L’oeil de Paris (9)

Désolé de gâcher vos vacances, mais pendant ce temps, les « affaires » continuent :

L’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), l’organisme de surveillance nucléaire censé être neutre, a admis après les attaques israéliennes (et avant les attaques américaines) que l’Iran ne fabriquait pas de bombe, bien que son directeur Rafael Grossi ait affirmé dans une résolution le 12 juin, juste à temps pour fournir à Israël un prétexte pour attaquer*, que l’Iran avait « violé » certaines dispositions. Mais, ainsi que l’a déclaré l’ancien analyste et diplomate britannique, le bien nommé Alastair Crooke sur Conflicts Forum’s Substack du 20 juin, cette résolution sortait tout droit du logiciel de l’AIEA, la plate-forme Mosaic établie par… la société d’analyse des données Palantir, un « machin » faisant partie de l’ « Etat profond » étasunien, fondé par le suprémaciste Peter Thiel**! A tous les coups çà marche, cf. le tube d’anthrax naguère brandi par Colin Powell, ou bien l’affirmation selon laquelle l’armée irakienne était la troisième du Monde, ou encore le prétendu refus du Japon de capituler en 1945, alors que des négociations étaient déjà entamées par le truchement du Vatican. Cela valait bien une petite bombe nucléaire, n’est-ce pas ? En tous cas, David Sacks responsable des « cryptos » à la Maison-Blanche, Elon Musk conquistador de la tech sans la dimension de nouveaux principes physiques, et notre Peter Thiel qui avec Palantir dispose d’un quasi-monopole des données sensibles, ont un point commun : tous trois originaires d’Afrique du Sud, ils ont été élevés dans une idéologie d’apartheid…

*Souligné par nous.

**Palantir est également fournisseur de notre DGSI. Faiblesse de la France ou bien allégeance ?

Power. Les 48 lois du pouvoir. Vendu à 200 000 exemplaires en France, ce guide de Robert Greene pour devenir tout-puissant dans le business a été l’un des ouvrages les plus commandés, grâce au Pass Culture, par les lycéens...

LA LISTE DU JOUR (extraite de Joseph Kessel, L’Armée des Ombres, Charlot, 1943) :

"  Le temps passe.
Je me suis amusé à dresser de mémoire la liste des journaux clandestins que je connais.

L'Avant-Garde,
L'Art Français,
Bir-Hakeim,
Combat,
L'Ecole Laïque,
L'Enchaîné du Nord,
L'Etudiant Patriote,
France d'abord,
Franc-Tireur,
Le Franc-Tireur Normand,
Le Franc-Tireur Parisien,
L'Humanité,
L'Insurgé,
Les Lettres Françaises,
Libération,
Libérer et Fédérer,
Le Médecin Français,
Musiciens d'aujourd'hui,
Pantagruel,
La Père Duchesne,
Le Piston,
Le Populaire,
Résistance,
Rouge Midi,
Russie d'aujourd'hui,
L'Université Libre,
Valmy,
La Vie Ouvrière,
La Voix du Nord,
La Voix de Paris,
La Voix Populaire "

Cela vaut quelques commentaires. Le Père Duchesne fut le titre de plusieurs journaux concurrents pendant la Révolution. Combat cessa en 1974. Titres toujours existants : L’Humanité fondée par Jean Jaurès en 1904, La Vie ouvrière (« organe » de la CGT) fondée par Pierre Monatte en 1909, La Voix du Nord ainsi que Les Lettres françaises. Libération (fondé en 1927 !) s’éteignit en 1945 et le titre fut racheté en 1973 par Serge July et Jean-Paul Sartre. Quant au titre Franc-Tireur, éteint en 1945, il fut racheté en 2021 par Daniel Kretinsky, avec Caroline Fourest, transfuge de Marianne à la rédaction..

Notre Oeil de Paris va aujourd’hui aborder les Abel. Et le premier d’entre tous : Abel tout court. Il ne s’agit pas du frère de Caïn*, mais du mathématicien norvégien Niels Henrik Abel (1802–1829). La rue Abel va commençant boulevard Diderot et finissant rue de Charenton. Elle se situe dans l’emprise pentagonale de l’ancienne prison de Mazas, où se trouve une autre rue dédiée à un mathématicien : Michel Chasles.

*Ni de l’émir Abel, très connu en Lorraine…

On y trouve de beaux immeubles post-haussmanniens.

Dans le détail : beau motif de mosaïque décorative.

Un autre style…

Une HBM des années 1910-1920 avec son porche ouvragé.

Celui-là, récent, n’est pas mal non plus.

La rue est traversée par le viaduc des Arts.

Une perspective sur la gare de Lyon qui est une invitation au voyage, avec de surcroît le Big Ben du pauvre…

Conclusion.

Entrepôts

Empêcher l’Iran d’accéder à l’arme nucléaire. Pourquoi l’Iran ? Pourquoi pas le Pakistan, l’Inde, la Corée du Nord, les Etats-Unis, Israël, la Russie, la France, la Grande-Bretagne ? L’Iran ou comment se créer un ennemi…

A lire aussi : Alexis Jenni : Parmi les arbres – Essai de vie commune (2021, Babel Actes Sud). Jenni fut prix Goncourt 2021 pour L’art français de la guerre. Je l’ai connu de 1997 à 1999 au lycée Edouard-Herriot à Lyon : il était prof de SVT, j’étais le documentaliste du CDI. Personnage fantasque, pas toujours sympathique, il était d’une timidité extrême, empruntait des ouvrages de littérature (pas de sciences) qu’il ne rendait jamais et en rendait d’autres qui venaient d’ailleurs. Parmi les arbres est le seul livre sur les arbres et sur la nature que je ne trouve pas rasoir (cf. les imbuvables Sand, Thoreau, Giono, etc.). Il est même poétique, philosophique, scientifique et didactique. 

LA LISTE PEREC DU JOUR :

" Le vrai théâtre, décrétait-il, avait pour titres Venceslas de Rotrou, Manlius Capitolinus de Delafosse, Roxelane et Mustapha de Maisonneuve, Le Séducteur amoureux de Longchamps ; les vrais dramaturges s'appelaient Colin d'Harleville, Dufresny, Picard, Lautier, Favart, Destouches ; il en connaissait comme çà des dizaines et des dizaines, s'extasiait imperturbablement sur les beautés cachées de l'Iphigénie de Guimond de La Touche, l'Agamemnon de Népomucène Lemercier, l'Oreste d'Alfieri, le Didon de Lefranc de Pompignan".

Nous sommes malheureusement dans une société post-industrielle, ce qui fait que beaucoup de bâtiments ne remplissent plus l’office qui leur était destinés*. D’autres part bon nombre de lieux dédiés à une activité économique, manufacturière ou de services ne sont plus en centre ville. Bâtiments qui auraient pu être abandonnés, friches industrielles, édifices publics devenus des fardeaux d’entretien…

*Un excellent site de l’IGN, Remonter le temps (https://remonterletemps.ign.fr/), montre l’évolution du paysage français à des décennies différentes (un curseur permet de naviguer « avant/après »). Il permet de se rendre compte, entre autres, en ville : de la disparition des emprises industrielles et ferroviaires, de la multiplication des espaces verts, de l’accaparement des terrains agricoles pour en faire des lotissements ou des zones commerciales ; à la campagne : du remembrement, de l’augmentation des cultures intensives et de la disparition des bocages.

Sur le modèle des art factories de Liverpool ou de New-York, ou des Kunsthalle de Hambourg ou Berlin, villes qui se remettent sur pied après des décennies d’abandon, toute une gradation d’activités culturelles investissent ces lieux. Cela va du simple squatt d’artistes (du SDF cracheur de feu au graveur précaire qui y installe presse et atelier) à la « friche industrielle » (vaste surface pépinière de création qui organise expositions, spectacle et festivals). Du simple tiers-lieu (buvette, mini-bibliothèque, salle pour cours et ateliers divers) à l’institution (musée, centre d’interprétation, salle de spectacle).

Hambourg : les anciens docks.

Commençons simplement par L’Usine (Tournefeuille, banlieue de Toulouse), labellisée Centre national des arts de la rue et de l’espace public. Variante : La Manufacture (Roubaix), musée de la mémoire et de la création textile. Encore une Manufacture (anciennement de parapluies !) à Aurillac, « fabrique de danseurs plutôt qu’école de danse ». Pour faire écho à Roubaix, citons aussi La Filature (Mulhouse), lieu de création et de diffusion culturelle qui propose des spectacles de musique, danse, théâtre, cirque, marionnette et arts visuels (label Scène nationale). Autre Filature, celle d’Evreux qui propose un « espace de coworking hybride », ce qui sort de notre sujet.

