Exercices de « stiche » (1)

Exercices de style, bon d’accord, mais de « stiche », was ist das ? C’est pour évoquer le pastiche, qui est une imitation de style. Ne pas confondre avec la parodie, qui est une forme du pastiche qui souligne les particularités du texte imité en forçant le trait [in Dominique Goust (textes choisis et présentés par), L’Art du pastiche – Anthologie buissonnière de la littérature française de Rutebeuf à Anouilh, Omnibus, 2019].

Votre serviteur ne prétend pas se lancer dans le pastiche pur et vrai : çà n’est accessible qu’à certains écrivains ! Il s’agira plutôt, dans cette nouvelle série, de se frotter au « à la manière de », souvent de la mauvaise parodie, mais tant pis, et hardi petit !

A lire aussi :

François Caradec (présentation et choix de), Les trésors du pastiche, de Villon à Robbe-Grillet, Pierre Horay, 1971

Pascal Fioretto, Et si c’était niais – pastiches, Chiflet, 2007

Paul Aron et Jacques Espagnon, Répertoire des pastiches et parodies, PUPS, 2009

Le plus simple pour débuter, est de partir d’un canevas. Je me suis basé sur les fameux Exercices de style de Raymond Queneau (Folio Gallimard, 1995) dont la trame est l’exercice qui s’appelle simplement Récit. J’ai choisi de ne pas seulement imiter de la littérature, mais aussi des chansons ou des sketches. Parfois le format court, comme pour les nouvelles, s’avère intéressant mais non plus simple. Décidément, voilà une oeuvre qui inspire les pasticheurs : la preuve par Stéphane Tufféry, Le style, mode d’emploi, CyLibris, 1999 (première édition), 2002. 99 nouvelles variantes des Exercices de style, à la manière de Balzac, Hugo, Verne, Proust, Camus, Perec (d’où le titre), Duras, Delerm… Je ne l’ai pas lu et il est malheureusement épuisé ! On remarquera incidemment que les éditeurs de (ou sur le) pastiche : Pierre Horay, Chiflet, Presses Universitaires de Paris-Sorbonne, CyLibris, ne sont pas de grosses machines, tout comme les éditeurs de poésie…

Pour les fêtes moroses de ce Noël 2020, marcjoly vous a concocté un pastiche de Chevallier & Laspalès. Ces deux zozos sont loin d’être les pires de toute la production humoristique, surtout si l’on compare aux stand-ups ineptes débités par les poulains de l’écurie communautariste du Jamel Comedy Club. Bien qu’ils ne s’en soient jamais référé, Chevallier & Laspalès sont les Frères Ennemis (Teddy Vrignault/André Gaillard) des temps modernes, en plus drôle. J’aurai pu citer aussi le duo absurde Pierre Dac/Paul Préboist (eh, oui !) – cela ne nous rajeunit pas.

Un sketch pas si « vieux » : 1968 !

Je ne peux pas reproduire le texte de Queneau (Récit). Je vais donc paraphraser : un midi, au niveau d’un parc parisien, sur la plate-forme de l’autobus S [écrit en 1947], le narrateur voit quelqu’un avec un grand cou, portant un chapeau à ruban, et qui invective un voyageur qui lui écrase les pieds. L’homme au chapeau laisse tomber et s’assied sur un siège libre. Le narrateur le revoit deux heures après devant une gare, discutant avec une connaissance qui lui enjoint de faire remonter par un tailleur son bouton du haut.

Et maintenant, sans filet, le pastiche :

CHEVALLIER : Figure-toi que l'autre jour, vers midi, du côté du parc Monceau...

LASPALES : Ah bon ? J'croyais que c'était à Melun...

C : Non, non.

L : C'était pas à Melun ?

C : Non.

L : Et qu'est ce que t'as vu du côté du Parc Monceau ?

C : Non mais c'était dans un autobus...

L : C'était pas au Parc Monceau ?

C : Si, mais dans l'autobus. L'autobus S, comme sexe.

L : Ah non, pas de çà chez nous ! Nan, nan, nan ! ...Alors t'as vu quoi dans l'autobussexe, heu, S ?

C : J'ai vu un type au long cou.

L : Ouais.

C : Avec un feutre mou, entouré d'un galon tressé, comme un ruban.

L : Ah, y'a qu'au parc Monceau, qu'on peut voir çà !

C : Et j'l'ai vu, parce que j'te rappelle que c'était dans un autobus, interpeller tout à coup son voisin.

L : Pourquoi ? Y faisait quoi son voisin ?

C : Il lui marchait sur les pieds chaque fois que montaient et descendaient des voyageurs.

L : Chaque fois ?

C : Chaque fois que montaient et descendaient des voyageurs.

L : Chaque fois ?

C : Chaque fois que montaient et descendaient des voyageurs.


L : CHAQUE FOIS ?

C : Oui, chaque fois que montaient et descendaient des voyageurs.

L : Ah, c'est fort ! C'est très fort !

C : D'ailleurs après, il a rapidement abandonné la discussion pour se jeter sur une place libre.

L : Ah, le con ! Et après ?

C : J'l'ai revu deux heures plus tard, devant la gare Saint-Lazare.

L : Y prenait l'train pour Melun, non ?

C : A Saint-Lazare, c'est pas pour Melun, c'est pour Le Havre ! Ah, le boulet !

L : Oui, je sais : y passe au Havre, mais y s'y arrête pas. Y prend la nationale !

