Exercices de « stiche » (5)

Entrevue avec Serge Rezvani, peintre, écrivain et auteur-compositeur-interprète (97 ans aux fraises !) dans l’Humanité Magazine du 22 mai. Lui et son père ont fréquenté Picasso. « Je suis critique à l’égard de Picasso […] C’était un torero, un tueur […] Ce n’était pas un intellectuel. Sa peinture renvoie d’ailleurs à deux dimensions. c’est un plâtrier ». Et vlan ! C’est ce que j’ai toujours pensé.

Les auteurs d’attentats (ou de leur tentatives) islamistes ou antisémites ne sont plus désignés comme tels. Ce sont maintenant des « personnes atteintes de troubles psychiatriques ». Pas de vagues !

"Ses vociférations joyeuses ne tardèrent pas à faire sortir de leurs lits, puis de leurs appartements respectifs, les habitants des quatrième et cinquième étages : Madame Hébert, Madame Hourcade, le grand-père Echard, les joues pleines de savon à barbe, Gervaise, la gouvernante de Monsieur Colomb, avec une liseuse en zénana, un bonnet de dentelle et des mules à pompons, et enfin, la moustache en bataille, Emile Gratiolet lui-même, le propriétaire, qui habitait alors au cinquième gauche dans un des deux appartements de trois pièces que trente-cinq ans plus tard les Rorschach allaient réunir."

J’avais déjà écrit quelque chose sur François Rabelais*. Et là, je vous le propose en pastiche, et de surcroît, en pastiche du thème décliné dans Exercices de style, de Queneau !

*https://champouin.wordpress.com/wp-admin/post.php?post=867&action=edit

A priori, une parodie de Rabelais avec un autobus, ce n’est pas possible. Après tout, une fourmi de dix-huit mètres avec un chapeau sur la tête, ça n’existe pas. Et un oranger sur le sol irlandais, on ne le verra jamais. Mais si, justement : avec ce bonhomme, tout est possible ! Un « autobus » vert et crème de la ligne S (comme Satan…), tel un sous-marin jaune, çà existe ! Mais bête, château, église, il faut bien attaquer les relents dépassés de féodalité ainsi que les grenouilles de bénitier.

Bourvil, Ballade irlandaise (Un oranger…), paroles et musique : Eddie Marnay et Emil Stern, 1958.

Mes trouvailles, dans ce texte, sont la contrepèterie galon tressé/talon graissé (signalons que la réputation de l’oeuvre de Rabelais à contenir des contrepèteries est usurpée : on en compte à tout casser deux, dont un à-peu-près), et le calembour homme de l’art/homme de lard, le lard étant par ailleurs une denrée omniprésente chez cet auteur !

J’ai utilisé l’orthographe* de l’édition originale. Par contre je ne garantis pas la contemporanéité du vocabulaire, mais mes recherches ont montré que celui que j’ai utilisé (sauf autobus) existait à l’époque de Rabelais. De tout façon, ce dernier a inventé une centaine de mots de la langue française…

*ou plutôt la graphie tout court : à l’époque de Rabelais l’orthographe n’était pas fixée, elle variait au gré des imprimeurs.

Voicy… pardon, voici le texte, qui est curieusement court :

Comment Souffrarpion disparust de la chose denommée autobus et ce qu'estoit la diste chose..

Ce fust le jour, vers midy, prés la plaine Montceau, que l'on vist une enorme demeure de couleur verte et aussi de celle de la creme. A propos de creme, la chose, qui faisoit cinquante piés de long et dix de large, reposoit sur ce qui s'apparentoit à des roues de fromaiges comme en font les Helvetes, et arboroit les initialles de Satan.

Au derriere de cet engin, denommé par les Latins autobus (cf. Suetone,
De Autobis, bibliotheque du college de Saint-Victor), se trouvoit ung paroissien qui avoit pour nom Souffrarpion, dont le col ressembloit à la beste d'Affrique que les Portugois nomment cameleopard. Il portoit ung couvrechief mol, entouré d'ung galon tressé au lieu de ruban, car il y a galon tressé et talon graissé.

