Ma bibliothèque amoureuse (5/infini)

Nous reprenons dès maintenant notre parution bimensuelle (deux fois par mois).

Retrouvez les autres Bibliothèques amoureuses sur ce site et sur http://mrliste.hautetfort.com

Vais-je vous souhaiter bonne année ? Sera-ce l’annus horribilis bis ? Verra-t-on quatre confinements supplémentaires ? Trois mutations du virus ? Une pénurie de vaccins organisée par les labos pour faire monter les prix ? Trois décapitations qualifiées simplement d' »agressions » par Royal ou Hidalgo ? Quatre tabassages policiers sortant opportunément d’un chapeau pour créer un climat face à l’actualité ? Une giletjaunisation des commerçants (quoique faire de la politique à gauche ne leur ferait pas de mal…) ? Une guerre civile entre américains moyens qui ont socialement morflé ces dernières années et américains bobos urbains* ? Un Biden va-t-en guerre menant une intervention contre la Chine ou l’Iran ? L’invasion de la Grèce par les troupes d’Erdogan ? Un krach financier dû à l’éclatement de la bulle des droits de diffusion des matchs de football ? Et les chiens de garde euro-libéraux Lagarde et Moscovici nous asséner que, c’est bien gentil tout çà, mais maintenant, il faut rembourser…

* Concernant l’assaut sur le Capitole, l’on a eu droit à un « incendie du Reichstag » mené par des provocateurs du FBI, et les GAFAM instaurent la censure de l’opposition. Cela pue la mise en place prochaine d’une dictature, par un régime qui ne veut pas de révolte d’un peuple américain qui a été socialement humilié ces dernières années par les politiques post-industrielles de « désintégration contrôlée » !

J’espère que ces fêtes ont été l’occasion de vous faire offrir de beaux livres, ou de beaux disques, non comme une fuite, mais pour appréhender le monde. Cette année est le 250ème anniversaire de la naissance de Beethoven. Je vous propose de vous laver l’âme avec le quatuor Ebène, le seul qui tente de prendre la relève de l’excellent et fameux quatuor Amadeus…

Un extrait du quatuor à cordes n°7 en fa majeur, (op. 59) de Beethoven, par le Quatuor Ebène.

Et bien évidemment, je vous suggère également de vous faire un bon Champouin grâce aux livres, et de partager ma bibliothèque amoureuse…

  • François Rabelais, Oeuvres complètes, L’Intégrale, Seuil, 1973 (Bilingue fr. moderne, fr. moyen)

Drôle d’oeuvre que celle de Rabelais, qu’on ne sait pas comment appréhender, ni « par quel bout prendre » ! Conte pour enfants, farce leste pour adultes, histoires d’aventures extraordinaires, blague potache anti-institutionnelle, conte humaniste, leçon chrétienne, séquences hédonistes style La grande Bouffe… C’est un peu tout cela ! Ma première rencontre vers Gargantua, Pantagruel, Picrochole, Panurge et les autres fut au cours élémentaire, dans le cadre de ce qui s’appelait la radio-télévision scolaire (penser à écrire un papier sur ce sujet…). Déjà, je trouvai cela étrange… Et quelle langue ! Il faut absolument lire Rabelais en français moyen (car ce n’est plus de l’ancien français). Malheureusement, plus tard, Malherbe et Vaugelas castreront la langue française en en faisant un idiome de cour…

  • William Shakespeare, Oeuvres complètes, Bouquins, Robert Laffont. (Bilingue – huit volumes).

Encore un ovni littéraire ! Qu’il faut lire en anglais, bien sûr ! Si l’on excepte les mystères et la commedia dell’arte, c’est tout de même, avec Marlowe, le début du théâtre occidental. Pas mal pour un début ! Le théâtre de Shakespeare est très politique, et nous invite à nous poser des questions sur nos comportements et nos habitudes de pensée : faut-il que « tout le monde meure à la fin » pour nous le faire comprendre ? Mais d’un autre côté, il est si onirique et léger : Le songe d’une nuit d’été semble être un immense Hellzapoppin ! On se dépêcha les siècles suivants d’oublier Rabelais et Shakespeare. Rabelais fut jugé « semeur d’ordures », et Voltaire le détestait. Il fut réhabilité par Hugo. Idem pour Shakespeare, qui fut qualifié de « gothique », et réhabilité au 19ème siècle seulement. On ne comprit pas qu’on puisse être sérieux mais ne pas se prendre au sérieux ! On se dépêcha de dire que Shakespeare n’a pas existé, qu’un autre a écrit son oeuvre… Et surtout, à Londres, aucune rue, ni station de métro, ni statue n’évoque le grand William, si ce n’est un théâtre du Globe reconstitué grâce à l’initiative privée …d’un Américain. Le Globe, qui ne bénéficie d’aucune subvention, risque de fermer définitivement ses portes pour cause de confinement(s), si ce n’est pas déjà fait…

Le théatre du Globe.
  • Friedrich Schiller, Histoire de la révolte des Pays-Bas in Oeuvres de Schiller, traduites par Adolphe Régnier, Hachette, 1859-1860. (Disponible sur Gallica).

Friedrich Schiller (1759-1805) est le fameux poète, écrivain et philosophe allemand. Schiller dont le théâtre est historique (La Pucelle d’Orléans, Guillaume Tell…), c’est-à-dire politique, comme celui de Shakespeare, a écrit aussi un essai sur l’Histoire de la Guerre de Trente ans. Le titre complet de l’ouvrage qui nous intéresse est : Histoire de la révolte qui détacha les Pays-Bas de la domination espagnole. Il s’agit de la révolte des Gueux, événement qui eut lieu aux Pays-Bas (Hollande, Belgique et Nord – Pas-de-Calais actuels) sous domination espagnole à partir de 1566, et dont le chef de file fut Guillaume d’Orange. Le soulèvement, réclamant la liberté religieuse, déboucha sur la guerre de Quatre-vingts ans, opposant les révoltés néerlandais à L’Empire espagnol. Il ne s’agissait pas vraiment d’une guerre religieuse, mais d’une lutte révolutionnaire anti-impérialiste contre l’oppression de Philippe II. L’exécution capitale du comte d’Egmont marqua le début d’un soulèvement général. Ce que raconte Schiller, c’est une succession de rendez-vous ratés avec l’Histoire, pour des raisons confessionnelles, corporatistes, factieuses, de querelles d’ego, et d’erreurs de jugement. Ce n’est pas seulement un Schiller historien, mais un lanceur d’alerte par rapport à notre Présent : ne pas reproduire ces comportements. De plus, Schiller, dont les écrits philosophiques sont souvent, il faut le dire, quelque peu imbuvables, nous fait par contre dévorer (sur Gallica malheureusement) cet ouvrage ! Le fait qu’il ne soit pas réédité est un scandale.