C : Pour en revenir à mon gars...

L : Ouais.

C : Figure-toi qu'il était en grande conversation avec un ami qui lui conseillait de diminuer l'échancrure...

L : Diminuer quoi ?

C : L'échancrure.

L : Faut jamais aller aux putes. C'est comme çà qu'on attrape des chancrures !
[Un temps] Ha, ha ! J'l'aime bien, celle-là ! On la garde ! Vas-y, continue...

C : Il lui conseillait, l'ami du gars, parce que j'vais pas tout répéter, de diminuer l'échancrure de son pardessus en en faisant remonter le bouton supérieur...

L : Dis donc, c'est compliqué ton affaire !

C : En en faisant remonter le bouton supérieur par quelque tailleur compétent.

L : Compétent, en deux mots ?

C : Non, en un seul. Et puisque tu m'as coupé, mon histoire elle s'arrête là. Et toc !

L : C'est dommage : j'ai bien aimé "échancrure"...

Passez de bonnes fêtes, et retrouvez Rires & Chansons, oups… Retrouvez Le Champouin le 15 janvier. A bientôt !

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Métro loufoque – M 5

Publication hebdomadaire pendant le confinement

Nouvelles du front :

La première mention « J’aime » sur mon site (en l’occurrence, à propos du Dekoikonparle sur l’Inde), vient du blogueur Gabriel Guicheron et de son site L’Hexa-Dom, consacré à l’actualité guadeloupéenne. Mèsi an pil !

Record battu mercredi 25 novembre avec un acharné qui a réalisé 17 vues sur le site !

D’autre part, je n’ai pas de réaction de certains internautes proches, auxquels j’envoie une alerte à chaque publication. Toutefois, une lectrice, Mme Fracasse, de Choisy-sur-Moselle, me dit en off qu’elle « s’est bien amusée avec mon dernier billet ». Tout vient à point…

Le nom d’un des deux terminus de la ligne 5 du métro parisien ne fait pas rêver : Bobigny-Pablo Picasso, même si l’évocation de Picasso est susceptible d’apporter un peu de fantaisie. Je pense que le pompon est atteint sur la 8 avec Maisons-Alfort – Stade ! A quand « Drancy – Caisse primaire d’Assurance-maladie » ou « Stains – Centre communal d’action sociale » ?

Mais il y a un biais : serait-ce l’évocation même de Bobigny qui ne fisse pas rêver ? Ben oui… Architecture corbusiéresque + politique délibérée de non-mixité sociale + démission totale (et clientélisme) par rapport à l’Islam(isme ?) = ce qu’on sait, qu’il convient (moins quand même, depuis la fatwa lancée contre Samuel Paty) d’appeler le « vivre-ensemble ».

Pour revenir aux stations du métro étendu aux banlieues, on aura remarqué les noms de Léo Lagrange, Paul Vaillant-Couturier, Corentin Celton, Marcel Sembat, Louise Michel, Gabriel Péri, Guy Môquet, et Pablo Picasso, impliqué artistiquement dans la guerre d’Espagne. Sans compter Robespierre. Cela ne faisait pas non plus rêver ceux qui ne prenaient jamais le métro (« Chauffeur ! A Léo-Lagrange ! »). C’est que la RATP était un bastion communiste, et l’extension du réseau vers les « banlieues rouges » était une conquête par rapport à un métropolitain qui n’avait pas l’intention, au départ, de dépasser les fortifs. A propos de fortifs, allez voir l’exposition Paris 1910-1937 – Promenades dans les collections Albert-Kahn jusqu’au 11 janvier à la Cité de l’Architecture (sur réservation et sous réserve de réouverture au public et/ou de prolongation…)

J’ai dit Guy Môquet, pas autre chose !

Cinquième occasion pour marcjoly de réitérer l’exercice oulipien consistant à détourner les noms des stations, et selon une contrainte, rédiger un texte.

La contrainte d’aujourd’hui : introduire ces noms par ordre alphabétique de la dernière lettre !

M 5 : PIQUE-ASSIETTE – CHAPEAU DE PAILLE D’ITALIE

  • Bobigny – Pablo-Picasso > Pique-assiette
  • Bobigny – Pantin – Raymond-Queneau > Quenelle
  • Eglise de Pantin > Ca glisse, le patin !
  • Hoche > Moche
  • Porte de Pantin > Sorte de putain
  • Ourcq > Ours
  • Laumière > Lumière
  • Jaurès > Aurès
  • Stalingrad > Plantigrade
  • Gare du Nord > Hôtel du Nord
  • Gare de l’Est > Argelès
  • Jacques Bonsergent > Jean dessert Jacques
  • République > Raie pudique
  • Oberkampf > Mein Kampf
  • Richard-Lenoir > Chat noir
  • Bréguet- Sabin > Mon beau sapin
  • Bastille > Baston
  • Quai de la Rapée > Carottes râpées
  • Gare d’Austerlitz > Gâteau, ce délice
  • Saint-Marcel > Ses mains sales
  • Campo-Formio > Ca va fort mieux
  • Place d’Italie > Chapeau de paille d’Italie

JEAN LA MAIN HAUTE

A l'Hôtel du Nord, le gâteau, ce délice -au miel- que ne délaisserait pas un plantigrade, était bon, donc, mais d'un moche ! On aurait dit un chapeau de paille d'Italie...  

