Les Arabes mayonnaise

Atelier d’écriture de l’été #4

Triste anniversaire : le 15 août 1971 était décidé le découplage de l’or par rapport au dollar. Nous payons encore les conséquences de ce début des processus de dérégulation…

Non, je n’ai pas oublié la litanie des Je me souviens (mon propre travail, et le vôtre aussi car ceci est un atelier) amorcée dans notre parution du 1er juillet. Et je vous vois venir : « marcjoly va encore contrepéter plus haut que son luth ».

Eh, bien non. Nous allons nous référer à un autre procédé.

Il s’agira cette fois de faire des permutations non pas de syllabes mais de mots. Le schéma que nous allons utiliser le plus couramment consiste à marier le sujet d’une entrée avec l’attribut d’une autre entrée et/ou l’inverse. Exemple : je me souviens, entre autres …des Arabes vendant des tapis, …du homard mayonnaise. Bon le homard vendant des tapis, c’est moyen… Mais les Arabes mayonnaise, c’est surréaliste !

Souvenez-vous des appellations géniales de groupes punk comme les Sex Pistols, eux-mêmes détournés en Sax Pustuls ! D’autres groupes, français et faussement décadents, portaient des noms tout autant surréalistes : Ludwig van 88 (spéciale dédicace l’amie Sandrine Vion), mais aussi La Souris déglinguée (aucun rapport avec la susnommée !?), les Garçons bouchers, les Béruriers noirs ou Les vieilles Salopes…

En réalité, je vous invite à lister tous les sujets, tous les attributs d’un Je me souviens (celui de Perec, le mien ou le vôtre – ou de n’importe quelle liste), et à vous de jouer…

Ainsi, on obtient :

Les Uniprix au fond de la cour.

Les taxis surgelés.

Les speakerines dans la chambre.

Les parcmètres à la turque.

Les téléphones qui font « chut ».

Les épiceries portant moustache.

Les poinçonneurs couleur crème.

Les Galeries Motobécane.

Les gazomètres à l’école.

Les tournevis de toilette.

Boby Lapointe : Tube de toilette.

Les bons-points perforés.

Les mobylettes à képi.

Les nouilles à manche en bois.

Les pizzas à boutons.

On notera l’inscription « freshly baked/frisch gebacken » à propos de cette merde. Même pas peur !

Les Kiravi à écrire.

Les pots de colle à plate-forme.

Les valises à calcul.

Les poubelles consignées.

Les yaourts au charbon (ou contrepèterie : les charourts au Yabon)

Les Arabes en bakélite.

Les bidets mayonnaise (Ciel ! Mais qu’est-ce ?)

L’honneur sera donc sauvé avec nos Arabes mayonnaise !

Et il y aura (pas tout de suite) des fournées supplémentaires de Je me souviens et de Mots enfouis.

Espérons que ces jeux de l’été vous ont plu. Commentaires, SVP !

Laisser un commentaire

Les mots enfouis (1/2)

Atelier d’écriture de l’été #3

Retour sur le discours de Macron du 12 juillet. La première partie, sur la question sanitaire, était très bien, mais la seconde était absolument dégueulasse. C’était une attaque en règle contre ceux qui peuvent peu (les chômeurs, les « gens oubliés », etc…). Consolons-nous donc avec la suite du numéro précédent

Ah, non ! marcjoly ne pouvait pas s’empêcher de verser dans la contrepèterie ! C’est trop facile ! Et puis elles sont fausses, car « compositioles », « vouvre », « chauffon », « lunoire », çà veut rin dire, comme on dit à la campagne. Alors, qu’est-ce c’est que ces enfantillages ? Idiot du village ! Raté ! Pataphysicien à deux balles !

Eh bien, ces mots existent. Si, si. Ils étaient simplement enfouis. Nous (car vous aussi, vous participez, n’est-ce pas ?) les avons exhumés de la vraie littérature, celle issue de notre imagination et de notre créativité, dont la contrepèterie ou autres procédés ne sont que les intercesseurs (qu’est-ce qu’y parle bien, le marcjoly !).

J’en ai passé quelques uns en revue, cités dans le texte original. Si, si ! Les voici :

  • Compositiole (n. f.) :

Petite composition artistique (picturale, littéraire, musicale) sans qualités particulières, à seule fin de loisir. « Pécuchet s’essaya à la peinture, sans dépasser le niveau de la compositiole » (Gustave Flaubert).

  • Mayonnard (n.m.) :

Gros mangeur d’allure ventripotente, habitué des tables des bons restaurants et brasseries. « Près de la Bourse, dans une brasserie, quelque mayonnard s’était attablé, dans lequel Saccard eut du mal à reconnaître son ami d’enfance » (Emile Zola).

  • Vouvre (n. f.) :

Substance visqueuse recouvrant les troncs et branchages dans les endroits humides, particulièrement à l’automne. « Dans les marais, en quittant la vallée de la Creuse, l’on pouvait sentir l’odeur de la vouvre qui envahissait nos narines » (George Sand).

  • Chauffon (n.f.)

Résidus divers facilement inflammables (chiffons, sciure, brindilles) utilisés pour amorcer un feu. « Dans ce qui servait de cheminée en ce réduit infâme, Bras-Rouge avait jeté un demi-seau de chauffon » (Eugène Sue).

  • Galeresse (n.f.)

Femme de petite vertu qui, à l’époque du Directoire, arpentait le plus souvent les arcades du Palais-Royal. « Chez le baron, la compagnie des courtisanes semblait atavique. Parmi les nombreux portraits d’ancêtres accrochés au salon, certains avaient vu leurs sujets fréquenter les galeresses » (Marcel Proust).

  • Restaugon (n. m.)

Individu borné qui ne démord pas de sa position ni de son opinion, allant même jusqu’à la bouderie. « L’amertume biliaire des restaugons qui n’avaient pas senti le vent de l’Histoire, imprégnait cet Alger réfractaire » (Charles de Gaulle).

  • Motobiquette (n. f.)

