Triste anniversaire : le 15 août 1971 était décidé le découplage de l’or par rapport au dollar. Nous payons encore les conséquences de ce début des processus de dérégulation…
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Non, je n’ai pas oublié la litanie des Je me souviens (mon propre travail, et le vôtre aussi car ceci est un atelier) amorcée dans notre parution du 1er juillet. Et je vous vois venir : « marcjoly va encore contrepéter plus haut que son luth ».
Eh, bien non. Nous allons nous référer à un autre procédé.
Il s’agira cette fois de faire des permutations non pas de syllabes mais de mots. Le schéma que nous allons utiliser le plus couramment consiste à marier le sujet d’une entrée avec l’attribut d’une autre entrée et/ou l’inverse. Exemple : je me souviens, entre autres …des Arabes vendant des tapis, …du homard mayonnaise. Bon le homard vendant des tapis, c’est moyen… Mais les Arabes mayonnaise, c’est surréaliste !
Souvenez-vous des appellations géniales de groupes punk comme les Sex Pistols, eux-mêmes détournés en Sax Pustuls ! D’autres groupes, français et faussement décadents, portaient des noms tout autant surréalistes : Ludwig van 88 (spéciale dédicace l’amie Sandrine Vion), mais aussi La Souris déglinguée (aucun rapport avec la susnommée !?), les Garçons bouchers, les Béruriers noirs ou Les vieilles Salopes…
En réalité, je vous invite à lister tous les sujets, tous les attributs d’un Je me souviens (celui de Perec, le mien ou le vôtre – ou de n’importe quelle liste), et à vous de jouer…
Ainsi, on obtient :
Les Uniprix au fond de la cour.
Les taxis surgelés.
Les speakerines dans la chambre.
Les parcmètres à la turque.
Les téléphones qui font « chut ».
Les épiceries portant moustache.
Les poinçonneurs couleur crème.
Les Galeries Motobécane.
Les gazomètres à l’école.
Les tournevis de toilette.
Boby Lapointe : Tube de toilette.
Les bons-points perforés.
Les mobylettes à képi.
Les nouilles à manche en bois.
Les pizzas à boutons.
On notera l’inscription « freshly baked/frisch gebacken » à propos de cette merde. Même pas peur !
Les Kiravi à écrire.
Les pots de colle à plate-forme.
Les valises à calcul.
Les poubelles consignées.
Les yaourts au charbon (ou contrepèterie : les charourts au Yabon)
Je me souviens du Yabon…
Les Arabes en bakélite.
Les bidets mayonnaise (Ciel ! Mais qu’est-ce ?)
L’honneur sera donc sauvé avec nos Arabes mayonnaise !
Et il y aura (pas tout de suite) des fournées supplémentaires de Je me souviens et de Mots enfouis.
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Espérons que ces jeux de l’été vous ont plu. Commentaires, SVP !
Retour sur le discours de Macron du 12 juillet. La première partie, sur la question sanitaire, était très bien, mais la seconde était absolument dégueulasse. C’était une attaque en règle contre ceux qui peuvent peu (les chômeurs, les « gens oubliés », etc…). Consolons-nous donc avec la suite du numéro précédent…
Ah, non ! marcjoly ne pouvait pas s’empêcher de verser dans la contrepèterie ! C’est trop facile ! Et puis elles sont fausses, car « compositioles », « vouvre », « chauffon », « lunoire », çà veut rin dire, comme on dit à la campagne. Alors, qu’est-ce c’est que ces enfantillages ? Idiot du village ! Raté ! Pataphysicien à deux balles !
Eh bien, ces mots existent. Si, si. Ils étaient simplement enfouis. Nous (car vous aussi, vous participez, n’est-ce pas ?) les avons exhumés de la vraie littérature, celle issue de notre imagination et de notre créativité, dont la contrepèterie ou autres procédés ne sont que les intercesseurs (qu’est-ce qu’y parle bien, le marcjoly !).
J’en ai passé quelques uns en revue, cités dans le texte original. Si, si ! Les voici :
Compositiole (n. f.) :
Petite composition artistique (picturale, littéraire, musicale) sans qualités particulières, à seule fin de loisir. « Pécuchet s’essaya à la peinture, sans dépasser le niveau de la compositiole » (Gustave Flaubert).
Mayonnard (n.m.) :
Gros mangeur d’allure ventripotente, habitué des tables des bons restaurants et brasseries. « Près de la Bourse, dans une brasserie, quelque mayonnard s’était attablé, dans lequel Saccard eut du mal à reconnaître son ami d’enfance » (Emile Zola).
Vouvre (n. f.) :
Substance visqueuse recouvrant les troncs et branchages dans les endroits humides, particulièrement à l’automne. « Dans les marais, en quittant la vallée de la Creuse, l’on pouvait sentir l’odeur de la vouvre qui envahissait nos narines » (George Sand).
Chauffon (n.f.)
Résidus divers facilement inflammables (chiffons, sciure, brindilles) utilisés pour amorcer un feu. « Dans ce qui servait de cheminée en ce réduit infâme, Bras-Rouge avait jeté un demi-seau de chauffon » (Eugène Sue).
Galeresse (n.f.)
Femme de petite vertu qui, à l’époque du Directoire, arpentait le plus souvent les arcades du Palais-Royal. « Chez le baron, la compagnie des courtisanes semblait atavique. Parmi les nombreux portraits d’ancêtres accrochés au salon, certains avaient vu leurs sujets fréquenter les galeresses » (Marcel Proust).
Restaugon (n. m.)
Individu borné qui ne démord pas de sa position ni de son opinion, allant même jusqu’à la bouderie. « L’amertume biliaire des restaugons qui n’avaient pas senti le vent de l’Histoire, imprégnait cet Alger réfractaire » (Charles de Gaulle).
Motobiquette (n. f.)
