Parlez dans l’Hygiaphone !

Spécial 1er mai !

Pourrissement ?

J’ai retrouvé cette petite pépite de 1985. Il s’agit de l’un des poèmes les plus connus de Joby Bernabé, poète martiniquais né en 1945 :

Joby Bernabé, La logique du pourrissement, 1985.

Mort de Harry Belafonte : un partisan de première heure du Mouvement des droits civiques de Martin Luther King, et un militant pour la paix. Kennedy le nomma comme consultant dans les Peace Corps, dont les volontaires travaillaient de concert avec des gouvernements, des écoles, et des entrepreneurs sur des sujets comme l’éducation, la santé, l’agriculture dans les pays en développement. Un autre artiste fut plus engagé encore : Paul Robeson (1898-1976), authentique militant communiste, et tête de turc du maccarthysme.

On peut penser ce qu’on veut de la fonction publique (FP) : inertie, corporatisme syndical, agents planqués, manque de motivation derrière le guichet, déconnexion du monde économique, népotisme… Ce sont souvent des réalités qui ne doivent plus être. Mais ces constats sont utilisés par les élites euro-libérales pour dégraisser le « mammouth » public et le mettre au pas du secteur privé, sans se soucier de la raison pour laquelle une FP existe. Je n’ai qu’une insulte à leur adresse : « comptables ! » Et au guichet, vous êtes priés de parler dans l’Hygiaphone !

Les élites ont donc mis la FP à l’aune du privé via des critères de management, un mot même pas français. Oh, pardon nous sommes une start-up nation ! Voici donc un florilège de novlangue orwellienne due à cette nouvelle orientation, cette nouvelle politique, euh… gouvernance, qui déterminera l’efficacité… euh, l’efficience de la FP .

[Sur le management, lire : Johann Chapoutot, Libres d’obéir – Le management, du nazisme à aujourd’hui, nrf essais, Gallimard, 2020 : tout sur les inventeurs du management moderne, Herbert Backe ou Reinhard Höhn, des « rationalisateurs de la performance » du IIIème Reich, reconvertis après-guerre en gourous du management… – Dans un autre registre : Jean-Bill Duval, Karim Duval, Petit précis de culture bullshit, Le Robert, 2023.]

Il n’y a plus donc d’administrations, de services, d’établissements ni de prestataires*. Il n’y a plus que des opérateurs, voire des acteurs ! Hollywood devant la machine à café ! Ces opérateurs, dont on détermine le périmètre, sont sous la tutelle d’autres opérateurs… ou plutôt ils ont ces derniers comme niveau de portage.

*On a introduit des prestataires, puisqu’on a désormais dénié aux fonctionnaires le droit de planter un simple clou…

Le niveau de portage du sac de la vieille dame…

Les fonctionnaires sont groupés par corps de métiers, c’est-à-dire par corps (tout court). Bon, il y a mieux que « corps », lesquels devraient d’ailleurs être redéfinis et actualisés, mais on emploie aujourd’hui le néologisme filière métiers, anglicisme tête-à-claque qui consiste à juxtaposer deux substantifs sans préposition entre les deux. Le personnel est remplacé par les personnels, autre anglicisme, et la direction du personnel remplacée par la direction RH, laquelle s’appelle ainsi car l’humain n’est plus pris en cause. Les postes déterminent les effectifs… mais çà, c’était avant. Depuis la LOLF, nouvelle comptabilité publique depuis 2001*, on compte les agents en EPTP (équivalents temps plein travaillés). L’inhumain, encore…

*Cette nouvelle comptabilité alloue désormais les « enveloppes » en fonction d’objectifs, ce qui est une bonne chose. Mais ceux-ci ne sont pas qualitatifs : ce sont des objectifs de performance

Comment tout cela marche ? Grâce aux moyens humains (?), financiers et juridiques alloués aux opérateurs de la FP. Pardon : grâce à la boîte à outils. Exemple : la boîte à outils RH. Et ce qu’on appelait autrefois « services généraux », s’appelle maintenant fonctions « transversales », par opposition aux fonctions « sectorielles ». Toutefois, on emploie là encore cet anglicisme de fonctions support ! A propos de moyens juridiques, on ne parle plus d’application d’un texte du général au particulier, mais de déclinaison ou de transcription.

Alors on ne dirige plus, mais on pilote. On ne décide plus mais on rend des arbitrages. Et ensuite on finalise, et on attend que ce soit décidé, pardon, acté. Si les choses changent, on ne parlera plus d’hypothèses (d’évolution, de décision) mais de scénarios (Hollywood, encore !) qu’il faudra valider.

On ne dirige plus mais on pilote.

Donc les fonctionnaires fonctionnent, et leur travail est cadré par des notes et des mémos, maintenant des modes opératoires et des consignes opérationnelles, qu’il faudra incrémenter (moi, je les excrémente !)… Celles-ci décriront les modalités des missions qui impacteront le service. Lesquelles missions, de plus en plus, ont été façonnées par des consultants issus de « cabinets de conseil » (Mc Kinsey, Deloitte, KPMG, etc) et dont le but est « d’enjamber » les fonctionnaires.

Voilà l’idéologie des nouveaux n+1, n+2, n+3, etc. Oui : les brasseurs de vent qui « bullshitent » beaucoup, ceux-là même qui ont voté Macron, et qui aujourd’hui, tandis que leurs subordonnés de catégorie C viennent au travail en RER et métro, se la pètent en arrivant le matin avec leur vélo électrique, et se gargarisent de mots tels que « développement durable » et « diversité », tandis que 1. leurs batteries de vélo exploitent les Congolais dans les mines de cobalt et que 2. leur « diversité » exclut les banlieusards et les agents de plus de 60 ans.

Sans faire du Bourdieu à deux balles, je pense qu’il y a des coups de pied au niveau du cul qui se perdent.

Curieusement, les agents ne sont pas encore des collaborateurs, comme dans le privé. En tout cas, les fossoyeurs de la fonction publique, ainsi que la nouvelle génération de chefs de service technocrates carriéristes, collaborent bien, eux !

Il fut une époque où on en a fusillé pour moins que çà.

Une réponse à « Parlez dans l’Hygiaphone ! »

  1. Avatar de rions mes frères.
    rions mes frères.

    Dans le même ordre de « bullshitting  » il y a le film « les 2 Alfred » avec les excellents frères Podalydès, où il est question d’un poste de « consulting process » à pourvoir dans une start up. Va comprendre !