Motocyclette mal entretenue et plus de la première jeunesse, dont le moteur multiplie les ratés. « Marcel voulut épater Simone avec son « bolide », dit-il. Mais la gonzesse, apercevant la motobiquette, éclata de rire » (Alphonse Boudard). [L’ami Anthony Lallouet me suggère Cavanna, ç’aurait pu être çà aussi].

  • Couloche (n.f.)

Style amphigourique et mièvre que l’on peut rencontrer aussi bien dans les objets de la vie quotidienne que dans les arts (syn. : kitsch). « Bardamu fit un tour dans ce que ces abrutis d’Amerloques appellent un « mall ». Temple de marchandises faciles dégoulinant de fric, avec des petites étoiles partout. Ah, fallait voir ! Y’en avait, d’la couloche ! » (Louis-Ferdinand Céline).

Et moi de dire « y’en aura d’autres ». Je veux dire des mots enfouis. A suivre…

Laisser un commentaire

Macrires à échine

Atelier d’écriture de l’été #2

Le principe de la liste est un des ressorts des ateliers d’écriture. Dans le numéro précédent, votre serviteur avait développé son Je me souviens à la Perec. La liste n’est pas close, et il y en aura encore d’autres.

Et si l’on bousillait chaque entrée de la liste, en la transformant grâce à un autre ressort : la contrepèterie ? L’on verra qu’il ne s’agit pas de vraies contrepèteries car les mots ne veulent souvent rien dire, et le résultat n’est ni obscène, ni scatologique. Il ne s’agit donc que d’inversions de paires minimales, selon l’expression chère à Joël Martin (Joël Martin, Manuel de contrepet, 1986, Albin Michel)*. Souvent, même, il ne s’agit que d’à-peu-près qui, moins rigides, développent plus encore l’imagination.

*Joël Martin est scientifique, et j’avais acheté son bouquin au Salon du livre scientifique à Orsay !

Exemple : je me souviens… des bornes de police-secours. Et les bourres de police se cornent ? Quant aux tracteurs avec un siège tape-cul, ils deviennent les tractus avec un siège tape-coeur. Mignon, non ? [Le tractus est un ensemble d’organes qui constitue un appareil. Et le Robert nous donne un exemple poétique : « le tractus urogénital ». Moins mignon…]

C’est donc parti pour une autre liste. A vous de retrouver les entrées de départ dans le Je me souviens de la parution précédente :

Les laines en porceprise.

Les compositioles à l’écon.

Les hommaises mayonnard.

Les vouvres collants [Angst !].

Le charbage au chauffon.

Les chasse-fond près du plat d’eau.

Les circotières pissulaires.

Les cons versignés.

Les macrires à échine.

Les unitaires en miliforme.

Les télécrans à daphone.

Les galeresses Barbie [Angst !].

Les warrants-restaugons [Je confonds avec les Rougon-Macquart].

La quègle à ralcul [pas Angst !]

Les mobélanes Motobiquette.

« Télétel, location de locaviseurs ».

Les menus dommage et pressert.

Les livres de peur à tranche de couloche [Angst !].

Les collants en bavélite.

Les fameuses nombrilles.

Les canvines où l’on était serti.

Les lunoires à barres nettes.

Les toussoirs en michu.

Les chartelettes de porc dans les cocuteries.

Comme dirait Laurent Gerra imitant Jack Lang : « C’est chié, non ? ». Cà commence à être intéressant… Mais ce n’est pas fini : nous avons là un matériau qui va nous servir pour la prochaine parution…

A suivre…

Laisser un commentaire

Je me souviens… (1/4)

Atelier d’écriture de l’été #1

Les Jeux de l’été, par Michel LACLOS

Oups, pardon ! marcjoly se croyait au Figaro

Vous souvenez-vous… de Je me souviens, de Georges Perec (Hachette, 1978), un ouvrage qui appartient au genre du fragment ? Extrait :

« Je me souviens de la « balle aux prisonniers », dans la cour de l’école, à la récréation.
Je me souviens de « La pile Wonder ne s’use que si l’on s’en sert. »
Je me souviens de son prénom : Isabelle.
Je me souviens de l’odeur de la colle UHU.
Je me souviens des slips en laine tricotés par ma grand-mère, une torture ».

Moi aussi, comme tout le monde, je me souviens, en tant que petit garçon puis tout jeune homme. Mais mon Je me souviens à moi est un peu différent. Il n’y a pas de souvenirs personnels comme les oeufs brouillés de ma grand-mère (décidément, les grands-mères…), ni intimes (mais une Isabelle, çà ne m’aurait pas déplu…)

Le Je me souviens qui suit (« mon propre travail », dirait l’ami Ruhaud) est plutôt un panorama matériel de la société française des années 60 et 70, et du Paris de ces années-là. Les millenials vont croire que j’invente ou alors que j’ai 90 ans… [Je ferai peut-être une autre fois une édition commentée à l’intention de ces derniers]

Je me souviens :

Du repos scolaire le jeudi.

Des taxis avec un gros compteur à l’arrière.

Des hôtels avec un lavabo dans la chambre.

Des caisses enregistreuses à boutons.

Des prises et interrupteurs en porcelaine.

Des gens du pays, en vacances, que l’on ne comprenait pas à cause de leur accent.

Des parcmètres alignés le long des trottoirs.

Des grandes ondes et des petites ondes.

Des compositions à l’école.

Des fumées bleues derrière les pots d’échappement.

Des musées avec badigeon gris sur les lambris.

Des premières pizzas surgelées avec cuisson séparée de la pâte et de la garniture.

Des bidets.

Du homard mayonnaise servi dans les avions.

Des gazomètres.

Des piles carrées.

Des bons-points.

Des couvre-volants.

Des salles de lecture des bibliothèques municipales avec parquet qui grince et lecteurs qui font « chut ».

Des épiceries où l’on ne pouvait pas se servir.

Du chauffage au charbon.

Des encriers.

Des poinçonneurs du métro.

Des Arabes qui vendaient des tapis en porte-à-porte.

Des Uniprix.

Des chasses d’eau près du plafond.

Des speakerines.

Des pissotières circulaires en fonte.

Certaines arboraient une publicité pour le désodorisant Purodor !

Des phares jaunes.