Motocyclette mal entretenue et plus de la première jeunesse, dont le moteur multiplie les ratés. « Marcel voulut épater Simone avec son « bolide », dit-il. Mais la gonzesse, apercevant la motobiquette, éclata de rire » (Alphonse Boudard). [L’ami Anthony Lallouet me suggère Cavanna, ç’aurait pu être çà aussi].
Couloche (n.f.)
Style amphigourique et mièvre que l’on peut rencontrer aussi bien dans les objets de la vie quotidienne que dans les arts (syn. : kitsch). « Bardamu fit un tour dans ce que ces abrutis d’Amerloques appellent un « mall ». Temple de marchandises faciles dégoulinant de fric, avec des petites étoiles partout. Ah, fallait voir ! Y’en avait, d’la couloche ! » (Louis-Ferdinand Céline).
Et moi de dire « y’en aura d’autres ». Je veux dire des mots enfouis. A suivre…
Le principe de la liste est un des ressorts des ateliers d’écriture. Dans le numéro précédent, votre serviteur avait développé son Je me souviens à la Perec. La liste n’est pas close, et il y en aura encore d’autres.
Et si l’on bousillait chaque entrée de la liste, en la transformant grâce à un autre ressort : la contrepèterie ? L’on verra qu’il ne s’agit pas de vraies contrepèteries car les mots ne veulent souvent rien dire, et le résultat n’est ni obscène, ni scatologique. Il ne s’agit donc que d’inversions de paires minimales, selon l’expression chère à Joël Martin (Joël Martin, Manuel de contrepet, 1986, Albin Michel)*. Souvent, même, il ne s’agit que d’à-peu-près qui, moins rigides, développent plus encore l’imagination.
*Joël Martin est scientifique, et j’avais acheté son bouquin au Salon du livre scientifique à Orsay !
Exemple : je me souviens… des bornes de police-secours. Et les bourres de police se cornent ? Quant aux tracteurs avec un siège tape-cul, ils deviennent les tractus avec un siège tape-coeur. Mignon, non ? [Le tractus est un ensemble d’organes qui constitue un appareil. Et le Robert nous donne un exemple poétique : « le tractus urogénital ». Moins mignon…]
C’est donc parti pour une autre liste. A vous de retrouver les entrées de départ dans le Je me souviens de la parution précédente :
Les laines en porceprise.
Les compositioles à l’écon.
Les hommaises mayonnard.
Les vouvres collants [Angst !].
Le charbage au chauffon.
Les chasse-fond près du plat d’eau.
Les circotières pissulaires.
Les cons versignés.
Les macrires à échine.
Les unitaires en miliforme.
Les télécrans à daphone.
Les galeresses Barbie [Angst !].
Les warrants-restaugons [Je confonds avec les Rougon-Macquart].
La quègle à ralcul [pas Angst!]
Les mobélanes Motobiquette.
« Télétel, location de locaviseurs ».
Les menus dommage et pressert.
Les livres de peur à tranche de couloche [Angst !].
Les collants en bavélite.
Les fameuses nombrilles.
Les canvines où l’on était serti.
Les lunoires à barres nettes.
Les toussoirs en michu.
Les chartelettes de porc dans les cocuteries.
♦
Comme dirait Laurent Gerra imitant Jack Lang : « C’est chié, non ? ». Cà commence à être intéressant… Mais ce n’est pas fini : nous avons là un matériau qui va nous servir pour la prochaine parution…
Vous souvenez-vous… de Je me souviens, de Georges Perec (Hachette, 1978), un ouvrage qui appartient au genre du fragment ? Extrait :
« Je me souviens de la « balle aux prisonniers », dans la cour de l’école, à la récréation. Je me souviens de « La pile Wonder ne s’use que si l’on s’en sert. » Je me souviens de son prénom : Isabelle. Je me souviens de l’odeur de la colle UHU. Je me souviens des slips en laine tricotés par ma grand-mère, une torture ».
Moi aussi, comme tout le monde, je me souviens, en tant que petit garçon puis tout jeune homme. Mais mon Je me souviens à moi est un peu différent. Il n’y a pas de souvenirs personnels comme les oeufs brouillés de ma grand-mère (décidément, les grands-mères…), ni intimes (mais une Isabelle, çà ne m’aurait pas déplu…)
Le Je me souviens qui suit (« mon propre travail », dirait l’ami Ruhaud) est plutôt un panorama matériel de la société française des années 60 et 70, et du Paris de ces années-là. Les millenials vont croire que j’invente ou alors que j’ai 90 ans… [Je ferai peut-être une autre fois une édition commentée à l’intention de ces derniers]
Je me souviens :
Du repos scolaire le jeudi.
Des taxis avec un gros compteur à l’arrière.
Des hôtels avec un lavabo dans la chambre.
Des caisses enregistreuses à boutons.
Des prises et interrupteurs en porcelaine.
Des gens du pays, en vacances, que l’on ne comprenait pas à cause de leur accent.
Des parcmètres alignés le long des trottoirs.
Des grandes ondes et des petites ondes.
Des compositions à l’école.
Des fumées bleues derrière les pots d’échappement.
Des musées avec badigeon gris sur les lambris.
Des premières pizzas surgelées avec cuisson séparée de la pâte et de la garniture.
Des bidets.
Du homard mayonnaise servi dans les avions.
Des gazomètres.
Des piles carrées.
Des bons-points.
Des couvre-volants.
Des salles de lecture des bibliothèques municipales avec parquet qui grince et lecteurs qui font « chut ».
Des épiceries où l’on ne pouvait pas se servir.
Du chauffage au charbon.
Des encriers.
Des poinçonneurs du métro.
Des Arabes qui vendaient des tapis en porte-à-porte.
Des Uniprix.
Des chasses d’eau près du plafond.
Des speakerines.
Des pissotières circulaires en fonte.
