Les « chansons Africa »

J’ai trop entendu d’imbéciles autour de moi (ne parlons pas des médias) s’exclamer : « Ah mais c’est bien, Assad est tombé » sans réfléchir au fait que les Américains ont, une fois de plus (Afghanistan, Irak) contribué à installer une théocratie sanguinaire, en Syrie, cette fois. Les idiots utiles de la bien-pensance ont donc soutenu la venue d’un système régi par la charia, dirigé par le groupe islamiste « modéré » Hayat Tahrir al-Sham (HTS), dernier avatar d’Al-Qaida, avec lequel, comme l’a relaté Le Figaro.fr, l’assassin de Samuel Paty était en contact…

*La propagande médiatique occidentale qualifie le chef du HTS Abou Mohammad al-Jolani de « djihadiste libéral démocrate », et ses amis de « rebelles »

A côté de cela, le psychodrame autour de « Bayrou de secours » qui, tout comme Ségolène Royal ou Bernard Cazeneuve* est tellement indispensable qu’il est candidat à tout, est bien dérisoire…

*Les médias ont qualifié celui-ci « de gauche » !

Début décembre, je passai boulevard Beaumarchais à Paris et pus voir les stigmates de la manifestation du 23 novembre contre les violences faites aux femmes. Malheureusement, ce fut apparemment un festival de wokisme et d’intersectionnalités en tous genres. Exemples de slogans tagués : MISANDRIE ! (savent-elles que pour « fabriquer » des enfants, quelle que soit la technique, on a besoin de gamètes mâles* ?), TOUS VIOLEURS** ! (ben voyons…), et la cerise sur le gâteau QUEERS 4 PALESTINE. En effet on peut compter sur les barbus du Hamas pour respecter les femmes et les minorités sexuelles ! On parie qu’aucune des manifestantes ne soutient le combat des femmes iraniennes. Et je n’ai rien vu faisant allusion à Gisèle Pelicot : elle est sans doute trop « cis » à leur goût…

*J’oubliais que pour sauver la planète, il ne faut plus faire d’enfants…

**Tous ? Evidemment non. Malgré tout, on remarquera que Dominique Ali Baba Pelicot n’a recruté ses cinquante violeurs que dans un rayon de quelques kilomètres seulement. On n’ose imaginer ce qu’il en aurait été à plus grande échelle…

LA LISTE PEREC DU JOUR :

"Il pensait aux autres, à tous ceux qui étaient déjà partis, à tous ceux que la vie ou la mort avaient avalés : Madame Hourcade, dans sa petite maison près de Montargis, Morellet à Verrières-le-Buisson, Madame Fresnel avec son fils en Nouvelle-Calédonie, et Winckler, et Marguerite, et les Danglars et les Claveau, et Hélène Brodin avec son petit sourire apeuré, et Monsieur Jérôme, et la vieille dame au petit chien dont il avait oublié le nom, le nom de la vieille dame, car le petit chien, qui d'ailleurs était une chienne, il s'en souvenait très bien, s'appelait Dodéca."

Nous retrouvons notre « rubrique de Noël », que j’aurais pu appeler Tour de chant, sauf que France Musique a eu la même idée. Mais quelle stupeur ! marjoly, qui prône la culture classique, verse maintenant dans la variété !

C’est qu’il y a des lieux toujours vénérés en chansons. Paris, qui sera toujours Paris ! L’Italie napolitaine O sole mio. La Provence Pagnol/Vincent Scotto/Alibert. L’Océanie Manureva de Brel à Antoine, en passant par Alain Chamfort. La Californie, San Francisco, la route 66, bon ou mauvais trip… Et l’Afrique, ou plutôt Africa, pour faire plus mythique, comme on dit Gaïa pour désigner la Terre.

Deux expositions ont lieu actuellement à Paris sur un thème identique : la possession du corps par l’âme d’une autre personne. Au Musée d’art et d’histoire du judaïsme, une expo* sur le dibbouk, thème tardif alimenté par la Kabbale et révélé par la pièce yiddish de Shalom An-ski, (1917)**. Autre exposition : celle au Quai Branly sur les zombis***. Ah, le vaudou, les sorciers, l’envoûtement… Nous y voilà ! Nous allons passer en revue des « chansons Africa ».

*jusqu’au 26 janvier 2025.

