Dekoikonparle ? (5)

Le nucléaire

(Pas mal, mon centrage de texte sur l’illustration ci-dessus…)

Edifiant : dans Le Parisien du 14 octobre, un reportage sur ce que le nom de Samuel Paty représente pour les collégiens et lycéens franciliens. Je passe sur « Samuel Paty, il est au PSG, c’est çà ? »… Pas forcément d’hostilité manifeste, mais pour la plupart quelque chose du genre : « Ah oui, c’est le prof qui s’est fait tuer parce qu’il allait trop loin* »… Et déjà, à l’annonce de la commémoration de sa mort, des menaces de la part de parents…

*Souligné par nous.

A l’heure où « l’urgence climatique » nous recommande en même temps d’éviter et de préférer l’énergie nucléaire, et où d’autre part un conflit atomique est malheureusement envisageable, la chose – « le nucléaire » – est d’actualité.

L’opinion a été marquée par Three Mile Island (1979), Tchernobyl (1986) et Fukushima (2011). La cause de Tchernobyl, c’est l’incompétence du personnel de la centrale et des dirigeants soviétiques, non la technologie per se. Celle de Fukushima, c’est un tsunami (même remarque). Quand à Three Mile Island, le coeur a fondu mais la cuve étanche a rempli son rôle. Il n’y a donc pas eu d’accident nucléaire à cet endroit*. Le Dictionnaire des idées reçues de Flaubert, écrit aujourd’hui, mentionnerait « Nucléaire : toujours être contre ». Marie Curie au poteau ! Mais comment être contre un principe physique ? Pourquoi pas contre la gravitation ou contre le Gulf Stream ? Mais au fait, quand on dit « le nucléaire », dekoikonparle ?

*Il est en effet important de savoir de quoi l’on parle. A la suite des dysfonctionnements de Three Mile Island, les faiseurs d’opinion environnementalistes et médiatiques comme Jane Fonda furent déchaînés et il y eut ce film : Le Syndrome chinois. Ce « syndrome » serait le fait que la fusion extrême d’un réacteur américain ferait celui-ci s’enfoncer au point de ressortir à l’autre bout de la planète, à savoir en Chine (qui n’est même pas l’antipode des USA…) ! A supposer que cela soit vrai (les scientifiques en ont beaucoup ri), la gravité ferait qu’il resterait bloqué au centre… Beaucoup de gens sont devenus anti-nucléaires malheureusement à cause de ce film.

Toutes les technologies employées aujourd’hui pour exploiter l’énergie nucléaire relèvent de la fission : il s’agit de scinder des noyaux d’atomes lourds. Cette fission dégage de la chaleur. A partir de là, le schéma est le même que pour une centrale thermique : la chaleur produit de la vapeur qui alimente un alternateur. Sauf que la quantité de combustible (quelques grammes d’isotope) est infime : c’est l’avantage.

Eh bien même pour la fission, le nucléaire ne veut rien dire !

S’agit-il de réacteurs à barres de graphite, à eau pressurisée, à eau bouillante, à haute température, à lit de boulets, refroidis au gaz, à sels fondus (au thorium au lieu d’uranium), à eau supercritique, à caloporteur plomb ? Il y en a d’autres. Je ne vais pas rentrer ici dans les détails ! Mais quand j’entends Macron défendre le nucléaire*, c’est un idiot. Il est juste là pour défendre les nucléocrates de l’EPR (on dit en français REP : réacteur à eau pressurisée), une technologie déjà dépassée ! Surtout quand on privilégie des « cathédrales » comme Flamanville, dont les « merdes arrivent en escadrille ». Il faudrait au contraire multiplier des unités plus petites, comme les centrales flottantes.

*et en même temps les moulins à vent 2.0… En tous cas tout cela révèle l’absence de culture scientifique des dirigeants occidentaux, la plupart banquiers ou avocats d’affaires…

Les « sels de fonte » entrant dans la composition de la Vache-qui-rit n’ont rien à voir avec les réacteurs à sels fondus !

« Bon, d’accord, mais les déchets ?

Cà tombe bien, il y a aussi des technologies pour résoudre le problème… sauf que les comptables au pouvoir, ainsi que les obsédés de la dette* ont réussi à saboter les projets Superphénix en 1998, Phénix en 2010 et Astrid en 2019 : il n’y a pas de quoi être fier… Superphénix était un surrégénérateur, à savoir un réacteur à neutrons rapides à caloporteur sodium pouvant fonctionner au plutonium 239, mais aussi au MOX (plutonium sur support d’uranium appauvri) issu du retraitement du combustible usé. Astrid était un projet analogue, mais plus avancé, notamment dans la transmutation des déchets. Ces trois projets, c’était çà aussi le nucléaire !

*Néo-Dictionnaire de idées reçues : « Grands projets : toujours pharaoniques« .

Superphénix (Creys-Malville, France).

Eh, anti-nuc, tu crois t’en tirer comme çà ? Je n’ai parlé que de la fission ! Mais il y a aussi la fusion. C’est la technologie dans laquelle deux noyaux atomiques de deutérium s’assemblent pour former un noyau plus lourd. Cà aussi, c’est le nucléaire. Et c’est très écolo : cette réaction est à l’œuvre de manière naturelle dans le Soleil. Au lieu d’essayer de capter péniblement l’énergie solaire via des panneaux, il n’y a qu’à reproduire le processus, qui résout de surcroît le problème des déchets !

