Ma bibliothèque amoureuse (10/infini)

*https://champouin.wordpress.com/wp-admin/post.php?post=6115&action=edit

Retour sur Je me souviens (4/4) – Paris 1965*, avec ces deux informations :

*https://champouin.wordpress.com/wp-admin/post.php?post=8573&action=edit

Dans l’édition Folio Gallimard (1975) de L’Insurgé de Jules Vallès, Marie-Claire Blancquart, l’autrice de l’appareil critique, écrit en note : « La salle des Folies se trouvait 8, rue de Belleville. Après avoir servi de lieu de réunions publiques, elle recueillit Dranem, Piaf, Fréhel, Georgette Plana, qui y chantèrent. Tout le quartier meurt sous la pioche des démolisseurs [en 1975, donc], et nous avons déjà peine à imaginer ce fief populaire que connut Vallès, avec la salle Favié et la Vielleuse toute proche ». Toutefois, Les Folies, qui était en réalité une arrière-salle de café, subsiste toujours. Autre café, La Vielleuse, fut reconstruit dans un immeuble moderne, mais a gardé une partie de son décor ancien.

Je suis tombé, aux Archives nationales, sur un extrait des minutes des actes de naissances du 19ème arrondissement de Paris : celui de Georges Perec, né le 7 mars 1936 au 6 rue de l’Atlas (toutefois ses parents étaient domiciliés 1, rue Vilin). La rue de l’Atlas actuelle commence, pour les numéros pairs, au 12. Le 6 (un taudis, vraisemblablement) a été détruit pendant l’opération immobilière (les « démolisseurs » de M.-C. Blancquart) du début des années 70, et se trouvait à l’emplacement des actuelles grilles d’entrée de l’allée Pernette-du-Guillet, un des accès de l’ensemble Atlas/Lauzin/Rébeval, où je réside. Belle transition pour ce qui suit :

LA LISTE PEREC DU JOUR :

"Elle avait comme clients des collectionneurs particuliers, des marchands de curiosités, des porcelainiers désireux de rééditer des services prestigieux Retour d'Egypte ou Malmaison, des bijoutiers qui lui demandaient de représenter sur le fond d'un pendentif destiné à recevoir une unique mèche de cheveux, le portrait de l'être chéri (réalisé à partir d'une photographie le plus souvent douteuse) ou des libraires d'art pour qui elle retouchait des vignettes romantiques ou des enluminures de livres d'heures".

J’ai lu naguère* l’ouvrage suivant : Bernard Pivot, Cécile Pivot, Lire !, Flammarion, 2018. Le regretté Bernard et sa fille Cécile, enseignante et grande lectrice également, y confrontent leurs usages, leurs pratiques, pour ne pas dire leurs us, voire leurs moeurs en matière de lecture.

*Pour les ignares : naguère signifie « il y a peu ».

Votre serviteur marcjoly, dans le cadre de cette rubrique, expose les siennes. Je vais peu ou prou reprendre les thèmes déclinés dans l’ouvrage précité :

Mes souvenirs de lecture d’enfance ne concernent pas des lectures faites « d’un bloc », mais du vagabondage : une sorte d’école buissonnière de la lecture. « Le plus facile à lire était le dictionnaire. Avec les mots je jouais à la marelle et à saute-mouton » écrivait Bernard Pivot. C’est exactement çà : avec les dictionnaires et les encyclopédies, mais aussi les livres « rigolos », ou ceux plus sérieux dont on relève la substantifique moelle de l’ironie (Daninos, Maugham). Pas de BD (c’était interdit). J’avais quand même des « petit livres » comme la série des Petit-Tigre qui m’ont beaucoup marqué. A l’origine de ces goûts de lecture : ma maman qui, partout où nous avons résidé, a « éclusé » toutes les bibliothèques..

A ce propos, enfant puis adolescent, je pensais que « quand je serai grand », je ferai la même chose. Or aujourd’hui, à soixante-quatre ans, je n’ai toujours pas de carte de lecteur d’une « bibli ». On m’a donné des livres. J’en ai trouvé chez les bouquinistes*. Ma compagne en a acheté également. Mes quatre étagères sont pleines. J’ai un carton et une desserte d’ouvrages non encore lus. Je suis obligé d’en revendre chez Gibert, ou d’en donner à Recyc’livres.

*Que je ne fréquente plus : radins et pas aimables.

Lire donne envie d’écrire. Je dirais surtout : lire donne envie de lire plus encore. Mais enfant puis adolescent, grand lecteur, je n’écrivais pas. Les rédactions scolaires étaient pour moi une torture, car ce que j’aurais voulu écrire était en parfait décalage avec ce qui était attendu et convenu. Et pourtant, j’aurais voulu être ni Chateaubriand ni Hugo, mais Alphonse Allais ou rien. Cà ne m’aurait pas déplu. Puis j’ai eu une démangeaison d’écrire, il y a environ… dix ans de cela (j’avais 55 ans !) – d’où, entre autres, l’idée de ce blog. Ejaculation littéraire tardive ? Catharsis ? SOS à l’Univers (comme dirait Charlebois) ? Tout vient à point qui sait attendre… Mais je n’aurais pas écrit si je n’avais pas lu !