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L’oeil de Paris (3)

Rue de l’Abbé-de-l’Epée

Place de l’Abbé-Georges-Hénocque

Dernière minute (15 avril) : Macron devait promulguer la loi retraites « dans les jours qui suivent », puis « dans les 48 heures ». Il l’a fait le jour même… Cela s’appelle une déclaration de guerre contre le peuple.

Dans le numéro 21 (mars 2023) de la revue scientifique epsiloon, une offensive (tout un dossier !) pour valoriser les jeux vidéo. Dès l’apparition de ces derniers, leurs détracteurs furent considérés comme d’horribles réactionnaires, tout comme ceux qui critiquaient le faillite de « l’école républicaine ». Puis l’opinion changea, sur la base des dégâts causés par les écrans, de l’agressivité, du manque de concentration, etc. Et là, abracadabra et patatras : de « nouvelles études » sortent d’un chapeau pour promouvoir l’absence de risques, voire les bienfaits de cette pratique « culturelle ». Cà ne vous rappelle rien ? A propos d’autres choses tout aussi addictives ? Bingo : le tabac et le sucre ! Le tabac, dont le lien avec les cancers n’était « pas prouvé »… Le sucre, faux problème car le vrai, c’était « le gras »… Il y a fort à parier qu’encore une fois, les lobbies sont à l’oeuvre, dégainant des études dont les auteurs ont été achetés !

Aujourd’hui la rue de l’Abbé-de-l’Epée (commençant rue Gay-Lussac, 48 et finissant rue Henri-Barbusse, 1), à ne pas confondre avec la rue de l’Epée-de-Bois, non loin de là. Cet abbé (1712-1789) fut l’inventeur de la langue des signes et fondateur de l’institut des jeunes sourds.

Ce mur, parcourant la quasi-totalité de la rue, abrite l’Institut des Jeunes sourds dont l’entrée est rue Saint-Jacques.

Ode aux sourds-muets !

Contrairement à ce qu’on croit, le PC du Colonel Fabien n’était pas sous l’actuelle place du même nom !

Un air d’Italie…

Une vieille maison d’édition qui n’est pas dans le 6ème arrondissement (mais pas loin !).

Cà fait hôtel de bord de mer !

Maintenant la place de l’Abbé-Georges-Hénocque, commençant rue des Peupliers, 30 et finissant rue de la Colonie, 81. Hénocque (1870-1953) fut aumônier et résistant.

Nota : je ne documenterai que les « vraies » places. Beaucoup de « places » ne sont en réalité que des carrefours, et aucune adresse n’y correspond.

Il ne manque plus que les bow-windows, et nous sommes à Londres.

Ah, les chemins de fer, c’était une institution ! Ce bâtiment abrite encore la Mutuelle Générale des Cheminots.

Bien que square veut dire carré, il y a un square (rond) au milieu de cette place circulaire.

A suivre…

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Les produits alimentaires auxquels vous avez échappé

Connaissez-vous Francky Vincent ? Vous ne ratez rien… Ce « chanteur » guadeloupéen, connu des amateurs de zouks et de discothèques, auteur et interprète de titres poétiques comme Tu veux mon zizi, Tu pues du cul ou Alice ça glisse, a été nommé le 5 décembre chevalier des Arts et des Lettres, à l’occasion d’une de ces rafles décorationnelles donc seule la France a le secret… Ce n’est pas un poisson d’avril : cette distinction, décidée par Rima Abdul-Malak, ministre de la (Cul)ture, par arrêté du 17 novembre 2022, a été attribuée sur proposition de la chef cuisinière guadeloupéenne et conseillère de Paris (LR) Babette de Rozières… La réalité rejoint l’affliction ! Et ce n’est pas tout : Vincent, qui vit dans un château dans l’Aisne et qui a eu des démêlés avec le fisc (c’est bien d’avoir des soutiens LR…) est un admirateur de Dieudonné ! « Je vous annonce que dans deux ans, je vais fêter mes 50 ans de carrière et je recevrai la Légion d’honneur » a-t-il déclaré sans rire. En plus il est modeste !

Guerre ouverte de l’Occident libéral contre la Russie et la Chine, guerre civile potentielle aux Etats-Unis, au Brésil et en Israël, banques qui s’effondrent comme des dominos, article 49-3 introduit en France sans vaseline : tout va très bien, Madame la Marquise, puisqu’il y a Franky Vincent, les séries Netflix, le dernier i-Phone, le foot et bientôt les JO… On eut voulu que cela ne fut pas un poisson d’avril.

L’orchestre de Ray Ventura (paroles de Paul Misrahi), Tout va très bien, Madame la marquise, 1935.

J’appartiens à la génération qui a été flouée par le Géant Vert.

Je m’explique. Au début des années 70 (j’étais au collège), sont arrivées les premières conserves de maïs, sous des marques bien « d’cheux nous ». Puis vinrent les boîtes sur lesquelles était écrit : Géant Vert. Chouette ! Il n’y a que les Américains pour faire du maïs géant. Et vert, de surcroît ! J’ouvris la boîte. Damned ! Il était petit et jaune…

Géant Vert n’était que la marque, déclinaison française de Green Giant !

Autre traumatisme générationnel : les petits pois, lors du « fameux » voyage en Angleterre (on a tous fait ce « fameux » voyage en Angleterre), qui nous paraissaient gros, insipides et verts fluo. C’est que nous, Français, ne connaissions pas encore les surgelés ou si peu, et n’étions familiers qu’avec les petits pois en boîte dont taille, couleur et goût étaient différents…

Marque qui nous « enduit » en erreur, histoires de pois… Je n’ose imaginer le traumatisme auquel nous avons échappé. Et si Cassegrain faisait vraiment des pois cassés ? Mais, paradoxe, le paquet* ci-dessous n’existe pas !

*La gueule du paquet (infographié à la va-vite par mes soins) : pas génial !

Autre paquet de produit alimentaire, hommage à Marcel Duchamp :

Et pendant qu’on y est :

Bonus :

Hue, t’es russe ?

-Dernière minute-

L’image de la une de 20 minutes du 22 mars :

Vous avez bien vu (entouré en rouge sur la photo par mes soins) : l’emblème de Pravy Sektor (image complète ci-dessous), le mouvement néonazi ukrainien qui a malheureusement repris du poil de la bête grâce à la « révolution de couleur » Maidan mise en place par les anglo-américains en 2014 !

Il est de bon ton de dire que Pravy Sektor, le bataillon Azov et les adorateurs du collabo ukrainien Stepan Bandera ont une influence confidentielle, n’existent plus, ou sont une invention des complotistes ou des Russes ! Or cette fois, la vérité s’invite et se révèle involontairement en première page ! Sans le vouloir, les médias montrent ce qu’ils ne voulaient pas montrer. Intéressant, non ?