Certaines arboraient une publicité pour le désodorisant Purodor !
Des phares jaunes.
Des syndicats d’initiative, à horaires improbables, tenus par une vieille dame.
Des bouteilles et des pots de confiture en verre consignés.
Des machines à écrire.
Des compartiments dans les trains.
Des téléphones à cadran.
De la macédoine pas cuite à la cantine.
Des queues de tigre au rétroviseur.
Des rideaux des salles de cinéma de province, avec les publicités des commerçants.
Des Galeries Barbès.
Des WC à la turque.
De la guérite du receveur dans le bus.
Des tournevis à manche en bois.
Des hommes portant moustache.
Des bornes d’appel de Police-secours.
Des télégrammes.
Des ouvreuses au cinéma.
Du Kiravi, du Gévéor et du Préfontaines.
Du mobilier de bureau vert foncé.
Des wagons-restaurants.
Des prises inamovibles de téléphone avec l’inscription « Propriété de l’Etat ».
Des pots de colle qui sentaient l’amande (avec leur petite pelle).
Des vitres de voiture à manivelle.
Des petits tickets (cinéma, musée, train) cartonnés qui sortaient de la caisse via une fente.
Des bougnats qui vendaient bois et charbon.
De la règle à calcul.
Des valises sans roulettes avec coins en métal.
Des Mobylettes Motobécane.
Des « épiceries fines » Codec.
Des lits d’hôpital/de dortoir/de caserne en métal à barreaux couleur crème.
Des poubelles en métal.
Des actualités au cinéma.
De sa vitesse, en voiture, qu’il fallait chercher .
Des bourgs, en vacances, qu’il fallait traverser en voiture (pas de rocade et c’était toujours un jour de marché).
Des yaourts La Roche aux Fées.
Des sténo-dactylos.
Des tickets de quai.
Des bières Valstar et Daumesnil.
Des téléphones dans les cafés.
Du souffleur au théâtre.
De « Locatel, location de téléviseurs ».
Des tracteurs avec siège tape-cul en métal.
Du Saint-Raphaël et de l’Americano Gancia.
De la ligne de Sceaux.
« Attention ! Ligne de Sceaux : tarification spéciale ! »
Des menus fromage et dessert.
Des nouilles Rivoire et Carret.
Des pneus de voiture avec chambre à air.
Des gens bossus.
Des femmes en combinaison.
Des policiers à képi.
Des livres de poche à tranche de couleur.
Des volants en bakélite.
Des familles nombreuses.
Des cantines où l’on était servi.
Des lunettes à barre noire sur le dessus.
Soeur Sourire.
Des mouchoirs en tissu.
Des côtelettes de porc dans les charcuteries.
Des militaires en uniforme.
(A suivre…)
♦
Cette liste nous servira de base pour un exercice d’atelier d’écriture. Suite au prochain numéro – et n’hésitez pas à dresser votre propre Je me souviens !
Quand j’étais documentaliste au lycée Edouard-Herriot à Lyon, il y a plus de vingt ans, il n’y avait pas de programme en géographie pour le concours de l’ENS Sèvres-Ulm. Le prof de prépa avait donc choisi comme thème la cartographie, ce qui n’emballait pas les étudiants, mais moi, si. Il leur avait établi comme base de travail un manuel de géographie de… Terminale, plein de cartes, qui m’enchantait !
Quelques années après, le géographe Jean-Robert Pitte faisait l’éloge de la cartographie. Ce qui ne m’étonne pas du personnage, anti-sorbonnard et attaché à l’idée de terroir, non pour regarder en arrière, à la Pétain ou à la Giono, mais pour aller de l’avant. C’est cette même idée de terroir qui anime le journaliste gastronomique Périco Légasse. D’ailleurs Pitte s’est tourné vers la géographie de la gastronomie et du vin. Tout cela pour dire que les férus de cartographie sont des gens bien.
J’ai toujours eu une passion pour les atlas et les plans de réseau.
Encore aujourd’hui, je ne peux pas m’empêcher de mettre mon nez dans les cartes routières Michelin (les meilleures, à tous points de vue) et les plans de ville. Je me fais des scénarios (c’est mieux que de « se faire des films ») : si toutes les nationales étaient remplacées par des autoroutes, quel serait leur tracé ? Et si je créais un métro dans telle ville, par où passerait-il ?
Inutile de dire que ces ouvrages ne se contentent pas de dormir dans ma bibliothèque, mais sont régulièrement consultés !
Florilège (quel poncif!) :
Atlas des routes de France, Solar (ou son équivalent chez Reader’s Digest).
Le GPS de ma voiture, bien qu’intégré dans l’écran large central, ne m’aide pas en tant que plan de route. Il me sert plutôt pour me dépatouiller en ville (chercher un parking, chercher par où rattraper la départementale 304, etc.). Mais un voyage ne se prépare pas ainsi ! Je préfère me plonger dans les cartes version papier. Et toutes les cartes en une avec cet ouvrage où la topographie se suit « bord-à-bord », de page en page. Même s’il prend de la place dans la voiture.
Bruno Tertrais, Delphine Papin, L’atlas des frontières, Les Arènes, 2016.
Au moment où l’édification croissante anti-migrants de murs devient insoutenable, mais où la passoire qu’est l’espace Schengen devient ridicule, l’ouvrage vient à point. Certaines frontières d’aujourd’hui sont historiques (culturelles, religieuses), d’autres sont artificielles (celles de l’Afrique décidée par les puissances coloniales). D’autres sont baroques, comme les enclaves (voire enclaves dans l’enclave), sans parler des émiettements à checkpoints, comme en Palestine. Il y a des conflits frontaliers tout aussi baroques. Et quand un fleuve sépare deux états, où passe la frontière ? Celle-ci est elle en condominium, à la rive, en ligne médiane, au talweg, transfrontalière ? Et selon que l’on considère la Caspienne comme une mer ou un lac, les revendications ne sont pas les mêmes… [A lire aussi : Régis Debray, Eloge des frontières, Gallimard, 2010].