Il est de bon ton de dire ou d’écrire : « OK, la fusion, mais dans quarante ans, peut-être… ». On disait et écrivait déjà cela en 1970, volonté urgente de ne rien faire… Aujourd’hui il y a le projet ITER (International Thermonuclear Experimental Reactor) à Cadarache, un réacteur de type tokamak (concept soviétique au départ), auquel participent 35 pays. Cà aussi c’est le nucléaire, Macron ! Que va-t-on inventer pour le saboter ? La participation des Russes, la « sobriété » ? Macron et consorts ne voient pas l’évolution technologique entre les plusieurs générations du nucléaire, et ne comprennent pas la légitimité des prototypes expérimentaux, forcément couteux.

ITER (Cadarache, France).

[Pour aller plus loin, je vous recommande : Yves Paumier, Les énergies du futur, in Fusion, hors-série n°05, 2005. Les archives de feu l’excellent magazine scientifique Fusion (le bien-nommé), dont votre serviteur avait eu l’occasion de traduire quelques articles, sont aujourd’hui disponibles sur le site La recherche du Bonheur, de Jean-Gabriel Mahéo : http://www.larecherchedubonheur.com/article-27284380.html .]

« Mais attendez maintenant, vous allez voir la suiiii-te », chantait Boby Lapointe. Car je n’ai parlé que du nucléaire civil. Il y a aussi le nucléaire militaire. La Bombe, quoi !

Car il y a la bombe A, la bombe H et la bombe à neutrons. Alors, quand on dit « la bombe », dekoikonparle ?

Décidément, on ne va pas s’en sortir…

Guy Béart, le Grand Chambardement.

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L’oeil de Paris (2)

Rue de l’Abbé Carton

Comme on le sait, la Nupes ([nyp], [nyps], [nypes] ?) est confrontée à bien des épreuves internes (c’est la faute à Rousseau ?). Mais en voici une, plus discrète et plus pertinente : elle vient des deux snipers Fabien Roussel (PCF) et François Ruffin (Insoumis). Ces deux-là osent réclamer du travail pour le peuple au lieu de prestations sociales, des salaires décents au lieu de chèques (-énergie, -alimentaire, -rentrée…), et des logements au lieu de logements… sociaux. Et de dire non à l’assistanat. Réaction de Sandrine Rousseau : « Le travail, c’est une valeur de droite… » Ruffin a plus d’un tour dans son sac et veut mettre fin à l’assistanat… des riches (crédit impôt-recherche, subventions européennes, niches fiscales…) En réalité, Roussel et Ruffin tournent le dos au vrai visage de la Nupes : un mouvement qui déteste le peuple péri-urbain non diplômé. Un mouvement à fond dans le narratif subventions, papiers pour tous et « police nulle part » – déconnecté des réalités. Ils puent le peuple, Roussel, ce coco qui pue l’ouvrier, hétéro et carnivore de surcroît, et ce Ruffin, trop proche des bouseux de la Somme…

La « communauté internationale » (en novlangue : l’OTAN et l’UE) s’est indignée au nom de la démocratie, qu’il puisse y avoir un référendum en Ukraine. Selon le narratif officiel (Poutine ment toujours, Zelensky ne ment jamais), un référendum organisé par les Russes est forcément frauduleux. En matière de référendum, l’UE en connaît un rayon : celui, en France de 2005 concernant une constitution européenne avait été rejeté à 65% par les Français. Il suffisait alors de le faire approuver par le Parlement en Congrès et le tour était joué !

L’OTAN et l’UE devraient pondre une « décision déterminant les modalités permettant la dissolution du peuple ». Ce serait plus clair !

Pour nous changer les idées, voici notre Oeil de Paris. L’ordre alphabétique nous fait maintenant entrer dans l’univers des abbés.

Précision : pour les tatillons, je préfère suivre l’ordre alphabétique de l’index du plan de Paris paru chez Pouchet (par exemple), où on regroupe tous les Abbés, les Docteurs, les Commandants, et d’autre part tous les Abel, les Albert, les Alphonse, etc., plutôt que classer directement par patronyme. C’est plus rigolo.

D’ailleurs, les abbés, c’est toujours rigolo. Surtout quand celui-ci s’appelle Carton (commençant rue des Suisses, 7 et finissant rue des Plantes – la rue, pas l’abbé).

Qui était l’abbé Carton ?

Non, çà c’est Pauline Carton…

Ah ! Voilà.

La première partie de la rue est moderne mais égayée par la végétation.

Et même en perspective.

Quelques petits motifs architecturaux.

Un petit air lyonnais (sauf le toit)…

Une maison flamande ?

Un motif rapporté sur une façade.

Un endroit où, entre autres, on peut acheter, revendre, déposer des livres.

Un autre endroit sympa.

Vous avez déjà vu un monte-charge donner directement sur la rue ?

C’est une métaphore, évidemment !

Deux « installations contemporaines » involontaires. En tous cas, ce n’est pas inintéressant .

A propos d’artistes, dans cette rue travaillait un des plus célèbres couples de peintres de l’art contemporain. Szenes pensait que « les peintres vivent peut-être vieux parce qu’ils font un métier non violent et contemplatif… Il faut vivre longtemps pour avoir le temps de faire beaucoup de bêtises et quelques chefs-d’œuvre ».

A suivre…

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