D’autres appellations sont beaucoup plus spécifiques ? Voici Le Gazomètre* (La Louvière, Belgique), une bibliothèque provinciale regroupant désormais 200 000 œuvres, 3 000 jeux et 400 périodiques dans un seul bâtiment. Quant aux Abattoirs (Toulouse), ceux-ci accueillent le Frac Occitanie. Les Abattoirs de Cognac sont une salle de concert rock et ceux de Bourgoin-Jallieu, une scène de « musiques actuelles ». D’autre part, Le Confort Moderne, qui fut une fonderie, puis Confort 2000 (magasin d’électroménager) puis lieu culturel, est une enclave industrielle au cœur des faubourgs de Poitiers. « Une friche artistique pionnière qui œuvre depuis le début des années 80 aux décloisonnements des regards et des pratiques ». Enfin à Nantes se trouve Le Lieu unique, centre culturel et scène nationale, dans l’un des deux bâtiments de l’ancienne biscuiterie Lefèvre-Utile (LU), LU comme Lieu Unique, vous suivez ?

*Note pour les millenials et post-millenials : un gazomètre était un réservoir servant à stocker le gaz de ville. Ce dernier était extrait à partir du charbon. Les gazomètres ont disparu d’Europe de l’Ouest avec l’abandon du charbon et l’arrivée du gaz naturel. Le plus grand gazomètre de France se situait à la Plaine Saint-Denis, à l’emplacement de l’actuel Stade de France. Ah, crétins, je vois que çà vous parle, « Stade de France »…

Le Lieu unique (Nantes). A gauche : la tour LU.

Les lieux qui suivent ne relèvent pas d’un passé industriel, mais de services ou d’infrastructure. Ainsi Le Tri postal (Lille), musée d’Art contemporain. Même appellation pour Montpellier où il s’agit d’un autre espace de coworking. De Grote Post (la Poste centrale), à Ostende (Belgique), est un centre culturel, ce que je n’avais pas compris : je cherchais à y acheter des timbres ! La Piscine (Roubaix) est devenu un musée. Le Centquatre (Paris 19ème) est un fourre-tout culturel qui se cherche depuis sa création en 2008, c’est l’ancien bâtiment de Pompes funèbres de Paris, 104 rue d’Aubervilliers. La Station – Gare des Mines (Paris 18ème), fondée sur les vestiges d’une gare à charbon désaffectée de la Porte d’Aubervilliers, « accueille l’effervescence des marges musicales, artistiques et culturelles de l’époque ». La Gare (Paris 19ème) est un club de jazz dans une ancienne gare de petite ceinture. Sans compter le Musée d’Orsay, ancienne gare, elle aussi.

La Piscine (à gauche), le Musée d’Orsay (à droite) – ou inversement ?.

Certains lieux faisaient autrefois office de réserves/magasins, à commencer par Le Magasin (Grenoble), halle de 3 000 m2 construite à Paris en 1900 par les ateliers de Gustave Eiffel pour une Exposition universelle, démontée puis remontée à Grenoble pour être un lieu de stockage avant de devenir un Centre national d’Art contemporain et de Culture. Les Magasins généraux (Cf. encadré), à Pantin, « ouverts à toutes et à tous, […] font résonner la création, les idées et les voix nouvelles ». Ils déploient toute l’année une programmation d’expositions et d’événements. Les Subsistances accueillent aujourd’hui à Lyon dans un même bâtiment d’une part les SUBS, lieu de création, de pratiques artistiques et lieu de vie, et d’autre part l’Ecole nationale des Beaux-Arts de Lyon. Les Frigos (Paris 13ème) est un site de création et de production artistique situé dans le bâtiment principal de l’ancienne gare frigorifiques de Paris-Ivry.

Les magasins généraux sont des entrepôts, agréés et contrôlés par l'autorité administrative (ordonnance n°45-1744 du 6 août 1945), dans lesquels des industriels, commerçants, agriculteurs ou artisans déposent des matières premières, des marchandises, des denrées ou des produits fabriqués. Ces magasins sont habilités à délivrer des titres négociables, les récépissés-warrants, ou encore des reçus d'entreposage, qui permettent de faire sur les marchandises déposées des opérations juridiques.

Dans la même veine, la fameuse Grande Halle de la Villette (Paris 19ème), utilisée aujourd’hui pour des événements culturels divers, est une ancienne halle aux bestiaux. La Halle aux Grains de Toulouse est une salle de musique dédiée à l’Orchestre national du Capitole. Celle, éponyme, de Blois héberge, sous la dénomination « Palais des Congrès et de la Culture », la Scène nationale de Blois. Quant à La Halle Ô Grains (subtilité…) de Bayeux, c’est une salle de spectacles. Le Grenier à Sel (Avignon), devenu aujourd’hui un espace d’hybridation et d’effervescence culturelles, « explore les nouveaux périmètres de création, ceux qui reposent sur la forte perméabilité entre art, science et technologies ». La Sucrière (Lyon), ancien Entrepôt réel des sucres indigènes des Docks de Perrache, est aujourd’hui spécialisée dans l’accueil simultané d’expositions artistiques et d’événements publics ou privés. La Sucrière est notamment l’un des sites majeurs de la Biennale d’Art contemporain de Lyon. A Nantes se trouve Le Hangar à Bananes. Cette ancienne mûrisserie a été réhabilitée à la fin des années 2000 et abrite différents restaurants, bars, café-concert, discothèque et lieu d’exposition. A Strasbourg, La Laiterie est la salle de Musiques actuelles de la ville de Strasbourg.

La Sucrière (Lyon).

Mais, le fin du fin, la cerise sur le gâteau, c’est L’Antre-Peaux, à Bourges ! Cette friche culturelle associative déjantée n’est pas implantée sur le site d’une ancienne tannerie comme on pourrait le penser, mais contient en son sein plusieurs concepts : Nadir, Haïdouc, Ursulab, Transpalette, Houloscène, Usina’son … Hein, quoi ? Keskidisent ?

Exercices de « stiche » (5)

Entrevue avec Serge Rezvani, peintre, écrivain et auteur-compositeur-interprète (97 ans aux fraises !) dans l’Humanité Magazine du 22 mai. Lui et son père ont fréquenté Picasso. « Je suis critique à l’égard de Picasso […] C’était un torero, un tueur […] Ce n’était pas un intellectuel. Sa peinture renvoie d’ailleurs à deux dimensions. c’est un plâtrier ». Et vlan ! C’est ce que j’ai toujours pensé.

Les auteurs d’attentats (ou de leur tentatives) islamistes ou antisémites ne sont plus désignés comme tels. Ce sont maintenant des « personnes atteintes de troubles psychiatriques ». Pas de vagues !

"Ses vociférations joyeuses ne tardèrent pas à faire sortir de leurs lits, puis de leurs appartements respectifs, les habitants des quatrième et cinquième étages : Madame Hébert, Madame Hourcade, le grand-père Echard, les joues pleines de savon à barbe, Gervaise, la gouvernante de Monsieur Colomb, avec une liseuse en zénana, un bonnet de dentelle et des mules à pompons, et enfin, la moustache en bataille, Emile Gratiolet lui-même, le propriétaire, qui habitait alors au cinquième gauche dans un des deux appartements de trois pièces que trente-cinq ans plus tard les Rorschach allaient réunir."

J’avais déjà écrit quelque chose sur François Rabelais*. Et là, je vous le propose en pastiche, et de surcroît, en pastiche du thème décliné dans Exercices de style, de Queneau !

*https://champouin.wordpress.com/wp-admin/post.php?post=867&action=edit

A priori, une parodie de Rabelais avec un autobus, ce n’est pas possible. Après tout, une fourmi de dix-huit mètres avec un chapeau sur la tête, ça n’existe pas. Et un oranger sur le sol irlandais, on ne le verra jamais. Mais si, justement : avec ce bonhomme, tout est possible ! Un « autobus » vert et crème de la ligne S (comme Satan…), tel un sous-marin jaune, çà existe ! Mais bête, château, église, il faut bien attaquer les relents dépassés de féodalité ainsi que les grenouilles de bénitier.

Bourvil, Ballade irlandaise (Un oranger…), paroles et musique : Eddie Marnay et Emil Stern, 1958.

Mes trouvailles, dans ce texte, sont la contrepèterie galon tressé/talon graissé (signalons que la réputation de l’oeuvre de Rabelais à contenir des contrepèteries est usurpée : on en compte à tout casser deux, dont un à-peu-près), et le calembour homme de l’art/homme de lard, le lard étant par ailleurs une denrée omniprésente chez cet auteur !

J’ai utilisé l’orthographe* de l’édition originale. Par contre je ne garantis pas la contemporanéité du vocabulaire, mais mes recherches ont montré que celui que j’ai utilisé (sauf autobus) existait à l’époque de Rabelais. De tout façon, ce dernier a inventé une centaine de mots de la langue française…

*ou plutôt la graphie tout court : à l’époque de Rabelais l’orthographe n’était pas fixée, elle variait au gré des imprimeurs.

Voicy… pardon, voici le texte, qui est curieusement court :

Comment Souffrarpion disparust de la chose denommée autobus et ce qu'estoit la diste chose..

Ce fust le jour, vers midy, prés la plaine Montceau, que l'on vist une enorme demeure de couleur verte et aussi de celle de la creme. A propos de creme, la chose, qui faisoit cinquante piés de long et dix de large, reposoit sur ce qui s'apparentoit à des roues de fromaiges comme en font les Helvetes, et arboroit les initialles de Satan.

