le krach. Alors entre une guerre « préventive » américaine aux Vénézuéla, Colombie, Panama, Cuba, Mexique, Iran, Groenland d’une part (les nouveaux Irak), et le krach financier d’autre part, gar(d)e à vous !

"Au-delà du premier niveau des caves avaient commencé les masses émergées : des escaliers aux marches sonores qui descendraient en tournant sur eux-mêmes, de longs corridors carrelés avec des globes lumineux protégés par des treillis métalliques et des portes de fer marquées de têtes de mort et d'inscriptions au pochoir, des monte-charges aux parois rivetées, des bouches d'aération équipées d'hélices énormes et immobiles, des tuyaux d'incendie en toile métallisée, gros comme des troncs d'arbres, branchés sur des vannes jaunes d'un mètre de diamètre, des puits cylindriques creusées à même le roc, des galeries bétonnées percées de place en place de lucarnes en verre dépoli, des réduits, des soutes, des casemates, des salles de coffres équipées de portes blindées."

A la fin des années 1990, je me vois encore expliquer le marché des produits financiers dérivés à mon père qui me répondait : « tu dis que c’est opaque, mais c’est pas possible : il y a bien une trace dans les livres de comptes ». Il en était resté aux bonnes vieilles actions et obligations de la « Bourse de papa » et ne croyait pas au casino qu’étaient devenus les marchés financiers. Expliquer ce qui va suivre à ceux qui ont connu les francs et qui en sont restés au bons vieux Instituts d’émission et autres Chambres de compensation n’est pas de la tarte !

Cryptomonnaies et monnaies virtuelles. Tout d’abord ces deux-là n’ont rien à voir avec la monnaie dématérialisée, où il s’agit d’abandonner le papier monnaie ou les pièces (trop chers à fabriquer, falsifiables, encombrants, non hygiéniques), les chèques, voire la carte de paiement, et de les remplacer par des opérations via un smartphone, un porte-monnaie électronique ou que sais-je. On y viendra, c’est l’évolution normale des choses, et tout cela doit être encore basé sur des devises « réelles »1 : dollar, euro, yuan, etc.

1. Je mets des guillemets, car dollars et euros sont depuis longtemps émis sans contrepartie en biens ou projets réels et productifs. De la fausse monnaie, en quelque sorte.

« Véritable Monnet de singe » (allusion au monétariste Jean Monnet, sans jeu de mots). Dessin de Karel Vereycken (1988).

Les monnaies virtuelles, c’est tout autre chose, et il faudrait plutôt parler de monnaies fictives. Ce sont les cryptomonnaies, des instruments financiers créés immatériellement, simples codes informatiques servant à la spéculation (surtout) ou aux échanges. Ils ne passent pas par les banques nationales ou centrales. Pour assurer la sécurité des échanges, les cryptomonnaies reposent sur des technologies de cryptographie (d’où leur nom) comme la blockchain2. La valeur des cryptomonnaies fluctue en fonction de l’offre et de la demande.

2. On pourrait consacrer un Dekoikonparle à la blockchain et autres tokens et NFT. Mais tout est fait pour qu’on y comprenne rien….

Blockchain : toutes les transactions sont inscrites dans des blocs qui, attachés les uns aux autres, forment une chaîne - d'où le nom "blockchain". Ces transactions peuvent être ouvertes à tous (comme celles du bitcoin), ou privées (alors seuls les membres en ont les codes).

Bon. Là, pour le coup, les « cryptos » ne sont pas adossées à une politique de crédit productif. Il s’agit ni de monnaie nationale, ni de monnaie commune3, car émises par des « acteurs non-gouvernementaux » : banques privées, entreprises, fonds spéculatifs… La première cryptomonnaie et la plus « populaire » est le bitcoin (BTC), lancé en 2009. Ses transactions sont réalisées sous pseudonymes, mais le registre est ouvert à tous.

3. Une monnaie commune (ex. feu l’ECU) est partagée par plusieurs Etats sans se substituer à leurs monnaies nationales, tandis qu’une monnaie unique (ex. l’euro) est supranationale.

On pourrait se rassurer car il existe des cryptos adossées à des valeurs « stables », d’où leur nom de stablecoins. Ces derniers sont supposés permettre de bénéficier des avantages offerts par les cryptomonnaies traditionnelles, comme l’immutabilité et le pseudonymat, sans leur principal défaut qu’est leur grande volatilité. Mouais…

LESAVIÉVOU ? Le vocabulaire halieutique s'est imposé très tôt dans le lexique des cryptomonnaies. Les petits épargnants sont les shrimps (crevettes). On passe ensuite aux crabs, fishes, sharks, jusqu'aux plus gros : les whales (baleines). La biodiversité cryptomonétique recense les baleines historiques (les investisseurs précoces), les baleines dormantes (portefeuilles restés inactifs), les baleines institutionnelles (fonds spécialisés, trésoreries de grands groupes, banques)...

La mal nommée loi GENIUS4, téléguidée depuis la City de Londres et signée par le Président Trump le 19 juillet 2025, propose d’adosser une crypto « à des réserves liquides et sûres, par exemple le dollar ou les bons du Trésor américain ». Outil non de régulation mais de dérégulation car il délègue cette responsabilité aux autorités des cinquante Etats ! Il y a quand même des économistes européens intelligents (si, si !) qui voient avec cette loi un moyen de booster le dollar, qui pourrait même aboutir à la mort des systèmes bancaires publics par le pillage des actifs européens par un empire américain lourdement endetté qui cannibalise ses alliés afin de survivre et de préparer à la guerre. La montée spectaculaire de ce marché est une nouvelle tentative de sauver le dollar en faillite, avec beaucoup plus d’argent sale qu’en 2007-2008 provenant cette fois des stablecoins, mais aussi des autres cryptomonnaies.

4. Guiding and Establishing National Innovation for US Stablecoins Act (Loi nationale pour l’orientation et la mise en place innovante des stablecoins).

Abracadabra ! Une nouvelle monnaie !

Tenez-vous bien : la valeur totale des stablecoins en circulation approche déjà les 250 milliards de dollars, contre 1 milliard en 2018 ! Le marché est dominé à 90% par deux « acteurs » américains : Circle et Tether. Et les stablecoins sont hébergés par les mêmes blockchains que les cryptos « non stables », elles-mêmes connectées au darknet. C’est donc une véritable invitation à toutes les mafias à blanchir leurs capitaux via ce système. Cette croissance contamine déjà le système financier traditionnel (fonds monétaires, fonds de pension, banques) : SG Forge5 (filiale de Société Générale) et JP Morgan Chase ont lancé leurs propres stablecoins, ainsi que PayPal et BlackRock. Amazon et Walmart envisagent de le faire. Les banques vont elles être remplacées à terme par des conglomérats technologiques ? D’après Paul Spydell, journaliste de The Economist, journal pourtant porte-parole de la City de Londres, le marché américain « est la quintessence d’un concentré d’idiotie »

5. To forge signifie falsifier, faire un faux !

Faux billet distribué lors des manifestations nationales contre le réforme des retraites.

On nous vend donc une monnaie privée totalement fictive, aussi fictive que l’étaient les promesses des tulipes hollandaises, des assignats français ou des bons Mefo hitlériens. On sait comment tout cela s’est terminé… Certes, on pourrait dire que la bulle des cryptos a déjà éclaté : ce marché ayant subi au mois d’octobre dernier (toujours octobre…) la plus grande chute de son histoire. Mais cette chute finira par entraîner celle de toutes les autres…

La zone euro prévoit de réagir… en créant une monnaie interbancaire numérique fonctionnant sur une blockchain, reliant banques centrales, banques commerciales et autorités de régulation. Donc les Européens ne contestent pas les fondements de ce système numérique et féodal ! Ils feraient mieux de s’inspirer de la politique de Franklin D. Roosevelt de 1933 (crédit productif et tri entre banques utiles et banques parasites) ou de celle, actuelle et potentielle, des BRICS (alternative au dollar grâce au crédit productif), même si bon nombre de ces derniers veulent aussi lancer leurs propres stablecoins, mais adossés à leur monnaie nationale.

