Faux-nez (2/2)

Nota : parution hebdomadaire durant le troisième « confinement » !

L’autre jour, j’ai été invité chez un couple d’amis, fort charmants au demeurant. Bien évidemment, la conversation a porté sur les vaccins (« Tu te ferais vacciner, toi ? », etc.) Et je dis : « pourquoi pas le Spoutnik-V (le vaccin russe) ? » [non encore agréé en UE]. Stupeur. « Ah, ben surtout pas ! » Réflexe très révélateur de mes amis, avec un silence valant sous-entendu implicite : « parce que c’est russe ».

C’est que mes amis avaient répondu ce qu’il est convenu de répondre, et pensé ce qu’il est convenu de penser ! Je ne leur en veux pas : cette anecdote est révélatrice de ce qu’est la fabrique de l’opinion, et de comment nous tombons tous dans le piège de nous coucher inconsciemment devant la pensée unique, les cerveaux ayant été nourris à la vulgate anti-russe et anti-chinoise. Peu importe que Navalny soit un ultra-nationaliste et ultra-libéral, ni que les Chinois voient dans l’Occident ce que dénonçait De Gaulle : le régime des partis.

Je les ai même incité (les amis, pas les Chinois !) à consulter ce blog : il ne s’agit surtout pas d’une attaque personnelle !

Voici donc le deuxième volet de ce Faux-nez :

  • Homme fort

Terminologie utilisée par les médias pour transformer un dirigeant hors communauté internationale [cf. Faux-nez (1)] en tyran sanguinaire. On a même entendu « Matteo Salvini, l’homme fort de l’Italie » ! A noter que les princes dirigeants de l’Arabie Séoudite et des Emirats, ou des va-t-en guerre comme Biden ne sont pas considérés comme des hommes forts !

  • Marchés (les)

« Les marchés » (on ne dit plus : « la Main invisible », les peuples ne sont plus dupes) sont aux élites actuelles ce que « les masses » étaient au régime de Mao.

  • OTAN

Bras armé de l’Union européenne, de la communauté internationale et des marchés. Et pour que l’OTAN garde sa raison d’être, car les peuples là non plus ne sont plus dupes, on a réinventé la guerre froide.

  • Pharaonique

Adjectif servant à désigner tout grand projet infrastructurel, dès que celui-ci déplaît aux élites à l’esprit comptable opposées au développement pour le peuple, et aux environnementalistes. Ainsi, le Complexe des Trois-Gorges (remplaçant une centaine de centrales à charbon), le canal Rhin-Rhône et la LGV Lyon-Turin (tous deux une alternative au transport routier) ont été qualifiés de projets pharaoniques.

Chantier de la future capitale administrative en … Egypte !
  • Planète (la)

Vous avez remarqué ? Autrefois, on disait : « la Terre ». Dire : « la Planète » est une façon tête-à-claques de marquer son pessimisme en pensant que l’Homme est un assassin…

  • Populiste

« Le terme est d’usage polémique : il permet d’inclure dans une même catégorie vague tous les groupes qu’on aime pas et qu’on perçoit comme ennemis. » (Pierre-André Taguieff, in Marianne du 12 juin 2020). On en arrive à qualifier de populistes : Vladimir Poutine, Michel Onfray, Viktor Orban, Jacques Cheminade, Donald Trump, Boris Johnson, les Gilets Jaunes, etc. L’art d’additionner des carottes et des navets…

  • « Protéger mes enfants »

Pour un artiste [cf. Faux-nez (1) https://champouin.blog/2021/02/01/faux-nez-1/], dire : « Si je pars aux-Etats-Unis, c’est pour protéger mes enfants » signifie qu’il s’exile pour des raisons fiscales. Exemples : Dany Boon, Marion Cotillard, Omar Sy…

  • Société civile

Terme désignant des hommes politiques… issus du monde de la banque, des grands groupes cotés en bourse, de BlackRock, etc… What did you expect ?, disait une publicité pour une boisson. Aucun ouvrier, artisan, artiste, fonctionnaire catégorie B ou C chez les élus LREM ! On observe le même phénomène « société civile » dans certains pays « émergents » : des rappeurs ou footballeurs qui deviennent chefs d’Etat : ils ont l’argent et le carnet d’adresses !

Laisser un commentaire

Anti-index (1)

Un nouveau blog, ou plutôt blogue, car l’autrice (l’auteure, l’auteuse, l’auteur.e ?) l’orthographie comme il se doit. Il s’agit de http://leblogueduvestiaire.blogspot.com [je vous conseille de bien taper  » http://  » et de le mettre en favoris]. C’est le blogue d’une fidèle et charmante lectrice, la fameuse Mme Laplanche, de Vitreine-sur-Scie. Evidemment, elle ne s’appelle pas comme cela et souhaite (je pense) garder l’anonymat. Le blogue du vestiaire, originellement placardé sous format papier comme son nom l’indique, est consacré à ses coups de coeur littéraires (sa bibliothèque amoureuse ?), pleins de bienveillance. Alors bonne continuation, take care ! Et have fun !

