Ma bibliothèque amoureuse (9/infini)

Emeutes en Martinique : la révolte est légitime. Toute l’économie (commerces, grande distribution, concessionnaires automobiles, import…) est aux mains des Békés. Mais les violences sont attisées par les situations de la Nouvelle-Calédonie et de Mayotte… dont les causes sont différentes ! Pour l’une il s’agit de la négation de la forte identité kanake, et pour l’autre de immigration ingérable de Comoriens et d’Africains des Grand Lacs. Ce qui est regrettable, est que les comportements violents (pillages, incendies, destructions) sont le fait, comme dans les deux autres Communautés précitées, d’une minorité constituée de délinquants, trafiquants de drogue, et autres petits branleurs. La majorité des Martiniquais sont exaspérés. Sur le site web de France-Antilles, un internaute remarque que la CAF n’a pas subi de dégradations…

LA LISTE PEREC DU JOUR :

"Il lui donna des explications techniques avant de lui faire visiter le Manoir à l'Envers, un vieux castel gothique planté sur ses cheminées avec des fenêtres renversées et des meubles accrochés au plafond, le Palais lumineux, cette maison féerique où tout, des meubles aux tentures, des tapis aux bouquets, était fait de verre [...], le Globe céleste, le Palais du Costume, le Palais de l'Optique, avec sa grande lunette permettant de voir la LUNE à UN mètre, les Dioramas du Club Alpin, le Panorama transatlantique, Venise à Paris et une dizaine d'autres pavillons."

Biographies, autobiographies et Mémoires (mais pas souvenirs, çà fait trop animateur TV ou acteur ne sachant pas écrire), sont des révélateurs de l’état d’esprit du lecteur. On a du coup une idée de son apprentissage (au lecteur ou au « biographé » ?), de ses passions ou de ses orientations politiques. Est-il littéraire, scientifique, les deux ? S’il est ni l’un ni l’autre, c’est qu’il ne lit pas… Il y a des bios intéressantes sans forcément être des sommes – la tradition française de la biographie de 6oo pages chez Plon ou chez Fayard (Beethoven des Massin, Louis XI de Murray Kendall*…) a un peu vécu…

*Ce dernier, prêté et jamais rendu…

Qu’ai-je dans mon escarcelle (c’est-à-dire dans ma bibliothèque) à vous montrer ?

  • Luc Brisson, Platon, Cerf, 2020.

Il y a pléthore de livres sur la pensée de Platon, mais peu sur le bonhomme. L’ouvrage de Brisson a l’avantage de pouvoir être lu par un profane, bien que l’auteur soit un universitaire (surtout en France !).

  • Christine Pedotti, Jésus – cet homme inconnu, XO éditions, 2013 (disponible en Livre de Poche).

Un livre sur l’homme Jésus, bien qu’on ait pratiquement aucun témoignage purement historique. On pense à Platon, concernant quelqu’un qui mettait chacun devant ses contradictions et maniait le sens de l’humour. Des comportements qui mènent à la cigüe ou à la croix… Pedotti, journaliste à Témoignage Chrétien, est à ma connaissance la seule qui soulève cette dimension de l’humour à propos de Jésus.

  • Mireille Hadas-Lebel, Philon d’ Alexandrie – un penseur en diaspora, Fayard, 2003.
  • Gérard Haddad, Maïmonide, Les Belles Lettres, 1998.
  • Géraldine Roux, Maïmonide, Points, 2017.

Houlà, là ! Philon (-20 av. J.C.-45 ap. J.C.), Moïse Maïmonide (1138-1204), grandes figures de la pensée juive… Il doit s’agir de gros pavés hermétiques ! Que nenni ! Ces deux ouvrages (136 p. et 191 p.) sont tout simples ! De surcroît, Haddad, spécialiste de judaïsme, est aussi psychanalyste. Cà relativise… Et nous qui croyions que tout çà, c’était de l’hébreu (ha, ha!). Mais qui, non juif (et encore…), en France, est capable de citer le nom de penseurs juifs d’avant le 20ème siècle ?

  • Serge Bramly, Léonard de Vinci, J.-C. Lattès, 1988 (disponible en Livre de Poche).

Il ne s’agit pas de l’ouvrage le plus fluide – et l’écriture de Bramly, pourtant romancier et essayiste, est parfois pénible – mais ce pavé (670 p.) est le livre le plus complet sur le sujet. Surtout, il narre aussi bien le Léonard artiste que le Léonard ingénieur, les autres ouvrages traitant souvent de l’un ou de l’autre. On découvre un Vinci prolifique et polymathe*, qui ne finissait pourtant jamais ses projets ! Manquent (on est en France…) des illustrations, mais il y a un index !