**Shalom An-Ski, Le Dibbouk, L’Arche, 2014.

***Le créolophone que je suis aurait écrit : des zonbi.

Je pensais qu’il y en avait pléthore : il y en a finalement assez peu. Je voulais d’emblée éviter la soupe des Alpha Blondy, Tikken Jah Fakoly et autres Ali Farka Touré, lesquels, sur un air vaguement reggae, débitent en boucle depuis trente ans « Africa, Africa » parce qu’ils n’ont rien d’autre à dire et en font leur fonds de commerce… Et on évitera également le gnan-gnan Saga Africa du si-populaire-et-consensuel Yannick Noah. Finalement, il ne reste pas grand chose. Je ne voulais pas vous décevoir, mais il était trop tard pour changer de thème. L’année prochaine, il y aura quelque chose de plus intellectuel…

Alors, à la guerre comme à la guerre :

On n’attendait pas Jean Ferrat sur ce terrain-là, malheureusement le résultat est décevant. Michelle Senlis, la parolière habituelle de Ferrat, est meilleure quand il y a un cadre politique précis (l’Union soviétique, la guerre d’Espagne, Cuba), mais là, c’est raté. Le texte de Michèle Senlis évoque peu l’Afrique, et la musique de Ferrat non plus. Et j’ai triché : c’est « Afrique » et non pas « Africa » qui apparaît dans le titre. J’aurais pu aussi aborder des chanteurs tiers-mondistes, mais Nougaro n’a rien chanté sur l’Afrique et Lavilliers m’agace.

Jean Ferrat, A moi l’Afrique (paroles : Michèle Senlis, musique : Jean Ferrat), 1972.

Quand j’étais jeune et vivais en Martinique, j’écoutais (un peu) de reggae. Jamais Bob Marley, trop connu, mais Peter Tosh, Jimmy Cliff ou Gregory Isaacs. Dans l’album Mama Africa de Cliff, qui contient la chanson éponyme, il y avait aussi une reprise de Johnny B. Goode de Chuck Berry ! Tosh est mort assassiné à 43 ans, de par ses fréquentations de trafiquants de drogue repris de justice. Quelle référence ! Il est vrai que le reggae est de la musique de chanvre

Peter Tosh (paroles et musique), Mama Africa, 1983.

Nina Hagen est un peu la Brigitte Fontaine allemande, c’est dire si elle est siphonnée… C’est une déconneuse assumée, et une excellente performeuse vocale qui aurait pu faire une carrière lyrique (aujourd’hui, elle chante du Kurt Weill), tant son registre est étendu. Bon, African Reggae (de l’album Unbehagen) n’est pas ce qu’elle a fait de meilleur et c’est en plus une célébration du haschisch – encore. Les germanophones remarqueront tout de même que dans le dernier couplet, elle dénonce l’excision. En tous cas, utiliser le jodl dans du reggae est assez cocasse.

Nina Hagen, African Reggae (paroles et musique : Bernhard Potschka, Nina Hagen, Reinhold Heil), 1980.

Je vous avais prévenu : en v’là, de la variétoche ! Je dirais même de l’easy listening ! Je connaissais la chanson : difficile à l’époque de passer à côté ! Mais je ne savais pas qu’elle était du groupe Toto dont je n’ai entendu parler qu’à l’occasion des recherches pour cet article. La bonne vieille recette : une basse entêtante, donc envoûtante, et c’est bien connu, tout ce qui est envoûtant évoque l’Afrique… Pour cela, le groupe utilisera le nouveau synthétiseur Yamaha CS-80, ainsi qu’un élément de gamelan* ramené d’Indonésie par David Paich, et qui n’a donc rien d’africain ! Là, au moins, dans ce « titre »**, l’Afrique, « çà le fait ». Cà s’améliore…

*Le gamelan est un ensemble de percussions métalliques traditionnel indonésien.

**Il n’y a plus de chansons mais des titres. Il n’y a plus de films d’animation mais des licences

Toto, Africa, (musique : David Paich, Jeff Porcaro, paroles : David Paich), 1982.

« Rose is a rose is a rose is a rose »

-Gertrude Stein

WOUAAAAH ! Rose Laurens ! Quand le clip de cette chanson passait (je me souviens des clips…), j’avais le nez sur l’écran… On remarquera 1. que Rose Laurens a une très bonne diction et 2. qu’elle a une gestuelle suggestive. Peu de gens savent qu’elle était aussi comédienne et avait joué Fantine dans la comédie musicale Les Misérables. J’ai choisi ce clip (interprété en anglais) de la télévision allemande, car c’est le plus sensuel de sa chanson Africa. En français, çà donne : « Je suis amoureuse d’une terre sauvage – un sorcier vaudou m’a peint le visage – son grigri me suit au son des tam-tams – parfum de magie sur ma peau blanche de femme ». Envoûtant, n’est-ce pas ? « Ung souffleu barbareu », comme dirait Nougaro… En tous cas, on y arrive, on y arrive…

Version allemande de : Rose Laurens, Africa (musique : Jean-Pierre Goussaud, paroles : Jean-Michel Bériat), 1982.

