Exercices de « stiche » (2)

A quand Johnny Halliday et Bernard Tapie au Panthéon ? Mais que fait donc Brigitte Macron, la « conseillère culture » du Président ? Quel sera le prochain à bénéficier d’officieuses obsèques nationales ? Un footballeur ? Un rappeur ?

L’hommage à « Bébel » m’a aussi quelque peu agacé. Le Belmondo des débuts (Pierrot le fou, L’homme de Rio…) était formidable, mais le Bébel des années 70 (Le Magnifique, Le Voyou…), celui des cascades, s’était clownisé comme le dit Etienne Ruhaud dans son blog Page Paysage.

L’Exercice de « stiche » n°1 n’était pas terrible. C’est vrai : ce n’était qu’une entrée en matière (quelle vilaine expression ! Enfin, chacun sa spécialité…) Pour le coup, il ne s’agissait pas de pastiche mais plutôt de parodie, et il n’était pas sûr que Chevallier & Laspalès soient le meilleur support pour l’exercice. Par contre, je les imite bien, mais je n’ai pas trouvé de solution technique pour un bon son. Il faudrait que j’achète un micro.

Rappel : quand je dis exercice de « stiche », dekoikonparle ? Il s’agit de pasticher un auteur, mais avec la trame de Récit, le texte étalon d’Exercices de style de Raymond Queneau (Folio, Gallimard).

« Enlevez l’enfant aux cornichons ! »

Jules Vallès

Jules Vallès, donc (tiens, encore quelqu’un en -lès). Et plus précisément L’Enfant (Folio+ collège, Gallimard). L’autobus est ici un coche d’eau, allusion aux nombreuses pérégrinations de la famille Vingtras et du jeune Jacques, trimbalé de pension en pension. Pas de parc Monceau mais une escale en un imaginaire Monceau-sur-Loire. D’autre part, le narrateur est directement l’auteur de la bousculade. Evidemment, l’épisode du manteau « à la polonaise, Jacques ! » (« Enlevez l’enfant aux cornichons ! ») était tout trouvé pour la chute imaginée par Queneau : l’ami qui conseille, au narrateur encore une fois, de « diminuer l’échancrure de [son] pardessus en en faisant remonter le bouton supérieur ».

Coche d’eau sur la Loire

Quant au style, il est haché, concis. On ne s’attarde pas. Presque un paragraphe par phrase. Et le tout au présent de narration.

Je dois rejoindre mes parents, à Nantes, après cette morne année d'études et le peu de considération qu'a eu pour moi le propriétaire de la pension Ragnagnat. Je suis heureux. Adieu, Saint-Etienne !

Nous faisons escale à Monceau-sur-Loire. A l'arrière du coche qui descend le fleuve, le batelier arbore un cou fort long. Il porte un de ces chapeaux à galon tressé au lieu de ruban. Ah, ce couvre-chef ! Ma mère aurait pu m'en affubler !

Je décide, à force d'ennui, de marcher sur les pieds des voyageurs qui tentent de monter ou bien de descendre sur la passerelle.

Ce moment de liberté totale, sans mes parents ni le père Ragnagnat, est le seul instant de bonheur de la journée. Un bourgeois se met à se plaindre, mais il n'insiste pas. "Cà lui passera, au gamin", l'entends-je dire.


Je jubile.

Trois heures plus tard, je débarque en ville. En passant devant la gare :

"Vingtras !

- Fougères !"

Fougères, un "grand" que j'avais connu au Puy, est maintenant préfet d'études dans un collège de Nantes.

"Jacques, mon pauvre ami, je parie que ta mère t'a imposé cette redingote ridicule. Au moins le mieux pour toi est d'en diminuer l'échancrure en en faisant remonter ce cornichon qui te sert de bouton. Je connais un bon tailleur qui peut t'arranger çà."

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Métro loufoque – M 7

Quand j’étais petit (oui, marcjoly a été petit), nous avons habité Aubervilliers pendant deux ans, le boulevard Félix Faure n’était pas l’horrible no man’s land à casses auto et kébabs qu’il est aujourd’hui, mais un charmant… boulevard, justement, c’est à-dire planté d’arbres. 

Nous étions au 90 (la petite maison à côté de l’actuel Peinturama). Pour prendre le métro, ma maman et moi, il fallait descendre le boulevard sur 750 m, traverser, en marchant sur des planches et les flaques d’eau, le chantier de construction du Périphérique, puis faire encore 200 m pour atteindre le terminus d’alors : Porte de la Villette. Une véritable expédition. Et je confirme les distances, Google Earth à l’appui.

Ce fut un de mes premiers souvenirs (j’avais quatre ans), mais j’ignore où nous allions ensuite. Je crois deviner que nous descendions à Palais-Royal ou Pont-Neuf pour aller à la bibliothèque de St-Germain-l’Auxerrois.

Voilà ce qui pour moi évoque la ligne 7…

Les temps ont bien changés, et depuis, cette ligne a connu le parrainage de Léo Lagrange, de Paul-Vaillant Couturier, de Louis Aragon et du Kremlin (-Bicêtre, toutefois), même si, en 2021, tout cela est passé de mode.

Pour ceux qui ne comprendraient pas la suite, je les renvoie aux autres Métros loufoques de ce blog.

Aujourd’hui, je ne vais pas me fouler, il s’agira d’écrire un texte avec les noms loufoques des stations dans l’ordre. Toutefois, la ligne se termine au sud par une fourche : il y aura deux fins possibles.

M 7 : OUI, MES NEUFS CENT CAROTTES SAINES – OUI, L’ESTRAGON/MERDE, Y DIT VRAI* **

*Un texte à lui tout seul ?

