On a vu ces dernières années fleurir de nouveaux « concepts éditoriaux ». Ainsi la collection : le schmilblick pour les Nuls (First), déclinaison française de l’américaine For Dummies. Je dois l’avouer, je n’ai jamais lu un ouvrage de la collection, sauf dans le domaine de l’informatique : Windows® (toutes les versions y sont passées), Excel®, l’ordinateur portable. L’humour américain est traduit littéralement, et çà tombe à côté. Un ami m’ayant persuadé que Linux® était le Graal, j’ai acheté le livre et n’ai absolument rien compris.
Autre concept : le schmilblick expliqué à ma fille (Seuil). Recette : prendre un auteur « sage » et consensuel : Frédéric Lenoir, Hubert Reeves, Tahar ben Jelloun (on a échappé à Yann-Arthus Bertrand, Jean-Claude Carrière, Eric-Emmanuel Schmitt…) et lui commander un ouvrage sur un thème galvaudé (climat, racisme, mondialisation) mais permettant de laver le cerveau des fameuses générations futures…
Les Dictionnaire amoureux (Plon) du schmilblick, eux, sont beaucoup plus intéressants, car justement plus subjectifs et moins consensuels. Ils sont écrits par des passionnés, pas par des serveurs de soupe.
Enfin, les Anti-manuel (qui ne constituent pas une collection – le titre est juste repris pour certains ouvrages) du schmilblick sont des rafraîchissements dans notre pays, car vont à l’encontre de la tradition académique, où la pensée doit s’adapter à la norme et donner la bonne réponse. C’est Claude Duneton qui a inauguré les anti-manuels avec celui de français (C. Duneton et J.-P. Pagliano, Seuil, 1978).
C’est l’occasion de tester de nouveaux détournements :
D’abord, celui-ci :
L’actualité nous a fait échapper au Dictionnaire amoureux de l’inceste, ou de la Shoah…
Et celui-là, dont l’auteur est peut-être sage, mais pas consensuel et encore moins galvaudé :
Nota : un fidèle lecteur, jusque là potentiel et empêché (il n’arrivait pas à se connecter) à enfin eu accès à mon blog. Il s’agit de M. Lalouette, de Jeteux-Plumerai (Orne).
Quand j’étais petit (oui j’ai été petit), la ligne 4 Orléans-Clignancourt, comme on disait alors, n’avait pas bonne réputation pour ma maman, car c’était la ligne « sale et moche », qui, de surcroît, ne desservait pas les beaux quartiers. C’était la mort dans l’âme que l’on « changeait » à Barbès-Rochechouart. Au delà, vers le nord, c’était Terra incognita…
Considérations sociales et sécuritaires à part, cette ligne, ainsi que le complexe flambant neuf (à l’époque) du RER de Châtelet-les Halles, avait une particularité : couloirs et stations dégageaient une odeur de pourriture, qui rappelait celle des fins de marché, quand cageots et fruits invendables jonchent le sol. C’est bien des années plus tard que j’appris que cette odeur avait pour origine une bactérie contre laquelle divers moyens avaient été utilisés en vain : produits chimiques, bactéries mangeuses de bactéries… Il fallut des années pour s’en débarrasser.
Métro ligne 4 de… Séoul. Là, on est sûr que c’est propre !
Pour cette rubrique, il n’est pas nécessaire d’être parisien. N’importe quel internaute provincial ou étranger peut participer, il suffit juste de se procurer un plan de métro de Paris.
Les noms (réels) des stations de métro étant ce qu’ils sont, pleins de leur ridicule, de leur « mal-t’à-propos », de leur inadéquation, j’ai donc rebaptisé le réseau, le plus souvent par associations d’idées, souvent avec le sel inégal des à-peu-près voire des contrepèteries. En route avec, pour aujourd’hui, la ligne 4.
