Peur de Trump ?

LA LISTE PEREC DU JOUR :

"Oeufs de saumon
Bortsch glacé
Timbale d'Ecrevisse
Filet de Boeuf Carpaccio
Salade de Vérone
Edam étuvé
Salade aux Trois Fruits Rouges
Charlotte au Cassis

*
Vodka au piment
Bouzy rouge
"

Trump, donc.

Le sujet est vaste, et mériterait plusieurs articles. Il ne s’agit pas seulement de Donald Trump, « l’homme orange », mais de l’avenir du monde. Ne pouvant pas tout traiter en un article, je vais mettre de côté la question économique et la question « identitaire » sachant que, comme on dit de manière simpliste, « tout est lié ». Il ne s’agira pas non plus d’encenser Trump, mais de voir que certains changements positifs sont en potentiel.

Tous les voyants sont au rouge,
tous les voyous sont orange ?

Je vais mettre plutôt l’accent sur le meilleur de Trump : les nominations, sur sa proposition, de la lieutenant-colonelle Tulsi Gabbard à la tête du renseignement national et de l’ancien procureur fédéral Kash Patel à la tête du FBI, qui ont tous deux le courage de s’opposer aux manipulations de l’opinion publique de ce que certains américains appellent le Deep State – l’Etat profond. Gabbard et Patel ne sont pas parfaits, et nul ne peut dire avec certitude ce qu’ils feront, mais on peut dire avec certitude qui redoute leur surveillance et pourquoi.

Le renseignement américain est une usine à gaz de 18 (!) agences employant 854 000 personnes, et une politique néfaste émane, depuis des décennies et sans impunité, de la « bureaucratie permanente » du gouvernement américain et de leurs mentors au sein d’agences, fondations et groupes de réflexion de l’establishment, ainsi que des intérêts du « complexe militaro-industriel ».

Florilège sinistre des basses oeuvres de « l’Etat profond » :

Dans les années 50 (sous J. Edgar Hoover), un programme du FBI nommé COINTELPRO impliquait la surveillance, l’infiltration et la perturbation illégales d’un large éventail d’organisations et de mouvements politiques considérés comme indésirables. En 1975, une commission Church (du nom de son président) révélait que l’affirmation par le FBI de l’abandon de COINTELPRO était fausse.

La croyance selon laquelle Martin Luther King était communiste provenait de COINTELPRO.

La même commission mettait au jour l’existence d’un tissu d’activités secrètes consistant à recruter des journalistes de renom pour en faire des relais de la propagande de la CIA. On jugeait cela scandaleux, mais aujourd’hui cette manipulation est complètement ouverte sans que personne ne bronche ! C’est ainsi que les médias avaient indiqué que « le Président Trump pourrait être impliqué dans activités au nom du gouvernement russe pouvant constituer des menaces à la sécurité nationale des Etats-Unis ». Tulsi Gabbard, elle, avait récemment affronté la presse dominante, exprimant son scepticisme à l’égard des campagnes visant à organiser des affrontements militaires avec l’Iran, la Syrie, la Chine ; et remettait en cause la « provocation » de la Russie vis-à-vis de l’Ukraine, dogme cher aux néo-conservateurs comme Hillary Clinton ou John Bolton, la qualifiant d’« atout russe ».

En 1974, Bernard Lewis, agent de renseignement britannique de premier plan, promouvait l’idée que la propagation du fondamentalisme islamique pourrait créer une zone d’instabilité le long des flancs sud de la Russie et de la Chine, tactique anti-guerre froide soutenue avec enthousiasme par le conseiller américain à la Sécurité nationale, Zbigniew Brzezinski. Les Etats-Unis ont donc financé, entraîné et armé les moudjahidines afghans dans les années 1980, lesquels se sont transformés en groupes terroristes radicalisés (Al-Qaïda, Daesh et leurs avatars), recevant des Américains un milliard de dollars par an à partir de 2012, afin de déstabiliser l’Irak puis la Syrie. A cette période, « Sir » Richard Dearlove*, ancien chef du MI-6 britannique (encore…), s’impliquait dans la fabrication de mythe de « l’armée irakienne troisième armée du Monde », et dans celui des « armes de destruction massives » de Saddam Hussein (et plus tard dans celui du « trucage par Poutine des élections américaines de 2016 »). Plus c’est gros, plus çà passe… Les complotistes ne sont pas toujours ceux qu’on pense.