Manu Dibango est à mon avis le meilleur musicien africain avec Pierre Akendengué. Tous deux ont une solide formation classique : pratique du chant sacré puis conservatoire. Il existe deux titres (instrumentaux) de Dibango avec le mot Africa : ils sont bons mais pas évocateurs (rien ne vaut le fameux Soul Makossa). Quant à Pierre Akendengué, c’est un Gabonais né en 1943. En 1982, il sort Awana W’Afrika (« enfant d’Afrique » en myéné). Où l’on voit que c’est dans les meilleures calebasses qu’on fait les meilleures soupes !

Pierre Akendengué (paroles et musique), Awana W’Afrika, (1982).

J’espère ne pas avoir trop gâché votre Noël avec cette rubrique bâclée. D’où la nécessité de s’y prendre vraiment à l’avance pour pouvoir corriger le tir…

'Pataphysique Beethoven Ludwig van Bertin Jean Beuve-Méry Hubert Boudard Alphonse Brel Jacques Cheminade Jacques Coluche de Gaulle Charles Diop Cheikh Anta Duneton Claude Dutronc Jacques Ferrat Jean Ferré Léo Freud Sigmund Ghali Driss Houellebecq Michel Huxley Aldous Lapointe Boby Macron Emmanuel Merci Citron Onfray Michel Open Society OTAN Ouaknin Marc-Alain Oulipo Ouvrard Paty Samuel Perec Georges Perret Pierre Pitte Jean-Robert Platon Queneau Raymond Rabelais François Rosten Leo Ruffin François Ruhaud Etienne Saint-Quentin Schott Ben Socrate Szenes Arpad Trenet Charles Urban Traveller Vallès Jules Weil Simone

Ecr. l’inf. (4)

Pour ceux qui en étaient restés à Stanislas* Guérini, Guillaume Kasbarian est le nouveau Ministre de la Fonction publique, de la Simplification et de la Transformation de l’action publique. Tout est dans l’intitulé, car dès que ce dernier à appris qu’Elon Musk était nommé par Trump à la tête d’un « département de l’efficacité gouvernementale », il s’est précipité sur son clavier : « J’ai hâte de partager avec vous les meilleurs pratiques pour […] repenser les organisations publiques pour améliorer l’efficacité des agents publics ». Admettons qu’en tant que tel, il s’agit d’une bonne intention (on peut rêver). Il sera plus difficile d’admettre que Kasbarian ne sache pas qui est Musk…

*Prénom tête-à -claques, s’il en est ! A bas les Edouard, les Charles-Henri, etc…

LA LISTE PEREC DU JOUR :

"Avant la guerre, elle travaillait dans une usine de cartonnages, qui faisait des emboîtages pour des livres d'art, en carton fort recouvert de soie, de cuir ou de suédine, avec des titres frappés à froid, des classeurs, des présentoirs publicitaires, des garnitures de bureau, des cartonniers en toile rouge sombre ou vert Empire avec des filets à l'or fin, et des boîtes fantaisie - à gants, à cigarettes, à chocolats, à pâtes de fruits - avec des décorations au pochoir".

L’arrestation le 16 novembre de l’écrivain Boualem Sansal par les autorités algériennes, suivie de son incarcération, est inquiétante, pas seulement en soi, mais aussi pour l’avenir de l’Algérie.

Il ne s’agit pas seulement de propos, comme il a été dit, sur la légitimité du territoire algérien : Sansal affirme en effet qu’une bonne partie aurait été arrachée au Maroc par la France colonisatrice. En réalité, Boualem Sansal a depuis des années dénoncé le vrai visage de l’Algérie : intolérance, totalitarisme, brutalité, islam(isme), haine et manipulations idéologiques. Il dénonce également l’antisémitisme.

Boualem Sansal :

Le Serment des barbares, Gallimard (Folio), 1999.

2084 : la fin du monde, Gallimard, 2015.

L’infortune s’abat aussi sur Kamel Daoud. Son dernier roman, Houris (prix Goncourt 2024), fait intervenir un personnage, une femme privée de la parole suite à une tentative d’égorgement lors des massacres des années 1990. Une algérienne au cas similaire lui fait aujourd’hui un procès. Il faut savoir que la loi dite « de réconciliation » (comprendre « de compromis avec les islamistes ») post-décennie noire interdit de narrer les faits de l’époque. Cette femme a-t-elle reçu des pressions du pouvoir en place ? Tout cela s’inscrit dans une stratégie de tension (« une prise d’otages de Paris par Alger », écrit L’Express) contre tous ceux qui dénoncent la dangereuse jonction du djihadisme et du décolonialisme, car c’est de cela dont il s’agit.