*Un polymathe est quelqu’un s’intéressant à tous les sujets.

  • Max Caspar, Kepler, Dover Publications, 1993.

On cite souvent l’astronome Kepler mais personne n’est capable de décrire son cheminement intellectuel… Cette biographie en anglais (non traduite en français) est éditée par Dover, excellente maison new-yorkaise qui s’est intéressée (entre autres) à Mozart, Edgar Poe, Oscar Wilde, Einstein, au ballet classique et à l’histoire des sciences.

Johannes Kepler. Un faux air de Jean Rochefort ?

  • Moi, Benjamin Franklin – citoyen du monde et homme des Lumières, Autobiographie et textes scientifiques de B. Franklin, réunis et commentés par Jean Audouze, Dunod, 2006.
  • Collectif, Benjamin Franklin, homme de science, homme du monde, CNAM/Paris musées, 2007.

C’est fou ce que ces titres se ressemblent ! Le mieux est de lire l’autobiographie du « bonhomme Franklin » en anglais, mais Penguin Classics n’édite pas le texte intégral… Je l’avais lue en anglais dans une édition épuisée et Franklin ne manquait pas d’humour ! En tous cas, encore un polymathe, un vrai ! C’est-à-dire de la race de ceux qui (comme Vinci) sont totalement autodidactes ! Et en plus il était politique ! Pouvez pas comprendre… Quant à l’ouvrage collectif, il s’agit du livre de l’exposition au musée des Arts et Métiers en 2007.

  • Georges Hourdin, L’Abbé Grégoire, évêque et démocrate, Desclée de Brouwer, 1989.

Personnage étrange, à la fois très conservateur et très libertaire ! Il partageait quelques préjugés de son époque, mais l’esclavage et la peine de mort étaient pour lui deux lignes rouges à ne pas franchir. Un Victor Hugo avant l’heure !

  • Forrest McDonald, Alexander Hamilton – A Biography, W. W. Norton & Company, 1979.

Hamilton est l’un des « pères fondateurs » des Etats-Unis. Il est néanmoins moins connu (surtout en France) que Franklin, le falot Washington ou le réactionnaire pro-britannique Jefferson. Hamilton passerait aujourd’hui pour communiste à cause de la création d’une banque nationale publique, plus tard sabotée pour devenir l’union de banques privées qu’est la Banque Centrale. Il mourut dans un duel (meurtre déguisé ?) contre Aaron Burr, un autre réactionnaire.

  • Janine Alexandre Debray, Schoelcher, Perrin, 1983.

J’ai trouvé ce livre, écrit par la mère de Régis Debray, chez un bouquiniste. Là encore, peu connaissent le Schoelcher avant d’avant 1848. On apprend qu’il a sillonné les Antilles et vu l’esclavage de ses propres yeux : ce n’est pas un abolitionniste de salon. Cet homme à la fois très calme et écorché vif était à la pointe de toutes les injustices.

Celui-ci pas lu…

  • Emil Ludwig, Bismarck, Payot, 1929.

Traduction française (introuvable aujourd’hui) d’un ouvrage allemand, (même remarque), trouvé chez feu mon beau-père. Bismarck n’est pas aimé en France, avec tous les clichés stupides du « prussisme » : « Ach ! Gasque à bointe ! », etc. Et qui connaît le Bismarck d’avant 1870 ? Il appert également, à la lecture de l’ouvrage, qu’il a été mal conseillé en 1870, puis carrément congédié par Guillaume II en 1890 suite à une cabale.

Oui, je sais, çà fait rire...

  • Margery Weiner, Helen Keller, Edito-Service (Genève), 1971, distribué par Le Cercle du bibliophile.

Traduction française, également, d’un livre disponible peut-être encore chez les bouquinistes. Helen Keller, voilà une femme pas banale, de par son handicap (aveugle et sourde) et de par sa personnalité ! Par « femme », entendons plutôt un « couple », celui qu’elle forma avec Anne Sullivan*, qui lui « parlait » dans les mains grâce à un alphabet tactile de son invention. Le handicap d’Helen les obligea a partager leurs intimités… Helen Keller voulut tout apprendre, tout savoir (elle fit des études supérieures), était idéaliste (on pense à Marie Curie, Romain Rolland ou Einstein). Elle fut parfois crédule, comme sa tentative de faire du cinéma, où on s’est servi et moqué d’elle… C’est à ma connaissance la seule biographie complète du personnage.

*Hors du sujet de ce livre, Anne Sullivan eut elle aussi une vie non banale avant de rencontrer Keller.