** Pas compris. [Mme Rand (Berthe), Blois-sur-Charente]

  • La Courneuve – 8 mai 1945 > Oui, mes neufs cent carottes saines
  • Fort d’Aubervilliers > Fort des Halles
  • Aubervilliers-Pantin – Quatre Chemins > Parchemin
  • Porte de la Villette > Ce porc de Lavilliers
  • Corentin Cariou > Encore un caillou
  • Crimée > Crime
  • Riquet > Biquet
  • Stalingrad > Plantigrade
  • Louis Blanc > Ruy Blas
  • Château-Landon > Moët-et-Chandon
  • Gare de l’Est > Argelès
  • Poissonnière > Prisonnière
  • Cadet > Prout-prout cadet
« A dada prout-prout cadet, à cheval sur mon bidet… »
  • Le Peletier > Biscottes Pelletier (Je me souviens des biscottes Pelletier…)
  • Chaussée d’Antin – La Fayette > Yvan Dautin (comédien-chanteur des années 70)
  • Opéra > Apéro
  • Pyramides > Polyamide
  • Palais-Royal – Musée du Louvre > Museau des lèvres
  • Pont-Neuf > Bon oeuf
  • Châtelet > Chatterley (Cf. M1 et M4)
  • Pont-Marie > Mon mari
  • Sully-Morland > Su’l’lit, mon grand !
  • Jussieu > Judicieux
  • Place Monge > Cà se mange
  • Censier-Daubenton > Dentier au menton
  • Les Gobelins > Les gobelets
  • Place d’Italie > Chapeau de paille d’Italie
  • Tolbiac > Koulibiac
Koulibiac de saumon
  • Maison Blanche > La raison flanche
  • Le Kremlin-Bicêtre > Les Gremlins peut-être
  • Villejuif – Léo Lagrange > Les halles aux granges
  • Villejuif – Paul Vaillant-Couturier > Quel vaillant couturier !
  • Villejuif – Louis Aragon > Oui, l’estragon !
  • Porte d’Italie > A bord du Thalys
  • Porte de Choisy > Morceaux choisis
  • Porte d’Ivry > Ivry Gitlis (célèbre violoniste israélien)
  • Pierre-et-Marie Curie > Bain-marie de curry
  • Mairie d’Ivry > Merde, y dit vrai

Hop, c’est parti. Encore un texte capillotracté, avec une scène de cul, comme dans Houellebecq, dont seul marcjoly a le secret. A la guerre comme à la guerre :

FORT-BOYARD

J'entrai. "Oui, mes neuf-cent carottes saines", dit un fort des Halles en soulevant des cageots. C'est ainsi que débuta cette course au trésor organisée par l'auteur et interprète de
Bats-toi.

Sur un vieux parchemin, ce porc de Lavilliers avait écrit : ENCORE UN CAILLOU VERS LE CRIME. On y voyait les silhouettes d'un biquet et d'un plantigrade. Trois indices étaient donnés : Ruy-Blas, Moët-et-Chandon et Argelès. Il fallait délivrer la prisonnière.

Je criai le mot de passe : "Prout-prout cadet". Puis il fallut apporter un paquet de biscottes Pelletier à un type que je reconnus être Yvan Dautin. Celui-ci me défia de boire l'apéro dans un verre en polyamide. Je n'y trempai que le museau des lèvres. Il fallut gober aussi un bon oeuf.

Là, l'épreuve se corsa. Apparut la Chatterley qui me fit : "Ah, mon mari ! Su'l'lit, mon grand !" Je trouvai judicieux que çà se mange, le dentier au menton !

Je vous passe l'épreuve des gobelets, puis celle du chapeau de paille d'Italie dans lequel il fallait manger un koulibiac.

C'est là (seulement ?) que la raison flanche.

( Deux fins possibles. La bleue : )

Quoi d'autre ? L'arrivée des Gremlins, peut-être, dans les halles aux granges ? Puis on m'aurait dit :"Quel vaillant couturier !", rapport au verre en polyamide, et je me serais exclamé : "Oui, l'estragon (c'était le trophée) !"

( La jaune : )

A bord du
Thalys (un décor de studio, évidemment), quelques morceaux choisis : Ivry Gitlis, à l'annonce de mon énième mot de passe (çà commence à bien faire) : "Bain-Marie de curry ". Après l'oeuf et le koulibiac, j'avais envie de vomir. "Merde, y dit vrai !" s'écria le violoniste.

C'est à ce moment-là que je me suis réveillé.

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Ma bibliothèque amoureuse (7/infini)

Spécial modes d’acquisition

Deux lectures par rapport à l’actualité (je ne garantis pas leur disponibilité) : Laurent DESSART (un ami dont j’ai perdu la trace), L’Afghanistan – Précis historique, L’Harmattan, 2004. Pour comprendre la matrice culturelle et sociétale de ce pays. D’autre part : Françoise OLIVIER-UTARD, Politique et archéologie – Histoire de la Délégation archéologique française en Afghanistan 1922-1982, Editions Recherche et Civilisations, 2003. Un regard sur les relations franco-afghanes. Recréée en 2002, la DAFA existe toujours, sans doute rapatriée ces derniers temps.

Dès lors qu’il existe plusieurs façons de classer sa bibliothèque : sujet, thème, genre, chronologie, auteur, titre, édition, collection, format, couleur (!), épaisseur, odeur, type de reliure… (une fidèle lectrice, Mme Geypatout-Compry, de Jarnac-sur-Loire, pourrait en témoigner), il pourrait être judicieux, lorsqu’on aborde l’aspect « amoureux », affectif, subjectif, de sa collection de livres, de la classer par mode d’acquisition.

Bon, les livres achetés à la FNAC et ceux appartenant déjà au conjoint, on connaît. Mais il y a d’autres modes.

Je vais essayer d’en donner un aperçu.

  • André CHERPILLOD, Histoire des chiffres, autoédition, 1996.