Le dist Souffrarpion gourmanda son voisin : « Hé mon amy, est-ce par jeu que tu ecrases mes piés chaque foys que des chrestiens montent et descendent de l'autobus » ? Puis il abandonna la querelle et alla s'asseoir sur une chaize devenue libre, dist il, car nul ne vist de chaize, ni de voisin, ni de chrestiens. Nul ne sait meme si les autobi existent. Certains disent que l'autobus est une beste, d'autre qu'il s'agit d'ung chasteau, et les coquins disent que c'est une eglise.

Deux heures sonnerent lorsque cependans Souffrarpion fust apperçu devant le cloistre Saint-Lazare, en grande conversation avec ung maistre d'ecole luy tenant ce propos : « D'aprés Aristote, il ne convient point de laisser ainsi l'echancrure de ton habit. Tu devrais faire mettre altior cestuy bouton par un homme de l'art . -C'est qu'il y a homme de l'art et homme de lard », repondist Souffrarpion.

Contre la charité et le bénévolat

LA LISTE PEREC DU JOUR :

" Où étaient-elles les boîtes de cacao Van Houten, les boîtes de Banania avec leur tirailleur hilare, les boîtes de madeleines de Commercy en bois déroulé ? Où étaient-ils les garde-manger sous les fenêtres, les paquets de Saponite, la bonne lessive avec sa fameuse Madame Sans-Gêne, les paquets de ouate thermogène avec son diable cracheur de feu dessiné par Cappiello, les sachets de lithinés du bon docteur Gustin ? "

Je dois être un des rares à savoir ce que sont des lithinés. « Le lithiné est une boisson effervescente, à visées prétendument thérapeutiques, préparée à la maison dans une bouteille hermétique, avec de l’eau dans laquelle on dissout un sachet d’un mélange de sel de lithium, d’acide tartrique et de carbonate de sodium, qui, une fois en solution ces sels dégagent du gaz carbonique* qui se dissout dans l’eau » (Wikipedia). Ma grand-mère, dans sa pharmacie, vendait des sachets de lithinés. Je ne me rappelle pas de ceux du Dr Gustin, mais je me souviens bien des Lithinés Vée.

*Souligné par nous. Visiblement, on ne connaît pas la syntaxe chez Wikipedia

Dernière minute : la victoire du PSG contre Milan : 1. On en à rien à foutre. 2. Le patriotisme, ce n’est pas les résultats de ces conneries, ni même un drapeau et un hymne, mais une « certaine idée de la France ». 3. Cette équipe « française » appartient au Qatar, nation (?) esclavagiste qui de surcroît bafoue les droits de l’homme, et plus encore ceux de la femme. 4. Le Qatar a « investi » 400 millions d’euros sur le PSG. Et si nos dirigeants, obsédés par la dette, lui demandait de la rembourser ? 5. Est-ce le rôle d’un président de la République de recevoir des footballeurs à l’Elysée ? 6. « La France est entrée dans l’Histoire », « Çà fédère les Français », gningningnin… 7. On perd : casse (crime d’honneur). On gagne : casse (baroud d’honneur). 8. Des hordes de branleurs des banlieues (qu’il convient d’appeler des jeunes), galvanisés par la victoire (du PSG ou bien du Qatar ?) en ont profité pour entrer dans Paris et faire les kékés, avec une bonne dose de communautarisme et de masculinisme. On a les paires de couilles qu’on peut.

J’ai lu cet opuscule : François Ruffin, Mgr Olivier Leborgne, Paix intérieure et paix sociale – Dialogue entre un député et un évêque sur la spiritualité et la politique, TempsPrésent, 2018.

Le premier, député LFI de la 1ère circonscription de la Somme et le second, évêque d’Amiens puis Arras, se connaissent bien et sont amis, d’autant qu’ils ont chacun la fibre sociale, en témoignent leurs combats en faveur des migrants ou des ex-salariés de Whirlpool.

« La charité a toujours soulagé la conscience des riches, bien avant de soulager l’estomac du pauvre ».

– Alfred Sauvy, démographe et sociologue, in Mythologie de notre temps (1965)

Il y a cependant entre eux un différend : Leborgne prône sans surprise la charité, mais Ruffin note que les cadeaux aux riches se comptent en milliards, et ceux aux pauvres en millions, « version moderne de l’obole » – il veut dire l’aumône. Et de comparer cela à celles accordées au 19ème siècle aux pauvres par les dames patronnesses : au mieux se donner bonne conscience et au pire, ne surtout pas changer le système… Supprimons l’ISF pour les actionnaires à hauteur de 3,5 milliards d’euros, mais n’accordons que 50 millions pour les Ehpad : la France n’a pas les moyens budgétaires et il faut rembourser la dette, air connu.