Au derriere de cet engin, denommé par les Latins autobus (cf. Suetone,
De Autobis, bibliotheque du college de Saint-Victor), se trouvoit ung paroissien qui avoit pour nom Souffrarpion, dont le col ressembloit à la beste d'Affrique que les Portugois nomment cameleopard. Il portoit ung couvrechief mol, entouré d'ung galon tressé au lieu de ruban, car il y a galon tressé et talon graissé.

Le dist Souffrarpion gourmanda son voisin : « Hé mon amy, est-ce par jeu que tu ecrases mes piés chaque foys que des chrestiens montent et descendent de l'autobus » ? Puis il abandonna la querelle et alla s'asseoir sur une chaize devenue libre, dist il, car nul ne vist de chaize, ni de voisin, ni de chrestiens. Nul ne sait meme si les autobi existent. Certains disent que l'autobus est une beste, d'autre qu'il s'agit d'ung chasteau, et les coquins disent que c'est une eglise.

Deux heures sonnerent lorsque cependans Souffrarpion fust apperçu devant le cloistre Saint-Lazare, en grande conversation avec ung maistre d'ecole luy tenant ce propos : « D'aprés Aristote, il ne convient point de laisser ainsi l'echancrure de ton habit. Tu devrais faire mettre altior cestuy bouton par un homme de l'art . -C'est qu'il y a homme de l'art et homme de lard », repondist Souffrarpion.

Contre la charité et le bénévolat

LA LISTE PEREC DU JOUR :

" Où étaient-elles les boîtes de cacao Van Houten, les boîtes de Banania avec leur tirailleur hilare, les boîtes de madeleines de Commercy en bois déroulé ? Où étaient-ils les garde-manger sous les fenêtres, les paquets de Saponite, la bonne lessive avec sa fameuse Madame Sans-Gêne, les paquets de ouate thermogène avec son diable cracheur de feu dessiné par Cappiello, les sachets de lithinés du bon docteur Gustin ? "

Je dois être un des rares à savoir ce que sont des lithinés. « Le lithiné est une boisson effervescente, à visées prétendument thérapeutiques, préparée à la maison dans une bouteille hermétique, avec de l’eau dans laquelle on dissout un sachet d’un mélange de sel de lithium, d’acide tartrique et de carbonate de sodium, qui, une fois en solution ces sels dégagent du gaz carbonique* qui se dissout dans l’eau » (Wikipedia). Ma grand-mère, dans sa pharmacie, vendait des sachets de lithinés. Je ne me rappelle pas de ceux du Dr Gustin, mais je me souviens bien des Lithinés Vée.

*Souligné par nous. Visiblement, on ne connaît pas la syntaxe chez Wikipedia

Dernière minute : la victoire du PSG contre Milan : 1. On en à rien à foutre. 2. Le patriotisme, ce n’est pas les résultats de ces conneries, ni même un drapeau et un hymne, mais une « certaine idée de la France ». 3. Cette équipe « française » appartient au Qatar, nation (?) esclavagiste qui de surcroît bafoue les droits de l’homme, et plus encore ceux de la femme. 4. Le Qatar a « investi » 400 millions d’euros sur le PSG. Et si nos dirigeants, obsédés par la dette, lui demandait de la rembourser ? 5. Est-ce le rôle d’un président de la République de recevoir des footballeurs à l’Elysée ? 6. « La France est entrée dans l’Histoire », « Çà fédère les Français », gningningnin… 7. On perd : casse (crime d’honneur). On gagne : casse (baroud d’honneur). 8. Des hordes de branleurs des banlieues (qu’il convient d’appeler des jeunes), galvanisés par la victoire (du PSG ou bien du Qatar ?) en ont profité pour entrer dans Paris et faire les kékés, avec une bonne dose de communautarisme et de masculinisme. On a les paires de couilles qu’on peut.

J’ai lu cet opuscule : François Ruffin, Mgr Olivier Leborgne, Paix intérieure et paix sociale – Dialogue entre un député et un évêque sur la spiritualité et la politique, TempsPrésent, 2018.

Le premier, député LFI de la 1ère circonscription de la Somme et le second, évêque d’Amiens puis Arras, se connaissent bien et sont amis, d’autant qu’ils ont chacun la fibre sociale, en témoignent leurs combats en faveur des migrants ou des ex-salariés de Whirlpool.

« La charité a toujours soulagé la conscience des riches, bien avant de soulager l’estomac du pauvre ».

– Alfred Sauvy, démographe et sociologue, in Mythologie de notre temps (1965)

Il y a cependant entre eux un différend : Leborgne prône sans surprise la charité, mais Ruffin note que les cadeaux aux riches se comptent en milliards, et ceux aux pauvres en millions, « version moderne de l’obole » – il veut dire l’aumône. Et de comparer cela à celles accordées au 19ème siècle aux pauvres par les dames patronnesses : au mieux se donner bonne conscience et au pire, ne surtout pas changer le système… Supprimons l’ISF pour les actionnaires à hauteur de 3,5 milliards d’euros, mais n’accordons que 50 millions pour les Ehpad : la France n’a pas les moyens budgétaires et il faut rembourser la dette, air connu.

Mgr Leborgne aime bien le mot charité mais pense que sa signification a été dévoyée : selon lui, il ne ne doit pas s’agir d’une sorte de piété dégoulinante ne contribuant pas à changer les structures, car « il n’y a pas de charité sans justice ».

Je (c’est votre serviteur qui parle) n’ai jamais donné d’argent aux « oeuvres* » humanitaires : contre le cancer, contre la faim dans le monde, pour l’aide aux démunis, pour l’environnement**… Je considère que je n’ai pas à me substituer à l’initiative publique. Sinon, c’est trop facile : je suis le brave couillon qui fait le boulot à la place se ceux qui doivent le faire… Et je ne parle pas des nouvelles conditions pour bénéficier du RSA, avec ses quinze heures d’activités non rémunérées…

*Ce mot pue le 19ème siècle… Suffit-il de changer deux lettres pour que pauvres se transforme en oeuvres ?

**Cela me rapelle ce sketch de Chevallier & Laspalès : -« T’as donné, toi, contre la faim dans le monde ? » -« Ouais. Eh bien, pas plus tard qu’hier, y’en avaient qu’avaient encore faim » -T’as raison : çà sert à rien ».

Quitte à faire du bénévolat, autant le faire en militant dans une structure politique ou syndicale (ce que j’ai d’ailleurs fait). Ah oui, c’est plus chronophage ? Ah oui, c’est plus exposé et on peut s’en prendre dans la gueule ? Ben, tiens ! C’est moins confortable que la charité…

D’ailleurs, on nous demande de « faire à la place des autres » dans d’autres domaines, comme celui, entre autres, du commerce et des services… Editer soi-même son billet de train ou d’avion, scanner soi-même ses courses au supermarché, oblitérer soi-même son colis à La Poste, en récupérer un autre soi-même dans les casiers automatiques à l’entrée du Monoprix, vider soi-même ses restes dans le bon bac avant de sortir de la cantine, former soi-même les nouveaux collègues à la place du n+1, appeler soi-même les prestataires de l’immeuble à la place du gardien, participer soi-même au mécénat de lieux de patrimoine à la place des milliardaires* et, le pompon : indexer soi-même, en tant que particulier, les documents des Archives Nationales, grâce à la plate-forme « participative » Girophares ! On remarquera que le vocable « participatif », en novlangue orwellienne, signifie « pigeon (béné)vole ».

*Le mécénat étant là pour faire ce que l’Etat ne fait pas, quelle mise en abîme !

C’est simple : les entreprises de service et les services publics, par radinerie du patronat ou de l’Etat, nous utilisent. C’est alors nous le produit !

On admettra tout de même que caissièr(e) (pardon : hôte(sse) de caisse !), employé(e) de guichet, et (ex-) poinçonneur/euse du métro étaient ou sont des métiers (?) pénibles et répétitifs, ce qui est vrai. Faux argument pour le patronat ou l’Etat car c’est le cadet de leurs soucis!

Verra-t-on des appels à bénévolat pour sauver les services publics ? A suggérer à Bayrou ou à Musk… Sans formation ni rémunération, allez aider l’hôpital, l’école, la police ! Une affiche, dans ma rue : « Nettoyage participatif » (encore). Ramasser les ordures à la place des éboueurs ! Il suffira d’enrober ces appels « participatifs » d’un vernis de citoyenneté, d’inclusivité, de solidarité européenne et de transition climatique, sous oublier l’allusion aux valeurs sportives !

Il y a quelques années, on lisait ici ou là que les DRH appréciaient les mentions d’expérience de bénévolat dans les CV. C’était, disait-on, la preuve de notre implication, de notre volonté et de je-ne-sais-quoi. La réalité a été autre : les recruteurs, au vu d’une telle expérience ont pensé que les candidats ne savaient pas se vendre et ne comprenaient rien à la compétition. Bref : des losers. C’est justement ceux que l’on exploite !

J’les confonds toujours (7)

David Sacks responsable des « cryptos » à la Maison-Blanche, Peter Thiel qui avec Palantir dispose d’un quasi-monopole des données sensibles, et Elon Musk conquistador de la tech sans la dimension de nouveaux principes physiques, ont un point commun : tous trois originaires d’Afrique du Sud, ils ont été élevés dans une idéologie d’apartheid.

