Exercices de « stiche » (2)

A quand Johnny Halliday et Bernard Tapie au Panthéon ? Mais que fait donc Brigitte Macron, la « conseillère culture » du Président ? Quel sera le prochain à bénéficier d’officieuses obsèques nationales ? Un footballeur ? Un rappeur ?

L’hommage à « Bébel » m’a aussi quelque peu agacé. Le Belmondo des débuts (Pierrot le fou, L’homme de Rio…) était formidable, mais le Bébel des années 70 (Le Magnifique, Le Voyou…), celui des cascades, s’était clownisé comme le dit Etienne Ruhaud dans son blog Page Paysage.

L’Exercice de « stiche » n°1 n’était pas terrible. C’est vrai : ce n’était qu’une entrée en matière (quelle vilaine expression ! Enfin, chacun sa spécialité…) Pour le coup, il ne s’agissait pas de pastiche mais plutôt de parodie, et il n’était pas sûr que Chevallier & Laspalès soient le meilleur support pour l’exercice. Par contre, je les imite bien, mais je n’ai pas trouvé de solution technique pour un bon son. Il faudrait que j’achète un micro.

Rappel : quand je dis exercice de « stiche », dekoikonparle ? Il s’agit de pasticher un auteur, mais avec la trame de Récit, le texte étalon d’Exercices de style de Raymond Queneau (Folio, Gallimard).

« Enlevez l’enfant aux cornichons ! »

Jules Vallès

Jules Vallès, donc (tiens, encore quelqu’un en -lès). Et plus précisément L’Enfant (Folio+ collège, Gallimard). L’autobus est ici un coche d’eau, allusion aux nombreuses pérégrinations de la famille Vingtras et du jeune Jacques, trimbalé de pension en pension. Pas de parc Monceau mais une escale en un imaginaire Monceau-sur-Loire. D’autre part, le narrateur est directement l’auteur de la bousculade. Evidemment, l’épisode du manteau « à la polonaise, Jacques ! » (« Enlevez l’enfant aux cornichons ! ») était tout trouvé pour la chute imaginée par Queneau : l’ami qui conseille, au narrateur encore une fois, de « diminuer l’échancrure de [son] pardessus en en faisant remonter le bouton supérieur ».

Coche d’eau sur la Loire

Quant au style, il est haché, concis. On ne s’attarde pas. Presque un paragraphe par phrase. Et le tout au présent de narration.

Je dois rejoindre mes parents, à Nantes, après cette morne année d'études et le peu de considération qu'a eu pour moi le propriétaire de la pension Ragnagnat. Je suis heureux. Adieu, Saint-Etienne !

Nous faisons escale à Monceau-sur-Loire. A l'arrière du coche qui descend le fleuve, le batelier arbore un cou fort long. Il porte un de ces chapeaux à galon tressé au lieu de ruban. Ah, ce couvre-chef ! Ma mère aurait pu m'en affubler !

Je décide, à force d'ennui, de marcher sur les pieds des voyageurs qui tentent de monter ou bien de descendre sur la passerelle.

Ce moment de liberté totale, sans mes parents ni le père Ragnagnat, est le seul instant de bonheur de la journée. Un bourgeois se met à se plaindre, mais il n'insiste pas. "Cà lui passera, au gamin", l'entends-je dire.


Je jubile.

Trois heures plus tard, je débarque en ville. En passant devant la gare :

"Vingtras !

- Fougères !"

Fougères, un "grand" que j'avais connu au Puy, est maintenant préfet d'études dans un collège de Nantes.

"Jacques, mon pauvre ami, je parie que ta mère t'a imposé cette redingote ridicule. Au moins le mieux pour toi est d'en diminuer l'échancrure en en faisant remonter ce cornichon qui te sert de bouton. Je connais un bon tailleur qui peut t'arranger çà."

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Auteur : marcjoly

Derrière le pseudonyme de marcjoly se glisse un idéaliste né en 1961, féru de langue française, de géographie et de science, oulipiste refoulé et pasticheur déconneur. Eternel étudiant, ce rêveur fit un peu de politique, puis chaussa les pantoufles du monde des musées et celui des archives. Il s'est déjà fait connaître, sous le nom de Mr. Liste - www.http://mrliste.hautetfort.com . [Photo : Albert Barzilaï]

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