Auteur remarquable pour trois points de vue. D’abord André Cherpillod, espérantiste, fait partie des derniers philologues et polygraphes. Il a écrit des centaines d’ouvrages sur tous les sujets en espéranto, français, et bien d’autres langues ! Ensuite ses ouvrages sont parus soit en autoédition, soit aux éditions de la Blanchetière… c’est à dire Cherpillod tout seul chez lui. Enfin ses livres, la plupart épuisés, sont surtout disponibles via les deux associations espérantistes en France : SAT-Amikaro et Espéranto-France. C’est de l’un ou l’autre que mon exemplaire provient. Il faudra en tous cas que je fasse un jour un papier sur André Cherpillod.

Le « collector » des Cherpillod.

  • Daniel JUSTENS, La mathématique du Chat, Delagrave/Casterman, 2008.

Comme souvent, livre acheté à la librairie (pardon, il faut maintenant dire « boutique »…) d’un musée, en l’occurrence celui de la BD à Bruxelles. J’y suis entré uniquement pour l’architecture du lieu. Le livre est plus intéressant que je ne le pensais : c’est un authentique ouvrage de mathématique basé sur… Le Chat de Philippe Geluck, lequel, pourtant, n’est en soi pas terrible. Mlle Areu, étudiante en vulcanologie médiévale de ma connaissance, m’a rétorqué : « Depuis quand les chats font-ils des mathématiques »?

  • Deutsches Museum, Museum Guide, 3ème édition 2005.

Acheté lui aussi à la lib… (et puis merde !) d’un musée : le Deutsches Museum de Munich, musée scientifique absolument complet comme les Français sont incapables de faire. Là, pour le coup, il s’agit du « guide » (140 pages !) officiel du musée, c’est-à-dire du catalogue des collections permanentes.

  • Christiane COSSUS, 6 leçons d’électricité, SODEL, sans date.

Livre datant du collège (çà ne me rajeunit pas) sur les bases de l’électricité. Comment ce fait-il qu’il s’agisse du Livre de l’enseignant ? Mystère.

  • La Bible de Jérusalem, Desclée de Brouwer, 1975  » (imprimatur : Paris, le 8 février 1975 – E. BERRAR, v. é.) .

Elle m’avait été offerte par ma belle-mère, pour Noël. Tout le monde était atterré et moi aussi. Il y a de ces cadeaux …

  • E. et J. BOURCIEZ, Phonétique française – Etude historique, Klincksieck, 1982.

Un des vestiges de mes livres de fac. Tout sur la « réduction du mot latin en français », le « traitement des voyelles accentuées », les « labiales latines », etc. Ecrit par un de ces couples d’universitaires dont seule la France à le secret.

  • Etienne RUHAUD, Disparaître, Unicité, 2013.

Ce n’est pas pour passer la brosse à reliure (heu, à reluire !), mais ce romanceau (112 pages) est écrit par mon ami Etienne dont je vous rebat les oreilles, et préfacé par feu Dominique Noguez, tout de même ! Mon exemplaire est dédicacé :« Pour Marc, ce court récit urbain, en lui souhaitant le meilleur… Merci. Toute notre amitié, Etienne ». Comme çà, vous savez que dans la vraie vie, marcjoly a pour prénom Marc.

  • JEAN-CHARLES, La foire aux bidasses, Presses de la Cité, 1973.

Jean-Charles était le spécialiste des « perles », notamment celles des cancres. Cet ouvrage consacré aux bidasses (c’est la même chose) et aux militaires en général (c’est le cas de le dire) a été trouvé tellement hilarant par votre serviteur que celui-ci l’a volé durant son service militaire en 1984 à la bibliothèque de l’Unité Marine de Fort-de-France.

  • Collectif, Le daguerréotype français. Un objet photographique, RMN, 2003.

Travaillant dans les musées, ceux-ci m’offrent tous les ans ainsi qu’aux collègues un catalogue d’exposition. Celui-ci reflète un monde proto-photographique disparu : taudis pré-haussmanniens, femmes à coiffe en dentelle, trognes d’une population qui ne connaissait pas le dentiste mais connaissait bien les bouteilles de vin…

  • René VALLERY-RADOT, La vie de Pasteur, Flammarion, 1900 (l’exemplaire et une réédition de 1925).

Cette biographie écrite par le gendre de Louis Pasteur, et dégotée chez un bouquiniste, n’est pas rééditée aujourd’hui. J’aurais malheureusement tant à dire de ces tauliers, dont le métier consiste à ne jamais vouloir acheter les livres qu’on veut leur vendre, et qui de surcroît vous engueulent…

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Les Arabes mayonnaise

Atelier d’écriture de l’été #4

Triste anniversaire : le 15 août 1971 était décidé le découplage de l’or par rapport au dollar. Nous payons encore les conséquences de ce début des processus de dérégulation…

Non, je n’ai pas oublié la litanie des Je me souviens (mon propre travail, et le vôtre aussi car ceci est un atelier) amorcée dans notre parution du 1er juillet. Et je vous vois venir : « marcjoly va encore contrepéter plus haut que son luth ».

Eh, bien non. Nous allons nous référer à un autre procédé.

Il s’agira cette fois de faire des permutations non pas de syllabes mais de mots. Le schéma que nous allons utiliser le plus couramment consiste à marier le sujet d’une entrée avec l’attribut d’une autre entrée et/ou l’inverse. Exemple : je me souviens, entre autres …des Arabes vendant des tapis, …du homard mayonnaise. Bon le homard vendant des tapis, c’est moyen… Mais les Arabes mayonnaise, c’est surréaliste !

