L’oeil de Paris (6)

Il est clair qu’à présent, un climat de peur commence (20 minutes du 5 juillet : « Peurs sur la France », Marianne du 4 juillet : « De quoi faut-il avoir peur ? »). Macron nous avait bien préparé : peur des Gilets jaunes, peur du virus de la covid, peur du « fardeau de la dette », peur des Russes, peur d’être un suppôt* de Poutine si on vote mal. Le but étant que le peuple aie peur d’une oligarchie qui lui dicte de quoi il doit avoir peur… Et çà marche : « Les minorités profitent de notre peur », écrit Elisabeth Badinter dans Messieurs, encore un effort, (Flammarion/Plon, 2024). L’écrivain Kamel Daoud le reconnaît : pour lui, l’Occidental « coupable » de tout (migrants noyés, putschs en Afrique, morts à Gaza) – il ironise, évidemment – culpabilise et baisse la tête. Daoud met le doigt sur un moteur du wokisme : la peur. Cette peur a incité le peuple à faire barrage.

*Un suppôt et au lit ? Un Bigflo & Oli ?

« La France a peur… »

Selon moi, cette élection n’est pas légitime : aucun programme, aucun projet (si : le Smic à 1600 € et la suppression de la réforme des retraites. C’est un peu court). Or « faire barrage » n’est pas un projet !

Faire barrage…

Dans la rubrique Annus horribilis du 1er mai [https://champouin.blog/2024/05/01/annus-horribilis/], je mettais en scène un Macron devenu fou. La réalité rejoint-elle la fiction ? Pas tellement : je pense que son but était de passer pour un démocrate, en décrétant l’alternance tout en sauvegardant bien entendu les intérêts de l’élite financière grâce à l’ultra-libéralisme du RN. Les électeurs l’ont plus ou moins consciemment compris. Caramba ! Encore raté pour Macron…

Je suis peut-être complotiste ou bien je me prends pour Macron, mais comment toute cette gauche hétéroclite a-t-elle pu constituer une entente et un programme commun en 48 h ? Etait-elle au courant 1. d’une dissolution et 2. du délai court de trois semaines avant le scrutin ?

Pas d’interruption du Champouin pendant les vacances, mais vous avez droit à trois numéros de L’oeil de Paris, et La liste du jour va s’éloigner momentanément de Georges Perec.

LA LISTE DU JOUR :

Celle-ci est extraite d’Alchimie du Verbe, d’Arthur Rimbaud (1873). D’abord inclus dans Une saison en Enfer, cet essai littéraire est disponible depuis 1953 dans ses Oeuvres complètes (Mercure de France).

"J'aimais les peintures idiotes, décors, toiles de saltimbanques, enseignes, enluminures populaires ; la littérature démodée, latin d'église, livres érotiques sans orthographe, romans de nos aïeules, contes de fées, petits livres de l'enfance, opéras vieux, refrains niais, rythmes naïfs [...] Je m'habituai à l'hallucination simple : je voyais très franchement une mosquée à la place d'une usine, une école de tambours faite par des anges, des calèches sur les routes du ciel, un salon au fond d'un lac"

Il se trouve que, malheureusement, les rues portant le noms d’abbés ne sont pas toujours les plus intéressantes…

Commençons avec la place de l’Abbé Jean-Lebeuf, située entre la rue Guilleminot et la rue du Château :

Cette place est une « ouverture » sur l’ensemble de la place de la Catalogne conçue par Ricardo Bofill.

Encore plus confidentielle, la rue de l’Abbé Migne commençant rue des Francs-Bourgeois, finissant square Victor-Langlois :

L’Abbé Jacques-Paul Migne (1800-1875) fut un prêtre catholique français, imprimeur, journaliste et éditeur de livres religieux.

Vestige d’un bâti ancien, cette rue vient « mourir » dans un îlot abattu, aujourd’hui le square Langlois. Du coup, elle est plus que courte !

Maintenant la rue de l’Abbé Patureau, commençant rue Paul-Féval, finissant rue Caulaincourt :

Marie Charles François Patureau (1853-1930), ancien curé de St-Pierre-de-Montmartre.

Première rue de notre série, qui comporte des escaliers – et ombragés de surcroît.

« Il suffit de traverser la rue »…

Suite et fin, avec cet immeuble rouge en perspective, dont on aurait voulu qu’il soit centré.

Qui était Roger Derry (Rue de l’Abbé Roger-Derry, commençant rue de la Cavalerie et finissant avenue de Suffren) ?  

Une rue chic dans un quartier chic.

Vous n’avez pas rêvé : en perspective, un immeuble des années 40 qui fut autrefois un garage Aston Martin. Çà en jette !

