Belle Marquise

*Souligné par nous.

C’est aussi le dixième anniversaire du massacre de Charlie Hebdo. Hélas, hélas, hélas – et çà n’est qu’un exemple-, une amie m’a envoyé ce SMS (non verbatim) : « Mais qu’est-ce qu’ils ont encore à parler de Charlie, il va y avoir encore des attentats ». Se coucher, encore… La question n’est pas de savoir si on aime Charlie et ses dessins de bites, mais si on doit garder la liberté d’expression. Les barbus sont en guerre contre l’Occident, des caricatures sont une bonne riposte ! Mais nous devrions entrer également en guerre contre le wokisme, sinon çà ne marche pas. Comme toute guerre, il y aura des conséquences et, oui, il y aura -il y a déjà- des attentats pour lesquels les auteurs seront décrits une énième fois par les médias comme ayant des « problèmes psychiatriques ». Une pathologie qui s’appelle l’Islam…

LA LISTE PEREC DU JOUR :

"Bartlebooth se retrouvait parfois avec [...] un Charlot (melon, badin et jambes arquées), une tête de Cyrano, un gnome, une sorcière, une femme avec un hennin, un saxophone, une table de café, un poulet rôti, un homard, une bouteille de champagne, la danseuse des paquets de Gitanes ou le casque ailé des Gauloises, une main, un tibia, une fleur de lys, divers fruits, ou un alphabet presque complet avec des pièces en J, en K, en L, en M, en W, en Z, en X, en Y et en T."

Est paru il y a deux mois un excellent hors-série du Monde : Réinventons la ville. On peut notamment y lire un entretien tout aussi excellent avec l’écrivain français Alain Damasio*. Celui-ci relate que les multinationales s’accaparent les villes, lesquelles deviennent des marques : ainsi Paris devient la ville LVMH, Seattle la ville Boeing/Starbucks, Cannes la ville Netflix, New-York la ville Trump (qui est de facto une marque)…

*Ne pas confondre avec le neuroscientifique portugais (que je croyais italien) Antonio Damasio. J’les confonds toujours !

Damasio a également séjourné dans la Silicon Valley dans un but sociologique, et remarque qu’il n’y a « aucune mixité. Aucun échange croisé. J’en ai parlé à des Français sur place en leur demandant comment se passe la séduction si personne n’ose. On m’a répondu : ils regardent sur l’appli Bumble […] Et si quelqu’un te plaît, tu fais comment ? -Eh bien, je ne vais pas la voir, ce serait intrusif ! ». Ce « moment #Me too » fait froid dans le dos, tout de même… A l’inverse, j’avais lu, il y a quelques années, une BD scénarisée par un Japonais relatant son séjour à Paris*. Ce dernier s’était évertué, fleur bleue, à tenter de faire une déclaration d’amour, jusqu’à ce que quelqu’un lui explique les subtilités de la vie parisienne (d’alors. Tout cela est fini aujourd’hui) : « On ne fait pas de déclaration. -Mais alors comment on fait ? -Eh bien, on baise ! ». Et de se demander comment procéder si on ne déclare pas sa flamme. Bref, faudrait savoir !

*Je n’ai pas retrouvé les références.

Pour m’inspirer j’me suis fait un café crème « ème »
Mais par erreur je l’ai sucré au sel gemme « ème »
C’ n’était pas bon, ma foi je l’ai bu quand même « ème »
Ah faut-il que faut-il que je… faut-il que je…
C’est malheureux je n’ai pas trouvé de thème « ème »
J’ t’aurai fait un truc avec des rimes en « ème »ème »
Tu aurais compris que c’était un stratagème… »ème »
Pour te dir’ que… te dir’ que je…te dir’ que je…
Oui !

Harry Mathews.

Puisque nous sommes dans l’amour, voici un texte d’Harry Mathews (1930-2017). Cet écrivain et traducteur américain francophone, ami de Georges Perec et de surcroît mari de Niki de Saint-Phalle, était membre de l’Oulipo. Le texte qui suit, Belle Marquise, est-il la conséquence du précédent ?

Plaisir d'amour ne dure qu'un instant, chagrin d'amour dure toute une vie
Plaisir d'amour ne dure qu'un instant, une vie d'amour dure tout un chagrin
Plaisir d'amour ne dure qu'un chagrin, un instant d'amour dure toute une vie
Plaisir d'amour ne dure qu'un chagrin, une vie d'amour dure tout un chagrin
Plaisir d'amour ne dure qu'une vie, chagrin d'amour dure tout un instant.
Guy Lelong.

Voici maintenant Guy Lelong, que je pensais être aussi oulipiste : il ne l’est pas mais utilise les contraintes dans ses textes. Bien que né en 1952, il se situe dans le sillage du Nouveau roman. Il a aussi comme domaines d’activité la musique, les arts plastiques et l’architecture. Voici Nuit sans date rue Saint-Jacques :

La rue tombe noire, noire, la noire rue noire tombe là.
La rue tombe noire, noire, la tombe noire, rue noire, là.
La rue tombe noire, noire, tombe la noire rue noire, là.
La rue, tombe noire, noire, rue noire, la tombe noire, là.
La rue tombe noire, rue noire noire, là, tombe noire, là.
La rue tombe noire, la noire noire rue, noire tombe là.
La rue tombe noire la noire noire rue noire tombe, là.
La rue tombe, noire, noire, là ; tombe noire, rue noire, là.
La rue, tombe, là. Noire, noire tombe, noire rue, noire là.
La rue noire tombe ; noire la noire, noire rue-tombe ; là.
La rue tombe. La noire rue noire. Noire tombe noire. Là.
Wendy Cope.

Et pour finir, mon préféré. Il s’agit d’un texte de la poétesse britannique Wendy Cope (née en 1945). Cope fait souvent dans les poèmes courts à la fibre comique. Voici The Uncertainty of A Poet, illustration du tableau éponyme de Chirico ? Evidemment, je ne traduis pas le texte : çà n’aurait aucun sens.

Giorgio de Chirico, L’incertitude du Poète, 1913.
I am a poet.
I am very fond of bananas.

I am bananas.
I am very fond of a poet.

I am a poet of bananas.
I am very fond.

A fond poet of 'I am, I am'-
Very bananas.

Fond of 'Am I bananas?
Am I?'-a very poet.

Bananas of a poet!
Am I fond? Am I very?

Poet bananas! I am.
I am fond of a 'very.'

I am of very fond bananas.
Am I a poet?

Ce poème a été ensuite parodié maintes fois. Exemple :

Vous çà alors plu ? Pensez-qu’en vous ?