Des syndicats d’initiative, à horaires improbables, tenus par une vieille dame.

Des bouteilles et des pots de confiture en verre consignés.

Des machines à écrire.

Des compartiments dans les trains.

Des téléphones à cadran.

De la macédoine pas cuite à la cantine.

Des queues de tigre au rétroviseur.

Des rideaux des salles de cinéma de province, avec les publicités des commerçants.

Des Galeries Barbès.

Des WC à la turque.

De la guérite du receveur dans le bus.

Des tournevis à manche en bois.

Des hommes portant moustache.

Des bornes d’appel de Police-secours.

Des télégrammes.

Des ouvreuses au cinéma.

Du Kiravi, du Gévéor et du Préfontaines.

Du mobilier de bureau vert foncé.

Des wagons-restaurants.

Des prises inamovibles de téléphone avec l’inscription « Propriété de l’Etat ».

Des pots de colle qui sentaient l’amande (avec leur petite pelle).

Des vitres de voiture à manivelle.

Des petits tickets (cinéma, musée, train) cartonnés qui sortaient de la caisse via une fente.

Des bougnats qui vendaient bois et charbon.

De la règle à calcul.

Des valises sans roulettes avec coins en métal.

Des Mobylettes Motobécane.

Des « épiceries fines » Codec.

Des lits d’hôpital/de dortoir/de caserne en métal à barreaux couleur crème.

Des poubelles en métal.

Des actualités au cinéma.

De sa vitesse, en voiture, qu’il fallait chercher .

Des bourgs, en vacances, qu’il fallait traverser en voiture (pas de rocade et c’était toujours un jour de marché).

Des yaourts La Roche aux Fées.

Des sténo-dactylos.

Des tickets de quai.

Des bières Valstar et Daumesnil.

Des téléphones dans les cafés.

Du souffleur au théâtre.

De « Locatel, location de téléviseurs ».

Des tracteurs avec siège tape-cul en métal.

Du Saint-Raphaël et de l’Americano Gancia.

De la ligne de Sceaux.

« Attention ! Ligne de Sceaux : tarification spéciale ! »

Des menus fromage et dessert.

Des nouilles Rivoire et Carret.

Des pneus de voiture avec chambre à air.

Des gens bossus.

Des femmes en combinaison.

Des policiers à képi.

Des livres de poche à tranche de couleur.

Des volants en bakélite.

Des familles nombreuses.

Des cantines où l’on était servi.

Des lunettes à barre noire sur le dessus.

Soeur Sourire.

Des mouchoirs en tissu.

Des côtelettes de porc dans les charcuteries.

Des militaires en uniforme.

(A suivre…)

Cette liste nous servira de base pour un exercice d’atelier d’écriture. Suite au prochain numéro – et n’hésitez pas à dresser votre propre Je me souviens !

Laisser un commentaire

The show must go on !

Y’a plus de chansons (on verra d’autres « y’a plus » ci-dessous). Alors en voici une, gnan-gnan au premier abord, et moins gnan-gnan au deuxième « rabord », de Pierre Vassiliu, auteur interprète oublié (qui certes ne fait pas dans la gaîté…), et qui n’a pas chanté que « qu’est-ce qu’y fait, qu’est-ce qu’il l’a, qui c’est celui là » : çà, c’était alimentaire… Réhabilitons les Pierre Vassiliu, les Henri Tachan, les Georges Chelon – et les chansons avec paroles et couplets.

C’est bien qu’il y ait les paroles : j’avais toujours compris « qui va de la vie à la mort » et je ne voyais pas le rapport…

Alors, çà y est, on y est : c’est les vacances. Des millions de bobos, de beaufs, de « jeunes » en embuscade et dans les starting-blocks pour enfin s’alcooliser. C’est « presque » la fin de la Covid. Enfin, faut pas rêver : des dizaines de variants nous attendent au tournant… Je ne vais pas revenir sur la gestion catastrophique de la pandémie : flop des masques, flop des tests, flop des attestations, absence d’isolement… le tout pour des raisons malthusiano-comptables, c’est-à-dire libérales.

On pourra aussi revenir sur l’incivisme des Français, pour lesquels le non-port du masque, les rassemblements et les fuites à Oléron sont devenus des sports nationaux. [La fameuse gifle à Macron : comment ce fait-il qu’il y ait des bains de foule ? A ce que je sache, nous sommes encore en urgence sanitaire avec respect des distanciations : notre Président est donc en infraction…] Deux ans à entendre des gros bébés dire : « Ah, comme on en a marre du masque «  ! Sans compter les jeunes se plaindre que leur galère en tant de pandémie est de la faute des vieux, des boomers, etc. Comme aurait-dit ma grand-mère : « Et çà vote » !

Une couche géologique à l’intérieur de l’Anthropocène : le Masquocène.

Tiens, çà tombe bien, il y a les élections régionales (et départementales) les 20 et 27 juin. Et à ce propos j’ai une anecdote.

Lors des dernières municipales, j’avais voté (au second tour) pour Anne Hidalgo, car je ne voulais pas de khmers verts à la tête de la ville. Résultat : j’ai voté Hidalgo, et on a eu les khmers verts.

Cette fois-ci, pour les régions et départements, plus jamais de khmers verts, de communautaristes, d’islamo-gauchistes (c’est-à-dire antisémito-gauchistes), de partisans du woke ou de la cancel culture ! Plus question d’alliés objectifs du libéralisme, promoteurs des additions individuelles au détriment de l’universel !

Bon ! Exercice difficile ! D’anti-libéraux, il n’y a que LFI, PCF et LO. D’universalistes, il n’y a que « droite », PCF (?) et LO. Pour ma part, à Paris, ce serait LO au premier tour et Pécresse au deuxième. Pas génial… En effet, car :

Y’a plus de Hugo !

Y’a plus de Zola !

Y’a plus de Jaurès !

Y’a plus de Clemenceau !

Y’a plus de Barrès !

Y’a plus de Blum !

Y’a plus de De Gaulle !

Y’a plus de Mendès-France !