Le sujet fut repris par Goethe dans sa pièce de théâtre Egmont, et Beethoven en fit une musique de scène éponyme avec une ouverture et neuf parties pour soprano, récitant et orchestre.

Beethoven : Ouverture d’Egmont sous la direction de Daniele Gatti.

Que 2021 soit sous le patronage de Ludwig van Beethoven!

A suivre…

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Exercices de « stiche » (1)

Exercices de style, bon d’accord, mais de « stiche », was ist das ? C’est pour évoquer le pastiche, qui est une imitation de style. Ne pas confondre avec la parodie, qui est une forme du pastiche qui souligne les particularités du texte imité en forçant le trait [in Dominique Goust (textes choisis et présentés par), L’Art du pastiche – Anthologie buissonnière de la littérature française de Rutebeuf à Anouilh, Omnibus, 2019].

Votre serviteur ne prétend pas se lancer dans le pastiche pur et vrai : çà n’est accessible qu’à certains écrivains ! Il s’agira plutôt, dans cette nouvelle série, de se frotter au « à la manière de », souvent de la mauvaise parodie, mais tant pis, et hardi petit !

A lire aussi :

François Caradec (présentation et choix de), Les trésors du pastiche, de Villon à Robbe-Grillet, Pierre Horay, 1971

Pascal Fioretto, Et si c’était niais – pastiches, Chiflet, 2007

Paul Aron et Jacques Espagnon, Répertoire des pastiches et parodies, PUPS, 2009

Le plus simple pour débuter, est de partir d’un canevas. Je me suis basé sur les fameux Exercices de style de Raymond Queneau (Folio Gallimard, 1995) dont la trame est l’exercice qui s’appelle simplement Récit. J’ai choisi de ne pas seulement imiter de la littérature, mais aussi des chansons ou des sketches. Parfois le format court, comme pour les nouvelles, s’avère intéressant mais non plus simple. Décidément, voilà une oeuvre qui inspire les pasticheurs : la preuve par Stéphane Tufféry, Le style, mode d’emploi, CyLibris, 1999 (première édition), 2002. 99 nouvelles variantes des Exercices de style, à la manière de Balzac, Hugo, Verne, Proust, Camus, Perec (d’où le titre), Duras, Delerm… Je ne l’ai pas lu et il est malheureusement épuisé ! On remarquera incidemment que les éditeurs de (ou sur le) pastiche : Pierre Horay, Chiflet, Presses Universitaires de Paris-Sorbonne, CyLibris, ne sont pas de grosses machines, tout comme les éditeurs de poésie…

Pour les fêtes moroses de ce Noël 2020, marcjoly vous a concocté un pastiche de Chevallier & Laspalès. Ces deux zozos sont loin d’être les pires de toute la production humoristique, surtout si l’on compare aux stand-ups ineptes débités par les poulains de l’écurie communautariste du Jamel Comedy Club. Bien qu’ils ne s’en soient jamais référé, Chevallier & Laspalès sont les Frères Ennemis (Teddy Vrignault/André Gaillard) des temps modernes, en plus drôle. J’aurai pu citer aussi le duo absurde Pierre Dac/Paul Préboist (eh, oui !) – cela ne nous rajeunit pas.

Un sketch pas si « vieux » : 1968 !

Je ne peux pas reproduire le texte de Queneau (Récit). Je vais donc paraphraser : un midi, au niveau d’un parc parisien, sur la plate-forme de l’autobus S [écrit en 1947], le narrateur voit quelqu’un avec un grand cou, portant un chapeau à ruban, et qui invective un voyageur qui lui écrase les pieds. L’homme au chapeau laisse tomber et s’assied sur un siège libre. Le narrateur le revoit deux heures après devant une gare, discutant avec une connaissance qui lui enjoint de faire remonter par un tailleur son bouton du haut.

Et maintenant, sans filet, le pastiche :

CHEVALLIER : Figure-toi que l'autre jour, vers midi, du côté du parc Monceau...

LASPALES : Ah bon ? J'croyais que c'était à Melun...

C : Non, non.

L : C'était pas à Melun ?

C : Non.

L : Et qu'est ce que t'as vu du côté du Parc Monceau ?

C : Non mais c'était dans un autobus...

L : C'était pas au Parc Monceau ?

C : Si, mais dans l'autobus. L'autobus S, comme sexe.

L : Ah non, pas de çà chez nous ! Nan, nan, nan ! ...Alors t'as vu quoi dans l'autobussexe, heu, S ?

C : J'ai vu un type au long cou.

L : Ouais.

C : Avec un feutre mou, entouré d'un galon tressé, comme un ruban.

L : Ah, y'a qu'au parc Monceau, qu'on peut voir çà !

C : Et j'l'ai vu, parce que j'te rappelle que c'était dans un autobus, interpeller tout à coup son voisin.

L : Pourquoi ? Y faisait quoi son voisin ?

C : Il lui marchait sur les pieds chaque fois que montaient et descendaient des voyageurs.

L : Chaque fois ?

C : Chaque fois que montaient et descendaient des voyageurs.

L : Chaque fois ?

C : Chaque fois que montaient et descendaient des voyageurs.


L : CHAQUE FOIS ?

C : Oui, chaque fois que montaient et descendaient des voyageurs.

L : Ah, c'est fort ! C'est très fort !

C : D'ailleurs après, il a rapidement abandonné la discussion pour se jeter sur une place libre.

L : Ah, le con ! Et après ?

C : J'l'ai revu deux heures plus tard, devant la gare Saint-Lazare.

L : Y prenait l'train pour Melun, non ?

C : A Saint-Lazare, c'est pas pour Melun, c'est pour Le Havre ! Ah, le boulet !

L : Oui, je sais : y passe au Havre, mais y s'y arrête pas. Y prend la nationale !

C : Pour en revenir à mon gars...

L : Ouais.

C : Figure-toi qu'il était en grande conversation avec un ami qui lui conseillait de diminuer l'échancrure...

L : Diminuer quoi ?

C : L'échancrure.

L : Faut jamais aller aux putes. C'est comme çà qu'on attrape des chancrures !
[Un temps] Ha, ha ! J'l'aime bien, celle-là ! On la garde ! Vas-y, continue...

C : Il lui conseillait, l'ami du gars, parce que j'vais pas tout répéter, de diminuer l'échancrure de son pardessus en en faisant remonter le bouton supérieur...

L : Dis donc, c'est compliqué ton affaire !

C : En en faisant remonter le bouton supérieur par quelque tailleur compétent.

L : Compétent, en deux mots ?

C : Non, en un seul. Et puisque tu m'as coupé, mon histoire elle s'arrête là. Et toc !

L : C'est dommage : j'ai bien aimé "échancrure"...

Passez de bonnes fêtes, et retrouvez Rires & Chansons, oups… Retrouvez Le Champouin le 15 janvier. A bientôt !