Mgr Leborgne aime bien le mot charité mais pense que sa signification a été dévoyée : selon lui, il ne ne doit pas s’agir d’une sorte de piété dégoulinante ne contribuant pas à changer les structures, car « il n’y a pas de charité sans justice ».

Je (c’est votre serviteur qui parle) n’ai jamais donné d’argent aux « oeuvres* » humanitaires : contre le cancer, contre la faim dans le monde, pour l’aide aux démunis, pour l’environnement**… Je considère que je n’ai pas à me substituer à l’initiative publique. Sinon, c’est trop facile : je suis le brave couillon qui fait le boulot à la place se ceux qui doivent le faire… Et je ne parle pas des nouvelles conditions pour bénéficier du RSA, avec ses quinze heures d’activités non rémunérées…

*Ce mot pue le 19ème siècle… Suffit-il de changer deux lettres pour que pauvres se transforme en oeuvres ?

**Cela me rapelle ce sketch de Chevallier & Laspalès : -« T’as donné, toi, contre la faim dans le monde ? » -« Ouais. Eh bien, pas plus tard qu’hier, y’en avaient qu’avaient encore faim » -T’as raison : çà sert à rien ».

Quitte à faire du bénévolat, autant le faire en militant dans une structure politique ou syndicale (ce que j’ai d’ailleurs fait). Ah oui, c’est plus chronophage ? Ah oui, c’est plus exposé et on peut s’en prendre dans la gueule ? Ben, tiens ! C’est moins confortable que la charité…

D’ailleurs, on nous demande de « faire à la place des autres » dans d’autres domaines, comme celui, entre autres, du commerce et des services… Editer soi-même son billet de train ou d’avion, scanner soi-même ses courses au supermarché, oblitérer soi-même son colis à La Poste, en récupérer un autre soi-même dans les casiers automatiques à l’entrée du Monoprix, vider soi-même ses restes dans le bon bac avant de sortir de la cantine, former soi-même les nouveaux collègues à la place du n+1, appeler soi-même les prestataires de l’immeuble à la place du gardien, participer soi-même au mécénat de lieux de patrimoine à la place des milliardaires* et, le pompon : indexer soi-même, en tant que particulier, les documents des Archives Nationales, grâce à la plate-forme « participative » Girophares ! On remarquera que le vocable « participatif », en novlangue orwellienne, signifie « pigeon (béné)vole ».

*Le mécénat étant là pour faire ce que l’Etat ne fait pas, quelle mise en abîme !

C’est simple : les entreprises de service et les services publics, par radinerie du patronat ou de l’Etat, nous utilisent. C’est alors nous le produit !

On admettra tout de même que caissièr(e) (pardon : hôte(sse) de caisse !), employé(e) de guichet, et (ex-) poinçonneur/euse du métro étaient ou sont des métiers (?) pénibles et répétitifs, ce qui est vrai. Faux argument pour le patronat ou l’Etat car c’est le cadet de leurs soucis!

Verra-t-on des appels à bénévolat pour sauver les services publics ? A suggérer à Bayrou ou à Musk… Sans formation ni rémunération, allez aider l’hôpital, l’école, la police ! Une affiche, dans ma rue : « Nettoyage participatif » (encore). Ramasser les ordures à la place des éboueurs ! Il suffira d’enrober ces appels « participatifs » d’un vernis de citoyenneté, d’inclusivité, de solidarité européenne et de transition climatique, sous oublier l’allusion aux valeurs sportives !

Il y a quelques années, on lisait ici ou là que les DRH appréciaient les mentions d’expérience de bénévolat dans les CV. C’était, disait-on, la preuve de notre implication, de notre volonté et de je-ne-sais-quoi. La réalité a été autre : les recruteurs, au vu d’une telle expérience ont pensé que les candidats ne savaient pas se vendre et ne comprenaient rien à la compétition. Bref : des losers. C’est justement ceux que l’on exploite !