Sucreries

Deux retours sur Beethoven :

Ce compositeur (cf. le n° du 15 janvier) est maintenant victime de la cancel culture. Dans le magazine américain en ligne Vox, Nate Sloan et Charlie Harding assènent que la Cinquième Symphonie est perçue par les femmes, les LGBTQ+ et les non-Blancs comme symbole d’élitisme et de supériorité des Blancs. La musicologue féministe Susan McClary compare, elle, la Neuvième symphonie à « une rage meurtrière d’un violeur incapable d’atteindre son but » [traduit par moi]. Et à l’Université de Cambridge, un appel a été lancé pour supprimer (cancel) Beethoven… Comme le dit Duncan, un internaute sur le site Slipped Disc : « Cancel Cambridge instead ! »

Un site haïtien (en créole) consacré à la musique classique, avec une rubrique sur la vie de Beethoven ! Il s’agit d’Akademizik (akademizik.net), site de Rémy Junior Monexant.

Message personnel : allez, l’ami Ruhaud, écoute moins de métal et d’électro et plus de Beethoven ! Eh oui, j’ai lu ton entretien avec J.-P. Gavard-Perret !

Je viens de lire par James Walvin : Histoire du sucre, histoire du monde, 2020, La Découverte. Cà aurait pu s’appeler : « De l’esclavage à Coca-Cola ». Dès le 18ème siècle, l’industrie du sucre a été perçue comme un marché captif : thé et café sucrés, confitures et marmelades, biscuits, chocolat, rhum – certains ont bien compris qu’ils s’agissait d’une addiction. Et comme dit le Nègre de Surinam dans le Candide de Voltaire, « c’est à ce prix [l’ esclavage] que vous mangez du sucre en Europe ». On achetait même les esclaves sur les côtes d’Afrique en échange de rhum… fabriqués par leurs frères déportés aux Antilles…

« c’est à ce prix [l’ esclavage]
que vous mangez du sucre en Europe ».

Voltaire, Zadig.

Du coup, une autre épidémie que celle que vous savez est en train de ravager le monde : l’addiction au sucre, et ses conséquences sur la santé, notamment l’obésité… Non seulement de par les sucreries et les sodas (dont celle de la marque à la canette rouge au liseré blanc), mais aussi de par l’alcool ou les plats préparés.

Dieu sait si l’on nous a habitué tout petit, et il y a quelque chose de régressif dans ces « douceurs ». N’ayant pas été élevé dans la culture (l’idéologie ?) des bonbons, j’ai gardé un souvenir étrange de la classe de neige (c’était en 1971) : les trois dimanches matin de ce séjour étaient consacrés à l’achat de Malabar, Carambar, Smarties, Pez et Zan en spirale. J’ai dû faire comme les autres mais déjà, je ne comprenais pas pourquoi les maîtresses toléraient cela. Probablement, cela ne se fait plus aujourd’hui pour des raisons d’éducation nutritionnelle – ou est-ce de la naïveté de ma part ?

Je vous avais promis de publier les textes que j’écris. Voici deux textounets, courtes pochades assez récentes, autour (comme on dit dans les sous-titres des expositions) du thème des aliments (?) sucrés. Le premier est plaisant, sans plus. Le second a plus de sucre sel.

MAMIE GATEAU

Elle arrive toujours les bras chargés, avec des fleurs (de son jardin, dit-elle, mais ma parole, à force, il ne doit plus en rester beaucoup !) et des gâteaux.

Des gâteaux, beaucoup de gâteaux. Des grands, des petits, des secs, des fourrés, des mous, des consistants, des achetés et des faits maison, avec amour.

« Tiens, tu veux gâteau ? » Elle vous en propose tous les jours. Gêné, on refuse.

Elle vous met le gâteau de force dans la main, pour ne pas dire dans la bouche : « Prends, c’est gâteau. »

Elle est comme çà, Mamie Gâteau.