  • Eve Curie, Madame Curie, Gallimard (Folio), 1938.
  • Ariadna Castellarnau, Marie Curie – la combattante aux deux prix Nobel qui sauva des millions de vie, RBA, 2020. Paru en français dans la collection « Femmes d’exception », disponible chez les marchands de journaux.

Ténacité, ténacité, ténacité ! C’est ainsi qu’on peut résumer la vie de Marie Curie, récemment attaquée car  » inventrice » de la radioactivité. Vieille histoire : étrangère, femme, discipline nouvelle ne relevant pas totalement de la physique ni de la chimie, relation adultère (vraie ou supposée) avec Paul Langevin, tout a été prétexte à la discréditer. Le premier des deux ouvrages a été écrit par sa fille Eve (soeur d’Irène) la seule « non scientifique »* des enfants de Marie, mais dont le talent a servi à faire connaître la cause de sa mère.

*Evidemment, on se doute qu’elle a une formation scientifique, inévitable dans les générations Curie/Joliot jusqu’aujourd’hui.

  • Collectif, Pierre Dac – du côté d’ailleurs, MAHJ/Gallimard, 2020.

C’est le livre de l’exposition éponyme organisée en 2020 par le Musée d’art et d’histoire du Judaïsme. L’accent est mis sur les origines et la judéité de Pierre Dac, et par conséquent, de son engagement à Londres dès 1943. On apprend beaucoup sur « Pierre Dac avant Pierre Dac », car on oublie qu’il a eu une carrière avant-guerre.

  • Jacques Pessis, Joséphine Baker, Gallimard (Folio), 2007.

A la parution (2007) de ce livre, qui aurait pensé que Baker serait entrée au Panthéon ? Et pas seulement dans son engagement pour la France libre, mais aussi pour son parcours pour les libertés et son idéalisme. C’est vrai que son projet « d’enfants du Monde » des Milandes était un peu surprenant, mais ne se serait pas fait si Joséphine n’avait pas été quelque peu « timbrée », ce qu’il faut voir comme une qualité (cf. d’autres personnages listés dans cette rubrique) !

  • Florence de Lussy, Simone Weil, PUF (Que sais-je ?), 2016.

Justement, on en parlait, des gens « timbrés » ! Simone Weil (1909-1943 – à ne pas confondre avec l’autre, cela m’agace), quelle femme étrange ! Une ténacité intellectuelle mêlée à une sensibilité extrême, tout comme, dans un autre registre, Friedrich Schiller. La question métaphysique là hantait, au point qu’elle est tombée dans le mysticisme, ce qui n’était pas son meilleur côté. Elle sacrifiait les choses matérielles, au point parfois de s’abstenir de se nourrir, ce qui rappelle Marie Curie pendant ses études… Elle voulait connaître la condition humaine : dénonçant les marxistes de salon, cette fille de bourgeois alla travailler en usine – incompatible avec son état de santé. Sacrifice, encore ! Personne inclassable : à Londres, ceux autour de de Gaulle ne surent pas quoi lui faire faire …

  • Amelia Platts Boynton Robinson, Le combat des Noirs aux Etats-Unis -témoignage d’une amie de Rosa Parks et de Martin Luther King, Duboiris, 2007.

Les Etats-Unis, encore ! Mais qu’est-ce que c’est que ce titre idiot et mal emmanché ? L’ouvrage original s’appelle Bridge Across Jordan (Schiller Institute, 1991). Explication : il s’agit de l’autobiographie d’Amelia Robinson (1911-2015), une dame que j’ai eu l’honneur de rencontrer. Cette militante américaine des Droits civiques est à l’origine des Marches de Selma à Montgomery en 1965. Robinson tomba sous les coups des policiers, et perdit connaissance sur le pont Edmund Pettus sur la rivière Alabama. D’où la métaphore biblique du pont sur le Jourdain.

Amelia Robinson.

  • Martin Luther King, Autobiographie, textes réunis par Clayborne Carson, Bayard, 2000.

Les Droits civiques, encore ! Il faut vraiment lire cette autobiographie pour comprendre ce que King n’était pas. Pas un communiste, pas un anti-blanc comme le Malcom X des débuts ou les Black Panthers, pas un simple « chef » du mouvement des Droits civiques, mais un homme d’Etat potentiel qui aurait pu devenir président des Etats-Unis. Peu de gens savent aussi que sa culture était immense – et pas seulement théologique : il possédait une culture classique phénoménale. Enfin cet homme de paix voulait en finir avec la guerre du Vietnam : c’est probablement, malgré tout, la raison de son assassinat.