Ailleurs, c'était quenelles, lumières, pique-assiettes... Une ambiance réveillon, quand une raie pudique (j'exagère...), lisant Mein Kampf, sorte de putain, Mon beau sapin, etc., décida de foutre le bordel.  Ha ! Cà glisse, le patin ! Baston, chat noir, et tout le tremblement ! 

Résultat : cure de carottes rapées, souvenir de ses mains sales, Argelès...  Ne manquait plus qu'un monastère dans les Aurès, retiré du monde, façon ours. Tout çà pour avoir fait le jacques. Quand Jean dessert Jacques, çà va fort mieux !

Déjà ?

Pour être court, c’est court ! Et je me surprends avec ce style elliptique, sans verbe. Qu’en pensez-vous ? J’attends vos commentaires…

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Mauvaises « translations » ! (1/2)

Nouvelles du front (sans majuscule…) :

Un fidèle lecteur, M. Lallouët, de Jeteux-Plumerai (Orne), donne l’exemple, lui : il a mis l’adresse du site en favoris. Prenez-en de la graine (ah ! ah !).

Quant à l’excellent Etienne Ruhaud (https://pagepaysage.wordpress.com), il publie Animaux, préfacé par Jean Renaud et illustré par Jacques Cauda, sorti le 13 octobre chez Unicité (12 €). Il s’agit d’un autre bestiaire fantastique, onze ans après Petites Fables. Vous pouvez le commander en librairie, sur le site d’Unicité, de la Fnac ou d’Amazon.

Le français menacé par l’anglais. Est-ce un désastre et la mort annoncée de notre langue ? Ou est-ce une évolution linguistique naturelle ? Seul le fameux cliché du « temps long » saura nous le dire…

Ce qui clair c’est qu’on ne parle plus correctement l’anglais : nous croyons parler la langue de Shakespeare, alors que nous parlons… le jargon de Nicolas Sarkozy croyant parler anglais !

Nous ne savons pas le traduire non plus, et nous tombons dans le piège des faux-amis, des contresens et de la paresse, car il faut réfléchir avant de traduire !

Cette rubrique est donc consacrée aux erreurs les plus courantes, et qui vont malheureusement plus loin que le registre journalistique. Votre serviteur, qui s’est adonné à la traduction dans une vie antérieure, vous en propose quelques unes.

  • Année fiscale – taxes.

Dans les traductions de textes américains, on trouve l’expression « année fiscale ». Y aurait-il des années où l’on paie des impôts, et des années où l’on en paie pas ? En réalité, fiscal year (ou FY) désigne l’année n pour laquelle la prévision des rentrées d’impôts a déterminé le budget de n+1. En bon français, çà s’appelle simplement l’année budgétaire ou l’exercice budgétaire. Les Américains considèrent le moyen (impôts et taxes) quand les Français considèrent le résultat (le budget) ! Sauf que le mot impôts apparaît peu dans les textes traduits de l’anglais, même britannique, car tax désigne aussi bien une contribution sans affectation particulière (impôt, TVA), que celle affectée à une ligne budgétaire précise (produits pétroliers, alcools, vignette automobile…). Sans indication techniques précises, mieux vaut donc traduire taxes par impôts

  • Bannir.

« Le gouvernement veut bannir le glyphosate ». Non ! Il veut l‘interdire. Ou alors le bannir de la liste des pesticides autorisés, ce n’est pas la même chose ! Bannir n’est pas interdire, c’est expulser, proscrire, refouler, mettre au ban de quelque chose. Bannir n’a pas un sens absolu. C’est qu’on traduit mal l’anglais to ban, signifiant interdire . Et bannir se dit to banish

  • Banque de l’Ouest.

Je l’ai vu une fois. Quelque chose comme : « Les investissements ont été alloués en faveur de la Banque de l’Ouest ». L’article parlait des rapports israélo-palestiniens. Bank, en anglais, c’est une banque, mais c’est aussi la rive d’un fleuve. C’est le sens véritable de la station de métro Bank à Londres, même si elle se situe près du quartier des banques… Dans le contexte palestinien (ou israélien, suivant les affinités), the West Bank désigne la rive ouest du Jourdain, c’est-à-dire la Cisjordanie, grosso modo les anciennes Samarie et Judée.

  • Billion.

Si vous lisez quelque part « billions » de dollars (ou d’euros), c’est qu’il s’agit d’un texte mal traduit de l’américain. Un billion, en anglais étasunien, c’est un milliard (1 000 000 000). Billion existe en français, mais il désigne un million de millions (10 puissance 12), et appartient à la série bi-, tri-, quadri-, quinti-, sextillion. Mais au point où planent les transactions financières, çà ne fait plus vraiment de différence…

  • Challenge.

Voilà bien un mot emblématique de notre monde libéral et compétitif ! Challenge, comme beaucoup de mots anglais, vient de l’ancien français chalenge (« débat », « réclamation », « défi ») < latin calumnia (« calomnie », avant extension de sens). Or, voilà, nous sommes en 2020, et un mot existe déjà : c’est justement défi. Seulement, défi fait duel dans le pré, alors que « challenge » fait start-up (pardon : jeune pousse) et BFM TV.

En français dans le texte !
  • Destroyer.