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Les couvertures auxquelles vous avez échappé (4)

Hebdomadaire pendant le confinement

SPECIAL POCHETTES DE DISQUES

Ce numéro des Couvertures auxquelles vous avez échappé est, à l’approche d’un Noël que j’espère plus gibertien (par exemple) qu’amazonien, un spécial pochettes de disques.

La pochette de disque eut son heure de gloire avec le 78 tours : gros plan d’un Caruso empâté, ou photo de groupe de Ray Ventura et ses Collégiens.

Avec le 33 tours, on eut droit aux belles silhouettes de chefs d’orchestre sur fond noir sur lesquelles se détachait l’étiquette jaune de Deutsche Grammophon, ou bien une photo de groupe (encore) de personnages célèbres : l’album Sgt Pepper’s Lonely Heart Club Band des Beatles.

Les 45 tours furent moins imaginatifs : destinés à ne durer qu’une saison de hit-parade, et se contentant du portrait de l’artiste en minet avec un sourire idiot.

Le CD sonna le glas des pochettes : le support présente une surface trop restreinte, surtout pour les rééditions ! Et puis les maisons de disques rognent sur tous les coûts : plus de photographies ad hoc (on puise dans une banque d’images), encore moins de dessins, plus de livret à rédiger et fabriquer…

Je vous propose aujourd’hui deux pochettes, évidemment réalisées par mes soins. Je ne vous dis rien et vous laisse seulement découvrir celle-ci d’abord :

Et voici l’autre, totalement différente, bien sûr :

Oui, je sais : …peut en cacher un autre.

BONUS

Ces chanteurs auxquels vous avez échappé :

Hugo Frey

Henri Caumacias

Michel-Paul Nareff

Quand j’étais petit, je les écrivais comme çà !

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Métro loufoque – M 5

Publication hebdomadaire pendant le confinement

Nouvelles du front :

La première mention « J’aime » sur mon site (en l’occurrence, à propos du Dekoikonparle sur l’Inde), vient du blogueur Gabriel Guicheron et de son site L’Hexa-Dom, consacré à l’actualité guadeloupéenne. Mèsi an pil !

Record battu mercredi 25 novembre avec un acharné qui a réalisé 17 vues sur le site !

D’autre part, je n’ai pas de réaction de certains internautes proches, auxquels j’envoie une alerte à chaque publication. Toutefois, une lectrice, Mme Fracasse, de Choisy-sur-Moselle, me dit en off qu’elle « s’est bien amusée avec mon dernier billet ». Tout vient à point…

Le nom d’un des deux terminus de la ligne 5 du métro parisien ne fait pas rêver : Bobigny-Pablo Picasso, même si l’évocation de Picasso est susceptible d’apporter un peu de fantaisie. Je pense que le pompon est atteint sur la 8 avec Maisons-Alfort – Stade ! A quand « Drancy – Caisse primaire d’Assurance-maladie » ou « Stains – Centre communal d’action sociale » ?

Mais il y a un biais : serait-ce l’évocation même de Bobigny qui ne fisse pas rêver ? Ben oui… Architecture corbusiéresque + politique délibérée de non-mixité sociale + démission totale (et clientélisme) par rapport à l’Islam(isme ?) = ce qu’on sait, qu’il convient (moins quand même, depuis la fatwa lancée contre Samuel Paty) d’appeler le « vivre-ensemble ».

Pour revenir aux stations du métro étendu aux banlieues, on aura remarqué les noms de Léo Lagrange, Paul Vaillant-Couturier, Corentin Celton, Marcel Sembat, Louise Michel, Gabriel Péri, Guy Môquet, et Pablo Picasso, impliqué artistiquement dans la guerre d’Espagne. Sans compter Robespierre. Cela ne faisait pas non plus rêver ceux qui ne prenaient jamais le métro (« Chauffeur ! A Léo-Lagrange ! »). C’est que la RATP était un bastion communiste, et l’extension du réseau vers les « banlieues rouges » était une conquête par rapport à un métropolitain qui n’avait pas l’intention, au départ, de dépasser les fortifs. A propos de fortifs, allez voir l’exposition Paris 1910-1937 – Promenades dans les collections Albert-Kahn jusqu’au 11 janvier à la Cité de l’Architecture (sur réservation et sous réserve de réouverture au public et/ou de prolongation…)

J’ai dit Guy Môquet, pas autre chose !

Cinquième occasion pour marcjoly de réitérer l’exercice oulipien consistant à détourner les noms des stations, et selon une contrainte, rédiger un texte.

La contrainte d’aujourd’hui : introduire ces noms par ordre alphabétique de la dernière lettre !

M 5 : PIQUE-ASSIETTE – CHAPEAU DE PAILLE D’ITALIE

  • Bobigny – Pablo-Picasso > Pique-assiette
  • Bobigny – Pantin – Raymond-Queneau > Quenelle
  • Eglise de Pantin > Ca glisse, le patin !
  • Hoche > Moche
  • Porte de Pantin > Sorte de putain
  • Ourcq > Ours
  • Laumière > Lumière
  • Jaurès > Aurès
  • Stalingrad > Plantigrade
  • Gare du Nord > Hôtel du Nord
  • Gare de l’Est > Argelès
  • Jacques Bonsergent > Jean dessert Jacques
  • République > Raie pudique
  • Oberkampf > Mein Kampf
  • Richard-Lenoir > Chat noir
  • Bréguet- Sabin > Mon beau sapin
  • Bastille > Baston
  • Quai de la Rapée > Carottes râpées
  • Gare d’Austerlitz > Gâteau, ce délice
  • Saint-Marcel > Ses mains sales
  • Campo-Formio > Ca va fort mieux
  • Place d’Italie > Chapeau de paille d’Italie

JEAN LA MAIN HAUTE

A l'Hôtel du Nord, le gâteau, ce délice -au miel- que ne délaisserait pas un plantigrade, était bon, donc, mais d'un moche ! On aurait dit un chapeau de paille d'Italie...  

Ailleurs, c'était quenelles, lumières, pique-assiettes... Une ambiance réveillon, quand une raie pudique (j'exagère...), lisant Mein Kampf, sorte de putain, Mon beau sapin, etc., décida de foutre le bordel.  Ha ! Cà glisse, le patin ! Baston, chat noir, et tout le tremblement ! 

Résultat : cure de carottes rapées, souvenir de ses mains sales, Argelès...  Ne manquait plus qu'un monastère dans les Aurès, retiré du monde, façon ours. Tout çà pour avoir fait le jacques. Quand Jean dessert Jacques, çà va fort mieux !

Déjà ?

Pour être court, c’est court ! Et je me surprends avec ce style elliptique, sans verbe. Qu’en pensez-vous ? J’attends vos commentaires…

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Ecr. l’inf. (1)

Parution hebdomadaire pendant le confinement

« Écr.l’inf. », abréviation de « Écrasons l’infâme » et parfois contracté en Ecrelinf, était une formule que le philosophe des Lumières Voltaire utilisait dès 1763 en conclusion de ses lettres. Ce slogan invitait ainsi ses correspondants à le joindre dans son combat contre l’obscurantisme, notamment religieux.

