Macrires à échine

Atelier d’écriture de l’été #2

Le principe de la liste est un des ressorts des ateliers d’écriture. Dans le numéro précédent, votre serviteur avait développé son Je me souviens à la Perec. La liste n’est pas close, et il y en aura encore d’autres.

Et si l’on bousillait chaque entrée de la liste, en la transformant grâce à un autre ressort : la contrepèterie ? L’on verra qu’il ne s’agit pas de vraies contrepèteries car les mots ne veulent souvent rien dire, et le résultat n’est ni obscène, ni scatologique. Il ne s’agit donc que d’inversions de paires minimales, selon l’expression chère à Joël Martin (Joël Martin, Manuel de contrepet, 1986, Albin Michel)*. Souvent, même, il ne s’agit que d’à-peu-près qui, moins rigides, développent plus encore l’imagination.

*Joël Martin est scientifique, et j’avais acheté son bouquin au Salon du livre scientifique à Orsay !

Exemple : je me souviens… des bornes de police-secours. Et les bourres de police se cornent ? Quant aux tracteurs avec un siège tape-cul, ils deviennent les tractus avec un siège tape-coeur. Mignon, non ? [Le tractus est un ensemble d’organes qui constitue un appareil. Et le Robert nous donne un exemple poétique : « le tractus urogénital ». Moins mignon…]

C’est donc parti pour une autre liste. A vous de retrouver les entrées de départ dans le Je me souviens de la parution précédente :

Les laines en porceprise.

Les compositioles à l’écon.

Les hommaises mayonnard.

Les vouvres collants [Angst !].

Le charbage au chauffon.

Les chasse-fond près du plat d’eau.

Les circotières pissulaires.

Les cons versignés.

Les macrires à échine.

Les unitaires en miliforme.

Les télécrans à daphone.

Les galeresses Barbie [Angst !].

Les warrants-restaugons [Je confonds avec les Rougon-Macquart].

La quègle à ralcul [pas Angst !]

Les mobélanes Motobiquette.

« Télétel, location de locaviseurs ».

Les menus dommage et pressert.

Les livres de peur à tranche de couloche [Angst !].

Les collants en bavélite.

Les fameuses nombrilles.

Les canvines où l’on était serti.

Les lunoires à barres nettes.

Les toussoirs en michu.

Les chartelettes de porc dans les cocuteries.

Comme dirait Laurent Gerra imitant Jack Lang : « C’est chié, non ? ». Cà commence à être intéressant… Mais ce n’est pas fini : nous avons là un matériau qui va nous servir pour la prochaine parution…

A suivre…

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Je me souviens… (1/4)

Atelier d’écriture de l’été #1

Les Jeux de l’été, par Michel LACLOS

Oups, pardon ! marcjoly se croyait au Figaro

Vous souvenez-vous… de Je me souviens, de Georges Perec (Hachette, 1978), un ouvrage qui appartient au genre du fragment ? Extrait :

« Je me souviens de la « balle aux prisonniers », dans la cour de l’école, à la récréation.
Je me souviens de « La pile Wonder ne s’use que si l’on s’en sert. »
Je me souviens de son prénom : Isabelle.
Je me souviens de l’odeur de la colle UHU.
Je me souviens des slips en laine tricotés par ma grand-mère, une torture ».

Moi aussi, comme tout le monde, je me souviens, en tant que petit garçon puis tout jeune homme. Mais mon Je me souviens à moi est un peu différent. Il n’y a pas de souvenirs personnels comme les oeufs brouillés de ma grand-mère (décidément, les grands-mères…), ni intimes (mais une Isabelle, çà ne m’aurait pas déplu…)

Le Je me souviens qui suit (« mon propre travail », dirait l’ami Ruhaud) est plutôt un panorama matériel de la société française des années 60 et 70, et du Paris de ces années-là. Les millenials vont croire que j’invente ou alors que j’ai 90 ans… [Je ferai peut-être une autre fois une édition commentée à l’intention de ces derniers]

Je me souviens :

Du repos scolaire le jeudi.