LA LISTE PEREC DU JOUR :

" Il peut s'agir [...] d'objets rendus uniques par telle ou telle particularité de leur histoire : le stylo avec lequel fut paraphé et signé le Traité de Versailles, le panier de son dans lequel roula la tête de Louis XVI ou celle de Danton, le reste de la craie dont Einstein se servit lors de sa mémorable conférence en 1905 ; le premier milligramme de radium pur isolé par les Curie en 1898, la Dépêche d'Ems, les gants avec lesquels Dempsey défit Carpentier le 21 juillet 1921, le premier slip de Tarzan, les gants de Rita Hayworth dans Gilda sont des exemples classiques de cette dernière catégorie." 

Article dans 20 minutes, paru l’année dernière après les épreuves du bac : « Au bac, des élèves confondent Simone Weil et Simone Veil ». « Parmi les sujets proposés dans la filière générale, figurait un extrait de La Condition Ouvrière de Simone Weil ». « Dans l’introduction, raconte Noa, un candidat, j’ai expliqué qu’elle s’était battue pour l’IVG ». « Même ceux qui n’avaient pas eu l’occasion d’entendre parler de Simone Weil et qui l’ont confondue avec Simone Veil, ne seront pas pénalisés » a expliqué Trineor, prof de philo et en charge de correction de copies, sur Twitter. Et de raconter qu’une année d’autres élèves avaient confondu Michel Foucault avec Jean-Pierre Foucault. Ben oui, les pôv choux, faut pas les traumatiser… Le pire est que cet absence de culture générale ne les empêchera pas de décrocher un master !

D’ailleurs, heureuse époque ou les politiques (Jaurès, Clemenceau, de Gaulle, Mendès-France, Mitterrand, voire Seguin ou Chevènement) citaient – et se référaient à – Marx, Péguy, Bernanos, Eluard… Aujourd’hui, qui écrit des bouquins ? Jordan Bardella*, Bruno le Maire (je ne parle même pas de ses romans érotiques…), Marlène Schiappa, Nicolas Sarkozy ou Eric Piolle qui citent… Baron noir, Games of Thrones, House of Cards ou OSS 117 (et encore, le film avec Dujardin !). On touche le fond (de culotte, pour certains). Zéro culture générale, une appétence pour le football, et des études formatées (Sciences Po, HEC, ENA)… La génération LinkedIn, surdiplômée, au CV bodybuildé au « savoir-être », mais qui perdrait à coup sûr à Question pour un Champion voire aux Grosses Têtes

*Ou plutôt son « nègre », un mot cocasse pour un politicien d’extrême droite…

Vous l’aurez compris, c’est la suite de notre série J’les confonds toujours :

  • CHATEAU-CHINON et CHINON – deux villes bien provinciales.

CHINON, nom d’origine obscure (sous-préfecture d’Indre-et-Loire, 8121 hab.) représente l’archétype de la ville où il fait bon vivre, dans cette Touraine similaire à la douceur angevine. Ce n’est pas par hasard que c’est le lieu de l’action dans la trilogie des films Qu’est qu’on a fait au bon Dieu : il fallait un endroit qui « fasse France ». Contrairement à ce qu’on pourrait croire, Chinon n’est pas sur la Loire, mais sur la Vienne. CHATEAU-CHINON, elle, est considérée comme la capitale du Morvan (département de la Nièvre, 1857 hab.). On atteste Castellania de Castro Canino en 1193, le château du chien ? Là encore, rien n’est sûr. A l’époque contemporaine, la ville est surtout connue pour son maire de 1959 à 1981 : François Mitterrand. Et elle est jumelée avec Tombouctou. En CP, dans le cadre de la Radio-Télévision scolaire (je me souviens…), nous avions appris à chanter : « Sont les filles de Château-Chinon, les petites Morvandelles [bis], qu’ont rel’vé leur cotte-cotillon, il-il est si-i long qu’il traî-aîne… » Un peu spécial pour des enfants de six ans… Je voulais vous la montrer en vidéo mais cette chanson n’existe sur le net qu’en musique seule ou paroles seules, et les archives de la Radio-Télévision scolaire n’ont plus été disponibles en ligne après 2017…

« Mais, aujourd’hui, je veux rabelaiser, rien que rabelaiser à Chinon et en Chinonais.«  

— (André Hallays, Touraine, Anjou et Maine, 1918, p. 108).

  • CHIMAY et FUMAY – deux communes frontalières distantes de 30 km.

CHIMAY est une commune wallonne de Belgique (Hainaut). Son nom proviendrait d’un domaine appartenant à un dénommé Cimacus. La ville (3000 hab.) abrite le château des Princes de Chimay. Elle est proche de l’abbaye de Scourmont (source de l’Oise), où les moines fabriquent bière et fromage. La « Chimay » dorée, rouge, bleue ou triple est obtenue par un procédé de fermentation haute et subit une seconde fermentation en bouteille. Elle n’est pas pasteurisée. A Chimay (j’en suis témoin) se tient chaque semaine un marché aux animaux de toutes sortes (chiens, chats, poules, canards, lapins…) comme on en voit plus. FUMAY – 3118 hab. – (anciennement « Fimay », domaine d’un germanique Filiman), se situe en France (Ardennes) sur une boucle de la Meuse, dans cette région appelée la « boutonnière de Givet ». C’est un bourg marqué par l’extraction de l’ardoise depuis le 12ème siècle, jusqu’en 1971. Autre activité : la métallurgie depuis la fin du 18ème siècle, et aujourd’hui en crise.

Chimay : le beffroi.
  • CHRONOS et CRONOS – deux personnages de la mythologie grecque.

CHRONOS, c’est bien sûr la personnification du temps (chronologie, chronomètre…). On le considère comme étant le fils de Gaïa (la Terre) et d’Hydros (les Eaux primordiales). Dans la mythologie alexandrine et romaine, Chronos est le père des Heures, personnifications des douze heures du jour ou de la nuit. CRONOS ou KRONOS, fils de Gaïa et d’Ouranos (le ciel nocturne étoilé), est le roi des Titans et le père de (entre autres) Hestia, Déméter, Héra, Hadès, Poséidon et Zeus, rien que çà ! Son attribut principal est la faux, avec laquelle il a tranché le sexe de son père ! On remarquera que Gaïa est le mère de nos deux personnages. Certains associent, à tort, Chronos (Χρόνος), à Cronos (Κρόνος). Tout cela est, selon mon goût, très rasoir : je déteste ce qui de près ou de loin se rapporte aux mythes et aux genèses.

Cronos.

  • Le CIRAD et le CRIIRAD – deux organismes de recherche.

Le CIRAD (centre de Coopération Internationale en Recherche Agronomique pour le Développement) est l’organisme français officiel de recherche agronomique et de coopération internationale pour le développement durable des régions tropicales et méditerranéennes, fondé en 1984 et regroupant des centres spécialisés (caoutchouc, oléagineux, cacao, forêt tropicale, élevage tropical…) datant de l’époque coloniale. Le CIRAD, dont le centre est à Montpellier, apporte son soutien à la diplomatie scientifique de la France. Quant à la CRIIRAD, c’est la Commission de recherche et d’information indépendantes sur la radioactivité, créée en 1986 suite à la catastrophe de Tchernobyl. Cette association loi de 1901, violemment anti-nucléaire et systématiquement opposée à l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN), à l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) ainsi qu’à l’Académie des Sciences, est totalement partisane. Mérite-t-elle sa qualification d' »indépendante » ? Elle fut longtemps dirigée par la sulfureuse Michèle Rivasi, anti-vax promouvant la médecine anthroposophique ainsi que le traitement du cancer par le gui…

  • CLAIRE Désert (née en 1967) et CLAIRE Gibault (née en 1945) – deux musiciennes françaises.

Elles n’ont pourtant pas le même patronyme, mais le même prénom m’a fait confondre les deux ! CLAIRE GIBAULT est une chef d’orchestre née en 1945. Sa carrière débute en 1976, à l’époque où il n’y avait pratiquement pas de femmes chefs d’orchestre exerçant cette fonction ! Elle crée en 2011 le Paris Mozart Orchestra. Elle est élue députée européenne (tout comme Michèle Rivasi précédemment citée) en 2004, puis nommée en 2010 Au Conseil économique, social et environnemental. CLAIRE DESERT, elle, est une pianiste qui commencé sa carrière en 1990. Par ailleurs, elle enseigne au Conservatoire national supérieur de Musique de Paris.

Claire Gibault et Claire Désert, l’une et l’autre dans la joie !

  • Jean CLOTTES (né en 1933) et Michel LACLOTTE (1929-2021) – deux conservateurs du Patrimoine.

Michel LACLOTTE est un historien d’art qui a dirigé le département des peintures du musée du Louvre, puis l’équipe de préfiguration du futur Musée d’Orsay avant son ouverture. Directeur puis président du musée du Louvre (1987-1994), il mena les travaux de transformation du Grand Louvre. Il fut chargé là encore de la préfiguration du futur Institut national d’Histoire de l’Art (INHA). Jean CLOTTES, lui, est préhistorien. En 1971, ce conservateur fut le directeur des Antiquités préhistoriques de la région Midi-Pyrénées. C’est l’un des grands spécialistes de l’art préhistorique du Paléolithique. Il a étudié de nombreuses grottes préhistoriques (Niaux, Cosquer, Chauvet). Il a avancé plusieurs arguments allant dans le sens de la reconnaissance d’une société paléolithique axée sur la pratique des rites chamaniques, en insistant sur le fait qu’il s’agit bien là d’une hypothèse scientifique étayée et non d’affirmations non fondées.