Ai-je sacrifié quelque chose pour lire ? Non, même si c’est ce que pensent des collègues de travail – les pauvres ! Ils croient que je sacrifie les séries, les jeux vidéo, le shopping, le streaming, la salle de sport et autres imbécilités que je ne pratique pas…*

*Je leur ai sorti l’autre jour cette phrase : çà a jeté un froid…

Je ne lis pratiquement pas de romans, ce qui peut étonner les lecteurs de ce blog, dont beaucoup d’articles sont littéraires ou paralittéraires. Je ne lis jamais de poésie, ce qui peut surprendre mes lecteurs d’articles type « atelier d’écriture ». Je n’ai pas non plus, comme je l’ai dit, la culture des BD – ni celle des polars. Je lis surtout des essais historiques, politiques, scientifiques, « sociétaux ». Je lis également chaque semaine Marianne, L’Humanité Magazine, Charlie Hebdo, et chaque mois Çà m’intéresse et Epsil∞n.

Le livre nous tombe des mains.
Qu’il tombe.

Daniel Pennac

J’ai pour principe de ne pas abandonner un livre en cours de lecture. Mais parfois, comme on dit, quand çà veut pas, çà veut pas ! Sujet chiant, verbiage, pensée officielle, masturbation intellectuelle, pathos… A l’inverse, relis-je des livres ? Rarement, en tout cas bien des années après, mais sûrement pas des pavés. Pas question de relire Eugène Sue ou Dickens !

« Il n’y a pas un jour que je n’ouvre un dictionnaire » (B. Pivot). Ce n’est tout de même pas mon cas, et çà l’est de moins en moins… J’ai de plus en plus une paresse qui s’appelle Wikipedia, organe malheureusement du consensus et non de la vérité ! En tout cas, mon dico est le Dictionnaire historique de la langue française d’Alain Rey (éd. Le Robert).

Si Bernard Pivot classe ses ouvrages par ordre alphabétique, et sa fille Cécile par édition et collection, les miens, pour la plupart des essais, le sont par ordre chronologique. J’avais déjà exposé mon mode de classement dans mon précédent blog Mr Liste* :

*http://mrliste.hautetfort.com/archive/2019/09/09/ma-bibliotheque-amoureuse-6174796.html#more .

La lecture sur écran, fût-ce une liseuse, me rebute. Je revendique le livre-objet ! Il y a évidemment les « beaux livres » (grand format, illustrations), mais aussi le livre relié – j’en ai peu et il prennent de la place, tout comme les brochés, plus volumineux que les poche. Je ne possède que treize livres reliés, ce qui est vraiment dérisoire, dont une seule reliure artisanale (trouvée chez feu mon beau-père). Tout livre peut être remarquable par son format : je n’ai que onze formats à l’italienne. Et je n’ai gardé que deux boîtes/étuis : celle contenant les trois volumes du dictionnaire d’Alain Rey précité et celle contenant un ouvrage sur la Commune et un CD. Là encore je jette les boîtes (heureusement en carton industriel) pour raison de place. J’aime bien les poche, les gros mous (Bouquins et Omnibus), les séries (tous les tomes de De Gaulle dans la même collection), ceux dont le rapport poids/volume semble intéressant, ceux possédant un signet

Je déteste qu’on manipule un livre avec les mains sales, et que celui-ci contienne des miettes ou des cheveux. Je déteste qu’on annote les pages d’un livre, fût-ce au crayon, ni qu’on corne les pages (ou involontairement la couverture) : le livre doit rester vierge tel que sorti du libraire. Je possède toutes sortes de marques-pages, non seulement pour leur esthétique, mais surtout pour leurs divers formats, adaptables à ceux des livres.

Quelques uns de mes marque-pages (proportions non respectées).

Je lis dans les transports (pas pour quatre stations, c’est trop court), mais assis : debout on peut faire tomber le livre, il faut le tenir d’une main car l’autre tient la barre… no way ! Je lis également au lit pour m’endormir. J’arrive à trouver le moment où il est temps d’arrêter et d’éteindre la lumière : après c’est trop tard et on s’endort la lumière allumée ! Pas de lecture en mangeant. Outre les taches de gras, on lit ou on mange, pas les deux !

Je n’emporte pas de livres en vacances, mais mes magazines, sachant que malheureusement : 1. on va s’écrouler de fatigue d’avoir vadrouillé toute la journée et 2. tout hébergement possède malheureusement une télé.

Offré-je des livres (qu’est-ce qu’il parle bien, marcjoly) ? Oui, et je n’offre pas d’autres cadeaux que des livres. M’en offre-t-on ? Parfois, au grand désespoir des offrants qui doivent se dire que j’ai déjà tout lu. En prèté-je ? Plus jamais : on ne me les rend pas – ou bien abîmés…

Les gens qui lisent sont moins cons que les autres,
c’est une affaire entendue.

Bernard Pivot