Je vous enjoins tous à regarder sur Arte le documentaire en deux parties Ku-Klux-Klan, une histoire américaine (à chercher sur arte.tv/guide/fr/). L’on en apprend de belles sur un mouvement anti-noir, çà on le sait, mais aussi antisémite et antidémocrate, mené par des prédicateurs galvanisés et pas défavorables à l’esclavage. Un mouvement qui a fini par délaisser les opérations d’envergure et isolées pour finalement multiplier les actes opérés par des « loups solitaires ». Un mouvement sectaire et mafieux, qui a infiltré une bonne partie de la société, et terroriste. Cà ne vous rappelle rien ? Bingo : entretien de David De Pas, juge d’instruction, dans le Parisien du 14 novembre : « Les organisations djihadistes, une synthèse parfaite entre secte et mafia ».

Je vous dis çà car j’entends trop souvent cette petite musique : « oui mais quand même, si on avait pas publié/republié/expliqué à l’école les caricatures, on n’en serait pas là ».

Moi-même, je n’aimais pas Charlie… sauf pour ses dessins ! Exception : ceux sur la religion. Je n’ai jamais été choqué, ni scandalisé, mais c’est qu’ils étaient tout simplement mauvais… Mais j’estime qu’un dessin, un journal, un livre, un film mauvais a tout de même le droit d’être publié…

Les islamistes n’ont pas attendu ces fameux dessins, ni « l’affaire du voile » pour passer à l’acte ! Comme on le verra, ils sont passé à l’acte depuis la création des Frères musulmans, en appliquant les méthodes de toutes les mafias terroristes du monde, du Ku-Klux-Klan en passant par la Camorra.

Avant tout, deux points :

Ceux qui se sont toujours couchés, avec les « pas d’amalgame » et « pas de vagues ». Ce sont les victimes et les idiots utiles du relativisme culturel, qui ne date pas des ethnic studies anglo-saxonnes, ni de mai 68, mais des années 30 avec l’Ecole de Francfort et les déconstructionnistes d’une part, et avec Lévi-Strauss d’autre part. Elisabeth Badinter raconte, dans le Figaro du 13 novembre, comment elle fut obligée de rentrer dans le lard d’une Danielle Mitterrand qui avait refusé de condamner l’excision et la polygamie sur le sol français, au nom du respect de toutes les cultures.

Ceux, en face, le Croissant entre les dents, et non pas sur le coeur. Nous allons en parler. Pour cela, je vous recommande la lecture de trois ouvrages, deux minces et un épais.

Si l’Islamisme est toujours « radical », c’est pour mettre en valeur un islamisme « modéré », bien sûr !

Tout d’abord, de Chahdortt Djavann : Bas les voiles ! (Folio Gallimard, 2003). Pour cette romancière et anthropologue d’origine iranienne, qui a porté le voile pendant dix ans avant de s’exiler en France, ce port, même volontaire, comme tout marquage culturel et discriminant, devrait être interdit. Cette interdiction, selon elle, devrait être un préalable à tout débat sur la laïcité et ce langage de fermeté aurait du être tenu il y a dix ou vingt ans [écrit en 2003 !].

Ensuite de Michel Onfray : Penser l’Islam (Grasset/Fasquelle, 2016) – disponible en Livre de Poche. Pour lui, « on doit pouvoir lire le Coran comme on lit la Bible, la Torah ou Platon […] Ce programme n’est un péché que chez ceux qui n’aiment ni la liberté ni l’exercice de la raison ». Certains diront que c’est à des Musulmans d’accomplir ce programme. Il y en a. Hassen Chalghoumi, imam de Drancy, en sait quelque chose : il est sous protection policière…

Venons en au gros pavé, véritable somme sur les Frères musulmans : Mohamed Sifaoui, Taqiyya – Comment les Frères musulmans veulent infiltrer la France, Editions de l’Observatoire, 2019. Taqiyya, en arabe signifie littéralement la « prudence » ou « crainte » pour se « protéger ». Appliqué aux Islamistes, c’est la dissimulation : « montrer et dire le contraire de ce que l’on prépare, qui doit, en toute circonstance, demeurer secret et dissimulé », technique qui facilite l’infiltration.

Mohamed Sifaoui.

Comme son sous-titre ne l’indique pas, il ne s’agit pas que de la France : l’auteur explique le départ idéologique des islamistes, en la personne de l’Egyptien Hassan El-Banna (1906-1949), grand-père du gourou Tariq Ramadan, et fondateur en 1928 de la Confrérie des Frères musulmans, qui allait essaimer dans les pays du Croissant. Pensée totalitaire, méthodes redoutables, soutien à l’idéologie nazie… Ils n’ont en effet pas attendu les caricatures…

Tout çà, ce n’est que l’Orient compliqué ? Bon nombre de « cadres » des Frères se sont exilés en Occident à partir des années 50. En France l’Institut européen de Sciences humaines (IESH) de Château-Chinon s’appelle en arabe Al-Kouliya Al-Ouroubiya Lil Dirassat Al-Islamiya, c’est-à-dire Faculté européenne de Sciences islamiques. Bel exemple de taqiyya !

« Les organisations djihadistes,
une synthèse parfaite
entre secte et mafia ».

Juge David De Pas

Propagandistes prêts à bondir, chantage à l’islamophobie (fonds de commerce d’une certaine gauche), maîtrise parfaite des médias, destruction du féminisme par le voile, action sociale dans les banlieues abandonnées… Je ne vais pas dévoiler tout l’ouvrage de Sifaoui, mais ce dernier détaille le grignotage des mentalités et des institutions par les islamistes, non pas par leur force, mais par notre faiblesse et celle de nos dirigeants : Sarkozy, Hollande et Macron (jusqu’à récemment) ayant été malheureusement persuadés que, « quelque part », on pouvait « aménager » la laïcité.

Faut-il rappeler que Mohamed Sifaoui vit lui aussi sous protection policière ?

Addendum : le roman Soumission de Michel Houellebecq (Flammarion, 2015) est instructif par rapport au noyautage communautariste du monde universitaire, mais, comme le soulignent aussi bien Onfray que Sifaoui, Houellebecq ne connaît rien à l’Islam et voit l’action des « Frères » comme faisant partie d’un « grand remplacement » à la Zemmour alors que ces derniers veulent dévier les mentalités des musulmans du monde entier : il ne s’agit pas de croisade. Notons, pour faire écho avec le contexte du roman, que la Sorbonne a décidé de supprimer en 2019, sous la pression des communautaristes, le cycle de cours Prévention de la radicalisation animé par Mohamed Sifaoui !