Dekoikonparle ? (9)

Un habitant des Alpes-Maritimes interrogé par Nice-Matin après le séisme du 18 mars : « Au début, j’ai pensé que c’était Vladimir Poutine qui nous attaquait ». Ecouter les médias nuit gravement à la santé…

L’initiative ReArm Europe d’Ursula « Cruella » von der Leyen vise en réalité à vendre des « obligations de guerre » aux épargnants européens, dans l’espoir de renflouer les banques et les institutions financières européennes en faillite. Pour convaincre les citoyens, on leur fait croire que la Russie serait sur le point d’envahir l’Europe !

"La renommée de ces bonbons pour la toux s'établit en moins de cinq ans ; elle fut proclamée par un slogan devenu fameux, «Sherwoods'put you in the mood», et illustrée par des vignettes hexagonales représentant un chevalier en armure [...], vignettes qui furent abondamment distribuées dans l'Amérique toute entière et imprimées sur des buvards d'écolier, derrière les paquets d'allumettes, sur les capsules d'eaux minérales, sur le dos des boîtes de fromage, et sur des milliers de petits jouets et accessoires scolaires, donnés en prime à tout acheteur d'une boîte de Sherwoods' à certaines époques déterminées : plumiers, petits cahiers, jeux de cubes, petits puzzles, petits tamis pour pépites [...], photos faussement dédicacées des vedettes du music-hall."

Votre serviteur, marcjoly, se présente comme un passionné des transports publics mais ne vous en fait jamais part. Parce que oui, mais bon… Il y a bien le Métro loufoque, pour lequel le métro est un prétexte : cette rubrique relevait en réalité de l’atelier d’écriture. Mais cette fois, c’est la bonne !

Les transports publics, c’est ce qu’on appelait il y a peu les « transports en commun ». On en a une vision différente selon que l’on soit d’une petite ville ou d’une métropole, provincial ou parisien. Du car de campagne au métro automatique, en passant par le bus-navette de quartier et le tramway, sans compter que le train est aussi un transport public.

Ne seront abordés ici que les transports terrestres.

  • Desserte intérieure :

J’entends par là les dessertes intra-aéroport (de terminal à terminal) ou bien à l’intérieur d’un parc des expositions (de hangar à hangar). Il s’agit de navettes de petites dimensions au cadencement rapproché : cela va du minibus à la navette en site propre (automatique ou non). Il peut aussi s’agir de la boucle d’un terminus de métro (Londres Heathrow).

  • Desserte de quartier :

Ce sont ces fameux bus (au design parfois un peu ridicule) qui desservent un quartier. Ils sont empruntés souvent par des personnes âgées. Il s’agit principalement de minibus, souvent aménagés sur une base de van. Peu importe leur motorisation, mais ils sont électriques dans les quartiers pentus (Montmartrobus à Paris).

  • Desserte urbaine :

Il y a desserte urbaine et desserte urbaine : Saint-Flour ou le Grand Paris ? Pensons au bon vieux bus : cette catégorie est la plus vaste. Selon l’affluence et la longueur de la ligne : court, long ou articulé ? Selon la densité et les conditions de circulation : sur route ou en site propre ? Selon les moyens financiers et les volontés environnementales : diesel, gaz, hydrogène, trolley, électrique ou hybride ? Enfin, on trouve dans toutes les métropoles des bus « à haute qualité de service » : cette appellation pompeuse désigne un bus articulé aux roues camouflées, roulant souvent en site propre (TVM en Val-de-Marne, BHNS en Martinique). Il s’agit d’un « pré-tramway » sur pneu.

Le Van Hool ExquiCity 24 à motorisation hybride a été choisi pour le BHNS (Bus à Haut Niveau de Service) de Martinique, avatar au rabais d’un projet de tramway (ici devant son centre de maintenance dans la zone industrielle du Lareinty, au Lamentin).

Un mot sur le trolleybus : la technologie perche/caténaire provient du tramway mais, le trolleybus n’étant pas en site propre (il n’y a pas de rail pour l’empêcher de dévier de sa trajectoire), les décrochements de perche sont fréquents – et dangereux. En France, il ne subsiste plus qu’à Lyon, Limoges et Nancy.

D’ailleurs, dans une perspective chronologique, j’aurais dû commencer, avant le trolley, par le tramway, abandonné grosso modo entre 1920 et 1955 (cf. encadré), et réapparu à la toute fin des années 1970. Il n’est pas viable pour les petites et moyennes agglomérations. Il est parfois sur pneu (Caen, Clermont-Ferrand*), et est alimenté par caténaire ou par rail central. Ici et là (Bordeaux, Nantes), il a été préféré au métro pour des raisons budgétaires mais pas seulement. Un métro est généralement souterrain, ce qui pose des problèmes : les ruptures de charge avec d’autre modes de transport ne s’effectuent pas de plain-pied, à l’ère de l’accessibilité. Parfois (Bruxelles, Anvers, Rouen), le tramway est abusivement appelé « métro ». Il s’agit bien de lignes de tramway dont un tronc commun circule en souterrain. Les économistes des transports belges utilisent le terme « pré-métro ».

*Michelin, pourquoi tu tousses ?

A Paris, au cours des années 1920 [...], une campagne orchestrée par les lobbys automobiles parvint à diffuser dans l'opinion publique l'idée qu'il [le tramway] s'agissait d'un mode archaïque et lent, et en fit le principal responsable des encombrements de la capitale. Le réseau fut démantelé au début des années 1930 à une vitesse stupéfiante par son opérateur, la STCRP [ancêtre de la RATP - NDLR] au conseil d'administration de laquelle siégeait Louis Renault depuis 1924. [Marion Tillous, in Michel Bussi (dir.), Nos lieux communs - une géographie du monde contemporain, Fayard, 2024]
La ligne 3 du tramway bruxellois, en configuration « pré-métro » dans le tronc commun inter-lignes.

Ceci nous amène au métro, le vrai. Un métro est un transport ferré systématiquement en site propre, souterrain, en trémie ou aérien. On notera qu’il y a des métros sur fer (la plupart), et d’autres sur pneus (Paris 1, 4, 6, 11, 14 ; Lyon A, B, D). Pour le pneu, il y a des raisons de confort, de niveau sonore, mais cela améliore le freinage, et donc le cadencement. Mais il y a métro léger et métro lourd ! Le métro léger est de faible gabarit, souvent composé de voitures courtes, inspiré des dessertes intérieures en site propre, de type VAL (Rennes) et alimenté par rail central. Mais Lille, Toulouse, Turin et Miami illustrent le fait que de grosses métropoles ont aussi fait le choix du petit gabarit, pour des raisons financières ou de tracé. Afin d’assurer le flux le cadencement doit être optimisé : les métro légers sont donc automatiques et sur pneus. Les métros lourds sont plus, eux, en gabarit tramway (Paris, Londres, Lyon). Le bon vieux métro, quoi ! Plus long que le léger, il est alimenté par caténaire (Tokyo) ou par rail central (« troisième rail » pour tous les métros français) et il s’automatise de plus en plus (Paris 1, 4 , 14 ; Lyon D).

  • Desserte péri-urbaine :

Pour aller de l’hyper-centre vers la limite de l’aire métropolitaine, les transports précités ne suffisent plus. On peut faire alors appel au tram-train. Késaco ? On remarquera que l’interface entre la voie ferrée et son environnement n’est pas la même pour un tram (rail enchâssés dans la chaussée, voie presque de plain-pied avec le « trottoir », possibilité pour les piétons ou véhicules de croiser la voie, rétroviseurs) que pour un train (voie reposant sur ballast et traverses, dans une fosse par rapport aux voyageurs). Le tram-train est un tramway urbain qui, au sortir du centre, emprunte une « vraie » voie de chemin de fer. Il cumule ainsi les deux configurations (Ile-de-France T2, Lyon T3).

Le Bernina-Express (Suisse), un tram-train, avant l’arrivée à Tirano (terminus à la frontière italienne). Tout le sel de l’histoire est qu’il s’agit d’un train grandes lignes !

Pour les dessertes péri-urbaines, il y a aussi le bon vieux train de banlieue, moins long que son cousin « grandes lignes » et dont l’aménagement intérieur fait plus « transport en commun ». Leurs rames sont automotrices. Aujourd’hui, la plupart de ces trains sont cadencés et sont donc devenus des RER ou équivalents, leur service commercial s’inscrit dans le réseau de transport de la métropole, type RATP. Souvent, ce train roule en souterrain à l’approche du centre (RER Paris, S-Bahn des métropoles allemandes).

  • Desserte régionale, plus vraiment urbaine, mais un peu tout-de-même :

Le bon vieux car ! Précision : un bus possède un aménagement « transport urbain » (sièges tête-bêche, places debout, barres de maintien) mais un car ne propose que des places assises orientées vers l’avant.

