Produire des possibles

On n’en a pas parlé « à la télé » ni « dans le poste ». Si vous êtes parisien, Hype, çà doit vous dire quelque chose. Les fameux taxis bleus avec des nuages (des Toyota Mirai) roulant à l’hydrogène. Hype avait même commencé à trouver des partenariats pour développer des stations de recharge. Or, dans dans Taxi News (magazine dédié à la profession) du mois de janvier, Mathieu Gardies, dirigeant de Hype, explique son retrait de sortir de la technologie hydrogène* : « La filière mobilité hydrogène s’est progressivement figée, faute d’avoir bénéficié d’un calendrier cohérent entre le développement des véhicules, celui des infrastructures et la maîtrise des coûts d’exploitation ». Je découvre plus tard en couverture d’Epsil00n de janvier :  » HYDROGENE – LA FIN D’UN REVE INDUSTRIEL ». Mazette ! Vous le saviez, vous ? Coût de production incompressible, mauvais rendement, molécule difficile à transporter, trop de risques d’explosion, besoin de métaux critiques… Tous les projets hydrogène s’effondrent : ArcelorMittal, Siemens, Renault, Airbus, Stellantis, TotalEnergies, sans compter les spécialistes Elogen ou Mc Phy. Bref, l’hydrogène, c’est fini…

*Ce qui explique pourquoi je vois de plus en plus de taxis Hype électriques.

Allez voir l’expo Geluck expose Le Chat au musée Maillol, à Paris (jusqu’au 3 mai 2026). J’avoue ne pas être trop fan du Chat: toujours le même dessin, des jeux de mots assez idiots… Mais ce qui est à mon avis le plus intéressant n’est pas Le Chat en soi, mais l’univers Geluck – un sacré déconneur, belge évidemment. Ne ratez pas dans l’expo quelques unes des émissions qu’il faisait dans les années septante à la RTBF : quelque chose entre La caméra invisible, Benny Hill, Le petit Rapporteur et Jean-Michel Ribes.

"Il a devant lui une boîte en bois blanc abondamment pourvue d'étiquettes, de timbres, de cachets, et de sceaux en cire rouge, d'où il a sorti cinq broches en argent et en strass, style Arts déco, représentant cinq sportives stylisées : une nageuse crawlant au milieu de vaguelettes en festons, une skieuse fonçant schuss, une gymnaste en tutu jonglant avec des torches enflammées, une joueuse de golf à la canne haute et une plongeuse exécutant un impeccable saut de l'ange ."

L’autre jour, dans le journal, je tombe sur ce texte qui se veut sage, avisé et consensuel :

« Construire la société française et travailler pour le pays, c’est bâtir une société harmonieuse en se lançant dans des projets (pensons par exemple aux salles de shoot). En effet, la France évolue et tend vers l’égalité hommes-femmes. On peut alors choisir quand tomber enceinte, même pour les couples homosexuels dans l’impossibilité de procréer, les parents et les médecins en conviennent : c’est ainsi que l’on va détruire l’identité sexuée. En réalité, l’avenir des jeunes français passera par l’école, à commencer par l’école maternelle. Mais pour donner aux élèves la même éducation, il faudra un personnel scolaire chargé de veiller à la discipline, qui veillera également que les élèves respectent la propreté des lieux. On s’assurera à ce que les parents ne déposent pas leurs enfants en voiture, mais que ces derniers privilégient le cyclisme et la marche. »

Horreur et malheur ! Tonnerre et éclairs ! Ce brûlot réactionnaire m’a scandalisé ! J’ai aussitôt pris ma plus belle plume (la plume étant l’allégorie du fichier .txt) et j’ai envoyé illico ma version à la rédaction du journal :

« Le Nous inclusif et solidaire qui fait France, c’est faire de l’en-commun en produisant des possibles (pensons par exemple aux pièces de consommation à moindre risque). En effet, les dynamiques plurielles de la société tendent vers l’égalité femmes-hommes. On peut alors choisir quand se trouver en état de grossesse médicalement constaté, même pour les couples confrontés à l’infertilité sociale, les acteurs impliqués dans le conception en conviennent : c’est ainsi que l’on va détruire les stéréotypes de genre. En réalité, l’avenir des jeunes français passera par l’école, à commencer par la première école. Mais pour bâtir du commun, il faudra des groupes académiques climat scolaire qui veilleront à ce que les élèves ne versent pas dans la dynamique naturelle à la salissure. On s’assurera à ce que les parents ne déposent pas leurs enfants par le moyen d’engins carbonés, mais que ces derniers privilégient les déplacements apaisés. »

C’est que, voyez-vous, je suis un parfait lèche-cul : j’ai voté Macron à la tête de la France, Hidalgo à celle de Paris, je kiffe l’Union européenne et je lave le cerveau de mes enfants à propos de transition climatique. Le journal en question, organe officieux du pouvoir, et qui appartient à un empire du CAC 40 , ne pourra que publier cette version !

Las ! C’est un autre texte qui est sorti, des esprits méchants ayant décidé d’être encore plus suce-boules que moi, qui croyais être à la pointe de la modernité de la pensée…

« Le we care de l’union européenne, c’est de faire du living together grâce au champ innovationnel (pensons par exemple aux espaces récréatifs régulés). En effet les dynamiques arc-en-ciel de genre et de race s’aplanissent. On peut alors se challenger sur l’état de prégnance ovulaire, mêmes pour les couples conceptionnellement empêchés, il y a pour cela un consensus des référents procréation : c’est ainsi qu’on abolit les clivages genrés. Le futur des générations à venir passera par l’école première. Mais pour l’apprendre-ensemble, il faudra des assistants pédagogiques du savoir-être, qui seront vigilants sur la pollution quotidienne et à bas bruit des élèves. On veillera à ce que les parents ne déposent pas leurs enfants au moyen de mobilités énergétiquement fossiles, mais qu’ils privilégient le slow moving ».

Du coup, j’ai un doute : peut-être ont-ils cru que je faisais le jeu des extrêmes…

Berg-en-Brousse

Orwell : 1 .Le Prix de la Paix de Westphalie* a été attribué pour 2026 à… l’Otan (!), ainsi qu’à socioMovens, une « ONG » chargée de préparer le terrain pour des révolutions de couleur. En novlangue orwellienne, un coup d’Etat extérieur devient une « révolution de couleur », la guerre devient une « opération de maintien de la paix », et, comme le prouve ce prix, la guerre devient la « paix ». 2. Le 15 octobre s’est tenu à la ZAD (pardon) la fac de Saint-Denis un « grand rassemblement anti-impérialiste ». Près de 200 étudiants ont applaudi une intervenante se disant « fière »de revendiquer l’attaque du 7 octobre, qu’elle a présentée comme un « accélérateur de l’histoire ». Orwell encore : le massacre devient « résistance », le terrorisme « lutte de libération », et les terroristes des « rebelles »…

*Le traité de Westphalie (1648) mit fin à la Guerre de Trente ans. On en fit une doctrine qui, pour faire court, oblige le vainqueur à aider à la reconstruction du/des pays vaincu(s) afin que les conditions politico-économiques pérennisent la paix.

Plan de paix (ou ce qu’il en est au moment de la parution de ce blog) : un plan de paix très à l’avantage de Trump et du business, mais un plan de paix tout de même, que Macron, téléguidé par la géopolitique britannique, va tout faire pour le saboter…

Astrophysicien⋅ne⋅s, on ne dit pas « une naine blanche » mais « une femme de petite taille non racisée » !

Ecrans : 1. D’après MyMood, la plateforme consacrée à la santé mentale des jeunes, 50% de ceux-ci présentaient des symptômes dépressifs en 2024. La covid a exacerbé l’isolement numérique (réseaux « sociaux » et jeux vidéo). 50% c’est affolant… 2. Comme le constate Yann Diener dans Charlie Hebdo : « Un enfant a du mal à apprendre à lire ? On le met au fond de la classe sur une tablette. Un enfant est trop dépendant aux écrans ? On lui trouve une thérapie comportementale… sur tablette »

Boualem Sansal libéré ! [https://champouin.blog/2024/12/01/ecr-linf-4/]

"Il s'appelait Monsieur Gouttman et il fabriquait des articles de piété qu'il vendait lui-même dans les églises et les procures : des croix, des médailles et des chapelets de toutes dimensions, des candélabres pour oratoires, des autels portatifs, des bouquets de clinquant, des sacrés-coeurs en carton bleu, des saint Joseph à barbe rouge, des calvaires de porcelaine." 

Dans les années 1990, mes activités à Lyon m’amenaient à venir régulièrement à Bourg-en-Bresse avec mon ami Eric Sauzé, lequel appelait plaisamment cette ville Berg-en-Brousse. Il ne s’agissait pas de se moquer de cette préfecture ni de ses habitants, simplement le calembour était ce qu’on appelle bien trouvé*.

