Exercices de « stiche » (1)

Exercices de style, bon d’accord, mais de « stiche », was ist das ? C’est pour évoquer le pastiche, qui est une imitation de style. Ne pas confondre avec la parodie, qui est une forme du pastiche qui souligne les particularités du texte imité en forçant le trait [in Dominique Goust (textes choisis et présentés par), L’Art du pastiche – Anthologie buissonnière de la littérature française de Rutebeuf à Anouilh, Omnibus, 2019].

Votre serviteur ne prétend pas se lancer dans le pastiche pur et vrai : çà n’est accessible qu’à certains écrivains ! Il s’agira plutôt, dans cette nouvelle série, de se frotter au « à la manière de », souvent de la mauvaise parodie, mais tant pis, et hardi petit !

A lire aussi :

François Caradec (présentation et choix de), Les trésors du pastiche, de Villon à Robbe-Grillet, Pierre Horay, 1971

Pascal Fioretto, Et si c’était niais – pastiches, Chiflet, 2007

Paul Aron et Jacques Espagnon, Répertoire des pastiches et parodies, PUPS, 2009

Le plus simple pour débuter, est de partir d’un canevas. Je me suis basé sur les fameux Exercices de style de Raymond Queneau (Folio Gallimard, 1995) dont la trame est l’exercice qui s’appelle simplement Récit. J’ai choisi de ne pas seulement imiter de la littérature, mais aussi des chansons ou des sketches. Parfois le format court, comme pour les nouvelles, s’avère intéressant mais non plus simple. Décidément, voilà une oeuvre qui inspire les pasticheurs : la preuve par Stéphane Tufféry, Le style, mode d’emploi, CyLibris, 1999 (première édition), 2002. 99 nouvelles variantes des Exercices de style, à la manière de Balzac, Hugo, Verne, Proust, Camus, Perec (d’où le titre), Duras, Delerm… Je ne l’ai pas lu et il est malheureusement épuisé ! On remarquera incidemment que les éditeurs de (ou sur le) pastiche : Pierre Horay, Chiflet, Presses Universitaires de Paris-Sorbonne, CyLibris, ne sont pas de grosses machines, tout comme les éditeurs de poésie…

Pour les fêtes moroses de ce Noël 2020, marcjoly vous a concocté un pastiche de Chevallier & Laspalès. Ces deux zozos sont loin d’être les pires de toute la production humoristique, surtout si l’on compare aux stand-ups ineptes débités par les poulains de l’écurie communautariste du Jamel Comedy Club. Bien qu’ils ne s’en soient jamais référé, Chevallier & Laspalès sont les Frères Ennemis (Teddy Vrignault/André Gaillard) des temps modernes, en plus drôle. J’aurai pu citer aussi le duo absurde Pierre Dac/Paul Préboist (eh, oui !) – cela ne nous rajeunit pas.

Un sketch pas si « vieux » : 1968 !

Je ne peux pas reproduire le texte de Queneau (Récit). Je vais donc paraphraser : un midi, au niveau d’un parc parisien, sur la plate-forme de l’autobus S [écrit en 1947], le narrateur voit quelqu’un avec un grand cou, portant un chapeau à ruban, et qui invective un voyageur qui lui écrase les pieds. L’homme au chapeau laisse tomber et s’assied sur un siège libre. Le narrateur le revoit deux heures après devant une gare, discutant avec une connaissance qui lui enjoint de faire remonter par un tailleur son bouton du haut.

Et maintenant, sans filet, le pastiche :

CHEVALLIER : Figure-toi que l'autre jour, vers midi, du côté du parc Monceau...

LASPALES : Ah bon ? J'croyais que c'était à Melun...

C : Non, non.

L : C'était pas à Melun ?

C : Non.

L : Et qu'est ce que t'as vu du côté du Parc Monceau ?

C : Non mais c'était dans un autobus...

L : C'était pas au Parc Monceau ?

C : Si, mais dans l'autobus. L'autobus S, comme sexe.

L : Ah non, pas de çà chez nous ! Nan, nan, nan ! ...Alors t'as vu quoi dans l'autobussexe, heu, S ?

C : J'ai vu un type au long cou.

L : Ouais.

C : Avec un feutre mou, entouré d'un galon tressé, comme un ruban.

L : Ah, y'a qu'au parc Monceau, qu'on peut voir çà !

C : Et j'l'ai vu, parce que j'te rappelle que c'était dans un autobus, interpeller tout à coup son voisin.