Les Atlas de l’Histoire, les Atlas du Monde – hors-série, ceux de Courrier International.
La revue l’Histoire a publié ces dernières années des hors-séries. Des Afriques, des mondes de l’Asie, de France… Histoire, colonisation, les enjeux actuels, les défis. Avec des cartes, des cartes, des cartes… Quant à ceux du Monde et de Courrier, ils abordent des sujets divers : atlas des Villes, atlas des Utopies (c’est un peu la même chose), atlas de l’Eau.
Michael Swift, Villes du Monde – Les cartes à travers l’Histoire, Géo, 2009.
L’évolution des villes à travers les plans d’époque : ville romaine post-oppidum, motte castrale, bourg médiéval, élargissement et extension après destruction des remparts, intégration des faubourgs, apparition des gares… Une cinquantaine de villes pour les quelles on peut jouer à avant/après. Retrouve-t-on le cardo ou le castrum, le plan colonial en damier, la tracé d’une rivière dans les hypercentres ou les downtowns contemporains ?
Danielle Chadych et Dominique Leborgne, Atlas de Paris – Evolution d’un paysage urbain, Parigramme, 2007 ; Jean-Robert Pitte (dir.), Paris, histoire d’une ville, Hachette, 1993.
Deux bibles sur l’histoire de Paris. Encore plus consultés que les autres ! Là aussi, le avant/après s’impose, surtout si on vérifie in situ : dans la rue, sur un immeuble, etc.
Jean-Robert Pitte
Collectif, Le Grand Pari(s) –Consultation internationale sur l’avenir de la métropole parisienne, Le Moniteur, 2009.
Il s’agit du catalogue de l’exposition de 2009 à la Cité de l’Architecture, qui présentait les résultats de ladite consultation engagée par l’Etat. De grands cabinets d’architectes avaient planché sur le sujet (Richard Rogers, Christian de Portzamparc, Jean Nouvel, Roland Castro et d’autres moins connus). Suppression des barrières physiques (périphérique, autoroutes, emprises SNCF, friches industrielles…), « requalification » des axes ou des zones en déshérence, désenclavement à l’aide de nouveaux réseaux de transport, densification/mutualisation et « en même temps » verdissement, corridor de développement Paris-Le Havre… Ce qui est intéressant, c’est que les architectes sont restés raisonnables par rapport à l’idéologie environnementaliste, et n’ont pas non plus proposé de smart city sous l’emprise des GAFAM. Mais c’était en 2009… Malheureusement, sept mois après le rendu des études, la loi dite du Grand Paris n’a rien eu à voir avec les travaux des architectes… N’ont été seulement retenus que quelques pôles (La Défense, Saclay, Le Bourget/Villepinte…) reliés par le fameux supermétro. Les architectes ont travaillé pour rien…
Le « bug » de la semaine dernière était évidemment un poisson d’avril !
Vous-êtes vous déjà demandé pourquoi certaines rames du métro parisien sont sur pneus ?
En 1956, la ligne 11 fut équipée de façon expérimentale : la RATP cherchait une ligne courte pour tester une solution de rapidité et de souplesse, par son adhérence sur la bande de roulement, et une solution de confort. La 1 (Porte Maillot – Château de Vincennes, à l’époque) fut plutôt une vitrine pour une ligne fréquentée par les touristes (confort). Et la 4, la plus fréquentée à l’époque, avait besoin d’accélérations et de freinages précis pour un meilleur cadencement.
La ligne 6, ce fut différent. Les fenêtres des immeubles haussmanniens des 7ème et du 15ème arrondissements jouxtaient le métro aérien. Les bourgeois réclamaient moins de bruit. En réalité, en ligne droite, le MP (matériel pneu) est plus bruyant que le MF (matériel fer). C’est dans les virages torturés de la 6 qu’il est plus silencieux.
Quant à l’autre ligne aérienne, la 2 traversant Barbès et la Goutte-d’Or, on n’eut pas tant d’égards pour ses riverains, et cette ligne garda son MF !
Je vous renvoie aux précédents Métros loufoques pour connaître le principe de ce qui va suivre. Cette fois, il n’y aura pas de contrainte particulière. Les stations apparaîtront dans l’ordre.
M 6 : GENERAL DEUX ETOILES DE GAULLE – INCARNATION
Charles-de-Gaulle – Etoile > Général deux étoiles de Gaulle
Kléber > Kléber -Colombes [ancienne marque de pneus]
Boissière > Brassière
Trocadéro > Tant qu’y a des ronds
Passy > Passif
Bir-Hakeim > Akim-Color [qui se souvient de cette BD cheap des années soixante ?]
… qui fut le concurrent de Rahan !
Dupleix > Complexe
La Motte-Piquet – Grenelle > La motte piquait la quenelle [ah, bravo …]
Cambronne > Cambrure
Sèvres-Lecourbe > Lèvres se courbent
Pasteur > A c’t’heure
Montparnasse-Bienvenüe > Viens par là, mon velu
Edgar-Quinet > Ecarquillé
Raspail > Rase-poil
Denfert-Rochereau > Foré d’en roche
Saint-Jacques > Singea
Glacière > D’la chair
Corvisart > Corps bizarre
Place d’Italie > Un chapeau de pailled’Italie [pièce d’Eugène Labiche]
Nationale > Là, si on y allait
Chevaleret > Chevalet
Quai de la Gare > Cas de la guerre
Bercy > Persil
… parce qu’elle est anti-re–dé–po–si–tion ! Même en allemand !