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Je me souviens… (3/4)

En novembre dernier, Giraudy, grand nom de l’affichage publicitaire des années 60 à 84, rebaptisé et racheté par des « investisseurs », était de retour sous son nom originel. On se souvient de Myriam, la jeune fille qui posait seins nus en 1981, avec la légende « Demain, j’enlève le bas ». Wouaaah ! Tous ceux de ma génération en avaient la langue pendante… Déception : elle avait bien enlevé le bas, mais de dos… Giraudy est revenu ces derniers temps avec une affiche analogue, mais de seins nus, il n’en est plus question. En tous cas, cette anecdote appartient bien à la liste des Je me souviens, dont votre serviteur avait déjà consacré deux billets.

J’aurais pu évoquer d’autres slogans, officiels ou bien commerciaux : « Au volant, la vue c’est la vie », « Mettez un tigre dans votre moteur* » ou le fameux « Maman, maman, je n’ai rien aux dents ».

*On remarquera que huit entrées de la liste concernent l’automobile, un des domaines qui ont le plus évolué en deux générations.

Il reste donc à me souvenir :

Des pompistes.

De l’Hovercraft.

Des bègues, des bossus et des nains.

Des survêtements vert foncé ou grenat.

Du Yabon.

Des familles nombreuses.

De la tirette de starter.

Des filets à provisions.

Des gens qui étaient vieux à soixante ans.

Du « tac-a-tac ».

Du Parti communiste [le vrai !].

Des chaisières dans les parcs et jardins.

Des monuments noirs car non ravalés.

Du stationnement en épi.

Des crèmeries (« beurre, oeufs, fromage ») qui puaient.

Des cantines on en était servi.

Des bouteilles d’eau minérale en verre.

Des landaus.

Des troupeaux de vaches sur les départementales.

Des phares additionnels Cibié ou Marchal.

Des fameux vert et orange des années 70.

Des teckels avec leur petit manteau écossais.

Des flippers.

Des pare-chocs chromés.

Des cabines téléphoniques à la Poste.

Des ambulances DS break.

Des fiches-cuisine de Françoise Bernard, dans Elle.

De Ménie Grégoire.

Des cassates et des tranches napolitaines, comme dessert au restaurant.

Des boutiques de « photo-ciné-son ».

Des « manèges » à tampons dans les bureaux.

Des strapontins au milieu, dans les cars.

Des grands-magasins Inno.

De l’Aspro.

De la petite « queue » antistatique à l’arrière des voitures.

Du courant à 110 volts.

Des mouchoirs en tissu.

Des circuits 24® [marque finalement déposée en… 2020].

Des bâtards dans les boulangeries.

De l’intitulé « location de voitures sans chauffeur ».

De la distribution des prix.

Des opticiens qui vendaient appareils photo et télescopes.

De la mire de la télé.

Des motocrottes.

Des plaques d’immatriculation noires.

Des poubelles en métal.

Je me souviens du général de Gaulle.

Je me souviens de Gilbert Bécaud.

Gilbert Bécaud (musique), Pierre Delanoé (paroles), Tu le regretteras, 1965.

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Métro loufoque – M 8

Il y a 14 lignes de métro en tout. Avec la 8, nous en sommes à la moitié de ce pensum imbuvable selon la Police, génial selon votre serviteur : le métro loufoque (loup-phoque ?). Courage, courage, chers internautes !

La ligne 8 du métro est la plus longue du métro parisien. A une extrémité, au fil des années, la ligne a grignoté laborieusement du terrain : Porte de Charenton, puis Charenton-Ecoles, puis Maisons-Alfort – Les Juilliottes, puis Créteil- Préfecture, et enfin Créteil-Pointe du Lac. De l’autre côté, cette ligne interminable n’a jamais été prolongée, en restant figée à la station Balard.

De plus, ce n’est pas une radiale, mais une gigantesque parabole, qui monte vers le nord pour franchir la Seine puis à nouveau redescendre vers le Sud.

Tout comme la 13, le 8 est équipée du MF (matériel fer) 77, qui fut un mauvais choix. Pour pallier l’affluence, on prit le parti d’augmenter la capacité des voitures plutôt que celle de la cadence entre deux arrêts. D’autre part, ce matériel est sujet à vibrations et la mauvaise conception de ses bogies (les trains de roues) [private joke spécial dédicace Mme Geypatout-Compry] le font crisser de manière atroce dans les virages. De surcroît, sa livrée intérieure bleu foncé était anxiogène et le petit « corner cosy » au fond de chaque voiture était prétexte à regroupement d’une faune particulière (clochards, toxicomanes, fêtards…).

Suivant le principe des autres Métros loufoques, il s’agit de détourner le nom des stations, et d’écrire un petit texte à partir de ceux-ci. On peut aussi faire subir des contraintes au texte, mais ce n’est pas nécessaire.

M 8 : BATARD – LANCELOT-DU-LAC

  • Balard  > Bâtard
  • Lourmel > Lourd miel
  • Boucicaut > Boursicote
  • Félix Faure > Fait l’effort
  • Commerce > Commère
  • La Motte-Piquet – Grenelle > La motte piquait

La grande motte aussi ?
  • Ecole Militaire > Et comme il l’était
  • La Tour-Maubourg > Ca tourne au bout
  • Invalides > Invasion
  • Concorde > Coucourde (sorte de courge)
  • Madeleine > Bas de laine
  • Opéra > Apéro
  • Richelieu-Drouot > Jean-Claude Drouot (Comédien né en 1938. Il jouait dans Thierry-la-Fronde)
  • Grands-Boulevards > Audrey Pulvar
  • Bonne-Nouvelle > Pas de nouvelles
  • Strasbourg – Saint-Denis > Gainsbourg ! Cinq demis !
  • République > Raie publique
  • Filles du Calvaire > Canard colvert
  • Saint-Sébastien – Froissard > Poissard
  • Chemin vert > Citron vert
  • Bastille > Pastille
  • Ledru-Rollin > Leroy-Merlin
  • Faidherbe-Chaligny > Faits d’armes alignés
  • Reuilly-Diderot > Neuilly-l’idiot
  • Montgallet > Mandala
  • Daumesnil > Beau mais nul
  • Michel Bizot > Bisous
  • Porte Dorée > Mordoré
  • Porte de Charenton > Porte des charentaises
  • Liberté > Puberté
  • Charenton-écoles > Charançons et sols
Berk !
  • Ecole vétérinaire de Maisons-Alfort > Ecole disciplinaire
  • Maisons-Alfort – Stade > Vorstadt
  • Maisons-Alfort – Les Juilliottes > Les bouillottes
  • Créteil – L’Echat > Tranquille, le chat
  • Créteil – Université > C’est élu, faire cité !
  • Créteil – Préfecture > C’était des factures
  • Créteil – Pointe-du-Lac > Lancelot-du-Lac
LES PARTITAIRES ELEMENCULES