La Banque populaire de Chine a convoqué une réunion le 29 novembre en vue de « freiner la spéculation dans le commerce de monnaies virtuelles », réaffirmant que les cryptomonnaies « n’ont pas cours légal et n’ont pas le même statut juridique que les monnaies fiduciaires. Elles ne doivent pas – et ne peuvent pas – servir de monnaie sur le marché.[…] Elles comportent des risques d’utilisation à des fonds de blanchiment d’argent, de fraude à la collecte de fonds et de transferts transfrontaliers illicites de fonds ». En interdisant les cryptomonnaies, Beijing réaffirme donc la création monétaire comme prérogative exclusive du gouvernement. Une politique 100% à l’opposé de celle du gouvernement Trump…

Sources :
EIR Strategic Alert, Nouvelle Solidarité, The Conversation, Le Monde diplomatique, The Economist.

Belle transition pour vous suggérer cette exposition très intéressante aux Archives nationales [https://www.archives-nationales.culture.gouv.fr/evenements/faux-et-faussaires-du-moyen-age-nos-jours] .

La poésie en chansons

La Stratégie de sécurité nationale publiée par la Maison blanche le 4 décembre vise dans le mille. Ce document interdit expressément toute extension de l’Otan et offre du coup l’ardente occasion pour les Etats-Unis de quitter ce « machin » qui aurait dû être dissous en 1991 ! Aha !

J’ai fait un tour à la manif parisienne « pour Gaza » le 29 novembre dernier. Folklore habituel : keffiehs, culte du martyr et antisémitisme. J’ai dit à certains manifestants qu’il fallait exiger la libération de Marwan Barghouti. Ce membre du Fatah a été enlevé en 2002 par des agents israéliens, et croupit depuis en prison dans ce pays. Ce type, rallié à la non-violence, est le seul homme politique capable de diriger la Palestine, le seul qui puisse oeuvrer à l’édification d’un Proche-orient en paix ! Hélas, hélas, hélas, la plupart des gens présents à cette manif n’en avaient jamais entendu parler. Révolutionnaires à deux balles !

LA LISTE PEREC DU JOUR :

"A l'intérieur de cette boîte, il y avait un mouchoir de soie verte, vraisemblablement taillé dans un mouchoir de parachute ; un agenda couvert de notations sybillines du genre "Debout", "gravures en losanges", "X-27", "Gault-du-Perche", etc. dont le difficile déchiffrement n'apporta aucun élément concluant ; un fragment de la carte au 1/160 000e du Jutland, initialement dressée par J. H. Mansa ; et une enveloppe vierge contenant une feuille de papier pliée en quatre : en haut et à gauche de la feuille de papier était gravé un en-tête :
Anton
Tailor & Shirt-Maker

16 bis, avenue de Messine
Paris 8e
EURope 21-45
surmontant une tête de lion qu'en terme d'héraldique, on aurait qualifié de passant ou léopardé."
 

Notre « tour de chant » de Noël » ! Après les calamiteuses Chansons Africa de l’année dernière, je vais me rattraper avec la poésie française mise en chansons. Pléonasme s’il en est, car tout poème*, même sans musique, est une chanson…

*Poème ou bien poésie ? Le Robert concède qu’une poésie est un « poème (généralement assez court) ».

Passons en revue certains interprètes (Ferré, Brassens, Reggiani, Ferrat…) qui ont chanté des poèmes, dont certains en ont fait leur fonds de commerce. Rutebeuf, Villon, Baudelaire, Verlaine, Rimbaud, Aragon, Eluard, c’est mieux que Vianney, Maé, Bénabar ou Raphaël, qui n’hésitent pas à se présenter comme poètes. Je ne parle pas des rappeurs, que certains n’hésitent pas (même pas peur !) à présenter comme les nouveaux chanteurs à texte…

[Nota : à deux exceptions près, je n’ai trouvé que des vidéos en audio seul. On ne verra donc pas les interprètes en action, et c’est bien dommage.]

Nous allons commencer avec Rutebeuf (1245-1285) dont on ne sait quasiment rien de sa vie et qui a oeuvré dans le registre polémique et satirique. Parmi ses vers les plus célèbres, on trouve certainement ceux issus des Poèmes de l’infortune : « Que sont mes amis devenus, que j’avais de si près tenus, et tant aimés… ». S’il n y en a qu’un pour interpréter la poésie française, çà ne peut être que Léo Ferré, et c’est lui qui va s’y coller pour Rutebeuf (même si ce dernier a été aussi merveilleusement chanté par l’excellente Joan Baez) :

Léo Ferré, Pauvre Rutebeuf, adaptation moderne des poèmes de ce dernier (musique : L. Ferré), 1955.

Brassens, lui, avait chanté la Ballade des Pendus de François Villon (1431-post. 1463). Cette version étant trop connue, j’ai choisi celle chantée par Serge Reggiani, jeune vieux (lui aussi) ne faisant pas dans la gaieté, et interprète quasi oublié maintenant. Pour moi, la poésie « moderne » commence avec Villon, cet écorché vif des bas-fonds à la Rimbaud, avec un zeste de Pasolini. Selon certains, Villon aurait participé à ce qu’on appelle le renseignement politique. Voyou et espion ?

Serge Reggiani, La Ballade des Pendus (texte : F. Villon, musique : L. Bessières), 1968.

Décidément, la poésie pré-classique inspire beaucoup les chanteurs ! Voici, moi qui pourtant n’aime pas La Pléïade, Joachim* du Bellay (1522-1560) avec Heureux qui comme Ulysse, interprété toujours pas par Brassens mais par Ridan (prononcer « Ridane »), chanteur pas vraiment connu de ceux qui écoutent Ferré ou Ferrat. A ceux-là, je dis : n’ayez pas peur, ce n’est pas un rappeur ! Avec ce petit clip d’animation, Ridan nous chante du Bellay d’une manière inattendue, peut-être trop légère pour certains :

* »Joaquime » ou « Joachin » ? De même Guilhem : « Guilème » ou « Guilin » ? Ghislaine : « Jislaine » ou « Guilaine » ? Je n’ai jamais su…

Ridan, Ulysse (texte : J. du Bellay, musique : Ridan), 2007.

Georges Brassens, La Légende de la Nonne (texte : V. Hugo, musique G. Brassens), 1956.

Aujourd’hui, « Rimbaud chanterait », clamait Michel Delpech… « Les bras en croix », même ! Voici Sensation (Par les soirs bleus d’été, j’irai dans les sentiers/Picoté par les blés, fouler l’herbe menue…), interprété par Robert Charlebois, que peu de gens connaissent dans ce répertoire. Charlebois n’a pas fait que ses chansons libertaro-rock-identitaires des années 70 !

Robert Charlebois, Sensation, (texte : A. Rimbaud, musique : R. Charlebois), 1969.

Louis Aragon, quand il ne s’égarait pas dans des odes à Staline, écrivait d’excellents poèmes facilement adaptables au chant. Pour changer des pseudo- camarades Jean Ferrat/Isabelle Aubret qui en on fait leur fonds de commerce, voici Francesca Solleville, vraie communiste à l’écart du show-biz. Elle chante J’entends, j’entends d’Aragon mis en musique par Ferrat :

Francesca Solleville, J’entends, j’entends (texte : L. Aragon, musique : J. Ferrat), année ? .

Ah ! Encore Léo Ferré ! Mais je dois avouer que dans ce qui suit, il me déçoit : il s’agit de la fameuse Chanson d’automne de Paul Verlaine (Les sanglots longs…), dont on espérait mieux de la part du grand Léo, qui en fait une mauvaise parodie… On comparera, en gardant le meilleur pour la fin, avec l’interprétation nostalgique et très swing, par Charles Trenet (qui s’est accordé quelques licences par rapport au texte original, certes…) accompagné d’un excellent orchestre :

Léo Ferré, Chanson d’automne, (texte : P. Verlaine, musique : L. Ferré), 1986.

Charles Trenet, Chanson d’automne, (texte : P. Verlaine, musique : Ch. Trenet), 1941.

Quelle époque épique !

Propos révélateurs prononcés il y a trois semaines par Angela Merkel sur le site hongrois Paritzan : elle a déclaré que Macron et elle-même avaient souhaité engager des entretiens directs avec Poutine en 2021 au sujet de l’Ukraine, mais que l’UE en avait été empêchée par les trois pays baltes et la Pologne. Si des pourparlers diplomatiques avaient été menés à l’époque, a-t-elle admis, on aurait pu empêcher l’invasion de l’Ukraine par la Russie…

« On ne peut pas défendre le Hamas, la République islamique d’Iran, et prétendre soutenir les femmes afghanes. Je suis l’anti-Rima Hassan » (Marzieh Hamidi, afghane, championne de taekwondo, et militante pour le droit des femmes).