L : Pourquoi ? Y faisait quoi son voisin ?

C : Il lui marchait sur les pieds chaque fois que montaient et descendaient des voyageurs.

L : Chaque fois ?

C : Chaque fois que montaient et descendaient des voyageurs.

L : Chaque fois ?

C : Chaque fois que montaient et descendaient des voyageurs.


L : CHAQUE FOIS ?

C : Oui, chaque fois que montaient et descendaient des voyageurs.

L : Ah, c'est fort ! C'est très fort !

C : D'ailleurs après, il a rapidement abandonné la discussion pour se jeter sur une place libre.

L : Ah, le con ! Et après ?

C : J'l'ai revu deux heures plus tard, devant la gare Saint-Lazare.

L : Y prenait l'train pour Melun, non ?

C : A Saint-Lazare, c'est pas pour Melun, c'est pour Le Havre ! Ah, le boulet !

L : Oui, je sais : y passe au Havre, mais y s'y arrête pas. Y prend la nationale !

C : Pour en revenir à mon gars...

L : Ouais.

C : Figure-toi qu'il était en grande conversation avec un ami qui lui conseillait de diminuer l'échancrure...

L : Diminuer quoi ?

C : L'échancrure.

L : Faut jamais aller aux putes. C'est comme çà qu'on attrape des chancrures !
[Un temps] Ha, ha ! J'l'aime bien, celle-là ! On la garde ! Vas-y, continue...

C : Il lui conseillait, l'ami du gars, parce que j'vais pas tout répéter, de diminuer l'échancrure de son pardessus en en faisant remonter le bouton supérieur...

L : Dis donc, c'est compliqué ton affaire !

C : En en faisant remonter le bouton supérieur par quelque tailleur compétent.

L : Compétent, en deux mots ?

C : Non, en un seul. Et puisque tu m'as coupé, mon histoire elle s'arrête là. Et toc !

L : C'est dommage : j'ai bien aimé "échancrure"...

Passez de bonnes fêtes, et retrouvez Rires & Chansons, oups… Retrouvez Le Champouin le 15 janvier. A bientôt !

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Les couvertures auxquelles vous avez échappé (4)

Hebdomadaire pendant le confinement

SPECIAL POCHETTES DE DISQUES

Ce numéro des Couvertures auxquelles vous avez échappé est, à l’approche d’un Noël que j’espère plus gibertien (par exemple) qu’amazonien, un spécial pochettes de disques.

La pochette de disque eut son heure de gloire avec le 78 tours : gros plan d’un Caruso empâté, ou photo de groupe de Ray Ventura et ses Collégiens.

Avec le 33 tours, on eut droit aux belles silhouettes de chefs d’orchestre sur fond noir sur lesquelles se détachait l’étiquette jaune de Deutsche Grammophon, ou bien une photo de groupe (encore) de personnages célèbres : l’album Sgt Pepper’s Lonely Heart Club Band des Beatles.

Les 45 tours furent moins imaginatifs : destinés à ne durer qu’une saison de hit-parade, et se contentant du portrait de l’artiste en minet avec un sourire idiot.

Le CD sonna le glas des pochettes : le support présente une surface trop restreinte, surtout pour les rééditions ! Et puis les maisons de disques rognent sur tous les coûts : plus de photographies ad hoc (on puise dans une banque d’images), encore moins de dessins, plus de livret à rédiger et fabriquer…

Je vous propose aujourd’hui deux pochettes, évidemment réalisées par mes soins. Je ne vous dis rien et vous laisse seulement découvrir celle-ci d’abord :

Et voici l’autre, totalement différente, bien sûr :

Oui, je sais : …peut en cacher un autre.

BONUS

Ces chanteurs auxquels vous avez échappé :

Hugo Frey

Henri Caumacias

Michel-Paul Nareff

Quand j’étais petit, je les écrivais comme çà !

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Métro loufoque – M 5

Publication hebdomadaire pendant le confinement

Nouvelles du front :

La première mention « J’aime » sur mon site (en l’occurrence, à propos du Dekoikonparle sur l’Inde), vient du blogueur Gabriel Guicheron et de son site L’Hexa-Dom, consacré à l’actualité guadeloupéenne. Mèsi an pil !

Record battu mercredi 25 novembre avec un acharné qui a réalisé 17 vues sur le site !