Michel, ce bâtard, voulait déguster le lourd miel de l’argent. « Quand on boursicote, on fait l’effort », lui dit la commère hélée cinq minutes avant rue Saint-Denis. Bon, la motte piquait. De quoi mettre en rage. Et comme il l’était, il vit que çà tourne au bout. « Que m’arrive-t-il ? C’est l’invasion ? » se demanda-t-il en pensant aux morpions. « Mais non, coucourde, lui dit-elle, ah au fait, tu n’as pas rempli mon bas de laine, monsieur le financier. Avec çà je pourrai prendre l’apéro ».

Pendant ce temps, Jean-Claude Drouot avait un rencard avec Audrey Pulvar. Pas de nouvelles non plus de Gainsbourg ! « Cinq demis ! » lança-t-il désespéré au garçon.

En quittant la raie publique, Michel aurait voulu se prendre pour un canard colvert. A lui la liberté ! Mais il était trop poissard ! Blême comme un citron vert, il prit une pastille et alla se changer les idées chez Leroy-Merlin.

Jean-Claude, lui, pensa à tous ses faits d’armes alignés avant Audrey. Tout y passa : les plans-cul à Neuilly-l’idiot, les appartements tapissés de mandalas, c’était beau mais nul. Tout comme les bisous devant un bibelot mordoré.

Une fois chez lui, toujours Michel porte des charentaises. Il repensa aux morpions : après la puberté, c’est charançons et sols douteux. Il se souvint de l’Ecole disciplinaire dans une banlieue, pardon, presque une Vorstadt, ach ! A présent, c’était plutôt les bouillottes, tranquille le chat !

Pour Jean-Claude, lui, c’était la célébrité comme son pote maire d’une ville du 93. C’est élu, faire cité !

Mais pour Michel, c’était des factures. Il supprima le nom « Jean-Claude » de son agenda et décida, sous amphés, de réécrire Lancelot-du-Lac.

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Ma bibliothèque amoureuse (8/infini)

Spécial

Histoire de l’humanité

A propos du conflit en Ukraine, j’entends trop la petite musique : « La faute à l’OTAN ? Je ne peux pas te laisser dire çà ! ». Désolé, mais l’OTAN a plusieurs fois violé ses propres règles :

L’article 1 engage les parties à respecter le statut des Nations Unies et à régler tout différend affectant la paix internationale par des moyens spécifiques. Or jamais un pays de l’OTAN n’a demandé le respect de cette règle ! Au contraire : il y a eu chez eux un élan pour en découdre ! L’article 4 stipule que tout pays membre, estimant que la sécurité de l’Alliance est en danger, peut solliciter une consultation entre pays alliés. Au contraire, les Américains ont convoqué ces derniers… pour planifier une défense « forte ». Quant aux articles 5 et 6, ils stipulent que l’assistance mutuelle ne s’appliquent qu’aux Etats membres subissant une attaque armée. Désolé, mais l’Ukraine n’est pas membre de l’OTAN.

Pour ceux qui croient, parce que je ne me conforme pas au narratif officiel, que je suis pour la guerre (non, je n’ai pas de Z tatoué sur l’avant-bras), je vous invite à signer la pétition pour la dissolution de l’OTAN : https://solidariteetprogres.fr/nos-actions-20/declarations/appel-prenons-conge-de-l-otan.html .

Vous l’avez peut-être vu en en-tête, ce blog est maintenant pourvu d’un n° ISSN (International Standard Serial Number – Identifiant international pour les publications en série). Le but de cet identifiant est de permettre que Le Champouin soit catalogué sur les instruments de recherche bibliographique – et ainsi de pouvoir optimiser son référencement.

Alors, au moment où le monde est à un tournant de l’Histoire important, lavons-nous l’esprit avec une Bibliothèque amoureuse sur le thème de l’histoire de l’humanité. L’histoire de l’humanité, mais c’est l’Histoire tout court, va t-on me dire ! C’est ce que çà devrait être, en effet. Mais, comme le dénonçait Marc Bloch (Apologie pour l’histoire ou Métier d’historien, 1949, réédité en 2020 chez Dunod, collection Ekho), c’est trop souvent l’histoire des faits au détriment des celle des causes biologiques, climatiques, dynamiques ou de la psyché.

Les interrogations, doutes, peurs et remises en question dûs à la fuite en avant libérale, au bruits de bottes, à l’intelligence artificielle et l’emprise des GAFAM, au transhumanisme et au changement climatique ont créé un attrait pour cette approche. En est témoin le succès du livre de Yuval Noah Harari Sapiens : Une brève histoire de l’humanité (Albin Michel, 2015)*. C’est que le « qui sommes-nous, d’où venons-nous, où allons-nous ? » n’est pas le temps des politiciens !

*Pas lu… Je n’en parlerai donc pas dans cette rubrique.

D’autre part, des percées scientifiques récentes ont influé dans ce sens. Dans le domaine des origines, la paléogénétique a fait reculer la chronologie du caractère humain, et fait abandonner le logique de lignée pour celle de foisonnement et métissage. Et surprise, il y a eu d’autres Sapiens (Florès, Denisova) ! Dans le domaine de l’Univers (car nous n’avons pas vocation à rester sur notre berceau la Terre : çà, c’est pour les bébés), l’on « voit » maintenant ce que l’on ne voyait pas auparavant : « bruit de fond » de l’Univers, trou noir et exoplanètes, souvent grâce au réseau d’astronomes amateurs et connectés.

Le hasard est à la science
ce que la « main invisible » est à l’économie…

J’ai toujours été persuadé que l’humanité ne relève pas du hasard (n’en déplaise à Jacques Monod) mais à une intention. « Ah, je vois, vous croyez en Dieu », on se dépêche de me répondre. Eh bien non, et puis ces oppositions matériel/spirituel, scientifique/religieux, raison/passion m’agacent un peu – témoin Blaise Pascal qui a dépassé tout cela.

Qu’y a-t-il alors à ce sujet dans ma « bibliothèque amoureuse » ?

  • Christian Grataloup (dir.), Atlas historique de la Terre, Les Arènes, 2022.