♦ 

L’avenue de l’Abbé Roussel (commençant rue la Fontaine, finissant avenue Théophile-Gautier) et la rue de l’Abbé Rousselot (commençant boulevard Berthier, finissant avenue Brunetière) ne nous ont pas inspirés… Notons tout-de-même que le premier (1825-1897) fut le fondateur des Orphelins d’Auteuil et le second (1846-1924), considéré comme le fondateur de la phonétique expérimentale, a inventé un système de transcription  phonétique.

Notre dernier abbé : Jean-Baptiste Soulange-Bodin. Sa rue commence rue Guilleminot et finit rue de l’Ouest.

Cette courte rue est piétonne, (il paraît qu’on doit dire « piétonnière »), bon prétexte pour la terrasse du restaurant.

Et les piétons sont-ils des papetons ?

Avertissement !

On fera mieux la prochaine fois… Mais il n’y aura pas de rue de l’Abbé Chamel, de l’Abbé Kahn (un converti…) ou de l’Abbé Tumaine !

A suivre !

'Pataphysique Beethoven Ludwig van Bertin Jean Beuve-Méry Hubert Boudard Alphonse Brel Jacques Cheminade Jacques Coluche de Gaulle Charles Diop Cheikh Anta Duneton Claude Dutronc Jacques Ferrat Jean Ferré Léo Freud Sigmund Ghali Driss Houellebecq Michel Huxley Aldous Lapointe Boby Macron Emmanuel Merci Citron Onfray Michel Open Society OTAN Ouaknin Marc-Alain Oulipo Ouvrard Paty Samuel Perec Georges Perret Pierre Pitte Jean-Robert Platon Queneau Raymond Rabelais François Rosten Leo Ruffin François Ruhaud Etienne Saint-Quentin Schott Ben Socrate Szenes Arpad Trenet Charles Urban Traveller Vallès Jules Weil Simone

Exercices de « stiche » (4)

Encore une fois, un « chapeau » un peu long imposé par l’actualité :

Une jeune fille de douze ans violée, parce que juive, par d’autres adolescents du même âge, chauffés à blanc par la propagande LFiste et celle de « comités » comme Urgence Palestine… Serge Klarsfeld déclare qu’en cas de duel entre La France Insoumise et le Rassemblement National, il soutiendra et votera, sans « hésitation », le candidat RN (extrême-droite) : « Aujourd’hui, le Rassemblement national soutient les juifs, soutient l’État d’Israël et il est tout à fait normal, vu l’activité que j’ai eue ces 60 dernières années, qu’entre un parti antisémite et un parti pro-juifs, je vote pour un parti pro-juifs ». Attention : si le RN est officiellement antisémite, il n’est pas sûr que certains responsables de ce parti (je ne parle même pas des militants) le soient… En tous cas, la prise de position de Klarsfeld en dit long sur l’islamo-gauchisme, et je crois malheureusement et sincèrement que cela va être open bar pour les antisémites si LFI devient majoritaire.

Alors, le 7 juillet, au deuxième tour, que faire, comme disait Lénine ? La peste ultra-libérale ReNaissance, ou le choléra d’un Mélenchon qui n’a pas hésité à refuser l’investiture à trois dirigeants trop opposés au wokisme et à l’antisémitisme ? Mais que fait Ruffin dans cette galère ? Sans compter que, dans cette appellation frelatée de « Front Populaire », on compte François Hollande (!) et le bobo mondain Glucksmann… Ayons quand même en tête que tout ce qu’on peut désigner par « riches », « élites » ou « oligarchie » votent toujours et ne s’abstiennent jamais…

On n’a rien attendu non plus du dernier G7 – comme d’habitude. Le communiqué final exige que la Russie indemnise l’Ukraine pour les dommages qu’elle lui a causés (> 486 milliards de dollars). Si ce principe était appliqué aux Etats-Unis et aux pays européens pour les dommages de guerre qu’ils ont causés, on imagine les sommes qui seraient en jeu ! Autre perle du communiqué final : le FIMI (sigle anglo-saxon pour Manipulation de l’information et ingérence étrangères), volonté de contrôler l’opinion publique, afin de faire taire toute opinion dissidente, notamment en période électorale – le tout, bien entendu, au nom de la défense des « valeurs démocratiques ». Et puisqu’on parle d’Ukraine, aucune des trois formations en lice pour le second tour n’appelle à des négociations de paix ! En échange d’un accord avec le néo-conservateur Glucksmann pour créer le (faux) Front populaire, LFI a abandonné sa demande de négociations et a dû accepter l’engagement en faveur d’un « soutien indéfectible à la résistance ukrainienne ».