Cambriolage du Louvre : l’ancien gardien de musée que je suis est de tout coeur avec celles et ceux qui étaient en première ligne. Encore une fois, le drame aurait pu être évité ou restreint s’il y avait eu plus de moyens budgétaires, humains et matériels mis à la disposition du musée, bien que, il faut le reconnaître, il est difficile de sécuriser un bâtiment de 243 000 m2 à moins que les PC sûreté et sécurité deviennent eux-mêmes des usines à gaz….

Et puis pensons aux conditions de travail d’agents travaillant dans un lieu qui fut le Louvre, puis le Grand Louvre, puis un encore plus grand Louvre, puis un toujours plus grand Louvre*, sachant que chaque agrandissement du musée appelle toujours celui de son visitorat, constitué aujourd’hui de hordes de beaufs mondialisés. C’est tout juste si, au château de Versailles, ces derniers ne mangent pas des glaces dans la galerie du même nom…

*Et toujours pas de réservation obligatoire pour réguler les flux, comme au Rijksmuseum, à l’Ermitage ou à l’Alhambra de Grenade…

Paru dans L’Humanité Magazine du 23 octobre.

LA LISTE PEREC DU JOUR :

"Sur [la table] de gauche, une lampe dont la forme affecte la forme d'un artichaut, et une assiette octogonale en étain sur laquelle sont posés deux morceaux de sucre, un verre et une carafe d'eau en cristal avec un bouchon en forme de pomme de pin ; sur celle de droite, une pendulette rectangulaire dont le boîtier en acajou veiné est incrusté d'ébène et de métal doré, un gobelet en argent à monogramme, et une photographie dans un cadre ovale représentant trois des grands-parents de Bartlebooth. Sur la tablette inférieure,  est posé un agenda de grand format, relié en cuir noir."

*Le problème se pose également pour l’Art moderne : moderne, mais jusqu’à quand ? A tel point que, vers 1960, il a été supplanté par l’Art contemporain, qui l’est lui-même de moins en moins… Klein ou Warhol, c’était il y a soixante ans : plus très contemporain !

Il y a plusieurs façons de répertorier les chrononymes. Il y a les « ères », ces périodes longues. J’en ai cité trois. Ajoutons la Préhistoire (Paléo- et Néolithique) ou l’Ancien Régime. On notera beaucoup de ces divisions concernent surtout le monde européen. Par abus de langage, on évoque « l’Inde antique » ou « le Japon médiéval ». Enfin, ajoutons, vous en serez témoins, qu’il est difficile d’établir une typologie cohérente, d’autant qu’une entrée peut appartenir à plusieurs catégories.

On compte aussi des périodes moins longues, marquées par des dynasties ou des longs règnes : l’Ere des Pharaons noirs (Egypte, 15ème dynastie), Le Siècle de Périclès, la Papauté d’Avignon, l’Ere élizabéthaine, le grand Siècle (= le règne de Louis XIV), la Restauration, l’Ere victorienne (les Anglais disent The Victorianism), l’Ere Meiji, la dictature des Colonels (Grèce ou Turquie). Sans faire référence à des règnes mais à des siècles, on peut citer le Quattrocento (Attention, piège ! Il s’agit, en Italie, des années 1400, donc de notre 15ème siècle) !

La Restauration.
Doit-on continuer à compter les années avec un système basé sur la naissance du Christ ? Ce procédé arbitraire peut paraître totalement illégitime pour certains peuples... La revue L'Histoire  utilise av. (ou ap.) n. è., comprendre "notre ère", ce qui ne résout pas le problème : "notre ère" signifie celle que nous avons déterminée... d'après la naissance de J. C. ! On n'en sort pas... Il vaudrait mieux utiliser è. c. pour "ère commune", afin de dire "c'est l'ère communément utilisée, mais qui ne représente rien pour nous". Pour les temps les plus lointains (géologie, histoire du vivant, paléontologie), les auteurs utilisent B.P. (before present), car on n'est plus à 10 000 ans, voire 100 000 près !

Beaucoup de chrononymes désignent une période marquée par un évènement ou une action : il s’agit alors d’un praxonyme. C’est la catégorie la plus nombreuse.

Certains praxonymes ont rapport à la guerre, hélas. Ce sont même les plus prolifiques. Outre les Guerres du Péloponnèse, puniques, de Cent Ans, de Sept Ans, etc.- et les deux Guerres mondiales, on peut citer les grandes Invasions, la Guerre des Deux-Roses, la Reconquista, la Guerre des Boers, la Grande Guerre, la drôle de Guerre*, les Guerres d’Espagne, du Vietnam (très longue…), des Six Jours (très courte…), ad nauseam, malheureusement.

*Celle-ci se dit der Sitzkrieg (la guerre assise) en allemand et Dziwna Wojna (la guerre étonnante) en polonais. En américain, on dit The Phoney War (la fausse guerre), comprise Funny War par le journaliste Roland Dorgelès, d’où « la drôle de Guerre » !

Notons également les révoltes et révolutions en tous genres : la Grande Jacquerie, la Fronde, la Glorieuse Révolution (anglaise de 1688), la Révolution (française) et en miroir la Chouannerie, la Jeune Allemagne* (1815-1848) – manifestation locale du Printemps des Peuples, le Risorgimento**, la Commune, le Printemps de Prague, l’Intifada, les Printemps arabes.

*Appelée en allemand le Vormärz (« l’avant-mars »), c’est-à-dire toute la période préparant la révolution allemande avortée de mars 1848. En miroir, la réaction à ce mouvement s’appelle le Biedermeier, du nom d’un personnage de roman, bonhomme sans histoires et conservateur. Ces appellations sont tout autant politiques que culturelles. Le terme français Jeune Allemagne, fait référence à la Jeune Europe (Jeunes Turcs, etc.), dynamique d’émancipation des peuples du joug des empires.

**Littéralement « la résurgence ».

La Fronde.

D’autres appellations désignent des périodes marquées par des orientations volontaristes politiques, économiques (les Siècles d’or espagnol ou hollandais), religieuses ou intellectuelles (le Siècle des Lumières*). Ainsi la Réforme (et en miroir, la Contre-Réforme), The Gilded Age (l’Age d’or, 1865-1901, Etats-Unis)**, le Sexenio Democratico (Espagne, 1868-1874), le Front Populaire, les Trente Glorieuses*** (et en miroir, les Cinquante Piteuses qui ont succédé), la Perestroika.

*On dit The Enlightment (« l’illumination ») en anglais et die Aufklärung( « l’éclairage ») en allemand.

** Cet « âge d’or », malgré le développement extraordinaire des Etats-Unis en cette période, est à relativiser.

***Praxonyme inventé par l’économiste Jean Fourastié (Les Trente Glorieuses ou la Révolution invisible de 1946 à 1975, Fayard, 1979) sur le modèle des Trois Glorieuses (trois jours de révolution de juillet 1830). Pour la période d’après 1975, celle de « la crise », on parle des Trente (qui sont maintenant cinquante) Piteuses...

Certains chrononymes désignent des âges d’or plus de passion que de raison : ainsi la Belle Epoque, les Années folles*, la Movida (décennie d’euphorie et de libération culturelle en Espagne après la mort de Franco).

*Appelées die Goldene Zwanziger et The Golden Twenties (« les années vingt dorées ») par les Allemands et par les Britanniques, et The Roaring Twenties (« les années vingt rugissantes ») par les Américains .

D’autres désignent des périodes noires : la Peste noire, la Terreur, les Hungry Forties (famine irlandaise due à la contamination intentionnelle britannique de la pomme de terre par le mildiou dans la décennie 1840), la Grande Dépression (américaine, après le krach de 1929), l‘Occupation (et en miroir, la Résistance), les Années de Plomb (Italie, années 1960-70).

La Résistance.

Ces listes ne sont pas exhaustives et, certaines entrées peuvent appartenir à plusieurs catégories.

Enfin, certains évènements sont désignés par leur date : la Saint-Barthélémy, la Nuit du 4 août, Thermidor (renversement des robespierristes le 9 thermidor an II), le 18 brumaire, la Nuit des Longs Couteaux, le 18 Juin 1940, Mai 68, Bloody Sunday (tuerie par l’armée britannique de 28 militants pro-irlandais à Derry le 30 janvier 1972), le 11 septembre (2001), jusqu’au récent 7 octobre (2023)…

Bref, quelle(s) époque(s) épique(s) !