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J’les confonds toujours (1)

PARUTION HEBDOMADAIRE PENDANT LE CONFINEMENT

Qui se souvient d’Anne Gaillard ? Cette journaliste, animatrice d’une émission sur France-Inter (L’Émission d’Anne Gaillard, 1975-1978), joua le rôle de porte-parole des droits des consommateurs. Dans le cadre de son activité, elle fit l’objet de quelques procès. Elle était réputée pour le caractère dictatorial de ses interviews, à la limite de l’hystérie. Un jour, lors d’une séance du Sénat, elle apostropha vivement le sénateur Henri Caillavet qui reçut une flopée d’injures, se demandant ce qu’elle lui voulait. C’est qu’elle s’était trompée de sénateur ! Elle avait confondu avec Marcel Cavaillé !

Nous avons tous fait ce genre d’erreur (je veux dire de confusion de nom !), surtout quand les (quasi-) homonymes ont la même activité !

Dans cette nouvelle rubrique, qui va nous occuper longtemps (ah ! Pour une liste, c’est une liste !), il ne s’agira pas des noms communs, comme erg et reg, deux caractéristiques géologiques du Sahara. Nous aborderons plutôt des noms propres – ces personnes et lieux géographiques que nous confondons souvent. Enfin, la liste n’est pas exhaustive : chaque soir, dans mon lit, je trouve un couple… je veux dire une paire ou un trio de noms propres qui se confondent ! Je vous en présente aujourd’hui six, mais il y en a, pour l’instant encore 80 ! De quoi tenir au moins quatre ans !

  • Konrad ADENAUER (1876-1967) et Dwight EISENHOWER (1890-1969) – deux hommes d’Etat.

Les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître le nom d’ADENAUER, plus pour des raisons de culture générale que de non-concommitance chronologique. Konrad ADENAUER, ancien maire de Cologne, fut un activiste anti-nazi et devint le premier chancelier allemand après le IIIème Reich, de 1949 à 1963 (trois mandats). Catholique fervent, comme de Gaulle, il fut avec le Général l’artisan de la réconciliation franco-allemande en 1963. Dwight EISENHOWER (surnommé Ike) fut un américain militaire de carrière. Commandant des Forces alliées pendant la seconde Guerre, puis des Forces alliées en Europe, il devint en 1952 le 34ème Président, conservateur, des Etats-Unis pour deux mandats, succédant à l’ignoble réactionnaire Harry Truman. Non seulement les patronymes de l’Allemand et de l’Américain sont proches, mais celui du grand-père d’Ike, immigrant allemand, s’orthographiait Eisenhauer.

La réconciliation franco-allemande de 1963 : signature du Traité de l’Elysée.
  • AGADEZ et AGADIR – deux villes berbères.

AGADEZ (ou Agades), fondé par les Berbères au XIème siècle, est un carrefour caravanier du nord du Niger. Il est aujourd’hui la base arrière des migrants de l’Afrique subsaharienne. AGADIR est un port du sud du Maroc, dont l’histoire n’est pas attestée avant le XIIIème siècle. Il a subi de nombreux tremblements de terre. Celui de 1960 a totalement détruit cette ville de 40 000 habitants, qui a été reconstruite 2 km plus au sud. Les noms des deux villes ont des origines tamazight, mais de significations différentes : AGADEZ signifie « rendre visite », ce qui s’impose pour un noeud commercial. AGADIR veut dire « escarpement ».

  • Alphonse ALLAIS (1854-1905), Maurice ALLAIS (1911-201o) et Emile ALLAIS (1912-2012) – que dire ? Trois aventuriers à leur façon ?

Dans une publication politique, j’avais lu un article sur l’économiste Maurice ALLAIS… prénommé Alphonse ! Alphonse ALLAIS est l’écrivain humoristique « bien connu »… mais qui l’a lu ? Ce fils de pharmacien fut plus intéressé par s’amuser que par les études. Esprit fin et observateur, c’était une plume acerbe, un formidable conteur de nouvelles, et un mystificateur de première. On excusera son anglomanie, beaucoup moins sa misogynie [A lire : Alphonse Allais, Oeuvres Anthumes et Oeuvres Posthumes, collection Bouquins, Robert Laffont]. Maurice ALLAIS, lui, reçut le prix Nobel d’économie en 1988, sur des travaux à contre-courant de la pensée libérale. De surcroît, il les avait réalisés en amateur, ce qui embarassa la bien-pensance des « économistes » ! C’est que Maurice ALLAIS était un scientifique de profession, sur des sujets de physique comme l’anisotropie de l’espace (rien à voir avec le Ricard). Quant à Emile ALLAIS, quasi contemporain du précédent, c’est un pionnier du ski alpin français (j’ai bien fait de vérifier : pour moi c’était un alpiniste). C’était la grande époque de la montagne, quand nous frisions roche (ah ! ah !).

  • Nicholas ANGELICH (né en 1970) et Martha ARGERICH (née en 1941) – deux pianistes classiques.

Oui, je sais, je suis désolé de vous parler de musique classique, car c’est de çà qu’il s’agit. Je les croyais tous les deux allemands ! ARGERICH, dont le nom est d’origine catalane, est argentine naturalisée (quel horrible mot! Ca fait empaillé…) suisse. ANGELICH est américain. ARGERICH maîtrise un répertoire très vaste. C’est à mon avis la meilleure pianiste avec Maria Joao Pires. ANGELICH est plutôt spécialiste de Brahms, mais je le connais peu.

Martha Argerich joue le concerto pout piano n°1 de Beethoven.
  • APPALACHES et APENNINS – deux chaînes de montagnes.

Les APPALACHES (deux P, un L) sont situées dans l’est de l’Amérique du Nord. Point culminant : le Mont Mitchell (2037 m) en Caroline du Nord. C’est drôle : je ne m’imaginais pas des montagnes dans cet Etat. Le nom vient d’Alpachen, une tribu indienne (rien à voir avec les Apaches !). Quand aux APENNINS (un P, deux N), ils sont la colonne vertébrale de l’Italie, de sismicité aigüe. Cette chaîne est communément divisée en trois parties : nord, centre et sud. Point culminant : le Corno Grande (2912 m), dans les Abbruzes. Le nom vient du celtique pen, sommet rocheux. A noter qu’une chaîne de montagnes lunaire porte aussi le nom d’APENNINS. Quel happening !

  • ARDECHE et ARIEGE – deux départements.

Oh, çà, çà doit être quelque part dans le Midi, là où vont les écolos et les baba-cool, mais j’les confonds toujours ! L’ARDECHE, situé au sud-est, correspond peu ou prou à l’ancienne province du Vivarais. De l’autre côté du Rhône se tient son symétrique : la Drôme. L’Ardèche, affluent du Rhône, traverse son département éponyme d’est en ouest. Privas, 8321 habitants, est la Préfecture la moins peuplée de France ! De même, ce département est le seul à ne disposer d’aucune commune desservie par la SNCF. L’ARIEGE, grosso modo le Comté de Foix, est au sud-sud-ouest (comme diraient les marins) et est frontalière avec l’Espagne. L’Ariège, affluent de la Garonne la traverse du nord au sud. Pour répondre à la première phrase de cette notice, un recours avait été demandé pour changer le nom du département en Ariège-Pyrénées, pour mieux situer le département afin de le promouvoir – rejeté par le Conseil d’Etat. « Chef-lieu » : Foix.