Allez, on l’aurait bien eue comme grand-mère…

GANESH

C’est un petit garçon qui aime les sucreries,

Oh, mon Dieu qu’il les aime, vous auriez vu, Madame !

D’ailleurs, il ne mange pas proprement

Et fait des miettes.

.

Il aime le Bon Dieu et la Sainte Vierge,

Oh, comme il les aime, vous auriez vu, Madame !

D’ailleurs, il a beaucoup d’images pieuses :

Il en a placardé un peu partout.

.

Il sourit constamment,

Oh , mon Dieu qu’il est content, vous auriez vu, Madame !

D’ailleurs, il est tellement, tellement, tellement,

Tellement, tellement, tellement content

Que parfois, il parle tout seul et bave un peu.

Mignon, non ?

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Faux-nez (1/2)

Retour sur actu : dans le numéro précédent, j’avais évoqué une éventuelle pénurie de vaccins organisée par les labos pour faire monter les prix. Eh bien, bingo ! Le 22 janvier, Pfizer BioNTech assurait ne pas pouvoir livrer le nombre attendu de vaccins « pour des raisons techniques », puis « pour des problèmes de rendement ». Cela s’appelle « le moment boursier »…

Et pas de confinement pour l’instant, c’est-à-dire pendant les soldes…

En 1968, dans Le Jacassin (Le Livre de Poche, 1968), l’écrivain Pierre Daninos dressait un nouvel inventaire des idées reçues, folies bourgeoises et automatismes, à la Flaubert. Une section s’appelait « Si l’on vous dit… n’y croyez pas ! ».

De façon plus profonde et dans un autre registre, George Orwell, dans 1984 (Gallimard, 1950, disponible aujourd’hui en Folio), décrivait un monde futur de dictature censée être acceptée par la population car les mots désignent leur contraire : « La guerre, c’est la paix »,  « La liberté, c’est l’esclavage », « L’ignorance, c’est la force ».

« La Guerre, c’est la Paix. »

George Orwell, 1984.

Aujourd’hui, nous y voilà : les « forces du maintien de la paix », la « flexibilité », un fonds d' »investissement »… Procédé déjà utilisé par des dictatures passées : Pravda signifiait : « La Vérité » !* Aujourd’hui Big Brother, grâce à l’électronique et l’Intelligence Artificielle (technologies néanmoins utiles en tant que tel), multiplie le contrôle décrit par Orwell à la puissance supérieure.

*En 2020, un quotidien libéral français (pléonasme…) s’appelle L’Opinion !

Attention, « certaines scènes risquent de heurter la sensibilité des lecteurs », comme on dit. Si c’est le cas, vous avez échoué au test… Vous avez alors droit à un gage : lire les Mémoires de Charles de Gaulle, militer au Parti communiste, vous intéresser à F. D. Roosevelt… Voici donc mon jacassin à moi, ou plutôt mon tracassin :

  • Ajustement structurel

Mot faux-nez pour austérité.

  • Artiste

Produit marketé par Warner/Sony/Disney. Ex. : rappeur, « chanteuse » de RNB montrant ses cuisses, minet à la Bénabar qui croit jouer les écrivains-poètes, etc..

  • Candidat fantaisiste

Candidat à la présidentielle non adoubé par l’oligarchie, malgré les 500 parrainages (de même qu’il faut dissoudre le peuple, il faut dissoudre les parrainages, en attendant de supprimer les élections !). Spécimen de candidat « fantaisiste » tête de Turc : Jacques Cheminade, qu’on fusilla pour l’exemple en ne validant pas son compte de campagne en 1995. Les comptes de Chirac et de Balladur, eux, étaient bien entendu nickel !

