Les Arabes mayonnaise

Atelier d’écriture de l’été #4

Triste anniversaire : le 15 août 1971 était décidé le découplage de l’or par rapport au dollar. Nous payons encore les conséquences de ce début des processus de dérégulation…

Non, je n’ai pas oublié la litanie des Je me souviens (mon propre travail, et le vôtre aussi car ceci est un atelier) amorcée dans notre parution du 1er juillet. Et je vous vois venir : « marcjoly va encore contrepéter plus haut que son luth ».

Eh, bien non. Nous allons nous référer à un autre procédé.

Il s’agira cette fois de faire des permutations non pas de syllabes mais de mots. Le schéma que nous allons utiliser le plus couramment consiste à marier le sujet d’une entrée avec l’attribut d’une autre entrée et/ou l’inverse. Exemple : je me souviens, entre autres …des Arabes vendant des tapis, …du homard mayonnaise. Bon le homard vendant des tapis, c’est moyen… Mais les Arabes mayonnaise, c’est surréaliste !

Souvenez-vous des appellations géniales de groupes punk comme les Sex Pistols, eux-mêmes détournés en Sax Pustuls ! D’autres groupes, français et faussement décadents, portaient des noms tout autant surréalistes : Ludwig van 88 (spéciale dédicace l’amie Sandrine Vion), mais aussi La Souris déglinguée (aucun rapport avec la susnommée !?), les Garçons bouchers, les Béruriers noirs ou Les vieilles Salopes…

En réalité, je vous invite à lister tous les sujets, tous les attributs d’un Je me souviens (celui de Perec, le mien ou le vôtre – ou de n’importe quelle liste), et à vous de jouer…

Ainsi, on obtient :

Les Uniprix au fond de la cour.

Les taxis surgelés.

Les speakerines dans la chambre.

Les parcmètres à la turque.

Les téléphones qui font « chut ».

Les épiceries portant moustache.

Les poinçonneurs couleur crème.

Les Galeries Motobécane.

Les gazomètres à l’école.

Les tournevis de toilette.

Boby Lapointe : Tube de toilette.

Les bons-points perforés.

Les mobylettes à képi.

Les nouilles à manche en bois.

Les pizzas à boutons.

On notera l’inscription « freshly baked/frisch gebacken » à propos de cette merde. Même pas peur !

Les Kiravi à écrire.

Les pots de colle à plate-forme.

Les valises à calcul.

Les poubelles consignées.

Les yaourts au charbon (ou contrepèterie : les charourts au Yabon)

Les Arabes en bakélite.

Les bidets mayonnaise (Ciel ! Mais qu’est-ce ?)

L’honneur sera donc sauvé avec nos Arabes mayonnaise !

Et il y aura (pas tout de suite) des fournées supplémentaires de Je me souviens et de Mots enfouis.

Espérons que ces jeux de l’été vous ont plu. Commentaires, SVP !

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Les mots enfouis (1/2)

Atelier d’écriture de l’été #3

Retour sur le discours de Macron du 12 juillet. La première partie, sur la question sanitaire, était très bien, mais la seconde était absolument dégueulasse. C’était une attaque en règle contre ceux qui peuvent peu (les chômeurs, les « gens oubliés », etc…). Consolons-nous donc avec la suite du numéro précédent

Ah, non ! marcjoly ne pouvait pas s’empêcher de verser dans la contrepèterie ! C’est trop facile ! Et puis elles sont fausses, car « compositioles », « vouvre », « chauffon », « lunoire », çà veut rin dire, comme on dit à la campagne. Alors, qu’est-ce c’est que ces enfantillages ? Idiot du village ! Raté ! Pataphysicien à deux balles !

Eh bien, ces mots existent. Si, si. Ils étaient simplement enfouis. Nous (car vous aussi, vous participez, n’est-ce pas ?) les avons exhumés de la vraie littérature, celle issue de notre imagination et de notre créativité, dont la contrepèterie ou autres procédés ne sont que les intercesseurs (qu’est-ce qu’y parle bien, le marcjoly !).

J’en ai passé quelques uns en revue, cités dans le texte original. Si, si ! Les voici :

  • Compositiole (n. f.) :

Petite composition artistique (picturale, littéraire, musicale) sans qualités particulières, à seule fin de loisir. « Pécuchet s’essaya à la peinture, sans dépasser le niveau de la compositiole » (Gustave Flaubert).

  • Mayonnard (n.m.) :

Gros mangeur d’allure ventripotente, habitué des tables des bons restaurants et brasseries. « Près de la Bourse, dans une brasserie, quelque mayonnard s’était attablé, dans lequel Saccard eut du mal à reconnaître son ami d’enfance » (Emile Zola).

  • Vouvre (n. f.) :

Substance visqueuse recouvrant les troncs et branchages dans les endroits humides, particulièrement à l’automne. « Dans les marais, en quittant la vallée de la Creuse, l’on pouvait sentir l’odeur de la vouvre qui envahissait nos narines » (George Sand).

  • Chauffon (n.f.)

Résidus divers facilement inflammables (chiffons, sciure, brindilles) utilisés pour amorcer un feu. « Dans ce qui servait de cheminée en ce réduit infâme, Bras-Rouge avait jeté un demi-seau de chauffon » (Eugène Sue).

  • Galeresse (n.f.)

Femme de petite vertu qui, à l’époque du Directoire, arpentait le plus souvent les arcades du Palais-Royal. « Chez le baron, la compagnie des courtisanes semblait atavique. Parmi les nombreux portraits d’ancêtres accrochés au salon, certains avaient vu leurs sujets fréquenter les galeresses » (Marcel Proust).

  • Restaugon (n. m.)

Individu borné qui ne démord pas de sa position ni de son opinion, allant même jusqu’à la bouderie. « L’amertume biliaire des restaugons qui n’avaient pas senti le vent de l’Histoire, imprégnait cet Alger réfractaire » (Charles de Gaulle).

  • Motobiquette (n. f.)

Motocyclette mal entretenue et plus de la première jeunesse, dont le moteur multiplie les ratés. « Marcel voulut épater Simone avec son « bolide », dit-il. Mais la gonzesse, apercevant la motobiquette, éclata de rire » (Alphonse Boudard). [L’ami Anthony Lallouet me suggère Cavanna, ç’aurait pu être çà aussi].

  • Couloche (n.f.)

Style amphigourique et mièvre que l’on peut rencontrer aussi bien dans les objets de la vie quotidienne que dans les arts (syn. : kitsch). « Bardamu fit un tour dans ce que ces abrutis d’Amerloques appellent un « mall ». Temple de marchandises faciles dégoulinant de fric, avec des petites étoiles partout. Ah, fallait voir ! Y’en avait, d’la couloche ! » (Louis-Ferdinand Céline).

Et moi de dire « y’en aura d’autres ». Je veux dire des mots enfouis. A suivre…

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