Ouf : heureusement, il reste Christian Jacob, François Bayrou, Jean-Paul Huchon, Ségolène Royal, Olivier Faure, Bruno Retailleau (re-taïaut ?), Benoît Hamon, François Hollande, François de Rugy, Benoît Apparu, Guillaume Larrivé, Jean-Vincent Placé !

Elle est pas belle, la vie ?

Une  dernière pour la route : j’ai recensé les partis écologistes participant aux diverses listes pour ce scrutin : Génération Ecologie, Alliance écologiste indépendante, CAP 21 – Le Rassemblement Citoyen, Europe écologie – les Verts, Le parti écologiste, Mouvement écologiste indépendant, Parti de la Nature, Union des centristes & écologistes, Parti Animaliste, PS -Social-Ecologie, Les écolos solidaires…

Tous ces gens reprochaient à Solidarité & Progrès, le mouvement de Jacques Cheminade d’être un groupuscule

La semaine prochaine, nous aborderons les prémisses de ce qui s’apparentera à un atelier d’écriture.

Laisser un commentaire

J’les confonds toujours (2)

Dans le n°1, j’évoquais l’Ardèche et l’Ariège. Eh bien, bingo ! Dans le numéro spécial de Sciences et Avenir janvier/mars 2021, Sapiens – les dernières découvertes, l’on pouvait lire dans une légende d’illustration p.24 : « Grotte Chauvet – Pont d’Arc (Ariège) ». C’est pas l’Ariège, c’est l’Ardèche ! Comme dirait Coluche : « Oh, vous savez, moi, sans mes lunettes … ».

Il y a les noms et personnes que l’on confond : « Entre Untel et Untel (par exemple Daladier et Ramadier), je ne sais jamais lequel est lequel ». Mais il y a aussi ceux qui, pour nous, n’en font qu’un. C’est ainsi qu’un jour, je me suis aperçu qu’il y avait Buffet et Dubuffet, qui, inconsciemment, pour moi ne faisaient qu’un ! Idem pour Claude Lanzmann et Jacques Lanzmann : j’ai longtemps cru que le réalisateur de Shoah était le parolier de Jacques Dutronc !

Les confusions peuvent se faire aussi sur les prénoms, surtout lorsqu’ils sont rares : je mélangeais Georgette Lemaire avec Georgette Plana.

Mais il y a encore plus fort : confondre deux personnes n’ayant aucun nom ni prénom en commun : c’est ainsi que j’ai longtemps confondu Mère Teresa avec Soeur Emmanuelle. Ceci dit, j’étais incapable de connaître leur nationalité, ni de savoir où elles vivaient…

Allez, deuxième tour de manège :

  • ARMAN (1928-2005), ASLAN (1930-2014) et ORLAN (née en 1947)- trois artistes plasticiens.

Armand Fernandez, dit ARMAN, est connu pour avoir utilisé directement, comme matière picturale, les objets manufacturés (cycle continu de production, consommation, destruction). Alain Gourdon, dit ASLAN est illustrateur et sculpteur. On lui doit les bustes de Mireille Mathieu et Bardot en Marianne, la statue de Dalida au cimetière Montmartre et, souvenir inoubliable des adolescents, les pin-ups réalistes, dessinées à l’aérographe, du magazine Lui. Quant à ORLAN (Mireille Porte), plasticienne, photographe et vidéaste, elle s’est illustrée avec maintes installations et performances. Elle utilise souvent son corps comme support, autour des biotechnologies. Cette artiste quelque peu siphonnée s’est fait faire de nombreuses « performances » chirurgicales, comme des implants siliconés sous les sourcils. A noter qu’on ne prononce pas « Armane », » Aslane » ni » Orlane ». C’est vrai qu’on hésite toujours…

  • Raymond ARON (1905-1983) et Robert ARON (1898-1975) – deux essayistes.

Robert ARON a écrit des essais historiques et politiques. Fondateur du premier théâtre surréaliste, décliniste qui inspira les fondateurs d’Ordre nouveau [!], militant du Mouvement fédéraliste français, il devint historien spécialiste du régime de Vichy et finit à l’Académie française. Drôle de bonhomme dont on ne sait que penser… Raymond ARON fut, lui, l’archétype de l’Intellectuel français. Ami et condisciple de Sartre, pacifiste, de gauche et ardent promoteur du … libéralisme et de l’atlantisme. Rien de bon non plus chez ce pilier du Figaro qui aura mangé à tous les râteliers… Elu en 1963 à l’Académie de Sciences morales [sic].

  • AUBE et AUDE – deux départements.

Là on ne peut plus dire çà doit être quelque part dans le Midi, là où vont les écolos et les baba-cool, puisque l’AUBE est au sud de la Champagne (préfecture Troyes). Son nom vient de l’affluent éponyme de la Seine. L’AUBE est en fait le deuxième producteur de vin de champagne et de… chou à choucroute ! L’AUDE, elle, est bien dans le Midi, en région Occitanie. Elle inclut le Lauragais, le Minervois, le Corbières, qui produisent ces horribles gros rouges à 15° qui tachent (Efferalgan non fourni). Le fleuve Aude, qui traverse la préfecture Carcassonne, lui donne son nom.

  • Michel AUCLAIR (1922-1988), Jean-Pierre AUMONT (1911-2001) et Michel AUMONT (1936-2019) – trois comédiens.

Jean-Pierre Salomons, dit Jean-Pierre AUMONT, débute avant-guerre au cinéma puis au théâtre dans des rôles de jeune premier, et a tourné tant en France qu’aux-Etats-Unis jusqu’en 1996. Il s’engage dans les FFL en 1943. Michel AUCLAIR (Vladimir Vujovic) a commencé en 1946 dans le théâtre classique avant de se lancer dans le cinéma. Michel AUMONT, fils d’un régisseur de la Comédie française, intègre cette maison en 1956, où il y fera sa carrière. Tous les trois joueront dans de nombreux téléfilms.

  • Marcel AZZOLA (1927-2019) et Astor PIAZZOLLA (1921-1992) – deux accordéonistes.