Je l’ai écrit à plusieurs reprises : les publications françaises se distinguent bien souvent par leur manque d’index, mais aussi d’illustrations, de schémas ou de tableaux. Ou alors, pour ces trois derniers, en format timbre-poste. Témoin le nombre de fois où j’ai ouvert, dans une librairie, un livre français d’histoire, de géographie, de sciences ou d’art (!), sans trouver aucun des éléments cités précédemment. Le présent blog n’échappe pas à la règle, mais c’est pour des raisons techniques. Je vais essayer d’y remédier. Les Anglo-saxons, eux, ont l’esprit pratique et didactique. Bon nombre de collections françaises intéressantes sont en réalité des adaptations de collections anglaises, canadiennes ou américaines.

Idem pour les musées : on voit bien la difficulté pour les Français d’établir une médiation scientifique : entre un musée des Arts-et-métiers poussiéreux et le grand n’importe quoi de la Cité des sciences de la Villette… La même chose pour la médiation artistique ou patrimoniale : fiches de salle rédigées… par les conservateurs, exposition au musée Guimet consacrée à la ville indienne de Lucknow… sans aucune carte pour la situer.

Au delà, pour notre peuple intellectualiste qui semble ne pas avoir changé depuis la Sorbonne de Rabelais voire depuis Aristote, l’absence d’esprit pratique se traduit par les carences de l’information et de la signalétique. « Culte du secret » (les gens ne doivent – ou ne peuvent – pas savoir), non-anticipation de l’info en amont, infos rédigées en langage interne… On n’est pas doués…

Revenons à l’index, bien utile pour « retrouver » une entrée dans un livre. Il y a quelques années, le magazine Science&Vie avait décidé de ne pas se prendre au sérieux en établissant dans chaque numéro un anti-index, un index humoristique, appelé de façon inexacte « contre-sommaire ». Un sommaire, c’est une table des matières, pas un index. Je pense que la raison de cette mauvaise terminologie est que, « dans la vraie vie », un anti-index est « une liste ordonnée d’enregistrements permettant leur élagage rapide lors de recherches » (Wiktionnaire).

L’anti-index ou contre-sommaire, comme l’on voudra, de Science&Vie consistait en un « petit florilège des mots de ce numéro ». Il s’agissait de relever des mots ou expressions paraissant incongrus (surtout dans un magazine scientifique), drôles ou décalés. Voici un exemple (malheureusement, je n’avais pas relevé les numéro et date de la publication) :

Je ne sais pas qui est A.G., l’auteur. Sachant que beaucoup d’oulipiens sont des scientifiques, la piste de l’Oulipo n’est pas à exclure…

En tous cas, c’est très intéressant. D’abord, c’est une liste, c’est-à-dire une bonne base de travail littéraire. Ensuite c’est un prétexte à toutes sortes de choses poétiques ou surréalistes. Et on peut la triturer dans tous les sens ! Paires inversées : « sciences noires » et « substances bourgeoises », « second record » et « triste cerveau ». On peut en faire de vraies ou pseudo-contrepèteries : « gullage de base », « joues de feu », « cames de Luther ». Il y a des évocations salaces : « fantasme », « fentes de Young », « une bonne pompe ». Des « particules bohmiennes » qui pourraient être bohémiennes. Et il y a Houellebecq, que A.G. a trouvé pertinent à lui tout seul !

Une bonne pompe.

Eh bien, des anti-index, il y en aura d’autres, car j’en ai concocté ! Rendez-vous dans une publication ultérieure !

Laisser un commentaire

Mauvaises « translations » ! (2/2)

J’ai loupé le coche du 14 février, mais voici en exclusivité ma mise en scène pour la Saint-Valentin (veuillez éloigner les enfants) :

Oui, oui, oui ! Ouiii !

Voici une version plus chaste :

Théâtre, théâtre, théâtre !

Tout à l’heure j’ai entendu – et sur RFI, de surcroît – une journaliste parler de la Hague. Je ne voyais pas le rapport entre les Pays-Bas et le Cotentin, et puis j’ai compris : elle voulait parler… de La Haye ! Elle avait stupidement traduit Den Haag, ou The Hague, en anglais, par un nom qui lui était plus familier…

Non seulement on fait aujourd’hui des contresens par ignorance (le niveau de culture générale des journalistes chute lamentablement, comme pour le reste de la population), mais on a oublié que bon nombre de villes étrangères se traduisent en français…

J’entends souvent parler de l’université de Leyden ou de Groningen, toujours au Pays-Bas. Or, on dit Leyde et Groningue. On apprenait autrefois en leçon de choses ce qu’était la bouteille de Leyde… Ou encore Trento, en Italie. Et le concile de Trente, b… ? On entend trop de Cremona, Piacenza, Lucca en français dans le texte : c’est Crémone, Plaisance, Lucques qu’il faut dire. De même pour Speyer, Regensburg : Spire, Ratisbonne.