D’autre part, je n’ai pas de réaction de certains internautes proches, auxquels j’envoie une alerte à chaque publication. Toutefois, une lectrice, Mme Fracasse, de Choisy-sur-Moselle, me dit en off qu’elle « s’est bien amusée avec mon dernier billet ». Tout vient à point…

Le nom d’un des deux terminus de la ligne 5 du métro parisien ne fait pas rêver : Bobigny-Pablo Picasso, même si l’évocation de Picasso est susceptible d’apporter un peu de fantaisie. Je pense que le pompon est atteint sur la 8 avec Maisons-Alfort – Stade ! A quand « Drancy – Caisse primaire d’Assurance-maladie » ou « Stains – Centre communal d’action sociale » ?

Mais il y a un biais : serait-ce l’évocation même de Bobigny qui ne fisse pas rêver ? Ben oui… Architecture corbusiéresque + politique délibérée de non-mixité sociale + démission totale (et clientélisme) par rapport à l’Islam(isme ?) = ce qu’on sait, qu’il convient (moins quand même, depuis la fatwa lancée contre Samuel Paty) d’appeler le « vivre-ensemble ».

Pour revenir aux stations du métro étendu aux banlieues, on aura remarqué les noms de Léo Lagrange, Paul Vaillant-Couturier, Corentin Celton, Marcel Sembat, Louise Michel, Gabriel Péri, Guy Môquet, et Pablo Picasso, impliqué artistiquement dans la guerre d’Espagne. Sans compter Robespierre. Cela ne faisait pas non plus rêver ceux qui ne prenaient jamais le métro (« Chauffeur ! A Léo-Lagrange ! »). C’est que la RATP était un bastion communiste, et l’extension du réseau vers les « banlieues rouges » était une conquête par rapport à un métropolitain qui n’avait pas l’intention, au départ, de dépasser les fortifs. A propos de fortifs, allez voir l’exposition Paris 1910-1937 – Promenades dans les collections Albert-Kahn jusqu’au 11 janvier à la Cité de l’Architecture (sur réservation et sous réserve de réouverture au public et/ou de prolongation…)

J’ai dit Guy Môquet, pas autre chose !

Cinquième occasion pour marcjoly de réitérer l’exercice oulipien consistant à détourner les noms des stations, et selon une contrainte, rédiger un texte.

La contrainte d’aujourd’hui : introduire ces noms par ordre alphabétique de la dernière lettre !

M 5 : PIQUE-ASSIETTE – CHAPEAU DE PAILLE D’ITALIE

  • Bobigny – Pablo-Picasso > Pique-assiette
  • Bobigny – Pantin – Raymond-Queneau > Quenelle
  • Eglise de Pantin > Ca glisse, le patin !
  • Hoche > Moche
  • Porte de Pantin > Sorte de putain
  • Ourcq > Ours
  • Laumière > Lumière
  • Jaurès > Aurès
  • Stalingrad > Plantigrade
  • Gare du Nord > Hôtel du Nord
  • Gare de l’Est > Argelès
  • Jacques Bonsergent > Jean dessert Jacques
  • République > Raie pudique
  • Oberkampf > Mein Kampf
  • Richard-Lenoir > Chat noir
  • Bréguet- Sabin > Mon beau sapin
  • Bastille > Baston
  • Quai de la Rapée > Carottes râpées
  • Gare d’Austerlitz > Gâteau, ce délice
  • Saint-Marcel > Ses mains sales
  • Campo-Formio > Ca va fort mieux
  • Place d’Italie > Chapeau de paille d’Italie

JEAN LA MAIN HAUTE

A l'Hôtel du Nord, le gâteau, ce délice -au miel- que ne délaisserait pas un plantigrade, était bon, donc, mais d'un moche ! On aurait dit un chapeau de paille d'Italie...  

Ailleurs, c'était quenelles, lumières, pique-assiettes... Une ambiance réveillon, quand une raie pudique (j'exagère...), lisant Mein Kampf, sorte de putain, Mon beau sapin, etc., décida de foutre le bordel.  Ha ! Cà glisse, le patin ! Baston, chat noir, et tout le tremblement ! 

Résultat : cure de carottes rapées, souvenir de ses mains sales, Argelès...  Ne manquait plus qu'un monastère dans les Aurès, retiré du monde, façon ours. Tout çà pour avoir fait le jacques. Quand Jean dessert Jacques, çà va fort mieux !

Déjà ?

Pour être court, c’est court ! Et je me surprends avec ce style elliptique, sans verbe. Qu’en pensez-vous ? J’attends vos commentaires…

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