Kamel Daoud :

Meursault, contre-enquête, Gallimard (Folio), 2023

Houris, Gallimard, 2024

Kamel Daoud

Daoud a écrit un brûlot dans Marianne du 7 novembre. Je cite : « Aujourd’hui, camouflés derrière la barrière linguistique, les islamistes diffusent un révisionnisme dont l’objet est la guerre d’Algérie : celle-ci devient dans leur récit, largement diffusé, un djihad contre une France coloniale et chrétienne ». Les prémices de cette dimension religieuse perçaient tout de même déjà sous l’habit du FLN, mais ses sympathisants français communistes, trotskystes n’ont rien vu ou ont refusé de voir (« ils peuvent penser ce qu’ils veulent : moi, de tout façon je m’en fous, je suis athée »)*. Pire : « intellectuels » (Vidal-Naquet, Duras, Clavel) aussi bien que porteurs de valises, aveuglés par leur tiers-mondisme relativiste, encensèrent par la suite la révolution en Iran… Aujourd’hui, une certaine gauche wokiste et antisémite, aveuglée par la lutte (légitime) pro-palestinienne, ne s’émeut pas de l’oppression des mollahs sur les femmes iraniennes. Je ne parle même pas de la complaisance ou de la démission de nos élites politiques. Pas de vagues !

*Il y eut tout de même des militants FLN juifs ou chrétiens...

La matrice intellectuelle de tout cela est le relativisme culturel de l’Ecole de Francfort et de Normale Sup des années 30, relayés par Lévi-Strauss, puis par les bourgeois staliniens germanopratins Aragon/Triolet et Sartre/Beauvoir. Avec une couche supplémentaire : la culpabilité post-décolonisation.

Le bon temps des partouzes chic sous la faucille et le marteau…

J’entends déjà certains objecter que Boualem Sansal est proche de Michel Onfray et collabore au magazine Livre Noir. Daoud et Sansal sont au demeurant proches de Marianne, que la gauche citée supra qualifie de populiste, si ce n’est d’extrême-droite. Et ce que dit Kamel Daoud sur l’histoire maghrébine rejoint les propos de Driss Ghali (cf. notre rubrique Ecrasons l’infâme#3 https://wordpress.com/post/champouin.blog/7093), lequel s’exprime dans des médias assez à droite. Mais quels média mainstream aura les couilles publier ce que disent frontalement Sansal, Daoud et Ghali ? Qui osera publier, in your face (comme disent les Américains) ou zyé dan zyé (comme disent les Antillais,) ce que pensent nos trois mousquetaires du Maghreb ? En tous cas, je vois très bien Marianne, qui mène un combat pro-laïcité depuis trente ans, faire l’objet d’un attentat islamiste, et Boualem Sansal, Kamel Daoud (ce serait pour lui la deuxième fois), Yasmina Khadra, Rachid Boudjedra, qui ont fui les horreurs des « frères » dans l’Algérie des années 90, faire l’objet de fatwas…

Alors il est temps pour l’Algérie d’en finir avec la « rente » mémorielle du FLN (qui rappelle celle des dinosaures de l’ANC en Afrique du Sud, ou celle des « gaullistes » anti-gaulliens UDR/RPR) et de se projeter enfin vers le futur. L’Algérie doit abandonner ses fausses fiertés et honneurs, et tout ce qui va avec (corruption, rente gazière, prépondérance de l’Armée, et soumission aux barbus). C’est la condition pour qu’une nouvelle demande d’adhésion de ce pays au BRICS* soit enfin acceptée, pour une économie non dirigée par le dollar, l’euro ou les hydrocarbures.

*Une première demande a été rejetée en 2023.

'Pataphysique Beethoven Ludwig van Bertin Jean Beuve-Méry Hubert Boudard Alphonse Brel Jacques Cheminade Jacques Coluche de Gaulle Charles Diop Cheikh Anta Duneton Claude Dutronc Jacques Ferrat Jean Ferré Léo Freud Sigmund Ghali Driss Houellebecq Michel Huxley Aldous Lapointe Boby Macron Emmanuel Merci Citron Onfray Michel Open Society OTAN Ouaknin Marc-Alain Oulipo Ouvrard Paty Samuel Perec Georges Perret Pierre Pitte Jean-Robert Platon Queneau Raymond Rabelais François Rosten Leo Ruffin François Ruhaud Etienne Saint-Quentin Schott Ben Socrate Szenes Arpad Trenet Charles Urban Traveller Vallès Jules Weil Simone