[Nota : Quelle époque épique fut une chronique « du drôle et de l’insolite » animée par Yolaine de La Bigne sur France Info de 1987 à 2001. J’ai cru bon d’emprunter ce titre à propos de chromonymes.]

L’oeil de Paris (11)

Rue Abel-Hovelacque

La question n’a pas été soulevée par un politicien bardello-retailliste, mais par Maurice Berger, pédopsychiatre (Marianne du 20 février 2025) : « Arrêter toute immigration, même celle qui concerne le regroupement familial, qui agrandit les clans et les mineurs non accompagnés, et se concentrer sur une immigration de travail choisie provenant de pays où il n’y a pas de fonctionnement groupal clanique ou ethnique ». Il a raison : ce n’est pas la gueule de l’Autre qui pose problème, mais son degré d’intégration.

Provocations de la part de l’Otan, Occident au bout du rouleau qui joue son va-tout en se créant un ennemi, mise en place d’éléments nazis en Ukraine par le biais de la « révolution de couleur » de 2014, et rôle flagrant joué par les Britanniques (on m’a cité le torpillage d’un accord par Boris Johnson en 2014) dans le sabotage des efforts de paix : voilà ce que j’entends maintenant (même pendant les vacances, période apolitique s’il en est) de la bouche des uns et des autres. En effet, plus je discute avec des connaissances et même avec des inconnus, plus je m’aperçois qu’ils ne partagent plus le narratif officiel à propos de la guerre en Ukraine, ce qui était loin d’être le cas il y a quelques mois. Les gens ne gobent plus les salades des « sachants » AFP/BFM/ Le Monde/France Info.

LA LISTE DU JOUR (extraite de David Foenkinos, La délicatesse, 2012, Gallimard) :

Résultats de ligue 1 le soir
où Charles comprit
qu'il ne plairait jamais à Nathalie

Auxerre - Marseille : 2-2
*
Lens - Lille : 1-1
*
Toulouse - Sochaux : 1-0
*
Paris SG - Nantes : 1-1
*
Grenoble - Le Mans : 3-3
*
Saint-Etienne - Lyon : 0-0
*
Monaco - Nice : 0-0
*
Rennes - Bordeaux : 0-1
*
Nancy - Caen : 1-1
*
Lorient - Le Havre : 2-2

Rue commençant avenue des Gobelins et finissant rue Auguste-Blanqui. Elle dessine un quart-de-cercle autour de la Place d’Italie.

Hovelacque a travaillé sur les langues, et, autre temps autres moeurs, sur les races. Il est le père de l’anatomiste André Hovelacque. Son cousin germain Maurice Hovelacque (1858-1898) est un géologue spécialiste de paléontologie.

Au dessous de ce grand vide, les rames de métro sortent de terre (non visible de la rue) pour rejoindre l’atelier dit « d’Italie », dont on voit le toit sur la droite, pour la ligne 6. Belle vue sur le Panthéon, malheureusement gâchée par une enseigne.

Autre vue au-dessus de l’atelier RATP : le fameux immeuble (moche) de la rue Croulebarbe (la « tour Albert », du nom de son architecte). Construit en 1958, c’est le premier IGH (immeuble de grande hauteur : au moins 52 m entre l’accès pompier le plus bas et le sommet) construit à Paris. Au premier plan en bas : l’atelier d’Italie.

Autre immeuble moderne, mais avec de la verdure, c’est gai.

Ce crépi rose donne un air lyonnais !

Jolis balcons…

Une devanture de cinéma plutôt originale (çà sent le Pathé…).

Ecole supérieure Estienne – Art et Industries graphiques.

La grille de l’école Estienne – on finit en beauté.

L’oeil de Paris (10)

Rue Abel-Ferry

Rue Abel-Gance

Pendant les vacances, la presse publie ses « séries d’été ». Ainsi, Marianne (L’été de Marianne), L’Humanité Magazine (Les séries d’été) ou Charlie Hebdo (Série d’été). Pour vendre, toujours les mêmes recettes : les faits divers, ou le sexe. Marianne du 24 juillet : Les pratiques sexuelles vues par les religions (2/6) – Sexe et menstruations : quelles sont les règles ? Charlie Hebdo du 23 juillet : Deux mille ans de sexe vus par la science (2) – Menstrues : le sang maudit…

Lu sur le site Paris la Douce (https://www.parisladouce.com/) : « « Le Sphinx et la Rose » lance des ponts entre les univers de Leonor Fini (1907-1996), peintre et graveuse d’origine italienne née en Argentine, et Florian Mermin (né en 1991). La rose élément clé de l’exposition se fait à la fois motif et matériau, symbole et parfum. Le dialogue originel se noue entre le tableau de Leonor Fini « La Beauté – Le Sphinx à la rose » (1974) et une sculpture inédite de Florian Mermin posée en regard, « Le Sphinx et la Rose » (2025). Oeuvre de céramique colonisée par des papillons étranges, celle-ci emprunte la forme d’un flacon de parfum parcouru d’épines de la rose, posé sur des pattes de sphinx ». Le Sphinx et la Rose ? Et moi qui croyait que çà avait un rapport avec Mitterrand…

La pétition contre la loi Duplomb, bien nommée pour une loi anti-environnementale : agriculteurs voulant nourrir la planète et croulant sous les normes, versus écolos urbains malthusiens obsédés par le bio ? C’est l’affrontement voulu par le pouvoir pour mieux diviser. Oui, il faut un objectif de croissance dans un but de progrès sanitaire. Mais oui aussi, le glyphosate est une saloperie et l’agriculture intensive est néfaste. Le problème n’est pas là. Il faut plutôt se demander qui a initié cette loi, et qui représente officiellement l’agriculture. Bingo : la FNSEA ! C’est-à-dire les puissances d’argent contre le « peuple oublié », comme disait Roosevelt. Après le référendum volé de 2005, le passage en force de la loi El-Khomri et de la réforme des retraites, le projet d’année blanche, et (pour certains, certes) le vote volé du 1er tour des dernières législatives, voilà un bon motif de scénario à la Gilets jaunes. Le peuple rural et péri-urbain vs les sachants des villes, ce que Christophe Guilluy appelle Périphéria contre Métropolia.

LA LISTE DU JOUR (extraite de Paul Lafargue, La religion du Capital, Flammarion, 2018) :

"Le Capital est le Dieu réel, présent partout, il se manifeste sous toutes les formes - il est or éclatant et poudrette puante, troupeau de moutons et cargaison de café, stock de Bibles saintes et ballots de gravures pornographiques, machines gigantesques et grosses de capotes anglaises".

La religion du Capital : on en parlait, justement.

Suite des Abel, mais là, il s’agit du prénom.

Commençant boulevard Murat et finissant rue de la Petite-Arche. Abel Ferry député des Vosges ? Çà me dit quelque chose… Bingo : c’est le neveu de Jules Ferry. Les Ferry sont une grande famille de Saint-Dié.

Beaucoup de verdure sur cette artère desservant des HLM près de la Porte de Saint-Cloud.

Un petit coin au frais et à l’ombre.

Oui, le type du film Napoléon (1927). Une rue commençant quai de la Gare et finissant avenue de France.

Oublions d’emblée l’horrible perspective sur ce quartier en travaux…

Le début de la rue, ainsi que que la perspective opposée sont plus engageants ! Il faut dire que la rue traverse un jardin.

Un bâtiment étrange, mais dont la couleur ressort bien dans la verdure.

Jardin James-Joyce ou bien de la Mémoire ? Faudrait savoir…

Encore de la verdure.

Il y a même des bestioles !

Lecture, calme et otium.

L’oeil de Paris (9)

Désolé de gâcher vos vacances, mais pendant ce temps, les « affaires » continuent :

L’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), l’organisme de surveillance nucléaire censé être neutre, a admis après les attaques israéliennes (et avant les attaques américaines) que l’Iran ne fabriquait pas de bombe, bien que son directeur Rafael Grossi ait affirmé dans une résolution le 12 juin, juste à temps pour fournir à Israël un prétexte pour attaquer*, que l’Iran avait « violé » certaines dispositions. Mais, ainsi que l’a déclaré l’ancien analyste et diplomate britannique, le bien nommé Alastair Crooke sur Conflicts Forum’s Substack du 20 juin, cette résolution sortait tout droit du logiciel de l’AIEA, la plate-forme Mosaic établie par… la société d’analyse des données Palantir, un « machin » faisant partie de l’ « Etat profond » étasunien, fondé par le suprémaciste Peter Thiel**! A tous les coups çà marche, cf. le tube d’anthrax naguère brandi par Colin Powell, ou bien l’affirmation selon laquelle l’armée irakienne était la troisième du Monde, ou encore le prétendu refus du Japon de capituler en 1945, alors que des négociations étaient déjà entamées par le truchement du Vatican. Cela valait bien une petite bombe nucléaire, n’est-ce pas ? En tous cas, David Sacks responsable des « cryptos » à la Maison-Blanche, Elon Musk conquistador de la tech sans la dimension de nouveaux principes physiques, et notre Peter Thiel qui avec Palantir dispose d’un quasi-monopole des données sensibles, ont un point commun : tous trois originaires d’Afrique du Sud, ils ont été élevés dans une idéologie d’apartheid…

*Souligné par nous.