Tous deux, évidemment d’origine italienne ! Astor PIAZZOLLA est argentin, et pour être plus précis, bandonéoniste plutôt qu’accordéoniste, le bandonéon étant l’instrument emblématique du tango. Mais PIAZZOLLA est venu à la musique en découvrant J.-S. Bach et sera l’élève de Nadia Boulanger ! Il inventera une nouvelle façon de jouer le tango, avant que le Cuarteto Cedron fasse de même des années plus tard. Quant à Marcel AZZOLA, qui est français, il accompagne les grands noms de la chanson dans les années 1950 : Vian, Piaf, Gréco, Bécaud, Barbara… C’est lui que Brel encourage d’un « chauffe, Marcel ! » dans la chanson Vesoul :

« Chauffe, Marcel ! »
  • BALAGNE, CERDAGNE et LIMAGNE – trois régions françaises.

On en a toujours entendu parler, mais çà s’arrête là ! La BALAGNE (du nom de l’ancienne ville celte de Palania) est une région au nord-ouest de la Corse, entre le massif du Monte-Cinto et le littoral. Calvi et l’Ile-Rousse en sont les villes principales. La CERDAGNE (du nom de la tribu gauloise des Cerrétains) est une région catalane (Pyrénées-Orientales), dont une partie se situe en Espagne. C’est une dépression s’étendant de Bellver-de-Cerdanya (SP) au sud-ouest, à Montlouis (F) au nord-est, dont le centre est la ville frontalière de Puigcerda/Bourg-Madame. Ne pas confondre avec la sardane, une danse… catalane. Quant à la LIMAGNE (de limus, boue, cf. limon), la moins connue, c’est une grande plaine traversée par l’Allier, depuis Issoire jusqu’à St-Pourçain-sur-Sioule (Grande LIMAGNE au sud et LIMAGNE Bourbonnaise au nord).

  • Armand BARBES (1809-1870) et Henri BARBUSSE (1873-1935) – deux hommes politiques anti-impérialistes.

Armand BARBES inaugure son baptême révolutionnaire en 1830, animé par sa fibre républicaine. Il fonde ensuite la Société des Droits de l’Homme, démantelée par la Police, puis la Société des Saisons avec Auguste Blanqui. Blanqui et BARBES, tous deux intransigeants et de caractère différents, vont connaître les geôles de tous les régimes. Il vont se brouiller en 1848, le premier accusant le second de traîtrise. BARBES s’exile à La Haye en 1870. Son nom est aujourd’hui plus connu par le quartier de Paris bordé par le boulevard qui porte son nom : quartier « populaire », c’était après-guerre un lieu de prostitution, aujourd’hui de trafic de cigarettes et de stupéfiants. Henri BARBUSSE, lui, est un écrivain pacifiste et communiste, qui a voulu mettre en pratique, dans l’Humanité, une approche littéraire du communisme. En bon pacifiste, c’était, tout comme Romain Rolland, un ardent soutien de l’espéranto.

  • Le BARDO et le PRADO – deux musées étrangers.

Dans BARDO, petite ville près de Tunis, se trouve l’ancienne résidence du Bey fondée au xve siècle et qui est aujourd’hui le siège du parlement tunisien ainsi que le musée éponyme. Plus ancien et plus important musée tunisien, le BARDO abrite la collection de mosaïques la plus riche du monde. Le PRADO, lui, se situe à Madrid, a été construit en 1785 comme cabinet de sciences naturelles. Il devient ensuite un musée royal de peintures et de sculptures. C’est aujourd’hui le « Louvre » espagnol, une des plus grandes pinacothèques au monde. Autre point commun : le nom de la ville de BARDO, en Tunisie, vient de l’espagnol prado, qui signifie pré.

LA Bardot !

A suivre…

Laisser un commentaire

Mitterrand ou les oubliettes de l’Histoire

Au moment où l’on célèbre les quarante ans du 10 mai 1981, le hasard m’a fait découvrir ce livre de Michel Onfray : Vies parallèles – De Gaulle & Mitterrand (Robert Laffont, 2020). Un ouvrage rafraîchissant et délicieusement méchant, et qui montre deux visions de la France, de l’Etat et de ce qu’est un dirigeant : l’une légitimement grande (de Gaulle), l’autre petite (Mitterrand). L’un a mis son ambition au service de la France, l’autre la France au service de son ambition.

J’entends déjà certains dire : « oui, mais Onfray est populiste » : « populiste », mot utilisé par les élites et leurs idiots utiles pour désigner ceux qui ne pensent pas comme eux !

Michel Onfray n’est pas exempt de défauts, dénonce mieux qu’il ne propose, et sa revue Front populaire n’est pas terrible. Néanmoins, voici ce qu’il répond, interrogé par Natacha Polony dans Marianne du 13 décembre 2019 : « […] éduquer, c’est fabriquer des citoyens libres, autonomes, intelligents, indépendants, disposant d’un esprit critique et que l’Etat maastrichtien dans lequel nous vivons depuis 1992 déteste ce genre d’énergumène, puisqu’il veut des crétins incultes qui consomment,[…] débitent le catéchisme du politiquement correct et mange volontiers la nourriture de Macron et du patronat pourvu qu’elle lui soit servie par Greta Thunberg dans une assiette écoresponsable en maïs recyclé. » Polony lui demande à quoi il résiste : « Résistance à la dictature de l’Etat maastrichtien, résistance à l’islamo-fascisme, résistance au gauchisme culturel venu des campus américains, résistance au libéralisme politique,[…] résistance à l’illettrisme généralisé, résistance aux Gafam, résistance aux fascismes qui viennent, en un mot : résistance au nihilisme… »

Charles de Gaulle vs. « Francisque » Mitterrand, donc.

L’un, maurrassien mais anti-dreyfusard, travaillera beaucoup sur l’Histoire et deviendra antifasciste et anticolonialiste. Le second, antisémite, restera jusqu’au bout l’ami de René Bousquet, Jean-Paul Martin, Jean Delage, Yves Cazeaux, Pierre Saury (des collaborateurs notoires) et contribuera, par des tactiques médiatico-électorales, à la montée en puissance du FN.

L’un libère la France. L’autre est un vichysso-résistant (à quand les judéo-nazis ?) : francisque et résistance de la dernière heure.

La fameuse Francisque.