Souvenez-vous des appellations géniales de groupes punk comme les Sex Pistols, eux-mêmes détournés en Sax Pustuls ! D’autres groupes, français et faussement décadents, portaient des noms tout autant surréalistes : Ludwig van 88 (spéciale dédicace l’amie Sandrine Vion), mais aussi La Souris déglinguée (aucun rapport avec la susnommée !?), les Garçons bouchers, les Béruriers noirs ou Les vieilles Salopes…

En réalité, je vous invite à lister tous les sujets, tous les attributs d’un Je me souviens (celui de Perec, le mien ou le vôtre – ou de n’importe quelle liste), et à vous de jouer…

Ainsi, on obtient :

Les Uniprix au fond de la cour.

Les taxis surgelés.

Les speakerines dans la chambre.

Les parcmètres à la turque.

Les téléphones qui font « chut ».

Les épiceries portant moustache.

Les poinçonneurs couleur crème.

Les Galeries Motobécane.

Les gazomètres à l’école.

Les tournevis de toilette.

Boby Lapointe : Tube de toilette.

Les bons-points perforés.

Les mobylettes à képi.

Les nouilles à manche en bois.

Les pizzas à boutons.

On notera l’inscription « freshly baked/frisch gebacken » à propos de cette merde. Même pas peur !

Les Kiravi à écrire.

Les pots de colle à plate-forme.

Les valises à calcul.

Les poubelles consignées.

Les yaourts au charbon (ou contrepèterie : les charourts au Yabon)

Les Arabes en bakélite.

Les bidets mayonnaise (Ciel ! Mais qu’est-ce ?)

L’honneur sera donc sauvé avec nos Arabes mayonnaise !

Et il y aura (pas tout de suite) des fournées supplémentaires de Je me souviens et de Mots enfouis.

Espérons que ces jeux de l’été vous ont plu. Commentaires, SVP !

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Les mots enfouis (1/2)

Atelier d’écriture de l’été #3

Retour sur le discours de Macron du 12 juillet. La première partie, sur la question sanitaire, était très bien, mais la seconde était absolument dégueulasse. C’était une attaque en règle contre ceux qui peuvent peu (les chômeurs, les « gens oubliés », etc…). Consolons-nous donc avec la suite du numéro précédent

Ah, non ! marcjoly ne pouvait pas s’empêcher de verser dans la contrepèterie ! C’est trop facile ! Et puis elles sont fausses, car « compositioles », « vouvre », « chauffon », « lunoire », çà veut rin dire, comme on dit à la campagne. Alors, qu’est-ce c’est que ces enfantillages ? Idiot du village ! Raté ! Pataphysicien à deux balles !

Eh bien, ces mots existent. Si, si. Ils étaient simplement enfouis. Nous (car vous aussi, vous participez, n’est-ce pas ?) les avons exhumés de la vraie littérature, celle issue de notre imagination et de notre créativité, dont la contrepèterie ou autres procédés ne sont que les intercesseurs (qu’est-ce qu’y parle bien, le marcjoly !).

J’en ai passé quelques uns en revue, cités dans le texte original. Si, si ! Les voici :

  • Compositiole (n. f.) :

Petite composition artistique (picturale, littéraire, musicale) sans qualités particulières, à seule fin de loisir. « Pécuchet s’essaya à la peinture, sans dépasser le niveau de la compositiole » (Gustave Flaubert).

  • Mayonnard (n.m.) :

Gros mangeur d’allure ventripotente, habitué des tables des bons restaurants et brasseries. « Près de la Bourse, dans une brasserie, quelque mayonnard s’était attablé, dans lequel Saccard eut du mal à reconnaître son ami d’enfance » (Emile Zola).

  • Vouvre (n. f.) :

Substance visqueuse recouvrant les troncs et branchages dans les endroits humides, particulièrement à l’automne. « Dans les marais, en quittant la vallée de la Creuse, l’on pouvait sentir l’odeur de la vouvre qui envahissait nos narines » (George Sand).

  • Chauffon (n.f.)

Résidus divers facilement inflammables (chiffons, sciure, brindilles) utilisés pour amorcer un feu. « Dans ce qui servait de cheminée en ce réduit infâme, Bras-Rouge avait jeté un demi-seau de chauffon » (Eugène Sue).

  • Galeresse (n.f.)

Femme de petite vertu qui, à l’époque du Directoire, arpentait le plus souvent les arcades du Palais-Royal. « Chez le baron, la compagnie des courtisanes semblait atavique. Parmi les nombreux portraits d’ancêtres accrochés au salon, certains avaient vu leurs sujets fréquenter les galeresses » (Marcel Proust).

  • Restaugon (n. m.)

Individu borné qui ne démord pas de sa position ni de son opinion, allant même jusqu’à la bouderie. « L’amertume biliaire des restaugons qui n’avaient pas senti le vent de l’Histoire, imprégnait cet Alger réfractaire » (Charles de Gaulle).

  • Motobiquette (n. f.)

Motocyclette mal entretenue et plus de la première jeunesse, dont le moteur multiplie les ratés. « Marcel voulut épater Simone avec son « bolide », dit-il. Mais la gonzesse, apercevant la motobiquette, éclata de rire » (Alphonse Boudard). [L’ami Anthony Lallouet me suggère Cavanna, ç’aurait pu être çà aussi].

  • Couloche (n.f.)

Style amphigourique et mièvre que l’on peut rencontrer aussi bien dans les objets de la vie quotidienne que dans les arts (syn. : kitsch). « Bardamu fit un tour dans ce que ces abrutis d’Amerloques appellent un « mall ». Temple de marchandises faciles dégoulinant de fric, avec des petites étoiles partout. Ah, fallait voir ! Y’en avait, d’la couloche ! » (Louis-Ferdinand Céline).