Dugommier > Du sommier
Daumesnil > Beau mais nul
Bel-Air > Bellérophon [Personnage de la mythologie grecque – « Arrêtez de bêler, au fond ! »]
Picpus > Rictus
Nation > Incarnation
BED TRIP
Le Général deux étoiles De Gaulle avait prévu de visiter l'usine Kléber-Colombes. Un stagiaire de l'Elysée (un artiste peintre !), un rêveur, s'étant trompé, ce fut une usine de brassières. "Bah ! Tant qu'y a des ronds", se dit le grand Charles.
Le stagiaire avait un lourd passif : grand lecteur d'Akim-Color, on rencontrait cette personnalité complexe également à Pigalle, ce qui aggravait son cas. Un soir, tandis que la motte piquait la quenelle, il pensa secrètement à une cambrure et à l'instant où les lèvres se courbent... Mais elle l'avait accueilli par un "c'est à c't'heure que t'arrives ? Allez, viens par là, mon velu !". Ses yeux étaient écarquillés à la vue du rase-poil (d'où la motte qui pique*). Bref, il fallait qu'il l'eut forée d'en roche, mais il singea. D'la chair... Un corps bizarre... Il regretta que la chose ne soit pas couverte d'un chapeau de paille d'Italie.
" Bon, là, si on y allait ?". Il prit son chevalet. "J'en fais cas, de la guerre ! J'en fais cas, de la motte au persil, du sommier ! C'était beau, mais nul ! Allons dompter Pégase, tel un Bellérophon !". Il eut un rictus : de Bellérophon, il se crut l'incarnation.
Un nouveau blog, ou plutôt blogue, car l’autrice (l’auteure, l’auteuse, l’auteur.e ?) l’orthographie comme il se doit. Il s’agit de http://leblogueduvestiaire.blogspot.com [je vous conseille de bien taper » http:// » et de le mettre en favoris]. C’est le blogue d’une fidèle et charmante lectrice, la fameuse Mme Laplanche, de Vitreine-sur-Scie. Evidemment, elle ne s’appelle pas comme cela et souhaite (je pense) garder l’anonymat. Le blogue du vestiaire, originellement placardé sous format papier comme son nom l’indique, est consacré à ses coups de coeur littéraires (sa bibliothèque amoureuse ?), pleins de bienveillance. Alors bonne continuation, take care ! Et have fun !
Je l’ai écrit à plusieurs reprises : les publications françaises se distinguent bien souvent par leur manque d’index, mais aussi d’illustrations, de schémas ou de tableaux. Ou alors, pour ces trois derniers, en format timbre-poste. Témoin le nombre de fois où j’ai ouvert, dans une librairie, un livre français d’histoire, de géographie, de sciences ou d’art (!), sans trouver aucun des éléments cités précédemment. Le présent blog n’échappe pas à la règle, mais c’est pour des raisons techniques. Je vais essayer d’y remédier. Les Anglo-saxons, eux, ont l’esprit pratique et didactique.Bon nombre de collections françaises intéressantes sont en réalité des adaptations de collections anglaises, canadiennes ou américaines.
Idem pour les musées : on voit bien la difficulté pour les Français d’établir une médiation scientifique : entre un musée des Arts-et-métiers poussiéreux et le grand n’importe quoi de la Cité des sciences de la Villette… La même chose pour la médiation artistique ou patrimoniale : fiches de salle rédigées… par les conservateurs, exposition au musée Guimet consacrée à la ville indienne de Lucknow… sans aucune carte pour la situer.
Au delà, pour notre peuple intellectualiste qui semble ne pas avoir changé depuis la Sorbonne de Rabelais voire depuis Aristote, l’absence d’esprit pratique se traduit par les carences de l’information et de la signalétique. « Culte du secret » (les gens ne doivent – ou ne peuvent – pas savoir), non-anticipation de l’info en amont, infos rédigées en langage interne… On n’est pas doués…
Revenons à l’index, bien utile pour « retrouver » une entrée dans un livre. Il y a quelques années, le magazine Science&Vie avait décidé de ne pas se prendre au sérieux en établissant dans chaque numéro un anti-index, un index humoristique, appelé de façon inexacte « contre-sommaire ». Un sommaire, c’est une table des matières, pas un index. Je pense que la raison de cette mauvaise terminologie est que, « dans la vraie vie », un anti-index est « une liste ordonnée d’enregistrements permettant leur élagage rapide lors de recherches » (Wiktionnaire).
L’anti-index ou contre-sommaire, comme l’on voudra, de Science&Vie consistait en un « petit florilège des mots de ce numéro ». Il s’agissait de relever des mots ou expressions paraissant incongrus (surtout dans un magazine scientifique), drôles ou décalés. Voici un exemple (malheureusement, je n’avais pas relevé les numéro et date de la publication) :
Je ne sais pas qui est A.G., l’auteur. Sachant que beaucoup d’oulipiens sont des scientifiques, la piste de l’Oulipo n’est pas à exclure…
En tous cas, c’est très intéressant. D’abord, c’est une liste, c’est-à-dire une bonne base de travail littéraire. Ensuite c’est un prétexte à toutes sortes de choses poétiques ou surréalistes. Et on peut la triturer dans tous les sens ! Paires inversées : « sciences noires » et « substances bourgeoises », « second record » et « triste cerveau ». On peut en faire de vraies ou pseudo-contrepèteries : « gullage de base », « joues de feu », « cames de Luther ». Il y a des évocations salaces : « fantasme », « fentes de Young », « une bonne pompe ». Des « particules bohmiennes » qui pourraient être bohémiennes. Et il y a Houellebecq, que A.G. a trouvé pertinent à lui tout seul !
Une bonne pompe.
Eh bien, des anti-index, il y en aura d’autres, car j’en ai concocté ! Rendez-vous dans une publication ultérieure !
J’ai loupé le coche du 14 février, mais voici en exclusivité ma mise en scène pour la Saint-Valentin (veuillez éloigner les enfants) :
Oui, oui, oui ! Ouiii !