ASSANGE LIBÉRÉ ! La presse en a moins parlé que de la mort de Navalny…

LA LISTE PEREC DU JOUR :

"Avec le souci d'ordre et de propreté qui la caractérise en tout, elle vida son réfrigérateur et fit cadeau de ses restes à sa concierge : un demi-quart de beurre, une livre de haricots verts frais, deux citrons, un demi-pot de confiture de groseilles, un fond de crème fraîche, quelques cerises, un peu de lait, quelques bribes de fromage, diverses fines herbes et trois yaourts au goût bulgare."

Plus jeune, « j’avais du mal », comme on dit aujourd’hui quand on ne sait pas s’exprimer, avec Charles Trenet* qui pour moi était un vieux monsieur compassé et suranné. Le genre de la vieille ***** (oups !) qui vous reçoit en robe de chambre vers quatre heures de l’après-midi autour d’un porto. Mais en réalité, Trenet est resté jeune toute sa vie (cheveux teints, canotier comme Maurice Chevalier, oeil qui pétille), à la différence de Brassens qui a toujours été vieux (pipe, moustache, air souffreteux)…

*On écrit Trenet sans accent, tout comme Clemenceau, Saint-Exupery, Perec (Georges, pas Marie-Josée), Alexis Leger (dit Saint-John Perse), Saint-Remi (patron de Reims), Saint-Valery-sur-Somme ou Saint-Valery-en-Caux.

Eclatex vs. Flippax !

J’ai finalement fini par aimer Trenet, car j’ai découvert ce qu’était le swing en écoutant les orchestres de Ray Ventura ou de Jacques Hélian. Puis j’ai entendu ce même swing, ralenti et chanté par Trenet, qui donnait une sorte de nostalgie, nostalgie agréable, s’il en est.

Du coup, j’ai envie d’appeler ce poète « Charles traînait ».

Je ne dirais pas que son écriture est facile, mais on la reconnaît souvent : il y a une « patte » Trenet. Et on oublie souvent qu’il était également compositeur.

Charles Trenet (paroles et musique), Ménilmontant, 1938.

Dans le pastiche* qui suit, le personnage principal est l’autobus, témoin, malgré un narrateur (« je »), de la scène de l’altercation et, « deux heures plus tard », de celle du bouton. A ce sujet, le refrain se rapporte à l’homme une première fois, puis à l’autobus la fois suivante. D’ailleurs, ce « vieil autobus S » n’est-il pas Trenet lui-même ? Comme le poète, l’autobus doit traîner (encore) tout un tas de souvenirs : en 1942, lors de la rédaction d’Exercices de style**, circulaient, reconvertis au gazogène, des bus qui avaient directement succédé aux chevaux, avaient connu les Années folles et n’étaient plus tout jeunes…

*Rappel : de Récit in Exercices de style de Raymond Queneau (Gallimard).

**Paru en 1947.

Renault TN4 F de 1935, avec sa plate-forme arrière.

J’ai utilisé dans le refrain l’expression : « il était bien trop pomme ». Il y a parfois des gens (plutôt des femmes) s’exprimant ainsi, et j’ai pensé que cette fantaisie correspondait bien à la délicatesse et la poésie de notre troubadour :

Le vieil autobus S,
Tout près du parc Monceau,
Flanaît avec paresse
Tout en fendant les flots.

Sur la plate-forme arrière,
Je vis un vieux zazou
Si extraordinaire
Avec son feutre mou.



[Refrain]
Il parlait à un homme
Lui marchant sur les pieds,
Mais il était trop pomme
Pour devoir insister.



Je l'revis bien plus tard
En grande conversation
D'vant la gare Saint-Lazare
Avec un compagnon

Qui lui dit pour sa part
De remonter l'bouton
De son pardessus noir
Et pas d'son pantalon.

Le vieil autobus S,
Tout près du parc Monceau,
Flânait avec paresse
Tout en fendant les flots.



[Refrain]
Il roulait trop bonhomme
Et semblait musarder,
Mais il était trop pomme
Pour devoir s'arrêter.



Le vieil autobus S,
Tout près du parc Monceau,
Flânait avec tendresse
Tout en fendant les flots.

C’était la rubrique Pascal Sevran…

'Pataphysique Beethoven Ludwig van Bertin Jean Beuve-Méry Hubert Boudard Alphonse Brel Jacques Cheminade Jacques Coluche de Gaulle Charles Diop Cheikh Anta Duneton Claude Dutronc Jacques Ferrat Jean Ferré Léo Freud Sigmund Ghali Driss Houellebecq Michel Huxley Aldous Lapointe Boby Macron Emmanuel Merci Citron Onfray Michel Open Society OTAN Ouaknin Marc-Alain Oulipo Ouvrard Paty Samuel Perec Georges Perret Pierre Pitte Jean-Robert Platon Queneau Raymond Rabelais François Rosten Leo Ruffin François Ruhaud Etienne Saint-Quentin Schott Ben Socrate Szenes Arpad Trenet Charles Urban Traveller Vallès Jules Weil Simone