  • Climatosceptique

Mot signifiant peu ou prou « ne croyant pas aux tendances futures du climat », et dont on affuble en réalité ceux qui doutent que ces tendances puissent avoir, en partie ou en totalité, une origine humaine, ce qui n’est pas la même chose ! Le débat est interdit : contredire le GIEC est un blasphème (faire les « gros yeux »…). Faut-il rappeler que le GIEC n’est pas un organisme scientifique ni une association de chercheurs, mais une association intergouvernementale qui examine et synthétise ce qui s’est publié dans la littérature scientifique sur la question de l’influence de l’homme sur le climat (source : http://jancovici.com, le site de J.-M. Jancovici, ingénieur lui même engagé contre le réchauffement climatique). Autrement dit, le GIEC n’est qu’un comité de relecture – et dans lequel les décisions se votent à main levée ! Quand les faits scientifiques relèvent de l’opinion… Les climatosceptiques ne sont pas encore des révisionnistes, voire des négationnistes, mais çà ne saurait tarder !

  • Commission indépendante

Commission partisane, composée exclusivement d’activistes écologistes, et exigée par ces derniers lorsque les analyses des scientifiques (Académie des Sciences, AIEA, etc.) leur déplaisent.

  • Communauté internationale

Désigne ceux qui font tout pour soutenir l’ordre ordolibéral au niveau international. Constituent la communauté internationale : les diplomates de la « doctrine diplomatique Kouchner », l’Otan, l’UE… Face à ce qui va à l’encontre de la « communauté internationale », on est prié de faire les « gros yeux », sur injonction des médias. « La communauté internationale » n’en est pas une. Ce flasque zombie reste une formule creuse, un alibi rhétorique aux mains du Directoire occidental qui s’en est jusqu’ici arrogé le mandat » (Régis Debray, Eloge des frontières, Gallimard, 2010). Ainsi la « communauté internationale » s’agite pour la libération de Navalny mais se fout de Julian Assange qu’on laisse crever dans l’indifférence générale .

Gros yeux !

  • Croissance

Dépression économique et financière. Cela fait quarante ans qu’on nous parle de la croissance américaine, par exemple, pour désigner la « désintégration contrôlée » de ce pays. Et les « experts » continuent de dire : « Les Etats-Unis, première puissance mondiale » : bel exemple de déni ! En réalité ils se basent sur les PNB et PIB qui sont des indices déconnectés de l’économie réelle.

  • Expert

Technocrate désigné pour mettre en place ou faire appliquer des réformes impopulaires. Ex : Christine Lagarde. La désignation d’un expert peut même se substituer à l’élection d’un homme politique, comme on l’a vu en Italie avec Matteo Renzi, seul président du Conseil non élu !

  • Fake news

Informations ou faits que les élites en place ne voudraient pas qu’ils soient divulgués. « Les partisans du président Macron ont tendance à utiliser l’expression fake news pour désigner des faits qui leur déplaisent, davantage que pour brocarder des informations erronées. » (Hadrien Mathoux, in Marianne du 21 février 2020).

  • Fonds d’investissement

Faux-nez pour fonds de spéculation !

  • Forces de maintien de la paix

Expression qui désigne des forces armées déployées pour un conflit qui a vocation de ne jamais se terminer. Spécialistes : les Forces américaines (qui n’ont jamais gagné un conflit depuis la Corée), l’Otan, les Forces françaises déployées en Afrique, et surtout l’ONU.

  • Grande réinitialisation (Great Reset)

Présenté de façon idyllique comme le monde d’après, désigne ce qui sera une dictature monétaire, financière, sociale et politique : une austérité au carré sous des prétextes environnementaux et sous la « gouvernance » réelle d' »experts » Mc Kinsey et BlackRock. Ce nouveau fascisme sera inconsciemment accepté par la population qui, grâce à l’aumône via « l’argent-hélicoptère », pourra accéder à des dérivatifs style abonnement à Netflix. Du pain et des jeux XXL. On aimera le Grand Frère, quoi.

Le  » Grand Chambardement », comme chantait Béart ?

A su(rv)ivre…

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