*Hommage aux plus créatifs de mes connaissances en matière de « cale-en-bourg » : Eric Sauzé, Karel Vereycken, et, spécial dédicace musée de Cluny, Cédric Pailler !

On peut décliner cet exercice (la contrepèterie) pour pas mal de villes françaises ! Tout du moins, en ce qui nous concerne, il faut qu’un seul de ces éléments soit un mot qui existe (c’est tout le sel de l’à-peu-près), pour que le résultat soit pornographique (grâce au dard ou la moule, par exemple) ou bien évoque la lose assurée (grâce au ridé ou au pelé). Je reconnais toutefois que certains résultats sont quelque peu capillotractés. J’ai évidemment choisi des communes dont, selon moi, bon nombre de gens a plus ou moins entendu parler, sinon çà tombe à côté. La liste qui suit est établie par ordre des départements, ce qui fait que Berg-en-Brousse (Ain) arrive en premier ! J’ai inclus les ex-DOM, aujourd’hui communautés d’outremer – où l’on voit que la commune guadeloupéenne de Capesterre-Belle-Eau est une source de calembours. Certains départements ne m’ont pas inspiré : Bas- et Haut-Rhin avec leur toponymie germanique, peu propices à l’exercice contrapétique.

Allons-y pour ce grand voyage :

Valsegarde-sur-Ballerine


Berg-en-Brousse, Villombes-lès-Dards, Ambugieu-en-Bérêt, Valsegarde-sur-Ballerine (évidemment), Foire-en-Tardenay, Saint-Siourçain-sur-Poule, Théer-sur-Moule et sa voisine Pandemoule-la-Nalieue, Saint-Vaurent-du-Lard, Villefrère-sur-Manche, Saint-Cap-Jean-Ferrat, Tarassiège-sur-Arcon, Hermes-les-Taxes, Nogeine-sur-Sang, Sar-sur-Benne, Romilleine-sur-Scie, Sévechac-le-Râteau, Anse-en-Provexe, Saint-Promis-de-Rêvance (l’espoir fait vivre…), Mos-sur-Fer, Les Rennes-Mis-Pas-Beaux (pauvres bêtes…), Trouvère-sur-Mille, Coursères-sur-Meule, Isignère-sur-Mie, Saint-Aaron-Montmand (un converti), Grive-la-Baillarde, Aumur-en-Sexois, Quernat-la-Salada, Saint-Rambon-d’Albert, Vence-lès-Balourds et sa voisine Saint-Chaul-Trois-Patauds, Rohan-sur-Misère, Onches-en-Couches, Saint-LOL-de-Péon, Châteaufou-du-Neuf, Gnères-de-Baluchon, Lespoc-Médard, Quédelnau-de-Mastoc, Labalains-lès-Mous, Palaflos-les-Veaux, Sainte-Taure-de-Roumaine, Azeau-le-Ridé, Cinq-Mâles-la-Pire, Sainte-Çoire-sur-Lie, Saint-Corlien-en-Verjus, Chenneterre-sur-Mou, Chennemerre-sur-Tout (variante), Le-Vuy-en-Pelé, Sulloire-sur-Lie, Châteaunoir-sur-l’Oeuf, La-Berté-Feinte-aux-Seins non loin de La-Mamelle-Saint-Chespin, Saint-Pircq-Salopie, La-Marelle-Capival, Montray-Bel-Oeil, Lèche-sur-le-Soir (le matin, c’est pas mal aussi…), Chatnoir-sur-LOL, Le-Bléry-Poussé, Le Messie-Placé, Sainte-Mise-et-Glaire, Bourbain-les-Bonnes, Colégly-lès-Deux-On-Baise et Dolégly-lès-Queues-On-Baise (qu’en pense Yvonne ?), Gâteau-Chontier, Soute-à-Poumon, Buc-le-Dard, Belle-Mère-en-Isle, Berk-lès-Siens, Mémères-lès-Zietz, Salaud-Châtains, Chaton-Chineau, Meule-en-Barons, Nain-le-Soble,

Nain-le-Soble

Avelpe-sur-Haine, L’Esdé-sur-Cocon, Crély-en-Pavois, Bagnorne-de-LOL, Morterche-au-Pagne, Morparche-aux-Teignes (variante), La Fessée-Marté, Saint-Poil-sur-Ternose, Le-Toutplaît-Paris-Cage et Le-Taquet-Pourri-Plage (deux excellentes définitions de l’endroit !), Ys-sur-Lalère, Mermeuil-sur-Tronc, Nain-Sectaire, Olorie-Sainte-Marron, Omorie-Sainte-Larron (variante), Saint-Lalan-Souris, Couillon-en-Ranisset, Sainte-Mimine-aux-Rats, La-Vapeur-Sainte-Sauchelle, Mourg-Saint-Boris, Le-Bourrelet-du-Jacques, La-Sotte-Mervolex, Zal-d’Hiver (forcément…), Blanc-Nix-Montchameau, Bonnains-lès-Thons, Les-Cons-Monmoie-Tajine, Baume-

Chaton-Landau.

Guillois, Gnon-Saint-Aimant, La Jerté-sous-Foire, Chaton-Landau (mignon…), Soûl-Simplet, La-Guerté-Fauché, Damy-Pont-aux-Couilles et Dapy-Mouille-au-Con (séquence Rabelais), Mamie-les-Agneaux, Ronflant-Sainte-Honoquine, Biquers-Volage, Berce-lès-Mains, Saint-Maxibain-la-Sainte-Môme, Vomaine-la-Raison, Bises-de-Venom (le baiser du diable ?), Saint-Gie-Cri-de-Voile (çà tombe bien, c’est l’endroit pour en faire), Chassepou-du-Noiteuil, L’Amidon-Raie-Pucelle,

Hurepot-en-Maroilles.

Plombains-les-Bières, Sosotte-lès-Moselure, Lévanges-sur-Pologne, Saint-Pausaye-en-Suiveur, Sorbonne-Equeil, Vichy-Ratillon, Bête-sur-Yvure, Hurepoil-en-Maraud, Hurepot-en-Maroilles (miam !), Le-Plassis-Pété, Epinard-sous-Sénay, Seuilly-sur-Naine, Bombes-Colloy, Carne-la-Moquette, Fiersite-sur-Peine, Roby-sous-Noix, Sissi-en-Bru, Le Vlettis-Précise, Pontville-le-Joint, Végnin-en-Maxi, Guyoche-Larron, Vage-dit-Joli-Willy, Froissy-en-Rance, Capesteau-Bel-Air*, Capestet-Blaireau, Clépesterre-Bateau, Clépestèbe-Râteau (une commune décidément très prolifique !), Nointe-Poire, Rilière-Pivote, Saint-Marrant-du-Loroni, Saint-Naurent-du Ramolli.

*Cà tombe bien : le bel-air (créole : bélè) est un genre musical antillais.

Le meilleur côtoie le pire, mais on s’est bien amusés !

Anti-index (4)

Toutes mes excuses aux lecteurs qui bénéficient de mon « alerte » par mail pour les prévenir d’une nouvelle parution. J’ai totalement zappée celle du 1er novembre qui annonçait l’article précédent : https://champouin.blog/2025/11/01/quelle-epoque-epique/ .

Je ne comprenais pas les attaques sur « les liens de Sophia Chikirou avec la Chine », attaques que l’on a lu dans les médias. J’ignorais que le 4 juillet, la Commission des Affaires étrangères de l’Assemblée nationale avait publié un rapport officiel sur les relations entre l’Europe et la Chine, rédigé par Sophia Chikirou, députée LFI contestable et détestable par ailleurs, et qui a embarrassé certains spécialistes des renseignements et journalistes inféodés à l’Empire anglo-américain déclinant. Le même jour, Pierre Januel, du Monde, n’avait pas hésité à dégainer, très irrité que la députée dénonce la politique de l’UE comme « trop souvent alignée sur la politique américaine vis-à-vis de Pékin ». Et Januel d’appeler à son secours Paul Charon, « sinologue » et politiste, qui met en garde contre « la politique expansionniste de la Chine » et contre des propos qui « justifient tout simplement la dictature du parti ». Ce que ne dit pas Januel est que Charon est le directeur du département du renseignement de l’IRSEM (Institut de recherche stratégique de l’Ecole militaire) où il collabore avec le Collège de défense de l’Otan et de nombreux think-tanks anglo-américains ! Or à la lecture du rapport, on découvre non seulement une analyse politique judicieuse, mais aussi des mesures exigeantes pour résoudre au mieux les problèmes réels d’échanges qui peuvent se poser avec la Chine.