A suivre…

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Fromage et défiscalisation

PENDANT LE CONFINEMENT, CE BLOG PARAITRA CHAQUE SEMAINE

Peu ou prou, le présent blog a six mois (areu !). Par rapport à l’ancien (http://mrliste.hautetfort.com), celui-ci, à périodicité équivalente, est plus vu.

Le graphique sur la droite montre, sur six mois, le nombre de vues (en rose) et le nombre de visiteurs (en brun). Mais ne vous reposez pas sur vos lauriers, la répartition par semaine donne ceci :

Il y a eu en tout 125 visiteurs et 226 vues, dont 141 de France métropolitaine, 66 de Chine, 14 des Etats-Unis, 2 de Singapour, 2 de Monaco et 1 de Guadeloupe. Je soupçonne la plupart de naviguer sous VPN, c’est-à-dire sous localisation fictive, toutefois, les connexions chinoises se font via Baidu.

J’ai d’autre part 7 abonnés, dont l’ami Ruhaud, et Brice Auffoy (http://bricea.home.blog) à travers son blog La Page et la Chambre, site littéraire dont j’avoue ne pas m’y être trop intéressé jusqu’ici, mais je vais m’y plonger. Le peu que j’en ai lu avait un goût de revenez-y !

Que dire de ces « stats » ? C’est très très peu car je ne fais pas de billet quotidien, comme certains, mais une tendance s’amorce. Et je demande aux visiteurs occasionnels de ne pas être passifs : laissez des commentaires et faîtes connaître ! Blog trop intellectuel (j’essaie de relever le niveau) ou trop potache ? Trop ou pas assez dans une « ligne du Parti » ? Vous êtes aussi trop exaspéré, ou ravi, de mon obsession textuelle des listes (on ne se refait pas). Commentaires SVP !

En réalité, ce n’est pas de cela dont je voulais vous entretenir. L’actuel ministre de l’Agriculture est à l’origine d’une loi obligeant les camemberts (à propos de statistiques) à ne pas se contenter de la mention « fabriqué en Normandie » (on fabrique dans cette région bon nombre de « plâtres » industriels infâmes sous cette mention, avec du lait polonais ou autre), mais à mentionner, si c’est le cas, l’appellation d’origine protégée, elle seule étant la preuve d’un vrai camembert.

Ce ministre s’appelle… Julien Denormandie (né, comme son nom ne l’indique pas, à Cahors). Franchement, çà ne s’invente pas !

Mais je n’avais pas l’intention de parler de camemberts. Julien Denormandie a été aussi ministre de la Ville et du Logement, et est aussi à l’origine d’un de ces « dispositifs immobiliers défiscalisants » dont seule la France moisie des petits épargnants et des would-be notables a le secret. Malgré le mot « logement » dans l’intitulé du ministère, ce dispositif, comme tous les autres, a été concocté pour les investisseurs, comme on dit en novlangue libérale. C’est-à-dire ni vous, ni moi.

A la base, le fameux Malraux. Qu’est-ce que le plus littéraire et le plus idéaliste des ministres gaulliens est allé faire dans cette galère ? Il est vrai que le dispositif était destiné aux centres anciens présentant un patrimoine historique riche.

En 1996, apparut le Périssol. Ambigu, tout de même. Le mot évoquait un peu le soleil (parasol, tournesol…), pour peu, on y buvait le Ricard. Mais quand même quelque peu périssable, voir périlleux… L’investissement risqué, quoi !

En 1999 vint le Besson neuf. Pas Luc, ce beauf à la Dupont-Moretti, mais Eric, une de ces personnalités au look de cadre dont on dit : « Profession : libéral ». Et il est neuf, flambant neuf : le Lecanuet des temps modernes…

Patatras, en 2003 : le Robien classique. Un Robien ne peut être que classique : d’ailleurs, on dit Gilles de Robien. Les gens à particule, ils sont tous à l’UDF, ils sont les chantres du centre, comme Giscard. Mais comme si çà ne suffisait pas vint en 2006 le temps du Robien recentré, çà ne s’invente pas !

La même année, coup double avec le Borloo neuf et le Borloo ancien. Neuf peut-être mais chiffonné et pas peigné !

En 2009 : le Scellier. Çà fait sérieux, notarial, entre cave à vin et enveloppe scellée – la province patrimoniale, style Bordelais.

Quatre ans plus tard vit apparaître le Duflot… ou le Duflop, car il a fait un bide. Et coucou, voilà mon Pinel. Pas de gros mots, s’il vous plaît ! Pinel aura-t-il guéri la névrose défiscalisatoire ? Mais je confonds avec Philippe Pinel (1745-1826), l’un des pères de la médecine mentale moderne.

A propos, d’ailleurs, de cerveau qui disjoncte et de connections qui ne se font pas, voici le Cosse ancien, qui remplace le Borloo ancien, et nous aboutissons en 2018 au Pinel recentré

Tout çà, tout çà pour accoucher l’année dernière du Denormandie. C’était laborieux…

Et j’apprends qu’existe aussi le Censi-Bouvard !

Qu’en pense Pécuchet ?

Comme quoi fromage et défiscalisation, çà n’est pas toujours la Suisse !

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Dekoikonparle ? (2)

Inde(s)/Indien/Hindou

Sur mon lieu de travail, une minute de silence a été dite lundi 26 octobre en mémoire de Samuel Paty, victime d’une fatwa islamiste. Quelque chose, néanmoins, me chiffonne et ne me met pas à l’aise. La note de service annonçant cette cérémonie stipulait (de mémoire) : « pour ceux qui le souhaitent ». Cela m’a rappelé le cours de Samuel Paty, invitant « ceux qui le souhaitent » à ne pas regarder les caricatures, ou par effet miroir, à assister à la séance. Bien sûr, tout le monde est libre de faire ce qu’il veut : une minute de silence n’est pas une consigne professionnelle ! Mais dans ce cas de figure, « pour ceux qui le souhaitent » peut vouloir dire « si les valeurs républicaines heurtent votre sensibilité, n’y assistez pas ». Bien entendu, il n’y avait aucune mauvaise intention de la part de la direction, mais je pense qu’on a tous gardé dans notre inconscient l’attitude d’ « encore [se] coucher », comme le titre Marianne du 21 octobre.

N’y pensons plus (tout au moins le temps de lire ce blog), et évadons-nous avec le deuxième volet de notre Dekoikonparle ? :

Quand j’étais petit (oui, marcjoly a été petit), les Hindous vivaient en Inde, et les Indiens combattaient les cow-boys avec des plumes sur la tête. Aujourd’hui, ce sont ces derniers qui vivent en Inde, les Hindous se contentant d’être des adorateurs de Vichnou.