De la Terre ? Mais on a dit de l’humanité ! Oui, c’est la Terre qui a conditionné l’Homme (et le vivant). Qui a conditionné les migrations, l’habitat, l’élevage, l’agriculture, les épidémies, les transports, l’énergie. Autrement dit : le biome a influencé l’Anthropocène (Quoi ? Keskidi ?). Ce livre est génial. Cartes et infographie à toutes les pages et (fait rare en France) un index des nations, des lieux et des acteurs. Il y a même un signet !

  • Homo Sapiens – L’Humanité en partage, Hors-série Le Monde – La Vie, 2021.

Je n’aime pas Le Monde, le journal officiel de tous les régimes. Je n’aime pas non plus La Vie, hebdomadaire « chrétien » pour lequel l’Homme est abaissé en dessous de la Nature. Les hors-série des deux titres réunis sont, par contre, beaucoup plus intéressants. [Cf : Objectif Mars, Hors-série Le Monde – La Vie, 2020.] Homo Sapiens est en vérité un véritable livre (192 p.). Qu’est-ce qui caractérise le fait humain, et pourquoi est-il apparu ? La revue fait aussi le point sur diversité des gènes et diversité des langues, ainsi que que sur le caractère expansif de l’Homme nomade et sédentaire : peuplement et civilisations.

Du Zhen Jun, Independance of the Country – Super Tower 2, série Tour de Babel, 2010

  • L’Histoire de l’Homme, Hors-série Le Monde – La Vie, 2017.

Encore ! Il est vrai que les gens sont passionnés, et c’est donc un thème bankable ! Entre « l’Homme avant l’Homme » (la « paléo »), et « Où allons-nous ? » (quelque peu éludé …), sont traités ce qui fait le propre de l’Homme et la « révolution Sapiens« . Agriculture, villes, techniques, religion, mais aussi l’altérité, la « race », l’esclavage, tout y passe et les auteurs font état des dernières avancées de la recherche, sur le néolithique ou sur le cerveau, par exemple.

  • James Scott, Homo Domesticus – une histoire profonde des premiers Etats, La Découverte, 2019.

Ce livre explore les dynamiques qui se sont déployées de l’émergence de l’agriculture à la formation des premiers Etats. Il remet en cause le narratif convenu : chasse-cueillette, puis agriculture/sédentarisation, puis élevage, puis villes, puis Etats. Tout ne s’est pas passé comme çà partout, ni dans cette ordre. Là encore, il y eut foisonnement, chassé-croisés et paradoxes (agroforesterie à la fin du Paléolithique, agglomérations importantes sans rues…). Et surtout, avant les animaux et plantes, l’Homme a entrepris de se domestiquer lui-même ! La révolution néolithique a aussi son revers : zoonoses épidémiques, esclavage, guerre… mais là encore, pas toujours comme on le pensait !

Catal Höyük, une des premières villes – sans rues (vue d’artiste).
  • Peter Garnsey, Penser la propriété, Les Belles Lettres, 2013.

Cité ici pour mémoire, c’est un livre plus philosophique qu’historique, mais qui s’insère bien dans le paradigme que développe le thème de ce numéro de Ma bibliothèque amoureuse, notamment les deux ouvrages suivants :

  • David Graeber, Dette : 5000 ans d’histoire, Actes Sud (Babel), 2013.

Pour une somme, c’est une somme : 667 pages, presque le chiffre du Diable ! Universitaire « gauchiste », un des leaders d’Occupy Wall Street, l’Américain Graeber a écrit ce livre, dépité que dans son entourage, dès qu’on aborde la question politique de la dette, on lui réponde systématiquement : « Oui mais s’il y a une dette, elle doit être payée ! ». Le droit contre la morale ! David Graeber démonte un mythe : celui du troc avant la monnaie. En réalité, le troc n’a jamais existé, mais la dette, c’est-à-dire une relation de confiance, oui. Et la dette a pris réalité avec le mariage, la servitude, l’esclavage. Mais on pouvait aussi l’effacer grâce à un moratoire (rédemption…).

  • Olivier Grenouilleau, Qu’est-ce que l’esclavage ? – Une histoire globale, Gallimard (Folio histoire), 2014.

Tout d’abord, Grenouilleau est un de ceux qui avait osé écrire et dire que la traite africaine islamique a eu autant d’ampleur que la traite transatlantique. Wokistes, communautaristes et consorts lui étaient tombés dessus… En lisant Qu’est-ce que l’esclavage, j’ai eu l’impression de relire Dette : 5000 ans d’histoire ! C’est que l’esclavage résulte de la dette ! En réalité, les ouvrages de Scott, Graeber et Grenouilleau traitent d’un même sujet, inhérent à l’humanité : la propriété.

  • Enfin, une « trilogie » :

François Sigaut, Comment Homo devint faber, CNRS éditions, 2012.

Bruno Jacomy, Une histoire des techniques, Seuil, 1990.

Bruno Jacomy, L’âge du plip – Chroniques de l’innovation technique, Seuil, 2002.

Je dis « trilogie » car il y a pour moi une continuité épistémologique et chronologique. L’ouvrage de Sigaut traite de la main, spécificité humaine, de l’expérience et de la transmission. Jacomy, ingénieur des Arts et Métiers, ne se contente pas de faire un panorama : il explique, par exemple, la continuité montagne > torrents > moulin > machine-outil. Ce qui explique la présence dans le Jura de Peugeot, de Japy et de l’horlogerie. Et dans L’âge du plip, il explique la transition vanne > robinet > commande rotative > bouton > télécommande.

Alors au moment où communautaristes, wokistes, spécistes et genristes veulent nier l’universel, reprenons ces paroles d’Eugène Pottier : « L’Internationale sera le genre humain«  !

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Exercices de « stiche » (3)

A la manif du 19 janvier, j’ai fait une « rafle » de tous les tracts et autocollants donnés (et vendus, pour les plus intègres) par toute la galaxie politico-syndicale. C’est là qu’on peut s’apercevoir qu’il y a pléthore de partis communistes, chacun affirmant que le « vrai », c’est le sien. Outre le PCF, on compte le POCF (O pour ouvrier), le PRCF (Pôle de renaissance communiste en France). Il y en a d’autres… Le PRCF propose de « sortir de l’OTAN, véritable machine de guerre poussant à l’apocalypse nucléaire contre la Russie et la Chine en détournant l’argent des travailleurs ». Enfin !