Je viens de lire : Jean-Pierre Rageau, Gérard Challiand, Géopolitique des Empires – 6000 ans d’histoire humaine, Flammarion (Champs-essais), 2024. Livre d’histoire, mais où est la géopolitique ? Toutefois, sur un point, les auteurs se sont mouillés (enfin !). Je cite : « En marge d’une politique conduite à grand bruit et de décevants résultats au « Grand Moyen-Orient », les Etats-Unis, de façon feutrée, menaient sans fanfare des « révolutions de couleur » qui cherchent à ramener l’ex-Union soviétique aux frontières de la Russie : révolution « des roses » en Géorgie (2003), « orange » en Ukraine (2004), « des tulipes » en Kirghizistan (2005), etc. Pilotées par des organisations qui ne sont non-gouvernementales que de sigle, dotées de moyens financiers, appuyées par des fondations américaines, tant démocrates que républicaines, elles visent à disputer à la Russie son « proche étranger ». Et vlan dans la gueule !

LA LISTE PEREC DU JOUR :

"[...] à Jane Sutton, qu'elle n'aime pas parce qu'elle est anglaise, elle a seulement fait voir quatre cartes postales également sans relation apparente avec sa biographie : un combat de coqs à  Bornéo ; des Samoyèdes emmitouflés parcourant dans un traîneau tiré par des rennes un désert de neige au nord de l'Asie ; une jeune femme marocaine, vêtue de soie rayée, caparaçonnée de chaînes, d'anneaux et de paillettes, la poitrine pleine à moitié dénudée, les narines larges, les yeux pleins d'une vie bestiale riant de ses dents blanches ; et un paysan grec avec une espèce de grand béret, une chemise rouge et un gilet gris, poussant sa charrue."

Voici un nouvel opus de notre rubrique Anti-index. Je rappelle qu’il s’agit de lister les mots ou expressions étranges, décalées, loufoques contenues dans un texte – de préférence un texte sérieux.

Nous allons nous référer aujourd’hui à un ouvrage déjà évoqué* : Driss Ghali, Une contre-histoire de la colonisation française, éd. Jean-Cyrille Godefroy, 2023. C’est parti, mon kiki :

*https://champouin.blog/2024/03/15/ecr-linf-3/ .

  • A pleines dents dans la chair en décomposition (p. 20).
  • Personne n’est l’autochtone absolu (p. 32).
  • Sous-catégorie de bétail dont la caractéristique était l’usage de la parole (p.40).
  • Commerçants au ventre mou et aux ongles limés (p.44).
  • Surmoi lâche telle une camisole de force trop lâche (p.44).
  • Plonger la société dans un bain de formol (p. 46).
  • Réalité diminuée (p. 47).
  • Le fanatisme est la grammaire du changement politique (p. 48).
  • Gribouillis de crises mineures (p. 48).
  • Cochonnets moribonds (p. 52).
  • Islam du sourire (p. 57).

  • Lusitaniens machiavéliques (p. 59)
  • Coups de grisou qui ouvrent le chemin vers le développement (p. 65).
  • « J’ai perdu deux soeurs et vous m’offrez vingt domestiques » (p. 71).
  • Des « hommes augmentés » comme Stanley ou Livingstone (p. 74).
  • La « pâte » humaine est exceptionnelle (p. 74).
  • Plante radieuse qui a été transplantée dans un pot exigu (p. 83).
  • Militaire d’élite qui « pense » (p. 87).
  • « Service après-vente » de la colonisation (p. 90).
  • Colonie low-cost (p. 103).
  • Confier ses missions régaliennes à un gang de Tchétchènes (p. 104).
  • « Loup qui vous mange depuis de générations » (p. 112).
  • Colons clochardisés (p. 115).
  • L’Algérie a la gueule cassée (p. 118).
  • Chleuhs du Maroc (p. 129).

  • Casser le thermomètre pour ne pas lire la température (p. 144).
  • Le « coup était déjà parti » (p. 156).
  • Taxer les Pygmées (p. 157).
  • Doigts coupés des coolies tonkinois (p. 162).
  • Boire un venin et son antidote en même temps (p. 169).
  • Aux colonies, il n’y a pas de place pour l’amour (p. 177).
  • Bêtise coloniale (p. 178).
  • Nids de fourmi dans les parties intimes des jeunes filles (p. 187).
  • Bâton de dynamite placé dans son anus (p. 190).

  • Marécage infect où les vocations sont développées (p. 196).
  • Colonie en bigoudis (p. 199).
  • Putréfaction de l’appareil administratif (p. 199).
  • Boys chapardeurs (p. 207).
  • Un extraterrestre qui a raison sur tout (p. 231).
  • Erreur congénitale du FLN (p. 238).
  • Soutanes multicolores signées Christian Dior* (p. 264).
  • Président « accéléré » (p. 270).
  • « Développement paresseux » (p. 290).
  • Coulouglis (p. 303).
  • « Capitaine moustique » (p. 308).

*Christ en Dior ?

On est songeurs… Réalité diminuée, hommes augmentés et président « accéléré » (un extraterrestre qui a raison sur tout*), chair en décomposition mais arrosée de venin et son antidote, militaires d’élite (tchétchènes ?) qui « pensent »… Bref, aux colonies, il n’y a pas de place pour l’amour : le « coup était déjà parti »…

*Macron ?

Plus sérieusement, l’atmosphère générale de cette liste m’évoque le roman génial de Pierre Lemaître, Le Grand monde (Le livre de Poche, 2023). Ce roman génial montre bien la décomposition et la putréfaction du marécage infect qu’était l’Indochine coloniale… Le Grand monde est aussi, sous forme de roman, une contre-histoire de la colonisation française !

Ma bibliothèque amoureuse (10/infini)

*https://champouin.wordpress.com/wp-admin/post.php?post=6115&action=edit

Retour sur Je me souviens (4/4) – Paris 1965*, avec ces deux informations :

*https://champouin.wordpress.com/wp-admin/post.php?post=8573&action=edit

Dans l’édition Folio Gallimard (1975) de L’Insurgé de Jules Vallès, Marie-Claire Blancquart, l’autrice de l’appareil critique, écrit en note : « La salle des Folies se trouvait 8, rue de Belleville. Après avoir servi de lieu de réunions publiques, elle recueillit Dranem, Piaf, Fréhel, Georgette Plana, qui y chantèrent. Tout le quartier meurt sous la pioche des démolisseurs [en 1975, donc], et nous avons déjà peine à imaginer ce fief populaire que connut Vallès, avec la salle Favié et la Vielleuse toute proche ». Toutefois, Les Folies, qui était en réalité une arrière-salle de café, subsiste toujours. Autre café, La Vielleuse, fut reconstruit dans un immeuble moderne, mais a gardé une partie de son décor ancien.

Je suis tombé, aux Archives nationales, sur un extrait des minutes des actes de naissances du 19ème arrondissement de Paris : celui de Georges Perec, né le 7 mars 1936 au 6 rue de l’Atlas (toutefois ses parents étaient domiciliés 1, rue Vilin). La rue de l’Atlas actuelle commence, pour les numéros pairs, au 12. Le 6 (un taudis, vraisemblablement) a été détruit pendant l’opération immobilière (les « démolisseurs » de M.-C. Blancquart) du début des années 70, et se trouvait à l’emplacement des actuelles grilles d’entrée de l’allée Pernette-du-Guillet, un des accès de l’ensemble Atlas/Lauzin/Rébeval, où je réside. Belle transition pour ce qui suit :

LA LISTE PEREC DU JOUR :

"Elle avait comme clients des collectionneurs particuliers, des marchands de curiosités, des porcelainiers désireux de rééditer des services prestigieux Retour d'Egypte ou Malmaison, des bijoutiers qui lui demandaient de représenter sur le fond d'un pendentif destiné à recevoir une unique mèche de cheveux, le portrait de l'être chéri (réalisé à partir d'une photographie le plus souvent douteuse) ou des libraires d'art pour qui elle retouchait des vignettes romantiques ou des enluminures de livres d'heures".

J’ai lu naguère* l’ouvrage suivant : Bernard Pivot, Cécile Pivot, Lire !, Flammarion, 2018. Le regretté Bernard et sa fille Cécile, enseignante et grande lectrice également, y confrontent leurs usages, leurs pratiques, pour ne pas dire leurs us, voire leurs moeurs en matière de lecture.

*Pour les ignares : naguère signifie « il y a peu ».

Votre serviteur marcjoly, dans le cadre de cette rubrique, expose les siennes. Je vais peu ou prou reprendre les thèmes déclinés dans l’ouvrage précité :

Mes souvenirs de lecture d’enfance ne concernent pas des lectures faites « d’un bloc », mais du vagabondage : une sorte d’école buissonnière de la lecture. « Le plus facile à lire était le dictionnaire. Avec les mots je jouais à la marelle et à saute-mouton » écrivait Bernard Pivot. C’est exactement çà : avec les dictionnaires et les encyclopédies, mais aussi les livres « rigolos », ou ceux plus sérieux dont on relève la substantifique moelle de l’ironie (Daninos, Maugham). Pas de BD (c’était interdit). J’avais quand même des « petit livres » comme la série des Petit-Tigre qui m’ont beaucoup marqué. A l’origine de ces goûts de lecture : ma maman qui, partout où nous avons résidé, a « éclusé » toutes les bibliothèques..