L’autre, ministre de l’Intérieur puis de la Justice de 1954 à 1957 soutient l’Algérie française, envoie les contingents et fait torturer et guillotiner les pro-FLN. L’un, arrivé en 1958, va recoller les morceaux en vue de l’Indépendance.

L’un met fin pacifiquement en 1958 à une longue crise institutionnelle. L’autre voit en chaque défaite personnelle un coup d’Etat.

L’un respecte la Constitution qu’il a fait mettre en place : il s’en va quand il est désavoué. L’autre, désavoué, se maintient dans une cohabitation.

L’un s’oppose aux puissances d’argent et à l’Europe supranationale, l’autre adhère au projet impérial anglo-saxon de Jean Monnet puis au traité de Maastricht.

Jean Monnet, né à Cognac, près de Jarnac. L’occupation historique des Charentes par les Anglais a-t-elle joué un rôle dans l’appétence de Monnet et de Mitterrand pour une soumission anglo-saxonne ?

L’un met la culture au service du peuple grâce à André Malraux (même si ce dernier était un peu siphonné…), l’autre lui sert l’idéologie de la « fête » grâce à Jack Lang et Jean-Paul Goude.

L’un veut des obsèques dans l’intimité familiale, sans pompe, sans oraison ni cérémonie. Une simple tombe. Aucune distinction ni décoration ni citation. L’autre avait songé à un mausolée sur la colline de Bibracte !

L’un fait l’Histoire, l’autre consulte l’astrologue Elisabeth Teissier.

Ce livre aura également le mérite de clouer le bec aux petites musiques qu’on entend trop souvent : « de Gaulle, oui, mais c’était un dictateur en puissance » (affirmation issue des milieux vichystes à Londres et à Washington et qui a perduré : Daniel Cordier lui-même tombera dans le piège bien plus tard) ; « de Gaulle, oui, mais les horreurs de la guerre d’Algérie, c’était lui » (comme on l’a vu, c’était Mitterrand) ; « de Gaulle, oui, mais il a trahi les Pieds-noirs » (les médias, dont Le Monde de l’ancien collaborateur Hubert Beuve-Méry, se sont empressés de sortir le « je vous ai compris » de son contexte)…

C’est même toutes les élites françaises qui, dans leur ensemble, reçoivent une vaste gifle sous la plume d’Onfray. Ce livre est un anti-manuel* d’Histoire française contemporaine !

Je ne crois pas que l’auteur y voyait, avant sa rédaction (car il y pensait depuis plusieurs années), une allusion à un autre Rastignac petit-bourgeois arriviste jésuitique : Emmanuel Macron. Onfray n’en parle pas, mais nous a de facto fourni l’aune à laquelle mesurer Manu-tête-à-claques.

*Que l’on ne pourra malheureusement pas consulter, faute d’index…

Prochaine parution le 1er juin.

Laisser un commentaire

Dekoikonparle ? (3)

Nous reprenons notre parution quinzomadaire. Prochain numéro le 15 mai.

Les « DOM-TOM »

J’évoquais dans le dernier numéro (Ma bibliothèque amoureuse #6 https://champouin.blog/2021/04/22/ma-bibliotheque-amoureuse-6-infini/) des ouvrages à vocation géographique illustrés par des cartes. Bingo ! Vient de paraître un hors-série du Point: La France et sa géographie, dans lequel il y a… des cartes ainsi qu’un entretien avec Jean-Robert Pitte (dont je ne savais pas qu’il était président de la Société de géographie), déjà évoqué. Se trouve pp.60 et 61 un point sur la France d’outremer, qui peut servir à illustrer le sujet d’aujourd’hui : çà tombe bien !

Un homme politique des ma connaissance (quoi ? marcjoly connaît un homme politique ? Séki ? Séki ?) s’évertuait il y a quelques années encore à parler des « DOM-TOM », alors que le concept n’existait administrativement plus. Il a heureusement depuis rectifié le tir en parlant de l’Outre-mer, et même des outre-mers, selon ce pluriel tendance : les publics, les personnels, les contenus, les quartiers, les territoires, les mobilités et « les possibles » dont, d’après les plumes de Macron, il nous faut bien entendu « réinventer le champ ».

Il y a beaucoup de fantasmes, d’ignorance et d’idées reçues à propos des « DOM-TOM ». « Ah, vous êtes des DOM-TOM ? » ne veut rien dire ! C’est comme demander : « Vous êtes d’Auvergne – Rhône-Alpes ? ». En parler, toujours. Les situer sur la carte, jamais. Le dessin en bannière de titre en est un peu la représentation convenue d’îles forcément « paradisiaques » et de cocotiers que les Hexagonaux veulent d’ailleurs absolument appeler « palmiers ».

Sixième continent : Reggae Dom-Tom (1984 ?)

Plutôt que de faire un cours détaillé sur les divers statuts administratifs des régions concernées, nous allons élaguer les idées reçues, et je vous invite à consulter le hors-série du Point susmentionné, ou bien à télécharger ou consulter la carte ci-dessous :

A noter, a contrario, que la France métropolitaine se définit par l’ensemble des territoires français situés en Europe. Ainsi, la Corse ou l’île de Sein ne font pas partie de l’Outre-mer.

« Traîner une île avec soi… »

Helena Noguerra
  • « Tout çà, c’est des îles… »

VRAI, à une exception près : la Guyane, qui est un morceau de continent sud-américain. Pour pousser le bouchon un peu loin, on pourrait aussi citer la tranche fine de ce gâteau qu’est le continent antarctique, et qui nous revient : la Terre-Adélie. Pour revenir aux îles, certaines sont d’un seul tenant comme la Martinique, d’autres des archipels comme la Polynésie française.

  • « Tout çà, c’est dans l’hémisphère sud… »

VRAI et FAUX. Lors de l’enterrement de mon grand-père, en plein mois de janvier et sous la neige, un vague cousin, croyant que je vivais encore en Martinique, m’a dit : « Si je comprends bien, chez toi c’est l’été, vu que c’est l’hémisphère sud » (bon, c’est toute l’année l’été, mais ce n’est pas çà qu’il voulait dire). Or, ne sont dans l’hémisphère nord que nos dépendances situées proches du (ou sur le) continent américain : St-Pierre-et-Miquelon (évidemment), Guadeloupe, St-Barthélémy, St-Martin, Martinique, Guyane.