*Le mal nommé…

Colin Powell, Secrétaire d’Etat des Etats-Unis, apportant en 2003 la « preuve » que l’Irak est susceptible de posséder des armes de destruction massive, en présentant sans aucune mesure de sécurité une capsule contenant prétendûment de l’anthrax…

Gabbard et Patel mènent également campagne contre l’Agence américaine pour le développement international (USAID), qui relève du Département d’Etat, contient outre ses programmes de santé, d’eau potable, etc, des catégories de financement résolument subversives : « résolution des conflits », « lutte contre la corruption », « promotion de la démocratie ». L’USAID est associée à la Fondation pour la démocratie (NED) et l’Open Society*. Tous ces acteurs de l’Etat profond ont, pendant des décennies, trouvé des prétextes pour lancer des guerres impérialistes et inutiles que les Etats-Unis ont toutes perdues, ou bien des « Révolutions de couleur » dans des pays divers. Pourquoi s’embarrasser de la diplomatie quand existent la guerre et la déstabilisation ?

*Malheureusement, la plupart des détracteurs de cette dernière utilisent le fait qu’elle est dirigée par « le juif George Soros », argument idiot s’il en est, mais qui arrange bien l’Open Society elle-même : « vous êtes contre nous, donc vous êtes antisémites »…

Gabbard s’est également opposée à la « relation spéciale » consistant à échanger des données de surveillance orwelliennes entre l’Agence de sécurité nationale américaine (NSA) et l’Office gouvernemental des communications (GCHQ) du Royaume Uni. Elle fut qualifiée par le sénateur Adam Schiff d’« apostate démocrate et apologiste de Vladimir Poutine » (encore !). Ces dernières années, la loi sur la surveillance du renseignement étranger (FISA) et le tribunal ad hoc (FISC), ironiquement créés en réponse au COINTELPRO, ont permis d’espionner à leur gré les citoyens d’un autre pays et échanger leurs données. Les lanceurs d’alerte Snowden et Assange, eux, ont connu les conséquences de dénoncer l’Etat profond…

Trump, par les nominations de Patel et Gabbard, veut visiblement faire le ménage dans ce bordel organisé. Trump est le pertubateur en chef pour le meilleur et pour le pire. Nous ne sommes pas dupes : il s’agit aussi pour ce libertarien de supprimer les budgets de ces agences (mais aussi les budgets du financement des guerres, ce qui n’est pas négligeable). Rappelons que les flancs faibles de Trump restent la crise économique et financière dans son pays, et son refus d’entamer des relations gagnant-gagnant avec le reste du monde. Mais surtout, surtout, et c’est l’essentiel, tout cela s’inscrit dans un nouvel ordre mondial qui veut en finir avec la politique de la canonnière. Ainsi, les Européens, obsédés par la guerre, s’aperçoivent qu’ils ne peuvent plus compter sur l’Otan. Les pauv’ chéris ! Mais au lieu de féliciter Trump et le soutenir, ils veulent prolonger la guerre « jusqu’au dernier ukrainien », retentant ainsi le sabotage opéré par Boris Johnson en mars 2022 pour torpiller l’accord d’Istanbul entre Poutine et Zelensky…

Courez camarades européens, le vieux monde est derrière vous !

Dekoikonparle ? (8)

Vendredi 28 février, dans le Salon ovale, Trump a dit avec franchise ses quatre vérités au falot Zelensky, qui a pris la fuite avant de venir pleurer dans le giron des Britanniques. C’est dommage car il s’agit pour Trump et Poutine d’entamer un dialogue permettant d’envisager la fin de la guerre en Ukraine et d’éloigner le risque d’une guerre thermonucléaire imminente. Il n’y avait en tout cas aucune raison d’inviter les Européens à participer au dialogue, étant donné qu’à aucun moment depuis le début de la guerre, ils n’ont cherché une solution diplomatique au conflit, comme on le voit encore aujourd’hui avec l’obsession de la « défense européenne* ». En effet, une russophobie implacable a prévalu, menée comme d’habitude par les maîtres de Zelensky : les Britanniques. Comme il s’agit d’une guerre par procuration entre l’Otan et la Russie, il est tout-à-fait logique que cette dernière et les Etats-Unis s’assoient d’abord à la table des négociations. Trump, ce salaud qui veut arrêter nos guerres ? Non, il veut enfin changer l’ordre mondial otanien, et du coup casser les axiomes européens établis. L’Europe veut-elle alors déclencher une guerre contre les Etats-Unis ? Elle est capable de s’en persuader.