A ce propos, enfant puis adolescent, je pensais que « quand je serai grand », je ferai la même chose. Or aujourd’hui, à soixante-quatre ans, je n’ai toujours pas de carte de lecteur d’une « bibli ». On m’a donné des livres. J’en ai trouvé chez les bouquinistes*. Ma compagne en a acheté également. Mes quatre étagères sont pleines. J’ai un carton et une desserte d’ouvrages non encore lus. Je suis obligé d’en revendre chez Gibert, ou d’en donner à Recyc’livres.

*Que je ne fréquente plus : radins et pas aimables.

Lire donne envie d’écrire. Je dirais surtout : lire donne envie de lire plus encore. Mais enfant puis adolescent, grand lecteur, je n’écrivais pas. Les rédactions scolaires étaient pour moi une torture, car ce que j’aurais voulu écrire était en parfait décalage avec ce qui était attendu et convenu. Et pourtant, j’aurais voulu être ni Chateaubriand ni Hugo, mais Alphonse Allais ou rien. Cà ne m’aurait pas déplu. Puis j’ai eu une démangeaison d’écrire, il y a environ… dix ans de cela (j’avais 55 ans !) – d’où, entre autres, l’idée de ce blog. Ejaculation littéraire tardive ? Catharsis ? SOS à l’Univers (comme dirait Charlebois) ? Tout vient à point qui sait attendre… Mais je n’aurais pas écrit si je n’avais pas lu !

Ai-je sacrifié quelque chose pour lire ? Non, même si c’est ce que pensent des collègues de travail – les pauvres ! Ils croient que je sacrifie les séries, les jeux vidéo, le shopping, le streaming, la salle de sport et autres imbécilités que je ne pratique pas…*

*Je leur ai sorti l’autre jour cette phrase : çà a jeté un froid…

Je ne lis pratiquement pas de romans, ce qui peut étonner les lecteurs de ce blog, dont beaucoup d’articles sont littéraires ou paralittéraires. Je ne lis jamais de poésie, ce qui peut surprendre mes lecteurs d’articles type « atelier d’écriture ». Je n’ai pas non plus, comme je l’ai dit, la culture des BD – ni celle des polars. Je lis surtout des essais historiques, politiques, scientifiques, « sociétaux ». Je lis également chaque semaine Marianne, L’Humanité Magazine, Charlie Hebdo, et chaque mois Çà m’intéresse et Epsil∞n.

Le livre nous tombe des mains.
Qu’il tombe.

Daniel Pennac

J’ai pour principe de ne pas abandonner un livre en cours de lecture. Mais parfois, comme on dit, quand çà veut pas, çà veut pas ! Sujet chiant, verbiage, pensée officielle, masturbation intellectuelle, pathos… A l’inverse, relis-je des livres ? Rarement, en tout cas bien des années après, mais sûrement pas des pavés. Pas question de relire Eugène Sue ou Dickens !

« Il n’y a pas un jour que je n’ouvre un dictionnaire » (B. Pivot). Ce n’est tout de même pas mon cas, et çà l’est de moins en moins… J’ai de plus en plus une paresse qui s’appelle Wikipedia, organe malheureusement du consensus et non de la vérité ! En tout cas, mon dico est le Dictionnaire historique de la langue française d’Alain Rey (éd. Le Robert).

Si Bernard Pivot classe ses ouvrages par ordre alphabétique, et sa fille Cécile par édition et collection, les miens, pour la plupart des essais, le sont par ordre chronologique. J’avais déjà exposé mon mode de classement dans mon précédent blog Mr Liste* :

*http://mrliste.hautetfort.com/archive/2019/09/09/ma-bibliotheque-amoureuse-6174796.html#more .

La lecture sur écran, fût-ce une liseuse, me rebute. Je revendique le livre-objet ! Il y a évidemment les « beaux livres » (grand format, illustrations), mais aussi le livre relié – j’en ai peu et il prennent de la place, tout comme les brochés, plus volumineux que les poche. Je ne possède que treize livres reliés, ce qui est vraiment dérisoire, dont une seule reliure artisanale (trouvée chez feu mon beau-père). Tout livre peut être remarquable par son format : je n’ai que onze formats à l’italienne. Et je n’ai gardé que deux boîtes/étuis : celle contenant les trois volumes du dictionnaire d’Alain Rey précité et celle contenant un ouvrage sur la Commune et un CD. Là encore je jette les boîtes (heureusement en carton industriel) pour raison de place. J’aime bien les poche, les gros mous (Bouquins et Omnibus), les séries (tous les tomes de De Gaulle dans la même collection), ceux dont le rapport poids/volume semble intéressant, ceux possédant un signet

Je déteste qu’on manipule un livre avec les mains sales, et que celui-ci contienne des miettes ou des cheveux. Je déteste qu’on annote les pages d’un livre, fût-ce au crayon, ni qu’on corne les pages (ou involontairement la couverture) : le livre doit rester vierge tel que sorti du libraire. Je possède toutes sortes de marques-pages, non seulement pour leur esthétique, mais surtout pour leurs divers formats, adaptables à ceux des livres.

Quelques uns de mes marque-pages (proportions non respectées).

Je lis dans les transports (pas pour quatre stations, c’est trop court), mais assis : debout on peut faire tomber le livre, il faut le tenir d’une main car l’autre tient la barre… no way ! Je lis également au lit pour m’endormir. J’arrive à trouver le moment où il est temps d’arrêter et d’éteindre la lumière : après c’est trop tard et on s’endort la lumière allumée ! Pas de lecture en mangeant. Outre les taches de gras, on lit ou on mange, pas les deux !

Je n’emporte pas de livres en vacances, mais mes magazines, sachant que malheureusement : 1. on va s’écrouler de fatigue d’avoir vadrouillé toute la journée et 2. tout hébergement possède malheureusement une télé.

Offré-je des livres (qu’est-ce qu’il parle bien, marcjoly) ? Oui, et je n’offre pas d’autres cadeaux que des livres. M’en offre-t-on ? Parfois, au grand désespoir des offrants qui doivent se dire que j’ai déjà tout lu. En prèté-je ? Plus jamais : on ne me les rend pas – ou bien abîmés…

Les gens qui lisent sont moins cons que les autres,
c’est une affaire entendue.

Bernard Pivot

Le pignon d’Ernest

Ah, les larmes médiatiques sur le sort du « pauvre Sarkozy » ! Les victimes de l’attentat du vol UTA 772 apprécieront… On retiendra que le mentor de Sarkozy fut un certain Charles Pasqua, un homme intègre ! Et, même si cela n’a rien à voir avec son procès, le fait d’avoir réintégré la France dans l’Otan (par exemple) mérite la prison pour trahison.

Reconnaître la Palestine, c’est bien. Mais le faire sans garanties préalables ne sert à rien, et revient à légitimer le Hamas. Quant aux enfantillages de maires écolo-LFistes (et malheureusement aussi communistes comme Saint-Denis, où il s’agit de clientélisme communautariste flagrant) consistant à hisser le drapeau palestinien, cela viole le principe de neutralité. Cela vaut également pour le drapeau ukrainien ! Si j’avais été maire, j’aurais été plus subtil : j’aurais affiché les drapeaux palestinien et israélien. Respect du principe de neutralité !

Extrait de l’adresse de Sophie Binet aux syndicats Cgt sur le processus des mobilisations en cours : « Ce n’est pas « Nicolas qui paie… pour Mohammed », mais Nicolas, Mohammed et Fatimata qui paient pour Bernard Arnault et Vincent Bolloré ». Arnault qui, dernièrement, a encore montré son vrai visage de réactionnaire.

LA LISTE PEREC DU JOUR :

" C'est la chambre d'un homme déjà mort, et il semble déjà que les meubles [...] l'attendent avec une indifférence polie, bien rangés, bien propres [...] : le dessus-de-lit parfaitement tiré, la petite table Empire aux pieds griffus, la coupe en bois d'olivier contenant encore quelques pièces étrangères, des pfennigs, des groschens, des pennies, et une pochette d'allumettes offerte par Fribourg and Treyer, Tobacconists & Cigar Merchants, 34, Haymarket, London SW1, le très beau verre de cristal taillé, le peignoir en tissu éponge couleur café brûlé, accroché à une patère en bois tourné et, à la droite du lit, le valet de nuit en cuivre et acajou [...]"

Dans la série des « textes de jeunesse » de marcjoly, en voici un qui attaquait le formalisme universitaire. Chacun des deux protagonistes (Pensedroit et Crasselogique) pèche par ses défauts : il croient tout savoir, se prennent au sérieux et aspirent aux honneurs. De plus, Pensedroit est un routinier à la Kant.

