
D’après Umberto Eco…
Bonne rentrée à tous !
Je vous souhaite une bonne année 2024 sans égorgement ni décapitation. Pendant les JO, çà ferait tache… Sauf pour Mélenchon et Chikirou, incapables de prononcer le mot « terroriste ». Ces deux-là osent tout : c’est à çà qu’on les reconnaît.
Quoi d’autre au menu ? L’assassinat d’un dirigeant des Brics (au hasard : Lula), un conflit contre l’Arabie saoudite, seul médiateur possible pour le conflit israélo-palestinien (sauf si Marwan Barghouti est assassiné dans sa cellule) et un petit krach financier de derrière les fagots.
Quoi d’autre encore ? Les « experts », hier de la covid, aujourd’hui de la Russie (les mêmes qui avaient prédit la chute « imminente » de Bachar el Assad), passeront six mois de plus à prévoir la fin du pouvoir russe, déjà prévue dès… février 2022 ! Caramba, encore raté ! Sans compter, comme l’a affirmé Lloyd Austin, le Secrétaire américain à la Défense, qu’il est « fort probable » que les troupes américaines se retrouvent bientôt en train de combattre la Russie en Ukraine… Pourtant çà devrait marcher : l’Union européenne, (avec bientôt à sa tête Mario Draghi qui a déclaré le 29 novembre que l’UE devait se transformer d’urgence en un Etat à part entière), c’est la démocratie et la diversité… Quoi ? J’ai dit une bêtise ? Enfin.. Tant que l’Otan ou le Hamas sont là pour nous débarrasser des punaises de lit…
Dernière minute : nous avons une ministre de la Santé, des Affaires sociales… et du Travail (mais pas de la santé au travail…). Et un ministère de l’Education nationale, des Sports et des Jeux olympiques et paralympiques… Faut-il en rire ou en pleurer ? Un ministère des JO ! Nous en sommes là ! Je suggère un ministère des Affaires étrangères, européennes et du football, voire un ministère de (l’agri)culture… Pendant ce temps, la Chine, dont les objectifs sont la fusion nucléaire, l’exploration spatiale et la recherche fondamentale s’esclaffe, et a raison de nous considérer comme des guignols.
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A chaque repas de fin d’année, surgit toujours le sujet clivant qui divise tout le monde à table et mène au clash. Il y a ainsi eu la covid (« Moi, j’te dis que c’est un complot des Chinois/que la covid n’existe pas/que les vaccins c’est dangereux »), la réforme des retraites (« Moi, j’te dis que c’est un complot pour éliminer les vieux/que la réforme est nécessaire pour éponger la dette »), la guerre en Ukraine (« Moi, j’te dis que Poutine va envahir la Pologne/que tout ça c’est un complot des pétroliers à cause des gazoducs »). Cette année, le sujet tournait autour de Depardieu. Pour ou contre Gégé…
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Sur Kissinger :
Kissinger, Delors… Ils ont fait partie de ces gens dont on se demande s’ils vivent encore… Or je suis tombé, en famille, sur une émission TV idiote (pléonasme) comportant une séquence intitulée Mouru/pas mouru ? Il s’agit de proposer des noms de célébrités à l’invité et de lui demander s’ils sont morts ou non !
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LA LISTE PEREC DU JOUR :
Bartlebooth [...] y disposait, dans un ordre rituel, treize petits godets de couleur - noir d'ivoire, sépia colorée, terre de Sienne brûlée, ocre jaune, jaune indien, jaune de chrome clair, vermillon, laque de Garance, vert Véronèse, vert olive, outremer, cobalt, bleu de Prusse - ainsi que quelques gouttes de blanc de zinc de Madame Maubois [...]
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DE L’IMPOSSIBILITE DE VISITER LE MUSEE CLUMET
ou dix raisons psychosexuelles de ne pouvoir visiter un musée.
Un jour, je m’enquis d’aller visiter le musée Clumet (6, place d’Iéna – et – Paul-Painlevé réunis) à Paris, à savoir le musée des Arts Médiétiques et Asiavaux. Je ne voulais pas rater de contempler la fameuse oeuvre dite « aux Mille Fleurs »*, la Joconde de ce musée.
*Pour certains il s’agit d’un vase, pour d’autres une tenture. Faudrait savoir !
Malheureusement, cette oeuvre était partie pour une grande exposition à Sidney. Un article du Journal des Arts m’informa que la dite expo se terminait début octobre. » Bon, me dis-je, comptons qu’elle soit prolongée, comptons aussi le démontage/transport/remontage (car je ne suis pas naïf, je sais ce qui se passe en coulisses), je remets çà début janvier. »