« Oh, c’est bien connu, un destroyer çà doit être une sorte de vaisseau de guerre, comme il y a les avisos, les corvettes, les croiseurs, les cuirassés, les frégates… Enfin, vous savez, moi, j’y connais pas grand-chose… » Voilà qui est dit ! Surtout que les cuirassés, çà n’existe plus : cela signifiait les navires de guerre en métal par opposition à ceux en bois… mais nous sommes là aussi en 2020 et le terme est obsolète ! Quant à destroyer, c’est un destroyer ship, mot-à-mot un « navire pour détruire ». En bon français, çà s’appelle tout simplement un navire (ou vaisseau) de guerre ! Il est vrai qu’au sens strict, il signifie également contre-torpilleur. Mais comme on le voit, il y a un mot français pour le dire !

  • Digital.

Nous voilà au pompon, à l’acmé, à la cerise sur le gâteau de la mauvaise traduction ! A tel point qu’une amie pensait que le mot désignait les objets commandés par effleurement. Cela aurait pu également être vrai, sauf que cela concerne aussi ceux à commande vocale ! Quoique le doigt… En effet a digit, en anglais signifie « chiffre », « numéro », et quoi de plus naturel de compter sur ses doigts : le mot vient de là. La digital technology est celle qui, au lieu d’enregistrer physiquement des informations (par microsillon, bande magnétique, pellicule photo…), les convertit directement en données chiffrées puis les restitue physiquement. Il s’agit donc, en français, de technologie numérique, par opposition à l’ancienne, analogique. A noter que certains se sont débarrassés de « digital », mais n’ont pas fait mieux : c’est la Fnac, dont le département numérique s’appelle maintenant en jargon « Fnac connect » [sic] !

To be continued, heu, à suivre …

Le testament des Maastricheurs

https://champouin.blog

Mettez-le en « favoris »…

Des nouvelles du front :

Ce blog compte une nouvelle lectrice : Mme Fridigearium. Standing ovation !

Un M. Cottiè me dit : « J’en ai assè de voir écrit mélanges scientifiques. Où sont-ils ? » Réponse : cher ami, des considérations linguistiques ou géographiques sont-elles scientifiques ? Et puis un blog mène toujours là où on ne veut pas aller !

Une fidèle et charmante lectrice, Mme Laplanche, s’insurge du traitement que j’ai infligé au football. Je rappelle que mes écrits sont aussi polémiques… Je ferai ultérieurement un billet consacré à cette question, et à la manière dont la polémique est perçue en France.

Aujourd’hui, une nouvelle rubrique ! Celle consacrée aux textes de marcjoly, car votre serviteur écrit des textes, des poèmes, et même des chansons !

Ecrire… Tout un continent… Et le sentiment de culpabiliser car on a tous le prétexte de ne pas avoir le temps. Plus les injonctions de l’entourage : « mais tu devrais écrire ! » – Spécial dédicace (tiens, un terme qui concerne les écrivains !) : Etienne Ruhaud, Christophe Cottier et Eric Sauzé, trois connaissances qui manient la plume.

Vintage ! Le texte qui suit date de 1992 ! C’est un texte polémique (à ces mots, dix internautes français résilient leur abonnement) et politique, écrit dans le contexte de la signature du traité de Maastricht. Il doit être chanté sur l’air du Testamour de Jacques Dutronc.

Ce n’est pas que j’aime Dutronc ce cynique, ni Lanzmann son parolier, mais cette chanson m’était venue à l’esprit je ne sais comment, et je l’avais écrite en vingt minutes. J’avais reproduit l’esprit des jeux de mots du texte original.

Ma chanson qui, hors du contexte du moment, tombe à côté, mérite des explications. Dans ce « Bébête show« , il y a quelques personnages que les moins de trente ans ne peuvent pas connaître.

« Je laisse Tonton à Tata. Je laisse Jack Lang à Tonton » : je demande de l’indulgence par rapport à ce dont on pouvait rire autrefois mais plus maintenant. Sous le jeune homme insouciant de 31 ans que j’étais perçait déjà l’horrible mâle blanc hétéro cisgenre de près de 60 ans que je suis…

« Je laisse […] Mickey à Bush » : c’était la construction d’EuroDisneyland. La population avait bien mordu à l’hameçon. Du coup, il était impossible, dans la conversation, d’être contre : « Mais çà va créer des emplois ! », hurlaient les gens…

« Chirac et ses odeurs » fait allusion à la malheureuse phrase de ce dernier sur les immigrés : « …sans compter les odeurs ».

« Je laisse Tapie à… didas » : faut-il rappeler que Nanard avait racheté Adidas pour une bouchée de pain pour le pressurer et le revendre (sa spécialité) ?

Maxwell, c’est Robert Maxwell, un magnat de la presse britannique et agent d’influence ultra libéral et européiste. Il s’était donné une image de philanthrope, grâce à la fondation qui porte son nom, navire amiral de ses nombreuses entreprises basé au Liechtenstein. « Tout au long de son parcours, il s’est montré un dirigeant aux pratiques malsaines » dixit Wikipédia qui, refusant de se mouiller, ajoute sans rire : « réf. nécessaires ». À 68 ans, Maxwell chuta « malencontreusement » de son yacht alors qu’il était au large des Canaries…

Paretti, c’est Giancarlo Paretti, l’ancien dirigeant du Crédit Lyonnais au moment de « la » fameuse affaire impliquant cette banque.

« Balcéro » est Leszek Balcerowicz, qui a infligé la « thérapie de choc » libérale à la Pologne après la chute du communisme pour récidiver en Ukraine.

Jean Monnet n’était évidemment plus d’actualité, sauf dans la tête des « centristes », nom de code pour désigner les mon(n)étaristes obsédés de la dette, à savoir notamment Barre comme Delors.