'Pataphysique Beethoven Ludwig van Bertin Jean Beuve-Méry Hubert Boudard Alphonse Brel Jacques Cheminade Jacques Coluche de Gaulle Charles Diop Cheikh Anta Duneton Claude Dutronc Jacques Ferrat Jean Ferré Léo Freud Sigmund Ghali Driss Houellebecq Michel Huxley Aldous Lapointe Boby Macron Emmanuel Merci Citron Onfray Michel Open Society OTAN Ouaknin Marc-Alain Oulipo Ouvrard Paty Samuel Perec Georges Perret Pierre Pitte Jean-Robert Platon Queneau Raymond Rabelais François Rosten Leo Ruffin François Ruhaud Etienne Saint-Quentin Schott Ben Socrate Szenes Arpad Trenet Charles Urban Traveller Vallès Jules Weil Simone

Eloge du gardien de musée

Le hasard veut qu’au moment où j’écris l’article qui va suivre, un podcast de l’artiste David Christoffel (https://www.radiofrance.fr/personnes/david-christoffel) nous apprend que la Cour des Comptes avait, en 2021, pointé le « suivisme » [sic] du ministère de la Culture, qui aurait remplacé, à l’heure des nominations, les choix politiques par des effets de rente et des techniques de sélection parfois douteuses (orientation sexuelle, quotas ethniques à peine déguisés…). Je peux témoigner qu’il ne s’agit pas que des chefs d’établissement mais aussi des chefs de service lambda… J’écrirai peut-être un brûlot sur le sujet…

[à propos du nom Cinoc, personnage de La vie mode d'emploi] :"[...] par conséquent, compte tenu de la présence ou de l'absence de tel ou tel accent ou signe diacritique et des particularités phonétiques de telle ou telle langue ou dialecte, il y avait lieu de choisir entre les vingt prononciations suivantes : SINOSSE  SINOK  SINOTCH  SINOCH  SINOTS TSINOSSE  TSINOK  TSINOTCH   TSINOCH  TSINOTS  CHINOSSE  CHINOK CHINOTCH  CHINOCH  CHINOTS  TCHINOSSE  TCHINOK  TCHINOTCH TCHINOCH  TCHINOTS".

Maintenant vous savez tout : l’auteur de ces lignes, avant d’être archiviste, a été pendant plus de vingt ans « agent d’accueil, de surveillance et de magasinage », c’est-à-dire gardien dans les musées nationaux. Beaucoup de mes collègues, sans avoir honte de leur métier (ou alors c’était refoulé) préféraient stupidement la première terminologie, technocratique et froide, à la seconde. L’une est à l’autre ce que les technicien(ne)s de surface sont au personnel de ménage. Il faut appeler un chat un chat, et un gardien de musée un gardien de musée !

Il y a beaucoup de fantasmes négatifs à propos de la profession : l’image ridicule du gardien en uniforme, rivé sur sa chaise… quand il ne dort pas ! L’image aussi de celui qui est gardien parce qu’il n’a pas réussi à l’école : les pères de famille le montre du doigt à leur progéniture. Et puis la question : « mais qu’est-ce qu’ils peuvent faire de la journée ? ». Images véhiculées soit par ceux qui n’ont plus jamais remis les pieds dans un musée depuis l’école (rappelons que l’uniforme des musées nationaux a été supprimé en 1986), soit par les bobos qui ne connaissent que le Palais de Tokyo ou la Fondation Cartier surveillés par des vigiles à oreillette.

« Qu’est-ce qu’ils peuvent faire toute la journée ? » – Question posée aussi aux gardiens de phare (qui n’existent plus) !

Au fait, il fait quoi au quotidien le gardien de musée ? Il est au demeurant l’interface entre l’accueil, la médiation, la sécurité des personnes (pas inutile lors de forte fréquentation), la sécurité des biens, l’hygiène (un musée sale ne fait pas envie). Il voit ce que les autres ne voient pas, et joue donc un rôle central… et c’est pour cela qu’il est rarement consulté : il n’est que gardien et marcherait sur les plates-bandes de la conservation, du service pédagogique, de la communication, etc. Sans faire du Bourdieu/Ernaux à deux balles, bon nombre de chefs de service, de chefaillons et de conservateurs méprisent ce Jacquouille qu’est le gardien.

Une remarque partagée par tous les gardiens sur les guides qui racontent toujours les mêmes anecdotes, plusieurs fois par jour : durant la même journée, on assiste six fois d’affilée à la même mini-performance théâtrale. On finit par apprendre par coeur ce que dit le conférencier. Comme être gardien consiste beaucoup à ne rien faire, on se rattache au moindre petit bout de vie, on attrape des détails infimes.