Alors Indiens ou Hindous ? Et pourquoi les Sioux ou les Apaches sont des Indiens ? Et « les Indes » ? Il y en avait plusieurs ?

On nous a tellement dit que le mot « hindou » n’avait rien à voir avec celui d’ « Inde ». En réalité, les deux sont dérivés de la version en vieux persan, hindu, du mot sanskrit Sindhu, l’appellation du fleuve… Indus. Tiens, un troisième compère ! L’Indus est en fait à l’Inde ce que le Nil est à l’Egypte : une colonne vertébrale qui a façonné la civilisation.

Le monde occidental connaissait dès l’Antiquité l’existence de l’Inde, de par les routes commerciales terrestres ou maritimes. Le mot eut tendance a désigner l’Asie lointaine, et quand Christophe Colomb pensait aller en Inde, il disait vrai : il voulait rejoindre l’extrémité de l’Asie, et les habitants du Nouveau Monde furent appelés… Indiens.

Ainsi, les Antilles furent appelées Indes occidentales, pour ne pas les confondre avec le sous-continent indien, mais aussi avec les Indes néerlandaises, à savoir notre… Indonésie, à l’époque colonie hollandaise. Les Anglais en rajoutèrent une couche, ou plutôt plusieurs avec leur Empire des Indes, qui comprenait les actuels Pakistan, Inde, Sri-Lanka et Birmanie. Jusqu’aux indépendances de 1947, l’on parla des Indes au pluriel.

Mézalor, mézalor (comme dirait Queneau), si les Indiens sont en Amérique, comment appeler ceux d’Asie ? On trouva une facilité : Hindous, car la plupart l’étaient, mais le mot désigne les pratiquants de l’Hindouisme, cette religion issue du brahmanisme. Et çà tombe bien : les Indiens parlent l’hindi, qui s’écrit en alphabet devanagari. La même langue se parle au Pakistan, mais avec l’alphabet arabe : c’est l’ourdou. Evidemment, en Inde, tout est compliqué : tout le monde n’est pas hindou (on compte des musulmans, sikhs, bahaïs, chrétiens…) et 40% seulement de la population parle hindi (langue officielle).

« Votre père ? -Hindou. -Et votre grand-père ? -Un dur ! »

Nouveau rebondissement : il fallait distinguer la nationalité de la religion. L’Inde fut à nouveau peuplée d’Indiens, et « ceux d’Amérique » devinrent des Amérindiens. Quant aux Etasuniens, ils ont d’abord dit Indians (ce qui est ambigu) ou Natives (considéré comme dégradant). Ils se sont ensuite rabattu sur Indian-Americans, tout aussi ambigu depuis l’immigration provenant du sous-continent indien. On n’en sort pas ! L’Amérique latine a, elle, gardé Indianos.

Enfin, cette appellation quelque peu internationale ne l’est pas du tout chez les intéressés : l’appellation officielle de l’Inde est Bharat. Rassurez-vous, dans le langage courant, les Indiens disent Hindustan : l’honneur est sauf.

L’Hindustan Ambassador : un modèle culte de la production automobile indienne !

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Mauvaises « translations » ! (1/2)

Nouvelles du front (sans majuscule…) :

Un fidèle lecteur, M. Lallouët, de Jeteux-Plumerai (Orne), donne l’exemple, lui : il a mis l’adresse du site en favoris. Prenez-en de la graine (ah ! ah !).

Quant à l’excellent Etienne Ruhaud (https://pagepaysage.wordpress.com), il publie Animaux, préfacé par Jean Renaud et illustré par Jacques Cauda, sorti le 13 octobre chez Unicité (12 €). Il s’agit d’un autre bestiaire fantastique, onze ans après Petites Fables. Vous pouvez le commander en librairie, sur le site d’Unicité, de la Fnac ou d’Amazon.

Le français menacé par l’anglais. Est-ce un désastre et la mort annoncée de notre langue ? Ou est-ce une évolution linguistique naturelle ? Seul le fameux cliché du « temps long » saura nous le dire…

Ce qui clair c’est qu’on ne parle plus correctement l’anglais : nous croyons parler la langue de Shakespeare, alors que nous parlons… le jargon de Nicolas Sarkozy croyant parler anglais !

Nous ne savons pas le traduire non plus, et nous tombons dans le piège des faux-amis, des contresens et de la paresse, car il faut réfléchir avant de traduire !

Cette rubrique est donc consacrée aux erreurs les plus courantes, et qui vont malheureusement plus loin que le registre journalistique. Votre serviteur, qui s’est adonné à la traduction dans une vie antérieure, vous en propose quelques unes.

  • Année fiscale – taxes.

Dans les traductions de textes américains, on trouve l’expression « année fiscale ». Y aurait-il des années où l’on paie des impôts, et des années où l’on en paie pas ? En réalité, fiscal year (ou FY) désigne l’année n pour laquelle la prévision des rentrées d’impôts a déterminé le budget de n+1. En bon français, çà s’appelle simplement l’année budgétaire ou l’exercice budgétaire. Les Américains considèrent le moyen (impôts et taxes) quand les Français considèrent le résultat (le budget) ! Sauf que le mot impôts apparaît peu dans les textes traduits de l’anglais, même britannique, car tax désigne aussi bien une contribution sans affectation particulière (impôt, TVA), que celle affectée à une ligne budgétaire précise (produits pétroliers, alcools, vignette automobile…). Sans indication techniques précises, mieux vaut donc traduire taxes par impôts

  • Bannir.

« Le gouvernement veut bannir le glyphosate ». Non ! Il veut l‘interdire. Ou alors le bannir de la liste des pesticides autorisés, ce n’est pas la même chose ! Bannir n’est pas interdire, c’est expulser, proscrire, refouler, mettre au ban de quelque chose. Bannir n’a pas un sens absolu. C’est qu’on traduit mal l’anglais to ban, signifiant interdire . Et bannir se dit to banish

  • Banque de l’Ouest.

Je l’ai vu une fois. Quelque chose comme : « Les investissements ont été alloués en faveur de la Banque de l’Ouest ». L’article parlait des rapports israélo-palestiniens. Bank, en anglais, c’est une banque, mais c’est aussi la rive d’un fleuve. C’est le sens véritable de la station de métro Bank à Londres, même si elle se situe près du quartier des banques… Dans le contexte palestinien (ou israélien, suivant les affinités), the West Bank désigne la rive ouest du Jourdain, c’est-à-dire la Cisjordanie, grosso modo les anciennes Samarie et Judée.

  • Billion.

Si vous lisez quelque part « billions » de dollars (ou d’euros), c’est qu’il s’agit d’un texte mal traduit de l’américain. Un billion, en anglais étasunien, c’est un milliard (1 000 000 000). Billion existe en français, mais il désigne un million de millions (10 puissance 12), et appartient à la série bi-, tri-, quadri-, quinti-, sextillion. Mais au point où planent les transactions financières, çà ne fait plus vraiment de différence…

  • Challenge.