Les réseaux type TER. Notons qu’il y a porosité entre les dessertes péri-urbaines et régionales, que ce soit géographiquement ou par le matériel utilisé. Néanmoins ces trains peuvent être composés de matériel roulant « grands lignes » : motrice et voitures (type Corail, en France).

  • Au-delà :

Nous voici maintenant dans les « grandes lignes » et plus loin encore. Trains intercités, TGV, etc., mais nous sommes dans un autre univers : il ne s’agit plus de transports urbains…

Des trams qui se prennent pour des trains, des bus qui se prennent pour des trams, des trams qui se prennent pour des métros… On n’y comprend plus rien !

Le but de cet article était de vous faire comprendre qu’on ne peut pas mettre en place n’importe quel transport n’importe où. Pour aller au delà du « tu sais, moi, tes histoires de transports urbains, çà me dépasse… ». Donc, arrêtez de bailler ! Estimez-vous heureux : quand on parlera de métro léger, de BHNS ou de tram-train dans les « dîners en ville » (comme on dit), vous pourrez poursuivre la conversation et frimer en crachant votre science. C’est chié, non ?

S.I.G.L.E.S. (4)

The Bayrou Watcher (#4) – son vrai visage : pendant le conseil communautaire de Pau-Pyrénées du 28 septembre 2015, François Bayrou avait accusé El Sistema France, association à but lucratif s’inspirant du programme d’éducation musical vénézuélien permettant aux jeunes défavorisés l’apprentissage de la musique classique comme outil d’inclusion sociale, de « s’enrichir indûment en instrumentalisant des expériences humanistes et musicales à son profit ». El Sistema France porte alors plainte pour diffamation publique. La directrice générale de l’association, Pascale Macheret, reproche à François Bayrou « de nous avoir traités quasiment devant tout le monde de voleurs ». El Sistema France demande alors notamment 20 000 euros de dommages et intérêts. Lors de l’audience du 21 mars 2019 la justice a prononcé la relaxe. François Bayrou s’en félicite :  » il n’y avait rien de diffamatoire dans mes propos ». Victoire d’un gros notable contre une structure courant après les subventions, laquelle, devant les frais de justice et face à la bonne conscience des électeurs du bon M. Bayrou, a du mettre la clé sous la porte. Tout cela illustre le refus des élites de vouloir l’accession du peuple « non sachant » à la culture classique.

Covid, RN, Russie, dette, Trump, punaises de lit…

LA LISTE PEREC DU JOUR :

"Rémi, le fils des Plassaert, classe sa collection de buvards publicitaires ; ce sont pour la plupart des prospectus médicaux, encartés dans les revues spécialisées - La presse médicale, La Tribune médicale, La Semaine médicale, La Semaine des Hôpitaux, La Semaine du médecin, Le Journal du Médecin, Le Quotidien du Médecin, Les Feuillets du Praticien, Aesculape, Caeduceus, etc. - dont le Docteur Dinteville est régulièrement inondé[...]"

Le domaine cité supra dans la bannière de titre est riche en sigles, acronymes et jargons divers, comme en témoigne chaque réforme de l’Education nationale qui apporte son lot de Rased, de ZEP, d’IUFM, d’éduscol (sans minuscule) et de Canopé (sans e final). Bravot ! L’éducation national done l’example !

L’émission Des chiffres et des lettres s’est arrêtée l’année dernière.
Pour l’Education nationale, cela fait des années…

Je vais citer dans cet article trois exemples américains ou internationaux, mais on remarquera que, dans toutes les disciplines, on utilise souvent des sigles anglo-saxons pour désigner des structures ou des programmes français, un comble lorsqu’il s’agit de l’Education nationale ! Mais il est vrai que les « partenaires » McKinsey et Microsoft veillent au grain…

Les prénoms sont évidemment à l’honneur dans les sigles, à commencer par ÉMILE (Éducation aux Médias, à l’Information et à la Liberté d’Expression), Jean-Jacques Rousseau oblige. Emile ou de l’Education… Mais pourquoi aujourd’hui ce prénom pour évoquer seulement celle… aux médias ? Pourquoi pas CRÉTIN pour Centre de Recherches pour l’Éducation aux Technologies de l’Information et du Numérique ! Parmi les prénoms, il y a aussi GRETA (Groupement d’ÉTAblissements pour la formation continue). Mais GRETA (ach !) est un prénom féminin pour désigner un groupement… Erasmus, lui, fait référence au grand Erasme (mais les étudiants connaissent-ils ce dernier ?). Peu de gens savent qu’il s’agit d’un sigle qui signifie en fait EuRopean Action Schema for the Mobility of University Students (Plan d’action européen pour les échanges entre étudiants*), ce qui en ôte tout le sel. Notons que le programme similaire Leonardo, réservé aux bac + 2, n’est pas un sigle. Cà pourrait être Learning… (à compléter).

*Je signale que mobilité est un anglicisme.

On n’échappera pas non plus aux sigles « dynamiques » et « positifs » con(venu)s, qu’on pourrait aussi bien trouver dans le domaine de l’entreprise, de la formation ou du développement personnel. Ainsi ACT (American College Testing), une certification d’évaluation (privée et non officielle) pour intégrer les universités américaines. Dans la même veine : DÉCLICS signifie Développement de l’Écriture, du Calcul, de la Lecture pour l’Insertion Culturelle et Sociale mais c’est aussi Dialogues Entre Chercheurs et Lycéens pour les Intéresser à la Construction des Savoirs – intéressant ! Quant à RAPSODIE , c’est Réseau de l’Académie de PoitierS pour l’Optimisation et le Développement des usages de l’Information Electronique. RAPSODIE* sans H ! Rebravo ! En tout cas, on a évité CONTRASTES ou CONVERGENCES que l’on met à toutes les sauces depuis des décennies, et dont les organismes de formation ont usé et abusé…

*Mais le système d’information de gestion des ressources humaines de la fonction publique RENOIRH se trimbale un H…

*Je ne peux pas m’empêcher de faire cette blague anti-Françafrique : quel est le pluriel d’un Rouennais ? Réponse : des rois nègres ! J’ai testé : seuls les non africains (lorsqu’ils l’ont comprise) n’ont pas ri… Culpabilité et autocensure… Le wokisme a encore de bons jours devant lui !

Quoi d’autre ? CEDRE signifie Cycle des Évaluations Disciplinaires Réalisées sur Échantillons (menées en fin de CM2 et en Troisième). Le CLIP est le Contrat Lycéen pour l’Initiative et la Participation. C’est la fête du çlip ! Le (et non pas la) FLASH est la Faculté des Lettres, Arts et Sciences Humaines (de La Rochelle) – au demeurant une des deux très belles facs françaises donnant sur une marina, l’autre étant celle du Gosier, en Guadeloupe.

Site de l’université de La Rochelle.

Mais la cerise sur le gâteau, concernant le domaine de l’éducation et les neurosciences, c’est le développement cognitif du cerveau de l’adolescent, que la littérature scientifique américaine appelle… ABCD (Adolescent Brain Cognitive Development) ! On en revient toujours aux fondamentaux, ces derniers étant l’équivalent technocratique et jargonneux de notre B. A. BA …

BA, BA, BAA, BA, BARBARA-ANN...

Alphabêtises

LA LISTE PEREC DU JOUR :

"   Dans le cagibi attenant à la chambre d'Hébert, au milieu d'un amoncellement de vieilles chaussures, de réserves de verveine-menthe, de chaufferettes électriques en cuivre toutes cabossées, de patins à glace, de raquettes aux boyaux flasques, de magazines dépareillés, de romans illustrés, de vieux vêtements et de vieilles ficelles, on trouva un imperméable gris et dans la poche de cet imperméable une boîte en carton plutôt plate d'environ quinze centimètres sur dix, sur laquelle était écrit :
La seule gomme
qui efface BIEN l'encre
LA GOMME "HEPHAS"
Chez Ely and Co
85, rue des Dames, Bruxelles   "
La 7ème Compagnie au clair de lune…

Petit, je fus celui qui, plongé dans les dictionnaires et encyclopédies, dévorait les planches et tableaux, et en particulier, ceux des alphabets.

Ces derniers, tout comme le tableau périodique des éléments ou la liste ordonnancée des planètes, étaient pour moi un monde à part. Je me mis à établir une classification des lettres par symétrie : verticale, horizontale, verticale et horizontale, ou aucune symétrie.

Mais c’est bien plus tard que je me suis mis à composer ces amuses-gueules (amuse-girls ?), quelque part entre Raymond Devos et Philippe Gelluck, que je dévoile dans l’interlude qui suit :

B

b est le bébé du B. Donc dans bébé, il y a deux bébés.

E

A quoi çà rim’, le E muet, à quoi çà rimeuh ?

Il faut qu’çà rim’, le E muet, il faut qu’çà rimeuh.

Léo Ferré : Jolie mômeeuh…

K

Le K est un cas : c’est le cas K. Dans le général Catroux, il y a K et trou. Mais qu’à Catroux ?

(A cet instant, vingt internautes se désabonnent, et un m’envoie : « Si j’avais su que c’était si bête, j’aurai amené les gosses »).