**Palantir est également fournisseur de notre DGSI. Faiblesse de la France ou bien allégeance ?

Power. Les 48 lois du pouvoir. Vendu à 200 000 exemplaires en France, ce guide de Robert Greene pour devenir tout-puissant dans le business a été l’un des ouvrages les plus commandés, grâce au Pass Culture, par les lycéens...

LA LISTE DU JOUR (extraite de Joseph Kessel, L’Armée des Ombres, Charlot, 1943) :

"  Le temps passe.
Je me suis amusé à dresser de mémoire la liste des journaux clandestins que je connais.

L'Avant-Garde,
L'Art Français,
Bir-Hakeim,
Combat,
L'Ecole Laïque,
L'Enchaîné du Nord,
L'Etudiant Patriote,
France d'abord,
Franc-Tireur,
Le Franc-Tireur Normand,
Le Franc-Tireur Parisien,
L'Humanité,
L'Insurgé,
Les Lettres Françaises,
Libération,
Libérer et Fédérer,
Le Médecin Français,
Musiciens d'aujourd'hui,
Pantagruel,
La Père Duchesne,
Le Piston,
Le Populaire,
Résistance,
Rouge Midi,
Russie d'aujourd'hui,
L'Université Libre,
Valmy,
La Vie Ouvrière,
La Voix du Nord,
La Voix de Paris,
La Voix Populaire "

Cela vaut quelques commentaires. Le Père Duchesne fut le titre de plusieurs journaux concurrents pendant la Révolution. Combat cessa en 1974. Titres toujours existants : L’Humanité fondée par Jean Jaurès en 1904, La Vie ouvrière (« organe » de la CGT) fondée par Pierre Monatte en 1909, La Voix du Nord ainsi que Les Lettres françaises. Libération (fondé en 1927 !) s’éteignit en 1945 et le titre fut racheté en 1973 par Serge July et Jean-Paul Sartre. Quant au titre Franc-Tireur, éteint en 1945, il fut racheté en 2021 par Daniel Kretinsky, avec Caroline Fourest, transfuge de Marianne à la rédaction..

Notre Oeil de Paris va aujourd’hui aborder les Abel. Et le premier d’entre tous : Abel tout court. Il ne s’agit pas du frère de Caïn*, mais du mathématicien norvégien Niels Henrik Abel (1802–1829). La rue Abel va commençant boulevard Diderot et finissant rue de Charenton. Elle se situe dans l’emprise pentagonale de l’ancienne prison de Mazas, où se trouve une autre rue dédiée à un mathématicien : Michel Chasles.

*Ni de l’émir Abel, très connu en Lorraine…

On y trouve de beaux immeubles post-haussmanniens.

Dans le détail : beau motif de mosaïque décorative.

Un autre style…

Une HBM des années 1910-1920 avec son porche ouvragé.

Celui-là, récent, n’est pas mal non plus.

La rue est traversée par le viaduc des Arts.

Une perspective sur la gare de Lyon qui est une invitation au voyage, avec de surcroît le Big Ben du pauvre…

Conclusion.

Entrepôts

Empêcher l’Iran d’accéder à l’arme nucléaire. Pourquoi l’Iran ? Pourquoi pas le Pakistan, l’Inde, la Corée du Nord, les Etats-Unis, Israël, la Russie, la France, la Grande-Bretagne ? L’Iran ou comment se créer un ennemi…

A lire aussi : Alexis Jenni : Parmi les arbres – Essai de vie commune (2021, Babel Actes Sud). Jenni fut prix Goncourt 2021 pour L’art français de la guerre. Je l’ai connu de 1997 à 1999 au lycée Edouard-Herriot à Lyon : il était prof de SVT, j’étais le documentaliste du CDI. Personnage fantasque, pas toujours sympathique, il était d’une timidité extrême, empruntait des ouvrages de littérature (pas de sciences) qu’il ne rendait jamais et en rendait d’autres qui venaient d’ailleurs. Parmi les arbres est le seul livre sur les arbres et sur la nature que je ne trouve pas rasoir (cf. les imbuvables Sand, Thoreau, Giono, etc.). Il est même poétique, philosophique, scientifique et didactique. 

LA LISTE PEREC DU JOUR :

" Le vrai théâtre, décrétait-il, avait pour titres Venceslas de Rotrou, Manlius Capitolinus de Delafosse, Roxelane et Mustapha de Maisonneuve, Le Séducteur amoureux de Longchamps ; les vrais dramaturges s'appelaient Colin d'Harleville, Dufresny, Picard, Lautier, Favart, Destouches ; il en connaissait comme çà des dizaines et des dizaines, s'extasiait imperturbablement sur les beautés cachées de l'Iphigénie de Guimond de La Touche, l'Agamemnon de Népomucène Lemercier, l'Oreste d'Alfieri, le Didon de Lefranc de Pompignan".

Nous sommes malheureusement dans une société post-industrielle, ce qui fait que beaucoup de bâtiments ne remplissent plus l’office qui leur était destinés*. D’autres part bon nombre de lieux dédiés à une activité économique, manufacturière ou de services ne sont plus en centre ville. Bâtiments qui auraient pu être abandonnés, friches industrielles, édifices publics devenus des fardeaux d’entretien…

*Un excellent site de l’IGN, Remonter le temps (https://remonterletemps.ign.fr/), montre l’évolution du paysage français à des décennies différentes (un curseur permet de naviguer « avant/après »). Il permet de se rendre compte, entre autres, en ville : de la disparition des emprises industrielles et ferroviaires, de la multiplication des espaces verts, de l’accaparement des terrains agricoles pour en faire des lotissements ou des zones commerciales ; à la campagne : du remembrement, de l’augmentation des cultures intensives et de la disparition des bocages.

Sur le modèle des art factories de Liverpool ou de New-York, ou des Kunsthalle de Hambourg ou Berlin, villes qui se remettent sur pied après des décennies d’abandon, toute une gradation d’activités culturelles investissent ces lieux. Cela va du simple squatt d’artistes (du SDF cracheur de feu au graveur précaire qui y installe presse et atelier) à la « friche industrielle » (vaste surface pépinière de création qui organise expositions, spectacle et festivals). Du simple tiers-lieu (buvette, mini-bibliothèque, salle pour cours et ateliers divers) à l’institution (musée, centre d’interprétation, salle de spectacle).

Hambourg : les anciens docks.

Commençons simplement par L’Usine (Tournefeuille, banlieue de Toulouse), labellisée Centre national des arts de la rue et de l’espace public. Variante : La Manufacture (Roubaix), musée de la mémoire et de la création textile. Encore une Manufacture (anciennement de parapluies !) à Aurillac, « fabrique de danseurs plutôt qu’école de danse ». Pour faire écho à Roubaix, citons aussi La Filature (Mulhouse), lieu de création et de diffusion culturelle qui propose des spectacles de musique, danse, théâtre, cirque, marionnette et arts visuels (label Scène nationale). Autre Filature, celle d’Evreux qui propose un « espace de coworking hybride », ce qui sort de notre sujet.

D’autres appellations sont beaucoup plus spécifiques ? Voici Le Gazomètre* (La Louvière, Belgique), une bibliothèque provinciale regroupant désormais 200 000 œuvres, 3 000 jeux et 400 périodiques dans un seul bâtiment. Quant aux Abattoirs (Toulouse), ceux-ci accueillent le Frac Occitanie. Les Abattoirs de Cognac sont une salle de concert rock et ceux de Bourgoin-Jallieu, une scène de « musiques actuelles ». D’autre part, Le Confort Moderne, qui fut une fonderie, puis Confort 2000 (magasin d’électroménager) puis lieu culturel, est une enclave industrielle au cœur des faubourgs de Poitiers. « Une friche artistique pionnière qui œuvre depuis le début des années 80 aux décloisonnements des regards et des pratiques ». Enfin à Nantes se trouve Le Lieu unique, centre culturel et scène nationale, dans l’un des deux bâtiments de l’ancienne biscuiterie Lefèvre-Utile (LU), LU comme Lieu Unique, vous suivez ?