Et moi de dire « y’en aura d’autres ». Je veux dire des mots enfouis. A suivre…

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Macrires à échine

Atelier d’écriture de l’été #2

Le principe de la liste est un des ressorts des ateliers d’écriture. Dans le numéro précédent, votre serviteur avait développé son Je me souviens à la Perec. La liste n’est pas close, et il y en aura encore d’autres.

Et si l’on bousillait chaque entrée de la liste, en la transformant grâce à un autre ressort : la contrepèterie ? L’on verra qu’il ne s’agit pas de vraies contrepèteries car les mots ne veulent souvent rien dire, et le résultat n’est ni obscène, ni scatologique. Il ne s’agit donc que d’inversions de paires minimales, selon l’expression chère à Joël Martin (Joël Martin, Manuel de contrepet, 1986, Albin Michel)*. Souvent, même, il ne s’agit que d’à-peu-près qui, moins rigides, développent plus encore l’imagination.

*Joël Martin est scientifique, et j’avais acheté son bouquin au Salon du livre scientifique à Orsay !

Exemple : je me souviens… des bornes de police-secours. Et les bourres de police se cornent ? Quant aux tracteurs avec un siège tape-cul, ils deviennent les tractus avec un siège tape-coeur. Mignon, non ? [Le tractus est un ensemble d’organes qui constitue un appareil. Et le Robert nous donne un exemple poétique : « le tractus urogénital ». Moins mignon…]

C’est donc parti pour une autre liste. A vous de retrouver les entrées de départ dans le Je me souviens de la parution précédente :

Les laines en porceprise.

Les compositioles à l’écon.

Les hommaises mayonnard.

Les vouvres collants [Angst !].

Le charbage au chauffon.

Les chasse-fond près du plat d’eau.

Les circotières pissulaires.

Les cons versignés.

Les macrires à échine.

Les unitaires en miliforme.

Les télécrans à daphone.

Les galeresses Barbie [Angst !].

Les warrants-restaugons [Je confonds avec les Rougon-Macquart].

La quègle à ralcul [pas Angst !]

Les mobélanes Motobiquette.

« Télétel, location de locaviseurs ».

Les menus dommage et pressert.

Les livres de peur à tranche de couloche [Angst !].

Les collants en bavélite.

Les fameuses nombrilles.

Les canvines où l’on était serti.

Les lunoires à barres nettes.

Les toussoirs en michu.

Les chartelettes de porc dans les cocuteries.

Comme dirait Laurent Gerra imitant Jack Lang : « C’est chié, non ? ». Cà commence à être intéressant… Mais ce n’est pas fini : nous avons là un matériau qui va nous servir pour la prochaine parution…

A suivre…

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Je me souviens… (1)

Atelier d’écriture de l’été #1

Les Jeux de l’été, par Michel LACLOS

Oups, pardon ! marcjoly se croyait au Figaro

Vous souvenez-vous… de Je me souviens, de Georges Perec (Hachette, 1978), un ouvrage qui appartient au genre du fragment ? Extrait :

« Je me souviens de la « balle aux prisonniers », dans la cour de l’école, à la récréation.
Je me souviens de « La pile Wonder ne s’use que si l’on s’en sert. »
Je me souviens de son prénom : Isabelle.
Je me souviens de l’odeur de la colle UHU.
Je me souviens des slips en laine tricotés par ma grand-mère, une torture ».

Moi aussi, comme tout le monde, je me souviens, en tant que petit garçon puis tout jeune homme. Mais mon Je me souviens à moi est un peu différent. Il n’y a pas de souvenirs personnels comme les oeufs brouillés de ma grand-mère (décidément, les grands-mères…), ni intimes (mais une Isabelle, çà ne m’aurait pas déplu…)

Le Je me souviens qui suit (« mon propre travail », dirait l’ami Ruhaud) est plutôt un panorama matériel de la société française des années 60 et 70, et du Paris de ces années-là. Les millenials vont croire que j’invente ou alors que j’ai 90 ans… [Je ferai peut-être une autre fois une édition commentée à l’intention de ces derniers]

Je me souviens :

Du repos scolaire le jeudi.

Des taxis avec un gros compteur à l’arrière.

Des hôtels avec un lavabo dans la chambre.

Des caisses enregistreuses à boutons.

Des prises et interrupteurs en porcelaine.

Des gens du pays, en vacances, que l’on ne comprenait pas à cause de leur accent.

Des parcmètres alignés le long des trottoirs.

Des grandes ondes et des petites ondes.

Des compositions à l’école.

Des fumées bleues derrière les pots d’échappement.

Des musées avec badigeon gris sur les lambris.

Des premières pizzas surgelées avec cuisson séparée de la pâte et de la garniture.

Des bidets.

Du homard mayonnaise servi dans les avions.

Des gazomètres.

Des piles carrées.

Des bons-points.

Des couvre-volants.

Des salles de lecture des bibliothèques municipales avec parquet qui grince et lecteurs qui font « chut ».

Des épiceries où l’on ne pouvait pas se servir.

Du chauffage au charbon.

Des encriers.

Des poinçonneurs du métro.

Des Arabes qui vendaient des tapis en porte-à-porte.

Des Uniprix.

Des chasses d’eau près du plafond.

Des speakerines.

Des pissotières circulaires en fonte.

Certaines arboraient une publicité pour le désodorisant Purodor !

Des phares jaunes.

Des syndicats d’initiative, à horaires improbables, tenus par une vieille dame.

Des bouteilles et des pots de confiture en verre consignés.

Des machines à écrire.

Des compartiments dans les trains.

Des téléphones à cadran.

De la macédoine pas cuite à la cantine.

Des queues de tigre au rétroviseur.

Des rideaux des salles de cinéma de province, avec les publicités des commerçants.

Des Galeries Barbès.

Des WC à la turque.

De la guérite du receveur dans le bus.

Des tournevis à manche en bois.