L

Dans un L, il y a deux ailes (c’est un vol en oblique). Dans une 4L, il y a donc huit ailes.

N

Dans haine, il y a N (commentaire de Mme Geypatoux-Compry, de Blois-sur-Bannier : « Y s’est pas foulé… »).

P

Le P est à côté du Q, et le pet est à côté du cul. Le train va partir, éloignez-vous de la bordure du Q, s’il-vous-plaît.

Q

Il y a une coquille à « couille », il y a une couille dans « coquille » (d’ailleurs, il y a une pouille dans le cottage).

Il y a une queue à Q (sinon çà ferait O, bande de dégoûtants). Queue s’épelle cuhuheuhuheu.

R

Dans « errer », il y a trois R qui errent.

S

Le SS, est-ce Hess ? Et dans CRS, est-ce S ?

Blog affligeant selon la Police, génial selon les organisateurs !

A propos de la légende de bannière de titre « par marcjoly, de l’Académie Française »: « L’usage, sans droit, d’un titre attaché à une profession réglementée par l’autorité publique ou d’un diplôme officiel ou d’une qualité dont les conditions d’attribution sont fixées par l’autorité publique est puni d’un an d’emprisonnement et de 15 000 euros d’amende ». Alors, faisons-le, ne respectons rien ! La mention « de l’Académie Française » fut utilisée auparavant systématiquement sur toutes ses copies par Alphonse Allais lycéen (qui fut renvoyé une dizaine de fois…), ainsi qu’occasionnellement par Cavanna.

Peur de Trump ?

LA LISTE PEREC DU JOUR :

"Oeufs de saumon
Bortsch glacé
Timbale d'Ecrevisse
Filet de Boeuf Carpaccio
Salade de Vérone
Edam étuvé
Salade aux Trois Fruits Rouges
Charlotte au Cassis

*
Vodka au piment
Bouzy rouge
"

Trump, donc.

Le sujet est vaste, et mériterait plusieurs articles. Il ne s’agit pas seulement de Donald Trump, « l’homme orange », mais de l’avenir du monde. Ne pouvant pas tout traiter en un article, je vais mettre de côté la question économique et la question « identitaire » sachant que, comme on dit de manière simpliste, « tout est lié ». Il ne s’agira pas non plus d’encenser Trump, mais de voir que certains changements positifs sont en potentiel.

Tous les voyants sont au rouge,
tous les voyous sont orange ?

Je vais mettre plutôt l’accent sur le meilleur de Trump : les nominations, sur sa proposition, de la lieutenant-colonelle Tulsi Gabbard à la tête du renseignement national et de l’ancien procureur fédéral Kash Patel à la tête du FBI, qui ont tous deux le courage de s’opposer aux manipulations de l’opinion publique de ce que certains américains appellent le Deep State – l’Etat profond. Gabbard et Patel ne sont pas parfaits, et nul ne peut dire avec certitude ce qu’ils feront, mais on peut dire avec certitude qui redoute leur surveillance et pourquoi.

Le renseignement américain est une usine à gaz de 18 (!) agences employant 854 000 personnes, et une politique néfaste émane, depuis des décennies et sans impunité, de la « bureaucratie permanente » du gouvernement américain et de leurs mentors au sein d’agences, fondations et groupes de réflexion de l’establishment, ainsi que des intérêts du « complexe militaro-industriel ».

Florilège sinistre des basses oeuvres de « l’Etat profond » :

Dans les années 50 (sous J. Edgar Hoover), un programme du FBI nommé COINTELPRO impliquait la surveillance, l’infiltration et la perturbation illégales d’un large éventail d’organisations et de mouvements politiques considérés comme indésirables. En 1975, une commission Church (du nom de son président) révélait que l’affirmation par le FBI de l’abandon de COINTELPRO était fausse.

La croyance selon laquelle Martin Luther King était communiste provenait de COINTELPRO.

La même commission mettait au jour l’existence d’un tissu d’activités secrètes consistant à recruter des journalistes de renom pour en faire des relais de la propagande de la CIA. On jugeait cela scandaleux, mais aujourd’hui cette manipulation est complètement ouverte sans que personne ne bronche ! C’est ainsi que les médias avaient indiqué que « le Président Trump pourrait être impliqué dans activités au nom du gouvernement russe pouvant constituer des menaces à la sécurité nationale des Etats-Unis ». Tulsi Gabbard, elle, avait récemment affronté la presse dominante, exprimant son scepticisme à l’égard des campagnes visant à organiser des affrontements militaires avec l’Iran, la Syrie, la Chine ; et remettait en cause la « provocation » de la Russie vis-à-vis de l’Ukraine, dogme cher aux néo-conservateurs comme Hillary Clinton ou John Bolton, la qualifiant d’« atout russe ».

En 1974, Bernard Lewis, agent de renseignement britannique de premier plan, promouvait l’idée que la propagation du fondamentalisme islamique pourrait créer une zone d’instabilité le long des flancs sud de la Russie et de la Chine, tactique anti-guerre froide soutenue avec enthousiasme par le conseiller américain à la Sécurité nationale, Zbigniew Brzezinski. Les Etats-Unis ont donc financé, entraîné et armé les moudjahidines afghans dans les années 1980, lesquels se sont transformés en groupes terroristes radicalisés (Al-Qaïda, Daesh et leurs avatars), recevant des Américains un milliard de dollars par an à partir de 2012, afin de déstabiliser l’Irak puis la Syrie. A cette période, « Sir » Richard Dearlove*, ancien chef du MI-6 britannique (encore…), s’impliquait dans la fabrication de mythe de « l’armée irakienne troisième armée du Monde », et dans celui des « armes de destruction massives » de Saddam Hussein (et plus tard dans celui du « trucage par Poutine des élections américaines de 2016 »). Plus c’est gros, plus çà passe… Les complotistes ne sont pas toujours ceux qu’on pense.

*Le mal nommé…

Colin Powell, Secrétaire d’Etat des Etats-Unis, apportant en 2003 la « preuve » que l’Irak est susceptible de posséder des armes de destruction massive, en présentant sans aucune mesure de sécurité une capsule contenant prétendûment de l’anthrax…

Gabbard et Patel mènent également campagne contre l’Agence américaine pour le développement international (USAID), qui relève du Département d’Etat, contient outre ses programmes de santé, d’eau potable, etc, des catégories de financement résolument subversives : « résolution des conflits », « lutte contre la corruption », « promotion de la démocratie ». L’USAID est associée à la Fondation pour la démocratie (NED) et l’Open Society*. Tous ces acteurs de l’Etat profond ont, pendant des décennies, trouvé des prétextes pour lancer des guerres impérialistes et inutiles que les Etats-Unis ont toutes perdues, ou bien des « Révolutions de couleur » dans des pays divers. Pourquoi s’embarrasser de la diplomatie quand existent la guerre et la déstabilisation ?

*Malheureusement, la plupart des détracteurs de cette dernière utilisent le fait qu’elle est dirigée par « le juif George Soros », argument idiot s’il en est, mais qui arrange bien l’Open Society elle-même : « vous êtes contre nous, donc vous êtes antisémites »…

Gabbard s’est également opposée à la « relation spéciale » consistant à échanger des données de surveillance orwelliennes entre l’Agence de sécurité nationale américaine (NSA) et l’Office gouvernemental des communications (GCHQ) du Royaume Uni. Elle fut qualifiée par le sénateur Adam Schiff d’« apostate démocrate et apologiste de Vladimir Poutine » (encore !). Ces dernières années, la loi sur la surveillance du renseignement étranger (FISA) et le tribunal ad hoc (FISC), ironiquement créés en réponse au COINTELPRO, ont permis d’espionner à leur gré les citoyens d’un autre pays et échanger leurs données. Les lanceurs d’alerte Snowden et Assange, eux, ont connu les conséquences de dénoncer l’Etat profond…

Trump, par les nominations de Patel et Gabbard, veut visiblement faire le ménage dans ce bordel organisé. Trump est le pertubateur en chef pour le meilleur et pour le pire. Nous ne sommes pas dupes : il s’agit aussi pour ce libertarien de supprimer les budgets de ces agences (mais aussi les budgets du financement des guerres, ce qui n’est pas négligeable). Rappelons que les flancs faibles de Trump restent la crise économique et financière dans son pays, et son refus d’entamer des relations gagnant-gagnant avec le reste du monde. Mais surtout, surtout, et c’est l’essentiel, tout cela s’inscrit dans un nouvel ordre mondial qui veut en finir avec la politique de la canonnière. Ainsi, les Européens, obsédés par la guerre, s’aperçoivent qu’ils ne peuvent plus compter sur l’Otan. Les pauv’ chéris ! Mais au lieu de féliciter Trump et le soutenir, ils veulent prolonger la guerre « jusqu’au dernier ukrainien », retentant ainsi le sabotage opéré par Boris Johnson en mars 2022 pour torpiller l’accord d’Istanbul entre Poutine et Zelensky…

Courez camarades européens, le vieux monde est derrière vous !