LE TESTAMENT DES MAASTRICHEURS


Je laisse Tonton à Tata. 
Je laisse Jack Lang à Tonton. 
Je laisse Cresson à sa botte, 
Le Pen à son oeil, 
Bush à oreille 
Et Mickey à Bush.
 
Je laisse un Rocard, sinon rien. 
Je laisse Giscard à son destin. 
Je laisse Chirac à ses odeurs, 
Villiers à la Vendée, 
La Vendée aux Deux-Sèvres 
Et Seguin à sa chèvre. 

Oui, de Maastricht faisons le testament, 
le testament de ce texte imbécile.  
Oui, de Maastricht faisons le testament,
Le testament de ces idiots utiles. 

Je laisse Béré à Govoy. 
Je laisse Tapie à... didas. 
Je laisse Maxwell à Marbella, 
Paretti au Lyonnais, 
Le lion à Belfort 
Chevènement je ne sais où. 

Je laisse la Pologne à Balcéro. 
Je laisse Havel à la Tchéco. 
Je laisse Thatcher à un tas de choses, 
Jean Monnet au fric, 
Barre à la monnaie  
Et Delors en Barre. 

Oui, de Maastricht faisons le testament, 
Le testament de l'Europe-zizanie. 
Oui, de Maastricht faisons le testament, 
Le testament de ces odieux nazis !

Texte génial selon les organisateurs, affligeant selon la police ! Brûlot politiquement méchant ou candeur crasse de l’auteur ? Boby Lapointe en herbe ou bien torchon potache ? A vos commentaires ! ♦

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Ma bibliothèque amoureuse (4/l’infini)

Retrouvez les autres Bibliothèques amoureuses sur :

http://mrliste.hautetfort.com/

Cette rubrique est un bol d’air destiné à se nettoyer des choses laides et abrutissantes : au jour où j’écris ce billet, va se tenir dans une heure cette horreur qui s’appelle le match de finale de la Ligue des champions, et qui procurera un orgasme à des hordes de beaufs au cerveau de petit pois déferlant sur les Champs-Elysées après avoir ingurgité et pissé des litres de bière. Beaufs y compris en col blanc (Hidalgo [Anne, pas Michel], Macron, Michel Cymes, Enrico Macias, plus tout le CAC 40) louant le libéralisme, à savoir l’argent facile des racailles footballeurs et rappeurs. Je gerbe sur ces deux dernières catégories. « Que chaque balustre d’urinoir public eût hérité de [leur] lambeau », comme écrivait Léon Bloy*.

*mais bien entendu pour de mauvaises raisons : à propos de Victor Hugo lors de son enterrement.

Alors, spécial dédicace pour une fidèle lectrice : Mme Laplanche, de Vitreine-sur-Scie, qui attend impatiemment la quatrième numéro consacré à ma « bibliothèque amoureuse ».

Pour ceux qui n’ont pas connu le blog Mr. Liste (lien dans la bannière ci-dessus), il s’agit des livres de la bibliothèque personnelle de marcjoly, votre serviteur. Enfin ceux qui présentent un tel intérêt qu’il ne les prête pas. Un livre, c’est comme une brosse à dents. Il s’agit donc d’une bibliothèque totalement subjective et passionnée, j’en ai expliqué les raisons dans le premier numéro de cette rubrique (cf. donc, Mr. Liste).

Alors, voici. Je ne l’ai pas voulu, mais on remarquera que cette liste, établie « géographiquement » sur mes étagères, est quelque peu politique !

  • Cheikh Anta Diop, L’Afrique noire précoloniale, Présence Africaine, 1960.

Diop, auteur aussi de Nations nègres et culture et des Fondements économiques et culturels d’un Etat fédéral d’Afrique noire, fut un africain anticonformiste. Ce Sénégalais, docteur en sciences sociales également spécialiste en chimie nucléaire, remarqua un certain nombre de points communs linguistiques et anthropologiques entre l’Afrique noire actuelle et l’Egypte ancienne. Il en déduisit après des recherches approfondies, que l’Egypte ancienne était peuplée de Noirs, que les langues de l’ouest africain proviennent de l’ égyptien, et que des structures sociales et mentales ouest-africaines (matriarcat, cosmogonie) viennent aussi d’Egypte. L’idée était bonne, mais les hypothèses s’avérèrent en partie fausses : on se dépêcha de traiter Diop de charlatan, et il fut de surcroît récupéré par les suprémacistes noirs. Un de ses émules, le camerounais Koto Essomé, mourut dans des conditions très étranges…

« Tu as raison, Socrate.
Cela est vrai, cela se peut. »

  • Tous les « dialogues » de Platon (Garnier-Flammarion).

Les « dialogues » de Platon sont en fait ceux du maître Socrate rassemblés par l’élève Platon. A la première lecture, c’est un peu déconcertant, çà ne ressemble pas à des dialogues, les interlocuteurs (ses élèves à l’Académie) face à Socrate se contentant de dire : « Tu as raison Socrate, cela est vrai, cela se peut… » C’est que le maître les pousse dans leurs derniers retranchements ! Attaché à la vérité, il ne veut pas les voir tourner autour du pot, comme les Sophistes… Cette quête de la vérité fut insupportable pour les élites de l’époque, accusant ainsi Socrate de pervertir la jeunesse (ils diraient aujourd’hui qu’il s’agit d’une secte). Mon petit doigt me dit que Socrate est toujours d’actualité…

Oh, non ! Décidément !
  • Michael Parenti, L’assassinat de Jules César – une histoire populaire de l’ancienne Rome, Editions Delga, 2017.