Valérie Mréjen, artiste, autrice de Gardien Party, une pièce de théâtre sur les gardiens de musée.

Bien évidemment, la profession compte un certain nombre de « bras cassés » : j’en ai beaucoup connu. Collègues hors-secteur, faisant brochette sur un banc, le nez rivé sur leur portable, ne connaissant pas les oeuvres (ils en ont rien à foutre)… Mais que font (ou plutôt ne font pas) « les autres », c’est-à-dire « ceux des bureaux »* ? Excellente question !

*C’est-à-dire ceux du dernier étage (l’administration) par rapport à ceux d’en bas (les locaux de la surveillance sont souvent au rez-de-chaussée ou au sous-sol…). Bourdieu encore…

La typologie des gardiens de musée évolue : il y eut la grande époque des « emplois réservés » : anciens militaires, originaires des anciennes colonies (Antillais, Indiens de Pondichéry…). Puis les Corses. Puis leur progéniture. Dans les années 1990, sont arrivés les diplômés : les enfants de la crise. Deux cultures s’affrontaient. De même, les emplois réservés, entrés sans concours, ont vu arriver les reçus aux concours, puis sont venus des contractuels et des vacataires « saisonniers ».

Je me suis toujours demandé : « Quand les conservateurs (par exemple) voient les gardiens, qu’est-ce qu’ils pensent ? ». Illettrés qui peuvent peu (il y en a eu) et qui donnent une mauvaise image du musée, ou bien diplômés qui n’ont rien à faire là et feraient mieux de passer des concours (çà n’est pas faute d’avoir essayé !) ?

Mon opinion est que  » l’air du temps » veut se débarrasser des musées à la papa : ceux qui ouvrent tôt (les bobos sont encore au lit), qui ferment à 18 heures (alors que c’est Nuit blanche tous les jours), qui ferment le mardi (on n’est plus sous Malraux), qui ont encore des audioguides (l’appli, c’est tendance), qui ont une consigne (et les attentats, bordel ?), qui ont une librairie (on dit « boutique »), qui ont un café (il y en a déjà pléthore dans le quartier), etc. ad nauseam

Alors le gardien doit quitter les salles pour être le moins visible possible, sous peine de faire honte à l’institution culturelle. Il faut multiplier les caméras, qui ne géreront pas les groupes scolaires ni les mouvements de foule. On lui demande de jouer, non plus les gardiens, mais les vigiles et regarder l’intérieur des sacs, comme si Vigipirate était efficace*. On lui demande de tenir le PC sécurité affublé d’une tenue ridicule de pompier. Voilà à quoi sert de passer un concours dans la Culture ! Lors d’un oral de concours pour monter en grade (technicien des services culturels, appellation tête-à-claques pour l’ancien grade d’inspecteur), un imbécile m’a demandé le diamètre du tuyau d’un RIA (réseau d’incendie armé)… **

*Tous ceux qui ont la sécurité comme profession (militaires, policiers…) savent que Vigipirate provoque des files d’attente, cibles idéales pour les terroristes… Mais la volonté politique veut qu’on rassure la population… qui est certes de moins en moins dupe.

**Dès que je serai à la retraite, je publierai sans doute un livre sur le ministère de la Culture. Il y en aura des vertes et des pas mûres…1

1 Note à la note : marcjoly dit toujours qu’il « écrira quelque chose sur le sujet ». On attend, on attend…

Cela ressemble furieusement à mon cas personnel, mais j’ai trouvé cette image accompagnée de son commentaire sur l’internet !

Evidemment, cette mutation a des raisons financières comme pour tout ce qui relève de la fonction publique…

Alors vivent les gardiens de musée !

'Pataphysique Beethoven Ludwig van Bertin Jean Beuve-Méry Hubert Boudard Alphonse Brel Jacques Cheminade Jacques Coluche de Gaulle Charles Diop Cheikh Anta Duneton Claude Dutronc Jacques Ferrat Jean Ferré Léo Freud Sigmund Ghali Driss Houellebecq Michel Huxley Aldous Lapointe Boby Macron Emmanuel Merci Citron Onfray Michel Open Society OTAN Ouaknin Marc-Alain Oulipo Ouvrard Paty Samuel Perec Georges Perret Pierre Pitte Jean-Robert Platon Queneau Raymond Rabelais François Rosten Leo Ruffin François Ruhaud Etienne Saint-Quentin Schott Ben Socrate Szenes Arpad Trenet Charles Urban Traveller Vallès Jules Weil Simone