Dekoikonparle ? (8)

Vendredi 28 février, dans le Salon ovale, Trump a dit avec franchise ses quatre vérités au falot Zelensky, qui a pris la fuite avant de venir pleurer dans le giron des Britanniques. C’est dommage car il s’agit pour Trump et Poutine d’entamer un dialogue permettant d’envisager la fin de la guerre en Ukraine et d’éloigner le risque d’une guerre thermonucléaire imminente. Il n’y avait en tout cas aucune raison d’inviter les Européens à participer au dialogue, étant donné qu’à aucun moment depuis le début de la guerre, ils n’ont cherché une solution diplomatique au conflit, comme on le voit encore aujourd’hui avec l’obsession de la « défense européenne* ». En effet, une russophobie implacable a prévalu, menée comme d’habitude par les maîtres de Zelensky : les Britanniques. Comme il s’agit d’une guerre par procuration entre l’Otan et la Russie, il est tout-à-fait logique que cette dernière et les Etats-Unis s’assoient d’abord à la table des négociations. Trump, ce salaud qui veut arrêter nos guerres ? Non, il veut enfin changer l’ordre mondial otanien, et du coup casser les axiomes européens établis. L’Europe veut-elle alors déclencher une guerre contre les Etats-Unis ? Elle est capable de s’en persuader.

*Même Hubert Védrine est tombé dans le panneau.

Berlusconi (pardon !) Trump n’était pas obligé de dire que c’était « un grand moment de télévision », mais lorsqu’un politicien européen fait ce genre de saillie, c’est juste une « petite phrase », variante moderne du « mot d’esprit » comme dans le film Ridicule, que les politologues, « experts » et journalistes relaient avec gourmandise. Mais sortant de la bouche de Trump, cela devient une « assertion intolérable »…

The Bayrou Watcher (#3) : Dans l’affaire Bétharram, il ne s’agit pas seulement pour Bayrou de protéger les petits milieux notables provinciaux (à la Balzac ou à la Chabrol) mais je pense que, comme bon nombre de catholiques pratiquants et bon nombre de parents de manière plus générale, il est persuadé que les châtiments corporels, « c’est pour ton bien »...

LA LISTE PEREC DU JOUR :

"Derrière, dans le fond, en désordre, divers meubles et objets provenant des parents Echard : une cage à oiseau rouillée, un bidet pliant, un vieux sac à main avec un fermoir ciselé, [...] et un sac de jute d'où débordent plusieurs cahiers d'écolier, des copies quadrillées, des fiches, des feuilles de classeur, des carnets à reliure spirale, des chemises en papier kraft, des coupures de presse collées sur des feuilles volantes, des cartes postales [...], des lettres, et une soixantaine de minces fascicules ronéotypés, intitulés BIBLIOGRAPHIE CRITIQUE DES SOURCES RELATIVES A LA MORT D'ADOLF HITLER DANS SON BUNKER LE 30 AVRIL 1945"

Oui ,marcjoly vous rebat souvent les yeux (pas les oreilles, c’est un blog pas un « pot de caste ») avec l’Oulipo. Mécékoi loulipo ?

Tout part en réalité d’Alfred Jarry (1873-1907) – oui, l’auteur d’Ubu Roi. De 1897 à 1898, Jarry rédige Gestes et opinions du docteur Faustroll, pataphysicien, paru à titre posthume en 1911. Il y définit la ‘Pataphysique* comme « la science des solutions imaginaires, qui accorde symboliquement aux linéaments les propriétés des objets décrits par leur virtualité » (livre II, chapitre VIII).

*‘Pataphysique est toujours précédé d’une apostrophe. Mais l’adjectif pataphysique et le substantif Pataphysicien en sont dépourvus.

La ’Pataphysique doit sa postérité au Collège de ‘Pataphysique, « Société de recherches savantes et inutiles » fondée en 1948. De nombreux peintres, mathématiciens, historiens, critiques littéraires, cinéastes, explorateurs, dramaturges, écrivains et poètes ont rejoint le Collège parmi lesquels Duchamp, Miro, Ionesco, Dubuffet, Queneau et Vian. Ah, des Surréalistes, va-t-on me dire ? Non, même si certains ont fréquenté ces milieux. En réalité, l’époque d’Alfred Jarry baigne dans l’esprit potache des Zutistes, Hydropathes et autres déconneurs comme Alphonse Allais. Alors ? « La Pataphysique est la science de ce qui se surajoute à la métaphysique… s’étendant aussi loin au-delà de celle-ci que celle-ci au-delà de la physique ». Ceci est moins une définition qu’une fin de non-recevoir, provocante, voire amusante, parfois reprise par le Collège de ’Pataphysique.

Je ne vais pas entrer dans le détail du détail, mais l’univers (on dirait aujourd’hui « l’écosystème ») de la ‘Pataphysique est à la fois bureaucratique, strict et hilarant (calendrier loufoque, revue dont le titre principal est Viridis candela*…). La réforme des Sous-Commissions, survenue en 1959, a établi de nombreuses Commissions et Sous-Commissions dans le but de résoudre les problèmes se présentant au Collège. Parmi elles se trouvait originellement l’Oulipo, désormais devenu une institution autonome. Nous y voilà enfin !

* » Chandelle verte », allusion au juron favori d’Ubu : « Par ma chandelle verte ! ».

Oulipo (ou OuLiPo)*, signifie Ouvroir de littérature potentielle. C’est un groupe de recherche littéraire créé en 1960 par le mathématicien François Le Lionnais et l’écrivain et poète Raymond Queneau. Il se décrit par ce qu’il n’est pas : ni un mouvement littéraire, ni un séminaire scientifique**, ni de la littérature aléatoire. Il a pour but de découvrir de nouvelles potentialités du langage et de moderniser l’expression à travers des jeux d’écriture. Le groupe est célèbre pour ses défis mathématiques imposés à la langue, obligeant à des astuces créatives. L’Oulipo est fondé sur le principe que la contrainte provoque et incite à la recherche de solutions originales. « Ses recherches sont naïves, artisanales et amusantes ». On devient membre de l’Oulipo par cooptation. Anecdote : on ne peut en démissionner qu’en se suicidant devant huissier !!!

*Il existe d’autre ouvroirs moins actifs : OuPeinPo pour la peinture), OuMuPo pour la musique, OuPoPo (certains disent OuPolPot – génial !) pour la politique, OuLiPoPo pour la littérature policière, etc. On désigne tous ces ouvroirs sous l’appellation générique d’OuXpo. L’OuBiPo (Ouvroir de Bibliothèque Potentielle) existe mais n’a aucun lien « organique » avec l’OuXpo.

**Malgré celui, fondateur, de Cerisy-la-Salle en 1960.

Evidemment, la ‘Pataphysique influence fortement l’Oulipo, organiquement et conceptuellement – du moins à ses débuts. Cependant, après la mort de Perec en 1982, l’Oulipo se demande s’il n’a pas fait son temps. Il est décidé que non, et l’Oulipo continue à recruter. Se posent toutefois les questions de sa féminisation, de sa moyenne d’âge, de l’admission de membres étrangers…

Toujours pour dire ce que ce mouvement n’est pas censé être, les membres de l’Oulipo sont de sacrés déconneurs, malgré la rigueur austère de leurs travaux !

Mais concrètement, ifonkoi, loulipo ?

« L’Oulipo a pour but de découvrir de nouvelles potentialités du langage et de moderniser l’expression à travers des jeux d’écriture. Le groupe est célèbre pour ses défis mathématiques imposés à la langue obligeant à des astuces créatives. L’Oulipo est fondé sur le principe que la contrainte provoque et incite à la recherche de solutions originales. Il faut déjouer les habitudes pour atteindre la nouveauté. » [Wikipedia]

« La contrainte est un problème ; le texte une solution. La contrainte est l’énoncé d’une énigme ; le texte est la réponse, ou plutôt une réponse, car en général il y en a plusieurs possibles. La contrainte, c’est donc quelque chose d’assez différent d’un bidouillage organisationnel du travail littéraire. Et c’est très bien le bidouillage organisationnel ! mais ce n’est pas la contrainte. La contrainte est systématique. Par ailleurs, une contrainte oulipienne doit pouvoir servir à d’autres, ce qui implique des exigences de clarté et l’énoncé (formalisation). La contrainte est altruiste » – Jacques Jouet

Jacques Jouet.

Exemples de contraintes :

  • S + 7 : cette méthode permet la création de textes littéraires nouveaux en remplaçant dans un texte source chaque substantif par le septième substantif qui le suit dans un dictionnaire donné. Bof..

  • Lipogramme : texte dans lequel l’auteur s’impose de ne jamais employer une lettre, parfois plusieurs (cf. La Disparition, de Georges Perec – Gallimard, 1969 – texte sans jamais la lettre e).

  • Boule de neige : poème dont le premier vers est fait d’un mot d’une lettre, le second d’un mot de deux lettres, le troisième d’un mot de trois lettres, le nième d’un mot de n lettres.

  • Exercice de style : une même histoire racontée selon un pattern différent (cf. Exercices de style, de Raymond Queneau – Gallimard, 1947).
  • La rien que la toute la : texte privé de nom, d’adjectif et de verbe.

On peut compter aisément 250 contraintes…

Comme disait mon père : « Quand tu auras fini tes enfantillages »…

A lire :

https://college-de-pataphysique.fr

https://oulipo.net

http://fatrazie.com