Le texte a lui aussi ses défauts. Je l’ai laissé tel quel :

L’INSCRIPTION LATINE

Comme chaque matin à la même heure, Ernest Pensedroit se leva. Après avoir pris son petit-déjeuner puis fait sa toilette, il décida, comme chaque matin à la même heure, de faire un tour dans son jardinet. C’était une matinée de mai qui s’annonçait belle. Les oiseaux chantaient. Raide, sec, la cinquantaine finissante, le Professeur Pensedroit était érudit, et sa haute opinion de toutes les choses de ce bas-monde lui valait une respectabilité sans égal. Sa réputation s’étendait jusqu’aux cercles et pinacles les plus influents.

Foulant l’herbe du jardinet encore imprégnée de rosée, son pied trébucha. Ernest Pensedroit se pencha et vit un morceau de dalle. « Curieux ! », pensa-t-il. ne pouvant la soulever, il décida de soulever la dalle et partit chercher quelques outils. La dalle lui apparut. Son coeur de serra, sa gorge se noua. La dalle portait une inscription qui disait :

ACTILIV

Q. IVLE

CAEDREM

Son sang ne fit qu’un tour. La modeste pierre qui se trouvait à ses pieds était peut-être, que dis-je, sans doute contemporaine du Grand César, elle avait peut-être croisé le regard de Cicéron. Sénèque l’aurait soulevée et Tite-Live l’aurait effleurée… Pensedroit n’en revenait pas. Cette exhumation fortuite ne pouvait que couronner ce qui tait déjà le sommet de sa carrière. Grâce à la rencontre inopinée avec le caillou, il égalerait Braudel, deviendrait Prix Nobel, finirait Immortel… Dès son arrivée dans les cieux éthérées, les Aristote, Descartes et autres Newton s’exclameraient : « mais c’est le grand Pensedroit » !

Revenu à lui, le grand Pensedroit décida d’aller modestement et terrestrement porter la dalle chez son ami, le Professeur Crasselogique. « Hmm… Très intéressant, murmura Crasselogique, mais que peut signifier cette inscription ? -Voyons voir…, répondit Pensedroit. Actiliu : ablatif d’actilius, Jule : vocatif de Julius. Caedrem nous pose problème. -Il s’agit peut-être d’une forme altérée substantivée de cadere : tomber -Oui, et pour le Q., il s’agit d’une abréviation, nous pouvons attendre. -En tous cas, tout cela est pour l’instant bien mystérieux… »

Une fois rentré chez lui, Ernest Pensedroit était bien déterminé à passer la nuit à chercher la signification de l’inscription contenue sur la dalle susmentionnée. Il ouvrit tous les dictionnaires qu’il avait en sa possession et ne trouva rien, sinon une infinité d’hypothèses donc aucune ne le satisfit.

Quelle ne fut pas sa satisfaction quand le lendemain, il émergea, l’oeil hagard, dans les couloirs de la Faculté. Parmi le brouhaha des conversations des collègues, il n’entendit qu’un mot : « l’inscription ». Crasselogique était passé par là.

Pendant des jours entiers, les recherches furent intenses. On se perdit en conjectures. Actiliu était-il le diminutif non attesté d’actum ? De quel Jule s’agissait-il ? Caedrem désignait-il un espèce d’arbre de Palestine ? Que désignait ce Q. ? Quintilius ? Pensedroit fut reçu à l’Académie. Il fut invité à présenter des conférences dans le monde entier : de la Patagonie au Kamtchatka, et du Yucatàn à la Saône-et-Loire. Il connut, lui, homme renommé mais renfermé, la gloire pétaradante et tonitruante des médias. Il fut l’hôte habituel d’Apostrophes et de Bouillon de Culture. Il en devint même le pivot.

Il décida de se consacrer à son livre. Cet énorme livre contenait diverses explications relatives au contenu de l’inscription, et par conséquent, à sa datation. L’une d’entre elles était l’exhortation faite à César par des conspirateurs repentis de ne pas quitter le pouvoir. Une autre était un mot laissé par la femme d’un habitant du quartier du Quirinal à son mari. Ce mot l’enjoignait à ne pas oublier son caleçon car les nuits étaient fraîches. Ernest Pensedroit consacra bien une dizaine d’années à la rédaction du grimoire. Entre temps, tous ses amis, collègues et relations avaient, la lassitude s’étant installée depuis longtemps abandonnée les recherches.

Ernest se sentit éloigné, puis isolé et enfin totalement abandonné. Bref, il était trahi. Un sentiment d’impuissance et d’échec s’affirma pendant que le livre refusait de se conclure.

Un jour, désespéré, on le vit arriver au bord du canal de l’Ourcq, avec à son cou une pierre qui, elle, ne portait pas d’inscription.

Et dire que, selon certaines mauvaises langues, l’inscription, lue à l’envers, signifiait : « Merde à celui qui lit çà » !

Ah, les salauds ! Ah, les vaches !

Exercices de « stiche » (5)

Entrevue avec Serge Rezvani, peintre, écrivain et auteur-compositeur-interprète (97 ans aux fraises !) dans l’Humanité Magazine du 22 mai. Lui et son père ont fréquenté Picasso. « Je suis critique à l’égard de Picasso […] C’était un torero, un tueur […] Ce n’était pas un intellectuel. Sa peinture renvoie d’ailleurs à deux dimensions. c’est un plâtrier ». Et vlan ! C’est ce que j’ai toujours pensé.

Les auteurs d’attentats (ou de leur tentatives) islamistes ou antisémites ne sont plus désignés comme tels. Ce sont maintenant des « personnes atteintes de troubles psychiatriques ». Pas de vagues !

"Ses vociférations joyeuses ne tardèrent pas à faire sortir de leurs lits, puis de leurs appartements respectifs, les habitants des quatrième et cinquième étages : Madame Hébert, Madame Hourcade, le grand-père Echard, les joues pleines de savon à barbe, Gervaise, la gouvernante de Monsieur Colomb, avec une liseuse en zénana, un bonnet de dentelle et des mules à pompons, et enfin, la moustache en bataille, Emile Gratiolet lui-même, le propriétaire, qui habitait alors au cinquième gauche dans un des deux appartements de trois pièces que trente-cinq ans plus tard les Rorschach allaient réunir."

J’avais déjà écrit quelque chose sur François Rabelais*. Et là, je vous le propose en pastiche, et de surcroît, en pastiche du thème décliné dans Exercices de style, de Queneau !

*https://champouin.wordpress.com/wp-admin/post.php?post=867&action=edit

A priori, une parodie de Rabelais avec un autobus, ce n’est pas possible. Après tout, une fourmi de dix-huit mètres avec un chapeau sur la tête, ça n’existe pas. Et un oranger sur le sol irlandais, on ne le verra jamais. Mais si, justement : avec ce bonhomme, tout est possible ! Un « autobus » vert et crème de la ligne S (comme Satan…), tel un sous-marin jaune, çà existe ! Mais bête, château, église, il faut bien attaquer les relents dépassés de féodalité ainsi que les grenouilles de bénitier.

Bourvil, Ballade irlandaise (Un oranger…), paroles et musique : Eddie Marnay et Emil Stern, 1958.

Mes trouvailles, dans ce texte, sont la contrepèterie galon tressé/talon graissé (signalons que la réputation de l’oeuvre de Rabelais à contenir des contrepèteries est usurpée : on en compte à tout casser deux, dont un à-peu-près), et le calembour homme de l’art/homme de lard, le lard étant par ailleurs une denrée omniprésente chez cet auteur !

J’ai utilisé l’orthographe* de l’édition originale. Par contre je ne garantis pas la contemporanéité du vocabulaire, mais mes recherches ont montré que celui que j’ai utilisé (sauf autobus) existait à l’époque de Rabelais. De tout façon, ce dernier a inventé une centaine de mots de la langue française…

*ou plutôt la graphie tout court : à l’époque de Rabelais l’orthographe n’était pas fixée, elle variait au gré des imprimeurs.

Voicy… pardon, voici le texte, qui est curieusement court :

Comment Souffrarpion disparust de la chose denommée autobus et ce qu'estoit la diste chose..

Ce fust le jour, vers midy, prés la plaine Montceau, que l'on vist une enorme demeure de couleur verte et aussi de celle de la creme. A propos de creme, la chose, qui faisoit cinquante piés de long et dix de large, reposoit sur ce qui s'apparentoit à des roues de fromaiges comme en font les Helvetes, et arboroit les initialles de Satan.

Au derriere de cet engin, denommé par les Latins autobus (cf. Suetone,
De Autobis, bibliotheque du college de Saint-Victor), se trouvoit ung paroissien qui avoit pour nom Souffrarpion, dont le col ressembloit à la beste d'Affrique que les Portugois nomment cameleopard. Il portoit ung couvrechief mol, entouré d'ung galon tressé au lieu de ruban, car il y a galon tressé et talon graissé.

Le dist Souffrarpion gourmanda son voisin : « Hé mon amy, est-ce par jeu que tu ecrases mes piés chaque foys que des chrestiens montent et descendent de l'autobus » ? Puis il abandonna la querelle et alla s'asseoir sur une chaize devenue libre, dist il, car nul ne vist de chaize, ni de voisin, ni de chrestiens. Nul ne sait meme si les autobi existent. Certains disent que l'autobus est une beste, d'autre qu'il s'agit d'ung chasteau, et les coquins disent que c'est une eglise.