M4 : CLIGNOTE COURT – MAIRIE DE MON TROU
Porte de Clignancourt > Clignote court
Simplon > Simplet
Marcadet-Poissonnniers >Marc a des nasses aux pieds
Château-Rouge > Haricot rouge
Barbès-Rochechouart > Barbare-Rochechouesse
Gare du Nord > Hôtel du Nord
Gare de l’Est > Argelès
Château d’eau > Chat-dodo
Strasbourg – Saint-Denis > Gainsbourg ! Cinq demis !
Réaumur-Sébastopol > Raie au Paul – Sébaste au mur (le sébaste est un poisson)
Etienne Marcel > Aisselle martienne
Les Halles > Idéal
Châtelet > Chatterley (celle dont l’amant est le garde-chasse dans le roman de D. H. Lawrence)
Cité > Lubricité
Saint-Michel > Galettes St-Michel
Odéon > Frédéric Lodéon
Saint-Germain-des-Prés > Saint des brins germés
Saint-Sulpice > Supplice
Saint-Placide > Placid & Muzo (bande dessinée des années 60 et 70)
La fameuse collection carrée « poche », dont également Pif, Pifou, Gai-Luron et Arthur le fantôme.
Montparnasse- Bienvenüe > Viens par là mon velu
Vavin > Ravin
Raspail > Rase-poil
Denfert-Rochereau > Foré d’en roche
Mouton-Duvernet > Mouton-Rothschild
Alésia > Allez-y
Porte d’Orléans > Charles d’Orléans
Mairie de Montrouge > Marie de mon trou (ah, c’est d’un goût…)
C’est maintenant que çà se corse. Car grâce à cette suite, on peut établir ce que l’Oulipo (Ouvroir de littérature potentielle, https://www.oulipo.net/fr/contraintes) appelle une contrainte, c’est-à-dire un exercice d’écriture qui se plie à une règle.
Notre contrainte pour aujourd’hui : faire un petit récit où l’on utilisera, dans l’ordre alphabétique, toutes ces stations de métro fantaisistes. Bon, le texte qui suit n’est pas le meilleur. Tant pis, c’est parti :
SOUMIS A LA QUESTIONA quoi ressemble une aisselle martienne ? Allez-y ! Cherchez ! A Argelès, ils n’ont pas compris la question et ont répondu (les barbares !) : « Rochechouesse » ! Et ils ont eu le culot de dire qu’ils s’étaient trompés et que la réponse était « Charles d’Orléans »… Et le chat-dodo, croisement improbable après l’arrivée du félin sur l’Ile Bourbon, existe-t-il ? Je voudrais vous y voir ! Quant à la Chatterley[cf.M1], dont les yeux (et le reste) clignotent court, le garde-chasse l’a-t-il forée d’en roche ?
Toujours est-il que Frédéric Lodéon, bourré et croyant reconnaître tout le monde chez les garçons de café (« Gainsbourg ! Cinq demis ! ») s’en fut réduit à bouffer des galettes Saint-Michel et une boîte d’haricots rouges à l’hôtel du Nord. Pas l’idéal ! Quand même, ce qu’on devient quand on est obligé de répondre à des questions idiotes… De quoi plonger dans la lubricité. Marc a des nasses aux pieds… (la sienne ne s’appelait pas Popaul, mais Marc). Quand je pense à Marie (la sienne ne s’appelait pas Fernande, mais Marie)... Marie de mon trou, oui ! Lodéon finit par attaquer un Mouton-Rothschild et crut chercher la réponse dans Placid & Muzo. Quelle déchéance ! Il aurait mieux fait de s’intéresser aux fameuses recettes de la raie au mur ou du sébaste au Paul [cf.M3].
Puis sa conscience bascula dans un rase-poil de ravin, dont il sortit de manière psychédélique dans le saint des saints des brins germés, façon marijuana. Là, un simplet le sortit de son supplice et lui dit : « Viens par là mon velu » !
Ah, il faut que je vous quitte car j’aperçois deux hommes en blanc qui viennent me chercher…
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