*Même Hubert Védrine est tombé dans le panneau.

Berlusconi (pardon !) Trump n’était pas obligé de dire que c’était « un grand moment de télévision », mais lorsqu’un politicien européen fait ce genre de saillie, c’est juste une « petite phrase », variante moderne du « mot d’esprit » comme dans le film Ridicule, que les politologues, « experts » et journalistes relaient avec gourmandise. Mais sortant de la bouche de Trump, cela devient une « assertion intolérable »…

The Bayrou Watcher (#3) : Dans l’affaire Bétharram, il ne s’agit pas seulement pour Bayrou de protéger les petits milieux notables provinciaux (à la Balzac ou à la Chabrol) mais je pense que, comme bon nombre de catholiques pratiquants et bon nombre de parents de manière plus générale, il est persuadé que les châtiments corporels, « c’est pour ton bien »...

LA LISTE PEREC DU JOUR :

"Derrière, dans le fond, en désordre, divers meubles et objets provenant des parents Echard : une cage à oiseau rouillée, un bidet pliant, un vieux sac à main avec un fermoir ciselé, [...] et un sac de jute d'où débordent plusieurs cahiers d'écolier, des copies quadrillées, des fiches, des feuilles de classeur, des carnets à reliure spirale, des chemises en papier kraft, des coupures de presse collées sur des feuilles volantes, des cartes postales [...], des lettres, et une soixantaine de minces fascicules ronéotypés, intitulés BIBLIOGRAPHIE CRITIQUE DES SOURCES RELATIVES A LA MORT D'ADOLF HITLER DANS SON BUNKER LE 30 AVRIL 1945"

Oui ,marcjoly vous rebat souvent les yeux (pas les oreilles, c’est un blog pas un « pot de caste ») avec l’Oulipo. Mécékoi loulipo ?

Tout part en réalité d’Alfred Jarry (1873-1907) – oui, l’auteur d’Ubu Roi. De 1897 à 1898, Jarry rédige Gestes et opinions du docteur Faustroll, pataphysicien, paru à titre posthume en 1911. Il y définit la ‘Pataphysique* comme « la science des solutions imaginaires, qui accorde symboliquement aux linéaments les propriétés des objets décrits par leur virtualité » (livre II, chapitre VIII).

*‘Pataphysique est toujours précédé d’une apostrophe. Mais l’adjectif pataphysique et le substantif Pataphysicien en sont dépourvus.

La ’Pataphysique doit sa postérité au Collège de ‘Pataphysique, « Société de recherches savantes et inutiles » fondée en 1948. De nombreux peintres, mathématiciens, historiens, critiques littéraires, cinéastes, explorateurs, dramaturges, écrivains et poètes ont rejoint le Collège parmi lesquels Duchamp, Miro, Ionesco, Dubuffet, Queneau et Vian. Ah, des Surréalistes, va-t-on me dire ? Non, même si certains ont fréquenté ces milieux. En réalité, l’époque d’Alfred Jarry baigne dans l’esprit potache des Zutistes, Hydropathes et autres déconneurs comme Alphonse Allais. Alors ? « La Pataphysique est la science de ce qui se surajoute à la métaphysique… s’étendant aussi loin au-delà de celle-ci que celle-ci au-delà de la physique ». Ceci est moins une définition qu’une fin de non-recevoir, provocante, voire amusante, parfois reprise par le Collège de ’Pataphysique.

Je ne vais pas entrer dans le détail du détail, mais l’univers (on dirait aujourd’hui « l’écosystème ») de la ‘Pataphysique est à la fois bureaucratique, strict et hilarant (calendrier loufoque, revue dont le titre principal est Viridis candela*…). La réforme des Sous-Commissions, survenue en 1959, a établi de nombreuses Commissions et Sous-Commissions dans le but de résoudre les problèmes se présentant au Collège. Parmi elles se trouvait originellement l’Oulipo, désormais devenu une institution autonome. Nous y voilà enfin !