Deux heures sonnerent lorsque cependans Souffrarpion fust apperçu devant le cloistre Saint-Lazare, en grande conversation avec ung maistre d'ecole luy tenant ce propos : « D'aprés Aristote, il ne convient point de laisser ainsi l'echancrure de ton habit. Tu devrais faire mettre altior cestuy bouton par un homme de l'art . -C'est qu'il y a homme de l'art et homme de lard », repondist Souffrarpion.

Alphabêtises

LA LISTE PEREC DU JOUR :

"   Dans le cagibi attenant à la chambre d'Hébert, au milieu d'un amoncellement de vieilles chaussures, de réserves de verveine-menthe, de chaufferettes électriques en cuivre toutes cabossées, de patins à glace, de raquettes aux boyaux flasques, de magazines dépareillés, de romans illustrés, de vieux vêtements et de vieilles ficelles, on trouva un imperméable gris et dans la poche de cet imperméable une boîte en carton plutôt plate d'environ quinze centimètres sur dix, sur laquelle était écrit :
La seule gomme
qui efface BIEN l'encre
LA GOMME "HEPHAS"
Chez Ely and Co
85, rue des Dames, Bruxelles   "
La 7ème Compagnie au clair de lune…

Petit, je fus celui qui, plongé dans les dictionnaires et encyclopédies, dévorait les planches et tableaux, et en particulier, ceux des alphabets.

Ces derniers, tout comme le tableau périodique des éléments ou la liste ordonnancée des planètes, étaient pour moi un monde à part. Je me mis à établir une classification des lettres par symétrie : verticale, horizontale, verticale et horizontale, ou aucune symétrie.

Mais c’est bien plus tard que je me suis mis à composer ces amuses-gueules (amuse-girls ?), quelque part entre Raymond Devos et Philippe Gelluck, que je dévoile dans l’interlude qui suit :

B

b est le bébé du B. Donc dans bébé, il y a deux bébés.

E

A quoi çà rim’, le E muet, à quoi çà rimeuh ?

Il faut qu’çà rim’, le E muet, il faut qu’çà rimeuh.

Léo Ferré : Jolie mômeeuh…

K

Le K est un cas : c’est le cas K. Dans le général Catroux, il y a K et trou. Mais qu’à Catroux ?

(A cet instant, vingt internautes se désabonnent, et un m’envoie : « Si j’avais su que c’était si bête, j’aurai amené les gosses »).

L

Dans un L, il y a deux ailes (c’est un vol en oblique). Dans une 4L, il y a donc huit ailes.

N

Dans haine, il y a N (commentaire de Mme Geypatoux-Compry, de Blois-sur-Bannier : « Y s’est pas foulé… »).

P

Le P est à côté du Q, et le pet est à côté du cul. Le train va partir, éloignez-vous de la bordure du Q, s’il-vous-plaît.

Q

Il y a une coquille à « couille », il y a une couille dans « coquille » (d’ailleurs, il y a une pouille dans le cottage).

Il y a une queue à Q (sinon çà ferait O, bande de dégoûtants). Queue s’épelle cuhuheuhuheu.

R

Dans « errer », il y a trois R qui errent.

S

Le SS, est-ce Hess ? Et dans CRS, est-ce S ?

Blog affligeant selon la Police, génial selon les organisateurs !

A propos de la légende de bannière de titre « par marcjoly, de l’Académie Française »: « L’usage, sans droit, d’un titre attaché à une profession réglementée par l’autorité publique ou d’un diplôme officiel ou d’une qualité dont les conditions d’attribution sont fixées par l’autorité publique est puni d’un an d’emprisonnement et de 15 000 euros d’amende ». Alors, faisons-le, ne respectons rien ! La mention « de l’Académie Française » fut utilisée auparavant systématiquement sur toutes ses copies par Alphonse Allais lycéen (qui fut renvoyé une dizaine de fois…), ainsi qu’occasionnellement par Cavanna.

Dekoikonparle ? (8)

Vendredi 28 février, dans le Salon ovale, Trump a dit avec franchise ses quatre vérités au falot Zelensky, qui a pris la fuite avant de venir pleurer dans le giron des Britanniques. C’est dommage car il s’agit pour Trump et Poutine d’entamer un dialogue permettant d’envisager la fin de la guerre en Ukraine et d’éloigner le risque d’une guerre thermonucléaire imminente. Il n’y avait en tout cas aucune raison d’inviter les Européens à participer au dialogue, étant donné qu’à aucun moment depuis le début de la guerre, ils n’ont cherché une solution diplomatique au conflit, comme on le voit encore aujourd’hui avec l’obsession de la « défense européenne* ». En effet, une russophobie implacable a prévalu, menée comme d’habitude par les maîtres de Zelensky : les Britanniques. Comme il s’agit d’une guerre par procuration entre l’Otan et la Russie, il est tout-à-fait logique que cette dernière et les Etats-Unis s’assoient d’abord à la table des négociations. Trump, ce salaud qui veut arrêter nos guerres ? Non, il veut enfin changer l’ordre mondial otanien, et du coup casser les axiomes européens établis. L’Europe veut-elle alors déclencher une guerre contre les Etats-Unis ? Elle est capable de s’en persuader.

*Même Hubert Védrine est tombé dans le panneau.

Berlusconi (pardon !) Trump n’était pas obligé de dire que c’était « un grand moment de télévision », mais lorsqu’un politicien européen fait ce genre de saillie, c’est juste une « petite phrase », variante moderne du « mot d’esprit » comme dans le film Ridicule, que les politologues, « experts » et journalistes relaient avec gourmandise. Mais sortant de la bouche de Trump, cela devient une « assertion intolérable »…

The Bayrou Watcher (#3) : Dans l’affaire Bétharram, il ne s’agit pas seulement pour Bayrou de protéger les petits milieux notables provinciaux (à la Balzac ou à la Chabrol) mais je pense que, comme bon nombre de catholiques pratiquants et bon nombre de parents de manière plus générale, il est persuadé que les châtiments corporels, « c’est pour ton bien »...

LA LISTE PEREC DU JOUR :

"Derrière, dans le fond, en désordre, divers meubles et objets provenant des parents Echard : une cage à oiseau rouillée, un bidet pliant, un vieux sac à main avec un fermoir ciselé, [...] et un sac de jute d'où débordent plusieurs cahiers d'écolier, des copies quadrillées, des fiches, des feuilles de classeur, des carnets à reliure spirale, des chemises en papier kraft, des coupures de presse collées sur des feuilles volantes, des cartes postales [...], des lettres, et une soixantaine de minces fascicules ronéotypés, intitulés BIBLIOGRAPHIE CRITIQUE DES SOURCES RELATIVES A LA MORT D'ADOLF HITLER DANS SON BUNKER LE 30 AVRIL 1945"

Oui ,marcjoly vous rebat souvent les yeux (pas les oreilles, c’est un blog pas un « pot de caste ») avec l’Oulipo. Mécékoi loulipo ?

Tout part en réalité d’Alfred Jarry (1873-1907) – oui, l’auteur d’Ubu Roi. De 1897 à 1898, Jarry rédige Gestes et opinions du docteur Faustroll, pataphysicien, paru à titre posthume en 1911. Il y définit la ‘Pataphysique* comme « la science des solutions imaginaires, qui accorde symboliquement aux linéaments les propriétés des objets décrits par leur virtualité » (livre II, chapitre VIII).

*‘Pataphysique est toujours précédé d’une apostrophe. Mais l’adjectif pataphysique et le substantif Pataphysicien en sont dépourvus.

La ’Pataphysique doit sa postérité au Collège de ‘Pataphysique, « Société de recherches savantes et inutiles » fondée en 1948. De nombreux peintres, mathématiciens, historiens, critiques littéraires, cinéastes, explorateurs, dramaturges, écrivains et poètes ont rejoint le Collège parmi lesquels Duchamp, Miro, Ionesco, Dubuffet, Queneau et Vian. Ah, des Surréalistes, va-t-on me dire ? Non, même si certains ont fréquenté ces milieux. En réalité, l’époque d’Alfred Jarry baigne dans l’esprit potache des Zutistes, Hydropathes et autres déconneurs comme Alphonse Allais. Alors ? « La Pataphysique est la science de ce qui se surajoute à la métaphysique… s’étendant aussi loin au-delà de celle-ci que celle-ci au-delà de la physique ». Ceci est moins une définition qu’une fin de non-recevoir, provocante, voire amusante, parfois reprise par le Collège de ’Pataphysique.