Des hommes portant moustache.

Des bornes d’appel de Police-secours.

Des télégrammes.

Des ouvreuses au cinéma.

Du Kiravi, du Gévéor et du Préfontaines.

Du mobilier de bureau vert foncé.

Des wagons-restaurants.

Des prises inamovibles de téléphone avec l’inscription « Propriété de l’Etat ».

Des pots de colle qui sentaient l’amande (avec leur petite pelle).

Des vitres de voiture à manivelle.

Des petits tickets (cinéma, musée, train) cartonnés qui sortaient de la caisse via une fente.

Des bougnats qui vendaient bois et charbon.

De la règle à calcul.

Des valises sans roulettes avec coins en métal.

Des Mobylettes Motobécane.

Des « épiceries fines » Codec.

Des lits d’hôpital/de dortoir/de caserne en métal à barreaux couleur crème.

Des poubelles en métal.

Des actualités au cinéma.

De sa vitesse, en voiture, qu’il fallait chercher .

Des bourgs, en vacances, qu’il fallait traverser en voiture (pas de rocade et c’était toujours un jour de marché).

Des yaourts La Roche aux Fées.

Des sténo-dactylos.

Des tickets de quai.

Des bières Valstar et Daumesnil.

Des téléphones dans les cafés.

Du souffleur au théâtre.

De « Locatel, location de téléviseurs ».

Des tracteurs avec siège tape-cul en métal.

Du Saint-Raphaël et de l’Americano Gancia.

De la ligne de Sceaux.

« Attention ! Ligne de Sceaux : tarification spéciale ! »

Des menus fromage et dessert.

Des nouilles Rivoire et Carret.

Des pneus de voiture avec chambre à air.

Des gens bossus.

Des femmes en combinaison.

Des policiers à képi.

Des livres de poche à tranche de couleur.

Des volants en bakélite.

Des familles nombreuses.

Des cantines où l’on était servi.

Des lunettes à barre noire sur le dessus.

Soeur Sourire.

Des mouchoirs en tissu.

Des côtelettes de porc dans les charcuteries.

Des militaires en uniforme.

(A suivre…)

Cette liste nous servira de base pour un exercice d’atelier d’écriture. Suite au prochain numéro – et n’hésitez pas à dresser votre propre Je me souviens !

Ma bibliothèque amoureuse (6/infini)

Spécial atlas et assimilés

Quand j’étais documentaliste au lycée Edouard-Herriot à Lyon, il y a plus de vingt ans, il n’y avait pas de programme en géographie pour le concours de l’ENS Sèvres-Ulm. Le prof de prépa avait donc choisi comme thème la cartographie, ce qui n’emballait pas les étudiants, mais moi, si. Il leur avait établi comme base de travail un manuel de géographie de… Terminale, plein de cartes, qui m’enchantait !

Quelques années après, le géographe Jean-Robert Pitte faisait l’éloge de la cartographie. Ce qui ne m’étonne pas du personnage, anti-sorbonnard et attaché à l’idée de terroir, non pour regarder en arrière, à la Pétain ou à la Giono, mais pour aller de l’avant. C’est cette même idée de terroir qui anime le journaliste gastronomique Périco Légasse. D’ailleurs Pitte s’est tourné vers la géographie de la gastronomie et du vin. Tout cela pour dire que les férus de cartographie sont des gens bien.

J’ai toujours eu une passion pour les atlas et les plans de réseau.

Encore aujourd’hui, je ne peux pas m’empêcher de mettre mon nez dans les cartes routières Michelin (les meilleures, à tous points de vue) et les plans de ville. Je me fais des scénarios (c’est mieux que de « se faire des films ») : si toutes les nationales étaient remplacées par des autoroutes, quel serait leur tracé ? Et si je créais un métro dans telle ville, par où passerait-il ?

Inutile de dire que ces ouvrages ne se contentent pas de dormir dans ma bibliothèque, mais sont régulièrement consultés !

Florilège (quel poncif!) :

  • Atlas des routes de France, Solar (ou son équivalent chez Reader’s Digest).

Le GPS de ma voiture, bien qu’intégré dans l’écran large central, ne m’aide pas en tant que plan de route. Il me sert plutôt pour me dépatouiller en ville (chercher un parking, chercher par où rattraper la départementale 304, etc.). Mais un voyage ne se prépare pas ainsi ! Je préfère me plonger dans les cartes version papier. Et toutes les cartes en une avec cet ouvrage où la topographie se suit « bord-à-bord », de page en page. Même s’il prend de la place dans la voiture.

  • Bruno Tertrais, Delphine Papin, L’atlas des frontières, Les Arènes, 2016.

Au moment où l’édification croissante anti-migrants de murs devient insoutenable, mais où la passoire qu’est l’espace Schengen devient ridicule, l’ouvrage vient à point. Certaines frontières d’aujourd’hui sont historiques (culturelles, religieuses), d’autres sont artificielles (celles de l’Afrique décidée par les puissances coloniales). D’autres sont baroques, comme les enclaves (voire enclaves dans l’enclave), sans parler des émiettements à checkpoints, comme en Palestine. Il y a des conflits frontaliers tout aussi baroques. Et quand un fleuve sépare deux états, où passe la frontière ? Celle-ci est elle en condominium, à la rive, en ligne médiane, au talweg, transfrontalière ? Et selon que l’on considère la Caspienne comme une mer ou un lac, les revendications ne sont pas les mêmes… [A lire aussi : Régis Debray, Eloge des frontières, Gallimard, 2010].

  • Les Atlas de l’Histoire, les Atlas du Monde – hors-série, ceux de Courrier International.