*Note pour les millenials et post-millenials : un gazomètre était un réservoir servant à stocker le gaz de ville. Ce dernier était extrait à partir du charbon. Les gazomètres ont disparu d’Europe de l’Ouest avec l’abandon du charbon et l’arrivée du gaz naturel. Le plus grand gazomètre de France se situait à la Plaine Saint-Denis, à l’emplacement de l’actuel Stade de France. Ah, crétins, je vois que çà vous parle, « Stade de France »…

Le Lieu unique (Nantes). A gauche : la tour LU.

Les lieux qui suivent ne relèvent pas d’un passé industriel, mais de services ou d’infrastructure. Ainsi Le Tri postal (Lille), musée d’Art contemporain. Même appellation pour Montpellier où il s’agit d’un autre espace de coworking. De Grote Post (la Poste centrale), à Ostende (Belgique), est un centre culturel, ce que je n’avais pas compris : je cherchais à y acheter des timbres ! La Piscine (Roubaix) est devenu un musée. Le Centquatre (Paris 19ème) est un fourre-tout culturel qui se cherche depuis sa création en 2008, c’est l’ancien bâtiment de Pompes funèbres de Paris, 104 rue d’Aubervilliers. La Station – Gare des Mines (Paris 18ème), fondée sur les vestiges d’une gare à charbon désaffectée de la Porte d’Aubervilliers, « accueille l’effervescence des marges musicales, artistiques et culturelles de l’époque ». La Gare (Paris 19ème) est un club de jazz dans une ancienne gare de petite ceinture. Sans compter le Musée d’Orsay, ancienne gare, elle aussi.

La Piscine (à gauche), le Musée d’Orsay (à droite) – ou inversement ?.

Certains lieux faisaient autrefois office de réserves/magasins, à commencer par Le Magasin (Grenoble), halle de 3 000 m2 construite à Paris en 1900 par les ateliers de Gustave Eiffel pour une Exposition universelle, démontée puis remontée à Grenoble pour être un lieu de stockage avant de devenir un Centre national d’Art contemporain et de Culture. Les Magasins généraux (Cf. encadré), à Pantin, « ouverts à toutes et à tous, […] font résonner la création, les idées et les voix nouvelles ». Ils déploient toute l’année une programmation d’expositions et d’événements. Les Subsistances accueillent aujourd’hui à Lyon dans un même bâtiment d’une part les SUBS, lieu de création, de pratiques artistiques et lieu de vie, et d’autre part l’Ecole nationale des Beaux-Arts de Lyon. Les Frigos (Paris 13ème) est un site de création et de production artistique situé dans le bâtiment principal de l’ancienne gare frigorifiques de Paris-Ivry.

Les magasins généraux sont des entrepôts, agréés et contrôlés par l'autorité administrative (ordonnance n°45-1744 du 6 août 1945), dans lesquels des industriels, commerçants, agriculteurs ou artisans déposent des matières premières, des marchandises, des denrées ou des produits fabriqués. Ces magasins sont habilités à délivrer des titres négociables, les récépissés-warrants, ou encore des reçus d'entreposage, qui permettent de faire sur les marchandises déposées des opérations juridiques.

Dans la même veine, la fameuse Grande Halle de la Villette (Paris 19ème), utilisée aujourd’hui pour des événements culturels divers, est une ancienne halle aux bestiaux. La Halle aux Grains de Toulouse est une salle de musique dédiée à l’Orchestre national du Capitole. Celle, éponyme, de Blois héberge, sous la dénomination « Palais des Congrès et de la Culture », la Scène nationale de Blois. Quant à La Halle Ô Grains (subtilité…) de Bayeux, c’est une salle de spectacles. Le Grenier à Sel (Avignon), devenu aujourd’hui un espace d’hybridation et d’effervescence culturelles, « explore les nouveaux périmètres de création, ceux qui reposent sur la forte perméabilité entre art, science et technologies ». La Sucrière (Lyon), ancien Entrepôt réel des sucres indigènes des Docks de Perrache, est aujourd’hui spécialisée dans l’accueil simultané d’expositions artistiques et d’événements publics ou privés. La Sucrière est notamment l’un des sites majeurs de la Biennale d’Art contemporain de Lyon. A Nantes se trouve Le Hangar à Bananes. Cette ancienne mûrisserie a été réhabilitée à la fin des années 2000 et abrite différents restaurants, bars, café-concert, discothèque et lieu d’exposition. A Strasbourg, La Laiterie est la salle de Musiques actuelles de la ville de Strasbourg.

La Sucrière (Lyon).

Mais, le fin du fin, la cerise sur le gâteau, c’est L’Antre-Peaux, à Bourges ! Cette friche culturelle associative déjantée n’est pas implantée sur le site d’une ancienne tannerie comme on pourrait le penser, mais contient en son sein plusieurs concepts : Nadir, Haïdouc, Ursulab, Transpalette, Houloscène, Usina’son … Hein, quoi ? Keskidisent ?

J’les confonds toujours (7)

David Sacks responsable des « cryptos » à la Maison-Blanche, Peter Thiel qui avec Palantir dispose d’un quasi-monopole des données sensibles, et Elon Musk conquistador de la tech sans la dimension de nouveaux principes physiques, ont un point commun : tous trois originaires d’Afrique du Sud, ils ont été élevés dans une idéologie d’apartheid.

LA LISTE PEREC DU JOUR :

" Il peut s'agir [...] d'objets rendus uniques par telle ou telle particularité de leur histoire : le stylo avec lequel fut paraphé et signé le Traité de Versailles, le panier de son dans lequel roula la tête de Louis XVI ou celle de Danton, le reste de la craie dont Einstein se servit lors de sa mémorable conférence en 1905 ; le premier milligramme de radium pur isolé par les Curie en 1898, la Dépêche d'Ems, les gants avec lesquels Dempsey défit Carpentier le 21 juillet 1921, le premier slip de Tarzan, les gants de Rita Hayworth dans Gilda sont des exemples classiques de cette dernière catégorie." 

Article dans 20 minutes, paru l’année dernière après les épreuves du bac : « Au bac, des élèves confondent Simone Weil et Simone Veil ». « Parmi les sujets proposés dans la filière générale, figurait un extrait de La Condition Ouvrière de Simone Weil ». « Dans l’introduction, raconte Noa, un candidat, j’ai expliqué qu’elle s’était battue pour l’IVG ». « Même ceux qui n’avaient pas eu l’occasion d’entendre parler de Simone Weil et qui l’ont confondue avec Simone Veil, ne seront pas pénalisés » a expliqué Trineor, prof de philo et en charge de correction de copies, sur Twitter. Et de raconter qu’une année d’autres élèves avaient confondu Michel Foucault avec Jean-Pierre Foucault. Ben oui, les pôv choux, faut pas les traumatiser… Le pire est que cet absence de culture générale ne les empêchera pas de décrocher un master !

D’ailleurs, heureuse époque ou les politiques (Jaurès, Clemenceau, de Gaulle, Mendès-France, Mitterrand, voire Seguin ou Chevènement) citaient – et se référaient à – Marx, Péguy, Bernanos, Eluard… Aujourd’hui, qui écrit des bouquins ? Jordan Bardella*, Bruno le Maire (je ne parle même pas de ses romans érotiques…), Marlène Schiappa, Nicolas Sarkozy ou Eric Piolle qui citent… Baron noir, Games of Thrones, House of Cards ou OSS 117 (et encore, le film avec Dujardin !). On touche le fond (de culotte, pour certains). Zéro culture générale, une appétence pour le football, et des études formatées (Sciences Po, HEC, ENA)… La génération LinkedIn, surdiplômée, au CV bodybuildé au « savoir-être », mais qui perdrait à coup sûr à Question pour un Champion voire aux Grosses Têtes

*Ou plutôt son « nègre », un mot cocasse pour un politicien d’extrême droite…

Vous l’aurez compris, c’est la suite de notre série J’les confonds toujours :

  • CHATEAU-CHINON et CHINON – deux villes bien provinciales.