Voici une version plus chaste :
Théâtre, théâtre, théâtre !
Tout à l’heure j’ai entendu – et sur RFI, de surcroît – une journaliste parler de la Hague. Je ne voyais pas le rapport entre les Pays-Bas et le Cotentin, et puis j’ai compris : elle voulait parler… de La Haye ! Elle avait stupidement traduit Den Haag, ou The Hague, en anglais, par un nom qui lui était plus familier…
Non seulement on fait aujourd’hui des contresens par ignorance (le niveau de culture générale des journalistes chute lamentablement, comme pour le reste de la population), mais on a oublié que bon nombre de villes étrangères se traduisent en français…
J’entends souvent parler de l’université de Leyden ou de Groningen, toujours au Pays-Bas. Or, on dit Leyde et Groningue. On apprenait autrefois en leçon de choses ce qu’était la bouteille de Leyde… Ou encore Trento, en Italie. Et le concile de Trente, b… ? On entend trop de Cremona, Piacenza, Lucca en français dans le texte : c’est Crémone, Plaisance, Lucques qu’il faut dire. De même pour Speyer, Regensburg : Spire, Ratisbonne.
Ceci dit, j’ai entendu une fois un italien parler, en français, de Monaco à propos de Munich. Car en italien, Munich se dit Monaco di Bavaria pour la distinguer de la Principauté.
Traduire des noms propres ou des noms communs, c’est toujours aussi périlleux… Et voilà donc la suite de nos traductions qui tombent à côté :
Fermier.
Dans tous les textes francophones ou traduits d’une autre langue que l’anglais, on trouve des agriculteurs ou éleveurs (termes neutres), des cultivateurs (terme courant et populaire tendant à vieillir), des paysans (terme historico-culturel) et des exploitants agricoles (terme administratif et socio-économique). Dans ceux traduits de l’anglais, ils deviennent comme par hasard tous des « fermiers ». C’est que l’anglais ne connaît qu’un seul mot, farmer ! Autrefois, on ne connaissait que des « paysans », et on précisait s’ils étaient fermiers (propriétaires) ou métayers (locataires), mais la ferme a toujours été le seul terme pour désigner l’exploitation, aussi bien en français qu’en anglais.
Iles Leeward.
C’est une faute assez rare, mais j’ai été témoin une fois dans un journal, et une fois « dans le poste », de la mention de ces « Iles Leeward » qui seraient des paradis fiscaux ou bancaires. En réalité, leeward est un terme de marine signifiant « sous le vent » (à l’abri du vent), par rapport à windward, « au vent » (exposé au vent). Dans le contexte des Antilles, Leeward Islands désigne le nord de l’arc antillais (Iles Vierges, Anguilla, St-Martin, St-Kitts, Antigua) et Windward Islands, le sud (Guadeloupe, Dominique, Martinique, Ste-Lucie, St-Vincent, Grenade). C’est un terme de géographie physique : il n’y a donc pas d' »Iles Leeward » en français, et aucun Etat paradis bancaire ne s’appelle comme çà ! Il faut mieux alors parler des paradis bancaires des grandes Antilles, ou les citer nommément…
Nonne.
Ce que nous appelons moniale dans le registre ecclésiastique, religieuse dans le registre standard et bonne soeur dans le registre familier est, dans les textes anglo-saxons, souvent traduit par nonne, sous l’influence de l’anglais nun. Certes, « nonne » existe en français, mais dans le contexte du Moyen-âge, ou alors dans un registre plaisant !
Nun sex, monk rock !
Officier public.
Quel jargon ! On voit de temps en temps cette expression, et on sent parfois que le traducteur a été gêné aux entournures car il s’est demandé le rapport avec la chose militaire ! En anglais, la fonction publique, le service public s’appellent public office. Un public officer, voire un officer tout court quand le contexte est explicite, c’est quelqu’un travaillant dans la fonction publique, à savoir tout bonnement un fonctionnaire, quelque soit son grade. A noter qu' »officier public » existe en français : mais c’est quelqu’un détenant une charge : notaire, huissier de justice… Rien à voir.
Panel.
Dans certaines conférences, séminaires et autres « universités d’été » (là aussi j’en suis témoin chez une organisation qui fait la même erreur depuis 40 ans !), l’on parle de « panel » ! Un panel, en anglais, c’est une table ronde, une partie de conférence-débat consacrée à un thème ou ordre de jour particulier. Mais « panel » en français, est un terme de statistique, qui signifie « échantillon ». On trouve souvent ce terme à propos de sondages. C’est bien session ou volet, qu’il faut utiliser dans les conférences.
Tarmac.
Un beau jour, dans les années 1990, je tombe sur ce mot : tarmac. Diable ! S’agissait-il d’un tissu écossais ? D’un dignitaire inca ? Le mot vient de tar (goudron) et MacAdam (le monsieur qui a inventé le revêtement goudronné que le BTP français appelle de l’enrobé), et il s’emploie dans le contexte aéroportuaire. Autrement dit un tarmac, c’est notre bonne vieille piste ! Seulement voilà : piste, çà fait embarquement ringard au Bourget dans les années 50, tandis que « tarmac », çà a de la gueule, çà fait logistique humanitaire sur une base militaire !
Vétéran.
A l’occasion des opérations extérieures américaines (toutes destinées à être perdues), on a vu dans la prose journalistique la prolifération de « vétérans » dans le contexte de leurs troubles post-traumatiques, de leur réinsertion, de leur oubli de la part des institutions, etc. Un vétéran, en français, c’est un ancien (les vétérans de la Marche des Beurs, du Tour de France ou des missions lunaires), souvent avec une notion de lutte ou d’exploit. En anglais, veteran ce n’est qu’un ancien combattant. Ici aussi, dans les textes traduits de l’anglais, ces derniers deviennent automatiquement des « vétérans ». Re-seulement voilà : ancien combattant fait vieux con ancien d’Algérie à béret et moustache alors que « vétéran », çà fait beau mec musclé avec sa jambe artificielle dernier cri !