Je ne vais pas entrer dans le détail du détail, mais l’univers (on dirait aujourd’hui « l’écosystème ») de la ‘Pataphysique est à la fois bureaucratique, strict et hilarant (calendrier loufoque, revue dont le titre principal est Viridis candela*…). La réforme des Sous-Commissions, survenue en 1959, a établi de nombreuses Commissions et Sous-Commissions dans le but de résoudre les problèmes se présentant au Collège. Parmi elles se trouvait originellement l’Oulipo, désormais devenu une institution autonome. Nous y voilà enfin !

* » Chandelle verte », allusion au juron favori d’Ubu : « Par ma chandelle verte ! ».

Oulipo (ou OuLiPo)*, signifie Ouvroir de littérature potentielle. C’est un groupe de recherche littéraire créé en 1960 par le mathématicien François Le Lionnais et l’écrivain et poète Raymond Queneau. Il se décrit par ce qu’il n’est pas : ni un mouvement littéraire, ni un séminaire scientifique**, ni de la littérature aléatoire. Il a pour but de découvrir de nouvelles potentialités du langage et de moderniser l’expression à travers des jeux d’écriture. Le groupe est célèbre pour ses défis mathématiques imposés à la langue, obligeant à des astuces créatives. L’Oulipo est fondé sur le principe que la contrainte provoque et incite à la recherche de solutions originales. « Ses recherches sont naïves, artisanales et amusantes ». On devient membre de l’Oulipo par cooptation. Anecdote : on ne peut en démissionner qu’en se suicidant devant huissier !!!

*Il existe d’autre ouvroirs moins actifs : OuPeinPo pour la peinture), OuMuPo pour la musique, OuPoPo (certains disent OuPolPot – génial !) pour la politique, OuLiPoPo pour la littérature policière, etc. On désigne tous ces ouvroirs sous l’appellation générique d’OuXpo. L’OuBiPo (Ouvroir de Bibliothèque Potentielle) existe mais n’a aucun lien « organique » avec l’OuXpo.

**Malgré celui, fondateur, de Cerisy-la-Salle en 1960.

Evidemment, la ‘Pataphysique influence fortement l’Oulipo, organiquement et conceptuellement – du moins à ses débuts. Cependant, après la mort de Perec en 1982, l’Oulipo se demande s’il n’a pas fait son temps. Il est décidé que non, et l’Oulipo continue à recruter. Se posent toutefois les questions de sa féminisation, de sa moyenne d’âge, de l’admission de membres étrangers…

Toujours pour dire ce que ce mouvement n’est pas censé être, les membres de l’Oulipo sont de sacrés déconneurs, malgré la rigueur austère de leurs travaux !

Mais concrètement, ifonkoi, loulipo ?

« L’Oulipo a pour but de découvrir de nouvelles potentialités du langage et de moderniser l’expression à travers des jeux d’écriture. Le groupe est célèbre pour ses défis mathématiques imposés à la langue obligeant à des astuces créatives. L’Oulipo est fondé sur le principe que la contrainte provoque et incite à la recherche de solutions originales. Il faut déjouer les habitudes pour atteindre la nouveauté. » [Wikipedia]

« La contrainte est un problème ; le texte une solution. La contrainte est l’énoncé d’une énigme ; le texte est la réponse, ou plutôt une réponse, car en général il y en a plusieurs possibles. La contrainte, c’est donc quelque chose d’assez différent d’un bidouillage organisationnel du travail littéraire. Et c’est très bien le bidouillage organisationnel ! mais ce n’est pas la contrainte. La contrainte est systématique. Par ailleurs, une contrainte oulipienne doit pouvoir servir à d’autres, ce qui implique des exigences de clarté et l’énoncé (formalisation). La contrainte est altruiste » – Jacques Jouet

Jacques Jouet.

Exemples de contraintes :

  • S + 7 : cette méthode permet la création de textes littéraires nouveaux en remplaçant dans un texte source chaque substantif par le septième substantif qui le suit dans un dictionnaire donné. Bof..

  • Lipogramme : texte dans lequel l’auteur s’impose de ne jamais employer une lettre, parfois plusieurs (cf. La Disparition, de Georges Perec – Gallimard, 1969 – texte sans jamais la lettre e).

  • Boule de neige : poème dont le premier vers est fait d’un mot d’une lettre, le second d’un mot de deux lettres, le troisième d’un mot de trois lettres, le nième d’un mot de n lettres.

  • Exercice de style : une même histoire racontée selon un pattern différent (cf. Exercices de style, de Raymond Queneau – Gallimard, 1947).
  • La rien que la toute la : texte privé de nom, d’adjectif et de verbe.

On peut compter aisément 250 contraintes…

Comme disait mon père : « Quand tu auras fini tes enfantillages »…

A lire :

https://college-de-pataphysique.fr

https://oulipo.net

http://fatrazie.com

Belle Marquise

*Souligné par nous.

C’est aussi le dixième anniversaire du massacre de Charlie Hebdo. Hélas, hélas, hélas – et çà n’est qu’un exemple-, une amie m’a envoyé ce SMS (non verbatim) : « Mais qu’est-ce qu’ils ont encore à parler de Charlie, il va y avoir encore des attentats ». Se coucher, encore… La question n’est pas de savoir si on aime Charlie et ses dessins de bites, mais si on doit garder la liberté d’expression. Les barbus sont en guerre contre l’Occident, des caricatures sont une bonne riposte ! Mais nous devrions entrer également en guerre contre le wokisme, sinon çà ne marche pas. Comme toute guerre, il y aura des conséquences et, oui, il y aura -il y a déjà- des attentats pour lesquels les auteurs seront décrits une énième fois par les médias comme ayant des « problèmes psychiatriques ». Une pathologie qui s’appelle l’Islam…

LA LISTE PEREC DU JOUR :

"Bartlebooth se retrouvait parfois avec [...] un Charlot (melon, badin et jambes arquées), une tête de Cyrano, un gnome, une sorcière, une femme avec un hennin, un saxophone, une table de café, un poulet rôti, un homard, une bouteille de champagne, la danseuse des paquets de Gitanes ou le casque ailé des Gauloises, une main, un tibia, une fleur de lys, divers fruits, ou un alphabet presque complet avec des pièces en J, en K, en L, en M, en W, en Z, en X, en Y et en T."

Est paru il y a deux mois un excellent hors-série du Monde : Réinventons la ville. On peut notamment y lire un entretien tout aussi excellent avec l’écrivain français Alain Damasio*. Celui-ci relate que les multinationales s’accaparent les villes, lesquelles deviennent des marques : ainsi Paris devient la ville LVMH, Seattle la ville Boeing/Starbucks, Cannes la ville Netflix, New-York la ville Trump (qui est de facto une marque)…

*Ne pas confondre avec le neuroscientifique portugais (que je croyais italien) Antonio Damasio. J’les confonds toujours !

Damasio a également séjourné dans la Silicon Valley dans un but sociologique, et remarque qu’il n’y a « aucune mixité. Aucun échange croisé. J’en ai parlé à des Français sur place en leur demandant comment se passe la séduction si personne n’ose. On m’a répondu : ils regardent sur l’appli Bumble […] Et si quelqu’un te plaît, tu fais comment ? -Eh bien, je ne vais pas la voir, ce serait intrusif ! ». Ce « moment #Me too » fait froid dans le dos, tout de même… A l’inverse, j’avais lu, il y a quelques années, une BD scénarisée par un Japonais relatant son séjour à Paris*. Ce dernier s’était évertué, fleur bleue, à tenter de faire une déclaration d’amour, jusqu’à ce que quelqu’un lui explique les subtilités de la vie parisienne (d’alors. Tout cela est fini aujourd’hui) : « On ne fait pas de déclaration. -Mais alors comment on fait ? -Eh bien, on baise ! ». Et de se demander comment procéder si on ne déclare pas sa flamme. Bref, faudrait savoir !

*Je n’ai pas retrouvé les références.

Pour m’inspirer j’me suis fait un café crème « ème »
Mais par erreur je l’ai sucré au sel gemme « ème »
C’ n’était pas bon, ma foi je l’ai bu quand même « ème »
Ah faut-il que faut-il que je… faut-il que je…
C’est malheureux je n’ai pas trouvé de thème « ème »
J’ t’aurai fait un truc avec des rimes en « ème »ème »
Tu aurais compris que c’était un stratagème… »ème »
Pour te dir’ que… te dir’ que je…te dir’ que je…
Oui !

Harry Mathews.

Puisque nous sommes dans l’amour, voici un texte d’Harry Mathews (1930-2017). Cet écrivain et traducteur américain francophone, ami de Georges Perec et de surcroît mari de Niki de Saint-Phalle, était membre de l’Oulipo. Le texte qui suit, Belle Marquise, est-il la conséquence du précédent ?

Plaisir d'amour ne dure qu'un instant, chagrin d'amour dure toute une vie
Plaisir d'amour ne dure qu'un instant, une vie d'amour dure tout un chagrin
Plaisir d'amour ne dure qu'un chagrin, un instant d'amour dure toute une vie
Plaisir d'amour ne dure qu'un chagrin, une vie d'amour dure tout un chagrin
Plaisir d'amour ne dure qu'une vie, chagrin d'amour dure tout un instant.
Guy Lelong.