L’auteur, un Américain enseignant en sciences politiques, et pas vraiment à droite, démonte entièrement le mythe d’un César usurpateur despotique assassiné par des sénateurs voulant restaurer les libertés républicaines. Tout à l’inverse de l’image donnée par Cicéron, le lèche-cul de l’oligarchie, et par Shakespeare dans sa pièce Jules César (pour une fois, le génial William avait tout faux) ! Loin de l’image de la « brillante » civilisation, Rome était un empire de latifundia et d’escadrons de la mort, rien à envier à certaines dictatures d’Amérique latine… l’esclavage en plus. Sans parler de la  » ville aux sept collines » dans laquelle s’entassait un Lumpenproletariat d’esclaves et de plébéiens. César fit en réalité voter des lois pour améliorer la condition des pauvres (remembrement agricole, moratoire sur les dettes, limitation des avoirs privés…), ce que la caste des optimates ne put supporter…

  • Jeanne d’Arc, le procès de Rouen, lu et commenté par Jacques Trémolet de Villers, Les Belles Lettres, 2016.

On parle toujours des minutes du procès de Jeanne d’Arc, mais qui les a lues ? Les actes authentiques ont finalement été parus et commentés pour le grand public, grâce à Jacques Trémolet, avocat d’extrême-droite et catholique, certes (personne n’est parfait). Celui-ci a eu l’élégance de ne pas biaiser ses remarques par ses opinions ni sa foi, et commente le procès en bon avocat. On fait la connaissance d’une Jeanne bonne chrétienne mais surtout pas mystique, dont les « visions » ont été des intuitions, alors que l’accusation veut en faire une sorcière et n’a pas voulu l’emmener sur le terrain politique, de peur de se dévoiler. La stratège militaire qu’est Jeanne est forcément fine psychologue, et ne s’est pas laissée démonter. Elle a faibli uniquement par sa méconnaissance de la procédure. En lisant les minutes, on cerne le profil réel ou supposé des accusateurs et témoins : soft cops (comme on dirait aujourd’hui), bad cops, déterminés, sceptiques, avocats du diable, idéologues… Du coup, on aurait aussi voulu une « édition Vergès » de ces commentaires !

A suivre…

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Départements loufoques (4)

Ce blog, encore confidentiel, est consulté de temps en temps par un internaute aux Etats-Unis (à moins qu’il s’agisse de quelqu’un sous VPN), et par un autre en Chine via Baidu. Faîtes-vous connaître et laissez un message !

Il y a beaucoup d’incohérences dans les appellations des départements français. Le principe de base était celui-ci : remplacer les provinces, de superficies inégales, par des territoires égaux, tous accessibles à partir de leur chef-lieu en une journée de cheval. Et ne plus en référer aux anciennes appellations, qui rappelaient l’ancien régime, mais principalement aux cours d’eaux et montagnes. Ces derniers pouvant être respectivement supérieurs ou inférieurs, et hauts ou bas. Il ne s’agissait pas d’un jugement de valeur, mais de l’altitude. Cela s’appelle de la géographie physique…

Il y a eu, tout du moins pour les départements d’origine (1790), des exceptions : le Calvados (un banc rocheux) sur proposition du député de Bayeux, au lieu de l’Orne-Inférieure ; les Bouches-du-Rhône au lieu de Rhône-Inférieur ; le Finistère (fin de la terre) ; la Côte-d’Or (côteaux de vignobles) ; les Landes (végétation) ; la Manche, le Pas-de-Calais et le Morbihan (une mer, un détroit et un golfe) ; le Nord (sans savoir que des décennies plus tard, un autre territoire français aurait son nord : c’est l’Afrique !).

Le pompon a été atteint avec l’essor du tourisme : les Basses-Pyrénées sont devenues atlantiques : basses, le ski y aurait été impossible, et sans l’Atlantique, Biarritz n’existait plus. Et ce tour de voltige avec les Basses-Alpes devenant les Alpes… de Haute-Provence. Là, c’est fort ! Sans compter les Côtes d’Armor, parce que les Côtes-du-Nord, on se les gèle ! Comptons aussi la Seine-Inférieure et la Loire-Inférieure, l’une devenant maritime, mais l’autre atlantique. Allez savoir…

Même aberration pour les « nouveaux » départements d’Ile-de-France. Les Hauts-de-Seine, c’est pour moi le plateau de Langres… de même que les Hauts-de-France (je ferai un article sur les nouvelles régions) sont pour moi au Mont-Blanc.

Le phénomène est aussi maintenant récurrent pour les noms de ville : Châlons-sur-Marne a été rebaptisée pour des raisons purement champagnistiques, c’est-à-dire touristico-économiques. Et sous prétexte de regroupement de communes, Montereau se trimballe un encombrant Fault-Yonne, et Cherbourg un Octeville…

Voici donc la dernière partie de cette série :

PARIS : Département éponyme de la ville, qui à l’époque gallo-romaine, s’appelait Lucette (tu me la présenteras).

SEINE-MARITIME : Son paysage est une vraie scène maritime. Je vous recommande la Pizzeria Jeanne d’Arc (au feu de bois) – Place du Marché à Rouen.

Une scène maritime…

SEINE-ET-MARNE : Que la Seine est morne ! « J’aime bien Melun : c’est moins surfait que la Côte » (Chevalier et Laspalès).