* » Chandelle verte », allusion au juron favori d’Ubu : « Par ma chandelle verte ! ».

Oulipo (ou OuLiPo)*, signifie Ouvroir de littérature potentielle. C’est un groupe de recherche littéraire créé en 1960 par le mathématicien François Le Lionnais et l’écrivain et poète Raymond Queneau. Il se décrit par ce qu’il n’est pas : ni un mouvement littéraire, ni un séminaire scientifique**, ni de la littérature aléatoire. Il a pour but de découvrir de nouvelles potentialités du langage et de moderniser l’expression à travers des jeux d’écriture. Le groupe est célèbre pour ses défis mathématiques imposés à la langue, obligeant à des astuces créatives. L’Oulipo est fondé sur le principe que la contrainte provoque et incite à la recherche de solutions originales. « Ses recherches sont naïves, artisanales et amusantes ». On devient membre de l’Oulipo par cooptation. Anecdote : on ne peut en démissionner qu’en se suicidant devant huissier !!!

*Il existe d’autre ouvroirs moins actifs : OuPeinPo pour la peinture), OuMuPo pour la musique, OuPoPo (certains disent OuPolPot – génial !) pour la politique, OuLiPoPo pour la littérature policière, etc. On désigne tous ces ouvroirs sous l’appellation générique d’OuXpo. L’OuBiPo (Ouvroir de Bibliothèque Potentielle) existe mais n’a aucun lien « organique » avec l’OuXpo.

**Malgré celui, fondateur, de Cerisy-la-Salle en 1960.

Evidemment, la ‘Pataphysique influence fortement l’Oulipo, organiquement et conceptuellement – du moins à ses débuts. Cependant, après la mort de Perec en 1982, l’Oulipo se demande s’il n’a pas fait son temps. Il est décidé que non, et l’Oulipo continue à recruter. Se posent toutefois les questions de sa féminisation, de sa moyenne d’âge, de l’admission de membres étrangers…

Toujours pour dire ce que ce mouvement n’est pas censé être, les membres de l’Oulipo sont de sacrés déconneurs, malgré la rigueur austère de leurs travaux !

Mais concrètement, ifonkoi, loulipo ?

« L’Oulipo a pour but de découvrir de nouvelles potentialités du langage et de moderniser l’expression à travers des jeux d’écriture. Le groupe est célèbre pour ses défis mathématiques imposés à la langue obligeant à des astuces créatives. L’Oulipo est fondé sur le principe que la contrainte provoque et incite à la recherche de solutions originales. Il faut déjouer les habitudes pour atteindre la nouveauté. » [Wikipedia]

« La contrainte est un problème ; le texte une solution. La contrainte est l’énoncé d’une énigme ; le texte est la réponse, ou plutôt une réponse, car en général il y en a plusieurs possibles. La contrainte, c’est donc quelque chose d’assez différent d’un bidouillage organisationnel du travail littéraire. Et c’est très bien le bidouillage organisationnel ! mais ce n’est pas la contrainte. La contrainte est systématique. Par ailleurs, une contrainte oulipienne doit pouvoir servir à d’autres, ce qui implique des exigences de clarté et l’énoncé (formalisation). La contrainte est altruiste » – Jacques Jouet

Jacques Jouet.

Exemples de contraintes :

  • S + 7 : cette méthode permet la création de textes littéraires nouveaux en remplaçant dans un texte source chaque substantif par le septième substantif qui le suit dans un dictionnaire donné. Bof..

  • Lipogramme : texte dans lequel l’auteur s’impose de ne jamais employer une lettre, parfois plusieurs (cf. La Disparition, de Georges Perec – Gallimard, 1969 – texte sans jamais la lettre e).

  • Boule de neige : poème dont le premier vers est fait d’un mot d’une lettre, le second d’un mot de deux lettres, le troisième d’un mot de trois lettres, le nième d’un mot de n lettres.

  • Exercice de style : une même histoire racontée selon un pattern différent (cf. Exercices de style, de Raymond Queneau – Gallimard, 1947).
  • La rien que la toute la : texte privé de nom, d’adjectif et de verbe.

On peut compter aisément 250 contraintes…

Comme disait mon père : « Quand tu auras fini tes enfantillages »…

A lire :

https://college-de-pataphysique.fr

https://oulipo.net

http://fatrazie.com