La revue l’Histoire a publié ces dernières années des hors-séries. Des Afriques, des mondes de l’Asie, de France… Histoire, colonisation, les enjeux actuels, les défis. Avec des cartes, des cartes, des cartes… Quant à ceux du Monde et de Courrier, ils abordent des sujets divers : atlas des Villes, atlas des Utopies (c’est un peu la même chose), atlas de l’Eau.

  • Michael Swift, Villes du Monde – Les cartes à travers l’Histoire, Géo, 2009.

L’évolution des villes à travers les plans d’époque : ville romaine post-oppidum, motte castrale, bourg médiéval, élargissement et extension après destruction des remparts, intégration des faubourgs, apparition des gares… Une cinquantaine de villes pour les quelles on peut jouer à avant/après. Retrouve-t-on le cardo ou le castrum, le plan colonial en damier, la tracé d’une rivière dans les hypercentres ou les downtowns contemporains ?

  • Danielle Chadych et Dominique Leborgne, Atlas de Paris – Evolution d’un paysage urbain, Parigramme, 2007 ; Jean-Robert Pitte (dir.), Paris, histoire d’une ville, Hachette, 1993.

Deux bibles sur l’histoire de Paris. Encore plus consultés que les autres ! Là aussi, le avant/après s’impose, surtout si on vérifie in situ : dans la rue, sur un immeuble, etc.

Jean-Robert Pitte

  • Collectif, Le Grand Pari(s) – Consultation internationale sur l’avenir de la métropole parisienne, Le Moniteur, 2009.

Il s’agit du catalogue de l’exposition de 2009 à la Cité de l’Architecture, qui présentait les résultats de ladite consultation engagée par l’Etat. De grands cabinets d’architectes avaient planché sur le sujet (Richard Rogers, Christian de Portzamparc, Jean Nouvel, Roland Castro et d’autres moins connus). Suppression des barrières physiques (périphérique, autoroutes, emprises SNCF, friches industrielles…), « requalification » des axes ou des zones en déshérence, désenclavement à l’aide de nouveaux réseaux de transport, densification/mutualisation et « en même temps » verdissement, corridor de développement Paris-Le Havre… Ce qui est intéressant, c’est que les architectes sont restés raisonnables par rapport à l’idéologie environnementaliste, et n’ont pas non plus proposé de smart city sous l’emprise des GAFAM. Mais c’était en 2009… Malheureusement, sept mois après le rendu des études, la loi dite du Grand Paris n’a rien eu à voir avec les travaux des architectes… N’ont été seulement retenus que quelques pôles (La Défense, Saclay, Le Bourget/Villepinte…) reliés par le fameux supermétro. Les architectes ont travaillé pour rien…

Paris est toujours un roman…

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Métro loufoque – M 6

Nota : parution hebdomadaire durant ce troisième « confinement » !

Retrouvez d’autres métros loufoques sur : http://mrliste.hautetfort.com

Le « bug » de la semaine dernière était évidemment un poisson d’avril !

Vous-êtes vous déjà demandé pourquoi certaines rames du métro parisien sont sur pneus ?

En 1956, la ligne 11 fut équipée de façon expérimentale : la RATP cherchait une ligne courte pour tester une solution de rapidité et de souplesse, par son adhérence sur la bande de roulement, et une solution de confort. La 1 (Porte Maillot – Château de Vincennes, à l’époque) fut plutôt une vitrine pour une ligne fréquentée par les touristes (confort). Et la 4, la plus fréquentée à l’époque, avait besoin d’accélérations et de freinages précis pour un meilleur cadencement.

La ligne 6, ce fut différent. Les fenêtres des immeubles haussmanniens des 7ème et du 15ème arrondissements jouxtaient le métro aérien. Les bourgeois réclamaient moins de bruit. En réalité, en ligne droite, le MP (matériel pneu) est plus bruyant que le MF (matériel fer). C’est dans les virages torturés de la 6 qu’il est plus silencieux.

Quant à l’autre ligne aérienne, la 2 traversant Barbès et la Goutte-d’Or, on n’eut pas tant d’égards pour ses riverains, et cette ligne garda son MF !

Je vous renvoie aux précédents Métros loufoques pour connaître le principe de ce qui va suivre. Cette fois, il n’y aura pas de contrainte particulière. Les stations apparaîtront dans l’ordre.

M 6 : GENERAL DEUX ETOILES DE GAULLE – INCARNATION

  • Charles-de-Gaulle – Etoile > Général deux étoiles de Gaulle
  • Kléber > Kléber -Colombes [ancienne marque de pneus]
  • Boissière > Brassière
  • Trocadéro > Tant qu’y a des ronds
  • Passy > Passif
  • Bir-Hakeim > Akim-Color [qui se souvient de cette BD cheap des années soixante ?]
… qui fut le concurrent de Rahan !
  • Dupleix > Complexe
  • La Motte-Piquet – Grenelle > La motte piquait la quenelle [ah, bravo …]
  • Cambronne > Cambrure
  • Sèvres-Lecourbe > Lèvres se courbent
  • Pasteur > A c’t’heure
  • Montparnasse-Bienvenüe > Viens par là, mon velu
  • Edgar-Quinet > Ecarquillé
  • Raspail > Rase-poil
  • Denfert-Rochereau > Foré d’en roche
  • Saint-Jacques > Singea
  • Glacière > D’la chair
  • Corvisart > Corps bizarre
  • Place d’Italie > Un chapeau de paille d’Italie [pièce d’Eugène Labiche]
  • Nationale > Là, si on y allait
  • Chevaleret > Chevalet
  • Quai de la Gare > Cas de la guerre
  • Bercy > Persil
… parce qu’elle est anti-reposition ! Même en allemand !
  • Dugommier > Du sommier
  • Daumesnil > Beau mais nul
  • Bel-Air > Bellérophon [Personnage de la mythologie grecque – « Arrêtez de bêler, au fond ! »]
  • Picpus > Rictus
  • Nation > Incarnation

BED TRIP

Le Général deux étoiles De Gaulle avait prévu de visiter l'usine Kléber-Colombes. Un stagiaire de l'Elysée (un artiste peintre !), un rêveur, s'étant trompé, ce fut une usine de brassières. "Bah ! Tant qu'y a des ronds", se dit le grand Charles.