  • « Tout çà, c’est dans le Pacifique… »

VRAI et FAUX. C’est bien connu, les « DOM-TOM », c’est l’archipel de Toutouasamémé, les vahinés et aloha ! Cette vision polynésienne et Pacifique, c’est géographiquement la Polynésie française et Wallis-et-Futuna. La Nouvelle-Calédonie est également dans le Pacifique. Mais la France a aussi des dépendances dans l’océan Indien (Réunion, Mayotte), ainsi que quelques îles non peuplées appartenant aux TAAF (Terres australes et antarctiques françaises et îles éparses). Quant à l’Atlantique : cf. le paragraphe précédent.

« Wallis et Futuna : 96, 2% »
  • Alors, les DOM, les TOM, c’est quoi ?

Les situations administratives ont beaucoup évolué, mais « au jour d’aujourd’hui », les TOM n’existent plus, les DOM sont devenus des DROM (départements-régions d’outremer) : Guadeloupe, Martinique, Guyane, Réunion, Mayotte. La Nouvelle-Calédonie dispose d’un statut sui generis. Tout le reste est COM (collectivité d’outremer). Il y a une gradation vers l’autonomie : DROM >COM > Nouvelle-Calédonie. Je ne rentre pas dans le détail. Les TAAF, peuplées par scientifiques, militaires et pingouins, ont un statut à part. A noter que les îles minuscules que sont Saint-Martin et Saint-Barthélémy, qui étaient auparavant des communes de la Guadeloupe, sont devenus chacune une COM, pour des raisons fiscales et bancaires. Il n’y a pas de quoi être fier…

Et maintenant c’est encore plus confus que vous ne le pensiez… Est-ce qu’ils parlent français, utilisent l’euro, reçoivent la télé ? Vivent-ils dans des cases ? Ont-ils un os dans le nez ? Et qu’est-ce qu’ils mangent ? …

Laisser un commentaire

Ma bibliothèque amoureuse (6/infini)

Spécial atlas et assimilés

Quand j’étais documentaliste au lycée Edouard-Herriot à Lyon, il y a plus de vingt ans, il n’y avait pas de programme en géographie pour le concours de l’ENS Sèvres-Ulm. Le prof de prépa avait donc choisi comme thème la cartographie, ce qui n’emballait pas les étudiants, mais moi, si. Il leur avait établi comme base de travail un manuel de géographie de… Terminale, plein de cartes, qui m’enchantait !

Quelques années après, le géographe Jean-Robert Pitte faisait l’éloge de la cartographie. Ce qui ne m’étonne pas du personnage, anti-sorbonnard et attaché à l’idée de terroir, non pour regarder en arrière, à la Pétain ou à la Giono, mais pour aller de l’avant. C’est cette même idée de terroir qui anime le journaliste gastronomique Périco Légasse. D’ailleurs Pitte s’est tourné vers la géographie de la gastronomie et du vin. Tout cela pour dire que les férus de cartographie sont des gens bien.

J’ai toujours eu une passion pour les atlas et les plans de réseau.

Encore aujourd’hui, je ne peux pas m’empêcher de mettre mon nez dans les cartes routières Michelin (les meilleures, à tous points de vue) et les plans de ville. Je me fais des scénarios (c’est mieux que de « se faire des films ») : si toutes les nationales étaient remplacées par des autoroutes, quel serait leur tracé ? Et si je créais un métro dans telle ville, par où passerait-il ?

Inutile de dire que ces ouvrages ne se contentent pas de dormir dans ma bibliothèque, mais sont régulièrement consultés !

Florilège (quel poncif!) :

  • Atlas des routes de France, Solar (ou son équivalent chez Reader’s Digest).

Le GPS de ma voiture, bien qu’intégré dans l’écran large central, ne m’aide pas en tant que plan de route. Il me sert plutôt pour me dépatouiller en ville (chercher un parking, chercher par où rattraper la départementale 304, etc.). Mais un voyage ne se prépare pas ainsi ! Je préfère me plonger dans les cartes version papier. Et toutes les cartes en une avec cet ouvrage où la topographie se suit « bord-à-bord », de page en page. Même s’il prend de la place dans la voiture.

  • Bruno Tertrais, Delphine Papin, L’atlas des frontières, Les Arènes, 2016.

Au moment où l’édification croissante anti-migrants de murs devient insoutenable, mais où la passoire qu’est l’espace Schengen devient ridicule, l’ouvrage vient à point. Certaines frontières d’aujourd’hui sont historiques (culturelles, religieuses), d’autres sont artificielles (celles de l’Afrique décidée par les puissances coloniales). D’autres sont baroques, comme les enclaves (voire enclaves dans l’enclave), sans parler des émiettements à checkpoints, comme en Palestine. Il y a des conflits frontaliers tout aussi baroques. Et quand un fleuve sépare deux états, où passe la frontière ? Celle-ci est elle en condominium, à la rive, en ligne médiane, au talweg, transfrontalière ? Et selon que l’on considère la Caspienne comme une mer ou un lac, les revendications ne sont pas les mêmes… [A lire aussi : Régis Debray, Eloge des frontières, Gallimard, 2010].

  • Les Atlas de l’Histoire, les Atlas du Monde – hors-série, ceux de Courrier International.

La revue l’Histoire a publié ces dernières années des hors-séries. Des Afriques, des mondes de l’Asie, de France… Histoire, colonisation, les enjeux actuels, les défis. Avec des cartes, des cartes, des cartes… Quant à ceux du Monde et de Courrier, ils abordent des sujets divers : atlas des Villes, atlas des Utopies (c’est un peu la même chose), atlas de l’Eau.

  • Michael Swift, Villes du Monde – Les cartes à travers l’Histoire, Géo, 2009.