Intéressant également dans ce tract : « lutter pour un syndicalisme de combat et de masse, nécessitant d’en finir avec la Confédération européenne des syndicats (CES) ». Comme l’écrit Pierre-Yves Rougeyron dans un article délicieusement méchant de Front Populaire (n° 11), c’est d’abord la CFDT qui, se détournant du « christianisme progressiste », se rapprochera du PSU (la gauche la plus anti-gaulliste) : des anticolonialistes versant dans la francophobie et l’antisémitisme, des autogestionnaires qui ont fini libéraux, l’UNEF*, et des « chrétiens de gauche » dominés par le gourou européiste et monétariste Jacques Delors (de l’UNEF). La CFDT sera la première à adhérer à la CES, ce sont aujourd’hui tous les grands syndicats français, CGT comprise !

*Le « portage de valises », du FLN jusqu’au PS, semble être une spécialité de l’UNEF et de son bras armé clientéliste : la mutuelle MNEF.

Troisième opus de pastiche littéraire sur le thème de l‘Exercice de style quenellien (queneautesque ?) intitulé Récit (« Un jour vers midi du côté du parc Monceau… »).

Notre oeuvre détournée aujourd’hui : Texaco, de Patrick Chamoiseau (Gallimard, 1992).

« Oiseau de Cham… »

Roman étrange que ce Texaco : une saga entre Rabelais (idole de l’auteur et de la narratrice) et Rushdie. Il faut prendre des notes, sinon on est perdu. On est aussi perdu si on ne connaît ni la Martinique et Fort-de-France en particulier, ni l’histoire de ces lieux. Et également si on ne connaît ni le créole, ni le français vernaculaire avec ses créolismes dans sa morphologie et sa syntaxe, ainsi que son vocabulaire faux-ami du français hexagonal.

J’aurais pu trouver des équivalents plus approchants du Parc Monceau, tel la Place Bertin à St-Pierre ou celle de la Savane à Fort-de-France, mais le gros de l’action se déroule au quartier Texaco, faiblard en espaces verts aux époques de la narration (de la fin du 19ème siècle à 1980). En guise d’autobus : le taxi collectif, appelé bombe* dans les années 1950-1960. Du coup, ce n’est pas un voyageur qui écrase les pieds d’un passager (à huit dans un break, on ne peut pas bouger), mais quelqu’un d’extérieur quand le passager sort. Et la gare St-Lazare est remplacée par l’embarcadère de Texaco, proto-terminal pétrolier.

*On dit aujourd’hui taxico pour taxi collectif. J’ai hésité à faire un jeu de mots avec Texaco…

J’ai connu les taxis collectifs 504 break en Martinique au début des années 80. On était huit à l’intérieur.

Je préfère ne pas expliquer chaque mot ou expression non hexagonale, cela perdrait de son charme : laissez-vous juste porter par la musique. Evidemment, si je n’avais pas vécu en Martinique, j’aurai été incapable d’écrire le pastiche qui suit…

Cahier n° 32 de Marie-Josette Saint-Driveur, page 44, Bibliothèque Schoelcher.

ARRET-BEKE. Il faut que je te raconte, Chamoiseur, ce qu'a vu ce jour-là, en ce temps béton, Ti-c'est-ma-faute. C'était avant l'arrivée de l'Urbaniste. Un jour, vers midi, du côté de Texaco-d'en-haut, la bombe calligraphiée "FDF-Schoelcher par la campagne" (c'était avant la Pénétrante), ô cabrette Peugeot bondée de malheur, ramenait Cémafaute l'Haïtien de l'en-ville.  Il déposa ("à l'arrêt pour moi, s'il-vous-plaît") un passager. Dès lui sorti, un major avec un col bâton-canne, qui portait un bakoua entouré d'un galon tressé, fit exprès de lui marcher sur ses pieds - et ses beaux souliers d'en-France. Et puis un coup de cabêche blo bidim pour toi, ti-désordeur. Le bougre s'enfuit : il avait reconnu l'homme du béké. Tu connais la meilleure du milan, Chamois-dlo-écriveur-de-mes-mots ?  A deux heures du soir, Cémafaute revit le bidimé devant l'embarcadère. Un ami lui conseillait de faire remplacer le bouton de sa chemise, modeste harde déchirée à cause l'homme de main, par Man Ernestine, docteur-linge et bonne couturière.

Et voilà. Comme le chantait le pianiste et interprète martiniquais Francisco (1932-2013) : « Sa’w ka di di sa ? » – Qu’est ce que vous en dîtes ?

En tous cas, je ne suis pas mécontent de moi…

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Mon Saint-Quentin (1)

Ville Art déco

Bonne année à tous ! Que risque-t-on pour 2023 ? Plus grand-chose car, si vous aviez suivi l’actualité spatiale, vous savez que la NASA a réussi à détourner l’astéroïde Dimorphos.

Paru dans Marianne du 13 octobre 2022.

Dans notre parution du 15 janvier 2021 (il y a deux ans), j’avais évoqué ce qui pourrait arriver, et notamment « un Biden va-t-en guerre menant une intervention contre la Chine ou l’Iran ». Entre nous, on y est : il suffit de remplacer Biden par OTAN, et de considérer le conflit russo-ukrainien comme une guerre par procuration, en attendant d’aller plus loin. Car il ne s’agit guère de Russie vs. Ukraine, ni « d’autocraties » vs. « démocraties », mais de la détermination du bloc Etats-Unis/Grande-Bretagne à affirmer son droit d’être la seule puissance mondiale, avec le caniche UE derrière. Or la majorité absolue des nations, menée par la Chine et les BRICS, sont déterminées à sortir pour toujours de cet ordre unipolaire impérial pour en finir avec la pauvreté et le sous-développement. Ces pays sont en train de construire un ordre économique nouveau. L’implosion imminente du système financier transatlantique fait que l’OTAN* globalisée veut empêcher d’autres nations, dont la Chine et la Russie, d’établir cette nouvelle architecture financière. Le dernier râle de l’Occident qui meurt à cause de sa stupidité libérale, c’est celui, hélas, de la bête blessée qui peut encore charger… Nous en sommes arrivés à une période rude dans laquelle il va falloir être polémique et choisir son camp, camarade !