Début janvier, je trouve porte close : une feuille A4 chiffonnée et de travers, fixée par un adhésif révélant des empreintes digitales et dans lequel un cheveu s’était inséré, disait qu’« en raison d’un incident tecnique [sic], le musée [était] exceptionnellement fermé. »
Autre jour, autre tentative. La salle dans laquelle se trouve l’oeuvre était fermée, car on montait in situ l’installation contemporaine Mon (mes) seul (s) désir(s) dont j’appris plus tard qu’il s’agissait d’une banderole en matière recyclée représentant un dragon chevauchant sexuellement une licorne, le tout s’appelant [Untitled #4], car l’auteur, « un artiste gay helvéto-ukrainien d’origine kényane qui vit entre Londres et Séoul » comme l’indiquait la plaquette de présentation, en avait réalisé d’autres.
Quand ce cirque fut terminé, je me cassai encore le nez. On ne pouvait accéder au musée. Celui-ci faisait l’objet d’un tournage pour la saison #2183 de Games of Thrones à moins que ce fut pour le dernier film de Woody Allen dans lequel Kate Winslet visite la Conciergerie, le musée Clumet et le Palais de Tokyo.
Lorsque je revins, le musée subissait un mouvement social. Un employé qui distribuait des tracts, un autocollant Cgt sur le sein gauche, m’informa que l’EPMC (Etablissement Public du Musée Clumet), suite à un audit du cabinet Deloitte, KPMG, BDO, PwC et associés, avait décidé de fusionner les surveillants, caissiers, conférenciers, agents de sécurité incendie et vendeurs de la boutique en un seul corps de personnel, lequel serait affublé d’un uniforme de pompier/vigile, sur le bandeau duquel serait inscrit « Clumet – Extrêmuséum ».

Tout conflit social a une fin, ne serait-ce que par usure, et je décidai de retenter ma chance. A l’approche du musée, une grappe de gens battait le pavé à l’extérieur, tandis qu’une sirène émettait, du tréfonds du bâtiment, un « dindon-dindon-dindon », entrecoupé d’une bouillie de messages qu’on ne saisissait pas. On m’expliqua qu’une alarme incendie s’était déclenchée, et que cela risquait de durer fort longtemps.
Je pris mon mal en patience et tentai encore un autre jour. Mais une foule considérable accompagnait déjà les couloirs, les quais et les rames du métro. En sortant, le quartier était bouclé. Le Comité olympique international avait décidé de faire passer la flamme éponyme par le musée Clumet, le sport étant désormais considéré comme une « pratique culturelle » et facteur de diversité et d’inclusivité. Le ministre de la Culture, Franck Ribériester, était lui-même un ancien joueur de foot.
De guerre lasse, je revins à l’assaut un mois plus tard. Hélas, des installations provisoires de type Algeco m’ont fait présager l’impensable : une feuille délavée par les pluies, insérée dans un transparent d’écolier, et le tout fixé par de l’adhésif type « déménagement », m’informa que le musée était fermé pour rénovation. Réouverture dans deux ans !

…
Deux… cinq ans plus tard, le musée avait rouvert depuis quelques semaines et je fus comblé : finis le hall étriqué, les éclairages pisseux, les multiples marches à monter ou descendre et le parquet crasseux ! Malheureusement, la salle dédiée à l’oeuvre aux mille fleurs était privatisée : un défilé de mode s’y déroulait le soir même, organisé par la maison Gucciotte dans le cadre de la Fashion Week.
Je remis le paquet deux semaines plus tard. Stupeur ! Une affiche, ejusdem farinae que celles précitées, me signifia que le musée était définitivement fermé. « Pour en savoir plus, flashez ce QR code ». Nul code sur ce torchon : il figurait sur une autre affiche, format A2 et imprimée, fixée dans un cadre sur la palissade du chantier. Que je ne pus scanner, mon téléphone n’étant pas connecté à l’internet.
J’eus l’explication : la nouvelle ministre des Contenus culturels (nouvelle appellation du ministère concerné), Faune Pellegrin, avait pris la décision, en accord avec le Président de la République et l’Union Européenne, de sortir les musées nationaux encore non autonomes financièrement du giron de l’Etat (opération promue par Ingrid Micron, l’épouse du Président), et de les confier à des fondations « afin de réduire le fardeau de la dette ». Clumet revenait à celle créée par le milliardaire et mécène Marc Toutdroit de la Carrière. Les oeuvres, qui dormaient physiquement dans le musée, « tournaient » désormais dans des lieux culturels prestigieux à l’international : Venise, Abu Dhabi, Shanghai, Barcelone…
Consolation : on peut toutefois les contempler sur le web à condition, bien sûr, de s’abonner à Gogol Artefacts (99,99 € par mois).
Je mourrai sans revoir mon oeuvre aux Mille Fleurs, sauf dans un vieux Skira en noir et blanc, ou bien un Taschen des années 70 aux couleurs fausses…
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