Le stagiaire avait un lourd passif : grand lecteur d'Akim-Color, on rencontrait cette personnalité complexe également à Pigalle, ce qui aggravait son cas. Un soir, tandis que la motte piquait la quenelle, il pensa secrètement à une cambrure et à l'instant où les lèvres se courbent... Mais elle l'avait accueilli par un "c'est à c't'heure que t'arrives ? Allez, viens par là, mon velu !". Ses yeux étaient écarquillés à la vue du rase-poil (d'où la motte qui pique*). Bref, il fallait qu'il l'eut forée d'en roche, mais il singea. D'la chair... Un corps bizarre... Il regretta que la chose ne soit pas couverte d'un chapeau de paille d'Italie.

" Bon, là, si on y allait ?". Il prit son chevalet. "J'en fais cas, de la guerre ! J'en fais cas, de la motte au persil, du sommier ! C'était beau, mais nul ! Allons dompter Pégase, tel un Bellérophon !". Il eut un rictus : de Bellérophon, il se crut l'incarnation.

*C’était téléphoné, non ?

Angst !, comme dirait mon ami Etienne Ruhaud…

Ou alors :

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Anti-index (1)

Un nouveau blog, ou plutôt blogue, car l’autrice (l’auteure, l’auteuse, l’auteur.e ?) l’orthographie comme il se doit. Il s’agit de http://leblogueduvestiaire.blogspot.com [je vous conseille de bien taper  » http://  » et de le mettre en favoris]. C’est le blogue d’une fidèle et charmante lectrice, la fameuse Mme Laplanche, de Vitreine-sur-Scie. Evidemment, elle ne s’appelle pas comme cela et souhaite (je pense) garder l’anonymat. Le blogue du vestiaire, originellement placardé sous format papier comme son nom l’indique, est consacré à ses coups de coeur littéraires (sa bibliothèque amoureuse ?), pleins de bienveillance. Alors bonne continuation, take care ! Et have fun !

Je l’ai écrit à plusieurs reprises : les publications françaises se distinguent bien souvent par leur manque d’index, mais aussi d’illustrations, de schémas ou de tableaux. Ou alors, pour ces trois derniers, en format timbre-poste. Témoin le nombre de fois où j’ai ouvert, dans une librairie, un livre français d’histoire, de géographie, de sciences ou d’art (!), sans trouver aucun des éléments cités précédemment. Le présent blog n’échappe pas à la règle, mais c’est pour des raisons techniques. Je vais essayer d’y remédier. Les Anglo-saxons, eux, ont l’esprit pratique et didactique. Bon nombre de collections françaises intéressantes sont en réalité des adaptations de collections anglaises, canadiennes ou américaines.

Idem pour les musées : on voit bien la difficulté pour les Français d’établir une médiation scientifique : entre un musée des Arts-et-métiers poussiéreux et le grand n’importe quoi de la Cité des sciences de la Villette… La même chose pour la médiation artistique ou patrimoniale : fiches de salle rédigées… par les conservateurs, exposition au musée Guimet consacrée à la ville indienne de Lucknow… sans aucune carte pour la situer.

Au delà, pour notre peuple intellectualiste qui semble ne pas avoir changé depuis la Sorbonne de Rabelais voire depuis Aristote, l’absence d’esprit pratique se traduit par les carences de l’information et de la signalétique. « Culte du secret » (les gens ne doivent – ou ne peuvent – pas savoir), non-anticipation de l’info en amont, infos rédigées en langage interne… On n’est pas doués…

Revenons à l’index, bien utile pour « retrouver » une entrée dans un livre. Il y a quelques années, le magazine Science&Vie avait décidé de ne pas se prendre au sérieux en établissant dans chaque numéro un anti-index, un index humoristique, appelé de façon inexacte « contre-sommaire ». Un sommaire, c’est une table des matières, pas un index. Je pense que la raison de cette mauvaise terminologie est que, « dans la vraie vie », un anti-index est « une liste ordonnée d’enregistrements permettant leur élagage rapide lors de recherches » (Wiktionnaire).

L’anti-index ou contre-sommaire, comme l’on voudra, de Science&Vie consistait en un « petit florilège des mots de ce numéro ». Il s’agissait de relever des mots ou expressions paraissant incongrus (surtout dans un magazine scientifique), drôles ou décalés. Voici un exemple (malheureusement, je n’avais pas relevé les numéro et date de la publication) :

Je ne sais pas qui est A.G., l’auteur. Sachant que beaucoup d’oulipiens sont des scientifiques, la piste de l’Oulipo n’est pas à exclure…

En tous cas, c’est très intéressant. D’abord, c’est une liste, c’est-à-dire une bonne base de travail littéraire. Ensuite c’est un prétexte à toutes sortes de choses poétiques ou surréalistes. Et on peut la triturer dans tous les sens ! Paires inversées : « sciences noires » et « substances bourgeoises », « second record » et « triste cerveau ». On peut en faire de vraies ou pseudo-contrepèteries : « gullage de base », « joues de feu », « cames de Luther ». Il y a des évocations salaces : « fantasme », « fentes de Young », « une bonne pompe ». Des « particules bohmiennes » qui pourraient être bohémiennes. Et il y a Houellebecq, que A.G. a trouvé pertinent à lui tout seul !

Une bonne pompe.

Eh bien, des anti-index, il y en aura d’autres, car j’en ai concocté ! Rendez-vous dans une publication ultérieure !