Voici maintenant Guy Lelong, que je pensais être aussi oulipiste : il ne l’est pas mais utilise les contraintes dans ses textes. Bien que né en 1952, il se situe dans le sillage du Nouveau roman. Il a aussi comme domaines d’activité la musique, les arts plastiques et l’architecture. Voici Nuit sans date rue Saint-Jacques :

La rue tombe noire, noire, la noire rue noire tombe là.
La rue tombe noire, noire, la tombe noire, rue noire, là.
La rue tombe noire, noire, tombe la noire rue noire, là.
La rue, tombe noire, noire, rue noire, la tombe noire, là.
La rue tombe noire, rue noire noire, là, tombe noire, là.
La rue tombe noire, la noire noire rue, noire tombe là.
La rue tombe noire la noire noire rue noire tombe, là.
La rue tombe, noire, noire, là ; tombe noire, rue noire, là.
La rue, tombe, là. Noire, noire tombe, noire rue, noire là.
La rue noire tombe ; noire la noire, noire rue-tombe ; là.
La rue tombe. La noire rue noire. Noire tombe noire. Là.
Wendy Cope.

Et pour finir, mon préféré. Il s’agit d’un texte de la poétesse britannique Wendy Cope (née en 1945). Cope fait souvent dans les poèmes courts à la fibre comique. Voici The Uncertainty of A Poet, illustration du tableau éponyme de Chirico ? Evidemment, je ne traduis pas le texte : çà n’aurait aucun sens.

Giorgio de Chirico, L’incertitude du Poète, 1913.
I am a poet.
I am very fond of bananas.

I am bananas.
I am very fond of a poet.

I am a poet of bananas.
I am very fond.

A fond poet of 'I am, I am'-
Very bananas.

Fond of 'Am I bananas?
Am I?'-a very poet.

Bananas of a poet!
Am I fond? Am I very?

Poet bananas! I am.
I am fond of a 'very.'

I am of very fond bananas.
Am I a poet?

Ce poème a été ensuite parodié maintes fois. Exemple :

Vous çà alors plu ? Pensez-qu’en vous ?

Métro loufoque – M 10

En tant qu’archiviste que je suis dans la vraie vie, j’ai dû traiter il y a peu un dossier de naturalisation datant des années 1930. Y figurait une lettre du maire de Mazan (Vaucluse)… attestant de la bonne moralité de l’intéressé. Echo à l’actualité ! En tous cas, il ahurissant de constater, lors du procès de 2024, la défense adverse insinuer que « quelque part » Gisèle Pelicot en fait peut-être un peu trop… Courage à elle, qui porte le même prénom que feu Mme Halimi ! Ce qui est clair, c’est qu’il y aura un « après Mazan », tout du moins il faut le souhaiter.

Retour sur l’affaire du cycliste renversé intentionnellement au mois d’octobre à Paris : il est inacceptable pour un automobiliste d’emprunter les voies cyclables et de surcroît de percuter volontairement un cycliste. Les cyclistes sont à juste titre indignés, mais vont amplifier une impunité dont ils jouissaient déjà : en effet, pour chaque cyclobobo parisien, tout ce qui entrave sa marche, automobiliste ou piéton, est présumé ennemi. Feux grillés, refus de s’arrêter devant les piétons, vitesse excessive, non-usage de la sonnette, zig-zags devant les voitures, position aux angles morts, la coupe est pleine et on comprend l’exaspération des autres usagers. Contrairement aux pays germaniques ou scandinaves, il n’y a pas en France de politique globale des déplacements, mais la juxtaposition de celle de la voiture, de celle du vélo, de celle de la trottinette, de celle du piéton… Cela ne peut pas fonctionner. En tous cas je ne descendrai jamais dans la rue pour aller défendre les cyclistes.

LA LISTE PEREC DU JOUR :

"Au moment où cela commençait à devenir pour lui un peu trop facile, il fut saisi par la frénésie des factorielles : 1! = 1 ; 2! = 2 ; 3! = 6 ; 4! = 24 ; 5! = 120 ; 6! = 720 ; 7! = 5 040 ; 8! = 40 320 ; 9! = 362 880 ; 10! = 3 628 800 ; 11! = 39 916 800 ; 12! = 479 001 860 ; [...] ; 22! = 1 124 000 727 777 607 680 000, soit plus d'un milliard de fois sept cent soixante-dix-sept milliards."

Rhâââ ! Ca n’en finit pas, cette rubrique… Celle-ci est consacrée à la ligne 10 du métro parisien. Je ne sais pas si c’est la même chose pour vous, mais quelque soit l’endroit de Paris où je me trouve, je dois toujours changer deux fois pour attraper cette ligne, la seule qui traverse la rive gauche d’est en ouest et qui contient une boucle juste avant son extrémité.

Même si elle s’encanaille entre Odéon et Gare d’Austerlitz, il s’agit quand même de la « ligne chic pour vieilles dames » dont le charme tient aussi à l’ancienneté et la vétusté de son matériel. La RATP a planifié (jusqu’en 2033 !) le remplacement de ses trains par le MF 19 sur toutes les lignes non automatiques. Et là, j’ai deux versions contradictoires. L’une dit que la 10, la plus vétuste, recevra ce matériel en priorité, dès 2025. L’autre affirme que, seule ligne à ne pas connaître de conduite manuelle assistée, elle ne sera modernisée qu’en dernier, le temps d’effectuer la mise à niveau…

Je rappelle le principe du Métro loufoque : le jeu consiste à détourner le nom des stations et d’écrire un texte avec ces nouveaux noms. On remarquera que, boucle oblige, une fois arrivé au terminus, je reviens en arrière pour achever l’autre coté de la boucle. C’est parti :

M 10 : ECOLE BERLITZ – 35 CLOUS :

  • Gare d’Austerlitz > Ecole Berlitz (école de langues réputée).
  • Jussieu > Judicieux.
  • Cardinal Lemoine > Jean-Luc Lemoine (humoriste et chroniqueur français).
  • Maubert-Mutualité > Robert était alité.
  • Cluny-La Sorbonne > Clooney la sort bonne.
  • Odéon > Frédéric Lodéon.
  • Mabillon > Cabillaud.
  • Sèvres-Babylone > Suivre Baby Doll.
  • Vaneau > Vanné.
  • Duroc > T-Roc (modèle Volkswagen).
  • Ségur > Sécure.
  • La-Motte-Picquet – Grenelle > La motte piquait.
  • Avenue Emile-Zola > Gorgonzola.
  • Charles Michels > Vermicelle.
  • Javel – André-Citroën > Entre ces six troënes.

  • Eglise d’Auteuil > Réglisse douteuse.
  • Michel-Ange – Auteuil > Mickey, l’ange, dans le fauteuil.
  • Porte d’Auteuil > Porte d’auto.
  • Boulogne – Jean-Jaurès > Bologne, j’en jurerais !
Bologne, c’est aussi du rhum de Guadeloupe !
  • Boulogne – Pont-de-Saint-Cloud > 35 clous.
  • Michel-Ange – Molitor > Mickey, l’ange, mollit trop.
  • Chardon-Lagache > Sent bon la vache.
  • Mirabeau > Virago.

REPEAT AFTER ME : « WHERE IS BABY DOLL ? »

Robert, à l’école Berlitz, trouva judicieux de regarder (même pas en anglais) un sketch de Jean-Luc Lemoine. Le soir, Robert, nauséeux, était alité. Il regarda Gravity. « No Facebook tonight », dit le beau George dans la scène de l’éruption solaire. Clooney la sort bonne, se dit-il. Puis il vomit. Il appela son ami Frédéric Lodéon (car il avait des relations) qui le mit en garde : -« c’est le cabillaud qui t’a rendu malade ».

Le lendemain, en chasse, il se mit en tête de poursuivre Baby Doll. Se rappelant que la veille, il était vanné, il le fit en T-Roc, ce qui était plus sécure. Mais il se dit qu’il allait encore vomir, car son cerveau se remplit d’images de monceaux de bouffe, de fromages en motte. Eurk ! La motte piquait, et le gorgonzola lui donna des haut-le-coeur. Il ne manquait plus qu’une bonne platrée de vermicelle… Il sortit de la voiture et alla dégueuler entre ces six troënes. Peut-être que la réglisse avait amorcé le processus. réglisse douteuse…

Mickey, l’ange, dans le fauteuil (Baby Doll s’appelait Mickey) n’imaginait pas ce qui pouvait se passer derrière une porte d’auto. -« Même à Bologne, j’en jurerais ! », pensa-t-elle. Au même moment : -« par les trente-cinq clous de Bologne, j’en jurerais ! Mickey, l’ange, mollit trop !, pensa Robert, mais elle sent bon, la vache ! Allons chasser cette virago !« 

FIN

Mon Dieu que c’est mauvais… C’est même le moins bon…