Ceci dit, j’ai entendu une fois un italien parler, en français, de Monaco à propos de Munich. Car en italien, Munich se dit Monaco di Bavaria pour la distinguer de la Principauté.

Traduire des noms propres ou des noms communs, c’est toujours aussi périlleux… Et voilà donc la suite de nos traductions qui tombent à côté :

  • Fermier.

Dans tous les textes francophones ou traduits d’une autre langue que l’anglais, on trouve des agriculteurs ou éleveurs (termes neutres), des cultivateurs (terme courant et populaire tendant à vieillir), des paysans (terme historico-culturel) et des exploitants agricoles (terme administratif et socio-économique). Dans ceux traduits de l’anglais, ils deviennent comme par hasard tous des « fermiers ». C’est que l’anglais ne connaît qu’un seul mot, farmer ! Autrefois, on ne connaissait que des « paysans », et on précisait s’ils étaient fermiers (propriétaires) ou métayers (locataires), mais la ferme a toujours été le seul terme pour désigner l’exploitation, aussi bien en français qu’en anglais.

  • Iles Leeward.

C’est une faute assez rare, mais j’ai été témoin une fois dans un journal, et une fois « dans le poste », de la mention de ces « Iles Leeward » qui seraient des paradis fiscaux ou bancaires. En réalité, leeward est un terme de marine signifiant « sous le vent » (à l’abri du vent), par rapport à windward, « au vent » (exposé au vent). Dans le contexte des Antilles, Leeward Islands désigne le nord de l’arc antillais (Iles Vierges, Anguilla, St-Martin, St-Kitts, Antigua) et Windward Islands, le sud (Guadeloupe, Dominique, Martinique, Ste-Lucie, St-Vincent, Grenade). C’est un terme de géographie physique : il n’y a donc pas d' »Iles Leeward » en français, et aucun Etat paradis bancaire ne s’appelle comme çà ! Il faut mieux alors parler des paradis bancaires des grandes Antilles, ou les citer nommément…

  • Nonne.

Ce que nous appelons moniale dans le registre ecclésiastique, religieuse dans le registre standard et bonne soeur dans le registre familier est, dans les textes anglo-saxons, souvent traduit par nonne, sous l’influence de l’anglais nun. Certes, « nonne » existe en français, mais dans le contexte du Moyen-âge, ou alors dans un registre plaisant !

Nun sex, monk rock !
  • Officier public.

Quel jargon ! On voit de temps en temps cette expression, et on sent parfois que le traducteur a été gêné aux entournures car il s’est demandé le rapport avec la chose militaire ! En anglais, la fonction publique, le service public s’appellent public office. Un public officer, voire un officer tout court quand le contexte est explicite, c’est quelqu’un travaillant dans la fonction publique, à savoir tout bonnement un fonctionnaire, quelque soit son grade. A noter qu' »officier public » existe en français : mais c’est quelqu’un détenant une charge : notaire, huissier de justice… Rien à voir.

  • Panel.

Dans certaines conférences, séminaires et autres « universités d’été » (là aussi j’en suis témoin chez une organisation qui fait la même erreur depuis 40 ans !), l’on parle de « panel » ! Un panel, en anglais, c’est une table ronde, une partie de conférence-débat consacrée à un thème ou ordre de jour particulier. Mais « panel » en français, est un terme de statistique, qui signifie « échantillon ». On trouve souvent ce terme à propos de sondages. C’est bien session ou volet, qu’il faut utiliser dans les conférences.

  • Tarmac.

Un beau jour, dans les années 1990, je tombe sur ce mot : tarmac. Diable ! S’agissait-il d’un tissu écossais ? D’un dignitaire inca ? Le mot vient de tar (goudron) et MacAdam (le monsieur qui a inventé le revêtement goudronné que le BTP français appelle de l’enrobé), et il s’emploie dans le contexte aéroportuaire. Autrement dit un tarmac, c’est notre bonne vieille piste ! Seulement voilà : piste, çà fait embarquement ringard au Bourget dans les années 50, tandis que « tarmac », çà a de la gueule, çà fait logistique humanitaire sur une base militaire !

  • Vétéran.

A l’occasion des opérations extérieures américaines (toutes destinées à être perdues), on a vu dans la prose journalistique la prolifération de « vétérans » dans le contexte de leurs troubles post-traumatiques, de leur réinsertion, de leur oubli de la part des institutions, etc. Un vétéran, en français, c’est un ancien (les vétérans de la Marche des Beurs, du Tour de France ou des missions lunaires), souvent avec une notion de lutte ou d’exploit. En anglais, veteran ce n’est qu’un ancien combattant. Ici aussi, dans les textes traduits de l’anglais, ces derniers deviennent automatiquement des « vétérans ». Re-seulement voilà : ancien combattant fait vieux con ancien d’Algérie à béret et moustache alors que « vétéran », çà fait beau mec musclé avec sa jambe artificielle dernier cri !

Zao, Ancien combattant (1984) : un petit bijou de la chanson congolaise avec sa rythmique implacable et son art de dire des choses sérieuses avec le second degré !

Laisser un commentaire