YVELINES : Quoi ? Evelyne ? Et elles sont deux ? Tu me les présenteras ! Chef-lieu : Versailles, çà en jette…

« J’aime bien Melun :
c’est moins surfait que la Côte »

Chevalier et Laspalès

DEUX-SEVRES : Amateurs de laitages : après Les 2 Vaches®, voici les Deux-Chèvres !

SOMME : Département à additions et à siestes. Pour le chef-lieu, c’est la s’maine des acides aminés.

TARN (de saumon) : Son chef-lieu fait rêver : Bali !

TARN-ET-GARONNE : Darne et carottes au menu. Chef-lieu Montauban, comme à Paris la rue du Monte-à-bord, heu… du Mont-Thabor, et le square Monte-au-long, heu… Montholon.

VAR : S’appelle ainsi car ce fleuve côtier ne l’arrose pas. Du beau, du bon, Dubonnet – Toul, Toulon, Toulouse.

VAUCLUSE : Ah, ouais, le Comtat Venaissin, quoi ! On ne dit pas « je vais à Avignon. » On ne dit pas non plus « je vais à Vignon ».

VENDEE : Département à brader : vendez ! Chef-lieu : La Roche-aux-Fées (allusion à quelque chose que les moins de 40 ans ne peuvent pas connaître. Indice : çà se mangeait). Dernière minute : on m’apprend qu’il s’agit de La-Roche-sur-Yon.

VIENNE : Certains vont même jusqu’à dire que Charles Martel a battu les Arabes à moitié. Département qui se trouve en Autriche.

HAUTE-VIENNE : Il y a une Haute-Vienne ? Conséquence de précédemment, çà doit être le Grossglockner (3797 m) !

VOSGES : Existe-t-il un bizutage lors du passage de la fameuse ligne bleue ? Son chef-lieu est Lapine (en un seul mot…)

YONNE : Son chef-lieu est prononcé Aukserre par les ignares. Idem pour Bruxelles.

TERRITOIRE-DE-BELFORT : Quand j’étais petit, j’étais fasciné par ce mystérieux « territoire », que j’imaginais à l’aune de Monaco, d’Andorre ou du Luxembourg. Y parlait-on français ? Y acceptait-on les francs ? Y avait-il un poste de douane ? Quand j’ai su qu’il ne s’agissait que d’un département français, j’ai été déçu…

ESSONNE : deux E, Deux S, Deux N. Chef-lieu : Evry, souvent accompagné de son accessoire, la corbeille.

HAUTS-DE-SEINE : Et çà recommence ! Alors que ce terme devrait désigner le plateau de Langres. ! Du beau, du bon, Dubonnet – Nantes, Nanterre, et quoi d’autre ?

SEINE-SAINT-DENIS : Y se sont pas foulés pour le nom. C’est à y perdre la tête.

VAL-DE-MARNE : Ce nom me fait penser à une nouvelle d’Edgar Poe : La vérité sur le cas de M. Valdemar. En son chef-lieu habite la môme de Jean Ferrat (dans un meublé) – même qu’elle porte pas de lunettes de soleil…

Anna Karina dans Vivre sa vie, de Jean-Luc Godard, avec la chanson de Jean Ferrat

VAL-D’OISE : Département qui sonne comme une eau minérale (« Tiens, passe-moi la Valdoise »). Il a pour chef-lieu Pontoise. Pour le pont, il serait temps, car après, l’Oise se jette (d’un geste désespéré) dans la Seine.

GUADELOUPE : Seul département français dont le nom est d’origine arabe ! L’Oued-al-Lub a donné Guadalupe en espagnol, puis Guadeloupe en français, avant que les créolophones ne l’écrasent en Gwadloup. Chef-lieu : Basse-Terre. Dommage ! Pointe-à-Pitre aurait été plus rigolo.

MARTINIQUE : Dans la liste des départements qui sonnent comme…, celui-là fait penser à une sorte de manteau : « Il s’était drapé dans une vaste martinique, qui lui arrivait aux chevilles ». Chef-lieu Fort-de-France, dont les habitants s’appellent les Foyalais, car cette ville s’appelait autrefois Fort-Royal, prononcé Foyal avec l’accent créole (ce n’est pas une blague).

GUYANE : Ne pas confondre avec la Guyenne, cette ancienne province française. Guyane + Cayenne = Guyenne. Donc le chef-lieu n’est pas Kourou, coucou !

REUNION : Drôle de nom pour un département qui n’est pas un archipel. Il a son chef-lieu dans le 9-3.

MAYOTTE : Ile qui s’appelle en mahorais… Maoré, et dont le chef-lieu est Mamoudzou. C’est curieux, j’ai connu un Comorien qui s’appelait Mahamoudou.

FIN

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Métro loufoque – M 4

Retrouvez les lignes 1 à 3 sur :

https://mrliste.hautetfort.com

Nota : un fidèle lecteur, jusque là potentiel et empêché (il n’arrivait pas à se connecter) à enfin eu accès à mon blog. Il s’agit de M. Lalouette, de Jeteux-Plumerai (Orne).