Zao, Ancien combattant (1984) : un petit bijou de la chanson congolaise avec sa rythmique implacable et son art de dire des choses sérieuses avec le second degré !
Ce compositeur (cf. le n° du 15 janvier) est maintenant victime de la cancel culture. Dans le magazine américain en ligne Vox, Nate Sloan et Charlie Harding assènent que la Cinquième Symphonie est perçue par les femmes, les LGBTQ+ et les non-Blancs comme symbole d’élitisme et de supériorité des Blancs. La musicologue féministe Susan McClary compare, elle, la Neuvième symphonie à « une rage meurtrière d’un violeur incapable d’atteindre son but » [traduit par moi]. Et à l’Université de Cambridge, un appel a été lancé pour supprimer (cancel) Beethoven… Comme le dit Duncan, un internaute sur le site Slipped Disc : « Cancel Cambridge instead ! »
Un site haïtien (en créole) consacré à la musique classique, avec une rubrique sur la vie de Beethoven ! Il s’agit d’Akademizik (akademizik.net), site de Rémy Junior Monexant.
Message personnel : allez, l’ami Ruhaud, écoute moins de métal et d’électro et plus de Beethoven ! Eh oui, j’ai lu ton entretien avec J.-P. Gavard-Perret !
Je viens de lire par James Walvin : Histoire du sucre, histoire du monde, 2020, La Découverte. Cà aurait pu s’appeler : « De l’esclavage à Coca-Cola ». Dès le 18ème siècle, l’industrie du sucre a été perçue comme un marché captif : thé et café sucrés, confitures et marmelades, biscuits, chocolat, rhum – certains ont bien compris qu’ils s’agissait d’une addiction. Et comme dit le Nègre de Surinam dans le Candide de Voltaire, « c’est à ce prix [l’ esclavage] que vous mangez du sucre en Europe ». On achetait même les esclaves sur les côtes d’Afrique en échange de rhum… fabriqués par leurs frères déportés aux Antilles…
« c’est à ce prix [l’ esclavage] que vous mangez du sucre en Europe ».
Voltaire, Zadig.
Du coup, une autre épidémie que celle que vous savez est en train de ravager le monde : l’addiction au sucre, et ses conséquences sur la santé, notamment l’obésité… Non seulement de par les sucreries et les sodas (dont celle de la marque à la canette rouge au liseré blanc), mais aussi de par l’alcool ou les plats préparés.
Dieu sait si l’on nous a habitué tout petit, et il y a quelque chose de régressif dans ces « douceurs ». N’ayant pas été élevé dans la culture (l’idéologie ?) des bonbons, j’ai gardé un souvenir étrange de la classe de neige (c’était en 1971) : les trois dimanches matin de ce séjour étaient consacrés à l’achat de Malabar, Carambar, Smarties, Pez et Zan en spirale. J’ai dû faire comme les autres mais déjà, je ne comprenais pas pourquoi les maîtresses toléraient cela. Probablement, cela ne se fait plus aujourd’hui pour des raisons d’éducation nutritionnelle – ou est-ce de la naïveté de ma part ?
Je vous avais promis de publier les textes que j’écris. Voici deux textounets, courtes pochades assez récentes, autour (comme on dit dans les sous-titres des expositions) du thème des aliments (?) sucrés. Le premier est plaisant, sans plus. Le second a plus de sucre sel.
MAMIE GATEAU
Elle arrive toujours les bras chargés, avec des fleurs (de son jardin, dit-elle, mais ma parole, à force, il ne doit plus en rester beaucoup !) et des gâteaux.
Des gâteaux, beaucoup de gâteaux. Des grands, des petits, des secs, des fourrés, des mous, des consistants, des achetés et des faits maison, avec amour.
« Tiens, tu veux gâteau ? » Elle vous en propose tous les jours. Gêné, on refuse.
Elle vous met le gâteau de force dans la main, pour ne pas dire dans la bouche : « Prends, c’est gâteau. »
Elle est comme çà, Mamie Gâteau.
Allez, on l’aurait bien eue comme grand-mère…
GANESH
C’est un petit garçon qui aime les sucreries,
Oh, mon Dieu qu’il les aime, vous auriez vu, Madame !
D’ailleurs, il ne mange pas proprement
Et fait des miettes.
.
Il aime le Bon Dieu et la Sainte Vierge,
Oh, comme il les aime, vous auriez vu, Madame !
D’ailleurs, il a beaucoup d’images pieuses :
Il en a placardé un peu partout.
.
Il sourit constamment,
Oh , mon Dieu qu’il est content, vous auriez vu, Madame !
D’ailleurs, il est tellement, tellement, tellement,
Vais-je vous souhaiter bonne année ? Sera-ce l’annus horribilis bis ? Verra-t-on quatre confinements supplémentaires ? Trois mutations du virus ? Une pénurie de vaccins organisée par les labos pour faire monter les prix ? Trois décapitations qualifiées simplement d' »agressions » par Royal ou Hidalgo ? Quatre tabassages policiers sortant opportunément d’un chapeau pour créer un climat face à l’actualité ? Une giletjaunisation des commerçants (quoique faire de la politique à gauche ne leur ferait pas de mal…) ? Une guerre civile entre américains moyens qui ont socialement morflé ces dernières années et américains bobos urbains* ? Un Biden va-t-en guerre menant une intervention contre la Chine ou l’Iran ? L’invasion de la Grèce par les troupes d’Erdogan ? Un krach financier dû à l’éclatement de la bulle des droits de diffusion des matchs de football ? Et les chiens de garde euro-libéraux Lagarde et Moscovici nous asséner que, c’est bien gentil tout çà, mais maintenant, il faut rembourser…
* Concernant l’assaut sur le Capitole, l’on a eu droit à un « incendie du Reichstag » mené par des provocateurs du FBI, et les GAFAM instaurent la censure de l’opposition. Cela pue la mise en place prochaine d’une dictature, par un régime qui ne veut pas de révolte d’un peuple américain qui a été socialement humilié ces dernières années par les politiques post-industrielles de « désintégration contrôlée » !