*Angela Merkel a fini par avouer (Die Zeit du 7 décembre) que les accords de Minsk n’avaient pas été pensés pour être mis en oeuvre, mais pour « gagner du temps » afin que l’Ukraine puisse renforcer ses capacités militaires contre la Russie. Propos confirmés par François Hollande…

Alors, quel est votre camp pour 2023 ? Ne regardez pas vos chaussures…

Un jour de 1990, en pleine période des fêtes de fin d’année, des amis à moi durent aller à l’enterrement de la violoncelliste Eliane Magnan (je n’y étais pas allé, n’étant pas assez proche). Ils prirent note de l’horaire indiqué sur le faire-part, et filèrent… à Saint-Quentin-en-Yvelines. C’est sur le chemin depuis Paris qu’ils réalisèrent qu’ils s’étaient trompés de Saint-Quentin ! Honte à eux ! Car, aussi bien pour les Parisiens que pour la nouvelle génération, il n’y a de St-Quentin que celui en Yvelines, cette « ville nouvelle », qui n’est même pas une ville. L’autre, c’est « Connais pas ! ». Parfois certains, plus avisés disent : « Ah ouais, St-Quentin dans le Nord ». Raté, c’est dans l’Aisne. Mais j’accepte la réponse : on peut considérer cette ville comme la porte du Nord, ou celle des Flandres.

Je vous invite à consulter une carte de France, si toutefois, vous êtes capable de situer le département de l’Aisne. Vous aurez une excuse, c’est le département le plus artificiel : une moitié pays de France (Soissons, Laon), un quart champenois (Château-Thierry) et un quart picard (St-Quentin).

Pourquoi diable est-ce que je vous parle de Saint-Quentin ? Parce que j’ai une relation amoureuse avec cette ville, ma ville-doudou.

Je vais, je pense, y consacrer plusieurs billets, comme dirait l’ami Ruhaud..

J’y venais régulièrement, chez ma grand-mère, quand j’étais petit. Puis adolescent, nous y avons brièvement habité. On m’aurait dit, ainsi qu’à ma maman, que St-Quentin est une ville « art déco », nous aurions dit, incrédules : « Mais non, voyons ! Pas du tout ! ». J’adorais cette ville, mais à part la basilique médiévale et l’Hôtel de ville Renaissance (illustration en bannière de titre), c’était pour nous des immeubles moches en brique.

Il suffisait de lever le nez.

La ville, « détruite à 90% »* lors de la première Guerre mondiale, a été reconstruite au début des années 1920, tout comme Reims, Soissons ou une partie d’Arras, d’où ce style.

*Chiffre quelque peu exagéré…

Ainsi, la Poste. L’extérieur est moche, mais le grand hall intérieur présentait des fresques, qu’hélas, je n’ai pu revoir : elles sont désormais masquées par un faux-plafond, et ce hall est maintenant cloisonné. Subsiste tout de même l’entrée avec ses mosaïques :

Et à l’extérieur, on reconnaît bien le style « montre Cartier » :

Et la gare ? Voici le buffet (je n’ai pas connu). En jetant un oeil à travers une fenêtre condamnée, on pourrait voir ceci, à l’abandon et resté dans son jus (cf. les carrelages émaillés des cuisines et salles d’eau de l’époque) :

Mais le fleuron, c’était les grands magasins Séret, institution locale qui ferma en 1984. Il y eut d’abord un bâtiment à structure métallique avec sa rotonde, puis en face, quelque chose faisant plus années 30. Entre Art nouveau et Art déco, on passe de la courbe/nouille à la ligne droite/cordeau, et du métal au minéral (je ne suis pas mécontent de mon -faux- montage photo) :

Une autre rotonde (minérale) répond au coin opposé à Séret :

Séret n’est pas en reste en matière de grands magasins. Tous les St-Quentinois connaissent le Monoprix (au rez-de-chaussée), dont voici les étages supérieurs du bâtiment :

Mais savent-ils qu’un trésor se cache à l’intérieur de ces étages ?

Ils ont été surpris (et moi donc) de savoir que des vestiges des Nouvelles Galeries, grands Magasins de nouveautés (aujourd’hui Monoprix, donc) dormaient dans leur jus depuis l’après-guerre (!) sans être utilisés. Ils ont été présentés aux habitants lors des Journées du Patrimoine en 2021.

L’arrière du bâtiment est typique mais assez laid et surtout dégradé, pourtant on pouvait de mon temps entrer par l’arrière du Monoprix, sous cette coupole (à droite) :

L’impression de décousu que je percevais autrefois des immeubles de la Grand-Place a fini par faire place à la beauté de l’éclectisme, surtout quand l’ensemble est surmonté de la flèche de la Basilique en arrière-plan !

Il y a des façades intéressantes sur cette Grand-Place. A gauche, un cinéma devenu une brasserie qui n’a pas rouvert après la pandémie (on remarquera les deux lanterneaux, configuration similaire à celle du Monoprix). A droite, c’était l’ancien Crédit du Nord (avec hall art nouveau) :

A propos de cinéma, il y en avait un autre non loin :

Qui l’eût cru ? Ce casino, à l’entrée du faubourg ouvrier où l’on fabriquait les Mobylettes Motobécane… Après avoir été abandonné des décennies, puis devenu un magasin style « tout à 10 F », c’est maintenant une « maison de quartier » :

Un immeuble quelque peu balnéaire rue Victor Basch, et le marché au poisson sue la place éponyme. Où sommes-nous ? A Granville ?

Enfin, l’édifice art déco le plus original de St-Quentin, où aussi bien Eliane Magnan que ma propre maman se sont illustrées : le conservatoire municipal, fonction que ce bâtiment exerce encore. Un conservatoire qui évoque des tuyaux d’orgue ! Je ne sais pas si c’est volontaire ou fortuit :

A suivre…

Et tous dans la rue le 19 janvier !

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Les chansons-tango

Numéro double spécial Noël

Science-Po vient de congédier sa professeure de « danse de salon », écrit Le Parisien du 8 décembre. Eh oui, comme toutes les grandes écoles, celle-ci propose des activités culturelles et/ou sportives, sinon les étudiants péteraient les plombs. Mais pourquoi ce licenciement ? « Des plaintes d’étudiants dénonçant des propos sexistes, dégradants, discriminatoires, racistes ». C’est-à-dire ? L’école a demandé à la prof de « changer sa sémantique et de switcher [?] les termes « homme-femme » pour « leader-follower », sachant que dans les danses de salon, il y a toujours un partenaire qui mène la danse et l’autre qui suit … Une élève de 21 ans affirme que les étudiants étaient « très mal à l’aise » à cause des termes « homme » et « femme ». Pov’ choux ! Heureusement, Valérie (la prof) ne se laisse pas faire et déclare : « Je ne me plierai pas à la dictature. Le politiquement correct, il faut oublier ! »

Ce qui fait peur, c’est quand ces étudiants arriveront aux postes de responsabilité. Les nouveaux S.A. !

Eh bien, de la danse de salon, je vais vous en faire bouffer !