Quand j’étais petit (oui j’ai été petit), la ligne 4 Orléans-Clignancourt, comme on disait alors, n’avait pas bonne réputation pour ma maman, car c’était la ligne « sale et moche », qui, de surcroît, ne desservait pas les beaux quartiers. C’était la mort dans l’âme que l’on « changeait » à Barbès-Rochechouart. Au delà, vers le nord, c’était Terra incognita

Considérations sociales et sécuritaires à part, cette ligne, ainsi que le complexe flambant neuf (à l’époque) du RER de Châtelet-les Halles, avait une particularité : couloirs et stations dégageaient une odeur de pourriture, qui rappelait celle des fins de marché, quand cageots et fruits invendables jonchent le sol. C’est bien des années plus tard que j’appris que cette odeur avait pour origine une bactérie contre laquelle divers moyens avaient été utilisés en vain : produits chimiques, bactéries mangeuses de bactéries… Il fallut des années pour s’en débarrasser.

Métro ligne 4 de… Séoul. Là, on est sûr que c’est propre !

Pour cette rubrique, il n’est pas nécessaire d’être parisien. N’importe quel internaute provincial ou étranger peut participer, il suffit juste de se procurer un plan de métro de Paris.

Les noms (réels) des stations de métro étant ce qu’ils sont, pleins de leur ridicule, de leur « mal-t’à-propos », de leur inadéquation, j’ai donc rebaptisé le réseau, le plus souvent par associations d’idées, souvent avec le sel inégal des à-peu-près voire des contrepèteries. En route avec, pour aujourd’hui, la ligne 4.

M4 : CLIGNOTE COURT – MAIRIE DE MON TROU

  • Porte de Clignancourt > Clignote court
  • Simplon > Simplet
  • Marcadet-Poissonnniers >Marc a des nasses aux pieds
  • Château-Rouge > Haricot rouge
  • Barbès-Rochechouart > Barbare-Rochechouesse
  • Gare du Nord > Hôtel du Nord
  • Gare de l’Est > Argelès
  • Château d’eau > Chat-dodo
  • Strasbourg – Saint-Denis > Gainsbourg ! Cinq demis !
  • Réaumur-Sébastopol > Raie au Paul – Sébaste au mur (le sébaste est un poisson)
  • Etienne Marcel > Aisselle martienne
  • Les Halles > Idéal
  • Châtelet > Chatterley (celle dont l’amant est le garde-chasse dans le roman de D. H. Lawrence)
  • Cité > Lubricité
  • Saint-Michel > Galettes St-Michel
  • Odéon > Frédéric Lodéon
  • Saint-Germain-des-Prés > Saint des brins germés
  • Saint-Sulpice > Supplice
  • Saint-Placide > Placid & Muzo (bande dessinée des années 60 et 70)
La fameuse collection carrée « poche », dont également Pif, Pifou, Gai-Luron et Arthur le fantôme.
  • Montparnasse- Bienvenüe > Viens par là mon velu
  • Vavin > Ravin
  • Raspail > Rase-poil
  • Denfert-Rochereau > Foré d’en roche
  • Mouton-Duvernet > Mouton-Rothschild
  • Alésia > Allez-y
  • Porte d’Orléans > Charles d’Orléans
  • Mairie de Montrouge > Marie de mon trou (ah, c’est d’un goût…)

C’est maintenant que çà se corse. Car grâce à cette suite, on peut établir ce que l’Oulipo (Ouvroir de littérature potentielle, https://www.oulipo.net/fr/contraintes) appelle une contrainte, c’est-à-dire un exercice d’écriture qui se plie à une règle.

Notre contrainte pour aujourd’hui : faire un petit récit où l’on utilisera, dans l’ordre alphabétique, toutes ces stations de métro fantaisistes. Bon, le texte qui suit n’est pas le meilleur. Tant pis, c’est parti :

SOUMIS A LA QUESTION

A quoi ressemble une aisselle martienne ? Allez-y ! Cherchez ! A Argelès, ils n’ont pas compris la question et ont répondu (les barbares !) : « Rochechouesse » ! Et ils ont eu le culot de dire qu’ils s’étaient trompés et que la réponse était « Charles d’Orléans »…  Et le chat-dodo, croisement improbable après l’arrivée du félin sur l’Ile Bourbon, existe-t-il ? Je voudrais vous y voir ! Quant à la Chatterley [cf.M1], dont les yeux (et le reste) clignotent court, le garde-chasse l’a-t-il forée d’en roche ?

Toujours est-il que Frédéric Lodéon, bourré et croyant reconnaître tout le monde chez les garçons de café (« Gainsbourg ! Cinq demis ! ») s’en fut réduit à bouffer des galettes Saint-Michel et une boîte d’haricots rouges à l’hôtel du Nord. Pas l’idéal ! Quand même, ce qu’on devient quand on est obligé de répondre à des questions idiotes… De quoi plonger dans la lubricité. Marc a des nasses aux pieds… (la sienne ne s’appelait pas Popaul, mais Marc). Quand je pense à Marie (la sienne ne s’appelait pas Fernande, mais Marie)... Marie de mon trou, oui ! Lodéon finit par attaquer un Mouton-Rothschild et crut chercher la réponse dans Placid & Muzo. Quelle déchéance ! Il aurait mieux fait de s’intéresser aux fameuses recettes de la raie au mur ou du sébaste au Paul [cf.M3].

Puis sa conscience bascula dans un rase-poil de ravin, dont il sortit de manière psychédélique dans le saint des saints des brins germés, façon marijuana. Là, un simplet le sortit de son supplice et lui dit : « Viens par là mon velu » !

Ah, il faut que je vous quitte car j’aperçois deux hommes en blanc qui viennent me chercher…

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