J’espère que ces fêtes ont été l’occasion de vous faire offrir de beaux livres, ou de beaux disques, non comme une fuite, mais pour appréhender le monde. Cette année est le 250ème anniversaire de la naissance de Beethoven. Je vous propose de vous laver l’âme avec le quatuor Ebène, le seul qui tente de prendre la relève de l’excellent et fameux quatuor Amadeus…
Un extrait duquatuor à cordes n°7 en fa majeur, (op. 59) de Beethoven, par le Quatuor Ebène.
Et bien évidemment, je vous suggère également de vous faire un bon Champouin grâce aux livres, et de partager ma bibliothèque amoureuse…
Drôle d’oeuvre que celle de Rabelais, qu’on ne sait pas comment appréhender, ni « par quel bout prendre » ! Conte pour enfants, farce leste pour adultes, histoires d’aventures extraordinaires, blague potache anti-institutionnelle, conte humaniste, leçon chrétienne, séquences hédonistes style La grande Bouffe… C’est un peu tout cela ! Ma première rencontre vers Gargantua, Pantagruel, Picrochole, Panurge et les autres fut au cours élémentaire, dans le cadre de ce qui s’appelait la radio-télévision scolaire (penser à écrire un papier sur ce sujet…). Déjà, je trouvai cela étrange… Et quelle langue ! Il faut absolument lire Rabelais en français moyen (car ce n’est plus de l’ancien français). Malheureusement, plus tard, Malherbe et Vaugelas castreront la langue française en en faisant un idiome de cour…
William Shakespeare, Oeuvres complètes, Bouquins, Robert Laffont. (Bilingue – huit volumes).
Encore un ovni littéraire ! Qu’il faut lire en anglais, bien sûr ! Si l’on excepte les mystères et la commedia dell’arte, c’est tout de même, avec Marlowe, le début du théâtre occidental. Pas mal pour un début ! Le théâtre de Shakespeare est très politique, et nous invite à nous poser des questions sur nos comportements et nos habitudes de pensée : faut-il que « tout le monde meure à la fin » pour nous le faire comprendre ? Mais d’un autre côté, il est si onirique et léger : Le songe d’une nuit d’été semble être un immense Hellzapoppin ! On se dépêcha les siècles suivants d’oublier Rabelais et Shakespeare. Rabelais fut jugé « semeur d’ordures », et Voltaire le détestait. Il fut réhabilité par Hugo. Idem pour Shakespeare, qui fut qualifié de « gothique », et réhabilité au 19ème siècle seulement. On ne comprit pas qu’on puisse être sérieux mais ne pas se prendre au sérieux ! On se dépêcha de dire que Shakespeare n’a pas existé, qu’un autre a écrit son oeuvre… Et surtout, à Londres, aucune rue, ni station de métro, ni statue n’évoque le grand William, si ce n’est un théâtre du Globe reconstitué grâce à l’initiative privée …d’un Américain. Le Globe, qui ne bénéficie d’aucune subvention, risque de fermer définitivement ses portes pour cause de confinement(s), si ce n’est pas déjà fait…
Le théatre du Globe.
Friedrich Schiller, Histoire de la révolte des Pays-Bas in Oeuvres de Schiller, traduites par Adolphe Régnier, Hachette, 1859-1860. (Disponible sur Gallica).
Friedrich Schiller (1759-1805) est le fameux poète, écrivain et philosophe allemand. Schiller dont le théâtre est historique (La Pucelle d’Orléans, Guillaume Tell…), c’est-à-dire politique, comme celui de Shakespeare, a écrit aussi un essai sur l’Histoire de la Guerre de Trente ans. Le titre complet de l’ouvrage qui nous intéresse est : Histoire de la révolte qui détacha les Pays-Bas de la domination espagnole. Il s’agit de la révolte des Gueux, événement qui eut lieu aux Pays-Bas (Hollande, Belgique et Nord – Pas-de-Calais actuels) sous domination espagnole à partir de 1566, et dont le chef de file fut Guillaume d’Orange. Le soulèvement, réclamant la liberté religieuse, déboucha sur la guerre de Quatre-vingts ans, opposant les révoltés néerlandais à L’Empire espagnol. Il ne s’agissait pas vraiment d’une guerre religieuse, mais d’une lutte révolutionnaire anti-impérialiste contre l’oppression de Philippe II. L’exécution capitale du comte d’Egmont marqua le début d’un soulèvement général. Ce que raconte Schiller, c’est une succession de rendez-vous ratés avec l’Histoire, pour des raisons confessionnelles, corporatistes, factieuses, de querelles d’ego, et d’erreurs de jugement. Ce n’est pas seulement un Schiller historien, mais un lanceur d’alerte par rapport à notre Présent : ne pas reproduire ces comportements. De plus, Schiller, dont les écrits philosophiques sont souvent, il faut le dire, quelque peu imbuvables, nous fait par contre dévorer (sur Gallica malheureusement) cet ouvrage ! Le fait qu’il ne soit pas réédité est un scandale.
Le sujet fut repris par Goethe dans sa pièce de théâtre Egmont, et Beethoven en fit une musique de scène éponyme avec une ouverture et neuf parties pour soprano, récitant et orchestre.
Beethoven : Ouverture d’Egmont sous la direction de Daniele Gatti.
Que 2021 soit sous le patronage de Ludwig van Beethoven!
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