CHINON, nom d’origine obscure (sous-préfecture d’Indre-et-Loire, 8121 hab.) représente l’archétype de la ville où il fait bon vivre, dans cette Touraine similaire à la douceur angevine. Ce n’est pas par hasard que c’est le lieu de l’action dans la trilogie des films Qu’est qu’on a fait au bon Dieu : il fallait un endroit qui « fasse France ». Contrairement à ce qu’on pourrait croire, Chinon n’est pas sur la Loire, mais sur la Vienne. CHATEAU-CHINON, elle, est considérée comme la capitale du Morvan (département de la Nièvre, 1857 hab.). On atteste Castellania de Castro Canino en 1193, le château du chien ? Là encore, rien n’est sûr. A l’époque contemporaine, la ville est surtout connue pour son maire de 1959 à 1981 : François Mitterrand. Et elle est jumelée avec Tombouctou. En CP, dans le cadre de la Radio-Télévision scolaire (je me souviens…), nous avions appris à chanter : « Sont les filles de Château-Chinon, les petites Morvandelles [bis], qu’ont rel’vé leur cotte-cotillon, il-il est si-i long qu’il traî-aîne… » Un peu spécial pour des enfants de six ans… Je voulais vous la montrer en vidéo mais cette chanson n’existe sur le net qu’en musique seule ou paroles seules, et les archives de la Radio-Télévision scolaire n’ont plus été disponibles en ligne après 2017…

« Mais, aujourd’hui, je veux rabelaiser, rien que rabelaiser à Chinon et en Chinonais.«  

— (André Hallays, Touraine, Anjou et Maine, 1918, p. 108).

  • CHIMAY et FUMAY – deux communes frontalières distantes de 30 km.

CHIMAY est une commune wallonne de Belgique (Hainaut). Son nom proviendrait d’un domaine appartenant à un dénommé Cimacus. La ville (3000 hab.) abrite le château des Princes de Chimay. Elle est proche de l’abbaye de Scourmont (source de l’Oise), où les moines fabriquent bière et fromage. La « Chimay » dorée, rouge, bleue ou triple est obtenue par un procédé de fermentation haute et subit une seconde fermentation en bouteille. Elle n’est pas pasteurisée. A Chimay (j’en suis témoin) se tient chaque semaine un marché aux animaux de toutes sortes (chiens, chats, poules, canards, lapins…) comme on en voit plus. FUMAY – 3118 hab. – (anciennement « Fimay », domaine d’un germanique Filiman), se situe en France (Ardennes) sur une boucle de la Meuse, dans cette région appelée la « boutonnière de Givet ». C’est un bourg marqué par l’extraction de l’ardoise depuis le 12ème siècle, jusqu’en 1971. Autre activité : la métallurgie depuis la fin du 18ème siècle, et aujourd’hui en crise.

Chimay : le beffroi.
  • CHRONOS et CRONOS – deux personnages de la mythologie grecque.

CHRONOS, c’est bien sûr la personnification du temps (chronologie, chronomètre…). On le considère comme étant le fils de Gaïa (la Terre) et d’Hydros (les Eaux primordiales). Dans la mythologie alexandrine et romaine, Chronos est le père des Heures, personnifications des douze heures du jour ou de la nuit. CRONOS ou KRONOS, fils de Gaïa et d’Ouranos (le ciel nocturne étoilé), est le roi des Titans et le père de (entre autres) Hestia, Déméter, Héra, Hadès, Poséidon et Zeus, rien que çà ! Son attribut principal est la faux, avec laquelle il a tranché le sexe de son père ! On remarquera que Gaïa est le mère de nos deux personnages. Certains associent, à tort, Chronos (Χρόνος), à Cronos (Κρόνος). Tout cela est, selon mon goût, très rasoir : je déteste ce qui de près ou de loin se rapporte aux mythes et aux genèses.

Cronos.

  • Le CIRAD et le CRIIRAD – deux organismes de recherche.

Le CIRAD (centre de Coopération Internationale en Recherche Agronomique pour le Développement) est l’organisme français officiel de recherche agronomique et de coopération internationale pour le développement durable des régions tropicales et méditerranéennes, fondé en 1984 et regroupant des centres spécialisés (caoutchouc, oléagineux, cacao, forêt tropicale, élevage tropical…) datant de l’époque coloniale. Le CIRAD, dont le centre est à Montpellier, apporte son soutien à la diplomatie scientifique de la France. Quant à la CRIIRAD, c’est la Commission de recherche et d’information indépendantes sur la radioactivité, créée en 1986 suite à la catastrophe de Tchernobyl. Cette association loi de 1901, violemment anti-nucléaire et systématiquement opposée à l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN), à l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) ainsi qu’à l’Académie des Sciences, est totalement partisane. Mérite-t-elle sa qualification d' »indépendante » ? Elle fut longtemps dirigée par la sulfureuse Michèle Rivasi, anti-vax promouvant la médecine anthroposophique ainsi que le traitement du cancer par le gui…

  • CLAIRE Désert (née en 1967) et CLAIRE Gibault (née en 1945) – deux musiciennes françaises.

Elles n’ont pourtant pas le même patronyme, mais le même prénom m’a fait confondre les deux ! CLAIRE GIBAULT est une chef d’orchestre née en 1945. Sa carrière débute en 1976, à l’époque où il n’y avait pratiquement pas de femmes chefs d’orchestre exerçant cette fonction ! Elle crée en 2011 le Paris Mozart Orchestra. Elle est élue députée européenne (tout comme Michèle Rivasi précédemment citée) en 2004, puis nommée en 2010 Au Conseil économique, social et environnemental. CLAIRE DESERT, elle, est une pianiste qui commencé sa carrière en 1990. Par ailleurs, elle enseigne au Conservatoire national supérieur de Musique de Paris.

Claire Gibault et Claire Désert, l’une et l’autre dans la joie !

  • Jean CLOTTES (né en 1933) et Michel LACLOTTE (1929-2021) – deux conservateurs du Patrimoine.

Michel LACLOTTE est un historien d’art qui a dirigé le département des peintures du musée du Louvre, puis l’équipe de préfiguration du futur Musée d’Orsay avant son ouverture. Directeur puis président du musée du Louvre (1987-1994), il mena les travaux de transformation du Grand Louvre. Il fut chargé là encore de la préfiguration du futur Institut national d’Histoire de l’Art (INHA). Jean CLOTTES, lui, est préhistorien. En 1971, ce conservateur fut le directeur des Antiquités préhistoriques de la région Midi-Pyrénées. C’est l’un des grands spécialistes de l’art préhistorique du Paléolithique. Il a étudié de nombreuses grottes préhistoriques (Niaux, Cosquer, Chauvet). Il a avancé plusieurs arguments allant dans le sens de la reconnaissance d’une société paléolithique axée sur la pratique des rites chamaniques, en insistant sur le fait qu’il s’agit bien là d’une hypothèse scientifique étayée et non d’affirmations non fondées.

Dekoikonparle ? (9)

Un habitant des Alpes-Maritimes interrogé par Nice-Matin après le séisme du 18 mars : « Au début, j’ai pensé que c’était Vladimir Poutine qui nous attaquait ». Ecouter les médias nuit gravement à la santé…

L’initiative ReArm Europe d’Ursula « Cruella » von der Leyen vise en réalité à vendre des « obligations de guerre » aux épargnants européens, dans l’espoir de renflouer les banques et les institutions financières européennes en faillite. Pour convaincre les citoyens, on leur fait croire que la Russie serait sur le point d’envahir l’Europe !

"La renommée de ces bonbons pour la toux s'établit en moins de cinq ans ; elle fut proclamée par un slogan devenu fameux, «Sherwoods'put you in the mood», et illustrée par des vignettes hexagonales représentant un chevalier en armure [...], vignettes qui furent abondamment distribuées dans l'Amérique toute entière et imprimées sur des buvards d'écolier, derrière les paquets d'allumettes, sur les capsules d'eaux minérales, sur le dos des boîtes de fromage, et sur des milliers de petits jouets et accessoires scolaires, donnés en prime à tout acheteur d'une boîte de Sherwoods' à certaines époques déterminées : plumiers, petits cahiers, jeux de cubes, petits puzzles, petits tamis pour pépites [...], photos faussement dédicacées des vedettes du music-hall."