Franz Schubert, Trio opus 100 (andante con moto), interprété par le trio Wanderer.

Ce rythme, çà ne vous dit rien ? Pam-pam-pam-pam-padam-pam-pam-pam-pam-padam… C’est un rythme de tango… bien involontaire, car si Schubert fréquentait bien les bordels de Vienne, il n’a pas pu connaître, des décennies après, ceux (homosexuels, d’ailleurs) de Buenos Aires, dans lesquels est née cette danse. A propos, on est prié de ne pas prononcer « buénozère »…

Dans ce numéro, je ne vais pas traiter directement des « vraies » chansons de tango (Carlos Gardel et autres…). mais le rythme de tango a été largement utilisé dans la chanson française, parfois de façon ironique, voire parodique.

De toutes celles que je présente aujourd’hui, cette chanson qui suit semble la moins éloignée de la parodie. Quoi que… On remarquera les paroles de Jean-Roger Caussimon, un de ces auteurs oubliés avec Philippe Clay ou Jean-Claude Massoulier, tous un peu anars, « de gauche » pour le premier, « de droite » pour les deux autres…

Léo Ferré (musique), Jean-Roger Caussimon (paroles), Le Temps du tango, 1958.

Les millenials ne doivent rien comprendre à cette autre chanson : il s’agit de la première déclinaison latine* : celle des noms en -a. On prend alors comme exemple « rosa – la rose », mot évidemment très employé dans la conversation courante ! Tout cela est prétexte, pour Jacques Brel, d’envoyer balader l’éducation basée sur le par coeur et le bourrage de crâne. Il faut dire que Brel a un compte à rendre avec son milieu (Les Bourgeois, dans le même album), l’éducation dans les pensions catholiques, le service militaire… Nota : ce clip est un véritable Scopitone (« je me souviens des Scopitone« ) :

*Je ne résiste pas à cette contrepèterie : « Ne mettez pas « votre poire » au génitif ! »

Jacques Brel (paroles et musique), Rosa, 1962.

A l’âge de seize ans, Salvatore Adamo avait déjà rempli des dizaines et des dizaines de carnets de chansons ! Prometteur… Anecdote : quand j’étais petit, et que j’entendais « Adamo » chanter à la radio, je ne savais pas s’il s’agissait d’un monsieur ou d’une dame… C’est vrai que sa voix est particulière ! Vous permettez Monsieur est sans doute la première chanson-tango que j’ai entendue :

Salvatore Adamo (paroles et musique), Elie De Boeck (arrangements), Vous permettez Monsieur, 1964.

Boby Lapointe est capable de s’adapter à tout, y compris à la chanson-tango sur laquelle il a l’agent – la-gen-til-lesse de nous gratifier de ses jeux de mots :

Boby Lapointe (paroles), Etienne Lorin (musique), Alain Goraguer (arrangements), Monsieur l’agent, 1969.

Je ne connais pas beaucoup François Béranger, ce chanteur libertaire. Mais je me souviens de cette chanson et de son refrain : « Anastasie, l’ennui m’anesthésie «  :

François Béranger (paroles et musique), Le tango de l’ennui, 1973.

En voilà une bien kitschissime : Amour, castagnettes et tango. Je n’ai pas trouvé de renseignements sur cette chanson, que je pensais faire partie d’une opérette, mais çà ne semble pas être le cas. Elle a été chantée par de nombreux artistes mais semble être créée par Gloria Lasso en 1956. La version qui suit est extraite de la fameuse émission de Gilbert et Maritie Carpentier dans les années 70, véritable programme de variétés dans laquelle on réunissait des duos improbables (ici Annie Cordy avec Enrico Macias en latin lover), ou bien des artistes exerçant un autre registre ou une autre spécialité.

Je ne l’ai pas fait exprès, mais on compte déjà trois Belges dans les artistes précités. En voici un quatrième, qui nous chante L’tango walon. « C’est ene tchanson ki les paroles ont stî scrîtes ap A. Hancre eyet l’muzike compôzêye ap R. Hancre. C’esteut ene mwaisse tchanson do repertwere da Bob Dechamps. Come di djusse, ele si tchante sol rite do tango ». A quand un tango ch’ti chanté par Raoul de Godewaersvelde ? La prochaine fois, je vous la ferai en créole ou en espéranto !

Bob Dechamps, L’tango walon (paroles A. Hancre, musique R. Hancre), année ?

Voici un autre tango d’origine géographique improbable et frelatée : Le Tango corse. J’adore Fernandel vieillissant avec son air pince-sans-rire de Charles Pasqua (un Corse…) :

Fernandel, Le Tango corse (paroles : Georges Pirault, musique : Raymond Vastano), 1961.

Bonnes fêtes à tous, et bon tango. Ca vous changera de la Chenille et de la Danse des canards !

Prochain numéro le 15 janvier

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J’ai perdu le do

« Toi avec tes listes ! » me reproche t-on souvent. Je ne suis pas le seul ! Actualité de ce qui relève des listes :

  • Le billet du blog(ue) – confidentiel par sa parution – Le Blogue du vestiaire, daté du 11 octobre [https://leblogueduvestiaire.blogspot.com/2022/10/parti.html] est consacré à une liste « hénaurme » intime, amoureuse, artistique, un « grenier de la beauté ». Bravo à toi et continue encore d’écrire !
  • Vient de paraître : Eric Desordre, Le Grand Catalogue des livres imaginaires, éditions Unicité. Desordre [sic] fait dans le registre du détournement.
  • Vient de paraître également : Stéphane Mathieu, Catalogue des vaisseaux imaginaires, Editions du Sandre. Il s’agit des bateaux (à voile ou à vapeur, comme on dit) dans la littérature française ou traduite (liste non exhaustive).

Soulages, avec du retard sur l’actualité :

De gauche à droite : Soulages, Malévitch, Klein.

Allez, on rigole, c’est une blague…

On m’a reproché d’être pro-russe et pro-chinois. Mais non, voyons : j’apprends les chansons suivantes aux enfants… avant de les manger ! Ainsi :

J’ai perdu le doo

de ma claa-rinette

Ah, si papa, il savait çà, traa-lala

Iiil- me tap’rait sur les doigts, traa-lala

Au pas Camarade, au pas Camarade, au pas, au pas, au pas !

Arlequin tient saa-boutique

Dessous un grand paa-rasol

Oui monsieur Po

Oui monsieur Li

Oui monsieur Chi

Oui monsieur Nelle

?

Oui monsieur Polii-chinelle !

Rideau (de fer).

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