L’évolution des villes à travers les plans d’époque : ville romaine post-oppidum, motte castrale, bourg médiéval, élargissement et extension après destruction des remparts, intégration des faubourgs, apparition des gares… Une cinquantaine de villes pour les quelles on peut jouer à avant/après. Retrouve-t-on le cardo ou le castrum, le plan colonial en damier, la tracé d’une rivière dans les hypercentres ou les downtowns contemporains ?

  • Danielle Chadych et Dominique Leborgne, Atlas de Paris – Evolution d’un paysage urbain, Parigramme, 2007 ; Jean-Robert Pitte (dir.), Paris, histoire d’une ville, Hachette, 1993.

Deux bibles sur l’histoire de Paris. Encore plus consultés que les autres ! Là aussi, le avant/après s’impose, surtout si on vérifie in situ : dans la rue, sur un immeuble, etc.

Jean-Robert Pitte

  • Collectif, Le Grand Pari(s) – Consultation internationale sur l’avenir de la métropole parisienne, Le Moniteur, 2009.

Il s’agit du catalogue de l’exposition de 2009 à la Cité de l’Architecture, qui présentait les résultats de ladite consultation engagée par l’Etat. De grands cabinets d’architectes avaient planché sur le sujet (Richard Rogers, Christian de Portzamparc, Jean Nouvel, Roland Castro et d’autres moins connus). Suppression des barrières physiques (périphérique, autoroutes, emprises SNCF, friches industrielles…), « requalification » des axes ou des zones en déshérence, désenclavement à l’aide de nouveaux réseaux de transport, densification/mutualisation et « en même temps » verdissement, corridor de développement Paris-Le Havre… Ce qui est intéressant, c’est que les architectes sont restés raisonnables par rapport à l’idéologie environnementaliste, et n’ont pas non plus proposé de smart city sous l’emprise des GAFAM. Mais c’était en 2009… Malheureusement, sept mois après le rendu des études, la loi dite du Grand Paris n’a rien eu à voir avec les travaux des architectes… N’ont été seulement retenus que quelques pôles (La Défense, Saclay, Le Bourget/Villepinte…) reliés par le fameux supermétro. Les architectes ont travaillé pour rien…

Paris est toujours un roman…

Laisser un commentaire

The Greta Watcher (3)

« Au cas où je serais réincarné, je souhaiterais l’être sous la forme d’un virus mortel afin d’apporter ma contribution au problème de la surpopulation. »

Prince Philip, duc d’Edimbourg

Nota : les Greta Watchers n°1 et 2 sont consultables sur notre ancien blog http://mrliste.hautetfort.com .

Je ne me réjouis pas de la disparition d’autrui, mais on ne regrettera pas le décès de Philip Mountbatten, duc d’Edimbourg, prince « qu’on sort », ou plutôt pas très sortable, et que les médias nous ont présenté comme « gaffeur » (qu’en termes bien choisis ces choses-là sont dites !). Exemples cités par Le Parisien du 10 avril : au président nigérian Obasanjo, en tenue traditionnelle : « On dirait que vous êtes prêt à aller au lit ». A un routard revenant de Papouasie : « Vous avez réussi à ne pas être mangé ? » A un étudiant en partance pour un stage en Chine : « Ne restez pas trop longtemps, sans quoi vous aurez les yeux bridés ». A un handicapé en fauteuil roulant : « Combien de personnes avez-vous fauché ce matin, avec ce truc ? »

C’est que la matrice intellectuelle de Philip est celle du cercle des malthusiens Francis Galton et Thomas Huxley (grand-père d’Aldous), au 19ème siècle. Ceux qui ont créé les réseaux eugénistes, réseaux qui ont par la suite financé la mise en place de Hitler.

La famille Huxley : Le grand-père Thomas (au centre) et ses deux petits-fils Julian et Aldous.

Depuis soixante ans, le prince Philip a personnellement engagé son World Wildlife Fund (WWF – Fonds mondial pour la Nature), qu’il a créé en 1961 avec un autre Huxley (Julian, frère d’Aldous) dans le but explicite de lever des fonds destinés à financer les activités de l’Union Internationale pour la conservation de la Nature (UICN). Philip convainquit le prince Bernhardt des Pays-Bas, authentique adhérent au parti nazi (dès 1933 !), d’accepter la présidence du WWF International.

Sous prétexte de protéger la nature, le WWF-UICN poursuit en réalité deux objectifs centraux : la réduction de la population mondiale (d’où la citation sur la photo sous le titre, rapportée par l’agence de presse allemande DPA en août 1988), notamment dans les pays du Sud, et la concentration des matières premières du monde dans les mains de quelques multinationales, surtout britanniques ou anglo-hollandaises. Il s’agit de faire de l’Afrique un immense parc naturel, dans lequel on peut extraire toute sortes de métaux en toute tranquillité. D’ailleurs, Philip, ce « protecteur » de la nature, était un grand amateur de… safaris. Et pour faire respecter ce nouvel ordre environnemental planétaire, rien de tel qu’un gouvernement mondial.

Le WWF est loin de signifier Villages Vacances de France !

Contrairement à l’idée reçue, le nom Battenberg n’a pas été anglicisé en Mountbatten en raison des sympathies nazies de la famille, mais à cause de la première Guerre Mondiale : la changement de nom est intervenu en 1917. Idem pour la branche anglaise Saxe-Cobourg & Gotha, qui devint Windsor. Cela n’a pas empêché les deux maisons d’avoir eu par la suite des sympathies quelque peu WASP, ou plutôt White Anglican Supremacist Princes !

Quand la reine d’Angleterre pète,
la Queen couine et le wind sort !

Anglican ? Rien n’est moins sûr. Parallèlement à l’attirance des nazis pour un nouvel Age situé entre le théosophique et le païen, avec un Homme Nouveau (on commence par le naturisme, et on finit par la Nature…), Philip d’Edimbourg déclare : « Il est désormais évident que le pragmatisme écologique des religions dites païennes […] était bien plus réaliste en termes d’une éthique de la conservation que les philosophies monothéistes plus intellectuelles de religions révélées » (Conférence de presse au National Press Club de Washington, 18 mai 1990). Son fils, le Prince Charles, n’est en ce sens, qu’une version soft de son père.

Laisser un commentaire