Votre serviteur, marcjoly, se présente comme un passionné des transports publics mais ne vous en fait jamais part. Parce que oui, mais bon… Il y a bien le Métro loufoque, pour lequel le métro est un prétexte : cette rubrique relevait en réalité de l’atelier d’écriture. Mais cette fois, c’est la bonne !

Les transports publics, c’est ce qu’on appelait il y a peu les « transports en commun ». On en a une vision différente selon que l’on soit d’une petite ville ou d’une métropole, provincial ou parisien. Du car de campagne au métro automatique, en passant par le bus-navette de quartier et le tramway, sans compter que le train est aussi un transport public.

Ne seront abordés ici que les transports terrestres.

  • Desserte intérieure :

J’entends par là les dessertes intra-aéroport (de terminal à terminal) ou bien à l’intérieur d’un parc des expositions (de hangar à hangar). Il s’agit de navettes de petites dimensions au cadencement rapproché : cela va du minibus à la navette en site propre (automatique ou non). Il peut aussi s’agir de la boucle d’un terminus de métro (Londres Heathrow).

  • Desserte de quartier :

Ce sont ces fameux bus (au design parfois un peu ridicule) qui desservent un quartier. Ils sont empruntés souvent par des personnes âgées. Il s’agit principalement de minibus, souvent aménagés sur une base de van. Peu importe leur motorisation, mais ils sont électriques dans les quartiers pentus (Montmartrobus à Paris).

  • Desserte urbaine :

Il y a desserte urbaine et desserte urbaine : Saint-Flour ou le Grand Paris ? Pensons au bon vieux bus : cette catégorie est la plus vaste. Selon l’affluence et la longueur de la ligne : court, long ou articulé ? Selon la densité et les conditions de circulation : sur route ou en site propre ? Selon les moyens financiers et les volontés environnementales : diesel, gaz, hydrogène, trolley, électrique ou hybride ? Enfin, on trouve dans toutes les métropoles des bus « à haute qualité de service » : cette appellation pompeuse désigne un bus articulé aux roues camouflées, roulant souvent en site propre (TVM en Val-de-Marne, BHNS en Martinique). Il s’agit d’un « pré-tramway » sur pneu.

Le Van Hool ExquiCity 24 à motorisation hybride a été choisi pour le BHNS (Bus à Haut Niveau de Service) de Martinique, avatar au rabais d’un projet de tramway (ici devant son centre de maintenance dans la zone industrielle du Lareinty, au Lamentin).

Un mot sur le trolleybus : la technologie perche/caténaire provient du tramway mais, le trolleybus n’étant pas en site propre (il n’y a pas de rail pour l’empêcher de dévier de sa trajectoire), les décrochements de perche sont fréquents – et dangereux. En France, il ne subsiste plus qu’à Lyon, Limoges et Nancy.

D’ailleurs, dans une perspective chronologique, j’aurais dû commencer, avant le trolley, par le tramway, abandonné grosso modo entre 1920 et 1955 (cf. encadré), et réapparu à la toute fin des années 1970. Il n’est pas viable pour les petites et moyennes agglomérations. Il est parfois sur pneu (Caen, Clermont-Ferrand*), et est alimenté par caténaire ou par rail central. Ici et là (Bordeaux, Nantes), il a été préféré au métro pour des raisons budgétaires mais pas seulement. Un métro est généralement souterrain, ce qui pose des problèmes : les ruptures de charge avec d’autre modes de transport ne s’effectuent pas de plain-pied, à l’ère de l’accessibilité. Parfois (Bruxelles, Anvers, Rouen), le tramway est abusivement appelé « métro ». Il s’agit bien de lignes de tramway dont un tronc commun circule en souterrain. Les économistes des transports belges utilisent le terme « pré-métro ».

*Michelin, pourquoi tu tousses ?

A Paris, au cours des années 1920 [...], une campagne orchestrée par les lobbys automobiles parvint à diffuser dans l'opinion publique l'idée qu'il [le tramway] s'agissait d'un mode archaïque et lent, et en fit le principal responsable des encombrements de la capitale. Le réseau fut démantelé au début des années 1930 à une vitesse stupéfiante par son opérateur, la STCRP [ancêtre de la RATP - NDLR] au conseil d'administration de laquelle siégeait Louis Renault depuis 1924. [Marion Tillous, in Michel Bussi (dir.), Nos lieux communs - une géographie du monde contemporain, Fayard, 2024]
La ligne 3 du tramway bruxellois, en configuration « pré-métro » dans le tronc commun inter-lignes.

Ceci nous amène au métro, le vrai. Un métro est un transport ferré systématiquement en site propre, souterrain, en trémie ou aérien. On notera qu’il y a des métros sur fer (la plupart), et d’autres sur pneus (Paris 1, 4, 6, 11, 14 ; Lyon A, B, D). Pour le pneu, il y a des raisons de confort, de niveau sonore, mais cela améliore le freinage, et donc le cadencement. Mais il y a métro léger et métro lourd ! Le métro léger est de faible gabarit, souvent composé de voitures courtes, inspiré des dessertes intérieures en site propre, de type VAL (Rennes) et alimenté par rail central. Mais Lille, Toulouse, Turin et Miami illustrent le fait que de grosses métropoles ont aussi fait le choix du petit gabarit, pour des raisons financières ou de tracé. Afin d’assurer le flux le cadencement doit être optimisé : les métro légers sont donc automatiques et sur pneus. Les métros lourds sont plus, eux, en gabarit tramway (Paris, Londres, Lyon). Le bon vieux métro, quoi ! Plus long que le léger, il est alimenté par caténaire (Tokyo) ou par rail central (« troisième rail » pour tous les métros français) et il s’automatise de plus en plus (Paris 1, 4 , 14 ; Lyon D).

  • Desserte péri-urbaine :

Pour aller de l’hyper-centre vers la limite de l’aire métropolitaine, les transports précités ne suffisent plus. On peut faire alors appel au tram-train. Késaco ? On remarquera que l’interface entre la voie ferrée et son environnement n’est pas la même pour un tram (rail enchâssés dans la chaussée, voie presque de plain-pied avec le « trottoir », possibilité pour les piétons ou véhicules de croiser la voie, rétroviseurs) que pour un train (voie reposant sur ballast et traverses, dans une fosse par rapport aux voyageurs). Le tram-train est un tramway urbain qui, au sortir du centre, emprunte une « vraie » voie de chemin de fer. Il cumule ainsi les deux configurations (Ile-de-France T2, Lyon T3).

Le Bernina-Express (Suisse), un tram-train, avant l’arrivée à Tirano (terminus à la frontière italienne). Tout le sel de l’histoire est qu’il s’agit d’un train grandes lignes !

Pour les dessertes péri-urbaines, il y a aussi le bon vieux train de banlieue, moins long que son cousin « grandes lignes » et dont l’aménagement intérieur fait plus « transport en commun ». Leurs rames sont automotrices. Aujourd’hui, la plupart de ces trains sont cadencés et sont donc devenus des RER ou équivalents, leur service commercial s’inscrit dans le réseau de transport de la métropole, type RATP. Souvent, ce train roule en souterrain à l’approche du centre (RER Paris, S-Bahn des métropoles allemandes).

  • Desserte régionale, plus vraiment urbaine, mais un peu tout-de-même :

Le bon vieux car ! Précision : un bus possède un aménagement « transport urbain » (sièges tête-bêche, places debout, barres de maintien) mais un car ne propose que des places assises orientées vers l’avant.

Les réseaux type TER. Notons qu’il y a porosité entre les dessertes péri-urbaines et régionales, que ce soit géographiquement ou par le matériel utilisé. Néanmoins ces trains peuvent être composés de matériel roulant « grands lignes » : motrice et voitures (type Corail, en France).

  • Au-delà :

Nous voici maintenant dans les « grandes lignes » et plus loin encore. Trains intercités, TGV, etc., mais nous sommes dans un autre univers : il ne s’agit plus de transports urbains…

Des trams qui se prennent pour des trains, des bus qui se prennent pour des trams, des trams qui se prennent pour des métros… On n’y comprend plus rien !

Le but de cet article était de vous faire comprendre qu’on ne peut pas mettre en place n’importe quel transport n’importe où. Pour aller au delà du « tu sais, moi, tes histoires de transports urbains, çà me dépasse… ». Donc, arrêtez de bailler ! Estimez-vous heureux : quand on parlera de métro léger, de BHNS ou de tram-train dans les « dîners en ville » (comme on dit), vous pourrez poursuivre la conversation et frimer en crachant votre science. C’est chié, non ?