Voilà bien un mot emblématique de notre monde libéral et compétitif ! Challenge, comme beaucoup de mots anglais, vient de l’ancien français chalenge (« débat », « réclamation », « défi ») < latin calumnia (« calomnie », avant extension de sens). Or, voilà, nous sommes en 2020, et un mot existe déjà : c’est justement défi. Seulement, défi fait duel dans le pré, alors que « challenge » fait start-up (pardon : jeune pousse) et BFM TV.

En français dans le texte !
  • Destroyer.

« Oh, c’est bien connu, un destroyer çà doit être une sorte de vaisseau de guerre, comme il y a les avisos, les corvettes, les croiseurs, les cuirassés, les frégates… Enfin, vous savez, moi, j’y connais pas grand-chose… » Voilà qui est dit ! Surtout que les cuirassés, çà n’existe plus : cela signifiait les navires de guerre en métal par opposition à ceux en bois… mais nous sommes là aussi en 2020 et le terme est obsolète ! Quant à destroyer, c’est un destroyer ship, mot-à-mot un « navire pour détruire ». En bon français, çà s’appelle tout simplement un navire (ou vaisseau) de guerre ! Il est vrai qu’au sens strict, il signifie également contre-torpilleur. Mais comme on le voit, il y a un mot français pour le dire !

  • Digital.

Nous voilà au pompon, à l’acmé, à la cerise sur le gâteau de la mauvaise traduction ! A tel point qu’une amie pensait que le mot désignait les objets commandés par effleurement. Cela aurait pu également être vrai, sauf que cela concerne aussi ceux à commande vocale ! Quoique le doigt… En effet a digit, en anglais signifie « chiffre », « numéro », et quoi de plus naturel de compter sur ses doigts : le mot vient de là. La digital technology est celle qui, au lieu d’enregistrer physiquement des informations (par microsillon, bande magnétique, pellicule photo…), les convertit directement en données chiffrées puis les restitue physiquement. Il s’agit donc, en français, de technologie numérique, par opposition à l’ancienne, analogique. A noter que certains se sont débarrassés de « digital », mais n’ont pas fait mieux : c’est la Fnac, dont le département numérique s’appelle maintenant en jargon « Fnac connect » [sic] !

To be continued, heu, à suivre …

Polémique, vérité et opinion

En guise d’apéritif, une contrepèterie en lien avec l’actualité : « Bécaud, je vous présente Magritte ! »

Pas de polémique ! C’est ce qu’on entend souvent. Les gens ont peur de la polémique. Elle est mal perçue en France : on croit qu’être polémique, c’est être intolérant. Parlez donc de (vraie) politique, ou tout simplement de ce qui relève des idées à vos collègues et amis, et vous ferez le vide autour de vous !

C’est que la population a bien été conditionnée, et ceci dès l’école.

En classe de français, il fallait être objectif. Le moindre écart, et le couperet tombait : « c’est connoté ! » Cette matière, faite pour développer l’argumentation et l’imagination, n’allait pas du tout dans ce sens ! D’ailleurs les manuels, dont le Lagarde & Michard, ainsi que les Classiques Larousse, nous obligeaient à penser ce qu’il fallait penser, puisque les fameuses Questions de bas de page de ces livres n’appelaient qu’une seule réponse. L’élève était littéralement soumis à la… question ! Claude Duneton avait très bien soulevé le problème dans Je suis comme une truie qui doute (Seuil, 1976).

Souvenons-nous de ce monument de l’enseignement du français qu’est la dissertation. Première partie : je pense carpe. Deuxième partie : je pense lapin. Et troisième partie : je fais la synthèse de la carpe et du lapin. Cà, c’est fort ! C’est de la prestidigitation ! Du « en même temps » macronien (ou plutôt jésuitique, en référence à ses maîtres). Evidemment, toute opinion n’est pas tranchée, loin de là ! Mais l’exercice est artificiel : pourquoi deux propositions de base ? Pourquoi pas une, ou trois, ou quatre ? Et pourquoi chacune de manière égale ? Unité de temps, de lieu et d’action ? Jardin à la française de la pensée ?

Je soupçonne les bêtes à concours de n’avoir aucune opinion sauf « tout pour ma gueule », ou d’avoir celle de l’idéologie dominante. Et c’est ce qu’on voit dans le monde du travail…

Conséquence de cette pensée unique précoce : le relativisme. Ainsi, il fallait que toutes les cultures se valent, et défense de hiérarchiser celles-ci, même si certaines ont bâti leur système économique sur l’esclavage, ou étaient rythmées par les sacrifices humains ! C’est ainsi qu’aujourd’hui l’on en vient à tolérer dans notre république des cultures (notamment orientales ou méditerranéennes) qui prônent l’infériorité des femmes ou l’antisémitisme.

Et l’on en vient à dire qu’il y a plusieurs vérités ! C’est confondre les opinions, les mentalités ou bien encore les visions du monde, avec la vérité. Sauf que nous ne sommes malheureusement plus en démocratie, mais en dictature de l’opinion, les médias étant le relais des aspirations des élites et l’outil de manipulation des populations, ne serait-ce que par le martèlement en boucle des infos. Vous n’avez jamais remarqué que les « opinions » de la machine à café sont des répétitions de perroquet d’infos qui traînent ?

« Le nucléaire est dangereux », « les Chinois sont des salauds », « çà ne sert à rien d’aller dans l’espace, occupons nous de la Terre d’abord »…

On connaît cette « opinion » : « en Russie, toute la presse est aux mains des oligarques ». Et de fermer les yeux sur la situation française, aux mains des Lagardère, Bolloré, Bouygues, etc. C’est que toute la presse française, hormis L’Humanité et Marianne, est pro-libérale. Eh bien, cela ne suffisait pas : en 2013, naissait un nouveau quotidien « libéral, européen et pro-business ». Son titre : L’Opinion ! Orwell pas mort !

On pourrait alors s’en tenir à la juxtaposition des opinions. C’est ce qu’on a d’ailleurs vu avec la crise sanitaire : 65 millions d’opinions différentes sur le masque, sur les gestes barrières, etc.

Alors ? Pour faire avancer le schmilblick, il faut ce que certains appellent le débat – je dirais, moi, la polémique [cf. la rubrique Ma bibliothèque amoureuse (4/l’infini) de ce blog, concernant les Dialogues de Platon], car les débats, en France, n’en sont jamais. Ne pas parler de politique à table ou en famille, par exemple, devrait être un péché (certains croient parler politique : mais ils s’agit au pire du « café du commerce », au mieux de la répétition perroquet mentionnée plus haut). Evidemment il faut pour cela l’éducation du citoyen à la chose qui s’appelle les idées – l’Education tout court, quoi ! Pas l’éducation nationale…

Ils en ont parlé !

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