Des taxis avec un gros compteur à l’arrière.

Des hôtels avec un lavabo dans la chambre.

Des caisses enregistreuses à boutons.

Des prises et interrupteurs en porcelaine.

Des gens du pays, en vacances, que l’on ne comprenait pas à cause de leur accent.

Des parcmètres alignés le long des trottoirs.

Des grandes ondes et des petites ondes.

Des compositions à l’école.

Des fumées bleues derrière les pots d’échappement.

Des musées avec badigeon gris sur les lambris.

Des premières pizzas surgelées avec cuisson séparée de la pâte et de la garniture.

Des bidets.

Du homard mayonnaise servi dans les avions.

Des gazomètres.

Des piles carrées.

Des bons-points.

Des couvre-volants.

Des salles de lecture des bibliothèques municipales avec parquet qui grince et lecteurs qui font « chut ».

Des épiceries où l’on ne pouvait pas se servir.

Du chauffage au charbon.

Des encriers.

Des poinçonneurs du métro.

Des Arabes qui vendaient des tapis en porte-à-porte.

Des Uniprix.

Des chasses d’eau près du plafond.

Des speakerines.

Des pissotières circulaires en fonte.

Certaines arboraient une publicité pour le désodorisant Purodor !

Des phares jaunes.

Des syndicats d’initiative, à horaires improbables, tenus par une vieille dame.

Des bouteilles et des pots de confiture en verre consignés.

Des machines à écrire.

Des compartiments dans les trains.

Des téléphones à cadran.

De la macédoine pas cuite à la cantine.

Des queues de tigre au rétroviseur.

Des rideaux des salles de cinéma de province, avec les publicités des commerçants.

Des Galeries Barbès.

Des WC à la turque.

De la guérite du receveur dans le bus.

Des tournevis à manche en bois.

Des hommes portant moustache.

Des bornes d’appel de Police-secours.

Des télégrammes.

Des ouvreuses au cinéma.

Du Kiravi, du Gévéor et du Préfontaines.

Du mobilier de bureau vert foncé.

Des wagons-restaurants.

Des prises inamovibles de téléphone avec l’inscription « Propriété de l’Etat ».

Des pots de colle qui sentaient l’amande (avec leur petite pelle).

Des vitres de voiture à manivelle.

Des petits tickets (cinéma, musée, train) cartonnés qui sortaient de la caisse via une fente.

Des bougnats qui vendaient bois et charbon.

De la règle à calcul.

Des valises sans roulettes avec coins en métal.

Des Mobylettes Motobécane.

Des « épiceries fines » Codec.

Des lits d’hôpital/de dortoir/de caserne en métal à barreaux couleur crème.

Des poubelles en métal.

Des actualités au cinéma.

De sa vitesse, en voiture, qu’il fallait chercher .

Des bourgs, en vacances, qu’il fallait traverser en voiture (pas de rocade et c’était toujours un jour de marché).

Des yaourts La Roche aux Fées.

Des sténo-dactylos.

Des tickets de quai.

Des bières Valstar et Daumesnil.

Des téléphones dans les cafés.

Du souffleur au théâtre.

De « Locatel, location de téléviseurs ».

Des tracteurs avec siège tape-cul en métal.

Du Saint-Raphaël et de l’Americano Gancia.

De la ligne de Sceaux.

« Attention ! Ligne de Sceaux : tarification spéciale ! »

Des menus fromage et dessert.

Des nouilles Rivoire et Carret.

Des pneus de voiture avec chambre à air.

Des gens bossus.

Des femmes en combinaison.

Des policiers à képi.

Des livres de poche à tranche de couleur.

Des volants en bakélite.

Des familles nombreuses.

Des cantines où l’on était servi.

Des lunettes à barre noire sur le dessus.

Soeur Sourire.

Des mouchoirs en tissu.

Des côtelettes de porc dans les charcuteries.

Des militaires en uniforme.

(A suivre…)

Cette liste nous servira de base pour un exercice d’atelier d’écriture. Suite au prochain numéro – et n’hésitez pas à dresser votre propre Je me souviens !

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